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Full text of "Revue de l'Orient chrétien"

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Revue  de  l'Orient  chr  etien 


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UORIENT  CHRÉTIEN 


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10^  volume.  —  1905 


REVUE .  ^"WmScs 


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L'ORIENT  CHRÉTIEN 


RECUEIL    TRIMESTRIEL 


DIXIEME    ANNÉE 


PARIS 

LIBRAIRIE  A.    PICARD   ET   FILS 
82,   Rue  Bonaparte,  82 

1905 


TABLE  DES  MATIERES 

CONTENUES  DANS  CE  VOLUME 


Pages. 

I.  -  QUELQUES  MANUSCRITS  DE  MUSIQUE  BYZANTINE,  par  J.  B.  Re- 
bours         I 

II.  —  HISTOIRE  POLITIQUE  ET  RELIGIEUSE  DE  L'ARMÉNIE,  par  Fr. 
Tournebize,  S.  J 15,  135,  365 

III.  -  VIES  ET  RÉCITS  D'ANACHORÈTES,  par  Léon  Clugnet 30 

IV.  —  LE    DOGME  DE    L'IMMACULÉE  CONCEI'TION  ET   LA   DOCTRINE 

DE  L'ÉGLISE  GRECQUE,  par  D.  Placide  de  Meester,  O.  S.  B.  .  .    57,  154 

V.  —  SIVAS,  HUIT  SIÈCLES  D'HISTOIRE,  par  D.  M.  Girard,  S.  J.    79,  169, 

283,  337 

VI.  —  DANS  QUELLE  MESURE  LES  JACOBITES  SONT-ILS  MONOPHY- 
SITES?  par  F.  Nau 113 

VIL  —  LES  CONSTRUCTIONS  PALESTINIENNES  DUES  A  SAINTE  HÉ- 
LÈNE,  D'APRÈS   UNE  RÉDACTION  DU  X»  SIÈCLE 162 

VIII.  —  DOCUMENTS  DE  SOURCE  COPTE  SUR  LA  SAINTE  VIERGE,  par 

A.  Mallon,   S.  J 182,  251 

IX.  —  TRADUCTION  DES  LETTRES  XII  ET  XIII  DE  .JACQUES  d'ÉDESSE 
(EXÉGÈSE  BIBLIQUE),  par  F.  Nau 197,  258 

X.  —  L'ORIENT  LATIN  CENSITAIRE  DU  SAINT-SIÈGE,  par  C.  Daux.  .  .    225 

XI.  -  TRAITÉS  LITURGIQUES  DE  SAINT  MAXIME  ET  DE  SAINT  GER- 
.MAIN  TRADUITS  PAR  ANASTASE  LE  BIBLIOTHÉCAIRE,  par  S.  Pétri- 
dès,  A.  A 289,  350 

XII.  —  LE  CHAPITRE  IIEPI  ANAXOPHTQN  AriQN  ET  LES  SOURCES  DE  LA 
VIE  DE  SAINT  PAUL  DE  THÉBES,  par  F.  Nau 387 

XIII.  —  LES  VERSIONS  ARABES  DU  «  TESTAMENTUM  DOMINI  NOSTRI 
•JESU  CHRISTI  »,  par  P.  Dib 418 


VI  TABLE    DES    MATIERES. 

Pages. 

XIV.  —  LE  PASTEUR  D'HERJMAS,  FRAGMENTS  DE  LA  VERSION  COPTE 
SAHIDIQUE,.  par  L.  Delaporte 424 


MELANGES 


I.  —  CIIRYSIPPE  PRÊTRE  DE  JÉRUSALEM,  par  S.  Vailhé,  A.  A m 

II.  —  LE  CONGRÈS  INTERNATIONAL  DES  ORIENTALISTES  (I9-2G  avril 
1905),  par  F.  Nau lÔU 

III.  —  CÂRION  ET  ZACHARIE,  MOINES  DE  SCÉTÉ  (COMMENCEMENT  DU 

IV^  SIÈCLE),  par  F.  Nau 209 

IV.  -  RABBAN  DANIEL  DE  MARDIN,  AUTEUR  SYRO-ARABE  DU  XIV' SIÈ- 
CLE, par  F.  Nau 314 

V.  —  LES  BIENS  DE  L'ÉGLISE  ARMÉNIENNE,  LE  DIVORCE  ET  LE  REPOS 
DOMINICAL  EN  RUSSIE,  LES  MASSACRES  DU  CAUCASE,  par  N.  Lon- 
gueville 319 

VI.  —  XPrSANeOS  O  SIBHPIQTHS  =  CHRYSANTHE  LOPAREV,  parX.  .    434 

VII.  —  LETTRE  REL.\TIVE  A  LA  CHRONIQUE  DE  MICHEL  LE  SYRIEN. 
PAR  SA  BÉATITUDE  M^^  RAHMANI,  PATRIARCHE  DES  SYRIENS  CA- 
THOLIQUES     435 


BIBLIOGRAPHIE 

A.  Audollent,  Carlhage  romaine  (Louis  Bréhier) 105 

René  Basset,  Le  synaxaire  nrahe  jacobile  (V.  ^a.u) 108 

C.  Fouard,  Les  origines  de  V  Église.  SctinlJean  et  la  fin  de  l'âge  aposlolir/uo 

(F.  Nau) IIO 

Le  Père  Camille   Bcccari,  S.  J.,  iXolizia  esaggi  di  opère  e  documenli  inedili 

riguardanti  la  storia  di  Eliopia  (René  Bas.sct) 213 

E.  W.  Crum  et  N.  Riedel,  The  canons  of  Alhanasius  of  Alexandrin  (F.  Nau).  215 

P.  Pautigny,  Justin,  apologies  (F.  Nau) 216 

Gaston  le  Hardy,  Histoire  de  Nazareth  (F.  Nau) 220 

Le  Père  H.  Lammcns,  S.  J.,  Le  Pèlerinage  de  la  Mecque  en  VX)2.  (P.  Dauby).  .326 

A.  Dufourcq,  Saint  Irénée  (P.  Dauby) 326 

C.  Terlindcn,  Le  pape  Clément  IX  et  la  guerre  de  Candie  (F.  Nau).  ....  327 

G-  Maspero,  Histoire  ancienne  des  peuples  de  l'Orient  (F.  Nau) 328 


TABLE   DES   MATIERES.  VII 

Pages. 

M»'  Ralimani,  Chronicon  civile  et  ecclesiasticum  (F.  Nau) 439 

Dom  C.  Butter,  The  Lausiac  Hislory  of  Palladius  {F .  Nau). 440 

A.  Mallon,  Grammaire  copte  (F.  Nau) 441 

Le  P.  Constantin  Baclia,  Traités  de  saint  Jean  Chrysostome  et  de   Théodore 
Abou-Kurra  (F.  Nau) 442 

Livres  nouveaux 221  à  223;  330  à  336;  442  à  448 

Sommaire  des  revues 112,  223,  336,  4'18 

Tables  de  la  première  série. 

I.  Table  des  matières  de  cliaquo  fascicule 451 

II.  Table  des  matières  par  ordre  alphabétique • 461 

III.  Table  alphabétique  des  auteurs 466 


QUELQUES  MANUSCRITS  DE  MUSIQUE 

BYZANTINE 

(Suite)  (1). 


Dans  cette  seconde  partie  du  premier  traité  (ms.  332.  Jéru- 
salem), on  s'occupe  surtout  des  tons.  Malheureusement,  la 
clarté  fait  absolument  défaut.  On  ne  s'en  étonnera  pas;  c'est 
ciiose  habituelle  dans  tous  les  traités  similaires,  mais  on  le 
regrettera,  car,  il  faut  bien  l'avouer,  la  question  des  r;/zi  est 
de  beaucoup  la  plus  importante  dans  la  musique  byzantine. 

Les  gammes,  c'est  du  moins  notre  humble  avis,  n'ont  pas 
été  aussi  altérées  qu'on  a  bien  voulu  le  penser.  Elles  n'ont  pas 
subi  à  tel  point  l'influence  turque,  qu'elles  ne  soient  plus  en 
îHen  identiques  aux  gammes  des  -^'/cr,  byzantins.  D'ailleurs, 
ici,  nous  ne  pouvons  que  répéter  ce  que  nous  avons  écrit  déjà  : 
on  confond  la  pratique  et  la  théorie.  Lorsqu'on  écrit  sur  la 
musique  grecque,  on  ne  distingue  pas  assez,  ce  nous  semble, 
entre  population  hellène,  c'est-à-dire,  actuelleuient  hors  de 
toute  influence  musulmane,  et  population  arabe  de  rite  grec, 
habitant  les  États  du  Sultan,  Turquie,  Syrie,  et  Egypte.  Toute 
réserve  faite  sur  la  question  d'origine  de  ces  populations,  il  est 
certain  qu'actuellement  leur  musique  est  identiquement  celle 
des  Turcs  qui  les  dominent,  ou  des  Arabes,  à  côté  desquels  elles 
vivent.  Or,  qu'est-il  arrivé?  On  sait  que  les  Grecs  de  Syrie  font 
usage  indifféremment  dans  les  offices  liturgiques,  de  l'arabe 
ou  du  grec.  Ils  chantent  également  dans  les  deux  langues,  et 
alors,  à  moins  d'études  spéciales  de  la  psaltique  (elles  sont 
rares!)  les  chantres,  et  cela  naturellement,  hai)illent  les  mélo- 

(1)  Voy.  1!;MJ4.  |>.  -m. 

ORIENT   CHRÉTIEN.  1 


2  REVUE    DE    L  ORIEXT   CHRETIEN. 

dies  grecques  à  l'arabe,  d'où  jugement  porté  par  les  musiciens 
européens  de  passage  :  «  rintluence  turque  a  été  néfaste  à  la 
musique  grecque  ». 

Nous  ne  voulons  pas  nier  qu'il  y  ait  eu  quelque  altération  dans 
les  gammes;  toutefois,  et  nous  ne  sommes  pas  seul  de  cet  avis, 
l'histoire  de  ces  altérations  successives,  n'est  pas  facile  à  écrire 
Nous  ne  nous  en  chargerons  pas. 

Quant  à  la  question  du  rythme,  une  longue  discussion  s'est 
élevée  ces  temps  derniers  sur  ce  sujet;  discussion  intéressante, 
mais  pas  pleinement  satisfaisante  comme  résultat;  car  ici  en- 
core la  question  est  difficile.  Nous  ne  pensons  pas  cependant 
que  Ton  puisse  prouver  que  le  chronos  (ne  pas  confondre  avec 
le  rythme)  ait  existé  de  tout  temps  dans  le  chant  ecclésiastique 
grec.  Nous  devons  cette  malheureuse  innovation  aux  réforma- 
teurs du  commencement  du  siècle  dernier  (1819). 

Assurément,  s'il  eût-  existé  quelque  chose  de  précis  pour  la 
mesure,  les  traités  très  détaillés  que  nous  avons  entre  les  mains, 
en  eussent  parlé;  or,  nulle  part  il  n'est  fait  allusion  à  ce  fameux 
clironos.  On  parle  de  longues  et  de  brèves,  de  certains  retai'ds 
ou  au  contraire  d'allure  plus  rapide  sur  certaines  notes  ou  sur 
les  neumes  :  c'est  tout.  Point  de  temps  divisé  ou  subdivisé; 
point  de  dlgorgon  ou  de  trigorgon,  point  de  tripii  ou  ietrapli. 
Le  Klasma  lui-même  n'a  aucune  valeur  déterminée.  Villo- 
teau  (1),  nous  le  savons,  se  sert  de  nos  notes  européennes  pour 
assigner  aux  sept  signes  rythmiques,  une  valeur  déterminée; 
mais  il  a  soin  aussi  de  nous  avertir  que  ce  n'est  qu'une  com- 
paraison, et  que  ces  valeurs  ne  sont  qu'approximatives.  Nous 
pensons  donc  qu'avant  le  xix®  siècle,  la  musique  ecclésiastique 
grecque,  était  purement  rythmique;  nous  ne  saurions  mieux 
la  comparer  qu'à  notre  plain-chant  actuel,  avec  lequel,  d'ail- 
leurs, elle  a  beaucoup  de  parenté. 

La  même  objection  reviendra  toujours  :  comment  a-t-il  pu  se 
faire  qu'une  telle  réforme  ait  été  accomplie  en  si  peu  de  temps, 
et  ait  été  admise  plus  vite  encore  par  toutes  les  églises  du 
rite'?  Assurément  il  y  a  là  quelque  chose  qui  peut  surprendre; 
mais,  outre  que  la  réforme  n'a  pas  été  admise  sans  conteste,  on 
peut  cependant  expliquer  sa  prompte  admission  en  constatant 

(Ij  État  actuel  de  l'art  musical  en  Egypte.  ■ 


QUELQUES    MANUSCRITS    DE    MUSIQUE    BYZANTINE.  3 

qu'effectivement,  la  nouvelle  méthode,  en  simplifiant  l'an- 
cienne, offrait  aux  chantres  une  plus  grande  facilité  pour  arriver 
à  la  pratique  de  leur  art. 

Et  serait-il  téméraire  de  penser  qu'il  en  était,  il  y  a  cent  ans, 
comme  il- en  est  maintenant,  c'est-à-dire,  que  le  nombre  do 
ceux  qui  savaient  réellement  la  musique  grecque,  surtout  en 
Palestine  et  en  Egypte,  était  plus  qu'insignifiant?  On  peut 
même  dire  qu'il  devait  être  beaucoup  plus  restreint  autrefois, 
étant  donné  la  plus  grande  difficulté  des  traités.  A  preuve,  ce 
bon  moine  Gebraïl,  le  grand  mélode  pourtant,  et  qui  laisse.  Vil- 
loteau,  devenu  son  élève,  ignorant  sur  une  foule  de  points, 
qu'il  s'avoue  impuissant  à  expliquer.  Donc,  on  peut  dire  qu'il 
y  a  cent  ans,  comme  aujourd'hui,  on  ne  tenait  pas  grand 
compte  du  véritable  chant  ecclésiastique  que  l'on  ignorait, 
pour  se  livrer  au  contraire  aux  inspirations  du  moment,  propres 
aux  Arabes  et,  en  général,  aux  peuples  de  l'Orient.  Mais,  ne 
l'oublions  pas,  ces  improvisations  arabes  (ce  mot  a  son  expli- 
cation dans  ce  qui  a  été  dit  plus  haut)  ont  leur  mesure  régu- 
lière, correspondant  parfaitement  au  chronos.  Et  alors,  de  là 
à  faire  passer  dans  le  vrai  chant  ecclésiastique,  cette  mesure 
régulière,  il  n'y  avait  qu'un  pas,  les  chantres  y  étant  si  bien 
préparés. 

Et  qu'on  ne  dise  pas  :  «  Nulle  part  dans  leurs  ouvrages,  les 
maîtres  susnommés  ne  parlent  du  chronos  comme  d'une  in- 
vention récente,  ignorée  encore  d'un  grand  nombre  de  chan- 
teurs   ils  en  parlent,  au  contraire,  le  plus  simplement  du 

monde,  comme  on  parle  d'une  chose  connue,  pratiquée  de 
tout  temps  et  dans  toutes  les  églises  du  rite  grec  (1).  »  —  C'est 
très  vrai,  mais  que  de  points  dans  leurs  ouvrages  en  sont  là; 
et  cependant,  on  ne  peut  nier  qu'ils  soient  absolument  nou- 
veaux. Prenons  un  exemple.  Les  réformateurs  nous  parlent,  le 
plus  naturellement  du  monde,  des  trois  genres  :  diatonique, 
cliromatique  et  enharmonique.  Or,  il  faut  pourtant  bien  admet- 
tre que  tout  ceci,  si  ce  n'est  pas  une  création,  c'est  au  moins 
une  résurrection;  car  dans  toute  la  période  byzantine,  il  n'est  pas 
question  de  ces  genres;  et  si  dans  l'antiquité  on  les  trouve,  il 
faut  avouer  aussi  qu'on  ne  les  trouve  pas  tels  qu'ils  sont  actuel- 

(1)  R.  P.  Dechevrens,  Le  rythme  grégorien. 


4  REVUE    DE    L  ORIENT    CHRETIEN. 

lement;  tellement  bien,  qu'on  a  pu  dire  avec  raison,  que  ce 
que  Ton  nomme  chromatique  ou  enharmonique,  n'a  de  chro- 
matique ou  d'enharmonique  que  le  nom  (1). 

De  même,  les  réformateurs  nous  présentent  certains  signes 
dont  il  est  impossible  de  se  rendre  compte  de  la  signification 
si  on  n'est  pas  au  courant  des  traités  anciens.  Nous  dirons, 
après  le  R.  P.  Thibaut,  que  l'sTspov  actuel,  par  exemple,  est  un 
non-sens.  Les  réformateurs  nous  expliquent-ils  d'où  il  vient? 
pas  du  tout,  et  le  plus  naturellement  du  monde  ils  ont  sup- 
primé le  signe  chironomique  r.y.pxAÔCkza\>.oL,  pour  ne  laisser  que 
l'i-spov  ■Trapay.iAsGiJi.a,  OU  mieux  ÏTEpov  tout  court.  Nous  disent- 
ils  aussi  qu'ils  sont  les  inventeurs  de  l'âvSâîwvcv?  toujours 
non,  etc.  etc.  On  peut  donc  conclure  a  pari  pour  leur  silence 
sur  l'introduction  du  chronos. 

On  a  trouvé  très  étrange  aussi  que  le  chronos  qui  se  rencon- 
tre partout  dans  les  mélodies  populaires,  qui  est  pour  ainsi 
dire  naturel  aux  peuples  de  l'Orient,  ne  se  soit  introduit  qu'au 
commencement  du  xix'  siècle  dans  le  chant  ecclésiastique. 

Ici  encore,  il  y  a,  ce  nous  semble,  confusion.  Il  faut  bien 
distinguer  en  effet,  entre  le  chant  mondain,  à'cr;j.a.  et  le  cliant 
ecclésiastique,  àv'.o-sXir/;;.  L'un  pouvait  avoir  le  chronos,  s'en- 
suit-il que  l'autre  l'avait"?  Si  un  jour,  par  impossible,  on  arrive 
à  donner  au  plain-chant  les  mesures  usitées  dans  la  musique, 
sera-t-on  plus  tard  en  droit  de  conclure  que  toujours  le  plain- 
chant  a  été  mesuré?  Or  il  est  certain,  et  le  traité  qui  suit  en 
fait  foi,  qu'il  y  a  une  différence  entre  rà'c7s^.a  et  l'àYior.oAt--/;?, 
quant  au  nombre  des  gammes,  et,  jusqu'à  preuve  certaine  du 
contraire,  quant  au  rythme. 

Le  mot  rythme,  il  est  vrai,  peut  prêter  à  discussion;  c'est  une 
expression  suffisamment  vague,  pour  signifier  tantôt  une  chose, 
tantôt  une  autre,  en  un  mot,  pour  permettre  à  chacun  de  s'en 
servir  pour  le  besoin  de  sa  cause.  Pour  nous,  quand  nous  disons 
que  la  musique  byzantine  était  essentiellement  rythmique, 
nous  entendons  parler  du  rythme  tonique,  c'est-à-dire  basé 
sur  l'accent. 

Et  si  l'on  nous  demande  sur  quoi  nous  nous  fondons  pour 
incliner  plutôt  vers  la  non-existence  du  chronos  dans  la  mu- 

(1)  Boui'gault-Diicoudray,  Études  sur  la  mus.eccl.  grecque. 


QUELQUES    MANUSCRITS    DE    MUSIQUE    BYZANTINE.  5 

sique  byzantine,  nous  répondrons  qu'outre  les  raisons  déjà 
données,  nous  nous  appuyons  encore  sur  les  signes  de  chiro- 
noniie.  En  elïet,  ces  signes  qui  n'ont  aucune  valeur  tonique, 
sont  destinés  à  marquer  les  différentes  expressions  particulières 
à  chaque  neume.  Et  comme  nous  en  avertit  le  Hiéromoinc 
Gabriel  dans  un  des  traités  du  manuscrit  332  de  Jérusalem 
(811  du  Métochion-Phanar),  «  chacun  de  ces  signes  tire  son 
nom  de  sa  propre  énergie  ».  C'est-à-dire  que  pour  savoir  ce 
qu'il  produit  dans  la  mélodie,  il  suffit  de  recourir  à  sa  signi- 
fication. Or,  il  est  certains  neumes  qui  semblent  bien  exclure 
tout  temps  régulier.  Ce  rythme  des  neumes  était  indiqué, 
comme  nous  l'enseigne  encore  Gabriel,  par  le  doiiiesticos  :  «  En 
voyant  tous  la  main  du  domesticos,  nous  caantons  avec  en- 
semble, c'est  pour  cela  que  la  chironomie  est  très  utile,  »  t.ç>V-> 
"^(xp  xv)V  Toû  oo,y.£crTizou  X^^P^  axavTcç  aTCo8X=TCov7îç  a-j[X90)vsu;j.£V;  y.7.1 
Stà  xauTa  yp'qtjiifM'àxr^   èai'tv   rnxXv   ■'(]   '/zipovc[JÂx. 

Outre  cela,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  certains  signes 
marquent  un  retard;  mais  nulle  part  nous  ne  trouvons  indiquée 
la  valeur  de  ce  retard.  Par  exemple,  au  sujet  des  oûs  à-6cr-pc^:i, 

on  lit  dans  un  traité  :  «  oî  es  oùo  à-ba-pcooi,  el  7.21  [xis.  6-ia":ac7',ç 
k-(évzxo,  àXX  ïyonai  vrxl  cpojvr,v  7.:zc  àpYî'':zv,  y.y).  yzipovz\uœ) .  —  Du 
même  pour  la  onCkf^.  «  Kal  -Jj  oi-'kt^  r.yXv/  où  -:y;v  àp'(v.xv  èYÉVcTC 
7:a-J]v  oà  ^wvrjv  gjz,  è''/£i,  cûo  y^P  i^îisti  G'jrq^([j.ivoi'.  è'AaSov  ocp^^iixv,  y.xI 
TYjv    àpYîiav    à-coXsffav  ty]V   -lirrjv   xal    xy;v  o'Jva[xtv  ».  Il  serait  facile 

de  multiplier  les  citations,  et  toujours  on  trouverait  ce  terme 
àpyziy.,  sans  plus  de  précision;  On  embrasse  donc  volontiers 
l'opinion  de  Villoteau,  qui  d'ailleurs  écrivait  avant  la  réforme, 
à  savoir  que  les  signes,  marquant  retard  ou  accélération,  non 
pas  dans  la  mesure,  mais  sur  une  note,  avaient  une  valeur 
indéterminée.  Ce  qui  permettait,  à  l'aide  de  la  chironomie,  de 
donner  au  chant  une  expression  autrement  belle  que  celle  qu'eût 
produit  le  martellement  du  chronos. 

La  question  n'est  pas  tranchée;  nous  n'avons  pas  cette  pré- 
tention. Nous  avons  simplement  montré  qu'il  n'y  avait  jusqu'ici, 
aucune  donnée  positive  permettant  de  conclure  à  l'existence 
du  chronos  dans  la  musique  byzantine.  Que  si  de  nouvelles 
découvertes  nous  apportent  le  document  désiré,  nous  ne  ferons 
aucune  difficulté  pour  changer  notre  opinion. 

Disons  un  simple  mot  de  la  question  de  notation  :  «  Le  chant 


6  R-EVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

grec,  a-t-on  écrit,  n'a  rien  à  perdre  à  être  transcrit  suivant 

notre  notation  moderne L'unité  de  notation  facilitant  aux 

artistes  de  tous  pays  l'accès  des  différents  genres  de  musique, 
serait,  pour  l'art  musical  lui-même,  le  principe  de  nouveaux  et 
utiles  progrès  (1).  » 

Nous  sommes  loin  de  méconnaître  les  difficultés  réelles  de  la 
notation  actuelle;  nous  ne  pensons  pas  cependant  que  l'on 
puisse  la  remplacer  par  notre  système  de  portée. 

Outre  l'inconvénient  de  n'être  pas  accessible  aux  musiciens 
de  tous  les  pays,  la  difficulté  principale  est  peut-être  celle-ci  : 
un  même  signe  peut  indifféremment  représenter  une  note  quel- 
conque de  l'échelle  ;  tantôt  un  ré,  tantôt  un  soi  ou  un  la,  etc.  Avec 
notre  notation,  la  difficulté  disparaît  assurément;  mais  aussi, 
surgissent  des  inconvénients,  selon  nous  beaucoup  plus  graves, 
et  dès  maintenant,  nous  disons  que  si  l'on  veut  conserver  au 
chant  grec  son  véritable  caractère,  il  faut,  avant  tout,  lui  con- 
server sa  notation.  En  effet,  on  sait  que  plusieurs  signes  ont  à 
la  fois  une  valeur  tonique  et  un  caractère  distinct  comme  signes 
de  modulation  de  la  voix.  Or,  ces  modulations,  tout  cet  ensem- 
ble de  coups  de  gosier  que  l'on  peut  appeler  la  glose  en  psal- 
tique,  tout  cela  disparaît.  Quel  mal  dira-t-on?  Le  mal,  nous  le 
savons,  sera  plutôt  un  bien  pour  nous,  qui  sommes  si  étrangers 
au  génie  musical  des  Orientaux,  et  qui  nous  accoutumons  si 
difficilement  à  ces  ritournelles  nasillardes  si  pleines  de  charme 
pour  eux!  Mais  ici,  question  de  goût,  et  ce  n'est  pas  à  nous 
à  nous  imposer. 

Passe  encore,  si  nos  gamines  européennes  étaient  identiques 
aux  gammes  grecques;  ce  que  nous  appelions  ci-dessus  la 
glose,  pourrait  à  la  rigueur  être  suppléé  par  une  quantité  pro- 
digieuse de  notes  d'agrément.  Ajoutons  toutefois,  que  ces  notes 
d'agrément  ne  rendront  jamais  parfaitement  le  laisser  aller 
produit  par  ces  enjolivures  si  naturelles. 

Mais  comment  rendre  exactement  sur  notre  portée  soit  le 
deuxième  authentique,  soit  son  plagal  le  sixième?  Il  suffit 
d'avoir  essayé  pour  être  convaincu  de  la  difficulté,  ou  plus 
exactement,  de  l'impossibilité.  Oui,  il  y  a  certains  intervalles 
impossibles  à  rendre.  Soit   par  exemple,   dans  le  deuxième 

(1)  Thibaut,  Les  nulaliuns  byzantines,  mars,  1901. 


QUELQUKS    MANUSCRITS    DK    MUSIQI.K    HY/.AXTINi:.  7 

authentique,  rintervalle  v.z-Zo).  Ce  n'est  pas  un  ton,  mais  un  Ion  ' 
forcé;  or  pour  rendre  ce  ton  forcé,  on  a  trouvé  le  moyen,  assez 
ingénieux  assurément,  de  mettre  le  signe  f  devant  la  note.  Très 
bien;  mais  un  Européen  qui  chantera  cette  note  forcée,  la  for- 
cera tellement,  qu'il  vous  servira,  ni  plus  ni  moins,  un  ton  et 
demi.  Or,  l'intervalle  est  dénaturé,  ce  n'est  i»lus  du  second  ton. 

Voilà,  selon  nous,  un  des  inconvénients  (il  y  en  a  d'autres) 
qu'offrirait  aux  Européens,  qui  voudraient  s'occuper  de  musique 
grecque,  cette  notation  sur  portée.  D'ailleurs,  qu'on  nous  per- 
mette cette  remarque  :  Si  un  Européen  veut  étudier  la  musique 
orientale,  il  ne  le  fera  utilement  qu'en  Orient.  A  ce  compte,  il 
aura  vite  fait  d'apprendre  la  notation  telle  qu'elle  est,  il  aura 
de  plus  ce  que  nous  jugeons  indispensable  :  Véducalion  de 
l'oreille.  Si  au  contraire,  il  ne  veut  s'en  occuper  qu'en  passant, 
ou,  comme  on  dit,  s'il  veut  en  avoir  une  simple  idée,  alors, 
qu'il  se  contente  des  essais  de  traduction  qu'on  a  faits  de  quel- 
ques morceaux  grecs,  arabes,  etc..  Mais  alors,  qu'il  se  per- 
suade qu'en  eflét,  il  n'en  a  qu'une  idée.  Le  morceau  qu'on  lui 
présente  ainsi,  n'est,  si  l'on  veut,  que  l'ossature  d'un  morceau; 
c'est  un  tableau  sans  les  ombres. 

Nous  ne  pensons  pas  être  contredit,  du  moins  par  ceux  qui, 
en  Orient,  s'occupent  de  musique.  Qu'ils  se  souviennent  des 
difficultés  de  leurs  débuts,  et  du  temps  qu'il  leur  a  fallu  pour 
entendre  avec  plaisir  ce  qu'au  principe,  ils  qualifiaient  peut- 
être  de  faux,  ou  au  moins,  de  très  drôle.  Ces  préventions  ne 
sont  tombées,  qu'après  ce  que  nous  nommions  plus  haut,  l'é- 
ducation de  l'oreille.  Donc,  pour  en  revenir  à  notre  notation, 
et  à  cause  de  ce  qui  vient  d'être  dit,  ce  serait  en  somme  ren- 
dre un  mauvais  service  aux  musiciens  de  tous  les  pays,  que  de 
leur  présenter  la  musique  grecque  sur  une  portée.  Quant  aux 
Grecs,  nous  ne  pensons  pas  qu'ils  en  éprouvent  le  moindre 
désir. 

Un  exemple  pour  finir.  Supposons  qu'on  ait  à  traduire  trois 
ou  quatre  àxicj-potpoi  consécutifs  portant  y.Xâaij.a  (notons  que 
c'est  un  des  groupements  les  plus  traduisibles),  nous  écrirons 
ainsi  : 


îi 


01  .K\)      •      ùi 


8  REVUE    DE    l'orient    CHRKITIEX. 

C'est  là,  à  notre  avis,  et  de  Tavis  d'un  maître  en  musique 
grecque (1),  l'interprétation  la  plus  proche  de  la  réalité;  et 
cependant,  il  faut  bien  l'avouer,  ce  n'est  pas  l'effet  réel.  Chanté 
avec  Tcxactitude  que  demande  notre  notation,  ce  groupement 
ne  serait  certainemont  pas  admis  par  nos  Grecs. 

II  serait  facile  de  multiplier  les  exemples.  Nous  nous  arrê- 
tons là,  en  faisant  toutefois  une  dernière  remarque  :  c'est  que 
les  Russes  n'ont  admis  la  portée,  que  parce  que  leur  chant  est 
essentiellement  diatonique  à  l'heure  actuelle,  et  a  pris  com- 
plètement le  caractère  européen,  même  quant  à  l'harmonie. 

Suite  du  1"  traité  (Ms.  332.  Jérusalem). 
'Ep(ÔT.    T{  ïg-i  v/cç  ; 
7:apà  TroXÀcov,   */^yc'jv    r,    £/,/.po'Js;j.évrj,    •/,y.l   vuawxoO    ipY^vou    r.zp\    tou 

Ofôpxy.sç    '/.7.1    TtOV    p'-VWV. 

EpwT.      Kal  7:i(7a   do-q   xwv   r()^(i)v  C^?)  ; 

W.-by.p.  OxTà),  TjYOUV  zpwTcç,  os'JXcpiç,  -piTor,  -i-xp-zq,  y.al  zi 
kz   aùxwv  'Khiyizi. 

Epii)-.      Tî   IcTTi  y£'.pcvc|j,{a  ; 

'xV-6y.p.  Xzipzvz[jJ.x  kij-l  vi;j.c^  -apaccoo;/sv:ç  twv  ôc^[uùv  TraXipwv, 
Tou  5'  «Yicj  Kc7[j.x  -si  -cr^TOîj,  y.a'.  tcj  aYiou  Itoàvvou  toîj  oaixaay.r^- 
voD'  r,vr'/.a  y^?  k'^ipyt'x'.  r,  ocovy;  tcj  [j.i'kz'j-zq  'bi'hKziv  -i,  zapau- 
TÎy.a  /,y.l  r,  y£'.p:vc;j.{a,  w^  ïva  -apaoîr/.vj-/;  r,  ysipovoixia  xb  [/.éXoç* 
'Kh^t-y.i  zï  y.y).  aAMoç,  ysip  t:j  ('ôy.iu  to  i^ov,  Btà  ~o  èxvsXsTaOai 
"V'  yî'~pa  Î7CV  TCJ  (ôj^.c'j  s'.;  7Y;;;,ic',a  ;j.£piy.â'  ypîr,  zk  Y'-^'^^ijXstv  (3), 
';■:'.  ;  -p(oTc;  V/-^?-  ^'jxto  hi^'t-xi  -pwT^ç,  où  xb  -ptoosûsiv.  r,TOi 
xpyz'./   TO)v   à'AAojv   r,yM'^-    Tb    os    ;vo;j.a   tojt;u   \i^^'e-y.i    zltôptor,   tcjx' 

(])  Nous  voulons  nommer  le  R.  P.  Couturier,  professeur  de  liturgie  et  de 
chant  au  séminaire  grec  de  Sainte-Anne  à  Jérusalem.  Nous  sommes  heureux  de 
lui  témoigner  ici  toute  notre  reconnaissance,  poui'  les  services  qu'il  nous  rend 
au  cours  de  nos  études. 

(■2)  La  définition  précédente  du  mot  Ion  (-^/o;)  ne  saurait  convenir  ici.  Il  est 
clair,  en  ellét,  que  précédemment  l'auteur  parle  de  ton.  dans  le  sens  de  voix 
(çwvri).  Jlaintenant,  au  contraire,  il  va  parler  des  ri^oi,  c'est-à-dire  des  huit 
modes. 

(3)  Ce  ypr,  oï  yivwffXEiv  devrait  logiquement  l'aire  suite  à  la  réponse  précé- 
dente, et  ne  pas  être  rangé  sous  la  rubi'ique  ■<  x£'povo(iîa  ».  Ce  manque  d'ordre, 
si  l'on  n'j'  était  habitué,  tendrait  à  prouver  que  nous  sommes  en  présence  de 
plusieurs  traités  dont  les  morceaux  sont  mal  cousus. 


QUELQUES    MANUSCRITS    DE    MUSIQUE    BYZANTINE.  9 

ia~\    è/.    Twv    oojptéwV    Aojptîî;    yàp    XsYovxai   o'.  Mov£[j.5a(jtwxat,   où 

Tvîi-o  YOJV  /viY^"^^  oo)pioç'  y.ai  kv.  toD  toicjtcj  Tzvsûixaxcç  sûpsô-r]  s 
UTCiGtôp',!?,  f^T^t  S  u'.bç  TOU  TUpwTCU,  tout"  saTiv  5  TïXâY'.s;.  Kaf,  £•/.  -:•?;; 
Auoaç  s  Xûouç;,  TiYO'JV  6  $E'jT£po;'  Austa  yàp  ASY^xat  X(ov  NîCv,a7Tpo)V 
ô  T2-SÇ,  o;  ôvc[Ji,â^îTai  /.ai  l^-r/pi  xou  viiv,  -•?;;  xVucta;  6  7.a[/T:;-;*  y.aî. 
è;  ajTOu  o  UTroAÙoioç,  v/'^'-'''  =  -Xà^^icq.  Kai  è/.  r^;  <I>p'JY''5;ç,  ti)piHr, 
b  ^pù^ioq,  Vi'C'JV  6  xpiTSç.  'I>puY''a  Y^?  Asy^"»^  ^  x-^ç  Aacor/.ciaç 
t6t:3;"  où  xouTO  -(ou'i  \é-[Z^.M  cppÛY^oç,  wç  £•/.  ■:f,q  ^l'pu-^^iaq'  7,a\  s; 
aùxoD  c  ÛTïscpp'JY^^?)  f/Y^uv  o  TxXaYioç  tou  ipixcu'  tsjt'  èaxlv  o  ^ap'j^. 
Kal  èy,  T^ç  MiX'/iToa  6  \).CK-qGioq'  rfp'JV  6  TxXaYtoç  toD  TStapTOu  (1) 
£7.  Twv  TotoÙTwv  Y^P  "^^^^^'^  £Ûp£Orj(jav  xà  ij.fkTt  x(ov  r,yMy.  Olov  IXeyov 
cî  owpi£îç  xà  [J!,£Xy;  xoD  a'  'O/ou,  o'.  Auoioi  xûîj  aucicj,  ci  <I»pÛYiot  xoîj 
(jppuYiou,  7.(xl  0'.  [j,iÀr|Xioi  xou  MiX-/)xiou.  'EXOcov  oè  nxoA£[j,aïo;  6  l^ajiAEÙ; 
xat  0  [j.ouffixcç  àXXà  y.ai  ipaviirôelç,  -îrpoaÉOrjy.E  y,axà  xoùç  xÔtcouç  xar, 
xà  ov6[J-axa  xauxa  xwv  y^/wv  (2). 
'Ep(î)x.     Kai  7:6701  'fiyoi; 

(1)  Nous  ne  serions  pas  éloigné  de  penser  qu'il  y  a  ici  faute  de  copiste,  car 
dans  le  texte  il  n'est  pas  parlé  du  quatrième  authentique,  et  l'auteur  nous  donne 
le  milésien  comme  plagal,  ce  qui  semble  une  anomalie,  les  plagaux  étant  tous 
précédés  du  préfixe  \jko.  D'ailleurs  Villoteau  corrige  cette  lacune  en  disant  :  «  Le 
Milésien  est  venu  de  Milet;  de  celui-ci  s'est  formé  l'hypomilésien  ». 

Autre  difficulté.  Pourquoi  ce  quatrième  mode  s'appelle-t-il  milésien?  «  Kat  iv. 
xrj;  MiXt^tou  ô  (itXriaioç  >•■,  répond  notre  traité.  Milet,  on  le  sait,  fut,  bien  avani 
Athènes,  le  foyer  le  plus  brillant  de  là  civilisation  hellénique;  rien  ne  s'oppose 
donc  à  ce  que  la  grande  ville  ait  tenu  à  honneur  d'avoir  un  système  musical 
à  elle,  comme  la  Phrygie,  la  Lydie,  etc.,  ses  voisines.  On  serait  presque  forcé 
de  se  rendre  à  cette  hypothèse,  si  dans  quelques  autres  traités  on  trouvait  men- 
tionné ce  ton  milésien.  Malheureusement,  le  seul  passage  cité,  fait  mention  de 
cette  dénomination.  C'est  un  témoignage  trop  seul,  pour  entraîner  une  complète 
adhésion. 

Villoteau  veut  voir  dans  le  mot  milésien  une  corruption  de  mixolydien.  «  Au 
lieu  de  mixolydien,  dit-il,  on  aura  pu  prononcer  d'abord,  par  syncope,  milydien; 
et  comme  les  Grecs  modernes  adoucissent  beaucoup  la  prononciation  de  leur  ô, 
on  aura  dit,  sans  doute,  milysien;  de  là  le  ton  milésien  et  son  origine  supposée 
de  Milet.  »  L'explication  peut  s'admettre;  ce  qui  est  certain,  nous  le  répétons, 
c'est  qu'on  ne  trouve  nulle  part  ailleurs  ce  ton  milésien.  —  Le  ms.  11389,91  de 
la  bibliothèque  royale  de  Bruxelles,  cité  par  Dom  Gaïsser,  donne  les  modes  comme 
il  suit  :  ô  TrpwTo;  ),£Y£Tai  ôwpio;,  ô  Sôûispo;  X-jôtoç,  ô  tptTo;  çp-jyto:,  ô  TÉTapToç  (ai^oaû- 
cioç,  ô  irXây'O'î  *  ÛTroSupio:,  ô  irXàyio;  [i  '  ùttoX-jôioç,  6  :t),àYto;  y'  "/îyo'J^  à  ^apù;  Oifo^pv;- 
yioç  xai  6  Tt^âytoi;  S  '  ÛTro|xt?OAiJSio;. 

D'ailleurs  notre  traité  nous  parlera  plus  loin,  lui  aussi,  du  mixolydien. 

(2)  L'auteur  ne  confondrait-il  pas  ici  Ptoléniée  Aulètes  (80-52)  avec  Claude  Pto- 
lémée  (u^  siècle  apr.  J.-C.)?  Voici  d'après  ce  dernier  les  dénominations  des  tons  : 
Dorien,  Hypolydien,  Hypophrygien,  Hypodorien,  Mixolydien,  Lydien,  Phrygien 
(Clément,  Uisl.  de  la  mus.,  p.  170). 


10  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Xzbv.p.  'H)^c(  zIgi  v.'jpÎM^  -iarjy.pzz  y.y.l  Tiîjapîç  -'hx^iizi'  7.7.1  oùz 
à-rj'/Tjij.a^a  (1) ,  -q-ci  çpOipai,  xb  vsvavo)  /.al  -o  vavvi'  o'.  tcicjtci  'r,'/^i 
'hcn'iXzv'.OLi    î'.ç    xbv    àYiO':roXiT'/)v    Trcpia-aô-uspcv  (2). 

'Epon.  nio-;i  v/oi  'bi'ù.zv'y.'.  tl:  -Iv  âYi^TrsAiTr^v,  /.ai  -i  'i.i'it-y.'. 
àyior.o'/J.vr,q  (3)  ; 

'A-ixp.  II^oi  ;j-Èv  'liXXcvTa',  oxid'»'  Cf^'.OTZo'/.ivr,:  o  ÏTUiJ.z'/.c^'ii-y.i. 
cià  -b  Tiov  àvtwv  p.apTÛpojv,  S7(tov  T£  y.a'i  t(ov  'AOf::())v  -EptÉysiv  -;"/,i- 
Tciav,  -i^  où  TO  èv  t'^  aYÎa  tïÔAîi  à-b  t(ov  «Yicov  TiaTÉptov  tôv  Tioir^- 
TO)v,  Tsy  03  aYiou  'Iwâvvou  toj  oajj.aay.rjvoj,  v.al  STÉpojv  ttoaXwv  ^y^ov 
s'/.TîOîTvai. 

EpcoT.      riocrct   •^)^oi   y.jpioi; 

'ATcoy.p.  Téatjapsç"  -ponoç,  osJTcpoç,  xp'lTCç,  iftapTOç.  'A7:b  oè 
à-oppo'^ç  To)v  Tsuffaptov  toij-o)v  iy-''^''''^^  ^'-  '-'fîpof,  TÉaaapsç  ziXâYioi, 
y.xl  (oijTïîp  àzb  TO)v  Tî(jjâp(.)v  tojv  Tïpco-oxj-ojv  £Yîvvr,0rj7av  o'.  tî'a- 
capîç  zX^Yioi,  Tov  ajTOv  or,  -poTïCv,  xa;  à^b  twv  Tîaaâpojv  T:XaY''wv 
£Y-VVYj6*^aav  oî  Tsaaapsç  [xe^ci,  (ôaaijxtoç  /.at  à^b  twv  iscj^âpcov  p.suojv 
èYsvvrjOvjaav    oct    Teaaapsç    «fOopal,   y.al    àvî6i6a<70-/)!jav    -^^joi    iç  '      outoi 


(1)  Villoloaii  fait  dcM'iver  ce  mot  du  verbe  èTnxEuw,  je  verse  sur.  Dans  le  ma- 
nuscrit qu'il  avait  entre  les  mains,  on  lisait,  parait-il,  kmyyit.'xxaL.  Le  mot  n'existe 
pas;  il  est  avantageusement  remplacé  par  à7riîx''l[Jiaj  écho. 

Ci)  Il  faut  entendre  ici  par  HagiupoUle,\o  chant  ecclésiasti(iue,  par  opposition 
•au  chant  mondain,  àTtAa.  Ce  dernier  comprend  14  ou  15  tons  (on  ne  s'entend 
pas  sur  le  nombre),  alors  (lue  le  chant  d'église  n'en  a  que  8. 

Dans  son  Hymnographie  de  V Église  grecque  (Rome,  18(57,  p.  61)  le  cardinal 
Pitra  fait  naître  ràYioTto).ÎTyi;  entre  le  xr^  et  le  xiu"  siècle.  «  En  même  temps  que 
le  typicon  de  Jérusalem,  un  système  musical  qui  porte  le  même  nom  (c'est-à- 
dire  Hagiopolite),  arrive  jusqu'au  mont  Athos.  »  Ailleurs,  dans  les  Analecla 
sacra,  I,  p.  lxix,  l'éminent  cardinal  insinue  la  même  chose.  «  Vereor  ut  apud 
Graecos  et  gravior  et  frequentior  sit  melodiarum  tumultus.  Vereor  ut  in 
priscis  quoque  eorum  codicihus  sœc.  X  et  XI  (vix  enim  prœler  leclionaria  raro 
apice  nulala  anliquiores  sunt)  occurrant  alla  hieroglyphica  tironiana,  quœ  lyn- 
ceis  ociilis  impervia  sint.  Vereor  ut  velustis  'mclodiis  maie  perceperint  scolx 
musicœ  sseculi  XIII,  quorum  (ji.£)oupYot  jam  se  mulla  novasse  glorianlur,  qui 
ausi  sunt.  ut  aiunt,  Cosmam  et  Damascenum  et  priscos  pulchiores  efficere  (£)ca),>w- 
7t(ff0yi  Ttoî-ojJ-a  TtaXaiov  x  t.  i.),  ut  alibi  fusius  exposai.  >•  Remarquons  d'abord  qu'il 
ne  i^eut  être  question  d'un  système  absolument  nouveau,  car  les  8  tons  de 
rilagiopolite  existaient  dès  longtemps.  Ensuite,  on  a  voulu  voir  dans  ce  «  nou- 
veau système  musical  »  une  corruption  de  l'ancien;  corruption  due  à  l'influence 
de  la  tonalité  arabe.  Pour  nous,  nous  préférons  voir  dans  les  paroles  du  Cardi- 
nal, une  allusion  à  la  réforme,  ou  mieux,  aux  nombreuses  additions  de  Kou- 
kouzélès  qui  vivait  au  mont  Athos  vers  le  xn°  siècle.  Rien  n'empêche  en  effet 
qu'un  disciple  du  mélode  ait  apporté  ses  théories  à  Jérusalem. 

(3)  Certains  traités  ajoutent  ici,:  xal  ti  È(tti  ^x°'>  —  L'auteur  a  supprimé  cette 
question  à  laquelle  il  a  répondu  plus  haut. 


QUELQUES    MANUSCRITS    DE    .MUSIQUE    BYZANTINE.  11 

ouv    y.    iq'  ihà'k'hcvxoLi     zlç    'b     Oia\j.x  Y.y.l     z'r/l     i\q     tbv     â^iiz-Kz^irr^v. 

Epo')T.  riwç   à'px'f/    iv   TO)    [JÂKtvf   fj£   'biX'kziv   r^   oioâ^at.  ti  ; 

'Azôy.p.  Mt-'oi    hr,'/rt'iJ.ix-oz. 

'Ko('i)z.  Tr'  ècTTiv   vrr^'/riiJ.x', 

Xr.ôy.p.  'ErqyriiJ.i  ÈaT'-v  y;  toj  V/;'j  i7:i5cA-r;,  ol^v  àvTt  toJ  '/.i^'iv/, 
à'vx  vè  à'vîç,   r,Y;'jv   av:zç   3cv£ç(l). 

'Epo'jT.       0  osuTîpo;  TCwç  sv^yiLî-ai; 

'A^^ôxp.  Ne    i'vsç. 

Ep(i')T.  Tl    SŒTl   vè    àvîçj, 

'A7î6/,p.    "Hyouv    K'jpr.;   açsç. 

EpwT.      0   §£  -piTOç  tim;   vrr,yi'C,ZTy.i', 

ÀTT^xp.    Navvi,    r,YOUv   T^apT/Xr,it  ajYy^ojprjaov. 

'Ep(.')T.        '0    TÉrapTO?    TCO)Ç     £V/]yiC-'^3'-'' )' 

A';ri/,p.  "Ayia,  r,Y;uv  Ta  7.sp2'j5t;j.,  xal  Ta  aspas'i;;-,  tsjt"  kaxh  r, 
«YU  Tpià;  -r)  7:ap"  aÙTWv  !jp.vou[j.£vr/  /.al  3oçaÇo[j.£VY],  à'vsç,  acp£ç, 
G\jyyMpr,(30'i  xà[j.ci,  TCîi  oo^âi^siv  y.ai  '  àv'j[;-v£Ïv  ij[xvov  àç',iyp£Ci)v,  ty;v 
aï;v   àota''p£TOv    ©siTYjTa. 

'Ep(.')T.    nitra  7:v£'J[j,aTa,   y.al   oià   ti   Xiyovzai  7CV£J;xaTa; 

ATîi/.p.    Atà    Tb    çwvà^   à7iOT£X£Tv.    Xtopi^    oè   y.a'-  cT£po)v   Tovtov    ;xr, 

<jUVt(7TâiJ,£Va. 

"Epo)T.    Tl  âsTi    90)vr,  ; 

'Att6/.p.  'Ï>ojvy)  A£Y£Tat  ctà  to  çwç  sîvai  voo;  (vcOç),  a  y^P  ^  ^^^^ 
vc£t,  Taî)Ta  •/;  ©(ovï)  ô'.ç  «poiç  è^XY^^"  '^  ^'-^  '^ô  èv  xaîç  ço)vaï;;  'Z-'-'' 
TO  thaC  obyrq  yV  3:-iT£X£(7[j,a  toj  èv  r^ixïv  T£GYja-aupia[J,£VO'j  'iuv£tj[;.a- 
Toç   otâ  Tivoç   àpT'^pia^  '::pca-0£0[;,svcv. 

'Ep(.')T.      T{  èaTi  -jra-aor.y.r^  ; 

'ATîoy.p.    M;u(7',xY]    T£'/vr,. 
Ep(t')T.     IIo);;    £7:svo;xâLCVTai   o'.  v/ci; 

'ATlixp.     llpCOTO.;,     Sî'JTcpOÇ,    TpÎTÎÇ,     T£TapTSC,     Y.y).     Z\     Ï\\Z'     O'jy.     V.'3\ 

y.'jpû.)ç  5vo[;,d£T(iiv  sxtÔ)  "(/'/(ov,  to  y^P  sI'kSÎv,  a,  (3,  y,  5,  |jaS[/c(  £'.jt, 
y.al  O'jyi  2vii;-aTa'  £Ï7:o)  aci  f,YO'JV  5  -JTpwTCi;  ocopic^,  6  0£'jT£poç  Xûcicç, 
6  tp'Ito?  çpÛYio^,  0  Téxapto^  [j.uoAijîtoç,  ô  TrXaYt^ç  toî)  •ÂiptoTiu 
û-octopi:;;,    5  TCAaYts?   tou   o£'JT£pcu    Û7:oA'jO'-2ç,   6  TiXaYioç    toj   TpÎTCu, 


(1)  Ces  îvyiyiô(i.aTa  ont  rloiiin^  liou  déjà  à  bion  des  discussions.  Pour  nous,  il  nous 
semble  i^ue  c'est  remonter  un  peu  loin,  que  d'en  rechercher  l'origine  jusque 
dans  rassyrioIogie..Les  efforts  qu'on  a  faits  pour  les  expliquer,  sont  assurément 
très  sérieux,  mais,  il  faut  l'avouer,  jusqu'ici  sans  résultat  ;  aussi,  jusqu'à  preuve 
nouvelle,  on  peut  continuer  à  y  voir  de  simples  syllabes  de  vocalise  diversifiées 
selon   les   tons.   ■<    'Evr.yvjjj. à    èanv    f,    toO   •/î/oy    èjitêoXr).  » 


12  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Tf^OM^/  b  ^xpbq,  \)-KO'fpù\'io:.  '/S.'.  5  iCtA^[\.zz,   toj  -t-.xp-y^   'J-cija^caûoioç* 
Tau-â    cîo-i    xà    y.jpia    ivs[j-3:-a    twv    ôy.xo)    v/ojv,    y.al    à/.p'.6îA:Yr(;j,£va 

'A7:iy.p.    Asy.a-ÉVTS. 

'Epcox.    llc(jx    TTVî'jiJ.aTa; 

'Airôxp.    TsGffapa. 
Ep(.')T.    Ilcffa  Tji/iTiva; 

'A7:i>:p.    név-s. 

'EpwT.     Ti  iîTt.   -ivoi,    y.a'.   ti  Y);j,{':sva,   y.al  tî  -vs^ixaTa; 

'A-iy.p.  Tivo'.  [j.£v  ûrjV)  C'j-ci(l),  to  ïaov,  to  cai'ycv,  •/;  i;£ta,  y; 
ZExaa-TY),  TÔ  à::i3sp[Aa  (5),  5  àzôîTpOiyGç,  r;  jiapsïa,  xb  àvxr,y.£V(i)[xa,  xb 
y.pax'/;[j,a,  y;  Bi-a-^  (3),  xb  àvâ7xa;j.a,  xb  7î(aa[j.a,  xb  /.axâ5a7[j-a,  xb 
xpiTTAbv  rjXOt  xb  a£f!7[J.a  y.al  xb  7:apay.â"A£-;j.a"  xà  oà  è'x£pa,  cicv  xb 
çr,'ff,7xbv,  wç  ^^y;9t(jxcy.axâ5a(j[Ji.a,  ày.axpe-xbv,  [^-sAr^  s'icrt,  y.ai  ojyî.  xivoi. 
'Htj.ixcva  (4)  ce  î'.ff'-  xauxa,  xb  èXaœpbv,  xb  y.Xaap-a,  xb  y.côçpiJ[J.a,  y; 
7:apay.XY]xiy."J;,  xb  ^•''•/jcpiaxoy.axaôaafAa,  xb  è^axpsxxoy.axdcSaafxa"  Aeyovxai 
03  y.a'.  [j.iX-/;.  IlvîûîJ.axa  oi  v.zi  xajxa,  xb  û'VfjXbv,  xb  -/aiJ.TjAbv,  xb 
sAacppbv,  xb  àTcbospiJ.a,  xb  y.£vx"/;[j.a.  ('::£pl  7:v£'j;j.axwv)  7:v£Ù[j,axa  cà 
\b'^zv-oi\^  Zib-i  çwvàc  à7:;x£A:jï'.,  /jwpW  °-  ^-^ci  k'.ipiù-^f  xbvojv  [;,r, 
3"jvijxa[j.£va,  y.aî  yàp  )(ojpî;  à-c^xpiçcu  cj  jjvtaxaxai  xb  yy.^.rj.i^i^ 
C'joè  auvx(0£xa'..  IIàX'.v  '/toplç  ôXi'yo'j  r^  c^£i'a^  r^  7:i~(XQ-riq  c'jc£[j,iav 
£'jpo[j.£V  ùdir^Ar^v,  b[j.o(wç  TraXiv  cvx;;  x:îj  à-co-xpiçcu  ex/  £'jpcjj.£V 
iXaçipbv,  r^  ya[j.'/;Abv,  £'.C£  y.al  £Jps;j.£/  xgjxiv,  6£y,xbv  r,YCÛ[j.£Oa  ctvat, 
xb    y.£vxr,;j.a,    y.al    '/wp'.ç    âxspwv    xivwv    cj   7'Jvi7Taxa'.,    çwvàç    ;a£v   à-o- 

(1)  Il  est  clair  qu'il  y  a  ici  confusion.  —  Confusion  qui  vient,  connue  le  re- 
marque Villoteau,  de  ce  que  les  Grecs  n'ont  pas  idée  de  la  méthode.  Do  là,  ex- 
plications vagues  ou  fausses  qu'ils  donnent  souvent!  —  La  plupart  des  signes 
appartiennent  à  la  chironomie  et  sont  par  conséquent  muets. 

(•2)  L'apodorma  ne  saurait  être  rangé  parmi  les  <j7i{j.âota  Ifjiïw-a  tels  que  à),iYov, 
TiETaoT/i,  etc.,  ni  même,  comme  on  le  trouve  dans  un  autre  traité,  parmi  les  es- 
prits; c'est  un  pur  signe  rythmique,  équivalant  à  5t7t),ri  ou  à  xpâxYKJia. 

(3)  Le  xpàr/ijxa  et  la  ôiTrXfj  ne  diffèrent  (jue  par  la  chironomie;  l'un  et  l'autre 
marquent  le  relard. 

(4)  Il  ne  serait  pas  exact  de  donner  au  mot  T|(jLÎTova  le  sons  de  deaii-ton,  mais 
bien  de  demi-voix.  Nous  avons  vu,  en  effet,  que  le  mot  xévoç  est  pris  souvent 
dans  le  sens  de  (pwvii,  voix.  Et  cette  acception,  dans  le  cas  présent,  se  conçoit 
aisément,  étant  donné  que  la  mélodie  grecque  est  essentiellement  basée  sur 
l'accent.  Or,  ces  divers  Yii^tTova  se  rencontrent  précisément  sur  les  syllabes  brè\es, 
s'il  s'agit  de  signes  toniques  comme  xoOçiafxa  et  iXa?p6v,  ou  dans  les  passages  qui 
ont  une  chironomie  indiquant  l'abaissement  de  la  voix,  comme  t]>ï)çi(TToxaT(ji- 
êadfjia,  etc. 


QUELQUES    MANUSCRITS    DE    MUSIQUE    BYZANTINE.  13 

TsXst,  [j.ôvov  oà  CL)  (TUvfoTa-:ai(l).  Ta  âè  sxspa  rfj'O'Jv  otà  ::vsu[j.xt(.)v, 
a  xat  slat  xaDta,  to  ;j.èv  yàp  û'^^TjXbv  ïyzi  ©wvàc;  (2)  xéffaapaç,  tc>  [j.èv 
y.ÉVTY;;j.a  ey^si  çxovxç  àvicjjaç  oùo.  c;j-oio);  xat  xo  èXâçpbv  y.ai  ib 
)^at;//;Xov,  to  ;j,£v  ^ip  ya;j.r]Xbv  lysi  stç  èXà-Ttoaiv  owva-;  -sj^apaç, 
Tb  ce  èXacppbv  stç  èXaTtoiuiv  çojvàç  ojo*  è[j-Ciojç  oè  y.al  cl  etspci  tovoi  (3), 
cTcv  TO  y.pâTY;;j,a,  i^  BittX^,  to  ^-^povAAàaixa,  ib  àvjc-p{yia[m,  ib  Tziy.Gim, 
y.aî  xà  STspx  oo-a  staî  xotaijTa,  toç  7:ps£cpr,|j,£v,  Xé^fz^xai  gùvOcTOi  tsvci, 
ffûvOîTOt  oè  Xs'YOVTai,  oià  tb  auviGTao-Oai  otà  oùo  xai  xpiôv  tÔvojv  (4), 
r,Y0uv  •/]  o'-X^,  Bià  cûo  ôçsiwv,  ib  èXaopbv,  xb  -(aa[j.a,  oià  5uo  pa- 
pîiwv,  Tb  àvâa-:a;/a  oià  oittay;?,  y.ai  TîSTacTvjç,  v.al  '.ooit  Xo'.Trbv  w- 
£ç-/;;j.£v  07a  sîcjr, ,  TC.auTa,  (jôvOsto',  tovoi  À£Y0V-ai(5).  Kai  tocù  l'iJ.aOsç, 
(I)  ày.poaTa,  -zi  ia-:'.  tivot  y.a'i  ti  -rjiJ.i-rova,  y.ai  t'.  TTVSÛy-aTa  y.ai  oia 
xoiov  Tpô'ïrov  Xi'YSxa'.  xb  y.aOsv.  Tôacr,  y,a'.  xôos  y-at  èy.  twv  Ttpo- 
XsyôÉvxwv  ctai  Tps^s  Tovot,  riY^'-*'^  "^'^  oaiy^v,  r,  o^sfa,  y.ai  ■/]  K^xac-c-J;, 
à'xiva  xai  statv  îaoçcova  (6)'  xb  oè  bcv  ©wvJjv  eux  'éyj.i,  àXX'  saxr. 
xwv  •:iâvxojv  xaTrsivcuiJ.îVcV  otïou  sùpsOYj  xb  îasv,  y.avxs  eiq  o^stav 
<j?a)VY;ç,  y.avxc  elq  yoi.\).r^\bvrt-j.,  ày.îî  oéyz-a'.  xy;v  çiovyjv,  xwv  oè  xso- 
(japtov  xivwv  xwv  cpojvoûvxwv,  f^YOUv  Tïsxaax^ç,  c>a'YOU,  o^siaç,  y.a'. 
à'ïrojxpoçpou,  xal  xwv  xstJtrâpwv  Travxwv  ■jrpoX£y6£vxo)v,  r^Ycuv  xoj 
>lir/jiiaxou ,  xou  yay//)ÀO!j,  xoj  y.svxTjp.axoç,  xai  xcj  àXaç'poj,  oia-cpw;j,£v, 
~z\jq   ôy.xw   iv   xoîç   èxèpoiç   xovo'.ç,    è;j-ç(ovou^   aùxcù;;   aTCOOî'.xvjovxE^   y.a'. 


(1)  Il  eût  été  plus  simple  et  plus  clair  de  résumer  tout  ce  qui  précède  en  cette 
simple  phrase  :  Les  signes  de  la  catégorie  des  esprits  ne  se  rencontrent  jamais 
seuls,  mais  sont  toujours  joints  à  un  des  signes  de  la  catégorie  des  corps. 

(2)  Le  mot  qpwv^  a  ici  évidemment  le  sens  d'intervalle  ou  degré.  Nous  avons 
dit  ailleurs  pourquoi  le  mot  ton  ne  serait  pas  exact. 

(o)  Tout  ceci  ferait  naître  une  réelle  confusion,  si  nous  ne  savions  par  d'au- 
tres traités,  et  même  par  quelques  passtiges  de  celui-ci,  que  le  xpâTyifjia,  la  ùm'/.r,, 
le  îripovxÀaajAa,  etc.,  sont  simplement  des  signes  aphones,  employés,  les  uns  pour 
le  rythme,  les  autres  pour  la  chironomie. 

(4)  Le  mot  tôvo;  prend  ici  le  sens  de  signe. 

(5)  Ce  passage  a  trait,  non  plus  à  la  seule  chironomie,  mais  au.x  neumes,  ou 
réunion  de  pUisieurs  signes  toniques.  Ces  groupes  reçoivent  une  dénomination 
spéciale,  telle  que  :  àvâdtafia,  àvarpixiffi^a,  y^ctiçexi'ju.Ô!;,  etc.  En  étudiant  l'exercice 
chironomique  de  Koukouzélès,  on  peut  remarquer  que  certains  de  ces  neumes 
n'ont  aucune  chironomie  spéciale;  le  -/aipsxiajxôç  est  dans  ce  cas.  C'est  ce  qui  a 
conduit  le  R.P.Thibaut  à  diviser  les  neumes  byzantins  en  deux  classes  :  1°  Ceux 
qui  ont  une  chironomie  spéciale.  2°  Ceux  qui  ont  seulement  une  dénomination 
spéciale. 

(G)  Ces  trois  signes  sont  appelé  isophones,  parce  (pie  chacun  d'eux  indiqui' 
que  la  voix  s'élève  d'un  degré.  On  peut  y  joindre  les  x£vx%aTa,  ce  que  fait  d'ail- 
leurs notre  auteur  dans  la  première  partie  du  traité  «  îffoçwvst  tô  o),iYov,  rj  oÇsîa, 
■^1  mxoLavri,  v.oi  là.  Suo  xîVTT^iAaia  ». 


14  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

evçpvoDvTaç'  "/ojpiç  y^P  ~2'Jt(i)v  r.hny.  à7.iVY;Ta  y.y.1  àvzvépyqxà  staiv, 
Cl  Y^p  'V'  ^^yy^C*  "^V'  -x-aor/.'Jjv  à7:i.7Tâ;xîvi',  ày.piêwç,  cïBaai  y.at  ty;v 
IvepYsiav  tcutwv.  Téojç  oùv  [j.'.y.pbv  ozs;o);XiV  ti  [j.sp'//,w;;.  •ttwç  oçpsi- 
A0'J7iv  IvspYïïv  0'.  Tîvci  ;x;-:3:  twv  -veu'j.xtwv  sic  -àç  àvappoi;  y.al  t"^^ 
0-;ppoY;^,  y.x9(oc  /.a',  6  ép'x-^vs'j-/;^  ajTà;  à/.piSwç  èoioaSî  -sp';  tîov 
IvaAAaYwv  twv  f^yj.<y>.  à'va  vè  â'vcç,  à-âvw  Bè  toD  a°"  v/-'J?  -'■  -t'^î'/Î^Ti? 
[j.iav  ç-ojvjjv,  ^[bn-3.\  ^.  c'jtw  oà ,  ava  v£  avs;  vs  avsç,  5[x:»o;  ■;:âX'.v 
àvwôsv  TOJ  i3°"'  oîliTOj;  rf/ou,  £'.  à^'/;-/iJY;;  ;j,tav  cpo)vr;v,  -(v/z-xi  y"^  C'jto) 
ce,  àvE;  àv£  avsç  aYia'  c;j.c{a)ç  à'vcoOsv  tcj  A""  r,x-'-'  ^'^^XOs  ;j.{av 
ço)v/;v   Y^'''-''3ci  a°^ 

"EptoT.  Iltoç  es'  'fVitTy.1  oCt.  -0  àva6i6à^civ  iwç  tcj  TîTapTCU 
V/c'j  ; 

'A-iy.p.  KaOo)ç  i  -cv^^a-;  tcjç  V/^'J?  Ts'o'japa^,  -ia^xpo^z  V/^"'' 
lo£(7;j-£U3-ôv,   f(YC'Jv   TÉo-o-apa;   scovàç,    cjtwç   oà   l'vi   5   d"^  '^X^??   àYtit- 

Bien  que  le  traité  continue  encore  pendant  quelques  pages, 
nous  le  terminons  ici,  à  cause  des  difficultés  graphiques;  tout 
ce  qui  reste  consistant  surtout  en  exemples.  Nous  aurons 
d'ailleurs  occasion  d'y  revenir  dans  la  suite  de  nos  études. 

jL'i'iisalein,  10  octobi'O  l'.tUt. 

J.-B.  Rebours, 

des  Pères  Blancs. 


HISTOIRE  POLITIQUE  ET  RELIGIEUSE 

DE  UÂRMÉNIE 

{Suiie)  (1). 


I  II.  —  Ambassade  de  Grégoire  Dgha  au  pape;  sa  foi  re- 
connue intègre;  prescriptions  disciplinaires.  —  Pendant  que 
les  liens  incomplètement  renoues  par  Nersès  avec  les  Grecs  se 
relâchaient  un  peu  sous  son  successeur,  les  relations  avec  la 
papauté,  qui  crailleurs  n'avaient  jamais  été  positivement  rom- 
pues depuis  Grégoire  III,  devenaient  plus  actives.  A  partir  des 
Croisades  surtout,  les  Arméniens  se  sentaient  beaucoup  plus  en 
communion  de  sentiments  et  d'idées  avec  les  Latins  qu'avec  les 
Grecs.  Quelques-uns  de  ces  derniers,  plus  jaloux  peut-être  de 
séparer  les  fdsde  Haïg  des  Francs,  que  de  corriger  les  tendances 
schismatiques  de  leur  propre  Église,  avaient  profité  de  quelques 
rapprochements  passagers  entre  Byzance  et  Rome  pour  repré- 
senter aux  Occidentaux  les  Arméniens  comme  des  monopliy- 
sites  avérés.  Des  paroles  agressives,  on  passait  facilement  aux 
voies  de  fait.  Vartan  le  Grand  raconte  que,  dans  trois  diocèses 
1600  prêtres  furent  maltraités,  parce  qu'ils  ne  voulaient  point  se 
conformer  à  certains  usages  religieux  des  Grecs. 

Pour  détruire  l'effet  de  ces  rapports  malveillants,  autant  que 
pour  exprimer  ses  propres  sentiments  et  ceux  d'une  grande 
partie  de  son  Église,  Grégoire  Dgha,  ajoute  le  contemporain 
Vartan,  «  se  tourna  vers  le  pape,  et,  comme  le  faisaient  les  an- 
ciens, sollicita  son  secours  et  sa  bénédiction  ».  Il  envoya  Gré- 
goire, évêque  dePhilippopolis  vers,  Lucius  III.  Le  messager  rejoi- 
gnit le  pape  à  Vérone  (II84);  il  était  porteur  d'une  lettre  qui 
expliquait  le  but  et  l'objet  de  l'ambassade  :  Le  catiiolicos  pro- 

(1)  Voy.  vol.  VII,  VMyi,  p.  26,  2:7,  ôUS;  vol.  VIII,  l'JUiJ,  p.  206,  577;  vol.  IX,  1VJU4, 
p.  1U7,  212,393,537. 


16  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

testait  de  sa  filiale  soumission  envers  le  pontife  romain;  il 
priait  celui-ci  d'intercéder  auprès  de  l'empereur  en  faveur  des 
Arméniens  persécutés,  lui  démasquait  l'injustice  de  quelques- 
unes  des  récriminations  des  Grecs  contre  la  Foi  arménienne  et 
lui  demandait  enfin  un  exposé  de  la  discipline  de  l'Église  ro- 
maine. —  La  réponse  du  pape  nous  a  été  conservée;  elle  est 
pénétrée  d'une  onction  toute  paternelle. 

Lucius  reconnut  que  la  foi  du  catholicos  était  intègre;  il  lui 
conseilla  seulement  d'améliorer  ce  qu'il  y  avait  d'imparfait  dans 
sa  liturgie,  de  mélanger  un  peu  d'eau  avec  le  vin  à  l'autel,  de 
bénir,  à  son  exemple,  les  saintes  huiles  le  jeudi  saint,  et  de 
célébrer  la  Nativité  le  25  décembre. 

En  signe  de  sa  particulière  bienveillance,  il  fit  remettre  au 
catholicos  un  anneau,  le  pallium  et  la  mitre  qu'il  avait  lui- 
même  portée  (1).  (Quatre  ans  plus  tard,  cette  importante  corres- 
pondance de  Lucius  était  rappelée  par  Clément  III  écrivant  à 
Grégoire  Dgha  et  au  baron  Léon.  Les  lettres  de  ce  dernier  pape 
sont  animées  du  souffle  qui  suscita  les  Croisades;  elles  respirent 
aussi  une  bienveillance  vraiment  paternelle  pour  «  son  bien- 
aimé  fils,  l'illustre  prince  montagnard  »  et  pour  le  catholicos. 
Ce  surnom  de  montagnard  est  celui  que  donne  Clément  III  au 
grand  politique  qui  ceindra  dix  ans  plus  tard  la  couronne  en 
Cilicie  (2). 

§  12.  — Déposition  et  fin  tragique  de  Grégoire  V  Qaravêj. 
—  Le  catholicat,  illustré  depuis  un  siècle  par  des  hommes  de 
grand  mérite,  déchut  un  peu  sous  le  successeur  de  Grégoire 


(1)  Le  pallium  est  une  bande  de  laine  blanche,  qui  se  place  sur  les  épaules  et 
dont  les  extrémités  sont  retenues  en  avant  et  en  arrière  par  deux  plaques  de 
plomb  recouvertes  de  soie  noire.  La  veille  de  la  fête  des  saints  Piei-re  et  Paul,  le 
pape  bénit  les  palliums,  qu'on  dépose  dans  une  urne  sous  le  maîti-e-autel,  au- 
dessus  de  la  tombe  de  saint  Pierre.  —  Grégoire  Dgha,  par  sa  science  et  son  zèle 
pour  l'union,  était  digne  de  cet  honneur.  Outre  plusieurs  lettres  sur  l'union  reli- 
gieuse, il  a  laissé  une  élégie  sur  la  prise  de  Jérusalem  par  Saladin.  Voir  Vartan, 
cil.  xi.ix,  dont  le  récit  contient  de  manifestes  exagéi-ations;  Sarbanalian,  Mémoires, 
p.  500. 

La  lettre  de  Lucius  111  datée  du  3  décembi'e  1184  est  reproduite  par  Asgian 
{Bessarione,  septembre-octobi'e  1902,  p.  I!t0-191):  voir  aussi  Alishan  (Léon  le 
Magnifique,  pp.  161-1G5);  Balgy,  54-55;  Tchamitch,  111,  142,  où  est  reproduite  la 
version  de  la  Lettre  par  Nei'.sès  de  Lampron.  Recours  de  Grégoire  Dgha  au  pape 
Lucius  d'après  Vartan,  dans  Dulaui'ier,  Docurn.  armén..  438. 

(2)  Alishan,  p.  163-165,  d'après  la  Version  arménienne  de  Nersès  de  Lampron. 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET,  RELIGIEUSE    DE    l'aRMÉNIE.  17 

Dglia.  Grégoire  V  (1193-1191)  était  le  fils  de  Vahram,  frère  de 
Grégoire  IV.  Il  fut  surnommé  Manough  (jeune  homme)  à  cause 
de  son  extrême  jeunesse;  après  sa  mort,  on  l'appela  aussi  Qa- 
ravêj  (précipité  d'un  rocher).  Il  dut,  dit-on,  ce  dernier  sur- 
nom à  une  tentative  imprudente  dont  il  fut  la  victime.  Soit  qu'il 
eût  contre  lui  de  justes  sujets  de  plainte,  soit  qu'il  fût  circon- 
venu par  les  rivaux  du  Patriarche  et  un  parti  de  mécontents  à 
la  tête  desquels  était  Grégoire  Toutévordi,  abbé  de  Sanaliin,  le 
prince  Léon  fit  enfermer  Grégoire  Manough  dans  la  forteresse 
de  Gobidara,  près  de  Sis,  et  convoqua  les  évoques  pour  le 
déposer  :  c'est  encore  l'un  de  ces  innombrables  faits  qui  mettent 
en  évidence  les  inconvénients  de  la  mainmise  du  pouvoir  civil 
sur  l'autorité  religieuse.  A  défaut  de  vices  entachant  son  élec- 
tion, les  évêques,  d'après  Nersès  de  Lampron,  trouvèrent  dans 
la  jeunesse  d'âge  et  de  caractère  de  Grégoire  V,  un  prétexte 
pour  le  déposer.  Cependant,  le  jeune  captif  céda,  semble-t-il, 
aux  instances  de  quelques-uns  de  ses  partisans  qui  lui  conseil- 
laient de  s'échapper.  11  descendit  le  long  des  murs  de  sa  prison, 
au  moyen  de  draps  attachés  l'un  à  l'autre;  mais  les  nœuds 
s'étant  défaits,  il  se  brisa  la  tête  sur  les  rochers. 

§  13.  Grégoire  VI  Abirad  et  V union  religieuse  :  elle  est 
favorisée  par  le  Roi  et  surtout  par  Nersès  de  Lampron.  — 
Peu  de  temps  après,  sur  la  recommandation  du  prince  Léon, 
Grégoire  VI  Abirad  (le  Méchant)  fut  élu  catholicos  (1195-1202). 
Il  était  fils  de  Schahan,  frère  de  Nersès  IV  Schnorhali  et  de 
Grégoire  III.  Le  surnom  injurieux  d'Abirad  lui  fut  probablement 
donné  par  les  tenants  du  schisme;  car  il  imita  la  conduite  con- 
ciliante de  ses  illustres  oncles.  Si  l'union  religieuse,  surtout 
avec  les  Latins,  devint  officiellement  plus  complète  que  sous 
ses  devanciers,  ce  résultat  fut  dû  en  partie  à  ses  efforts.  Deux 
autres  personnages,  il  est  vrai,  y  contribuèrent  plus  encore  que 
lui  :  ce  furent  le  prince  Léon  II  et  l'évêque  Nersès  de  Lampron. 
Nous  connaissons  le  premier,  dont  nous  avons  essayé  d'analyser 
le  génie  politique  et  raconté  le  règne  brillant.  Le  second,  tout 
aussi  remarquable  par  les  dons  naturels  et  les  qualités  acquises, 
offrait  avec  Léon  un  vif  contraste  qui  ^—  nous  le  verrons  plus 
loin  —  n'était  pas  à  l'avantage  du  roi.  C'était,  dans  toute 
l'acception  du  mot,  l'homme  de  l'Église,  dont  les  principes 
larges  et  élevés,  inspirés  surtout  par  l'amour  du  Christ  et  du 

ORIENT   CHRÉTIEN.  2 


18  •  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

prochain,  vinrent  se  heurter  plus  d'une  fois  aux  plans  du  pru- 
dent politiquo,  qui  envisageait  toute  chose  du  point  de  vue  de 
l'intérêt  temporel  de  son  royaume  et  de  sa  dNiiastie. 

Nersès  de  Lampron  (Lampronatsi)  appartenait  à  la  famille 
des  princes  Héthoumiens  de  Lampron.  Il  était  le  second  fds 
d'Oschïn  II,  seigneur  de  Lampron  et,  par  sa  mère,  le  neveu  de 
Nersès  Schnorhali.  Apparenté  au  catholicos  Grégoire  VI  et  au 
futur  roi  Léon  II,  il  réunissait  toutes  les  distinctions  de  la  nais- 
sance, du  cœur  et  de  l'esprit. 

Il  naquit  en  II53,  étudia  au  couvent  de  Sguévra  sous  le  doc- 
teur Jean,  puis  reçut  le  sacerdoce  des  mains  du  catholicos,  son 
oncle.  Celui-ci,  à  cette  occasion,  lui  donna  le  nom  de  Nersès, 
au  lieu  du  nom  de  Sempad  qu'il  avait  porté  jusque-là.  Il  l'en- 
voya ensuite  compléter  ses  études  dans  un  couvent  de  la  Mon- 
tagne Noire  sous  la  direction  du  docteur  Etienne  Diratsou  ou  Le 
Clerc.  En  peu  de  temps,  le  jeune  prêtre  acquit  la  connaissance 
du  grec,  du  latin  et  du  syriaque.  Ses  qualités  se  révélèrent  avec 
tant  d'éclat  que  Grégoire  Dgha,  le  successeur  de  Nersès  Schnor- 
hali, le  consacra  évêque  de  Tarse,  à  l'âge  de  vingt-trois  ans. 
Peu  de  temps  après,  les  moines  de  Sguévra  le  choisissaient  pour 
leur  supérieur.  C'était,  en  effet,  au  témoignage  du  connétable 
Sempad,  un  prélat  orné  de  toutes  les  perfections  et  également 
admiré  des  Arméniens,  des  Grecs,  des  Syriens  et  des  Latins, 
pour  sa  science  et  sa  vertu  (1).  Poète,  comme  son  gracieux 
homonyme,  il  composa  les  hymnes  sur  le  Saint-Esprit  que  les 
Arméniens  chantent  le  jour  de  Pâques,  le  dimanche  in  Albis  et 
le  jour  de  l'Ascension.  Orateur  surtout  à  la  parole  véhémente, 
imagée  et  nourrie  de  doctrine,  il  sera,  pour  ainsi  dire,  Fàme  du 
concile  de  Tarse. 


(1)  Sempad  (ad  ann.  646  =:  31  janv.  111I7-30  janv.  11!>8). 

Nersès  composa  à  vingt-quatre  ans.  au  monastère  de  Saglirou,  son  livre  :  Ré- 
flexions sur  les  InsLitiUions  de  VÉylise  et  mystère  de  la  Messe  (Venise,  1817)  en 
extraits  dans  Hist.  arm.  des  crois.  (I,  569-578).  L'année  suivante,  il  composait  un 
Comment,  sur  les  Ps.  et  explic.  du  livide  de  Salomon  et  des  douze  petits  prophètes. 
Ses  Lettres  et  panégj-riques  ont  été  publiés  avec  les  Lettres  Dogmatiques  de 
Grégoire  Dgha  (in-24,  Venise,  1838).  Dulaurier  a  publié,  loco  cit.,  p.  579-603,  sa 
fameuse  lettre  à  Léon  II  que  nous  analj'serons  plus  loin.  On  lui  attribue  aussi  la 
traduction  des  Dialogues  de  saint  Grégoire  le  Grand,  celle  de  la  Vie  de  ce  pontife 
et  des  Vies  des  Pères  du  Désert.  Mais  il  est  bien  douteux  que  la  traduct.  armén. 
du  texte  latin  de  la  Règle  de  S.  Benoît,  et  des  lettres  de  Lucius  III  et  de  Clé- 
ment III  à  Grégoire  Dgha  soit  de  Nersès. 


HISTOIRE   POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l' ARMÉNIE.  19 

Tel  était,  à  la  fin  du  douzième  siècle,  le  plus  brillant  cham- 
pion de  l'union  religieuse.  Les  circonstances  voulurent  qu'il 
déployât  d'abord  son  zèle  et  son  éloquence  pour  sceller  l'accord 
depuis  longtemps  projeté  des  Arméniens  avec  les  Grecs.  Mais  la 
portée  de  ses  paroles,  dépassant  de  beaucoup  la  sphère  étroite 
d'une  Église  particulière,  élèvera  et  dirigera  naturellement 
l'esprit  de  ses  auditeurs  vers  l'Église  catholique  et  son  centre 
de  gravité,  qui  est  la  Chaire  de  Pierre. 

§  14.  Concile  de  Tarse  ;  Discours  de  Nersès  :  unité  néces- 
saire, la  formule  chalcédoîiienne  sur  Vlncarnation  est  con- 
ciliée avec  le  latigage  des  Arméniens  les  plus  éminents.  — 
La  mort  de  Manuel  Comnèiie  (1180)  avait  ralenti,  sinon  arrêté, 
les  négociations  de  Grégoire  Abirad  avec  le  haut  clergé  grec. 
Elles  furent  reprises  avec  plus  d'activité  sous  son  troisième  suc- 
cesseur Isaac  II  Angeles  (1185-1195),  qui  écrivit  une  lettre  au 
catholicos  arménien  (1).  Bientôt,  l'intelligente  politique  de 
Léon  II  vint  donner  un  nouveau  stimulant  à  ces  tentatives  de 
rapprochement.  Alexis  III  Angeles  (1195-1203),  sachant  que  le 
prince  arménien  sollicitait  la  couronne  des  mains  du  pape 
Célestin  III  et  de  l'empereur  Henri  IV  d'Allemagne,  se  hâta  de 
les  prévenir.  Il  offrit  à  Léon  une  couronne  avec  un  titre  dont  il 
ne  pouvait  le  frustrer  (119G).  Léon,  de  son  côté,  favorisa  de  tout 
son  pouvoir  la  convocation  longtemps  différée  des  évêques 
grecs  et  arméniens  au  concile  de  Tarse.  Avec  l'historien  armé- 
nien contemporain  déjà  cité,  nous  pensons  que  ce  concile  s'ou- 
vrit le  dimanche  des  Rameaux  de  l'an  1196,  et  non  l'an  1179, 
comme  on  l'a  cru  communément. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  sa  date  exacte,  il  marque  l'un  des  der- 
niers et  des  plus  vigoureux  efforts  pour  renouer  les  anciens 
rapports  de  l'Église  arménienne  avec  l'Église  greque.  Cet  effort 
est  représenté  surtout  par  le  grand  nom  de  Nersès  de  Lampron. 
11  fut  l'âme  du  concile,  et,  s'il  se  trompa,  en  cherchant  un 
remède  au  schisme  dans  une  Église  travaillée  elle-même  de 
ce  mal,  il  eut,  du  moins,  le  singulier  mérite  de  montrer  la 
nécessité  de  l'unité  dans  l'Église  fondée  par  le  Christ  et  d'en 
indiquer  les  conditions.  —  S'adressant  particulièrement  aux 


(1)  Ed.  pr.  A.   Papadopulos  Korameus,  MaypoYopSâTsto?  P(6^.,  'Ave'xSoTa  i\\t\\ 
Constant.,  1884,  p.  59-63. 


20  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

évêques  arméniens,  dont  plusieurs  avaient  assisté  au  synode 
de  Hromgla  :  «  Pères  et  pasteurs  des  âmes  dispersés  dans  toute 
l'Arménie,  leur  dit-il,  vous  êtes  arrivés  avec  le  Christ  versSion, 
la  cité  de  l'éternel  salut;  vous  voilà  à  même  de  réédifier  le  tem- 
ple spirituel  qui  fut  fondé  sur  Pierre  (1).  »  Il  félicite  en  parti- 
culier le  catholicos  Grégoire  IV  et  le  nouveau  Zorobabel  (Léon) 
de  s'être  mis  à  l'œuvre;  il  fait  appel  à  «  la  charité,  fruit  de  l'Es- 
prit-Saint  »  ;  il  flétrit  les  principes  des  partisans  obstinés  du 
schisme;  il  en  dénonce  les  funestes  conséquences  pour  sa  re- 
ligion et  sa  patrie  :  «  Loin  de  nous,  dit-il,  l'envie  et  les  préjugés 
qui  engendrent  l'aveuglement  d'esprit  et  la  discorde  et  nous 
séparent  de  la  communion  avec  les  autres  nations  chré- 
tiennes. » 

Abordant  ensuite  les  questions  en  litige,  il  montre  «  que  re- 
connaître Jésus-Christ  comme  Dieu  et  homme  et  confesser 
qu'il  existe  en  lui  deux  natures,  ce  sont  deux  formules  équi- 
valentes, également  éloignées  du  monophysisme  et  du  nesto- 
rianisme  ».  «  Quant  à  la  fameuse  locution  :  inie  nature  du  Verbe 
incarnée,  ajoute-t-il,  elle  a  été  employée  par  les  docteurs  ar- 
méniens, entre  autres  par  le  patriarche  Jean  le  Philosophe  (Jean 
Odznetsi?),  par  Ezr  (Ezdras),  par  Grégoire  de  Nareg,  cet  ange 
revêtu  d'un  corps  mortel,  et  par  Nersès  Schnorhali  qui  nous  a 
formé;  mais,  par  ces  termes,  ils  voulaient  exprimer  l'étroite 
vuiion  des  deux  natures  en  une  seule  hypostase,  et  non  point 
faire  entendre  que  l'une  de  ces  natures  est  anéantie  ou  confon- 
due avec  l'autre.  »  11  maintient  d'ailleurs  la  doctrine  de  Nersès 
comme  étant  à  l'abri  de  tout  reprociie  :  avec  cet  éminent  catho- 
licos, il  admet  que  les  deux  natures  gardent  après  l'union  leurs 
différences  et  leurs  propriétés;  bref,  comme  les  catholiques,  il 
défend  l'union  des  natures,  non  la  confusion  des  Eutychiens; 
et  la  distinction  de  ces  natures  unies,  non  la  séparation  des 
Nestoriens.  Il  justifie  ainsi  la  foi  des  Grecs  touchant  l'Incarna- 

(1)    Ouor    hymnetsa^^■    i    wierah    Bedrossi    {np    i^fiifhhifujL    f>    i/fibptàjj 

^Iiuipnu^), Discours  synocl.  (Venise,  1812),  p.  71...  I>An%fiQii Considérations  surla 
Hiérarchie  ecclésiastique,  Nersès  do  Lampron  déclare  que  l'Église  de  Rome,  bien 
que  la  troisième  seulement  dans  l'ordre  chronologique  des  fondations  faites 
l)ar  saint  Pierre,  est  la  première  quant  à  la  puissance,  zorouthiamp  aradschin 
q^opnLpbiuifp  lun.ujÇfiii .  voir  Balg}',  Le  siè(/e  de  Pierre  (en  armén.),  p.  241; 
Bessarione,  t.  III,  p.  148. 


HISTOIRE   POLITIQUE   ET   RELIGIEUSE    DE    l'ARMÉNIE.  21 

tion  et  fait  observer  que  les  évêques  arméniens  réunis  en  synode 
à  Tovin,  à  Manazgherd,  aussi  bien  que  les  docteurs  Etienne 
de  Siounie,  Ananias  de  Schirag  et  Paul  de  Daron  ont  eu  tort 
de  ranger  parmi  les  nestoriens  ceux  qui  ont  souscrit  aux  dé- 
cisions dogmatiques  de  Chalcédoine.  —  11  conclut  enfin  que 
l'union  est  tellement  nécessaire,  que,  s'il  en  était  besoin,  il  fau- 
drait, pour  la  réaliser,  modifier  les  usages  disciplinaires  et 
changer  la  date  fixée  pour  la  célébration  des  fêtes  (1). 

§  15.  Suite  du  concile  de  Tarse  :  conditions  imposées  par 
les  Grecs.  —  Les  représentants  de  l'Église  grecque  admirèrent 
ce  sage  libéralisme,  mais  l'imitèrent  peu.  Ils  formulèrent  à 
nouveau  les  conditions  d'union  que  Théorianos  avait  déjà  pro- 
posées à  Nersès.  Nous  demandons,  dirent-ils  aux  Arméniens, 
1"  que  vous  anathématisiez  ceux  qui  ne  reconnaissent  en  Jésus- 
Christ  qu'une  seule  nature  :  Eutychès,  Dioscore,  Timothée 
Aelure  et  tous  leurs  partisans;  2°  que  vous  reconnaissiez  en 
N.-S.  une  seule  personne,  à  la  fois  Dieu  et  homme,  ayant,  par 
conséquent,  deux  natures,  deux  sortes  d'opérations,  deux  vo- 
lontés, Tune  humaine,  l'autre  divine,  parfaitement  concor- 
dantes; 3"  que  vous  retranchiez  du  Trisagion  l'addition  :  «  qui 
as  été  crucifié  pour  nous  ».  Ils  exigèrent  de  plus  des  Arméniens 
l'acceptation  des  sept  conciles  reconnus  par  les  Grecs;  la  célé- 
bration des  fêtes  de  N.-S.,  de  la  sainte  Vierge,  de  saint  Jean- 
Baptiste  et  des  Apôtres  aux  jours  fixés  dans  l'Église  catholique; 
l'Annonciation,  par  exemple,  à  la  date  du  25  mars,  la  Nativité 
au  25  décembre,  la  Circoncision  au  1*""  janvier,  TÉpiphanie  au 
G  janvier.  Ils  exigeaient  enfin  que  le  saint  chrême  fût  préparé 
avec  le  fruit  de  l'olivier,  non  avec  le  sésame;  que  le  pain  em- 
ployé pour  le  saint  sacrifice  fût  fermenté  et  non  azyme  ;  qu'on 
mêlât  quelques  gouttes  d'eau  chaude  au  précieux  sang,  immé- 
diatement après  la  consécration  ;  que  tous  les  clercs  et  les  fi- 
dèles, sauf  les  pénitents  qui  en  étaient  exclus  temporairement 
par  les  saints  canons,  fussent  astreints  à  rester  dans  l'église 
pendant  toute  la  durée  du  saint  sacrifice.  —  Enfin,  une  dernière 
clause,    plus  onéreuse   pour   les   Arméniens   que   toutes   les 


(1)  Orazione  sinodale  (éd.  Aucher,  armén.  et  ital.,  Venise,  1812),  pp.  84,  88-94; 
ot  Venise,  1865;  importants  extraits  dans  Balgy,  op.  cit.,  p.  48  et  siiiv.;  Tclia- 
mitch,  II,  2-28. 


22  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

autres  réservait  à  l'empereur  la  nomination  du  catliolicos  (1). 

§  16.  Suite  du  concile  de  Tarse.  Les  Arméniens  condam- 
nent les  monopliy sites,  expliquent  ou  corrigent  quelques 
formules  et  usages  suspects.  —  Des  conditions  précédentes 
imposées  par  les  Grecs,  les  unes  étaient  lég-itimes,  les  autres 
mal  fondées,  ou,  du  moins,  excessives.  En  tout  cas,  l'Église 
grecque  schismatique  était  mal  venue  d'exiger  l'abolition  de 
certaines  pratiques  aussi  anciennes  et  aussi  vénérables  que 
les  siennes.  —  Néanmoins,  les  Arméniens  firent,  presque  sur 
tous  les  points,  les  concessions  qui  semblaient  raisonnables  : 
«  Nous  condamnons,  dirent-ils,  Eutychès  et  Sévère.  »  Quant  à 
Dioscore,  ils  déclarèrent  ne  point  savoir  qu'il  eût  été  disciple 
d'Eutychès;  mais  ils  s'engagèrent  à  le  condamner,  dès  qu'on 
leur  montrerait  son  accord  avec  cet  hérésiarque.  Ils  expliquè- 
rent ensuite  qu'ils  employaient  la  formule  une  nature  du 
Verbe  Incarnée  smYâni  le  sens  admis  par  Athanase,  les  Gré- 
goires,  et  surtout  Cyrille  d'Alexandrie.  A  leur  suite,  ils  pro- 
clamaient Jésus-Christ  Dieu  et  homme  et  répudiaient  énergi- 
quement  l'absorption  de  l'une  de  ces  natures  dans  l'autre  après 
l'union,  ou  leur  anéantissement.  Comme  les  Grecs  ne  parais- 
saient point  entièrement  satisfaits  de  cette  explication,  les 
Arméniens  ajoutèrent  que,  par  amour  de  la  paix,  ils  n'emploie- 
raient plus  désormais  les  termes  ambigus  de  la  nature  une  du 
Verbe  Incarné  et  les  remplaceraient  par  ceux  de  deux  natures, 
deux  volontés,  deux  opérations. 

L'addition  «  qui  as  été  crucifié  pour  nous  »,  continuèrent-ils, 
n'a  point,  dans  notre  bouche,  un  sens  hérétique  :  nous  ne  nous 
adressons,  en  effet,  ni  au  Père  ni  au  Saint-Esprit,  ni  au  Fils  en 
tant  qu'il  est  Dieu,  mais  au  Verbe  fait  homme,  au  Christ  souf- 
frant. Et,  ici  encore,  pour  dissiper,  conformément  à  votre 
désir,  toute  équivoque,  nous  modifierons  ainsi  les  paroles  du 
Trisagion  :  «  Dieu  saint,  saint  et  fort,  saint  et  immortel,  qui 
vous  êtes  incarné  et  avez  été  crucifié  pour  nous,  ayez  pitié  de 


(1)  Concile  de  Tarse:  Mansi,  Collecl.  Concil,  t.  XXII,  p.  197-206:  Héfélé,  Concll. 
gesch-il""  éd.,  Fribourg-en-Brisgau,  1863),  p.  629-631;  —  cd.  franc,  (trad.  Delarc, 
Paris,  1872),  t.  VII,  p.  498-199.  —  Galan.,  pars  I,  p .  326  et  scqq.  —  A  défaut  des  actes 
du  Concile,  qui  n'ont  pas  été  conserves,  on  trouve  aussi  dans  Balgy  (appendix  VI) 
les  conditions  posées  par  les  Grecs  pour  l'union  ainsi  que  les  réponses  des  Armé- 
niens et  leurs  réclamations. 


HISTOIRE   POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'ARMÉNIE.  23 

nous  ».  — Tout  en  observant  qu'ils  ne  se  croyaient  point  tenus  à 
de  telles  concessions,  ils  consentirent,  toujours  par  amour  de  la 
paix,  à  célébrer  la  Nativité  de  N.-S.,  l'Annonciation  et  la  Puri- 
fication, aux  jours  demandés  par  les  Grecs.  C'étaient,  d'ailleurs, 
les  seules  fêtes  dont  la  date  ne  coïncidait  pas  avec  celle 
adoptée  par  l'Église  grecque.  Ils  promirent,  avec  plus  de 
bonne  grâce  encore,  de  préparer  l'huile  sainte  avec  des  olives 
et  de  mêler  un  peu  d'eau  pure  avec  le  vin  du  sacrifice;  mais 
ils  refusèrent  de  substituer  au  pain  azyme  le  pain  fermenté, 
alléguant  pour  se  justifier,  l'usage  suivi  «  par  la  chaire  apos- 
tolique de  Pierre  ». 

Quant  à  la  coutume  des  fidèles  de  rester  hors  des  églises 
pendant  le  saint  sacrifice,  les  évêques  arméniens  la  blâmèrent 
comme  les  Grecs.  Elle  s'était  introduite  peu  à  peu,  dirent-ils, 
parce  que  les  églises  étaient  trop  petites  et  trop  peu  nombreuses 
pour  contenir  le  peuple  et  que,  d'autre  part,  les  églises  grec- 
ques lui  restaient  fermées. 

§  17.  Suite  du  concile.  Les  Arméniens  acceptent  le  concile 
de  Chalcédoine  et,  sous  condition,  les  trois  suivants;  nomi- 
nation et  juridiction  du  catholicos.  —  Les  Pères  arméniens 
réunis  à  Tarse  ayant  constaté  que  les  décisions  de  Chalcédoine 
étaient  d'accord  avec  celles  des  trois  conciles  précédents,  y 
souscrivirent  de  bon  gré.  Ils  se  déclarèrent  aussi  prêts  à  recon- 
naître les  trois  conciles  suivants  (V%  VF  et  VIP),  dès  qu'on  leur 
en  aurait  montré  les  décrets,  les  définitions  et  l'harmonie  avec 
les  trois  premiers  conciles  œcuméniques. 

Quand  vint  l'examen  de  la  condition  la  plus  importante 
imposée  par  les  Grecs,  la  nomination  du  catholicos  par  l'em- 
pereur, les  Arméniens  ne  la  rejetèrent  pas;  ils  considérèrent 
même  cette  clause  comme  la  meilleure  garantie  d'une  récon- 
ciliation durable.  Mais,  en  retour,  ils  exigèrent  des  Grecs  une 
grave  concession.  Il  faut,  dirent-ils,  que  l'autorité  du  catholi- 
cos arménien  s'étende  sur  le  siège  d'Antioche  et  les  églises  de 
son  ressort;  il  deviendra  ainsi  l'intermédiaire  autorisé  entre 
tous  les  Arméniens  et  l'empereur,  et  sera  plus  à  même  de  ré- 
concilier leur  Église  avec  l'Église  grecque. 

I  18.  Réformes  disciplinaires  exigées  par  les  Arméniens  ; 
protestataires  arméniens;  exagérations  des  Grecs:  ils  rebu- 
tent Nersès.  — Outre  le  siège  d'Antioche  pour  leur  catholicos, 


24  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

les  Arméniens  demandèrent  aux  Grecs  la  correction  de  plu- 
sieurs usages  disciplinaires,  dont  quelques-uns  étaient,  en  effet, 
abusifs.  Ils  voulaient  que  tout  sujet  grec  coupable  fût  jugé 
selon  la  rigueur  des  saints  canons;  que  nul  ne  fût  admis  aux 
Ordres  sans  un  sérieux  examen;  que  les  honneurs  de  la  clé- 
ricature  fussent  interdits  aux  manchots  et  aux  mutilés;  que 
tout  sujet  promu  aux  Ordres  fût,  s'il  était  convaincu  de  quelque 
crime,  déposé  après  un  jugement  public.  —  De  plus,  les  évê- 
ques  Grecs  devaient  s'engager  à  ne  plus  laisser  garder  sous 
terre  les  restes  du  saint  sacrihce;  à  ne  plus  permettre  aux 
religieux  et  aux  clercs  de  rompre  le  jeûne,  en  faisant  usage  de 
vin  et  de  poissons;  à  défendre  aux  prêtres  de  mêler  de  l'eau 
chaude  au  précieux  sang,  après  la  consécration.  Enfin,  on  de- 
mandait aux  Grecs  de  préparer  la  sainte  hostie  avec  du  pain 
azyme,  «  suivant  la  vraie  tradition  »  suivie  par  l'Église  armé- 
nienne et  «  la  grande  Église  des  Romains  ». 

On  voit  qu'à  des  exigences  outrées  les  Arméniens  répon- 
daient par  des  demandes  également  excessives  (1).  Au  reste, 
l'unité  de  discipline  n'était  point  nécessaire  pour  arriver  à 
l'union  dans  la  foi  et  la  charité.  Les  bases  d'un  accord  présen- 
tées par  Nersès  de  Lampron  dans  un  esprit  extrêmement  libéral 
furent  adoptées  par  l'assemblée  des  Pères.  Néanmoins,  une 
certaine  confusion,  faite  par  les  historiens  entre  le  concile  de 
Tarse  et  le  synode  de  Hromgla,  laisse  planer  des  doutes  sur  la 
nature  des  conditions  ratifiées  de  part  et  d'autre.  Ce  qui  est 
certain,  c'est  que  l'accord,  bien  que  signé  par  les  principaux 
représentants  des  deux  Éghses,  ne  devint  jamais  effectif.  Dans 
les  deux  camps,  les  partisans  de  l'union  se  heurtèrent  à  des 
résistances  opiniâtres,  acharnées.  Du  côté  des  Arméniens,  les 
opposants  se  recrutaient  surtout  parmi  les  moines  de  Zorogt, 
d'Ani,  de  Sanahin,  d'Aghpad(2);  ces  monastères,  situés  sur  la 
rive  gauche  de  l'Araxe,  étaient,  nous  l'avons  dit,  hors  du  cercle 
d'influence  des  princes  chrétiens;  et,  favorisés  parles  princes 
infidèles  intéressés  à  la  désunion  entre  chrétiens,  ils  combat- 
taient de  parti  pris  tout  projet  de  réconciliation.  Ils  étaient 
restés  sourds  aux  exhortations  de  Nersès  Schnorhali,  comme 

(1)  Balgy,  appendix  YI. 

(2)  Le  monastère  d'Aghpad  était  voisin  de  Sanaliin ,  près  de  la  vallée  des  Sé- 
vortieris  (aujourd'hui  rivière  Bortchalo),  sur  les  limites  de  la  Géorgie. 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'aRMÉNIE.  25 

plus  tard  à  celles  de  Nersès  de  Lampron.  Ils  avaient  même 
rompu  avec  le  catholicos  Grégoire  Dgha  et  lui  avaient  opposé 
un  anticatholicos,  Basile  »  d'Ani  (1195-120G),  fils  de  Grégoire, 
né  lui-même  d'un  frère  de  Basile  V.  Peu  après  surgissaient 
deux  autres  anticatholicos,  Anania  Sebastatzi  (1205-1209)  et 
David  III  Arkaghnétzi  (1107-1210). 

Tandis  que  ces  esprits  travaillaient  à  détruire  l'accord  bien 

incomplet,  si  péniblement  élaboré  par  les  derniers  synodes, 

certains  Grecs  ne  montraient  pas  moins  d'étroitesse  d'esprit. 

Ils  poussaient  la  prévention  jusqu'à  soumettre  à  un  second 

baptême  les  Arméniens  qui  passaient  au  rite  grec.  A  de  telles 

animosités,  Nersès  de  Lampron  lui-même  ne  pouvait  porter 

remède,  bien  que  son  esprit  fût  enclin  à  juger  avec  la  même 

bienveillance  toutes  les  divergences  purement  rituelles.  L'an 

1197,  Léon  II  l'envoya  avec  trois  princes  arméniens  à  la  cour 

d'Alexis  l'Ange,  afin  de  conclure  l'union  religieuse  tant  de  fois 

projetée.  Mais  ses  pourparlers  avec  les  prélats  grecs  n'aboutirent 

pas.    Ceux-ci  maintinrent   les   conditions  posées  à  Tarse  et 

exigèrent    que   le  catholicos  arménien    fût    désormais    sacré 

par  le  patriarche  grec  de  Constantinople.  Nersès  répondit  en 

réclamant  quelques-unes  des  concessions  déjà  formulées  par 

les  évoques  arméniens,  notamment  la  cession  du  siège  d'An- 

tioche  au  catholicos.  Les  Grecs  refusèrent,  et  la  conférence  fut 

rompue.  Nersès,  n'ayant  pu  atteindre  au  but  si  passionnément 

poursuivi,  jugea  sévèrement  ses  interlocuteurs  grecs  :  «  Dans 

les  discussions  que  nous  avons  eues  avec  eux,  raconte-t-il,  ils 

se  sont  montrés  ignorants,  grossiers,  matériels,  obstinés  comme 

des  juifs,  fermés  à  l'Esprit  de  vie  et  esclaves  de  la  lettre.  » 

Est-il  surprenant  que,  se  voyant  impuissant  à  rapprocher  et 

à  vivifier  Tune  par  l'autre  les  deux  Églises,  il  ait  tourné  les 

regards  de  ceux  qui  l'entouraient  vers  le  tronc  d'où  ces  deux 

puissantes  branches  avaient  été  détachées,  et  qu'il  ait  invité  à 

nouveau  ses  antagonistes   «  à  se  conformer  eux-mêmes  à  la 

discipline  du  Siège  apostolique  de  Pierre  et  à  se'  soumettre  aux 

lois  delà  grande  Église  romaine  »  (1)  ? 

(I)  Cr.  la  dispute  avoc  les  Grecs  altribuco  à  Nersès  de  Lampron  (Constantiiioijle, 
1757);  Léon  Alishan,  Léon  le  Magnifique,  p.  159;  Balgy,  le  S-iège  de  saint  Pierre, 
p.  241;  voir  aussi  le  livre  des  Conc.  Armén.,  les  Lettres  de  Nersès  et  Grégoire  IV; 
citations  dans  Azarian,  op.  laud. 


26  '      REVUE   DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

%  10.  Union  religieuse  avec  l'Église  Romaine.  Léon  II,  en 
recevant  la  couronne,  souscrit  aux  conditions  du  pape,  avec 
les  évêques  présents.  —  L'union  vainement  tentée  avec  Byzance 
devait,  en  effet,  pleinement  aboutir  avec  Rome.  Le  pape  qui, 
sous  le  catholicat  de  Grégoire  Manough,  avait  continué  d'être 
pour  le  peuple  arménien  un  allié  et  un  protecteur,  allait  être 
reconnu  avec  tous  ses  droits  et  tous  ses  privilèges,  sous  le 
patriarcat  de  Grégoire  Abirad.  Le  couronnement  de  Léon  II  en 
fournit  naturellement  l'occasion.  Le  baron  d'Arménie,  comme 
on  l'appelait  alors,  avait  demandé  à  Célestin  III  de  l'admettre 
expressément  dans  le  giron  de  l'Église  catholique  et  de  lui 
octroyer  la  couronne  royale  (I).  Le  pape  fut  heureux  d'obtem- 
pérer à  sa  double  requête,  moyennant  certaines  conditions, 
qui  sont  racontées  avec  quelques  variantes  par  les  anciens  his- 
toriens. 

Avant  la  cérémonie,  et  sur  le  désir  du  pape,  le  délégué 
apostolique  exigea  du  catholicos  Grégoire  VI  Abirad  (1194- 
1203)  la  réforme  de  quelques  points  disciplinaires.  Il  désirait 
que  le  jeûne  fût  observé  par  les  Arméniens,  la  veille  de  Pâques 
et  de  Noël;  que  cette  dernière  fête  fût  célébrée  le  25  décembre 
comme  dans  l'Église  latine;  qu'il  fût  interdit  aux  fidèles  de 
sortir  de  l'église  avant  la  fin  du  saint  sacrifice;  que  le  catholi- 
cos fût  tenu  d'envoyer  à  Rome,  à  époque  fixe,  un  légat  pour 
rendre  en  son  nom  hommage  au  pape.  Enfin,  au  dire  de  Vin- 
cent de  Beauvais,  le  légat  pontifical  aurait,  en  outre,  exigé  que 
l'étude  de  la  langue  latine  fût  introduite  dans  les  écoles  ar- 
méniennes. Comment  ces  demandes  furent-elles  accueillies? 
D'après  un  récit,  dont  un  contemporain,  Guiragos,  s'est  fait 
l'écho,  Léon  II,  s'aperce vant  que  les  observations  du  légat 
étaient  écoutées  très  froidement  de  la  majorité  des  évêques,  se 
serait  tourné  vers  ceux-ci  et  leur  aurait  dit  :  «  Ne  vous  inquiétez 
pas  de  ses  réclamations,  je  vais  le  satisfaire,  pour  le  moment, 
par  une  soumission  apparente.  »  Et  puis,  s'adressant  à  l'ar- 
chevêque latin,  il  aurait  ajouté  :  «  Nous  nous  conformerons  sans 

(I)  Langlois  a  publié  le  premier  une  monnaie  en  argent  représentant,  d'un 
côté  le  roi  couronné,  à  genoux  devant  le  Christ  qui  lui  donne  la  croix;  au  revers, 
deux  lions  adossés,  ^vec  une  croix  entre  eux,  avec  la  légende  ordinaire  :  «  Lévon, 
roi  d'Arménie,  par  la  puissance  de  Dieu  ».  Num.  de  l'Arm.  au  Moyen  Age,  p.  38, 
pi.  I,  n.  1.  ,  ' 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'aRMÉNIE.  27 

restriction  et  sans  délai  aux  ordres  du  grand  empereur  et  du 
souverain  pontife.  »  Conrad  a3"ant  exif^'é  que  douze  évêques  scel- 
lassent rengagement  par  un  serment,  Léon  persuada  à  douze 
prélats  arméniens  de  prêter  ce  serment,  et  ils  en  jurèrent  la 
formule  (1). 

Telle  est  la  version  de  Guiragos.  Elle  nous  semble  suspecte; 
car  il  n'est  guère  vraisemblable  que  les  évêques  présents  aient 
souscrit  par  serment  à  des  engagements  que  le  roi,  au  vu  et 
au  su  des  prélats  assemblés,  aurait  eu  l'intention  de  ne  point 
tenir.  Bien  que  les  règles  disciplinaires  proposées  par  le  pape 
ne  fussent  point  des  conditions  indispensables  pour  l'union  reli- 
gieuse, nous  croyons  que  la  plupart  des  signataires  les  acceptè- 
rent sincèrement.  En  retour  de  ces  concessions,  ils  demandè- 
rent seulement  que  nul  concile  ne  fût  célébré  en  Orient  sans  la 
participation  du  catholicos  arménien,  et  que  le  pouvoir  d'ex- 
communier les  Arméniens  fût  réservé  au  pape. 

§  20.  Léon  II  et  Grégoire  Abirad  confirment  par  leurs 
lettres  leur  foi  en  la  suprématie  réelle  du  pape  sur  V Église 
universelle.  —  Au  reste,  peu  après  le  couronnement,  Léon  II 
et  Grégoire  VI  Abirad  adressèrent  au  nouveau  pape  Innocent  III 
plusieurs  lettres,  où  ils  confessaient  nettement  la  primauté  de 
juridiction  et  la  suprématie  réelle  du  pontife  romain  (2).  Dans  sa 
première  lettre,  Grégoire  appelait  Innocent  III  «  le  chef,  après 
le  Christ,  de  l'Église  catholique  romaine,  mère  de  toutes  les 
Églises  »  et  «  fondement  de  toute  la  chrétienté  ».  Je  suis,  ajou- 
tait-il, «  le  fils  de  votre  Église  »;  avec  nos  archevêques,  nos 
évêques,  nos  prêtres  et  tous  nos  clercs,  je  vous  sais  gré  de  nous 
avoir  rendu  la  couronne  royale  dont  nous  étions  privés  depuis 
longtemps;  et  «  bien  volontiers  nous  avons  écouté  et  voulons 
observer  les  prescriptions  (vestra  pra;cepta)  ei  la  loi  (legem) 
de  la  sublime  Église  romaine,  mère  de  toutes  les  Églises  ».  Un 
peu  plus  tard,  le  catholicos  Grégoire  Abirad  renouvelait  cet 
hommage  de  soumission  filiale  envers  celui  qu'il  nommait  «  le 

(1)  Guiragos  (éd.  Osgan,  Moscou,  1858),  p.  92;  p.  78  de  la  traduction  Brossot  : 
Bibl.  des  Crois.;  Doc.  Arm.;  I,  423:  Alishan,  Vie  de  Léon,  p.  1G5;  Vincent  de  Beau- 
vais,  Spccul.  hisl.,  xxxr,  29;  Vartan,  ch.  82:  voir  aussi  Ilayton,  IMicliel  le  Syri(Mi 
et  Samuel  d'Ani. 

(2)  Rer/.  Innoc.  111,  lib.  Il,  ep.  217-2-20;  dans  .Migne,  CCXIV,  775,  etc.,  Baiuze. 
AcUi  Innoc.  III,  cxiv;  Baronius,  ann.  1197,  n.  10;  ann.  1198,  n.  65-70  (éd.  Thei- 
ner};  Rer/.,  1.  V,  ep.  15. 


28  rf:vue  de  l'orient  chrétien. 

chef  suprême  de  toute  l'Église  »,  «  le  successeur  du  Bienheureux 
Pierre,  prince  des  apôtres  »,  «  le  pape  universel  assis  sur  le 
siège  suprême  de  la  Ville  romaine  »  :  Parce  que  vous  êtes  le 
père  de  la  chrétienté,  répétait-il,  nous  avons  tous  reçu  avec 
amour  votre  prescription  (mandatum).  En  témoignage  de  notre 
gratitude,  <^  tant  que  nous  conserverons  notre  charge  de  catho- 
licos,  nous  maintiendrons  sous  votre  autorité  le  roi,  les  barons 
et  tous  ses  fidèles  ».  Une  autre  fois,  après  avoir  assuré  Inno- 
cent III  de  sa  prompte  obéissance  aux  décisions  du  S.  Siège, 
il  priait  le  pape  de  lui  envoyer  l'anneau,  la  mitre  et  le  pallium 
en  signe  de  son  affection  pour  le  siège  de  Pierre  et  de  l'autoriser, 
en  même  temps,  à  faire  bénéficier  des  avantages  spirituels 
accordés  aux  croisés  les  soldats  de  Léon  en  lutte  avec  les  infi- 
dèles. 

Le  23  mai  de  l'an  1199,  le  roi  Léon  II  témoignait  la  même 
gratitude  et  .le  même  dévouement  à  l'égard  d'Innocent  JII, 
auquel  il  donnait  le  titre  de  pape  universel.  Il  affirmait  «  son 
désir  de  ramener  à  l'union  avec  la  sainte  Église  Romaine  tous 
les  Arméniens,  quelque  dispersés  qu'ils  fussent  »  ;  et  il  implorait 
le  secours  du  pontife  pour  l'aider  dans  cette  tâche  et  le  soutenir 
contre  les  ennemis  du  nom  chrétien. 

^  21.  Le  pape  envoie  le  pallium  au  catholicos,  un  éten- 
dard de  S.  Pierre  au  roi.  Celui-ci  ne  pourra  être  excommunié 
que  par  le  pontife  romain.  —  Ces  hommages  qui  nous  sem- 
blent sincères  affermirent  encore  les  bonnes  dispositions  du 
pape  envers  Grégoire  Abirad  et  Léon  IL  Au  premier  il  témoi- 
gnait sa  vive  satisfaction  de  lui  entendre  dire  que  le  pape  était 
le  chef  de  tous  les  fidèles  et  que  le  catholicos  avec  les  évèques 
étaient  les  fils  de  cette  Église  romaine,  mère  de  toutes  les 
Églises.  Il  loua  son  humilité,  la  pureté  de  sa  foi,  le  proclama 
un  organe  important  (magnum  membrum)  de  l'Église  de  Dieu; 
et  par  l'intermédiaire  de  ses  deux  nonces  les  cardinaux  Sof- 
fred  (Geoffroy)  du  titre  de  Sainte-Praxède,  et  Pierre  du  titre  de 
Saint-Marcel,  il  envoya  au  catholicos  le  pallium,  cet  insigne, 
disait-il,  de  la  plénitude  du  pouvoir  épiscopal. 

Innocent  III,  dans  une  lettre  datée  du  24  novembre,  félicita 
également  le  roi  de  reconnaître  chez  le  pontife  romain  cette 
«  primauté  de  juridiction  que  Dieu  avait  fait  passer  de  Pierre  à 
ses  successeurs  »  ;  il  lui  annonça  qu'à  la  voix  du  père  de  la 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    UE    l'aRMÉNIE.  29 

chrétienté  de  nombreux  soldats  avaient  pris  la  croix  et  allaient 
lui  prêter  main  forte  contre  les  Sarrasins.  Peu  de  temps  après, 
un  officier  du  roi,  Robert  de  Margat,  envoyé  en  ambassade  au 
pape,  l'assurait  de  nouveau  que  son  maître  s'était  fidèlement 
conformé  aux  prescriptions  du  Siège  apostolique,  et  qu'il  for- 
mait le  projet  d'arracher  la  Terre  Sainte  aux  Sarrasins  (1). 
Aussitôt,  le  pape  chargea  Robert  de  Margat  de  remettre  un  éten- 
dard de  saint  Pierre  au  prince  arménien  (2).  Ce  fut  pour  celui- 
ci  une  nouvelle  occasion  de  protester  de  «  son  immuable  atta- 
chement au  Saint-Siège,  dont  il  désirait  ne  jamais  se  départir  ». 
A  preuve  de  sa  sincérité,  il  rappela  que,  dans  toutes  les  affaires 
importantes,  il  avait  recours  au  pontife  romain.  Aussi,  chaque 
fois  qu'il  marchera  contre  les  ennemis  de  la  Croix,  il  veut  que 
l'étendard  de  saint  Pierre  soit  porté  devant  lui,  en  témoignage 
de  son  respect  et  de  son  affection  pour  la  chaire  apostolique. 

Cependant,  à  travers  toutes  ces  protestations  réitérées  d'obéis- 
sance, le  fin  politique  poursuivait  son  but,  qui  était  de  se  rendre 
indépendant,  au  point  de  vue  politique  et  religieux,  dé  ses  plus 
proches  voisins.  Les  liens  qui  l'unissent  à  la  chaire  de  Pierre, 
ajoute-t-il,  sont  si  étroits  qu'il  ne  veut  ni  ne  doit  être  placé 
sous  la  juridiction  d'aucune  église  latine  particulière.  En  con- 
séquence, il  supplie  le  pape  de  le  soustraire  à  l'autorité  de  tout 
autre  pontife,  en  sorte  que  nul,  hormis  le  chef  de  l'Église  uni- 
verselle, n'ait  le  pouvoir  de  lancer  l'excommunication,  soit  sur 
lui,  soit  sur  le^  Latins  de  son  royaume.  Cette  requête  de  Léon, 
présentée  par  son  ambassadeur  le  chevalier  teutonique  Garner, 
qu'il  appelle  son  cher  et  fidèle  soldat,  fut  agréée  du  pape;  par 
l'ordre  d'Innocent  III,  tout  pouvoir  d'excommunier  le  roi  d'Ar- 
ménie ou  quelqu'un  de  ses  sujets  fut  réservé  au  pape  seul  ou 
au  nonce  du  pape  (I20I). 

A  moins  de  vouloir  taxer  de  pure  hypocrisie  la  ligne  de  con- 
duite suivie  par  le  roi  à  l'égard  du  pape,  il  faut  en  conclure 
que  sa  profession  de  foi  catholique  fut  sincère.  Si  la  reconnais- 

(1)  Reg.,  ep.  1.,  II,  ep.  252-255,  259;  Migne,  pp.  775-819. 

(2)  La  bannière  de  saint  Pierre  était  un  drapeau,  sur  lequel  étaient  représen- 
tées deux  clefs  surmontées  de  l'image  de  saint  Pierre  ou  d'une  croix.  —  La  for- 
teresse de  Margat  (aujourd'hui  Markab)  est  sur  les  côtes  de  la  Syi-ie,  à  mi-che- 
rnin  entre  Antioche  et  Tripoli.  Après  qu'elle  eut  été  cédée  aux  Hospitaliers  (le 
1"  février),  Robert  de  Margat  s'était  mis  au  service  de  Léon  (Rej-,  ouv.  cité, 
p.  32). 


30  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

sance  publique  et  réitérée  de  la  suprématie  réelle  du  pape  sur 
l'Église  universelle  n'empêcha  pas  certains  lieurts  entre  le 
prince  arménien  et  le  pontife  romain,  il  est  juste  d'observer  que 
ces  conflits,  dont  nous  parlerons  plus  loin,  eurent  pour  causes, 
non  point  quelque  difl'érend  d'ordre  doctrinal  ou  même  disci- 
plinaire, mais  seulement  des  querelles  politiques  entre  le  roi 
d'Arménie  d'une  part,  le  prince  d'Antioche  et  les  Templiers 
de  l'autre;  querelles  c^ue,  par  la  force  des  choses,  les  légats 
du  pape  furent  amenés  à  juger,  et  pas  toujours  dans  un  sens 
agréable  à  Léon. 

§  22.  Mo7H  de  Nersès  de  Lampron.  Ses  dernières  luttes 
pour  runion  contre  les  dissidents.  Sa  défense  présentée  au  roi 
prévenu  coidre  lui.  —  L'illustre  Nersès  de  Lampron  avait  vu 
poindre  le  conflit  entre  le  roi  et  le  chef  de  l'Église.  Il  n'en  con- 
nut pas  ici-bas  la  période  aiguë.  Il  venait  de  mourir  le  14  juillet 
111)8,  à  l'âge  de  quarante-huit  ans.  Il  avait  disparu  au  moment 
où  la  cause  de  l'union  religieuse  pouvait  le  plus  espérer  de 
sa  vertu,  du  prestige  de  son  nom  et  de  son  éloquence  (1).  Il  est 
vrai  que,  s'il  avait  gagné  la  sympathie  et  l'admiration  des  La- 
tins, de  beaucoup  de  Grecs  et  de  la  plupart  des  Arméniens,  il 
avait  aussi  rencontré  dans  les  rangs  de  ces  derniers  un  parti 
absolument  rebelle  à  ses  principes  de  conciliation.  La  lutte  de 
l'éloquent  et  saint  évêque  contre  ces  fougueux  séparatistes  est 
trop  honorable  pour  lui;  elle  jette  un  trop  vif  jour  sur  l'état 
politico-religieux  de  l'Arménie,  pour  ne  point  fixer  un  moment 
notre  attention.  Le  plus  souvent,  nous  laisserons  parler  celui  qui 
en  fut  le  héros,  soit  qu'il  se  justifie  auprès  de  Léon  II,  indisposé 
contre  lui  par  les  accusations  de  ses  adversaires,  soit  qu'il 
accable  ces  derniers  et  atteigne  le  roi  lui-même  des  traits  de  sa 
parole  tour  à  tour  familière,  ironique,  véhémente  et  indignée. 

Léon  II  estimait  sans  doute  et  admirait  Nersès.  Informé  de 
l'approche  de  Frédéric  Barberousse,  il  avait  désigné  l'évêque 
de  Tarse  pour  aller,  avec  Grégoire  Dgha,  au-devant  de  l'empe- 
reur. Nersès  avait  d'abord  été  arrêté  au  delà  de  Marasch  par 
les  Turkomans  et  avait  vu  massacrer  une  vingtaine  de  moines 

(1)  +  647  =  31  janvier  1198  à  30  janvier  1199.  Le  ménologe  arménien  ct'lèbre 
sa  fête  au  9  août  et  au  17  juillet.  —  Vies  des  saints  Arméniens,  t.  V.  p.  344  et 
suiv.  La  lettre  de  Nersès  à  Léon,  que  nous  résumons  plus  loin,  a  été  publiée  à 
Venise,  1865;  elle  est  clans  Dulaurier,  t.  1  des  Duc.  Armén.,  pp.  579-603. 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'ARMÉNIE.  31  ' 

et  de  laïques  qui  raccompagnaient.  Un  peu  plus  tard,  au  mo- 
ment où  il  se  mettait  en  route  avec  le  roi,  on  avait  appris  la 
mort  du  prince  allemand.  Les  années  suivantes,  Nersès  semble 
avoir  été,  tantôt  approuvé,  tantôt  désapprouvé  par  le  roi.  Après 
l'élévation  de  Grégoire  Manougli  aucatholicat,  il  fut  écarté  de  son 
siège  de  Tarse;  puis  il  rentra  en  faveur  auprès  de  Léon  et 
prit  part  à  la  déposition  du  patriarche,  dont  il  regardait  l'é- 
lection comme  irrégulière  et  funeste  à  son  Église.  Néanmoins 
sa  bienveillance  envers  les  Grecs  et  surtout  les  Latins,  la  faveur 
dont  il  jouissait  auprès  d'Amaury  de  Lusignan,  roi  de  Chypre, 
et  de  Henri  de  Champagne,  roi  de  Jérusalem,  son  zèle  à  ré- 
former quelques  points  de  la  foi  et  même  de  la  liturgie  armé- 
nienne avaient  excité  contre  lui  de  violentes  hostilités.  Les  prin- 
cipaux opposants  étaient  surtout  groupés  sur  la  gauche  du 
moyen  Araxe,  autour  d'Ani.  L'ancien  évêque  d'Ani  avait,  pen- 
sons-nous, comme  les  évêques  de  Tovin,  d'Édesse,  de  Kars,  etc., 
signé  les  décrets  du  concile  de  Tarse.  Mais  les  réfractaires 
avaient  opposé  au  catholicos  qui  siégeait  à  Sis  Tanticatholicos 
Basile  et  l'avaient  intronisé  à  Ani.  Autour  de  lui  s'étaient 
rangés  des  auxiliaires  aussi  entêtés  que  remuants.  C'étaient 
Grégoire  Doudêorti,  du  couvent  de  Sanahin  et  plus  tard  de 
Haghpad,  Jean  de  Sanahin,  David  de  Kopaïr  (dans  le  Daschir), 
les  vartabeds  Ignace,  VartanetMékhitar  de  Khoraguerd;  enfin 
les  religieux  de  Tzoroked,  voisins  d'Ani  et  placés  sous  la  juri- 
diction de  l'archevêque  de  cette  ville.  Ces  hommes,  retenus 
sous  l'étroite  dépendance  de  princes  infidèles,  loin  du  cercle 
d'influence  des  puissances  chrétiennes,  pouvaient  moins  faci- 
lement que  Nersès  connaître  et  surtout  approuver  les  raisons 
et  la  nécessité  d'une  union  religieuse.  N'écoutant  que  leurs 
préjugés,  ils  écrivirent  à  Nersès  trois  lettres,  où  il  était  violem- 
ment attaqué;  ils  dénoncèrent,  en  outre,  à  Léon  II  l'évêque  de 
Tarse  comme  un  dangereux  novateur.  Le  roi  craignit  de  s'a- 
liéner un  parti  influent,  en  ne  tenant  pas  compte  de  ces  griefs. 
D'ailleurs,  il  était  trop  enclin  à  subordonner  les  choses  reli- 
gieuses à  ses  vues  politiques  pour  applaudir  au  zèle  brûlant  du 
grand  évêque.  Il  lui  dit  nettement  que  son  ardeur  excessive  à 
poursuivre,  coûte  que  coûte,  l'union  des  Églises  était  le  seul 
mais  grave  obstacle  qui  avait  écarté  de  sa  tête  la  dignité  de 
patriarche.  Il  lui  manifesta  plusieurs  fois  son  mécontentement 


32  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

de  le  voir  faire  céder  les  barrières  d'un  nationalisme  étroit, 
exclusif,  devant  les  intérêts  supérieurs  de  l'unité  religieuse.  Un 
jour,  Nersès  célébrant  devant  des  Grecs  le  service  divin  voulut 
lire  l'évangile  en  leur  langue;  le  roi  qui  était  présent  le  lui 
interdit. 

Léon  II  était  donc  un  peu  prévenu  contre  l'évêque  de  Tarse, 
quand  lui  parvinrent  de  nouvelles  et  plus  violentes  accusations 
de  la  part  des  moines  de  l'Arménie  orientale.  Aussitôt,  il  en- 
joignit au  frère  de  Nersès,  Héthoum,  seigneur  de  Lampron, 
d'aller  le  trouver  et  de  lui  interdire,  sous  peine  de  déposition, 
toute  réforme  disciplinaire  dans  l'Église  arménienne. 

Mais  le  saint  évêque,  qui  avait  puisé  dans  la  prière  et  l'étude 
les  principes  inspirateurs  de  sa  conduite,  était  inaccessible  à  la 
peur  aussi  bien  qu'à  l'ambition.  Il  adressa  au  roi,  qui  était  son 
parent,  une  réplique  à  la  fois  ferme  et  respectueuse.  Cet  écrit, 
composé  vraisemblablement  vers  le  printemps  de  1198,  fut  le 
testament  religieux  du  grand  évêque. 

§  23.  Hauteur  de  vues,  caractère  de  V apologie  de  Nersès; 
tout  mérite,  où  qu'Use  trouve,  provoque  sa  sympathie  ;  paral- 
lèle entre  sa  tenue  ecclésiastique,  sa  conduite  et  celles  de  ses 
détracteurs.  Ce  qui  importe,  c'est  l'unité  dans  les  dogmes, 
non  dans  la  discipline;  autorités  en  faveur  de  Nersès;  il 
rétorque  les  objections  du  roi:  —  La  marque  caractéristique 
de  sa  lettre  est  une  largeur  et  une  élévation  de  vues  qui  con- 
trastent avec  l'étroitesse  d'idées  de  ses  adversaires.  Il  n'est  pas 
choqué  de  voir  les  prêtres  occidentaux  se  raser  la  barbe.  Il 
apprécie  les  hauts  motifs  qui  leur  ont  fait  imposer  le  célibat, 
grâce  auquel  ils  peuvent  se  dévouer  corps  et  âme  aux  fonctions 
sacerdotales.  Ce  n'est  pas,  certes,  que  les  Francs  soient  à  ses 
yeux  sans  défauts.  Mais,  ajoute-t-il,  ce  qu'on  imite  d'eux,  c'est 
leur  manque  de  retenue,  non  leur  foi  active,  non  leur  générosité 
et  leur  zèle  à  élever  des  églises,  à  fonder  des  paroisses  dans 
tous  les  lieux  où  l'on  peut  réunir  des  fidèles.  Eux  seuls,  pour- 
suit-il, ont  érigé  un  évêché  et  une  église  à  Marasch  et  à  Kessoun, 
bien  que  les  Arméniens  y  fussent  établis  longtemps  avant  eux; 
ces  mêmes  hommes,  à  mesure  qu'ils  se  sont  installés  autour  de 
ces  deux  villes,  ont  élevé  des  églises  dans  tous  les  bourgs  qui 
en  dépendent.  Peut-être  Nersès  pousse-t-il  un  peu  trop  loin  le 
contraste  au  détriment  des  Arméniens,  quand  il  représente 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'aRMÉNIE.  3o 

leurs  évêques  retirés  dans  des  monastères,  et  ne  s'occupant  que 
d'ordinations,  tandis  que  Sis  est  sans  évêque  et  sans  évèché, 
Anazarbe  dépourvu  de  zélés  pasteurs,  et  qu'Édesse,  Samosate, 
bref  toute  la  Mésopotamie  manque  d'églises  et  de  prêtres  dé- 
voués. 

Il  s'excuse  ensuite  de  prendre  à  partie  ceux  qui  prétendent  le 
juger.  Excommunié  par  eux,  il  ne  les  excommunie  pas.  Cepen- 
dant, il  a  été  blessé  au  vif  de  leurs  violentes  injures,  de  leurs 
graves  accusations.  Déjà,  sur  les  plaintes  du  roi,  il  avait  fait 
parvenir  à  celui-ci  une  première  défense;  mais  Léon  semble 
n'en  avoir  guère  tenu  compte;  et  il  paraît  toujours  ému  par  les 
mêmes  allégations.  Aussi,  le  ton  du  prélat  indigné  monte  par 
degrés  et  il  s'anime  jusqu'à  éclater.  Il  adjure  Léon  II  de  com- 
parer sa  vie  et  ses  actes  à  ceux  de  ses  adversaires.  S'il  trace  un 
tel  parallèle,  ce  n'est  pas,  sans  doute,  pour  avoir  la  triste  et 
stérile  satisfaction  de  décrier  des  rivaux,  mais  pour  justifier  sa 
doctrine;  cette  doctrine  qu'il  ne  veut  pas  laisser  avilir  et  pour 
laquelle  il  est  prêt  à  mourir  comme  saint  Jean-Baptiste,  décapité 
par  Hérode;  comme  saint  Houssig,  assommé  par  le  roi  Diran; 
comme  saintNersès  I",  empoisonné  par  le  roi  Bab.  Vient  ensuite 
le  tableau  de  sa  vie  sacerdotale  :  11  offre  tous  les  jours  et  publi- 
quement le  Cbrist  en  sacrifice  à  son  Père.  Pendant  la  céré- 
monie, il  se  tient  tète  nue,  revêtu  des  habits  sacerdotaux,  con- 
formément aux  prescriptions  de  saint  Paul  et  des  saints  Pères. 
L'évêque  d'Aghpad,  au  contraire,  célèbre  la  messe,  revêtu  de 
la  pelisse,  la  tête  couverte  du  capuchon  long  de  deux  empans. 
Ses  adhérents  offrent  le  saint  Sacrifice,  vêtus  de  la  saccoula 
grégorienne  et  d'un  manteau  noir  ou  violet  (philon),  séparés  des 
fidèles  par  un  rideau,  n'observant  pas  plus  les  anciennes  règles 
de  la  liturgie  que  les  lois  de  la  hiérarchie. 

Mais  on  ne  lui  reproche  pas  seulement  d'avoir  changé,  pour 
la  célébration  de  la  messe,  le  vêtement  des  anciens.  On  lui  fait, 
de  plus,  un  crime  d'être  en  communion  avec  tous  les  chrétiens. 
Loin  de  s'en  excuser,  il  s'en  glorifie.  Peu  lui  importe,  dit-il,  les 
divergencespurementdisciplinaires,  les  usages  et  les  observances 
diverses  qui  ne  sont  pas  d'institution  divine.  Ce  qu'il  cherche 
chez  les  Égyptiens,  les  Syriens,  les  Grecs  et  les  Latins,  c'est 
l'accord  dans  l'unité  de  foi.  Il  maintient  contre  ses  détracteurs 
que  sa  ligne  de  conduite  est  bien  conforme  à  celle  des  plus  illus- 

ORIENT    CIIHÉTIEN.  Q 


34  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

très  catholicos  de  T  Arménie  ;  et  il  se  réclame  de  la  profession  de 
foi,  des  exemples  et  des  institutions  de  Grégoire  Vgaïacer  et  de 
son  neveu  Grégoire,  que  le  premier,  en  quittant  l'Egypte  (1076), 
avait  établi,  sous  le  titre  d'Aradchnort,  directeur  spirituel  de 
ses  compatriotes.  C'est  d'eux  qu'il  emprunte  l'ordre  et  la  forme 
de  la  liturgie  et  les  règles  essentielles  qui  conviennent  aux 
religieux  :  consécration  à  Dieu,  pratique  de  la  pauvreté  et  de  la 
vie  commune;  à  leur  exemple,  il  veut  que  les  prêtres  séculiers 
soient  soumis  à  une  direction  vigilante,  à  des  examens  et  des 
confessions  fréquentes,  et  s'occupent  avec  zèle  à  décorer  les 
églises  et  à  célébrer  solennellement  les  fêtes.  Sans  doute,  ces 
règles  austères  ne  peuvent  trouver  grâce  devant  Basile  d'Ani 
et  ce  «  ventru  de  Doudêorti  qui  aiment  à  faire  bombance,  en 
compagnie  de  séculiers  ou  même  de  chanteuses  »  ;  le  dernier 
néglige  de  remplir  les  fonctions  sacrées,  ne  forme  aucun  dis- 
ciple, se  révolte  contre  son  supérieur  ;  et  si  grande  est  son  indif- 
férence religieuse,  qu'il  traite  plus  volontiers  avec  les  Turcs 
qu'avec  des  chrétiens  de  rite  différent. 

A  ces  adversaires  qui  sont,  d'après  lui,  aussi  bavards  qu'i- 
gnorants, Nersès  oppose  l'autorité  des  graves  personnages  qui 
approuvent  sa  conduite,  en  Cilicie,  dans  la  Montagne  Noire, 
dans  le  Vasbouragan  et,  en  particulier,  au  couvent  de  Varak. 
Les  évêques  et  les  prêtres  de  Daron,  d'Éghéghiatz,  son  maître 
Etienne  Diratsou  sont  ses  défenseurs;  le  catholicos  Grégoire 
Abirad,  comme  jadis  Grégoire  Dgha,  pense  comme  lui.  Il 
compte,  enfin,  de  nombreux  partisans  de  ses  idées  jusque  dans 
l'Artsakh  et  l'Albanie,  au  nord-est  de  la  Grande  Arménie;  et  il 
s'attend  même  à  voir  bientôt  son  fidèle  disciple,  Joseph,  devenir 
catholicos  des  Aghouans. 

Pour  tous  ces  motifs,  le  roi,  poursuit-il,  doit  s'attacher  à  con- 
sidérer, au  milieu  des  divergences  disciplinaires,  l'unité  dans 
les  dogmes  et  reconnaître,  comme  le  proclame  l'une  de  leurs 
hymnes,  que  l'Église  arménienne  a  été  bâtie  sur  le  fondement 
posé  à  Rome.  Et  puis,  Léon  II,  par  son  exemple,  ne  l'auto- 
rise-t-il  pas  à  garder  quelques  usages  latins,  qui  d'ailleurs  n'in- 
téressent pas  la  foi?  Que  le  roi,  en  effet,  abandonne,  le  premier, 
lui  dit-il,  les  coutumes  féodales  empruntées  aux  Franks  :  «  Ne 
tenez  point  la  tête  nue,  à  l'instar  des  princes  et  des  rois  franks; 
mais  coiffez  plutôt  le  charpouche  (turban)  de  vos  aïeux;  laissez, 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELKUEUSE    DE    l'aRMÉNIE.  30 

comme  eux,  croître  les  cheveux  et  la  barbe;  revêtez  le  large 
et  épais  toura  (manteau  en  poils  de  chèvres)  et  non  le  pilon 
(manteau  de  pourpre)  et  les  habits  serrés  autour  du  corps. 
Montez  des  coursiers  couverts  du  caparaçon  (djouschan)  et 
non  des  chevaux  couverts  de  la  housse  franque  (lehl).  Prenez 
les  titres  d'émir,  de  hadjeb  (gouverneur  de  ville  ou  chambel- 
lan), de  marzban  (gouverneur  des  provinces  frontières),  de 
Espalassar  (commandant),  et  non  pas  les  titres  usités  chez  les 
Latins  :  Sire,  Proximus  (assesseur^,  lieutenant,  intendant),  con- 
nétable, maréchal,  chevalier.  —  Rétablissez  l'ancienne  éti- 
quette des  Perses  et  des  Arméniens,  et  nous  célébrerons  la 
messe,  comme  les  gens  de  Tzoroked,  avec  la  saccoula,  le  ve- 
larium  (capuchon  noir  de  forme  conique  placé  sur  la  saccoula) , 
nous  revêtirons  la  pelisse  grossière  au  lieu  de  la  longue  tunique 
de  lin  prescrite  à  Aaron  par  le  Seigneur.  A  l'imitation  de  ces 
moines  et  de  leur  ami  Basile,  nous  boirons  dans  des  coupes 
ornées  de  petites  sonnettes  et  nous  nous  plairons  à  banqueter 
au  milieu  des  Turks.  Mais,  puisque  Votre  Majesté  ne  veut  pas 
abandonner  ces  habitudes  raffinées  des  Franks,  pourquoi  re- 
jetterions-nous les  règles  admirables  que  nous  leur  avons  em- 
pruntées, pour  la  gloire  de  la  sainte  Église?  Tel  l'usage  de 
chanter  sept  fois  le  jour,  à  l'église,  le  divin  office;  tel  encore, 
l'usage  de  distribuer,  le  mercredi  et  le  vendredi,  du  pain  et 
des  fèves  à  des  centaines  de  pauvres.  —  Quant  aux  pratiques 
disciplinaires  qu'il  accepte,  comme  la  séparation  de  la  Nativité 
et  de  l'Epiphanie  de  N.-S.  et  la  licéité  des  troisièmes  noces, 
il  est  prêt  à  en  montrer  l'accord  avec  les  livres  arméniens. 

Léon  II  fut  persuadé,  semble-t-il,  par  ces  raisons;  et  il  im- 
posa silence  aux  détracteurs  de  Nersès.  Mais  les  opposants 
ne  furent  désarmés  ni  par  l'ordre  du  roi,  ni  par  la  mort  de 
l'évêque  de  Tarse.  Ils  continuèrent  une  agitation  qui,  en  relâ- 
chant les  liens  des  diverses  parties  de  l'Arménie,  soit  entre 
elles,  soit  surtout  avec  le  centre  indestructible  de  la  catholi- 
cité, contribueront  puissamment  à  entraîner  la. ruine  du  petit 
royaume. 

§  24.  Le  catholicos  Jean  le  Magniftr/ue,  son  caractère;  son 
opposition  contre  Léon  II,  (jui  fait  mettre  à  sa  place  David; 
autre  anticatholicos  à  Sébaste;  Jean  fortifie  Hromgla  et  finit 
par  se  réconcilier  avec  le  roi.  —  Cinq  ans  après  Nersès  de 


3G  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Lampron,  mourut  le  vieux  patriarche  Grégoire  Abirad.  Avec 
lui  s'éteignit  la  familledes  Pahlavounis  (4  mars  1203).  Sur  l'avis 
du  roi,  la  dignité  de  catholicos  fut  conférée  à  l'archevêque  de 
Sis,  Jean  VII.  Ce  personnage  présente  un  singulier  mélange  de 
grandeur  mondaine,  de  faste,  d'humeur  belliqueuse,  avec  des 
aspirations  élevées,  un  sens  droit,  religieux  et  même  catholique; 
assez  semblable,  au  demeurant,  à  certains  évêques,  à  ces 
batailleurs  du  moyen  âge  que  leur  allure  de  grand  seigneur, 
d'homme  de  guerre  ou  d'homme  de  cour  n'empêchait  pas,  le 
cas  échéant,  de  se  prononcer  énergiquement  pour  l'union  re- 
ligieuse contre  toute  sorte  de  schisme.  Les  Arméniens,  accou- 
tumés à  caractériser  par  un  surnom  la  qualité  ou  le  défaut  do- 
minant de  leurs  catholicos,  appelèrent  celui-ci  Medzabaro,  le 
Magnifique.  Il  était  de  la  famille  des  seigneurs  de  Lampron, 
et  cousin  de  Nersès  et  de  Héthoum-Élie,  auquel,  nous  l'avons 
vu,  le  roi  avait  déloyalement  enlevé  sa  principauté.  Comme 
tous  les  princes  de  sa  famille,  Jean  était  un  linguiste  et  un 
lettré.  Actif,  entreprenant,  il  tenait  par  ses  talents  le  premier 
rang  après  Nersès.  Son  savoir  l'avait  fait  désigner  par  Léon 
comme  chancelier  du  royaume  et  juge  des  différends  entre  les 
Occidentaux  établis  à  Sis.  Le  roi,  si  habile  à  s'entourer  d'utiles 
auxiliaires,  s'était  jadis  servi  de  lui  pour  enlever  Grégoire  le 
Qaravêj  de  Ilromgla  et  le  remettre  entre  ses  mains. 

Cependant,  l'accord  entre  Léon  et  Jean  devenu  catholicos  ne 
se  maintint  pas  longtemps.  Nous  l'avons  dit:  Jean  Medzaparo 
avait  l'allure  d'un  prince  séculier  plus  encore  que  d'un  prince 
ecclésiastique.  Fastueux,  libéral  jusqu'à  la  prodigalité,  tenant 
une  table  qui  pouvait  rivaliser  avec  celle  du  roi,  il  ne  craignait 
pas,  non  plus,  quand  ses  intérêts  ou  sa  conscience  l'exigeaient, 
d'entrer  en  conflit  avec  l'autorité  royale.  L'an  1207,  on  ne  sait 
pour  quels  motifs,  Léon  fit  saisir  et  tenir  en  prison  pendant  un 
an  le  sébaste  Henri,  seigneur  des  châteaux  de  Camardias  et 
de  Nor-pert  (dans  la  vallée  de  Séleucie),  avec  ses  trois  fils 
Constance,  Josselin  et  Baudoin.  Or,  le  sébaste  Henri  était  le 
beau-frère  du  catholicos.  Celui-ci  intercéda  pour  ses  parents; 
puis  se  voyant  rebuté,  il  se  détourna  du  roi  et  laissa  paraître, 
en  maintes  circonstances,  son  vif  ressentiment.  Léon  irrité 
outrepassa  les  limites  de  son  pouvoir.  «  Il  déposa  le  catholicos, 
avec  le  consentement  des  prélats  et  des  barons  de  la  Cilicie  », 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIflIEUSE    DE    l'auMÉME.  37 

et  fit  élire  à  sa  place  David,  archevêque  de  JMissis  et  abbé 
d'Arkagahni,  le  prélat  qui  tenait  le  premier  rang,  après  le 
catholicos  Grégoire,  au  sacre  de  Léon.  David  établit  s-a  rési- 
dence à  Sis  (1207-1210). 

Tous  les  Arméniens,  néanmoins,  n'acceptèrent  point  comme 
légitime  le  nouveau  catholicos.  La  division,  ce  mal  endémique 
de  l'Arménie,  en  fut  accrue.  Déjà,  après  Basile  d'Ani,  Ananie, 
évêque  de  Sébaste,  s'était  déclaré  indépendant.  S'appuyant  sur 
la  protection  du  sultan  et  s'autorisant  d'une  prétendue  parenté 
avec  Pierre  Kedatardz,  il  érigea  son  siège  épiscopal  en  un 
patriarcat,  qui  devait  subsister  quatre  ans.  —  Quanta  Jean  VII, 
il  se  retira  à  Hromgla;  et,  toujours  défiant  à  l'égard  de  Léon, 
il  acheva  de  faire  de  cette  forteresse  une  place  formidable. 
Malheureusement,  pour  subvenir  aux  frais  de  ces  fortifications, 
il  dépouilla  l'église  de  ses  objets  les  plus  précieux,  or,  perles 
et  diamants;  et,  au  scandale  des  contemporains,  comme  en 
témoigne  le  connétable  Sempad,  il  fit  disparaître  jusqu'aux  plus 
magnifiques  souvenirs  laissés  par  les  catholicos  Pahlavounis, 
notamment  le  reliquaire  en  or  et  argent,  monté  de  pierres  pré- 
cieuses, légué  par  Nersès  Schnorhali,  etc.  —  Comme  s'il  n'était 
pas  encore  suffisamment  protégé  par  les  épaisses  murailles  de 
Hromgla,  il  excita  contre  le  roi  le  sultan  d'ikonium,  Keï- 
Khosrow,  qui,  à  son  instigation,  s'empara  du  fort  de  Pertous 
(1208).  —  Pourtant,  deux  ans  plus  tard,  le  catholicos  David  étant 
mort,  Héthoum-Élie,  abbé  de  Trazargh,  parvint  à  réconcilier 
Léon  avec  Jean  VII  et  à  faire  rendre  à  celui-ci  son  ancienne 
dignité  (1209-1210). 

§  25.  Hommages  de  Jean  le  Magm'fit/ue  à  la  primauté 
du  pape;  il  reçoit  le  pallium;  visite  ad  limina;  présence 
aux  conciles  cis-marins.  —  Il  est  assez  piquant  de  constater 
que  l'accord  de  Jean  VII  avec  le  pape  Innocent  III  (1198-1216) 
et  son  successeur  Honorius  III  (1196-1227)  fut,  en  dépit  de 
quelques  malentendus,  plus  intime  et  plus  constant.  Dès  le 
mois  d'octobre  1201,  étant  archevêque  de  Sis  et  chancelier  du 
roi,  il  écrivait  à  Innocent  III  qu'il  «  reconnaissait  la  primauté 
et  le  magistère  du  Siège  apostolique  »  ;  il  s'engageait  à  pousser 
de  tous  ses  efforts  le  roi,  les  barons  et  le  peuple  d'Arménie  à 
l'union  avec  TÉglise  romaine.  Enfin,  il  sollicitait  instamment 
deux  faveurs,  en  témoignage  de  l'affection  qui  l'unissait  au 


38  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Saint-Siège  apostolique.  C'était  de  lui  accorder  l'anneau,  la 
mitre  et  le  pallium,  avec  l'autorisation  de  confirmer,  en  faveur 
(le  soldats  de  Léon,  les  indulgences  concédées  par  le  pape  à 
tous  ceux  qui  passaient  la  mer  pour  aller  combattre  les  musul- 
mans. Innocent  III  félicita  le  catholicos  de  «  son  ferme  atta- 
chement au  magistère  et  à  la  primauté  du  Siège  apostolique  », 
«  de  la  pureté  de  ses  croyances  »  et  de  «  sa  résolution  de  ramener 
à  la  foi  catholique  tous  les  Arméniens  ».  Il  lui  annonça,  en 
même  temps,  que  ses  deux  nonces,  les  cardinaux  Geoffroy,  du 
titre  de  Sainte-Praxède,  et  Pierre,  du  titre  de  Saint-Marcel, 
lui  porteraient  le  pallium,  «  cet  insigne  de  la  plénitude  de  la 
charge  pontificale  (1)  ». 

La  remise  tlu  pallium  au  catholicos  Jean  eut  lieu  en  1205. 
La  cérémoni'e  fut  précédée  de  longues  délibérations  entre  les 
nonces  apostoliques  et  les  évêques  arméniens,  pour  amener  le 
plein  accord  de  l'Église  arménienne  avec  l'Église  romaine. 
Grâce  aux  efforts  du  roi  et  du  catholicos,  les  Arméniens  ac- 
ceptèrent enfin  tous  les  points  essentiels  qui  leur  étaient 
proposés.  En  leur  nom,  le  catholicos,  comme  on  le  voit  par  la 
lettre  de  Léon  et  celle  de  Jean  VII  au  pape,  prêta  le  serment 
«  d'obéissance  à  la  sainte  Église  romaine,  en  présence  du  car- 
dinal Pierre  ».  Puis,  ayant  reçu  le  pallium  des  mains  du  nonce, 
il  promit  de  visiter  tous  les  cinq  ans,  en  personne,  ou  par  dé- 
légués, le  centre  de  l'Église  romaine,  comme  étant  la  mère 
et  la  maîtresse  de  toutes  les  Églises.  Jean  VII  promit  aussi  d'as- 
sister, ou  en  personne,  ou  par  ses  délégués,  aux  conciles  qui 
se  tiendraient  en  deçà  de  la  mer;  et  l'on  convint  de  part  et 
d'autre  que  ces  conciles  n'auraient  point  lieu ,  sans  que  le 
catholicos  fût  invité  à  y  prendre  part,  en  personne  ou  par  ses 
envoyés. 

{A  suivre.) 

Fr.    TOURNEBIZE. 


(1)  Rer/.,  1.  V.  47  et  48;  VIII,  119,  liO.  Raynaldi,  ann.  1205,  n.  30-40.  aligne, 
t.  CCXVI,  p.  692;  Baluze,  Gesla  Innoc,  cxvii;  Balgy,  p.  64-65.  Il  est  regrettable  que 
le  livre  de  Ter-Mikélian,  bien  documenté  au  point  de  vue  exclusivement  gré- 
gorien, le  soit  si  peu,  à  un  point  de  vue  plus  large.  Il  ignore  les  nombreuses 
lettres  écrites  au  pape  par  les  rois  et  les  catholicos  arméniens;  cf.  Die  Arme- 
nische  Kirche...,  p.  115  et  116. 


VIES  ET  RÉCITS  D'ANACHORÈTES 

(IV^-VIP  SIÈCLES) 

I.    —   ANALYSE    DU    MS.    GREC   DE   PARIS    1596 
PAR 

F    NAU 

II.    —   TEXTES    GRECS    INEDITS 

EXTRAITS    DU    IIÉIIE   MS.   ET  PUBLIÉS 

PAR 
Léon  CLUGNET 

{Suite)  (1) 


Le  scholaslique  d'Ascalon, 
dont  les  œuvres  de  charité  sont  miraculeusement  encouragées  par  Dieu. 

1 .  —  *  <ï>t>.oy  picToç   Tiç    cyo'ko'.aTiy.hq   yayovsv   iv   A'j/.a'Xcovt  l'y  wv    *  p.  370 

^è  Yjv   aÙTOu  r.  cu^y^TrocGeia,  ojcxe    tov   olx,ov   aÙToO   ^£vor^oy_£Tov   x.aTa- 

(j/teuaGoci,    )tal   Ù7ve^£)(_£T0  xxvTaç,    £^aip£TOj^  ^à   Toù^   [7/jvay_o'Jç.    ï'/^wv 
5    c)è  x,Tri(7i.v  'KoXk'/iv,  TaoTviv  ^izanci^i  zlq  t'/iv  (pi,'Xa()£7v^iav  àv7i'Xi.<7'/£,  /,ai 

où     p,rJV0V     ToTç     £7ri071[XOU(7lV     £VT0TT101Ç     TTjV     fiÙaTClayy  Viav     £7Tr£0£flx.VUTO, 

àXXà  xal  Tolç  £tcI  Ç£VOt.?  [7/jva<7T-/ipiotç  7C£7rovri[/,£votç. 

2,  —  'Ev  olq  ï'vxiyv^  aùrov  Trorè   tw  y.aipoî  £V  w  £[J.£'X'X£  toI^  i-\ 
^iv'r\q  TC£[j.iV£i,v  'XsiipÔviva!.  x.y.xa'XÉTTTtov,  xal  io P^^  (~)   ^'^"^  to-jtw  ïva 

10    po  sjxtto^igG-^  Tviç  0 ia^O'7£tO(; .  xal  Iv  to)  /.aOé^^ecBa'.  aùrov  £v  tw  o'txw 
(j'jvvouv,    àvÉpyexai   ô    p£(JTiy.pcoç   T-Eyo^v    7rp£'jé'ÙTViv    Tivà   ()£7;£iv   aÙTOv 

(1)  Voy.  vol.  VII,  1902,  p.  GOl  et  vol.   YIII,  1903,  p.  91. 

(2)  Sans  doute  èôuacpopeu 


40  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

C'jvTuyEÎv,  x.y.1  èx£Tp8(];£v  àvsT^Oeîv  aÙTo'v.  '/iv  8ï  UporpeTC'/i;  rw  sï^ei. 
•/.ai  cîiç  £/.à6i(7£v  7;£y£i  7:poç  aOrov  «  ti  'X'j7:7i«7ai,  xûpi  G^rAacxi/.s  ;  » 
6  Se  (pTiGf  (C  dix  Ta;  «[xapriaç  jaou  ».  oÛTcoç  yàp  si/^sv  à'Ooç  ").al£lv. 
./.al  T^zT-iv  £X.  ^£UT£pou  7.£y£i  aÙTÛ*  «  val,  val,  yXkx  alV/iv  X'jxyjV 
£y__£i(;  ».  à  8e  tzvXw  tov  aùrov  àTTExpiO'/i  VJyov.  -/.al  'X£y£i  aÙTw  to  5 
TpiTOV  «  x,al  T;^-/]  eI-ov  (701  OTt  oXkri'i  £)(_£i.ç  7.'JTCYiv  t(  O'Jv  [;-£pt[xvaç 
/.al  GTuyvz'C^'?  j  Q'^"''-  oi(^a<;  oti  ô  Osdç  Ittiv  ô  [X£pt.[;.vcov  /.al  (ppovTi{^iov 
TixT'/iç  TTvovi'ç;  »  /.al  £|£V£y/.aç  £x,  Tou  /.o7>7vou  aÙTOu  àivo/.oy-êiov  <^£'- 
^(o/.£v  aÙTco  }iycov  «  tàoù  £y£i;  Tpiax,o<7iwv  vo{X[G{ji,aTcov  /.aTxXexTa, 
xoiviTov  O'Jv  Tr,v  xarà  Guv/îO£iav  Sia/.oviav  ».  ei^jeIÔwv  oè  ô  cj^^o'XaGTt/.oç  lo 
£0-/;/.£  TO  à7:o/.o[xét,ov  £iç  TO  àp[;.àpiov,  xal  è^eT^Gwv  où^Éva  sOpe,  /.al 
vîp^aTO  àyava/.T£Îv  /.aTa  twv   sv  tû  oi/.w  Tcapaytop'/jçàvTcov  xaT£>.6£'.v 

TOV    77p£G&JT71V    TTplv    '/)    TCOl'/l'(j£l     EUJÇ^rlv.    ol     §£     ^l£ê£é'atOllVTO    [/.eQ'     Op/.WV 

j7//l^£va  £(opa/.éva!,  to  C'jvoVjv.  /.al  /.a'XETaç  tov  ocTiapiov  rîpçaTo 
/.à/.cîvov  È-iTï^./iTTciv  (î)ç  TraoaywprjCavTa  àx£7.0£Îv  tov  ayiov.  ôixoitoç  15 
o£  /.al  oÛTOc  Ta  aÙTa  toîç  xpÔTOiç  à7r£l£'y£T0.  t6t£  guvieIç  £/.  Ofiiaç 
ouva[7,£toç  y£vov£vai  tyjV  ot/.ovojxiav,  -£(7cov  £-1  rpoGtoxov  [/.£Ta  oa- 
p.  371  /.p'Jtov  ToiaoTaç*  vpui  «piovaç*  «  tiç  £t[;.i  6  oi/.Tpo;  /.al  à[J.apTC'Ao;, 
xup'.£,  OTI  ToiauTa  ot/.ovo[X£i;  £iç  £[7.£  TOV  ava<;iov;  » 

3.  —  Kal  yàp  alT^OTe  y^v.oLç  aùxw  tic,  t-/iv  TOia'JT-/iv  0'!/-ovo[i.iav  20 
y£Vojx£vr,;  Sûo  y.ovayo'jç  £(pr,G£V  £'G£7v0ovTa;  à£àco/.£vai  aÙTw  )(^pi)Gtou 
/.avviv  TCo<7oV/;Ta.  to?  ^£  y.à/.£ivou;  7uap£/.àl£i  TroiTjGai  soyviv  /.al  àyâuviv 
[A£t''  aÙToO  ^iyo'jGiv  aÙToj"  «  £i;  toÙç  âytou;  AtyuTTTiouç  /.aT£7vû(7a|/.£v, 
àWy.  TVi  copa  8r,\oi<jov  ».  77£'[7.t];a;  oùv  t'^  wpa  ev  tù  [xapTupuo  oùy 
£'jp£.  /.ai  £;coTr,'7avT£;  to'jç  £v  toj  [/.apTupuo  ei,  £ioov  touç  o'jo  [7,ova-  2» 
)(^où;,  àx£/.ptOr,Gav  |j//]^ajxwc  toutouç  £wpa/.£vat,,  /.al  £v  t^  xo"X£i  ô|/,otw; 
'Çvir/i''javT£ç  où(^c'va  £ijpov.  tot£  o'jv  cuv/îxev  £/,  ToO  0eoo  6au[J!.aT0'jpyiav 
y£yov£va:  /.al  £f^o^a(7£  tov  Osov. 

i.  —  "\7^>,ot£  ^3  TO'j  TC160U  £V  w  TO  È'T^aiov  Tviç  Sairzvviç  >,£i']^avTOç 
OEwp'/iTa;  ô  ■AcXky.o'.r-rç  Ig/.suteto  eÎ'TteIv  tw  [7.axapÎT-/i  ilatou  çpovTîSx  30 
7:oi-/,c7a(70ai  /.al  £7:i"Xa06'J.$vo;  Tcpo;  /.aipov,  to'j  Oeoù  ôoviyoOvTOç,  tWn'yJiz 
§t,à  yp£Îav  Tivà  £v  tw  /.E'XT.apûo  x,al  eûpiV/.Ei  tov  xpô  oXiyo'j  /.£vùv 
77tGov  x£77'X'/ip(0[7.£vov  /.al  0" £p£/./£ovTa  TO  l'iaiov.  TO'JTO  o£,  oùy  aTTa^, 
à)Jà  /.al  77oX7.axi;  D.£y£  yivza^ai.  /.al  èXOcov  à-*/}yy£iX£  tw  £v  âyioiç. 
/.al  y.aTav'jy£lç  £i^a/.pu(7£v,  ÈT^u-riBvi  ô£  oti  àv/{yy£'.l£  tivI,  Xéyoiw  35 
((  èvcTvdoïicra;  Tvi  oiXiOVO[j,ou[7.£VY|  £Ù).oyta  ». 


VIES    ET    RÉCITS    d'ANACHORÈTES.  41 

.  5.  —  TaOra  ne  ôiriyYi<7z[X'/iv,  àosX^pol,  6au[/.îc(^cov  tt/V  to'j  Oeo'j 
àya6oT'/)Ta,  ^toç  [a.i/.pà(;  à^poppiàç  \ai]j£'ki()iv  Û7i:èp  [xsxpov  iia^éyei  xà 
yapif7[7.aTa.  xa'Xov  oùv  s>c  tcjccviç  rWa[j,sojç  eTCiSsixvuaOai,  ttjV  sic  à>.- 
V/l7>ouç  (jufATVicOeiav.. .  toû'  Geoû  ^'â^^-ov  £7i:i)(_opyiyo0vTOç  tîoÔç  tviv  £x.a(7Tou 
TCpo'Geaiv. 


Le  moine  jaloux  d'un  de  ses  confrères. 

1.  —   *  'Hv    TTOxè    [j.Qvayoq    àvaj(^(op-/lTviç     tuzvi»   (^laxpiTixoç.    xal   *  P- 371 

TiÔele  [/.sivai  etç  xà  xs'X'Xia,  x.al  où/C  £upt.c7/.£  Tupôç  xo  Trapov  xax'  îr^tav. 
r.v  ^£  l/CEt  ys'pojv  £X.wv  xzXkiov  Tvapà  [/-spoç  xoù  7vap£/.zl£'7£V  aùxov 
"kéycov  ((  d£'jpo  [j-£Îvov  £Ïç  xo  X£7^>.iov  )) ,  y.cà  à7v/i'X0£V.  •/îpyovxo  oùv 
10  xivèç  àf^£'X(pol  xpoç  aùxôv  wç  icpoç  ^évov,  (pÉpovxsç  aùxw  xo  xax£uo- 
oo'j[X£vov   ïva  toçp£7v-/i6coat.  /.al   aùxoç  £<pt.7^o^£V£i,  aùxooç. 

2.  —  Kal  •/ipçc.xo  6  ysptov  <pGov£Îv  xal  x.axo7^oy£Î'v  aùxov  "Xfiycov 
a    £yto   TToca    â'xv)   £yw    £/,£i    £v    à(7/.7i(7£i    'TCo'XT^yi,    x.al    oùrnlç  £py£xat. 

Trpo';   [/■£,  *  xal  oûxoç  ô  ÈTriOsxyi;   oliyaç   /i[X£pa.;  ^y^^i  ^•''-''  togoùxoi  â'p-   *  1'-  372 

15   X.°vxai   TTpô;    aùxdv;  »    x.al   'X£y£i  xcp   [AaOvix'^   aùxoO*    «   uT^ays,    £t7V£ 

aùxw*    àvaj(_(opri«70v    £vG£v  ô'xi  /_p£iav  sjfoj  xoD  /.e'X'Xiou  ».  xal  à7V£"XG(îjv 

0    [xaOvix-/iç  'XÉyEt,  aùxû*    a    ilTzzv  o  âêêaç    [/.ou*    Tcôiç    £/£^;   »    ô    ^è 

£l7i£V   ((    ïva  £Ù'y*/i  ÙTTsp  £[a.ùO'   ».   xal  £7.6è)v  ô  à^£*X<po£;  Tcpo;  xov  àêê'av 

>,£y£i'  «    £Î7:£,  TTzxep,   ô'xi  "^'XéTCw  y.e'X'Xiov  x,al  ù— ayto  ».  iza.'kiv   [X£xà 

20   oùo    •/i[/.£paç    "kéjtv    «    y7vay£,    £ITC£    aùxw     Ôxi    iàv    ir/i    à^ccyio^'/iri-fiq, 

£yà>   ï^yo[j.a\   Y.cn  rz-êoclco  c£  £v    pxêow  ».    à7ï'^^^G£  r^£  xpo;  aùxov   x,al 

>.£y£i   aùxcV    «   TiXOU'jfiv    6   àêêaç    [j.ou    ô'xi   àa6£V£Îç  /,ai    tczvu   IutteT- 

xai,   /.al   àTC£(7X£i'X£  \j.z  £7i:ir7y.£'|acOai   ae    ».   /.al   \iyzi    aùx(o"    «   £ix£ 

aùxw"    oià  xwv    cùyCi'^    cou    /aAw;   syw    ».   /al   àTV£pj(^£xat.  /al   "kéyu 

25   aùxw  7r£pl    aùxoù'  «  £t7r£V   â'ojç  xvji;   /upia/Tiç,    /al   £/êaivco  G£V/i'[j.axt, 

xoO    ()£0Ù   ». 

3.  —  Clq  oùv  •/i'XG£v  VI  /upia/T;  /al  où/  £Qrj'X6£,  'ka.^jio'j  x'/jv  pa'- 
ê^ov  ô  yÉpcov  àiT'^'XQs  xoù  (^vipai  aùxov.  /al  7;£y£i  aùxài  ô  y.y.^r,Tr,ç 
aùxo'j'     a    [7-£Îvov,     TTpo'Xaêco    £yô>j    T^xxsp,    [J//;77W.;    £Ùp£6cO<7tV    £/£Î     XtVÈç 

30    /al    c/av^aXiOwn!,    ».    /al    TrpoXaê^ojv  X£y£i    xoi    yspovxi'    «    ùWj,    o 
àêêà;    [J.OU    £py£xai  7rapa/a7^£(jai   a£    /al   }^aê£Îv    £t;  xr^v  /£*A};av  au- 


42  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Tou  ».  wç  ol  vix.ou(7£  Tvjv  àyx-*/iv  ToG  yépovTOç,  ■fî\bev  ai;  à7ravTr,(jiv 
aÙToO,  j^yA'Xwv  aÙTÔi  [i.cTavotaç  aTiro  [/,ax.po6£v  xal  "Xsycov  «  p//i  T/CuV 
V/îç  (1),  xupi  à^Sa,  eyco  £p-^o[J.ai.  Tcpôç  ttiv  àyicoTuvYiV  cou,  x.al  auy- 
ycopTiCrov  p-oi  ^tà  tov  x.upwv  ».  xoçl  sl^ev  ô  Geo;  tyîv  èpyaGtav  toO 
V£{o-£pou  /.al  x,aT£Vu^£  Tov  àêêav  aÙTOû.  xal  pivj^aç  t-/iv  paé^ov  £to£-  ^ 
y£v  £tç  TOV  aTTTaGaôv  tou  y£povToç,  >tal  xpocpOsccaç  aÙTov  -/iTTCzcraTO, 
xai   T.'K'/iya.yev  elq  to   x£>>7.îov    aÙTOù   wç  [j,r,^£v    àx,ou(javTa. 

i.  —  Asyei  oùv  ô  yspwv  tw  [AaGviT-^  aÙTOO"  «  où^lv  £l7V£ç  aÙToJ 
wv  EtTTov  (Tot,  ;  ))  0  o£  eiTTev  «  o'jyi  ».  xai  eyapvi  7:avu.  iiaccycc- 
ytbv   oùv    TOV   yÉpovTa   àv£7rau(7£v   aÙTov,    y.al   k'yvco    ôti   tou   «^laêoXou    10 

YIV    6    ^GoVOÇ,    Xxl    7VpOCXt7UT£l     TW     [7.aG*/lT'?î    aUTOU    'XÉyOJV     «     (TU    [XOU    £Î 

TraTYip  (XTiàpTi,,  xàyco  aou  [xaGv;Tyi!;,  ô'ti  ^iz  t^'ç  èpyaaia;  cou  a[  ij^uy^al 
Twv   à[^(poT£p(ov   ècciÔvicav  ». 


Vie  abrégée  d'Euphrosynus,  le  cuisinier. 

p.  400         i-  —  *  Bîo;  cuvTOjv-oç  Eùcppocùvou  [/.ayaipou.  oûtoç  ô  £v  àyioiç  iza- 

T-/ip    •/îawv    Eùcppo'cuvoç   £v  x(oj7//i  Tivl    ysvvviGelç   xapà.  tcictwv  yo'vecov    15 
x.al  àypoiVaoi;  àvaTpa^elç,  ypa[x[xaTa    [7.vi   [;-£[AaG"/iy.wç,   ào'xvwi;    Taç  ev- 

TOlzÇ     TOU     GsOU     £7rOt£l.     SIC     T£"X£iav      ^£     (pGxCaÇ     ■ffklY.ioiV    TOV     )to'(7{/.OV 

à7:coc7.[X£V0(;  Tïpôç  xoivo'êiov  £Spa[X£,  to  ^£  àyy£>tx.ôv  y.al  àytov  ayri^xa. 
àu.(Lia.a^t\ç,  T/jV  tou  ypicTou  Ta7r£tvcoct,v  £V£/,o7.7rw(jaTO  wç  oùS£lç  à*X- 
>;o;,  /caGwç  TO  xÉpa;  £^£t^£.  >caTa(ppovr,G£lç  yàp  wç  iouotyi;  à£l  ttiv  20 
TOU  [j,ay£ipiou  cppovTiSa  [xovo;  évEiricTeuETo,  xal  TzoXkki;  [7-àv  /cpuuTaç 
Èpyactaç  y.aG'  éauTov  £'I7£t-/i<'ΣU£v,  olov  vvicTeiav,  àypuiirvixv,  irpoceu- 
y/iv,  yajAauoiTia.v,  Tvpo  ^i  toutcov  xal  [j.£T5C  toutcov  àya-rtviv  xpo^ 
xzvTaç  y.otl  ijTCay.or,v  xal  capy.o;  y.aGapoT*/îTa,  àaxpuov  oè  àoizTvau- 
I7T0V,  àfl  yàp  Tviv  tou  TCupô;  àvGpay.i5cv  pX£7ro)v  val  £tç  to  aùoviov  25 
p.  401  TTÛp  cuyy.pivwv  y.al  àvaTUTrtov  où  oU'kzi'KS,  xocç  7ra  p£i.àç  tt'Xuvwv  toïç 
r^ay.ouciv.  •/icêo'Xwvivoç  èï  côv  s/,  Tviç  tou  [/.ayeipiou  ^laxoviaç  T'/i'v  Te 
czpy.a   x.al   tov  yiTiova  £Ùy.aTacppovviTOç  toi;  Traciv  iTuyyoï.'iZ'^ . 

(1)  Cod.  (Txu).£t;,  avec  un  deuxième  X  ajouté  au-dessus  du  mot. 


VIES    ET    RÉCITS    d'aNACHORÈTES.  43 

ovraç  TOÛTOv  [xei,ovw>;  £ooi;aa£v.  '/iv  oà  £v  tw  aÙTw  xotvoêuo  tcqe- 
cê'jTepoç  eù'ka.ëéaxxTOç  xal  iixn-/]^  àpsTYi;  à7ïpor70£r,ç,  x>al  T,7/J£v  aùxw 
TTOxè  â'vvoio.  waT£  TrpoGOsîvai  si^  'kS.gccv  Tr,v  y.G7.riGi^  aÙTOû  £v  tciti. 
5  ypovot^  Ô(jr,ç  ouvzjJ-Ewç  £ly£v  È/AixapEÎv  t£  to  6£rov  -/.xl  7.£y£t,V* 
«  x.upi£,  ofiî'^ov  [j-oi  à  "kéyzi  ô  Oeioç  àTTOGToT.o;  àyaGà  à  ■}\xoi]j.riGy,ç 
TOtç  àyaTTcoGi  ce  ». 

3.  —  Toutou  ^à  [j//]   |7-ovov  £vGu{/.yi9£VT0ç  TauT-/iv  ttiV    è'vvoiav  àT,!' 

•/l'oYl     /.xl     TeXo^    XaêoUGYlÇ     Tviç     TOiaUTTlÇ     SÙy^Ç     X.a6£UO0VT0Ç     aÙTOU    £^ 

^^  TÔi  /,);ivi^uo  aÙTOu,  ■ôpTCxy/i  ô  vouç  aùxoO  xal  £Ûp£'6-/i'  £V  77apao£ic7co 
olov  oij^£7t:ot£  out£  aÙToç  etS£V  0'jT£  oiXkoq  Tiq  ^eoiaccG^cci  vi^uv/i^-/). 
£lj(_£  yàp  oe'v^pa  n:o).là  /.al  iroixiT^a  xai  TCa[;-(X£y£Or]  x-xi  -jvaaviç  o^|;£wç 
TrappïiTvT^ayjxsva.  "£y£[j.ov  ^à  xitavra  tov  xapuôv  uxèp  tviv  twv  cpul- 
Itov  x'Xvic[xov/i'v.    TOiouTOv  ^£  xxpTTOv   dyov  £'j^pouv  /.al    £Ù[X£y£6yi  xal 

15  suoTi^ov  côç  [;!,7i^£'7roT£  ppoToî'ç  ôexG-flvai  ToiauTa.  ùttoxxtco  c^£  twv 
ToiouTtov  ^sv^pojv  uf^xTa  TCoT^là  'l'uypx  xxl  ^lEt^ÉcTara   xai  irav   £t(^oç 

[AUpifTTl/CWV      £X,eîC£     TC£(pUT£U[X£VOV     "/IV.      TCXCa      0£     £ÙOJ^ta      £K£iO£V      £^£- 
x[£[x]7r£T0     ô)q    ho'AS.l'^    TûV    écTTCOTa     £V     XOlTÔivi     {7.Up£(|^t/-W    OcGpOCOÇ   eiCTC'/l-       • 

orlcavTX.  £V  toutoiç  tôv  ^ievoeTto  X£ycov  «  àpx  xivoç  ô  tvi'Xdcoùtoç 
20  Tîapx'èo^oç  y.ai  (poêepoç  xxpa^e'.TOç  xxl  ti;  o  toutov  cpu'Xxcfjtov ;  » 
y.al  wç  Taûra  xxO'  éauxôv  è'T^eye,  ^léizei  £V  to)  [7.£(jcp  écTWTa  tov 
Eùçpocuvov  £X£Î'vov  7C£pl  OU  vi[xtiv  Ô  T-Oyoç,  xxl  coç  eio£v  xÙtov  è^£- 
TïXzyvi  x,al  cpïiGl  xpôç  aùxo'v  «  ti  xoietç  wo£;  »  ô  ^l  (7->cy£t.poç  Tupoç 
aÙTOv    £l';r£v    ((   £1   Ti   Tuoulç,    0   TraTTjp  [xou,   xàyoS    ».    o    t£p£Ù^  d-Ke' 

25     C(     TIVOÇ     ô     77apaO£l'70.;     OÛTOÇ;     ))     ô     EÙ<pp0C7UV0.;     HTÏB'      ((     TOU     0£OU    ». 

■/.xl   TTz'Xi.v   0   îepeuç*    «    xxl   xi;  as  vîyxysv   IvxxuOa  ;   »   ô  oè  àxsxpt- 
vxxo"  ((    ô'cxtç  Tcavxwç  xr.v  àyiav  ^j^uy^TiV  aou  y.à[7.£  ».   xal  ttx'Xiv  ô  i£- 
p£Ùç  xpô>;  xùxo'v  *  ((   syco   [jiv,    àc)£}^(p£,   ôiç  y'.v(orr/,£t(;,  £i  xxl  àvx^uoç,    *  p.  402 
'xkV  oùv   xal  Σp£uç  £Î[7,i  /.xl  où  xwv  TCoT^lôiv  àX>.à  xwv  Èxicpavcôv,  /.xl 

30  où  xouxo  [j.o'vov  y.W  TiO'/]  crr,[X£pov  xpixov  ypovov  TrexT^Tipcoxa  [x-/]  /.opé- 
Gx?  XTiV  /.oi>.{av  [7.0U  [j//i'x£  xpxou  [;//ixe  ù^xxoç,  [7//{x£  xoïç  {i^Eipapo!,; 
[7,ou  vuaxxyi^-ôv  f^ûùç  [7//i^£  scvaTCauTiv  xoTç  /.poxa(pot(;  {/.ou  /.xxx  xov 
[;-a/.apiov  TrpocpvfxTiv ,  cù-V  xsl  vu/cxoç  xxl  •/ip.spx;  £àed[j(,7iv  xou  OcoO 
OsxcracGxi  [J-époç  X'.  £Q  (Ôv  •/Îxoi[7,xg£v   6  Geoç  xol^;  àyaTTÛciv  aùxov,  /.al 

^-"^  ùîoù  [j,o)^i.;  TilGov  ÈvxxOOa  /.al  r,9£>.ov  [7.a6£îv  xapa  xivoç  £l  oùxo^ 
£(7Tiv   ô  £xoi{/,acGet(;   xo'xoç  xolç   x^/axcoçi  xov  Gsov  ».   o  r^s  Eùcppocuvd^ 


11  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

•"pyici  Tipoç  Tov  îspea"  ((  h,'i'i  piv,    tîixie  TTOCTep,    w^  yivcôa/ctr,  à[7jj-/iToç 

Xe'yei  o  aTrocTù^o;*  «  z  o  o'^ÔxXjj/j;  o'j/.  eii^e  /,xl  ô  o-jç  où/.  Y,y.o'jc£ 
«  xal  £7rl  /.apr^iav  àv6pw7ro'j  oùx,  àvéêr,  y.  •/Îtoi[xx'7£v  o  Oeôç  toîç  àya- 
«  TTcorjiv  aÙTo'v  ».  eTTSif^/j  ^è  vî[xeîç  [xt,x.pov  ti  Tzy.^t^iy.noL^tv  éauToùç,  5 
£vex.£v  Tviç  TO'.auT'/iç  ÛT:o6érjzoiç  i^^oiayj^j.ihix  [i,£poç  ti  £^  otv  ô  (izhq  -/ÎTor 
(7.a(7£  Totç  àyaTCwciv  aÙTov  y.al  */îjxaç  Tiavraç  (3£êauov  xal  tov  àxo'- 
CToXov  àV/;6-^  çpu>.àTTcov.  où  yàp  (^uvaxai  tiç  £v  Gapx.i  wv  tt'Xeîov  ti 
GEctcaTOai  ».  y.al  ô  TrpEGêuxepo;  waliv  irpoç  aÙTov  «  xo  zTra^  pjvov 
'/jT^Oeç  ÈvraOÔx  -^i  xai  alAoxc  ;  »  ô  Eù(ppo'ai»vo?  elTvev'  «  èyw  yzptxi  Ôeou  lo 
àsl  àvTaOÔa  (^izyw  ».  y.al  ô  Σp£'J;*  «  x.al  Tt  ipya'C*/)  woe  £pydp.£- 
voç;  »  EùcppoGovoç  £t7r£'  ((  (pu>.a^  £Ï[;.l  twv  évTaOôoc  ».  ô  Σp£Ùç  eIt^e* 
«  y.cà  0  sàv  xïWtw  aoi  £/£i;  È^ouctxv  ^o'jva(  [j.oi;  »  ô  Se  a7rey.p1- 
V£TO'  ((  il  ri  Os'Xeiç  aiTTiTOV,  y.al  otocoiy.i  goi  ».  y.xt  «pYi^i  rpoç  aù- 
To'v  ((  00;  [xot,  Tpia  ey.  toutwv  [XTiltov  ÙTro^Ei^aç  aùxà.  t*?)  /£ipt'  »•  15 
ô  oÈ  EÙGstoç  y.o'-j'scç  Slocoxev  aÙTw  rpia  i/,-^la,  Osiç  aura  eîç  àv  pipo; 
ToO  ';ra"X}a'oi»  aùxou.  Ti^av  yàp  [X£yz7^a  aço'r^pot  xal  eùsi^-^  xal  ^ev/jv 
•  eùwotav  £>tTC£y7rovTa,  y.al  T£0£iy.coç  Tr,v  y.£cpa.'Xy;v  aÙToO  Itu/.vw  tojv 
[;//i},cov   (bcrçpaivETO   ày.opÉGTcoç. 

i.  —  Rai  w-  Tauxa  ojcçpaiveTO  '£(p6a'7e  tÔ  (;'J'Xov  t'^ç  àypurviaç,  20 
y.al  (jUGTzy.abd^  £^oy.£i  ovap  P'Xétueiv  ô  7rp£(jouT£po;,  y.al  à7r7.w'7aç  t'/jv 
p.  403  eùwvu[7.ov*  Y£Îpa  aùxou  £c;(o  tou  Tra'X^^iou  éy.pzTVj'jc  xà  [AYi7.a  a'!GGr;Xt6ç, 
y.al  £^£(7xr,Gav  ai  çp£V£ç  aùxoij.  OeIç  r^k  aùxà  £U  xo  y.T^ivif^tov  EÙ^p-jok 
Èay.ETïaGE,  y.al  yj.zico!.^  x'/iv  Ôupav  £Çr,'XO£,  y.al  aTTfiT^Ôojv  £i;  xô  GxaGioiov 
xoù  [xayEipoi»  £Ùp£v  aùxôv  écxioxa  y.al  xviv  «py/jv  xr;?  ào^o"Xoyia^  25 
7:poG[7-£Vovxa.  y-al  TrpoGiwcCwv  aùxio  7^£y£i'  «  xov  Ôsov  gÙ,  avGp(077£  xo'j 
Geou  ov  àel  f^ou7.£'J£tç,  ô  £pwxô)  COI  à-nroy-piGïixt  p.01  ».  0  oè  7:poç  aùxov 

£Î7U£V    «    £'l7w£,    TTaXSp,    £1    XI   y.£l£'J£i;    ».    0    UpE'JÇ   "X£y£l-     ((    XO'J    VIÇ   XaÛXV) 

x-Ig  vuy.xl,  r^tà  xov  x'jpiov  àvzyy£i7^ov  p-oi  ».  6  ^s  àTC£y.pivaxo*  «  iy,zi 
•/î|7//iv,  Trzxep,  oTTOu  [X£  £up£ç  ».  xal  — x7.iv  0  Σp£u;*  «.  y.al  -oO  g£  30 
£Ùpov,  SoO'Xe  XO'J  Gsoij,  àvayyElVjv  [7.0'.  ».  ô  Eùippoauvoç  eIttev  «  £v 
xô)  xapa^£iG{o  w  zlèz:  ».  y.al  ô  [£p£Ùç  TuaAiv  xpôç  a'jxov  «  y.al  d  7.\r,bri 
"kéyeiç,  zi  [j.oi  6i8viy,y.ç]  »  ô  Eù(ppoGuvoç  £It:£*  «  xavxfoç  £l'  xi  -/iXTiGaç  ». 
0  8ï  Î£p£Ù;  TïpocTTEGwv  "xapEy.yAEi  aùxov  lÉycov  ((  ôpy.ii^w  g£  xov  OeÔv, 
XI  <70i  */îx'/iGa;  »  ô  ^£  à77£y.3ivaxo*  ((  xpia  [7/ô7^a  T,x-/iGa?  y.al  oi^orAx  35 
çoi  ».  y.al  6  p.àv  UpEÙç  (ialôiv  (/.sxxvoiav  à7;Yi>.6£V  eî^  xov  xo'ttov  aùxo'j 


VIES    ET    RÉCITS    d'aNACIIORÈTES.  45 

£Ùco(^Lotv  SX  ToO  xa'XT.iou  atc6o[7,£vo;  aXko;  tc,  aXko'j  syivsxo. 

5.    'O    EÙCppOCUVOÇ    r^2     ï(JTaTO    ^xXkiùv    coc,    "/_0è^,    /.al     TpÎTnv 

•Â[J.£pav  T6>.er76eii7y;;  ^è  t"!^'^  àypuTrv-aç  TCpos^sT^Owv  ô  Tûpedêurepoç  l'iaês 

5  Ta  Tpia  [jS/Çka  y.ai  £ir;ri7.Ô£V  £v  Tto  vato  I'ti  T(Ôv  ào£Vp(iv  £/.cra£ 
(HJvyiy[j,£vcov,  /.ai  «pviGi  xpo;  aùro'jç*  «  E'j^aaÔE  /.al  cuyycopvî'caTE  [j.ot, 
7raT£p£ç  àyiot,  [7.apyaptT-/iv  7roA'JTt,|i.ov  £yovT£ç  £v  tco  {j-ovaiTTyiouo 
•^[xôv  Tov  /.'jfpiv  Eijcppo'cruvov  /.aTaiçpovo'j[/.£v  aÙTOv  7ravT£;  (oç  àypziy,- 
[j.aTov,  /.ày.£Îvoç  X,^-?'"^'-  ^^^^'^  vJTC£p£/£!.  Tcàvraç  •/î[7-àç  ».  tcov  ^è  £77t[X£'Xw; 

10  £7vax,poto[X£vcov  £^viy/i<7aT0  xavxa  /.aOà).;  £Ïp*/i'Tai.  ÛTTO^ei^aç  ^à  aÙToTç 
xà  jj.rfka.  ■7:'kiiov  va  toutcov  siziaTVJGxv  aùrov.  Ticav  yàp,  w;  TrpostpY)- 
Tai,  £^ct)  T^^  <p'j(j£Wi;  TravTo;  ijM'Ko'j  tou  /.axa  tov  /.ogixov  (p7.ivo[7.£Vou 
èv  [XEylGfii  /.al  /poiz  /.al  £Ùcooia.  £[7/pop7iO£VT£(;  r^è  Travxsç  t'^;  fiùoK^ia; 
TCOV   ToiouTtov   [7//i7.(j)V   aivov  os'^w/.av   tw   0£S).   xoîj/avTE.;   Sk   ic,   aÙTwv 

15   <^£^tf)/.av   TOK    àcO£voij(Ji,   /.al   E'jOs'coç  *  ttxvtsç   lc/.br,GX'i.   ru   §£   Xotuà   *  p.  404 
7v£77TOfX£ptcavT£ç  /.al  £v  àyûo  8iay,oi  iijfjx^rjvxi;  ^là  '/ji^o;  to'j  7:pop'/i- 

ÔSVTOÇ    7wp£<7êuT£pOU    TÙU    Ta'JTa    â'TTOX.Of/.tGaVTOÇ    T'^    7Tapay.'X-/i'G£l    TTZVTCOV 

{j.£T£"Xaêov   a7TavT£(;  ttlgtsco;   £V£/.a,    wç  '/l^vi  SC  aÙTÔÎv  {)yta"!^o[X£voi  f^tz 

TO,   ôiÇ   £tp-/iTai,    £/.    TOU    ^cTTCOTl/.oij    Tû0l.0y.Szif70U   chÙtcx.  £^£V/i'XuG£vat,. 

20        6.  —    o  o£  Eù<pp6(Juvoç  £>c£Î'vo<;  {;.zy£ipoç,  tou  7up£<7ê'uT£po'j  àpça- 

t7-£V0U    TaÛTTlÇ   TT,;    <'HViyr,G£{OJ,     TTZVTCOV  S" t[J-£};Û(;   £/.£ÎG£    TTpOCrîpajy/jVTtOV 

/.XI  (ô;  à7;"Xa   j^piGTOu  EÙayyalia  £TCaxpo(«>{/.£'vwv,   àv'jt^a;  t-/iv   rrlaysiav 
O'jpav    T7ÎÇ    è/.>cV/)(7iaç    è^-^IÔe,   [7.vi  cpavelç   xojtcote    [-«.éj^pt  Triç   T'/iyspov 

Ç£'jytOV    TVjV    TWV    àvOpCOTCOJV    «^O^aV.     7ip.£tÇ    Sa     TaUTO.   à/.OUG'a.VT£Ç    £V    [X£- 

25  yà>.Yi  £/.77l-^Ç£i  y£y6va[i.£v,  ^o^à'ÇovTSç  xal  £Ù};oyoijvT£;  TCaT£pa,  uiov 
xal  àyiov  irvE'jjj.a,  vjv  xal  à£l  xal  £t;  toÙ;  aiwvaç  twv  aù-jvtov.  à|r/iv. 


Nicon,  père  du  Sinaï, 
accusé  à  tort  de  fornication. 


1  .    *    '4à£*X'p0Ç    '/ipcÔT'/li7£    Tivà    TCOV    ITaTc'pCOV    "kéyOi^    OTl    «    77Co;  0    *  p-  437 

fJiaéoVj?  <p£p£t,  Toù;  7r£ipa'j[j,0'j;    £7ïxvco    tûv   àylo)V  »  ;  xal  'X?y£i  aÙTw 
d  yépcov   oTi   r,v   Tiç  Toiv  7waT£pcov  ov6p.aTi.  Nlxcov  £iç  to  opo;  to  S-.va. 


46  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

y.aî  Tiç  aTTslGcov  zlq  Gy,riV/]^   xivo;   çapîcvtTou  vtal   sùpwv  x'/jv  Oûy-arepa 
aÙTou    [xov7(V  ETTSTs   [j,£t'   aÙT"^;.    x,al   'Xsysi,  aùrr,*    «    zItzI  on  6  àva.-  ■     . 
y(_cop-/iT-/içô  àé'êa;  Nr/,wv  £7ror/iG£  [xot  touto  ».  -/.ai  vîvixa  rj7.0£v  à  uarvip 
aÙTviç   /-al   £[/.aB£    to    7:pây[i.a,  Xaêcov    to    ^i<po;    HGÎrfkbiy    £7rzvco   toù 
yÉpovToç.  xai  /.poucavro^  aùxoG  £^rAÔ£V  o  yÉpwv.  £>cx£iv7.vxo;  oè  aùxoû     5 
xô   ^t(|>o;  l'va  cpov£U(j-/i  aùxov,  àTTE^u'XojGvi  vî  j(_£lp   aùxou.  xal  cctteXOcov  ô 
(pxpavtXTiÇ  £Î;  X71V  £)t"/clvicriav  £t7ïe  xot;  Tcps'jêuxepoi;,   y.al  £77£[7-i|;av  It: 
aOxov,  /.al  r;l6£v  o  yÉpwv.  /.al  £77i6£vx£ç    aiixw  770*XXàç   xV/iyà;  rI6£'Xov 
^wô^ai.  /.al  77ap£/.a"X£'7£V  aùxoùç  )v£ycov   «  acp£X£  [X£  w࣠ [j-exavo'^aai  ». 
/.al   sycopwav   aùxôv   xpîa   â'x'/i,  x.al  âowxav   £Vx67;yiv   iva    [xr;0£lç  aùxw    lo 
xapaê/A'/).    xal   £770r/iG£    xà    xpia   â'xrj    £p/oy.£vo;    /.axà    /.upia^c-^v    xal 
tjLexavoûv,    7rap£/.a''X£i  'XÉywv  «    e'jçacOE  ÛTirèp  laoù    oià   xov  xupiov   ». 
2.  —  "Ycx£pov  ^£  £^aip.ovtaO-/i  o  770i'/fç7a;  x'/jv  âjj.apxlav  /.al  pa7iov 
xov  77£'.par7[xàv    £7^avoi   xoO   àvay(op'/ixoO,  /.al  co[j.oXoy*/i(j£v    stç   xr,v    s/.-    15 
xV/iclav  dxi*  ((   £yio  £TTOiviGa  x'/iv  à[jt.apxiav,  /.al  eiTra  t'va  G'j/.ocpavxriCrv) 
xov   ^0'j"Xov  xou  Ôeo'j   ».  /.al   ztûeIÔwv   7rà^   6  ^^aoç    [xexevovias  xco   y£- 
povxi  7^£yovx£ç'  «  <7tjyy(^wpyi(70v  7Î[J!,î'v,  àêÇâ   ».    xal  'Xéy£i  aùxoi"?'  «   xo 
piv    Guy^iù^-riCOLi    cruvx-sjç^wpvixai    u[xTv    xo    ^è    [xeîvai,  où/,    â'xi    [j.£vw 
^eO'  Ojxwv,  oxi  oùy  lùùib'ri  elç  £^  ûfJLtôv  â'ywv  oia/.piTiv  xoij  (jUfJ-TraOxaai    20 
|xoi  ».  /.3(l  oOxwç  àv£ycGp7j(7£V  ô  yÉptov  ÈxsTÔfiv.  /.al  eîtte-  «  OîwpsTç  w; 
d  ^laéoVjc  ^£p£i  xo'jç  X£t,paa[;.0'jc  £77y'vo)  xcov  àyuov   » . 


Le  moine,  ancien  préfet  du  prétoire,  qui  se  faisait  passer  pour  un  ancien  esclave, 
p.  504  1.  —  ^EiTTEV  ô  àêê'aç  'ItoG-/i(p  0  xoO  fl'/i'Xo'jcto'j  ôxi  /.aO'/',|X£vo'j 
p.  505    u.oO   *£iç  XO  opo;  xo  S'.va,  r,v  à6£'X(poç  £/.£t  /caT^oç   àc/.y]X7iç,   àXkx  xal 

£Ù£i'^'Oç  xw  Gwy.axi,  /.al  -nr/^zzo  £1;  xr,v  Guva^iv  çopwv  iroTv'jpacpov  yi-  25 
xcova  xal  y.ixpov  f7-a<poûi.ov  Tra^.aio'v.  xal  buooù  aùxov  xaGa—a^  o'jxwç 
£pyo'a£Vov  £i;  xtiv  iAy.\'riGiy.v,  xal  "Xfiyw  aùxw"  «  ào£l<:p£j  où  p,£7r£tr 
xo'j;,  -Traxssaç  — coç  à'yyiVji  £igIv  elç  x-/;v  auva^iv  xtiç  :/.x')//iGia;;  ttcoç 
c'j  TcavxoxE  O'jxwç  sp/."/;;  »  0  o£  £<prj*  «  cuyywp-ziGOv  [xoi,  abba, 
0x1,  oùx  â'yco  a'X'Xo  » .  xal  'Aaêov  aùxov  £v  xû  x£a7;Uo  aoi»,  xal  è'owxa  3o 
aùxô  T^fiê-^'xova  xal  il  xi  alT^o  ïy^pri^Ev,  xal  r,py£xo  £iç  xr,v  cuva^iv 
oopwv,  xal  -/iv  ù!)£Îv  aùxov  w;  ayyET^ov. 


VIES    ET    RÉCITS    d'aNACIIORÈTES.  47 

23.  —  'EyévsTO  8ï  X.^s.iix  xoiq  ■Kaz^y.Gi'^  oinek(foùq  àxoGTsî'Xai  xpoç 
Tov  ^aaïKécc  y.cà  e<|yi<pi,(7X|X£Ôa  y.cà  aÙTOv.  ô  oï  ôiç  rlxoijcs,  rapeKa'Xscs 
TO'jç  xaTÉpa;  'Xsywv  «  c)tà  tov  xuptov  cuyytopvfGaTe  [j-oi,  oxi  bou")>.o^ 
£Î[xi   Tivoç  [j.sya'Xou  èxst,  xal   sàv   yvwpiVi^   [A£,  à7ro(j^vi[/,aTt^£i   [X£  y.al 

5     <p£3£l    [J-£    IzéXlV    sic    TO     O0u'X£U£lV    aÙTÔJ     ))  .     [J.£Tà   OÙV    TO     77£lG6viva'.  TOÙ^ 

TZXTépcc;  x.al  (7uy/wr^'(7a'.  aÙTco,  uuT£pov  xocpa  Ttvo;  àx,piêcô^  Itzi/ïtol- 
f/,£vou  a'jTov  £|7,aOo[7-£v  OTi  0T£  7]^  £v  T(o  y-0(j[x:o,  fixap^oç  7rpa!.Tcopuov 
ÛTC^py^E.  /cal  ïva  [7/Ài  yvcopiaO-^,  x.al  ô^V/iTiv  s-jp'/i  £/,  tcov  àv9pfo-6Jv, 
TOuTo  TrpoEfûxatTaTO.  ToaauT'/i  yjV  cr-O'ji-V/i  tûv  TvaTspwv  (pE'jysiv  t'/iv 
10  oo^av  x,ai  t-/iv  àvxxauGtv  tO'j  /.ogiaou  to'jto'j  ^tz  rriv  xooç  0;ov 
ày /.TC-/1V . 


15 


L'anachorète  Paul  qui,  s'étant  laissé  tromper  par  le  démon,  va  faire 
pénitence  dans  un  monastère  de  la  Thébaïde. 

1.  —  *r£yov£  Tt;  ITauloç  £v  ©viêaiSt  (piloirovot;,  ôç  7i>to>.oijO£i  t-^  *  p.  505 
àyi'a  £;cx,>/icia  -/ly^epaç  x,al  vuxtoç,  xai  t'/jv  }^oi7V'/}V  aùx-^ç  à/.oXouOiav 
C7rouoz(^ojv  éiTcTsXsi.  îoovTSÇ  o£  aiiTOV  0'.  crùv  aÙTW  cpiloTTovoi  };£you- 
civ  a'jTw*  ((  yjjpt  naOXe,  o'jt£  yaveî"!?  £)(_£i;,  out£  yuvxTx.a  ÔeXeiç 
^aêfiîv,  f^iaxî  où  y'v/i  y,ova^o'ç;  »  ô  ^ï  Xs'yei  aÙToîç*  «  xalôç  axaTS, 
ûxzyto  xal  yîvo|7-oci  i^j.ovoLyéç  » .  ocTZS.'kBiùV  oùv  -riOvy^oLGev  dq  -/.eXkiov 
[xovoç  Tïi  ài7X.'/,G£t  /.al  ToTç  XoiTuoî;  ttovoiç  cyykx^tov .  -/jv  <^£  tti  yvwy.Yi 
à/.£pat6T£poç. 

2,  —  ToÛTOv    ïocov   0    Trovvipo;    à'a,;;j.tov   toioûîtov   scpàvra^Ev  aùrov 

(j)ç  oiyyzloç  Tirpolsycov  Tivà  zaï  j(^l£uz(^cov  aùxo'v.  *  wç  ^è  â'yvw  o  8x1-  *  P- 506 
jj,wv  ÔTi  e^£i  a'jTÔv  {)7r-/]'/.oov  Isysi  aÙTCc  «  6  yoKjzoç  ioxaHv.q  cou 
Tf,<;  7ro}^t.T£''aç  £py^£-:ai  Tupo;  crà  a-jpiov  Soyvaî  coi.  yxpicax  '7ro)aT£taç. 
cù  oùv  £Q£>.Ocbv  £■/,  Toù  /«eaKou  xpoc/.ùv/icov  aùrÇ)  xyà  'ka.ij.^oivziq  tô 
25  y  apicy.a,  -xal  xxT^iv  £ÎC£p^*/i  £cç  to  )C£X>^iov  cou  » .  tTi  k^rii;  oùv  é^vilBsv 
£)c  TOÙ  /.£XXtou  y.otl  pX£TC£i  TCapxTa^iv  côç  àyysXoJV  >.a|j,TCa^-/l(popcov  -/.al 
TOOy^ôv  irùptvov,  xy.l  Iv  ;/,£C(;)  toù  xpoyoù  cyviy.aTOÙy.svo'v  Tiva,  ov 
ÛTCsvovicsv  Eîvai  TOV  ypiCTo'v.  tô;  as  sy.sl'Xs  yjj.vy.i  tov  aùys'va  sï;  to 
7vpocx,uvYicai,    £ÙO£œ;    àcTpayaAoç   /stpôç   (>{^tociv    aÙTÛ    ozxtcaa  xat 


20 


48  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

(orôvicrsv  auTov  dç  Ta  àiziao)  ha  y-Yi  TirpoG/tuv/ifT'/i,  xa.1  tcscwv  etç  Tr,v 
Y'flv  Tioocéaj^e  xal  oÙ/,£Ti  toÙ^  );a;j-7ua.oriCp6pou;  iy,v.wo'j;  siàsv  oùos  tov 
TDoyôv  Tou  TCuodç.  TOTE  siriyvoùç  T'/]V  y^^^EUTiV  TOu  ôaîy.ovoç  S;X£tV£V  èv 
TÛ  aÙToJ  TOTTTco  Y.XyJxov  ÈttI  ouo  vuyG"/i|X£pa  >,£ytov  ÈvwTirtov  Toij  ôeoû" 
((  017.01  TÔ)  àaapToAw,  ■riiJ.y.^T'ny.x  y,al  àTrwAeTX  Tuacrav  ttiv  {^to/iV  aou,  5 
x,al  Ti  TiroiTiVio  où/w,  oio  X  » . 

3.  —  'Hv  f^è  à)40uà)v  £v  T'^  àvwTspco  0-/iêai6i,  yépovTa  àvajç^wp'/i- 
T'/iv  àxo  ypovcov  ttoT^Iûv  y.o'vov  iv  àypcp  (^tzyovra.  x.ai  sêou^^sucaTO 
aTTï'XBEÎv  TTOo;  a'jTOv  xal  àva^IscÔai  aÙTw  toc  GuaêzvTa  a'jTÔi.  w;  oè 
s— V/icia<7£  Tw  TOTTo)  Too  àyîou  ptTCTEi  a'jTOV  £xl  'Mikiav  ilç  tÔ  â'oaooç  lo 
y.Aaûov  xal  T^éycoV  «  ■ri[J-y.^x-f\y.cL ,  (7uyj(^t<')p-/l(7ov  |7.oi  xai  Eu^at  ÛTvèp 
£'j,o'j  ».  ô  ^£  y£piov  £xpa"(ev  a'jTÇ)*  «  oùx  àiz^iyri  w^£  /)^£uvi  tojv 
^ai'xovwv;  vz/i  Èrvicviç  w^£  »,  iu.^ovjxoij.t'^oc  (li  aÙTw.  ô  oè  £TC£a£V£v 
£Îç  TO  £^a(po;  /.£t[j,£voç  xXaîcov.  cu^-TraO-ziGaç  oùv  aÙTco  ô  àyioç  "Xs'yEi. 
a.ÙTÇ)'  ((  £t  àTTvilGsç  [j.aGîî'v  T£yv/iv  TTiv  oiav  oyi'ttote,  oÙx  £i/£;  7:po;  15 
T£^viT7]v  àTC£)vG£ïv  xal  jj.aGEîv  Ta  T'^ç  T£yv/iç;  cù  Se  à';r^).G£ç  éauTÔ 
xaTa  v.ovaç  ot/.(ov  y.al  ;x-/;o£vl  Ta  xaTà  cEauTov  àvaOÉjxEVo;  ;  xal  £'! 
7//;  6  Gsoç  ifjO-ri^riCi  cot  xal  vî  ^E^ià  tou  àyiou  àyy£7.ou,  xpo(7£Xtj- 
VA^aç  àv  Tw  ^aiy-ovt  xal  tov  voûv  cou  àTutoAEcaç,  xal  £tX_EÇ  TTEpiz- 
p.  507  ysiv  Txq  Tzô'ktiq  *  wç  Et;  Ttov  ^at|xovi{^o;j-E'va)V.  àXT^à  to'j  Aoitïo'j  eu-  20 
yapicTviGOV  tôî  Geô  tco  poviGr^cavTÎ  <>£,  xal  oEÛpo  eI'ge'XGe  eîç  to 
xoivoêiov   ».  • 

A.  —  Rai  >,aêà)v   aÙTOv    ô  yÉptov  Etç   ev  tcov  xoivoêtcuv  07i€at()oç, 
xapÉGETO   aÙTOV   tw  àêêa  'XÉytov    «   ^o;   aÙTÔ   to    y,ay£ip{ov    IV/î  (^  , 

ïva    rîoDls'JCri   TYi'   EVToXvI    TOG   ypiCTOλ  xal    GEpaTTEUCYl   TOÙÇ    àoEl^ouç    ».     25 

eItiï  ^e  tco  TTa'jAto  o^r  «  y.sTà  ÉXTa  IV/;  Ep^ojj-ai  xal  Aa)vto  goi  ». 
7rA-/ipt6(7avTO!;  os  aÙToG  tx  ÉTiTa  et?)  yAOev  ô  yÉpwv  xal  Is'yEi  toj  àéêa' 
«  ^o;  auTÙ  x£l)>iov  È'^to  toO  xoivoêîou  ».  (l'yo-jci  yàp  Ta  xoivoota 
Tïiç  ©'/i^aiSoç  [j.ixpà,  àvaycop'/iTixà  XE^Xta,  iva  ÔTav  yvipicdWTÎ  tiveç 
TV)  à(7X7j(jEi  £v  aÙTOîç  ^làycodi  Txç  TTEVTE  '/îaspa^  TTi'ç  sê^ojj.ai^oç'  tÇ)  30 
^è  caêêicTW   xal   t*^    xupiaxY,    EÎcEpyovTat  £t;   to    xoivoCiov  |j.ETà   twv 

à^£l(p(Ov).    xal    ELTTEV    ai»T(p    0    yEptov    «    7rOt-/l<j0V    ÉTTTà    ET'/l    O'.XÛV    £V    TÔ 

àvaycopviTixco  '/.û.V.io  xal  ïpy o'xai  xal  ^va'Xw  coi  ».  ox;  ^^è   xal  TauTr,v 
T*/iv  EVTO^/jV  E—AripcocEV ,  TiXGev  ô  yEotov  xal  lÉyEi  aÙTÔi    ô  àééa;  llaO- 

(1)  Cod.  È(ji.êpi(Aoû(iEvo;. 


VIKS    ET    RÉCITS    d'aNACIIORÈTES.  10 

Irjc,'  ((  TixeT^eusiç  -oi'/;'i7<«)  ;  »  to'ts  Xéyii  y.ÙTw  ô  yspcov  «  où-/.  Iti  ;j.o'j 
/osiav  £Y£'-?"  TO  àyiov  xvEuaa  t6  ot/.ouv  sv  toI  c^i-ox^ei  cre  xavra  », 
3.  —  OoT^V^ç  oùv  Tiy/?iç.  YSVO[/,£'v/iç  aÙTÔJ  SX  Toû  Vjyou  TOUTO'j  scpuysv 
£iç  cY.Yixry.  è);6ovTsç  (^s  oï  to'j  /.oivoGwu  TCpo-  aÙTov  tzck.^xy.cjIgxvtî: 
■^  aÙTOv  slaêov  aÙTo'v,  ocTrs'XSovTo;  f^s  aùroO  y.y.!  Tr,ç  T'-aYiç  irXsovai^O'JcrT,;: 
aÙTco  Tuapà  T'?i;   àrîe7.<poTr,Toç,  -zXtv   l'fpuysv  eiq  Gv/fix-riv.  [j.eivavro:  (iï 

aÙTOÛ    £V    TW    £p*/f[i,W    Tviç    'j/,"/i't£(0^,    CUVi^yt]    £[X£    )cxl    a*X7.oi»^    TosTç    TÔiv 

xaTî'pcov  xapxê'aT^fiîv  aÙTw,  £v  o'i;  '/iv  o   àêêa?  f7/j'j  7:p£'j€ijT£po;  àvvfp. 

ouT£  àpTOv  o'jT£  /'jTpav  o"jT£  aX//.  Ti  TCûo^  T'/iv  TO'J  'Twy.aTo;  £l-/_£  yoeiav, 

10   à^^V  ojç  £'7i£'.(j£v  '/îi^.a-  6  y£iTcov  ocÙTOU  ("Tirpô^  aÙTOv  yicp  iizoïTiaaij.i^  tt,v 

V'Jxxav    £X,£IV71V     £X,     ToO     /.OTCOU     T"^(;     ÔOOO)  ,     OTl    6    àêêx^   OaùXoç     ÔTTOU 
à7rT,pj(_£T0    OÙr^èv    £ly£    TOU    X.0'717.01)    TOUTOU,    OUTt    £pyo'yf£ipOV    £/.paT£t.    OUT£ 

(ji.ê>.iov,   ouT£  Tivoç  £y£U£TO  ikç  "Khit  •/î'j-£paç,  *  Y^v  oï  x,ai  [J.iyy.;  tw 

TWJXaTl,    £t,'-770|;,£V    (^£    TCO   àosXfpÇ»'    ((   TU   oùv    i^XOTùC^O^    £•/.   TOÙ   '/.ÛCkiou  TOU 

^"''    ^i.à  TYjv  àyy.77"/iv  wv   y^ziav   £yo[7-£v,  ïva  £up(of/,£v   [i.£Ta'Xaê£Tv  Tupôç   tov 
x.a7.oy/ipov  '    ».  i^jxaxxÇs.'J   oùv    Ta;   y^Z'.y.ç,  y.yj.   •?iXG£    [jleÔ'   vîaoJv   T^poç 

aÙTOV.   ÏX£y£    Ô£   •/ip.l'v    ÔTl    ((    oÙT£   ÙoO)p    £ijy£    770T£    £V    TW    ■/.zWioi     xSj-r/j. 

Trapaêa'Xo'vTwv  i^è  aÙTwv  tcot£  tivcov  èv  tco  xaipôJ  toO  x.xù[i,xToç  rUà 
T'^ç  77xv£p-/ifxou  Y.cà  T^âvu  àn|;covTCov,  (/.'/i  s/_wv  ù<^wp  G T:\xyyy iG^^ûç  àvx- 
2^  GTîcç  Tiu^aTO  /.ai  £•/.  TOÙ  xapxooi^ou  £tco'//)(7£v  ù  ()£o-  ùôwp  ïvhx  ry  sùyo'- 
[j.svo;  7.7.1  TTiovTsç  /,aT£^|;uç,av  ».  à77£'X06vT£;  oùv  /.al  àTTTacrajJLJVot.  aÙTov 
xal  £Ù<ppavO£VT£?  £771  T'?i  xpoTpo—Y,'  auTOÙ   /.a!.  £-1  TOÏç  /.aropOojjxaTiv, 

£Ù7.0y/lÔ£VTeÇ    ij77£'7Tp£'i^a[7.SV    EÙyap'.GTOÙVTô;    TCO    0£W    TOJ    fJO^ZTaVT'.    TOÙç 

£iliy.pivcoç  laTp£ÙovTaç   aÙToJ.    oç   /.al   '/iiv-aç    ài;itÔT'/]  '  toîç  ïyyzai  twv 
25   sùaoETT'/TjavTojv  aÙToi  à/.o"XouOoùvTaç  xuyvlv  Tr(<;  a-lcoviou  (^covic. 


Miracle  opéré  par  l'abbé  Marcien  ou  par  l'abbé  Théodore,  et  qiio  clianin 
(les  deux  refuse  de  se  laisser  allribuer. 

1  .  — ■  *  E'.Tûi  Tiç  TWV  TraTï'pwv  TC£pl  TO'J  ào€a  Mao/.tavoù  toù  sv 
Tr,  âyia  B7,0'X££[7,  Ôti  TT/.VTaç  èçe'^ohoyii  EiTîpyoy.svou;  £;ç  aÙTOv,  aa'- 
);>.(7Ta  £v  Toî;  Èy/taivioiç,  £V  ol;  G'j^ièr,  tov  àooâv  ©soootiov  tov  /.otvo- 
fiiy.yyry   tov    [Asyav   Trapaé'aAeî'v    aÙTw,   £Trav£pyoy.îv(;j    à~Q   ttÏ;    xyiy.ç 

1.  Cof/.  y.a>,ôyr(pav.  Un  grattage  a  changé  l'a  en  o.  —  2.   Corf.  à;iu)'îît. 

ORIENT  CHRÉTIEN.  4 


'.08 


p.  508 


50  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Tro>.£(D^  [Jt-srà  twv  i^ûov  [xaO-/îTùv,  /.al  iGrr/.s  TpzTTs'Cav  /.arà  to  eOoç, 
€oikm  £^|/r,fi.a  <paxoO  xal  Tp(i)^i[j.a\  xai  Ta  (/,'jia/.ia.  coç  8ï  l'jJLEivav 
fjMxpôv,  x.al  oùoa[/.oG  apTOi,  'Xéyei  toï;  [j,a6viTaî'ç  aOroO  ô  àêêaç  0£Od6- 
CT'.o;-  ((  où  ^xkv.  ^j;to[x{a;  »  ol  ^à  sîTrov  ((  àpa  £i  £''"/£V,  où/,  àv  ïêaXs.;  » 
xal  >.£Y£f  ((  £p£UV7Î(7aT£  Ta  SiGpcîtia,  /.al  Ô(jOu;  apTOu;  eG^ete,  TvapâOETE  ^ 
£Îç  Ta;  TpaTTs'Ca;,  y,cà  [J-z-ol  to  yEucacrOai,  TTOiyifjavTEÇ  £Ù/r,v  avto  £Ç£l- 

2.  —  RaT'  or/.ovo[7.{av  Gsou  ^^oaéjjôi  ô  âêêaç  ©EO^oTtoç  tov  Trwywva 
TO'j  àêêà  Maû/.'.avo'j,  xal  )^£Y£t.  aÙTw'  ((  xou  7^sy£iç  oùx,  £5(_0ij  gîtov,  i(^où 
w^£  Giroç  xpuTTTo;  ».  [j-£Tà  oùv  T'^ç  Tip 0 cr) /COU G VI ç  aÙTw  y.yix.~r,;  t:i-  lo 
GTEUGaç,  oi8v.  tÔv  x.Ôx/.ov  Tto  /.ElT^apiT"/)  T^Éyœv  «  xve'XOe  pî<];ov  aÙTOV 
p.  509  Eïç  T-,ov  GiToêolôJva  *  xal  -/.T^Efcov  ».  6  ^è  •AzXkoi^iT'/i<;  ûtuo  OsoO  /.'.vr,G£lç 
(XTr-fl'XOE  y.STa  r^ixEca;  T7îpr,<7ai  £Î;  tov  ciroêo'Xàivx  tov  -/.o/.y.ov,  /.al  Oî'lcov 
àvoi^ai  TOV  ciToÇoXùva,  £'jp£V  aÙTOv  [aecttov  ctîtou,  wtte  y.vi  S'JvacÔai 
àvoiyvîvat  Tr.v  Bupav  £Î  [xyi  jj-etz  Pta;,  xat  opa[;-cov  àuvi'lOE  irpoç  tov  15 
àêêav  Map/.iavûv,  /.al  'XÉyEt  aÙToi  to  cujatcxv.  o  oè  [X£TE77£[A<I/aTO  xpo; 
TÔv  àêêàv  ©îooo'jtov  T^s'ywv  «  r^ià  tov  Osôv  r;y,'j'kbr~i  ew.;  t(ov  ev- 
TaOÔa  » .  /al  wç  tiXGev  eI;  to  [xovacT"4piov,  "kéyei  aÙTw  ô  àêêaç  Map/ia- 
vo';*  ((  i8o\j  Ti  ETCOÎYiGav  al  £Ùj(_a(  cou,  xijp'.  àêêa.  6  yàp  ciToêolojv  lys- 
[j-icÔvi  £)c  Too  /o'//ou  o'j  E^toxa-;  ei;  t/jv  /^EÏpâ  (xou  ».  /al  àxE/Jwv  ô  20 
àêêàç  0£o5o'ccoç  /al  ol  cùv  auTw,  eIoov  to  "K^rfioç  toO  citou  /al 
è^d^acav  tov  Oeov,  /al  l£y£i  Trx'Xtv  0  àêêaç  Map/iavo'ç"  «  îiîoù  ti 
ETTOiTiGav  ai  EÙ^ai  <jou  /al  vi  eùloylv.  Tfjç  yEipd;  cou  ».  /at  lÉyEt  aÙTw 
0  âêêxç  ©EO^dcio;;'  «  Èyw  xpày^y-a  où/  e/co,  è/  tou  xioywvôç  cou  ilaêov 
auTo'v  ».  /al  7rx)av  T^syEi  aÙTO)  b  à€êà;  Map/iavoç-  «  /al  {7//1  ri  ttote    25 

STTQl'viCEV   ÔTE  '/JV  EIÇ  TOV  Ttwywva    {/.OU  ;    »   To'tE   01    loÔVTEÇ  /al   à/oucavTEÇ 

TO  yEyovoç  Gaù[Aa,  l^o^acav  tov  Geov  tov  âvEpyouvTa  ev  toi;  àyîoi; 
aÙTOu  /aTà  to  yEypa[j!,p,£'vov*  «  GauaacTOç  ô  6eÔ;  ev  toi;  âyioiç  aÙTOÙ  » . 
OL^uoG'ri'  oï  /al  vîjJLa;  ô  /upioç  /aT'  ïyvo;  aÙTOu  à/oT^ouOvicai,  yzp'.Ti 
TOU  OECTCOTOU  y(^ptCTOu  TOU  Geoj  rjji.cuv.  a[j//;v.  •*" 

1.  Corf.  Tpw^Ti(xa.  —  2.  Cod.  'A$iwff£t. 


VIES    ET    RÉCITS    d'ANACHORÈTES.  51 


10 


Le  sophiste   Sophronios  qui,  ayant  marié  sa  fille,  au  lieu  de  la  consacrer  à  Dieu, 
est  effrayé  par  un  songe  horrible  et  se  retire  dans  le  désert  pour  expier  sa  faute. 

\.   —   *n7.psêxXoy-£v   syw    /,al    ô   GOCpidTVjç   Swcppovio;  £v  'A-Xsçav-   p.  511 
ops-a    TÔi   àêéôc  flauXco    s^ovTt    [y-ovacrx'/fpiov    ilç   xo    >>t6a(^6[7-evov,   y.cà 
wcpslviOsvTsç   TTxp'    aùxoij    xavu   Isyoasv    aùrû*    «    etTwà   "/îi^-Tv,    xaTsp, 
TTÙiç  ysyovaç    p.ovay^oç  ».  ô   oà  yspcov  GTSva^aç  ixsya  Isysi*   «   tckttju- 

TTIGTIV     -/.al     TCoGoV    sly^OV    EÎÇ    TOÙ?    [JLOVa^O'J^*     /.al    OTÏOU     o'    àv     £Upi(7/.0V 

[j.ova^ôv  xwlouvTa  to  Ipyo/stpov  aOxou  £X3C[7.êavov  aùxov  /.al  0  xt.  o'~àv 
ïyj^'f\C,t  xapEîy^ov  aùx(o.  cuvÉêv;  ^à  sv  [xta  xûiv  Tjjxspûv  (XGÔcvviGai  xyjv 
Ô'jyax£pa  |xoij  /.al  ûtco  xcov  taxpwv  àxoyvwfïGriVai  /.al  iravxcùv  vîjxcov, 
xoiv  x£  'juyy£vôv  xcov  x£  çîXwv  /.al  ystxovojv  ctfjp£u6rivai.  xpoç  'iîaaç, 
/.al  /.latovxEi;   7îap£[j.u6ouvxo  •/îy-âç. 

2.  —  Aa'ysi  oùv  xpoç  [7.è  ô  yJn'kc^ôç,  [xou"  ((  aTrslôs,  (s^doYrinw  xov 
cxa!jpo(pula/.a  OTrojç  uor/{(j"/i  aùx'^  llacjj.ov,  iva  lot-yio"^  eoyY)  vi  4'^}(^ri 
aùx'^;  /.al    [xy]   /.p^vr/xat,  '   £xi    )> .    £^£X96vto;    ai    [7-ou    cuv4vxv](7£  [xoi  ô 

15  àêé^àç  Za/.^aîoç  /.al  ÔEojpvfcyaç  xoùç  o(pOa}.|7,ou;  j;-oo  àiro  ^a/.puojv  >v£y£t 
aoi"  «  xî  /,lai£t;  ;  xt  £)<£i;  ;  »  )^£yoj  aùxco*  «  x£/,vov  p.ovoyevèç  l'j^w 
/.al  à-TToGvfl'G/.Ei,  /.al  7:op£uo|j,ai  xpôç  xov  cxaupo'^uXajca  ô'xw;  s>.Oojv 
TTOf/fc"/)  IXaG^-ôv  ixxvct)  aùxviç,  iva  xayiov  TrapaSû'  où  yàp  <p£poa£v 
dpav  aùx"/iv  /.t,vouv£uoucav  ».  )tal  X£y£t  jjloi  0  yÉpwv*  ((  i>TCd(jxp£(|^ov  Ôtucoç 

20   aùx'/iv  ï^w  /.àyco  ».   /.al  uTC0(Jxp£^|>a;  >iy£t  [j,oi'    «    làv   eîc'  xiv£ç  ïaia 
icé^eyy,z    aùxouç   ».    /,al  eiceXôwv  éxoi'/iGa  xoù.;   7rapa/.a6r,[X£vouç  ottwç 
aTO'XOcoct.v   £iç  xo  aXlo  6gtc7ixi.ov.   £tc;£lOtûv    *  0£    0   y£pwv  /.al  à<|/a;x£-    'p.  512 
vo.;  X7ÎÇ  X^'P^-*^  aùxTiÇ  'kéysi  |7.o'.*  «  eIç  Geoç,  îooù  xOp   /.aîov  /coplç  ^'jltov 
/.al  "XaaTTTpôv  ».  /.al  è.^(fMVjr:ci.q  ô  y£'pwv  )^£y£i  [v-oi*  «  ^ulaxxEiç  a  Ifiyw 

25  /.al  ^api^Exat  coi  ô  Osôi;  x'/iv  (^coviv  aùxvj;;  »  lyw  ^è  T^poGSTrsGa  xoT; 
TTOGiv  aùxoj  Guv6£|X£voç  aùxw .  /.al  laé^wv  ûotop  /.al  £Ù^a[/.£Vo;  /.al 
GcppaytGaç  aOxo,  l'ppavEV  dq  xo  TrpoGwuov  x-^ç  /.opviç,  /.al  cbç  ItcI  x.u- 
piou  x-^;  So'i^r.ç  àv£xaGiG£V  yj  Tuaîç  w;  y//)  ëyouGcc  Xyyoç  ocaOi'iiictç. 
/.al  >iy£t  j7,oi'    «   i^où  ô  Geoç  ^i'  eùjç^wv  xwv  xax£pa)v  xojv  cpilo^£V'/iÔ£v- 

1.  C'od.  xpiv...  i.  Deux  ou  trois  lettres  ont  disparu. 


52  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Tcov  £v  T(p  oï/.a)  cou  lyoL^'.fjOL'ù  G(ji  y.Ù7ri^.  y.WÎk  u/h  'ù6çr;  aÙTV]V  àv- 
opl,  cùXoc  V'jy.cps'JcaTî  aùrÀv  tco  àA-/i8ivo')  vuacpuo  ypicrroj  tw  Oeto 
T^y.ôiv  ».  xal  £^j)vGcov  6  yspwv  STïops'JS-/].  iyw  Ss  xal  •/)  [7.r;T-/ip  aùx'^ç  x.ai 
xzvTs;  ol  à/.o'JcavTsç   è^o^y.caasv  tov  6sov  sttI  tco  Tuapar^ocw  Ga'Jy.aTt. 

3.  —  'JIv  ol  TO  zopaciov  (o;  otcov  o)ctol).    sV.TOTe  oOv   riV(oy louv  ty;     5 
yuvar/.'!    [xou  ô~(oç  àxîvsyy.coy.sv   aù-'ôv    eiç  — aoOsvwva.   aùrr,   ^è   sXeys 
[j.of    «  ai^s;   aÙT'/iv  ewç   àv   ysv/ixai  vojxîaou  7Î>.i-/.{aç  ».    ysvov.evvi;  fîs 
aÙT7;ç  £T(ov   '^EX.aTSCcxpcov,    Isyw  t'7|   yz/iTpi  a'jTTi'ç'    «    î^où  ysyovs  vo- 
p.îy.o'j   •/ÎAi/.taç*    Ti  oùv  x,paTO'ja£v   a'jT'/iv  ;    »  y.al   ).£y£t,  [xot   '/î   TÛjAêioç 
y/j'j    oO't(');-     «    £y(o    où/,  àcpico    aÙT/jV    [xovacai,    à^Aà  Csuyvjto    aÙTViv    10 
àvopi    ».    y.7.\    ïjy.civîc    iviauTOV  oylwv    y.al   /toXaxs'jwv,   xa-!    ttotî   [viv 
eruxTOV  aÙTTiv   tocxe  sIOeÎv  '/i[Aàç   eiç  c£xp£TOV.   è/.piOyijxev   Sa   otio  tou 
C'jy)C£llo'j   xoil  ToO  (7Taupo(pu>.a/.o;  hx  spcorviOvi  vi  iralç  -/.al  èv   ÏKloyri 
TÛv  O'jo  yi^rr-ai.  -ri  rJè   [r/irrjp  kùttiç  •7,£0'  Éxipojv  yuvaiy.wv  ^n^àc/.O'jcra 
a'jTr,v  ïva  eIV/i  ôti  «    à'vopx  ôiAco  »  ,  oTTEp  xal   ysyovs.  tot£  l£y£i   ixoi    15 
6  cTaupocpÙAa^*  «  [x-/i  }oj77'/iO'^ç  àlli  aTr£AO£  xai  àyopacov  x.opviv  irap- 
Osvov    x,al    [iz).£  aÙT'/jv   àvx'    au—?,;    £!ç    p.ovaTT'/iptov,   -/.al   ô  Oeo;   ISs- 
çaTO  ».   £y(o    bh    y.Erà   xpoOj7,'!a;   r^£^a[j,£voç   tov    AÔyov    y.77£A0tov  r/yo- 
parra  -y.rba  — apO£vov  stojv   ïv^zy.x  £iç  vo|xtc;[xaTa  £t/.oc;t,  /.-/l  £!CV]'v£yx.a 
aÙTTiv  £iç  jv.ovacr^'piov,  £'.t:(ov  ttî   àêêx  rJpo/.oxia-  «  <'^££ai  ttjV  Trxl^a   20 
I'.  513   Tau— /iv    x,xl    *  Tûap'    iaou    ê/_£Î;  ttiv   Tpocpviv    xal    t'/jv    svi^ucrtv    aùr^ç 
TTxcraç  Ta;  7Îtj-£paç  t-^;  Cwvi?  |v,ou,  xal  £i;   tov  OzvaTov  [j.O'j  "kzya.zv'jci'i 
aiiTr,v    voj/.iTiy-XTx  oybo'/f/.ovTa   ».   -/.y.i   £'C£u^aa£v  Tr,v    GuyxTspa  •/itj.àjv. 
•4.  —  Kal    [XETa   7rV/ip(o(77.i   TTjV  oyf)or,v    7;[j,£pav    ToO   yzaou    £tàov 
)taT'    ôvap  oTt  à~£^/iv  '  [X£tz   tivo;   Aaii,7rpo<pdpou   zl:  "I^.p-sTav,   y.al    £v    25 
Tw    à-TUtEvai    */ijxac   rilOoy.Ev    £1;   77£f)t7.r^a    Tivz   T|    Tt    6£cop£i    ôi^Oxlaoç. 
y.ai  'X£y£!,   0   [7.£t'  £aoO*   «  £icr£7v6cofX£v    £Î:   to  Tvavviyupiv  toOto  otvco^  ti 
y.£pori(j£i;  r,  ç<up7.'7£iç   ».   (pOy.<7avT£r  Sï  £ia7,A()o[X£v  y.al  Oswiw   tzç  y.a- 
luêaç  y.al   tz;  à77o6r;y.ai;  y.al   xàç  pup.aç  Tvi'ç  7vo'};£coç   £y.£iv/iç  ysp-oucra; 
AtOiOTua;.  Ticav  03  oî  7r).£Î(7T0i  twv  AiGiottcov  £y.£tvcov  T£'y.TOV£;  TTayu^a^   30 
7i7;£y.ovT£ç.    y.ai    £()£(6pouv    Toù;   [j.àv    aÙT(ov    (jpoyour    y.aT£'yovTa;    xal 
àvGpwTtOu;    ppo/f^ovrar,    alloi    f^£     [iôOpou;    wpucTOv  "   y.al    àvOpcoTTouç 
£Go6puov,   àXAour    Ty.sAi'^ovTy.ç  àvOpwTTOuç    y.al    TiTpwcy.ovTaç     aÙTOÙç, 
«aIou;    Tïa'liv    Ç/opêeaç    {jzAAovTa;''   y.al    Gu:ov7a:    aÙToù;    £iç   }.''avr,v 

1."  Pour  àitr]£tv.  —  2.  CofZ.  opucrsov.  —  3.  Cof/.  pâXovraç. 


VIES    ET    ilÉCITS    d'anachorètes.  53 

popêopou,  eTSfouçoè  àvaioyuvTgTv  [/.Exà  yuvaTy.ofç  o<pOa7^[7.o<pavo);  £TC£iOov. 
•/;'7av  f^è  TuzvTSç  éx.ou'ïia  tv;  yvcoy//!  /.y.i  yaiGO[X£voi  à/.o'Xo'jOo'jvTeç  tjÎ; 
AïOio'^t,  x-al  aTvltoç  sittsîv,  oj  rVjvaTat,  ylvOpwTvoç  àp'/Jjv-xTa!,  xà;  jxafjo- 
àgiaç  /.ai  TTiV  aT/'/if^OTUv/iv  /,v   j/csiv;!!,  £f^{r^a'>/.ov.  riOyovTO  f)3  tivc;  tcov 

^  AiOiOTTOiV  £X,£iv('j>v  xocl  •/i'7ra^''^vT0  as,  /.àyco  aÙTOoç  riTTra^oy-riV  -/îr^sojç. 
•/.al  â'T^eyov  [j.of  «  ttots  tvo'.'si;;  tov  yy.[7/jv  îva  r,[xzç  y apo— or/far,;;  » 
y.al  >.£yfo  aùroît;*  «  ir^où  0£(op£ÎT£  071  àycovi^O[xat,  ».  /.'/l  7r£pi,r77r(6[X£vo; 
y.al  wç  T'jVTiOpoirrG-/]  0  7.ao;  xal  oî  Tvapa'vujxcpoi  £yovT£;  tov  f){'ppov  £[7,- 
7ïpof70£v  ToO  rr'Aôivoç,  ÈityiXOov  iyco  /.ai  -/i  g'j[7.?!.o;  [7-ou  /.al  £^yiv£'y/,a|7-cv 

10   xviv  OuyaT£'fa  r,[xwv  /.al  r.v   to  TCpo(7(07rov  a'jTïii;  /.al  0  Tpx/'/îVjç  zal 
TO  CTTiGoç  /.al  ol  [ipayiov£;  aÙTViç  xai  al  TraXxfj.at.  tcov  yzi^ôi'^  £{o;  t-^^ 
(^(6<j£co;  aÙT'^ç   ocpi^ia    [y.i/pà  [7,£yzla   £VT£Tu'Xiy[7.îva    /.al   /.£/-o>.'Xy![Z£va 
£Î;*  cfSjTr,^.  £/.aOi'ja[X£v  as  a^T/iV  £Îç  r^i-ppov.  /al  àvElOcov  AïO'Vyi  |7.!,/.poç   'p.  514 
è)câ9ir)£v  £Ùcov'j[7,x  aùxr.ç,   /.al  Yjp^avxo  xo'7'7'-(^£t.v  a'jT-/{v.  £^£lGovTO)v  «-^à 

•5     7,(7.0)7    TViV     O'JpaV     £'jp£6rjGaV     ol    AiOîoTCEÇ    77l£'>jV£Ç     XCOV     àvOpcoTTCOy,     /.al 

£/.ayya'Cov,  /.al  vipcavTO  Puy.'i'Cs^v  /.al  op/ElaOai  /.al  /.poTalî^Eiv  /.al 
T'j[7-Trava  /.po'J£!,v.  eTspoi  8ï  ùq  Tpi€7.(a  è'yovxc;  ètvo'Vj'jv  oTCppa^vETOai. 
/.al  t'va  [7/^  -o'Xlà  >,£y(o,  £(pOzGa[7,£v  TC7.r,'7(ov  xr,;  £/t/.7//i'7taç  /.al  içiyr- 
oav  TCzvxsç,  /.al  oùr^s  si;  AtOlo'|  dr:ri\Ht  '7'jv  r,[7.îv  év  x-^  i/.x.lY.m'a.  /.al 

20  cb;  £Ç/i"X0o[7.£v  STCc'Xaé'ovxo  /.axa  x-/iv  7ïfwx-/iv  xa^iv  xal  £là£'îOai  (?)  ' 
6x1  £ijp£6-/iv  [7.£xà  xoO'  '>,a[7.Tcpo''popo'j  £/.£(vo'j.  /.al  7:£pi7raxo'jvxcov  r,[/,wv 
oGi'^paivoiT.a!,  £'j(oot!av  7;v  où^cTOXe  (I)'7ippa'v6"/iv  a'jxviç,  /.al  7.£y£'.  f7,o'.- 
«  ^XTiOi,  où  yàp  zl  açtoç  £'!'7£7-0£!,v  7cap£«7co  ».  /.al  Oîcopco  7:o7.iv  T,r  xô 
•ACfXkoq  /.al  X-/1V  wpa(.ox-/ixa  xal  xo   [7.£'y£0oç  yJ^yj^y.Tzl   y7.c)c;Ga   xvOpw- 

25  TTOU  r^iyiyrjTa'jOau  /.al  i/.x£(va;  xtjV  yETpa  7.£yît  [7.0!.-  «  6£top£Ï;  x'/iv  roliv 
£X£'V7iv;  ))  Xiyw  «  6£cofcb  ».  /.al  7^£'y£i  [mv  «  ifîoù  £/.£iO£v  £^-/j'v£y/.a; 
xviv  0'jyax£pa  gou  /.al  lêa7.£;  aùx-^v  £■';  [iopêopov  /.al  07.'''i£!.;  /.al 
TTo'voij?  » . 

o.  —  Kal  £'jO£to;  £^ij7ûvI'jO-/iv  /.al  r^r/iyo'jaai  xvi  yjvat/.i  [;.oo  Tca'vxa. 

30  /.al  7.£y£i,  [7.01  /.al  aux*/)'*  «  ovxcoç  /.àyw  7ro7.7.à  [7.£xavo(.ô,  à7.7,a  xo  y£vo- 
j7,£Vov  £y£V£xo.  è'vco  yàp  xû£Îç  vu/.xaç  0£copo'j'7a  AïOioTra  Tràvj  r^airpocK-V?; 
— £pi7r7;£/.o'i7.£vov  17.0'.  /.al  nuy\o)  /.axa(pi,7^0'jvxa'  |7.£  y.al  7.c'yovxz  [7.0'. •  «  ya- 
ptv  r>0'.  è'yto  [/.£yz7.v,v  oxt,  ■riyxTzrtny.q  [7.£  /.al  7rpocX'.[7.7,Ga;  7r7iov  toO 
'l'/](70Ù'   ».    xal  £Cpoé'riOr,v   rroi    yyoLyye'ikcii   »,  xox£    7.£yco    a'jx"^*    «    où/. 

1.  Passage  difficile  à  lire.  Il  semble  qu'il  y  ait  dans  le  manuscrit  eloeaôaî  suivi 
d'un  mot  de  deux  lettres  elTacé. 


54  REVUE    DE   l'orient   CHRÉTIEN. 

l'Xsyov  (701  ;  àl*).z  apTi  aycojxsv  l'va  [xovarrco[j.sv  xai  jt^.auTWj^.ev  Ta;; 
àjj.aoTiaç  r;[xtov  ».  xai  'Xsyei  [xov  «  èyco  t)  aÔXta  /.al  xaT^aiTTCopoi; 
eêoÔptaa  ttjV  OuyaTe'pa  [j.ou,  -/.ai  apTi  ttwç  Èxgw  a'jTTjv,  ovtcoç  toûto  où 
ytvexat  » . 

6.  —  'Ava^xàr  oùv  syw  to  rpcoi  àirvil^iov  xpoç  tov  àêêâv  Zaxyatov     5 
/.al  oùx.  'h^iX-nni  jj.£  hic^'XG^rj.v  àXkcf.    ypa/psi  [xot  sic  Trtvax.i^iov  oGtox;- 

«  r)'jyywpr,cov  [ao-,  àoeX^s,  6  yàp  Oeoç  àTTcTTpzcp'/î  gs,  /.àyt)  où  (^ùva- 
p.  515  [xaî  TS  *  ^sEariOai  ».  -o'ts  àTïTJlOov  sic  tV/V  [xov/;v  toO  otyîou  EùO'j[A'>j'j, 
/.al  ^tV)yrj(7z[7.riV  tw  à^oa  naij7.(o  tw  èvapsTC;)  xà  G'jp.êocvxa  [xoi,  /.al 
>.£y£i  [xot  0  yî'pwv  «  ovxtoç  èx^xav/fOriÇ  oo'jç  Tr,v  /.«-.'p'/jv  àv^pl,  /.al  ô  lo 
cujj.Ço'j'Xeùcra-;  coi  où/.  -/lOsls  T7)v  c(OTr;p'!av  aou.  •/î'-^uvaTO  yàp  ô  'Aê'paàji. 
ors  si— £v  aÙTw  ô  Qsoç  g'|)x£^-!'  '^o''  '-'l^-'"^  aÙTOû  oouvai  àvx'  a'jTO'j  rîi/.a 
^où"Xouç"  /.al  'leoOzE,  ei  y^si  oti  touto  T^poG^sysTai  ô  Oeoç,  £ty£ 
(jcpa'^ai  àvTi  TYJç  Ouya-po;  aÙTOU  £ix,ocrt,  èoû"Xoitç*  /.al  o  'la/.wê  T-flç 
Pa"/-/]^  ÈpacOslç,  /.al   àvx'  aùxxç  t'/jv   Aiav  ev   tw  Oa'Xzfxw  £'jpti)v  où/,    i^ 

YlvÉGyexo,  à);Aà  /.a.l  xv'   Aiav  où/.  £ '  xal   xrjv    Payvi>.   oùx  àç{-/i- 

ctv.  6  yàp  6£0ç  x'/iv  Traloa  i/.  goù  "...^axo  /.al  x-/iv  Ouyaxlpa  gou 
àxatx£u  /.al  [X£l>.£X£  /.al  g'j  /.al  -/;  GÙy.êto-  rjou  xco  alcovuo  ttudI  ra- 
pa^oG'^vai  (o;  -Kapaêâxai.  £TC''Gxac6£  yàp  oxi  6  Oso;  où  [xu/.x*/)p('(£xai. 
ysypaxxat,  yàp*  «  xà  £/.';rop£uo[X£va  hix  xàiv  yiikéoiv  [xou  où  {/,•/)  à6e-  20 
xvi'gco  ».  àXka  a77£>.0£,  x£/.vov,  yj.auay.i  xx^  â(;.apxîaç  gou  ».  xox£ 
Gxpa''p£lç  £v  xcjj  o'î/.co  [j.o'j  »x£xà  xpslç  -^[XEpaç  cupov  [^.ovayoùç  ilq  xo  opoç 
xo  Sivà,  /.al  Gi»vwo£i)Ga  aùxoiç  /.al  ysyova  yzpixt.  ypiGxo'j  p.ovayo'ç*  /.al 
t^où  syw  7v6  £xyi  vùy,xav  xal  r,(Xî'pav  'TCapay.a>.oiv  xôv  Ofôv  si'  -wç 
Guyywp-/;G£i.  [7,ot  xàç  TColT^â;  [xou  à[j!,apxtaç  ».  25 

7.  —  TaOxa  à/.ouGavx£ç  7Î[J.£Ï(;   àr^o^âGajxsv  xov  Ofiov.   £ypx'];a[X£v  oà 
aùxà  xooç  x-/)v  xcov  xuyyavovxcov  oj(pO.£iav. 


Le  moine  orthodoxe  qui,  pour  prouver  à  des  moines  hérétiques  qu'il  possède 
la  vraie  loi,  se  tient  pieds  nus  sur  des  charbons  ardents,  sans  être  brrtié. 

p.  541  *  'Hv  xi;  /.lovixr,;  £iç  xà   p'.£pvi  xviç    AGiaç  ttzvj  èvzpsxoç  /.al  6au- 

1.  Deux  syllabes  ont  été  efï'acées.  —  2.  Le  commencement  de  ce  mot,  une  seule 
syllabe,  semble-t-il,  est  illisible. 


VIES    ET    RÉCITS    d'ANACHORÈTES.  55 

[/.acTo;-  riv  Se  £/_wv  -/.zto)  [i,ovar>T7fpiov.  j^petaç  oOv  yavofAsV/^ç  tivôç 
TlvaY/Cocjav  aÙTov  oî  àosXcpol  àvs'XGsîv  sv  KwvGTavTivouTcoT^st,  /«al  aiTTÎTa-. 
Tov  paaiXsa.  x,al  «^'•^  àvsXOcov  ■/.axs'Xucsv  e^  to  ^svoôoyeî'ov  toO  op(pa.vo- 
Tpo^psio'j.  TiV  fîs  XoiTTOV  yeiij.oiv,  y.y.\  sV.siTO  à'pou'XXx  tcXyiP'Iç  '   àvBpxxoiv. 

5  S/caOïivTO  ^£  Tive;  aïpsx'./.ol  y.ovxyol  9ep;7-7-iv6[X£Vùr  ivAHint  h\  -/.al 
aùxôç  TOG  Ôepjj-avO-ôvai.  x,at  -/ip^avTO  xxraGTrgtpsiv  aÙTO)  r/.  tvÎç  oI'av.Uç 
cc'.çéaeoiç.  y.7.1  "kéysi  aÙTOÎç"  «  iyvi  opOio;  tci'jTEuoj,  eî  oà  ûjj.'dç  •/.psî'TTOv 
[/.ou  xkjTS'jste,  TTOir'TaTS  oiç  7i:oiw  ».  /,al  àvac-àç  ïct/]  àvj-oôSToç  sî; 
TO    TC'jp     â-Tvl    TzoXkTiV    (opav,    y.al    où/,    s^ployiaOy).    ïôovtsç    oà    sx-eivoi 

10  ■/.aTri'jyuvO-/iaav  èxTrXayévTsç  s-l  tw  Trapa^oEo)  Oau[7.ocTi.  xal  oî  à/.ou- 
cavTsç  sào^acav  tov  Qeov. 


10 

L'anachorète  qui,  ayant  édifié  des  chrétiens  par  l'abnégation  avec  laquelle  il  accep- 
tait ce  qu'on  lui  ofl'rait  pour  le  produit  de  son  travail,  meurt  bientôt  après  et 
dont  la  mort  est  suivie  de  celle  d'un  autre  anachorète,  son  voisin. 

1.  — •  ^  'Ev  Als^av^psia  Ty;;  AiyjTCTOu  èv  tw  ol'xw  -viç  àyiaç  Mapîa;    *  p.  6o4 
ipiXoTïovoi  xivîç  y.al  oikôy^iGxoi  à'vdpsç  £Î(7cpy6[J!.£vot  £t;  T'/jv  £-/./.};ri'7''av 
x.al    £^cpyo[X£voi    k'ê'XsTrov    Tiva   yspovTa   [xovaj^ov    xaO'/ijxsvov    s^w    toîÏ 
15   Tïultovoç  xal  7ït7rpa(7/'.ovTa   CTTupiSaç.  sItcov  r^à  T^pô;  àlV/ilouç*   «  eç  où 

p>.£-OJJLcV    TOV    yî'pOVTO.    TO'JTOV    TTwlo'JVTX    TZÇ     (77;:'jp'!àa;    O'JX,    7i/.0U'7ay,£V 

aÙToO  'pi'Xovcr/.o'jvTo;  £v  ou;>  f^/]7V0Tc  'Xo'yo-  ^£0t£  hoy,iijJ.GOi^j.ev  a'jTÔv  ». 

"/.xl   £yy{'7avT£ç  'XsyouTiv  aÙTtV  «  eiTCs,  y£'fcov,  Tzoi'kzTq  TauTx  »  ;   ô   os 

''^viTi'   ((   voc'  ».    01  8é'    «   7r6(70D   »    ^•/iciv.   6  ^s    XéyEi    aÙToTç*    «   à~o 
20   ^£)cx  voufx'xuov   ».    7;£You<7iv   aÙTÔ)'    (f   T:oXkou   Ei'jlv,   àXlà.   'Xxê'e   àxo 

— £VT£    vo'jij-y.icov    ».    /.al   7;£y£t    aÙTOÎç"    «    w^   6£"X£T£   'Xy.bsTc    ».    /.ai 

77x>.tv    Ac'youaiv   aÙTw*  «    à"XXà  tcoI'Xou    eiatv   iàv   ^ùcnç  xtzo   voujj.-    *  p.  605 

[tJ.ou  >;aj;.êxvop.£v  aÙTz  ».  y.xl  "Xiysi  aÙTOïç"   «  wç  ôiXaTc  "XaêsTS  »•  /.al 

^sSw/.oTEç    a'jToJ    Ta    vo'jt7.[X''a    Daêov    ô'Xa    Ta    cxupif^ia.   ô  os    yspcov 
■J5    Aaêtov  T'/-,v  {îa/.Tïio(av  a-jTovi  £— opi=u£TO  £t^  to  /.sXliov  aùroO. 

•2.  —    Q.Ç,   §£    Eyvwaav   t'^v    àpsT'/iv    aÙTO'j   y.oLTT.Xy.u.oy.vouGiv   aÙTOv 

/.al  Xî'you'7'.v  a'jTor    «   à€êa,    t*'   sTror/iTaç  ;  »  /.al   Isyei    aù-olç*  ce   ti 

1.  C'orf.  TilriÇiSiç. 


p.  ma 


10 


15 


56  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

£77'ji.7,'77.  ;  »  ÀôYour*!.  "/.ai  aoTO'."  «  OTi  ciiraç  r,[xi.v  a7;o  oa/.a  vou[jL[xtwv 
£iç  Ta  GTT'jc'^^ia*  -/.a!,  $Ï770[7,£v  COI  oTt  ûoT^Xoû  eîciv,  xXkk  T^zêe  xtco 
7:£VT£  voup-»7-''cov  x,7.l  £Ï'7U£ç*  (oç  0£')'>£T£  'Xa^ETe*  xal  TiàT^iv  £Ï7ïO[7,£v  Gor  àuo 
vouujjj.rju  iy.v  OîXr.ç  >vàé^£  /,al  vivacyoo  '^[mv  /.al  slaêeç  àTCO  voup-[/,iou  )>. 
xal  P7.A7.01JGIV  aÙTio  fA£Tavo!,av  X£yovT£;"  «  o'.z  tov  y/joiov  zi-KÏ  vîjv.î'v 
Ti  toOto  ÏT:oi-/]fjy.ç  )K  ':ot£  7^£y£i  a'jTOlç*  «  o'jtwç  è'^co  ïOoç  Xc'yEiv  Tr,v 
T'.u'/iv,  -/.al  el  Ti  (^oOvi  '  [JOi  Aa[;-Çav(o  ».  /.al  7rap£/.y.>.£<7av  aùrov  àrfiA- 
(Jeîv  [X£t'  aÙToO  Etç  to  y-tWiov  a^ToO.  /.al  à7:£};(ldvT£;  £'jpî'j/.ouG'.v  £/.£l 
xi'Xt/.'/l'ciov  u()aToç  /.al  yJTpav,  /.al  }.£yo'j'7iv  aùxôr  «  /.£X£'j£'.ç  TroioOfxev 
p.i/.ûzv  à8'/i|Cav  Iva  y£'jr7a)[i,£0a  |7.£tz  goO  /.al  £''jloy'.';0(ot7,£v  5  »  /.al  £iTr£v 
«  TCoi7,(7aTc  ».  cl  Si  iTTOircav.  r,v  r^è  TO  v.tX}.w)  aÙTOu  £i;  tô  (j-f'ya 
TEToz'jru'Xov.   (oç   àï   liîfr'.rtGav ,  "kiyei  aÙTolç    6  y£pwv    «    y.izé'khcf.zî    cl: 

Xry    {Ùtrjr^Qaiw,    /.al     £()pi'7/.£T£    £/.£Î    y£povTa    TToAo'JVTy.     CTïfiipo/.uOpia, 

/.al  cl7ïaT£  aÙTw"  lsy£i  ô  cuvy£piov  cou*  f^£Opo  ïva  çzyr.ç  tviv  àOvipav 
acTa  Twv  ào£7.'pc7)v  ». 

3.  —  01  (^ï  à77£7.0ovT£Ç  £{>ptax.ouci  TÔv  yepovTa  /.aOcoç  sItïev  aÙTOl; 
0  /.a}.oyTipo;,  /.ai  À£yo'j'7'.v  auTco'  «  £ipri/.£v  0  c7uvy£poiV  cou*  o£upo  iva 
ozyr.ç  T'/jv  àO'/ipav  y.cTa  twv  ào£'X<pcov  » .  /.al  };£y£i  a'jTo'i;*  «  ov/, 
£1— cv  ïva  (pay(0[7-£v  ;  où'/.ouv  £T£7.£'JTr;C£v,  »  oî  oè  iTapzyÔr/Tav  ettI  tco 
T^oyco.  £Aaé'ov  o'jv  tov  xr^ikoov  /.al  Ta  cTT'jpif^ia,  /.al  £>,Oovt£i;  £Ùpov  tov 
''£oovTa  Tc7.£UT'/;GavTa.  /.al  Gyr,iJ.x~ir;y.v-i^  aÙTOv  /.al  /."Xau'7avT£;  èxl 
~o7;'j    £Oa^|;av    aÙTo'v.    /.al   -77ap£/.z7.f.Gav    tov    jî^rmy.    7^£yovT£ç*  «    ^iz 

TOV    /.'JOIOV    /.zOoU    £i;   TO    /.£7;7v'.'0V    GOU,    /.7.1    'fl[J'i^Ç   d^ZOO^UV    GOl   TOV    £(p7[;.£- 

pov    zpTOv,    *  l'va   vjyr,   Û7r£p  r,[xcov   ».  0     ^s   7>c'y£i  aÙTOï;-   «   ^iùn  tt, 
éê^oy-T;  'h^A^a.  /.al  iàv  £{>p£T£  [X£  (wvTa,  ':Tot£iT£  /.aGwç  £i7raT£.  7vo'yov    ^-^ 
yào  £7  0)  {i-eTà  toO'  Ma/.apiou  yfpovToç,  /.à/.£Î'vo;  [^.£t'  £[/.où,  ïva  ô  •rcpo- 
T£A£'JTÙv  7:apa/.aX £Gr,   tov  Oeov  /.al  tov   a7.7;Ov    -apa7;aê£îv   t-!^  £€§o'|j./i 
r,|X!'ca  » . 

4.  —  Kal   770i'/;GavT3;  o-jtw;   01  f^iXoypiGTOi    r/.îïvoi  avt^pôç   TiIOov 

TTi    dér^oari    ryp.£pa    /.al    £'jpov    aÙTOv    x,oi[r/iO£VTa.    /.al    è'Oa'j/av    aùxov   30 
■::7v7iGiov  ToO    a7v7.ou  yspovTo;,   7roir,GavT£ç  /.otïstov   p.s'yav    /.al  ooupp.ôv 
^là  Taç  T£A£ia;  toutwv    àp£Tâ;.    /.al    àv£ywpr,Gav   tùyapiGToOvTs;    tco 
6£w,  TOI  <pav£pcoGavTi  aÙTOî;  T-/]7.i/.a'JT-/iv  àpsT^/jv  /.E/.pup.pivviv. 

1.  Cor/.  orMX. 


20 


LE  DOGiME  DE  L'IMMACULEE  CONCEPTION 


ET 


LA  DOCTRINE  DE  L'EGLISE  GRECQUE 

{Suite)  (1) 


IV 


L  IMMACULEE  CONCEPTION  CONSIDEREE  DANS  LA  SYNTHESE 
DU  DOGME  CATHOLIQUE. 

Les  vérités  de  Ja  théologie  catliolique  sont  toutes  intime- 
ment liées  les  unes  aux  autres.  Si  ce  jugement  est  vrai, 
pris  dans  son  ensemble,  à  plus  forte  raison  trouvera-t-il  son 
application  dans  le  dogme  de  l'Immaculée  Conception,  dans 
ce  dogme  qui  par  sa  nature  touche  tout  à  la  fois  à  Dieu  et  à 
la  créature  et  qui,  tout  en  étant  implicitement  contenu  dans 
la  tradition,  est  la  déduction  logique  et  nécessaire  d'autres 
vérités  incontestablement  établies  et  reconnues. 

C'est  cet  aspect  de  notre  dogme  que  nous  nous  proposons 
d'exposer  ici,  après  avoir  parlé  des  principaux  éléments  de  la 
tradition.  A  la  différence  des  trois  chapitres  précédents,  celui-ci 
présente  un  côté  plus  spéculatif;  mais,  puisqu'il  s'agit  de 
démontrer  la  doctrine  de  l'Église  grecque,  nous  n'avons  pas 
pu  nous  départir  de  la  méthode  adoptée,  c'est-à-dire  de  citer 
les  passages  des  Pères  grecs  qui  témoignent  de  leur  enseigne- 
ment. 

Il  résultera  plus  d'un  avantage  à  mettre  le  dogme  de  l'Im- 
maculée Conception  en  contact  avec  les  autres  vérités  de  notre 
fui. 

(1)  Voy.  1901,  p.  1,  1«(),  51:.'. 


58  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

Et  d'abord,  la  doctrine  que  nous  étudions  en  acquerra  une 
confirmation  éclatante.  De  même,  en  effet,  que  la  solidité  d'un 
édifice  dépend  de  l'union  étroite  de  tous  les  matériaux  qui  le 
composent,  ainsi  cette  doctrine,  mise  en  relation  avec  toute 
l'économie  de  la  théologie  catholique,  sera  puissamment  étayée 
et  corroborée. 

En  outre,  il  se  dissipera  aussi  bien  des  objections  et  des 
difficultés  qui  proviennent  de  ces  mêmes  vérités.  Nous  aurons 
aussi  l'occasion  de  voir  que  les  arguments  de  convenance  de 
nos  traités  théologiques,  parfois  peu  convaincants  au  premier 
aspect,  non  seulement  se  retrouvent  dans  la  tradition,  mais 
encore  sont  mis  davantage  en  relief  et  reçoivent  une  force  plus 
grande,  s'ils  sont  entourés  des  vérités  dont  ils  dérivent.  Enfin, 
la  tradition  de  l'Église  grecque,  objet  principal  de  ce  travail, 
dont  nous  avons  montré  seulement  quelques  côtés,  se  mon-  ' 
trera  sous  un  jour  nouveau,  et  sera  exposée  d'une  façon  plus 
complète. 

Ces  observations  faites,  en  quoi  consiste  le  cadre  synthé- 
tique dont  nous  parlons  ? 

Si  nous  considérons  la  personnalité  de  Marie  dans  la  théo- 
logie catholique  et  au  point  de  vue  de  sa  conception  immaculée, 
elle  se  présente  sous  un  triple  aspect.  En  premier  lieu,  on  peut 
examiner  la  place  lui  ressortissant  dans  la  hiérarchie  des  êtres 
raisonnables  :  l'homme,  l'ange,  Dieu.  Ces  trois  différentes 
natures  devront  tour  à  tour  servir  de  point  de  comparaison. 
La  place  de  Marie  une  fois  déterminée,  il  reste  à  examiner  sa 
personnalité  en  elle-même  et  à  se  rendre  compte  de  ses  diffé- 
rents privilèges  et  prérogatives  depuis  sa  prédestination  jus- 
qu'à son  titre  de  Reine  et  de  Dominatrice  de  l'univers.  Enfin, 
comme  ceux-ci,  en  définitive,  gravitent  autour  de  son  élection 
à  la  maternité  divine,  il  faut  mettre  son  incomparable  figure 
en  regard  avec  le  mystère  de  l'Incarnation.  Ces  trois  points  de 
vue  s'enchaînent  si  étroitement  que,  s'il  fallait  les  exprimer 
par  une  figure  géométrique,  ils  formeraient  comme  trois 
cercles  concentriques  dont  le  dernier,  celui  de  Marie  rappro- 
chée du  mystère  de  l'Incarnation,  aurait  pour  centre  Jésus- 
Christ  lui-môme. 

Examinons  à  présent  dans  l'ordre  mentionné  ces  trois  as- 
pects, qui  serviront  aussi  de  divisions  à  ce  chapitre. 


LE    DOGME    DE    l'iMMACULÉE    CONCEPTION.  59 


1.  Marie  dans  la  hier  are  hie  des  êtres. 

Les  êtres  raisonnables  forment  trois  catégories  distinctes  : 
l'iiomme,  l'ange,  Dieu. 

Le  premier  élément  de  cette  trilogie  présente  une  histoire 
des  plus  mouvementées,  car  Thomme  peut  être  considéré  avant 
sa  chute  et  après  sa  chute.  Dans  ce  dernier  stade  encore,  il 
passe  par  plu-sieurs  états  successifs,  celui  de  l'infection  du 
péché  d'origine,  celui  de  sa  réhabilitation  dans  la  justice  ini- 
tiale, dans  lequel  il  demeure  comme  pèlerin  errant  ici-bas  pour 
y  être  confirmé  au  ciel. 

Voyons  la  place  que  la  tradition  grecque  a  donnée  à  Marie 
dans  ces  différentes  étapes  de  riiumanité. 

De  nul  mortel  il  n'est  écrit  qu'après  la  chute  d'Adam  il  ait 
réalisé  complètement  la  perfection  reçue  au  jour  de  sa  créa- 
tion. Cette  perfection  consiste  dans  l'état  de  justice  originelle 
et  dans  la  parfaite  conformité  du  composé  humain  avec  l'arché- 
type divin.  Marie,  au  dire  des  Pères,  non  seulement  réalise  cet 
idéal  dans  sa  perfection,  mais  elle  y  est  constituée,  elle  appa- 
raît au  monde  avec  cette  beauté  naturellement  complète,  sans 
être  astreinte  à  l'atteindre  au  moyen  de  pénibles  et  continuels 
efforts.  On  voudrait  peut-être  trouver  des  textes  explicites  où  il 
est  dit  que  la  Vierge  bénie  est  juste  et  sainte  de  cette  justice 
première.  Mais  cette  sainteté  originelle  n'est-elle  pas  rappelée 
par  les  saints  Pères,  quand  ils  donnent  à  Marie,  comme  nous 
l'avons  vu  (1),  les  épithètes  de  paradis  terrestre,  de  terre  non 
encore  frappée  de  la  malédiction  divine,  etc.?  N'est-ce  pas 
exprimer  l'état  d'innocence  en  termes  assez  explicites,  quand 
ils  rapprochent  constamment  Marie  de  la  première  femme  ? 

Ce  rapprochement  a  deux  aspects  ;  il  est  positif  ou  négatif, 
selon  que  dans  leurs  écrits  ils  font  ressortir  les  traits  de  res- 
semblance ou  les  motifs  d'opposition  entre  les  deux  créatures. 
Pour  le  moment  il  suffit  de  parler  du  premier  point  de  vue. 
Marie  est  souvent  par  les  Pères  de  l'Église  mise  sur  le  même 
rang  qu'Eve,  au  moment  oii  elle  sortit  des  mains  du  Créa- 
il)  Revue  de  l'Orient  cbrélien,  aiinéo  1904.  p.  196  et  suiv. 


60  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

teur,  comme  elle  commence  à  s'en  éloigner  après  son  péché. 
Citons  seulement  ce  texte  de  Théodote  d'Ancyre,  dont  le  sens 
est  assez  explicite  pour  suffire  à  prouver  notre  assertion.  Sup- 
posant dans  la  bouclie  de  Nestorius  l'objection  qu'Eve  ne  fut 
pas  créée  à  l'état  d'innocence -(1),  le  docte  évêque  lui  oppose  ce 
langage  :  Il  Bè  -rb  va't  (j'j;;,9'//;ç,  ii  kvzr^ii>)z  Baçpîp-/;  irpoç  ty;v  àAr/)c',av, 
■/.a',  à'i-r;viâçciç  y.y\  àrcava'Iv/;  "'J^v  sùooy.îav  toj  Bsou,  rrjv  £V  •îïavaYÎa  Ilap- 
Ofv(|)  £7:1  y,:iv/;v  a(OT'/;p{av  c'.7.vVC[rr/iîÏ7av  ;  i  y^P  5'';[j.t;upY'''/7a?  t-zjv  tJxk'jx 
Ti^tpOévov  àvucpto-Twç,  a'jTs;  y.aî.  tv' c'.ç  oe'jTsp^v  £":îy,rf/vaTO  àva[j,(oixojç  ' 
y.ai   5  r.zir^7xq  to  £ço)0£v  wpaîojç,  ajTs;  y,at  xo  è'irojOîv   y.aTîy.ôay.'/;- 

c£v  c'.ç  y.aTciy.'Of/^p'. ov  'l>j'//i]:  ili7.';C<)ç  (2).  «  Quod  si  affirma- 
veris,  quid  stulte  a  veritate  dissentis,  Deique  placitum  in  sanc- 
tissima  virgine  ad  communem  salutem  provide  dispositum 
detrectas  atque  renuis?  Qui  enim  antiquam  illam  virginem 
(Evam)  sine  probro  condidit,  ipse  et  secundam  sine  nota  et 
crintine  fabricatus  est  ;  quique  quod  est  deforis  pulchre  fecit, 
etiam  quod  intus  est,  ad  domicitium  sanctc  perornavit.  » 


Nous  pourrions  citer  encore  d'autres  textes,  de  saint  André 
de  Crète  (3),  par  exemple,  et  de  saint  Isidore  de  Salonique  (4); 
mais  continuons  notre  enquête. 

Si  d'un  côté  Marie  rappelle  nos  premiers  parents  encore  à 
l'état  d'innocence,  elle  les  rappelle  aussi  après  leur  prévarica- 
tion, mais  pour  bien  d'autres  raisons.  C'est  le  second  point  de 
vue  auquel  se  placent  les  écrivains  de  l'Église  grecque  :  il  nous 
fait  entrer  aussi  dans  la  seconde  phase  du  genre  humain. 

Rapprochée  d'Eve  après  sa  chute,  Marie  ne  participe  pas  à 
ses  misères  ni  à  ses  châtiments.  Telle  est  la  pensée  constante 
(les   Pères.  En  effet,  l'on  y  rencontre  à  chaque   instant  des 


(1)  L'hcri'siarque  recourait  à  ce  subtorfufje,  précisément  parce  que  les  défen- 
seurs de  la  vérité  catholique  objectaient  à  ses  erreurs  la  comparaison  de  Marie 
avec  la  première  femme.  Cette  circonstance  ajoute  donc  plus  de  poids  au  tcnioi- 
gnagc  de  Tliéodote. 

(2)  Sermon  sur  la  Mère  de  Dieu  et  saint  Siméon.  Galland.,  t.  IX. 

(3)  Sermon  pour  la  Dormition  de  Marie.  Galland.,  t.  XIII. 

(4)  Sermon  pour  l'Annonciation.  Maraccius,  vp.  cit.,  p.  83. 


LE    DOfiME    DE    l'iMMACULÉE    CONCEPTION.  61 

expressions  comme  celles-ci  :  Marie  n'a  pas  été  séduite,  elle 
ïi^pas  été  trompée  par  le  serpent  (1). 

Théodote  d'Ancyre,  traçant  le  portrait  de  Marie,  relève  entre 
autres  ces  traits  :  «  Virgo  muliebri  comprehensa  sexu,  at 
liiulicribus  exors  nequitiae...,  oinni  culpa  vacans...  sancta 
animo  et  corpore...  non  docta  Evae  mala,  non  muliebri  vanitate 
foedata...  Spiritu  sancto  mala  delibuta,  divina  gratia  ut  palliolo 
ariiicta...  Deo  corde  nupta...  (2)  » 

Enfin,  et  toujours  dans  le  même  ordre  d'idées,  qu'il  nous 
suffise  de  rappeler  ce  qui  a  été  dit  au  <hapitre  précédent  sur 
l'opposition  qui  règne  dans  les  rôles  d'Eve  et  de  Marie  :  Tune 
est  cause  de  la  corruption  du  genre  humain,  l'autre  le  relève 
et  le  réhabilite. 

Tout  cela  regarde  le  péché  d'origine  dans  sa  cause  et  à  ses 
débuts.  Mais  il  y  a  plus  encore.  Tandis  que  les  autres  hommes, 
même  après  leur  justification,  ressentent  les  effets  du  péciié 
originel,  la  Mère  de  Dieu  en  est  complètement  libérée.  Chez 
elle,  rien  des  souillures  du  monde,  rien  des  misères  naturelles 
aux  humains;  nulle  trace  du  péché  quel  qu'il  soit.  Ojoè  vàpscst, 
dit  Georges  de  Nicomédie,  -oi;  pj-ciç  -cD  -/isij.cu  to  y.aOapojta-cov 

axivZiyx- 3.1^3.1  c"/.'/]V(j)[xa  ■  sosi  à[/r;£>;  twv  àv0ptO7:ivo)v  '^Owv  -o  àv.'qkiHM-ov 
5uXa/G"^vai  G'^aaupio'iJ.a  '  'éozi  à/.otv(ov^TOV  t'^ç  àixccpxiaq  to  otau-j'à^  rr;p'^0-^- 

vai  àYtacr[j.a  (3).  «  Neque  enim  decebat  ut  tabernaculum  illud 
mundissimum  in  mundi  sordibus  versaretur...  Decebat  ut  in- 
contaminatus  thésaurus  ab  humanarum  consuetudinuni  con- 
tagio  immunis  custodiretur.  Par  erat  ut  pellucidum  illud  sanc- 
tuarium  ab  omni peccati  communione  liberum  servaretur.  » 
La  concupiscence  n'a  pas  de  prise  sur  elle;  et  il  existe  une 
parfaite  harmonie  entre  la  nature  inférieure  et  supérieure  de 
son  être. 

\•^^ky.l■q  vw  -/.y).  ']^uy?i  y.yX  Gypvj.  i)7:i.pyti^  wpaia,  COmme  s'exprime 
à  son  tour  PselluS,  -/.ai  sap-zà  ;x£v.  wç  Twv  -/.y-'  vnp';iiy.y  y.ydypfizX^y 
zavTOiwv  xaftwv  7.a\  -oXq  -pbzzi^  7.oa-[r^6£Ïca  twv  àpsTwv  '  'Au'/^  es,  dyq 
T.y.ar,^  cpajX'rjç  oma'kKy^rzXGy.   k-if}'j[j.iaq  -/.yJ.  -cT^  Xô'(oiq  wpaïa-Oîïo-a   -wv 

(1)  Cf.  entre  autres  saint  Jean  Dainascène  (sermon  pour  la  Nativité  de  Marie); 
Théodote  d'Ancj-re  (sermon  pour  la  Nativité  du  Christ)  ;  les  deux  Cyrille,  etc. 
(Catéchèse  XIP  et  'Eyxwfjita  £Îç  tiqv  ©eoto'xov). 

(2)  Sermon  sur  Marie.  Migne,  P.  G.,  t.  LXXVII,  col.  1 127. 

(3)  Quatrième  Sermon  pour  la  Présentation.  Combel".  Auct.  I. 


62  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

IvToAojv'  vo)  oè,  û)q  v.y.1  -wv  (juXwv  èvvoiœv  èXeuôepwOsTaa  v.oà  \ai).7:p\>vo\jÀY(] 

£v  aol-îri  £YYUç  [j.ou  ycVO[;.cv/;  cià  TSAsiÔT'/jTa  (1). 

«  Mente  nimirum  et  anima  et  carne  pulchra  es  :  carne  qui- 
dem,  ut  per  actionem  a  vaniis  perturbatiotiibus  pur  gâta  et 
virtutum  moribus  excellens  :  anima  autem  ut  ab  omni  ini- 
proba  ciipiditate  sejuncta  et  sermonibus  decorata  manda- 
torum  :  inente  vero  ut  ab  exilibusetiam  cogitationibus  liberata 
ac  splendida  et  per  gratiam  in  Spiritu  sancto  divina  effecta.  Et 
propterea  macula  non  est  in  te,  quae  milii  ob  perfectionem  pro- 
pinqua  es.  » 

De  son  côté,  l'âme  est  toujours  portée  vers  le  bien  et  sent  la 
plus  grande  horreur  pour  le  péché.  'Q  ôeîov  'é\v]^\jyQv  (X'(a\]j.a,  èç' 
(0  b  o-/)[;Ac;'jpYGç  îjçpavO-r;  ©sb?,  yoX>'^  p.èv  îyo^  6£03t'j6£pvr]-cv  v,xl  jj.ovw 
0£w  nzpocoLviyov-y.'  è.~i  0'j;x(av  à'zaa-av  x£-:a[j.;x£vr,v  7:pbç  to  ;;.2viv  sçeTÔv 
-£  y.ai  à^iépaaxcv  ■  Tiv  0'j;j.bv   "/.aTa  ;x2v^ç   t-^ç   «[xapTia^  zal  tcj  Taj-C'^v 

7.uY;ffavTc>;(2).  «  0  divinum  vivumque  simulacrum,cuius  conditor 
Deus  pulchritudine  delectatusest,  quod  mentem  quidem  divinitus 
gubernatam  habet,  Deoque  soli  addictam;  cupiditatem  vero 
oninem  ad  id  quod  sotuni  expetenduni  est  et  amore  dignum 
intentam;  iram  autem  erga  peccatum  dumtaxat  eiusque  pa- 
rentein.  » 

Je  ne  parle  pas  des  autres  effets  du  péché  originel  qui  regar- 
dent plutôt  le  corps,  comme  la  mort,  les  douleurs  d'enfante- 
ment, les  maladies;  les  auteurs  ecclésiastiques  n'ont  pas 
manqué  d'en  parler. 

Il  vaut  mieux  les  citer  pour  répondre  à  l'objection  déjà  mise 
en  avant  plus  d'une  fois. 

Nul  ne  conteste  que  Marie  ait  été  remplie  de  la  grâce  divine 
qui  a  effacé  en  elle  le  péché  originel  et  anéanti  ses  effets  per- 
nicieux, bien  qu'ils  continuent  à  subsister  chez  les  autres  mor- 
tels; la  question  est  de  savoir  si  elle  a  été  saisie  de  ce  privilège 
dès  sa  conception. 

On  peut  répondre  à  cette  difficulté  de  différentes  façons  : 

Plus  haut,  nous  avons  fait  observer  que  les  saints  Pères, 
comparant  Marie  à  Eve  au  moment  même  de  sa  création  (donc 

(1)  Comm.  trium  pati'uni  in  Cant.  GalL,  t.  YI.  CIV.  aussi  saint  Germain,  Sermon 
pour  la  Dormition  de  Marie. 
{;l)  Saint  Jean  Dam.,  1"  sermon  pour  la  Nativité. 


LE    DOGME    DE    l'iMMACULÉE    CONCEPTION.  63 

avant  sa  chute),  insinuent  clairement  que  cet  état  malheureu- 
sement transitoire  pour  la  première  femme,  est  Tétat  propre 
de  la  Mère  de  Dieu.  Or,  sans  les  mettre  en  contradiction,  serait-il 
possible  d'affirmer  encore  que  celle-ci  fut  créée  avec  la  faute 
originelle? 

Ensuite,  il  ne  manque  pas  de  textes  où  est  proclamée  l'im- 
munité de  Marie  à  l'endroit  de  la  prévarication  et  de  ses  effets 
dès  l'instant  même  de  sa  conception.  Témoin  ces  paroles  de 
Georges  de  Nicomédie,  dans  son  homélie  sur  l'annonce  de  la 
conception  de  Marie  (1)  : 

r.Ç)0\):qvùzi  jbXaaTr([J(.a":a. 

oc  Hodierna  praedlcatione  radicis  bonorum  in  sterili  utero 
nasciturae,  fore  praenunciatur  ut  hominum  natura  quae  vitio 
exaruerat,  virentia  pietatis  germina  producat.  » 

En  troisième  lieu,  un  examen  plus  approfondi  du  langage 
des  Pères  conduit  à  la  même  conclusion.  Fréquemment,  en 
effet,  ils  insistent  sur  cette  idée,  que  Marie  possède  la  même 
nature  que  toute  la  race  d'Adam,  que  sa  chair  est  la  chair  com- 
mune à  tous  les  hommes.  Mais  si  malgré  fout  cela  cette  nature 
n'est  pas  viciée,  si  sa  chair  est  immaculée,  n'est-ce  pas  dire 
que,  dans  sa  conception  même  où  elle  reçut  cette  nature  et 
cette  chair,  elle  n'a  pas  éprouvé  les  atteintes  du  vice  orginel? 

'Q  (J^JKk■^^<blc,  %(x<.  tôxoç  'ml  Pps'çoç,  dit  l'empereur  Léon,  oi  wv  5  t-^ç 

àjj-apTiaç  oXsôptoç  Molq  àTC-/^[;.6X(j!),  xal  -f^c,  acoTT^piaç  -^  tzoXw^ovioc  lyvo)- 
piifi-q'  oj  (ip£ço>;,  u  -qç  r^  7,aT:ixyrtp^^'^'^'^  ^^l^  aiV/ei  tyjç  •Aocvlaç  Ç^^crt;;,  xatvbv 
àAAa^a[j.év^  xaAÂoç  èçwpafcra-rc  {'2). 

«  0  conceptionem  partumque  ac  infantem,  quibus  exitiosus 
peccati  partus  elanguit  salutisque  multa  proies  innotuit.  0 
infantem,  per  quam  natura  quae  malitiae  ac  vitiositatis  turpi- 
tudine  consenuerat,  novum  induta  decorem  praeclare  exorna- 
tur!  » 

Et  le  moine  Épiphane  n'est  pas  moins  explicite,  quand  il  dit: 

Où  Y^P  ^'^y,^  '^■'iv  TcapOîvtav  xairà  k^cz-pâxtiav  /.ai  àycova,  wazsp  twv  yjyoci- 

(1)  Combef.  Auct.  I.  Sur  la  légende  qui  a  trait  à  l'annouce  delà  conception  de 
Jlarie,  voyez  notre  article  :  La  festa  délia  Concezione  di  ÎMaria  SSma  nella 
Chiesa  greca,  dans  le  BesscnHone,  fasc.  80,  sept.-oct.  1904,  p.  98-99. 

(•2)  W  sermon  pour  la  Nativité.  Combef.  I. 


64  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

7.WV  al  ■AOG[xu>)xépy.i  y.xl  'f^q  GMopocùvr^q  k7:i[J.z\où[J.zvy.i,  àXX  iv.  (^ùgzm:, 
OTTsp   saxiv   èîar'psTiv    7:a7(ov   twv    yjvy.i:/.(<yj    v.y.l    çsvov   t-^ç   àv6po)7:ivr;ç 

çjaewç  (1).  «  Nec  enim  habebat  virginitatem  cum  abstinentia  et 
tentatione,  ut  mulieres  modestiores  ac  de  temperantia  solli- 
citae;  sed  e.v  natura  illam  habebat  quodeximiuin  est  ac  singu- 
lare  supra  omnes  leminas,  et  ab  liumana  natura  alienum.  » 

Enfin,  ceci  est  encore  confirmé  par  le  fait  que,  dans  les  écrits 
des  Pères  de  l'Église  grecque,  la  personne  de  Marie  tranche  sur 
tout  le  genre  humain  à  tel  point  d'être  mise  comme  en  opposi- 
tion avec  celui-ci.  Sévère,  patriarche  d'Antioche  dit  ces  paroles 
remarquables  :  «  Quamquam  enim  Maria  de  terra  est,  et  huma- 
nam  naturam  nobisque  consubstantialem  sortita,  attamen 
intemerata  est  omnique  macula  carens  (2)  ». 

En  résumé,  si  Ton  consulte  la  tradition  de  l'Eglise  grecque, 
on  verra  que  la  nature  de  Marie  constitue  comme  une  nature 
à  part,  qui  n'avait  peut-être  son  égale  qu'avant  la  chute  des 
premiers  parents.  Aussi  bien  y  est-elle  représentée  comme 
étant  la  seule  créature  qui  soit  sans  péché;  sa  sainteté,  y  est-il 
dit,  est  absolument  parfaile,  son  âme  a  toujours  brillé  de 
l'éclat  de  la  justice. 


A  la  considération  de  l'homme  avant  sa  chute  fait  suite  celle 
de  l'homme  réconcilié  avec  Dieu  par  la  justification. 

Au  chapitre  précédent  (3),  nous  avons  déjà  vu  que  Marie  est 
exaltée  au-dessus  des  justes  de  l'Ancien  Testament.  Nous  ne 
voulons  pas  parler  des  saints  de  la  nouvelle  alliance,  qu'elle 
surpasse  de  loin,  au  dire  de  Basile  de  Séleucie  :  Ti;  luv  or/,  ht  Oau- 

[j.iasis  Tr,v  [j-sy^Ar^v  -f^q  ©scTiy.cJ  2jva;j.',V  y.at  dj^v  b~zpy.vi'/ti  tojç  'susur 

Ti[J.w;j.3v  aYtouçJ  zl  \'yp  toï^  oojXciç  s  Xpiaxoç  xzixJ~r,y  oÉoojy.s '/apiv, 

Tiva  ypr,  vop/'i^etv  ty]  M'/)-pi  t-Jjv  'ia-)^'JV  ;  'Apy  cl>y\  tSÙm  [j-si'ucva  twv  bizr^- 

yitov;  r.y^râ  xcu  ov;Xov  (4).  «  Quis  non  miretur  magnam  Dei  geni- 
tricis  virtutem  :  et  quantopere  superemineat  quotquot  hono- 
ramus  sanctos?  Nam  si  Christus  servis  suis  tantum  impertitus 
est  gratiae......  qualem  matri  virtutem  inesse  cogitabimus? 

(1)  De  vita  Deiparae,  C.  x,p.  -^"i.  Ed.  Dresselii. 

(•2)  Homélie  sur  la  Mère  de  Dieu.  Mai.  Spicil.  Rom.,  t.  X. 

(3)  ROC.  1904,  p.  521  et  522. 

(4)  XXXIX"  sermon,  pour  TAnnouciation  de  .^larie. 


LE    DOGME    DE    l'iMMACULÉE    CÛXGEPTION.  G5 

An  non  maiorem  multo  quam  ei  subjectis?  Cuivis  notum 
id  est.  » 

Mais,  si  la  justification  de  Marie  dilïere  de  celle  du  reste  des 
hommes  par  son  intensité,  s'en  éloigne-t-clle  aussi  quant  au 
temps?  En  d'autres  termes,  regarde-t-elle  déjà  l'instant  de  sa 
conception,  au  dire  des  saints  Pères?  Ici  une  difficulté  même 
que  l'on  objecte  souvent  servira  de  réponse. 

Nul  n'ignore  que  l'Église  grecque,  comme  d'ailleurs  la  tradi- 
tion latine  aussi  (1),  vénère  dans  saint  Jèrémie  et  saint  Jean- 
Baptiste  deux  justes  sanctifiés  dès  le  sein  de  leur  mère.  Les 
livres  liturgiques  sont  explicites  pour  le  premier  d'entre 
eux  (2).  Quant  à  saint  Jean-Baptiste,  ce  qui  est  plus  fort,  sa 
conception  est  appelée  sa/^^e,  illustre,  divine  même  (3). 

Comme  raison  de  ce  privilège,  l'on  avance  leur  relation  spéciale 
avec  le  Messie,  puisqu'ils  ont  eu  la  mission  de  le  prédire  et  de 
préparer  ses  voies.  Or,  dit-on,  Marie  aussi,  en  sa  qualité  de 
Mère,  est  unie  à  son  fils;  rien  d'étonnant  donc  qu'elle  ait  été 
justifiée  de  bonne  heure,  sans  qu'il  soit  pourtant  nécessaire 
qu'elle  ait  été  immaculée  dans  sa  conception. 

Fort  bien,  mais  si  Jérémie  et  le  Précurseur  ont  été  justifiés 
dès  le  sein  de  leur  mère  en  prévision  de  leur  haute  destinée 
d'annoncer  le  Messie,  qu'en  sera-t-il  de  la  Mère  de  Dieu  dont  la 
sainte  mission  de  donner  le  jour  au  Messie  est  infiniment  plus 
sublime?  La  loi  de  proportion  exige  que  sajustification,  reposant 
sur  un  titre  plus  noble  et  plus  élevé,  soit  plus  radicale  encore. 
C'est  bien,  semble-t-il,  le  sentiment  implicite  des  Pères  affir- 
mant que  la  justification  de  Marie  dépasse  en  sainteté  tout  ce 
qui  existe  dans  la  nature.  "Eoîr.  vàp  ty;v  j-sp  Tràaav  T-r^v  oJaiv 
àYiacOîTcjav  ty)  /.aOapÔT-^jTi,  7,al  oixaLWÔstaav  £7.  [XYjTpaç,  [j.y)  vi[.>.o'j 
SouA£U£r,v  ^apùr/)!'.  (4).  «  Decebat  enim  eam,  quae  supra  omnem 

(1)  Saint  Thomas, .S.  Theol.lU,  qu.xxvii,  ad  l.Nous  prenons  lo  fait  on  soi,  sans 
vouloir  discuter  si  oui  ou  non  il  est  conforme  à  la  saine  exégèse  biblique. 

("2)  llpà  Tcù  (TE  7t),aT6v)vai  itpOYvwo'Ttxwç  \Lf\xpbz  iy.  xoiXta;  rjYiâaOvic;  (T'  trojiaire  di' 
la  1'*  ode  du  canon,  à  l'office  de  l'aui'ore  au  l"  mai). 

lù  TrpoxaOYiyiaia;  tèv  \moYr,zr\y  aou,  AliaoTa,  Ttpô  toxîtoîj  (!'''  tropairi^  de  la  'A''  ode, 
ibid.). 

(3)  Dans  les  tropaires  du  24  juin  (Nativité  de  saint  .J(\in-Haptiste)  : 
"2*  stichaire  aux  vêpres;  Menées.  Ed.  romaine,  p.  oi:î. 

3'^  stichaire  aux  laudes;  ibid.,  p.  349;  et  de  même,  dans  roffice  du  2 1  sept.  (Con- 
ception de  saint  Jean-Baptiste). 

(4)  Théophylacte  de  Bulgarifi,  l.  c. 

ORir.JJT    CIIUÉTIE-N.  5 


GG  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

naturam  sanda  erat  et  pura  atque  ex  ipso  utero  justificata, 
liaudqiiaquam  subdi  oneri  legis.  » 

Ces  considérations  du  reste  seront  confirmées,  si  nous  exa- 
minons plus  intimement  la  nature  de  la  justification  de  Marie. 
La  doctrine  des  Pères  de  l'Église  grecque  nous  amène  à  faire 
les  conclusions  suivantes  : 

1.  Marie  nous  est  représentée  comme  \di  premièi^e  des  créa- 
tures justifiées,  comme  les  prémices  du  genre  humain  trouvées 
vraiment  dignes  d'être  offertes  à  Dieu  depuis  la  prévarication. 

T-?;c  Tct»  yivo'jq  -rjiJ.wv  xzxpyr;:;  oi  àp-apTiav  7.axay.piQsiV/)ç,  dit  en  effet 
Basile  de  Séleucie,  osuiépaç  £-/p7^Ço[ji.£V  àizapyj^ç  àvapiapr/^-su  y.al 
Traaav  "TLK'qpoÙGr^ç  otxaicauvr^v "  oi  ■?;:  x-xv  -o  GW[j.a  (7Uvap;j,oA070'j;-;.sviv, 
7:pci7V,'îT0  zih.v  ■ïzXq  àv6po)7:ciç  (1). 

«  Quum  generis  nostri  primitiae  per  peccatum  fuissent  con- 
demnatae,  primitias  alias  innoxias  et  quae  justitiam  omnem 
implerent,  necessarias  habebamus,  per  quas  totum  corpus 
capiti  coaptatum  commissumque  hominibus  iterum  redde- 
retur.  » 

2.  Comme  l'indiquent  les  paroles  mêmes  «  prémices  du 
genre  humain  »,  il  s'agit  bien  de  la  nature  limnaine  justifiée, 
c'est-à-dire  lavée  de  la  tache  originelle  qui  contamine  la  nature 
de  l'homme. 

3.  Cette  justification  de  la  nature  humaine,  dont  Marie  est  les 
prémices,  est  due  à  la  vertu  du  Verbe  incarné,  car  par  ses 
forces  la  créature  ne  peut  être  constituée  dans  cet  état.  Saint 
Germain  appelle  Marie  :  'II  -pwr/;  tcu  TrpwTou  Tu-iwiJ.a-oç  xôîv  zpoYÔ- 

vo)v   àvay.A-/;(ji,ç,  •/)  Tipoç  àzâOs'.av  toj   ttîtîovOÔtoç  yavouç   è-âvcooç  (2). 

«  Prima  primi 'lapsus  primorum  parentum  revocatio,  lapsi 
generis  in  rectum  statum  restitutio.  » 

4.  Le  résultat  final  de  cette  justification  est  de  faire  de  Marie 
les  a  prémices  des  fonmes  »,  comme  Jésus-Christ  est  «  les 
prémices  des  hommes  (3)  ». 

5.  Cette  justification  donc  affecte  la  nature  humaine  de 
Marie,  ou  directement  et  radicalement  ou  bien  seulement 
d'une  façon  accidentelle,  c'est-à-dire  comme  celle  des  autres 

(1)  Sermon  sur  la  Mère  de  Dieu. 

(2)  Sermon  pour  la  Nativité  de  Marie.  Combef.  I. 

(3)  OI[Aat  )>ÔYOv  i"/îiv  àvôpwv  (aèv  xaOapôraxov  xi;;  èv  àYVEta  aTrap/î)?  y-YOVÉvai  tov   'Ir- 
aoùv  -yuvaixwv  oivfi'i  Mapiâa.  (Origène.  In  Mattli.,  t.  X.) 


LE    DOGME    DE    l'iM.MACULÉE    CONCEPTION.  67 

justes,  après  avoir  été  un  certain  temps  atteinte  du  vice  originel. 
Le  second  terme  de  cette  alternative  n'est  pas  compatible  avec 
le  langage  des  Pères,  car  Marie  est  appelée  simplement  et  pu- 
rement prémices,  comme  Jésus-Christ  lui-même,  dont  la  na- 
ture n'a  pu  passer  d'un  état  à  l'autre;  et  du  reste  comment 
constituerait-elle  les  prémices  du  genre  humain,  si  elle  ne  se 
distinguait  pas  du  genre  humain,  dont  tous  les  membres  sans 
distinction  sont  sujets  à  la  souillure  d'origine?  Il  faut  donc 
que  sa  nature  soit  justifiée  radicalement,  dès  l'origine  de  son 
existence  même,  c'est-à-dire  que  Marie  soit  justifiée  dès  sa  con- 
ception. 


De  la  nature  humaine  passons  au  monde  angélique. 

Nous  avons  vu  plus  haut  (1)  que  Marie  est  proclamée  par  les 
Pères  plus  sublime  que  les  anges,  plus  élevée  en  dignité  que 
les  ordres  angéliques  les  plus  parfaits ,  et  nous  avons  même 
tiré  cette  conclusion  que,  puisque  les  anges  doivent  leur  si 
grande  pureté  à  l'intégrité  de  leur  nature,  il  faut  que  l'àme  de 
Marie  n'ait  jamais  pu  être  un  seul  instant  atteinte  de  la  faute 
originelle  (2).  Mais  la  doctrine  des  écrivains  ecclésiastiques 
est  plus  expressive  encore;  notons-en  ces  deux  traits  caracté- 
ristiques. 

1.  La  nature  de  Marie,  selon  Isidore  de  Salonique  (3),  est 
supérieure  à  celle  de  l'homme;  elle  est  en  quelque  sorte  une 

nouvelle  créature,  TO/.aivbv  OT^^.izùç)^('q\}.x  -/.y),  h  6-èp  voùç  avOpoj- 

zoç,  ûTTcpçusuTaToç  %oa  ôeoupYtxw-caxoç  av0po)7:oç;  elle  doit  doiic  trou- 
ver sa  place  entre  l'homme  et  l'ange,  étant  créée  d'après  le  type 

de  celui-ci,  xa-:' àv^sAcu:;  o-(]\xiouç)'frf^zXijy.. 

2.  Tout  en  participant  à  la  nature  de  l'ange,  elle  en  diffère 
cependant.  Il  faut  distinguer  deux  choses,  dit  avec  grande  jus- 
tesse Sophrone  l'Ancien,  la  nature  et  la  grâce.  La  nature  angé- 

{\)ROC.  1004,  p.  14  et  15. 

(2)  Un  rapprochement  semblable  se  retrouve  dans  un  sermon  attribué  à  saint 
Grégoire  de  Nazianzo.  'ATrsffxâXvi  ôoùXo;  àawfxaxo;  upô;  uapOÉvov  à(x<^),uvTQv,  à7ie(TTâ),y) 
ôâ[AapT£ai;  IXeiiÔepoî  Tïpôç  tv);  (p6opà;  àvETt  to  jxtov.  (3'"  sermon  pour  l'An- 
nonciation. Inler  opp.  Grég.  Naz.,  t.  II.) 

(3)  Sermon  pour  la  Pi-ésentation  de  Jlarie. 


68  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

lique,  dit-il,  est  plus  élevée  en  dignité  que  celle  de  Marie,  mais 
la  grâce  de  celle-ci  est  plus  grande.  Elle  possède  toute  la  grâce 
propre  aux  anges,  et  plus  encore.  C'est  pourquoi  elle  est  d'au- 
tant plus  élevée  au-dessus  des  anges  que  les  grâces  lui  ont  été 
données  plus  abondamment.  «  Nam  angelorum  quamvis  celsior 
natura  sit,  non  tamen  gratia  major,  quiaetipsi  gratuita  gratia 
ne  corruerent  sunt  salvati.  Credendum  est  ipsam  ampliora 
promeruisse  virtutum  privilégia,  et  percepisse  gratiam  ab  an- 
gelis  etiam  collaudatam.  Hinc  et  Maria  cunctis  tanto  venerabi- 
lior,  quanto  gratiosior  »  (I). 

Mais,  pour  être  si  considérable,  la  grâce  de  Marie  ne  doit-elle 
pas  nécessairement  comprendre  la  justice  originelle? 


Dans  le  cours  de  ce  ti-avail,  plus  d'une  fois  nous  avons  déjà 
relevé  le  langage  des  Pères  attribuant  à  Marie  des  épitliètes  et 
des  expressions  qui  ne  se  retrouvent  appliquées  qu'à  Dieu  ou 
à  son  Fils.  Nous  pourrions  encore  citer  nombre  de  textes  où 
Marie  est  appelée  divine,  amie,  fille,  épouse  de  Dieu,  où  un  la 
déclare  l'image  parfaite  de  la  divinité,  retraçant  les  traits  de  la 
similitude  divine  d'une  manière  plus  complète  qu'Adam  au 
moment  de  sa  création.  Mais  nous  prèli'rons  nous  en  tenir  à 
l'idée  (lui  dominera  t(.>ut  ce  paragraphe,  c^st-à-dire  à  la  consi- 
dération de  sa  nature  proprement  dite,  considération  qui 
entre  plus  directement  dans  les  conclusions  de  notre  thèse, 
puisque,  s'agissant  d'un  péché  qui  souille  notre  nature,  il  est 
clair  que  prouver  l'existence  en  Marie  d'une  nature  incompa- 
tible avec  cette  souillure,  c'est  prouver  l'immunité  même  du 
péché  originel. 

Nous  avons  vu  jusqu'ici  que  la  nature  humaine  de  Marie  est 
au  fond  la  même,  mais  plus  parfaite  que  celle  d'Adam  et  d'Eve 
avant  leur  chute;  qu'en  tout  cas  cette  nature  n'a  aucun  des  ca- 
ractères de  la  nature  déchue.  Elle  a  été  justifiée,  mais  cette  jus- 
tification s'écarte  eSîentiellement  de  la  justification  propre  aux 
saints  et  aux  justes.  La  nature  sanctifiée  de  Marie,  selon  le 
sens  et  avec  les  réserves  faites  au  paragraphe  précédent,  dé- 

(1)  Sur  rAssomptioa  dft  Marie.  Œuvres  de  saint  Jérôme    t.  XI. 


LE    DOGME    DE    l'IMMACULÉE    CONCEPTION.  09 

passe  en  grandeur  et  en  éclat  la  nature  angélique.  Bref,  elle  est 
sui  generis.  Que  sera-t-elle  en  comparaison  de  la  nature  di- 


vnie 


La  conclusion  est  claire  :  la  nature  de  Marie  vient  immédia- 
tement après  celle  de  Dieu,  elle  est  inférieure  à  Dieu  seul. 

'Kizsic-q  lajTYjV  Scuxipav  [v.èv  ©ôou,  où  ypcnvMq  'hi^(ii),-fi  ob^lr^  os,  7:p('<)--qv 
Tôâvxwv  àopix-ii)^  TE  /,izi  cpaxwv  y.ir.ai^.âxwv  ctvai  TCiaT£uo;x£v  (1). 

«  Etenim  hanc  secundcwi  quidem  post  Deum,  et  priiiiain, 
non  tempore  dico,  sed  gloria,  inter  invisibiles  omnes  visibi- 
lesqite  creaturas  credimus  ».  Plus  loin  il  dit  encore  :  «  sed  uni 
Deo  inferior,  omni  autem  creaturae  superior  ». 

Isidore  de  Salonique  (2),  avec  sa  précision  dogmatique  ha- 
bituelle, prévient  toute  objection  :  Aéyo)  oà  a-Kzpub-qxa.  i^.sv   -ml 

zvOpoWoiç  ayzZo^  a(fpaGT:a,,  Bto\jp\'v/.ot.  v.al  -aùir,  Trpoffîîvai  T:'Kî.cys.'/,z-f][J.y.-:y.. 
0c(o  o'  £Ç  ïffYjç  cùo£7uct£,  àXXâ  yz  TTpb:;  [J.àv  iiiJ.xq,  Seov  av  cÏtcoiç"  t-J^v 
■TïâvaYVOV,  XYj  xaô'  ÙTïspSoXr^v  aùi-^ç  àp£r?i,  Tpoç  oè  ©sbv,  toDt'  aùxô 
oTCEp  £ffT!.v,  à'vBpo^xoç  -rj  izapOévoç.  «  Contendo  sane  mente  incom- 
prehensas  et  hominibus  propemodum  ineffabiles  ac  deificas 
ipsi  {Mariae)  dotes  inesse;  absit  tamen  ut  eam  Deo  parem  tan- 
quam  habueris.  Sed  purissimam  illam  DeUm  dixeris  propter 
virtutis  ejus  eminentiam,  si  nobiscum  ipsam  compara\eris; 
sin  vero  eam  cum  Deo  contuleris,  lioc  quod  reipsa  est,  Virgo 
apparuerit,  scilicet  homo.  » 

Après  cela,  supposons  qu'aux  Pères  grecs  réunis  en  conseil 
l'on  eût  posé  cette  question  :  Marie  a-t-elle  été  un  seul  instant 
de  son  existence  entachée  de  la  faute  originelle?  Qui  pourrait 
douter  que  leur  réponse  eût  été  négative? 


2.  La  personnalité  de  Marie  considérée  en  elle-niênie. 

Nous  entrons  dans  un  autre  ordre  d'idées. 

Après  avoir  considéré  Marie  dans  la  synthèse  des  êtres,  il 
convient  de  reporter  son  esprit  uniquement  sur  elle-même 
et  de  voir  comment  les  prérogatives,  qui  forment  l'apanage  de 
sa  sublime  personnalité,  ne  trouvent  leur  raison  suffisante  et 

(1)  Pierre  de  Sicile,  2'  Sermon  contre  les  Manichéens.  Jlai,  Xova  Pabum  Bibl., 
t.  V,  p.  m. 

(2)  L.  c. 


70  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

leur  plein  <''panouissement  que  dans  son  immaculée  conception. 
Commençons  par  connaître  de  plus  près  sa  prédestination. 

1.  La  prédestination  de  Marie,  au  dire  des  Pères  grecs,  con- 
siste dans  la  pvéélection  que  Dieu  en  fit  de  toute  l'étei-nité,  pour 
devenir  la  Mère  de  son  Fils  incarné.  De  fait,  l'on  rencontre  sou- 
vent des  expressions  semblables  à  celles-ci,  tirées  d'une  homélie 
de  saint  Jean  Damascène  :  Xaipiic  r,  T.pcMpi7'^.iTQ  [vtr-'Cip  Ws^D* 
yaipoiq  -^  7:psc7.ÀîAS7;x£vT,  -f,  r,pl  a-.wvwv  [iouAr^  'Ou  ©scj,  vyjç  OsiOTaTCV 
|3Xâc7T-/;  [j.a  (1).  «  Ave  qui\e  prae  destina  ta  es  Dei  mater.  Ave  quae 
consilio  Dei  ante  saeculâ  praeelecta  es,  ut  divinissimum  terrae 
germen  ». 

2.  Cette  préélection  suppose  différents  actes  de  la  part  de  la 
divinité  :  la  prescience  divine,  son  amour  pour  l'objet  pré- 
connu, enfin  le  décret  de  prédestination.  Le  succession  logique 
de  ces  différents  moments  est  admirablement  résumée  dans  les 
paroles  suivantes  du  grand  Docteur  de  Damas  :  'Q  àxa-raX-r^Tr-oiv 
7.01.1  àTroàpTjTwv  Oaujxâtoiv"  aè  TcpcYvoiJ?  b  twv  cawv  Qibç  «Hav  T^YâT:"/]ac 
7.7}.  x';7.-rt(y(xq  Tupctopiae,  xal  è::'  ia'/aTœv  twv  ypôvwv  s'.ç  to  sîvai  Traprj- 
vays,  y.al  0scT6y,:v  [j:r,~époc  7.~jX  TiOr,vbv  tcj  o'.y.sîcj  'j'.cu  y.ai  /.ôyca  àvé- 
G£i;£  (2).  «  0  miracula  mentis  captum  et  sermonem  excedentia! 
Dignitatem  tuain /)rrtecop'nosce?<s  universorum  Deus,  teproinde 
dilexit,  ([\\ecXdin\q\iQ  2waedestinavit  atque  extremis  temporibus 
ad  esse  perdiixit,  ac  Deiparam  matrem  suique  Filii  et  Verbi 
nutritiam  effecit.  » 

3.  Pour  être  l'objet  de  la  singulière  prescience  et  de  l'amour 
divins,  il  fallait  que  la  nature  de  Marie  en  fût  tout  spécialement 
digne.  Cette  dignité  particulière  forme  la  raison  dernière  de  sa 
prédestination,  et  n'est  nulle  autre  que  celle  de  sa  future  ma- 
ternité. Or,  le  contenant  doit  être  en  rapport  avec  le  contenu  ; 
et,  si  le  contenu  est  ici  la  pureté  même,  le  contenant,  la  per- 
sonne de  Marie,  doit  donc  être  d'une  absolue  pureté.  En  vertu 
de  ce  principe,  peut-on  concevoir  en  elle,  ne  fût-ce  qu'un  seul 
instant  la  tache  originelle  qui  ternirait  cette  intégrité  néces- 
saire? 

4.  Aussi  bien  le  décret  de  prédestination  renferme-t-il  deux 
actes  concomitants  que  les  Pères  grecs  çà  et  là  nous  décrivent 


(1)  3"  Sermon  pour  la  Dorinition  de  31aric. 

(2)  I"  Sermon  pour  la  Nativité. 


LE    DOCiME    DE    L'iiMiMACULÉE    CONCEPTION.  71 

minutieusement,  et  qui  sont  de  la  plus  haute  importance  à 
noter  pour  la  conclusion  de  cette  enquête. 

Tout  d'abord,  il  faut  relever  la  sélection  par  laquelle  cette 
sublime  créature  a  été  comme  distraite  de  ses  semblables  et 
choisie  parmi  elles,  comme  l'on  sépare  une  pierre  précieuse  des 
scories  où  elle  est  enfouie.  Cette  idée  nous  est  répétée  sous  les 
formes  les  plus  variées,  telles  les  appellations  suivantes  :  ax7.\j- 
^oq...  Y)  TiavTbç  à-(-(ouq  £;wx,ia[;iv/).  «  Vas  ab  omni  vase  secre- 
ium  (1)  ».  «  Eledum  vas  quod  Deus  sibi  se  posiiii  (2).  » 

Ainsi  choisie,  cette  créature  privilégiée  reçoit  encore  une 
préparation  toute  spéciale  en  harmonie  avec  sa  destination. 
L'acte  du  Créateur  la  distingue,  si  l'on  peut  ainsi  parler,  du 
reste  des  hommes;  il  lui  façonne  du  moins  une  nature  humaine 
exceptionnelle,  tranchant  sur  celle  de  toutes  les  générations 
par  je  ne  sais  quoi  de  spécial  qui  la  met,  vis-à-vis  d'elles,  pres- 
que dans  l'isolement.  Ces  paroles  de  Tarasius  sont  remarqua- 
bles à  cet  égard  :  Ai'  aù-cbv  oè  Tbv  7ïpoarjAr,cp6xa  y.ai  t^ç  iv/^zÙQr^q  coq 
zavayvou  tç/  z.ly.bv2  'lxÙ.  -b  Trpcarjy.cv  a£6s[J.s6a"  b.'^fiy.  ^{h.^  cvto);  ajT-/;,  ù)q 
-bv  p.ovcv  «Yiov  àpprjTt))ç  àKCV.u-^^aaaa"  v.  yàp  h  ©sbç  -w  ASpaà;/  èvîvy.çfv 
7:pot7£-a^£  oà[j.aA',v  xpiETiucua-av  xal  a'.ya  Tpi£':tî^ouaav  T:^''''^q  /.a6xpi(7[j.bv 
Twv  di'J'/wv  ,  T.^q  -q  'îzxpOiyoq  -f]  TrpoopiaOcîaa  à-rzo  'AxiGZMq  y.6a[J,0'j 
xal  £X  TyaGÎôv  ^(zvzM^  7:poe.y.\v/JitX(j(x  zlq  y,aTcr/,-/;x7]piov  «[j.oXuvtov,  v.cà 
-Kpoaivey^^ilGa  elq  vabv  àviov  Tw  riavToy.pàtopi,  obyl  zi\jÂoc  r.od  xaôapà  y,al 
à\J.bh'jvzcq  y.y.Ma-r^'A.t^  xal  zpoaçopà  a[j.oi[;.cç  if^q  à^Opiù^irriq  o'jff£0)ç  (3); 

«  Propter  ipsum  autem  qui  carnem  adsumpsit,  etiam  geni- 
tricis  ut  omnino  immaculatae  effigiem  eo  quo  deeet  cultu  vene- 
ramur.  Ipsa  enim  vere  sancta  quae  eum  qui  unice  sanctus  est 
arcana  ratione  concepit.  Si  enim  Deus  Abraham um  jussit 
afferre  vitulam  triniam  et  capellam  trimam  in  animarum  pur- 
gationem,  quomodo  Virgo  a  creatione  mundi  praedestinata  et 
ex  omnibus  générât ionib us  praeelecta  in  impoUutum  domi- 
cilium  et  omnipotenti  oblata  in  templo  sancto,  non  honore 
digna  et  pura  et  impolluta  exstet,  et  oblatio  immaculata  hu- 
manae  naturae  ?  » 

5.  Arrêtons-nous  un  moment  à  considérer  la  nature  de  Marie 
telle  qu'elle  doit  être  dans  les  archétypes  divins,  selon  la  doc- 

(1)  Saint  Jean  Dam.  2"  Sermon  pour  la  Nativité  de  Marie. 

(2)  Saint  Germain,  Sermon  pour  la  Présentation.  Marucciiis,  ujj.  c. 

(3)  Sermon  pour  la  Présentation  de  la  Mère  de  Dieu. 


72  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

trinr  des  Pères  de  l'Église  grecque.  De  tout  ce  qui  précède  il 
ressort  à  résidence  que  Marie,  étant  dans  sa  prédestination 
choisie  comme  Mère  de  Dieu,  et,  pour  le  devenir,  y  étant 
spécialement  préparée,  doit  posséder  une  nature  digne  des 
complaisances  de  la  sainte  Trinité.  Ce  caractère  d'ex- 
ceptionnelle sainteté  écarte  donc  toute  idée  de  souillure  ou  de 
péché. 

0.  Nous  en  venons  maintenant  à  la  prédestination  dans 
y  ordre  cVc:vêcution.  Quand  intervient  l'acte  du  Créateur,  cette 
nature  ainsi  conçue,  ainsi  constituée  dans  le  décret  de  prédesti- 
nation, reçoit  l'existence.  Mais,  si  elle  est  créée  telle  qu'elle  est 
dans  les  archétypes  divins  et  que  dans  ces  archétypes- elle  est 
absolument  pure  et  sans  tache  pour  les  raisons  développées  plus 
haut,  elle  sera  telle  dès  sa  conception,  qui  est  le  moment  pré- 
cis où  elle  reçoit  l'existence. 

Que  cette  doctrine  soit  bien  celle  des  Pères  grecs,  le  passage 
suivant  emprunté  à  Photius  le  démonti'c  clairement.  En  effet, 
le  fameux  Patriarche,  en  i)arlant  de  la  virginité  de  Marie,  con- 
servée intacte  durant  toute  sa  vie,  ajoute  aussitôt  que  sa  pré- 
élertion,  autre  insigne  privilège,  est  restée  de  la  même  façon 
absolument  indemne.  Or,  la  préélection  embrasse  et  l'éternité 
et  le  temps.  Donc,  peut-(»n  inférer,  Marie  dès  sa  conception 
possédait  sa  sainteté  et  sa  pureté  incomparables.  Et  l'ab- 
sence du  péché  originel  y  est  certes  comprise,  puisque  Photius 
relève  spécialement  son  immuable  horreur  pour  le  mal  et  sa 
constante  inclination  vers  le  bien  pai'fait.  «  "O-ct  zl  [xivcv  tt^v  7:ap- 

Osvuv  à'ypavTOV  ot£-f,p'r;(jsv,  àXXâ  ye  /.al  T-rjv  TrpcaipîJiy  à[j,6Xuv-GV  auvs- 
r(^p-/;c7sv  *  Ôti  ïy.  ^pé<^z\jq  y,oi-r,\'i(X'7()r,  Qsm,  Aabç  ï[)jboyoq  xal  àXâcsu'Oç  t(o 

T7;ç  TtapOîvîaç  ùrspXaiA-pcv  ,  cià  10  r^ç  hpizioLC  àixiXuviov  ,  oià  xb  ■z■f^q 
T.pc7.ipi(JHùq  •/.aOap(.')TaTCV  ,  cià  10  tïjç  <i'J*/^ç  Trpbç  rr;v  à[J.ap-(av  àppuzàç 

7,r.  TcD  y.pz'—ovzç  c(ixz-y--M-zv  (1).  «  Neque  enim  solam  virgini- 
tatem  servavit  intemeratam,  sed  et  praeelectionem  custodivit 
il/aesam,  quoniam  ab  infantia  consecrata  Deo,  lapis  animatus 
et  non  incisus  extitit  régi  gloriae  propter  corpus  illibatum, 
propter  supersplendidam  virginitatem,  propter  innocentiam 
inviolatam,  propter  purissimam  praeelectionem,  propter  ani- 

(1)  Conini.  in  Luc,  I,  30.  Mai,  Scrij)!.  vett.  I,  L\. 


LE    DOGME    DE    l'fMMACULÉE    CONCEPTION.  73 

mam  adversus  peccatum  immutabilem  et  erga  id  quod  optimum 
est  constantissimam.  » 


Nous  avons  déjà  anticipé  sur  les  considérations  suivantes 
qui  regardent  la  conception  et  la  naissance  de  Marie.  Et  d'a- 
bord il  faut  observer  que,  dans  le  langage  des  saints  Pères,  ces 
deux  stades,  que  nous  sommes  habitués  maintenant  à  distin- 
guer avec  tant  de  soin,  sont  très  souvent  confondus;  et  l'un 
est  pris  pour  l'autre,  ou  même  l'un  est  signifié  par  l'autre  (1). 
Néanmoins  il  y  a  dans  la  conception  de  Marie  tout  un  ensemble 
de  circonstances  qui  indiquent  quelque  chose  d'extraordinaire 
en  la  comparant  à  celle  des  autres  mortels. 

Marie  naît  de  parents  stériles,  elle  est  le  fruit  de  leurs  prières 
et  de  leurs  jeûnes,  le  germe  de  la  grâce  plutôt  que  de  la 
nature  (2).  Eux-mêmes  se  font  remarquer  par  une  sainteté 
supérieure  à  celle  des  autres  justes  (3). 

On  parle  de  sa  conception  à  venir,  de  sa  conception  même, 
comme  de  celle  d'une  créature  dans  la  facture  de  laquelle  Dieu 
seul  est  intervenu,  et  elle  est  dépeinte  dans  ce  stade  de  son 
existence,  absolument  comme  dans  sa  prédestination  et  dans 
le  reste  de  sa  vie. 

'Q,  \):(]Tpa  vqq  "Avv/;ç  àotoi[xs,  dit  saint  Jean  Damascène,  iv  fi  -o 

xatà  [xv/.p'ov  è;  ot.'JvriÇ  ■KpOG^TiV.aiç  rfjçrfi-q  y.a\  or,a[xcpço)Osv  k^éybr,  [ipé<fzq 
Tzâvoc'^^to^r  M  ^(ao-r^p  ojpavbv  èv  aùt?)  y.'JosopTjaaaa  £[;.(|iU)(ov,  vr^q  o'jpavwv 
c'jpu)(O)p{aç7:Xa-JT£poV{ï)0au[j.â-ro)v  0aû[;.aTa,y.aÎ7îapa8i^wv  TzapâZoza  (4). 
«  0  praeclarum  Annae  sinum,  in  quo  tacitis  incrément i s 
auctus  ex.ipso  atqueformatus  fuit  foetus  sanctissimus  !  0  uterum 
in  quo  animatum  coelum  coelorum  latitudine  latius  concep- 


(1)  Voyez  par  exemple  Théodote  d'Ancyre,  dans  son  sermon  sur  la  Mère  de 
Dieu.  Galland,  t.  IX  ou  Migne,  l.  c. 

(2)  Tô  Tïj;  yâpixoç  pXâ<îTyi|xa,  expression  de  saint  Jean  Damascène  dans  son  1"  ser- 
mon pour  la  Nativité  de  Marie. 

(3)  ...  Kai  ôv]  Tï)(;  àfrexrjç  ôjaoti'ijlwç  xat  ô[j,o'|iû-/(o;  àfiçôxcpot  i^oi.av.ria(x.'Jtti  oO-^  :^ixov 
Oàxepo;  ôaxépou  itâvxa;  xoù;  y.oct'  èxeîvou  -/.aipoO  h/  xaùxi;),  ôitôdov  oOx  r^v  sîixsïv,  pa&tw; 
OTtepyjxôvTiTav.  ■<  Ibi  sane  virtutem  aequo  concordique  animo  utrique  exercentes, 
aeque  unusac  altéra  omnes  illius  aelalis  homines,  quantum  vix  dicti  potest,  facile 
excesserunt  ■<.  Pierre  d'Argos.  Sermon  pour  la  conception  de  sainte  Anne. 

(4)  Premier  sermon  pour  la  Nativité  de  Marie. 


74  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

tum  fuit  !  0  niirarulorum  miracula,  et  reruin  niirabilium  res 
maxime  mirabiles  !  » 

C'est  pourquoi  enfin  Georges  de  Nicoméclie  n'hésite  pas  à 
dire  que  la  conception  de  Marie  dépasse  les  limites  de  l'intel- 
ligence humaine  (1). 


Il  en  est  de  même  de  la  virginité  perpétuelle  de  Marie.  Dans 
le  langage  des  Pères,  elle  indique  plus  que  ce  qui  est  compris 
ordinairement  par  ce  mot,  plus  même  que  l'insigne  privilège 
d'être  devenue  Mère  en  dehors  des  voies  ordinaires  de  la 
nature.  A  ce  langage,  il  faut  trouver  une  raison  suffisante  et  il 
n'y  en  a  pas  d'autre  que  celle  de  supposer  en  elle  Timmaculée 
conception. 

Celte  proposition,  forcée  au  premier  aspect,  est  appuyée  sur 
l'analyse  du  concept  de  la  virginité  de  Marie,  tel  que  se  le  sont 
formé  les  saints  Pères. 

Remarquons  au  préalable  que  l'idée  de  virginité  impliquant 
(sans  réciprocité  toutefois)  l'idée  de  pureté,  il  ne  faut  pas  les 
séparer  en  étudiant  la  doctrine  patristique. 

1.  Or  bien,  pour  la  décrire,  les  auteurs  ecclésiastiques  s'in- 
p'nient  à  nmltiplier  les  synonymes  et  à  trouver  les  épithètes  les 
plus  expressi\"es,  comme  si  rien  ne  pouvait  donner  une  idée 
exacte  de  la  grande  chasteté  de  Marie. 

2.  C'est  que  cette  pureté  est  telle  qu'il  n'en  a  jamais  existé  de 
semblable.  Ojoà  vàp  r.ûir.o-é  Ttr,  dit  saint  Germain  de  Constanti- 

nople,  YÉycvsv  •?,   -;z^rr,'7Z~xi -oixjTç,  vSKLovfi  oiyj.y.iJ.T.o'j'jX  (2) .   «  Nulla 

sane  cjusmodi  fulgens  pulchritudine  inventa  unquam  est  aut 
invenietur.  » 

3.  Elle  est  même  au-dessus  des  forces  de  la  nature  humaine, 
au  dire  du  moine  Jacques  :  '0  to  ûr.epaukq  t^;  èv  aùx^  xaivoTC[j,oj- 
lj.£v/;ç  èvopwv  y.apTsptaç  [Qtôq]...  (3).  «  Novam  illam  naturaque 
potiorem  aiiimi  virtutem  in  ea  spectans  (Deus)...  » 

4.  Elle  dépasse  la  pw^eté  angélique,  comme  s'exprime  Pierre 

(1)  li^|jisç.ov  Y)   àotôSciyXo;  toO    pacriXe'wç   èpetôofiéwi  TtùXvi,  aCiToû  [làv    tïj    ÛTiÈp  ëvvoiav 
TtposxiiJii^etai  ôcôoco.  Sermon  sur  l'annonce  de  la  Conception  de  Marie. 
(i)  Sermon  pour  la  Présentation. 
(3)  Sermon  pour  la  Présentation. 


LE    DOGME    DE    l'IMMACULÉE    CONCEPTION.  75 

de  Sicile  :  Il  T^oi^iy.'(ici.  IlapOevoc,  y;  'I'U/TiV  /.al  aM[icf.  û-kp  tàç  olpy^iv.^ 
c'jvaij.si;  /.Ey.aOapijivYj  (1).  «  Sanctissima  Virgo,  cujus  anima  et 
caro  plus  quam  coelestes  virtutes  fuerat  purificala.  » 

5.  Cette  pureté  extraordinaire  n'est  pas  le  résultat  d'efforts 
personnels.  Dieu  en  est  l'auteur  ;  il  l'a  voulue  môme  dans  pré- 
destination. Elle  est  le  fruit  de  la  grâce  divine  qui  était  en 
Marie  avant  de  recevoir  la  vie  et  «près  elle  ne  l'a  jamais 
quittée,  dit  saint  Isidore  de  Salonique. 

'0  zupio?  \}.t-7.  aoj,  oç  aot  T^apïjv  z,al  -rpo  -oj  j^tou,  y,y.l  Ysvv/]Oîf'o'"f;,  y.a', 
■rrpô   •'£  TOÛ  àaxa(7[^.oO,   y,al   vca-:'   exstvov    oy),    xai    j;.£t'  ly.sTvov    xpozov 

«  Dominus  tecum  qui  tibi  adfuit  et  ante  vitam,  et  quum  ge- 
nita  es,  et  ante  salutationem  et  cum  illa,  alioque  modo  post 
illam.  » 

6.  La  virginité,  dit  Théophylacte,  comprend  non  seulement 
le  corps,  mais  encore  et  surtout  la  partie  spirituelle  (3).  Mais 
Marie  seule  a  toujours  été  vierge  et  d'esprit  et  d'âme  et  de 

corps...    T-^v   [jivrjv  v.ai  vw  y.jci  '!/uyfj  /.xi  (7w;xa-'.  àîf.-^ipOîVsuoucrav  (4). 

7.  Sa  pureté  résulte  encore  delà  parfaite  harmonie  subsistant 
entre  la  chair  et  son  esprit.  L'esprit  immobilement  fixé  dans 
le  bien,  attirait  la  chair  dans  la  même  direction. 

'H  yàp  o-àp^,  dit  saint  Germain  de  Constantinople,  oux  £[;.TCoo(C£t 

-r,  G'jvâ[;.£i  y,al  svapysia  loXi  TîVS'JiJ.a'ôç  ffcu  '  OTiTrep  OkSU  OTasi  tcvsT  acu  xo 
7:vsD[Aa,  è7:cio-/)  xaôapbv  touto  xal  auAov,  àçOap-ov  xal  àxr^Xicoj-cov,  xal 
Tcu  -VEÛiJ.axo;;  Tou  «Yicu  a'jvoiaTiy.bv  -v£U[xa  /,at  tv;ç  [xov^yîvsu;  OîÔtTj-oi; 
Èy.y.Asy.TOv  (5). 

K  Nihil  enim  caro  virtuti  atque  efficaciae  tuispiritus  obest, 
quippe  tuus  ille  spiritus  ubi  vult  spirat,  quum  mundus  sit  et 
vacans  materia,  incorruptus  et  incontaminatus,  sanctique  spi- 
ritus sodalis,  et  Unigeniti  deitoti  delectus.  » 

8.  Aussi  bien,  la  chair  de  Marie  mérita-t-elle  de  devenir  la 


(1)  Adv.  Manich.  Cette  expn^ssioii  yexaÔapjjLÉvYi  signifie  certes  que  Mario  a  été 
purifiée,  car  Dieu  seul  est  pur  par  lui-niènie  ;  mais  comme  elle  n'assigne  aucune 
limite  de  temps,  on  ne  peut  a  p»7ori  mettre  cette  purilication  après  sa  conception. 

(2)  Sermon  pour  la  Nativité  de  Marie.  Ces  paroles  pourraient  être  ajoutées  aux 
textes  des  saints  Pères  citées  plus  haut  à  propos  de  la  prédestination  de  Marie. 

(3)  Oùx  àpxïï  (Ta)|j.aTa  elvai  àfîav,  àXXà  Seî  xal  irveûfiaTa...  i-Kti  itoXXat  tô  (Twjxa 
àyvai  xat   àjJiôXyvTot  oôaai  xax£<JirtXa)[A£vac  da\  'zr^-i  'l'y/^v.  Comm.  ad  I  Cor.,  vu,  31. 

(4)  Saint  Jean  Damascène,  premier  sermon  pour  la  Dormition  de  Marie, 
(b)  Sermon  pour  la  Dormition  de  Marie. 


76  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

■chair  du  Qlirist.  Si  on  ne  peut  concevoir  celle-ci  le  moins  du 
monde  souillée,  pourquoi  n'en  serait-il  pas  de  même  de  celle 
de  la  Vierge? 

Ncîiv  -/S.'.  'ii'jyrjV  "/.ai  ay.Çi-/J:,q  10  iji'jpajAa  T:poffîiÂr,9(Oi;,  Bsstiy.e,  iv.  œyjç 
[xr^tpaç  à'/pâvTCu  z  Oeb;  A6yoç  y-xx'  aArjôsiav  à'vOpioTcoç  ov^Or,  (1). 

«  Mcntcm  etanimam  carnisqueinassam,  o  Deipara,  eximma- 
culato  tuo  sinu  Deus  Verbum  accipiens  verus  homo  visus  est.  » 

En  résumé,  il  faut  conclure  que  la  virginité  de  Marie  est  un 
fait  exceptionnel,  absolument  inouï.  Mais  en  quoi  consisterait 
cette  exception,  si  le  péché  originel  avait  troublé  la  limpidité 
virginale  de  son  âme? 


Nous  avons  déjà  fait  allusion  au  privilège  de  Vassomplion 
corporelle  de  Marie  en  parlant  des  effets  du  péché  originel.  Ce 
sujet  comporterait  d'amples  développements  à  cause  de  son 
actualité  et  de  l'intérêt  qui  s'y  rattache.  Nous  ne  parlerons 
pas  donc  du  témoignage  de  la  tradition  en  faveur  du  fait,  que 
nous  tenons  pour  indéniable  (2);  mais  seulement  de  ce  qui  peut 
jeter  (juelque  lumière  sur  le  dogme  dont  nous  nous  occupons 
présentement. 

L'assomption  corporelle  de  Marie  suppose  une  question  préa- 
lable :  Marie  a-t-elle  subi  la  mort?  En  consultant  la  tradition, 
il  semble  qu'on  puisse  y  répondre  par  cette  distinction  :  Si,  par 
mort,  l'on  entend  la  disjonction  de  l'àme  et  du  corps  par  voie 
de  dissolution,  non  ;  si,  au  contraire,  l'on  n'y  voit  que  leur 
simple  séparation,  rien  ne  s'y  oppose,  parce  que,  sans  répu- 
gnance aucune,  les  deux  éléments  du  composé  humain,  tout  en 
restant  intacts,  peuvent  à  un  moment  donné  se  réunir.  Que  tel 
soit  bien  le  sentiment  des  Pères  grecs,  on  peut  l'affirmer  d'une 
façon  générale. 

1.  Ils  ne  peuvent  admettre  que  le  corps  de  Marie  puisse  être 
sujet  à  la  corruption.  Tv;v  zâvayvcv  se,  dit  saint  Siméon  de  Salo- 
nifjue,  £'.  xal  [;//jC£vl  Twv  --(vniihiw  ty]V  xoiaûr/jv  à^â.yy.T,Y  (l'orateur 
parle  ici  de  la  corruption  du  corps)  oiasuYsïv  èv^v,  -iOcv  â'v  ~i; 
TOÛTO)  '[S  uTiOTTiK-siv  T(T)  TTCtôci  BoiY)  ciy.ai'wv,  "^ç  Y£vo[j,£V/]i;,  à.'hrfir^q  7:aatv 

(1)  'Oy.Twr5)(04,  t^d.  cit.,  p.  42,  col.  2. 

("2)  Consulter  à  ce  proi)os  le  R.  P.  Renaudin,  De  la  Définition  dogmatique  de 
l'Assomption  de  la  T.  S.  Vierge,  Angers,  1900, 


LK    DOliME    DI-:    l'i.MMACULÉE    CONCEPTION.  77 

àvaTrXatjiç  èzvivO-^as  y.al  'Cmt,  (1).  «  Vei'um  etiamsi  iiulla  e  creatis 
rcbus  liuic  se  necessitali  {corruptionis)  subduceret;  quis  uii- 
quam  concesserit  huic  malo  innocentissimaiii  quoque  illam 
fuisse  obno.viam, qim  exoriente  vera  reformatio  ac  vita  omnibus 
eflloruit...? 

2.  Cette  incorruptibilité  constitue  la  partie  surnaturelle  de  sa 
mort  ;  tandis  que,  par  le  fait  de  son  trépas  en  lui-même,  elle 
est  soumise  aux  lois  générales  de  la  nature. 

C'est  ridée  exprimée  en  ces  termes  par  saint  Côme  Thymno- 

graphe  :  Nt7.r,Tty.à  [j,sv  [3pa6sîa  -i^po)  xaO'  à  -i-qq  '^ùczMq,  àyvq  ©sbv 
y-'j-qaxaoL,  0[J.a)ç  \).i.\).ou\).évr,  oï  tcv  '::oi-r;Tr,v  gou  xal  ultiv  ùizkp  çuaiv,  û-o- 
y.Û7:-£iç  Toïç  TYjç  çjuswç  v6[j.otç'  010  fh'fiGy,o\>GX  (j'jv  TO)  uto),  sy-'-PT/  ^''^''~ 

oiaiwvi^ouaa  (2).  «  Victricia  tropaeade  natura  oxtulisti,  puraDeum 
enixa,  simulque  factorem  et  filium  imitata  tuum  supra  natii- 
ram  naturae  succumbis  legibus.  Idcirco  aeque  ac  filius  mor- 
tua,  excitaris  simul  semper  victura.  » 

3.  Ces  derniers  mots  donnent  un  nouvel  aperçu  sur  la  mort 
de  Marie.  La  Mère  meurt  comme  le  Fils;  comme  celle  du  Fils, 
la  mort  de  la  Mère  est  suivie  d'une  victoire  :  victoire  par  ce  que 
la  mort  ne  peut  achever  son  œuvre  qui  est  de  réduire  le  corps 
en  poussière. 

4.  Et  puisque  sa  mort  est  le  signal  de  Tincorruptibilité  de 
son  être,  il  n  y  a  plus  rien  qui  la  distingue  de  la  nature  angé- 
lique  de  ce  côté.  Elle  possède  l'immortalité  au  même  degré 
que  les  chœurs  célestes. 

Saint  Isidore  de  Salonique  s'exprime  ainsi:...  îozi...  vévîaiv 

[J.5VCV  àci  TO  /,«"'  0£'JTr,v  /.ai  sivai  xal  ôvcf^.a^scOat  y.xxk  y.yX  x^('[t'Koi,  wv 
'j-£pT£pa  /.aôio-TaTai,  y^TOVotsç,  àOcévaioi  [ji.evoua-1  xal  çôopaç  àvwTspoi  (3). 
« ...  ipsidebebatur...  ut  sicipsa  semper  quamviscreataexisteret, 
non  secus  ac  angeli  quibus  ipsa  praecellit,  postquam  seniel  facti 
sunt,  immortales  permanent  et  supra  corruptionem  evecti.  » 

5.  Tel  est  donc,  d'après  les  Pères,  le  caractère  de  la  mort  de 
Marie  :  mort  sans  dissolution  du  corps,  suivie  de  l'assomption 
de  celui-ci.  Pour  trouver  la  raison  suffisante  de  l'assomption 
corporelle  de  Marie,   il  faut  évidemment  tenir  compte  de  sa 

(1)  Sermon  pour  la  Nativité  de  Marie.  Cf.  saint  Germain,  premier  sermon  pour 
la  Présentation. 

(2)  Cité  par  Glycas  dans  sa  lettre  à  Alypius. 

(3)  Luc.  cit. 


78  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

divine  maternité,  parce  que,  comme  dit  saint  Germain,  il  con- 
venait que  celle  qui  donna  la  vie  au  monde  la  reçût  pleine- 
ment en  partage  (1). 

Mais  ce  ne  serait  pas  s'appuyer  suffisamment  sur  la  doctrine 
des  Pères,  que  de  ne  pas  invoquer  un  autre  motif.  D'après  eux, 
en  effet,  l'assumption  corporelle  est  en  relation  directe  avec  le 
péché  originel.  Saint  Isidore  de  Salonique  a  écrit  encore  sur  ce 
sujet  avec  toute  la  clarté  dogmatique  désirable  :  wç  y^p  oùSsvbç 
Ttov  ojy.  £7:aivc'j|j.£vo)v  àvOpoWct^  ososiy.Tai  xsivwvbç,  àXXà  xat  «yy^^^wv 
aYtwTspa  [J.Wq,  v.ai  [j.zvr,'j  è"/p*^v  \i-q  toïç  aX)vOtç  t^ç  xoivwveïv  ouaxXr,- 
pîaç  (2).  «  Sicut  enim  exsors  apparuit  eorum  prorsus  omnium 
quae  in  liominibus  non  censentur  laude  digna,  immo  etiam 
sola  apparuit  ipsa  angelis  sanctior;  ita  oportebat  ut  sola  a 
commun!  reliquorum  omnium  miseria  eximeretur.  » 

Grâce  à  tout  le  contexte  dont  nous  avons  [irécédemment  déjà 
cité  différentes  parties,  Ton  parvient  à  établir  ce  raisonnement. 
Le  péché  est  la  cause  de  toutes  les  misères  humaines,  dont  la 
mort  est  la  principale.  Marie,  non  seulement  n'a  contracté 
aucune  souillure  conunune  aux  autres  hommes,  mais  sa  sain- 
teté est  supérieure  à  celle  des  anges.  Donc  à  fortiori  a-t-elle 
droit  à  leur  immortalité. 

Mais  la  mort  est  l'effet  direct  du  péché  originel.  Donc  son 
absolue  sainteté  est  incompatible  avec  lui.  Donc  son  assomption 
corporelle  est  la  conséquence  de  son  immunité  à  l'égard  de  la 
faute  d'origine. 

D'ailleurs,  en  quoi  consisterait  le  triomplie  obtenu  par  Marie 
à  sa  mort,  dont  nous  parlait  Côme  l'hymnographe,  s'il  ne  s'a- 
gissait pas  de  la  cause  (le  péché  originel)  aussi  bien  que  de 
son  efïet  ■?  Finalement,  comme  couronnement  de  son  assomption 
corporelle,  Marie  est  constituée  Reine  et  Dominatrice  des  anges 
et  des  hommes.  Les  écrits  des  saints  Pères  abondent  en  témoi- 
gnages de  ce  genre.  Or,  comment  serait-il  possible  que  Dieu 
déclarât  souveraine  de  l'univers  une  créature  qui  eût  été, 
même  un  instant,  sous  le  joug  du  démon,  perturbateur  de 
l'ordre  et  de  l'harmonie  par  lui  créés  ? 
[A  suivre). 

D.  Placide  de  Meester,  0.  S.  B. 

(1)  Pi-cniier  sorinoa  pour  la  Dormition  de  Marie.  Conibef.  Auctar..  I. 
(-2)  Loc.  cil. 


SIVAS 

HUIT  SIECLES  D'HISTOIRE 

1021-1820 


Lorsque  j'étais  à  Sivas,  il  y  a  quelques  années,  j'eus  entre  les 
mains  un  manuscrit  qui  me  parut  intéressant.  C éi'AitV Histoire 
du  monastère  de  Sainte-Croix  écrite  par  S.  G.  M*-''  Jean,  qui  y 
résidait  avecle  titre  d'archevêque.  Ce  prélat,  mort  vers  1827,  a 
en  1801  entrepris  ce  travail,  qu'il  a  conduit  jusqu'en  1820. 

A  cause  des  documents  relatifs  surtout  au  xvii"  siècle  et  au 
xviii%  qui  s'y  trouvent  assez  nombreux  et  proviennent  des  ar- 
chives du  monastère,  je  regrette  de  ne  pas  en  avoir  fait  prendre 
une  copie.  Je  ne  croyais  pas  en  avoir  le  temps  et  me  suis  con- 
tenté d'employer  tout  celui  dont  je  pouvais  disposer  à  écrire  à 
la  dictée  la  traduction  que  m'en  faisait  un  de  nos  professeurs. 
J'espère  néanmoins  intéresser  les  lecteurs  de  la  Revue  par  le 
travail  que  j'entreprends  à  l'aide  de  ces  notes. 

Je  n'ai  pas  la  prétention  de  dissiper  tous  les  doutes,  ni  de 
trancher  toutes  les  questions  qui  se  présenteront;  j'aurai  plu- 
sieurs fois  cependant  l'occasion  d'éclaircir  des  points  obscurs, 
de  rectifier  un  certain  nombre  de  dates  et  d^identifications 
locales,  voire  même  de  corriger  quelques  erreurs.  Si  j'ai  pu  le 
faire,  je  le  dois  tant  à  un  séjour  de  dix-huit  ans  dans  le  pays 
dont  je  parle,  qu'au  bienveillant  concours  de  plusieurs  amis.  Ils 
ont  cru,  eux  aussi,  que  huit  siècles  de  l'histoire  d'une  ville  située, 
comme  l'est  Sivas,  tout  à  fait  au  centre  de  l'AnaloIie,  est  un 
morceau  assez  rare  pour  être  publié. 


PREMIERE  PARTIE 

Sènèkorim  s'établit  à  Sébaste.  —  Expédition  do  Basile  II.  —  Le  successeur  de  Sènè- 
kèt"im.  —  Ruine  du  rojaume  d'Ani.  —  Dernières  années  de  Pierre  Kédatartz. 
—  Ruine  de  Sébaste.  —  Les  deux  Kakig.  —  Expéditions  passant  par  Sébaste. 


CHAPITRE  PREMIER 

sÈNÈKÈRiM  s'Établit  a  sébaste. 

1°  Origine  de  Séljaste.  —  'i"  État  de  l'Arménie  à  la  tin  du  x»  siècle.  —  3°  Causes  de 
ri'niigration.  —  4"  Ambassade  du  prince  David.  —  .^"  La  Sainto-Croix  à  Sébaste. 

§  P''.  —  Origine  de  SébasteJ 

On  ne  connaît  pas  le  nom  primitif  de  Sivas  (Sébaste)  ;  car, 
malgré  l'assertion  de  quelques  écrivains,  il  est  certain  qu'elle  ne 
fut  jamais  Cabyra-Diospolis.  Lorsque  Rome,  presque  au  début  de 
l'ère  chrétienne,  réduisit  laCappadoce  en  province  romaine,  un 
camp  militaire  dut  occuper  le  sommet  de  la  colline  isolée  qui 
se  trouve  à  l'ouest  de  la  ville,  et  le  nom  de  Sébaste  qu'elle  reçut 
dans  la  suite  semble  autoriser  la  conjecture  que  le  camp  lui- 
même  fut  désigné  sous  celui  de  Castrum  Sebasteum. 

Sans  doute,  à  proximité  de  cette  colline  et  probablement  à 
l'est  de  la  ville  actuelle ,  sur  la  rive  gauche  du  cours  d'eau  au- 
jourd'hui appelé  Mismil,  devait  exister  une  localité  dont  le  nom 
est  resté  complètement  inconnu.  Deux  choses  le  persuadent  : 
d'abord  l'établissement  d'un  camp  permanent,  —  ce  que  les 
Romains  ne  faisaient  pas  dans  les  lieux  déserts;  —  puis  la 
situation  de  Sivas  au  carrefour  des  routes  d'Erzeroum,  de 
Diarbékir,  de  Malatia,  de  Césarée,  d'Angora,  d'Amasia  et  de 
Niksar. 

Elle  dut  à  cette  position  l'établissement  de  son  camp  et  plus 
tard  la  présence  d'un  gouverneur.  Dès  lors  et  tout  naturellement 
la  localité  prit  de  Timportance  et  se  développa,  une  ville  se 


SI  VAS.  81 

forma  et  du  Castrum  Sebastou  prit  le  nom  de  Sebasteia.  Comme 
le  reste  de  la  Cappadoce,  cette  ville  reçut  la  foi  chrétienne  de 
fort  bonne  heure  :  elle  a  des  évêques  connus  depuis  le  second 
siècle;  au  v^  siècle,  son  siège  est  métropolitain,  il  devient  exar- 
chat au  xiii'"  siècle. 


§  2.  —  État  de  l'Arménie  à  la  fui  du  X''  siècle. 

Pour  comprendre  l'histoire  des  Arméniens  à  cette  époque,  il 
y  a  deux  choses  surtout  qu'il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  :  le  mor- 
cellement de  leur  pays  et  son  état  de  dépendance  vis-à-vis  de 
l'empire  grec. 

Les  auteurs  arméniens  semblent  dissimuler,  et  les  étrangers 
ignorer  qu'au  xi"  siècle,  il  y  avait  longtemps  que  les  pays  chré- 
tiens du  Caucase  étaient  vassaux  de  l'empire.  Les  généraux  et 
les  troupes  qu'il  y  entretenait  n'étaient  fort  probablement  pas 
envoyés  à  titre  purement  gracieux  pour  défendre  ces  minus- 
cules royaumes  contre  leurs  agresseurs.  D'ailleurs,  pour  deviner 
cet  état  de  vassalité,  il  suffit  de  lire  d'une  manière  attentive 
les  historiens  de  l'époque  et  de  noter  au  passage  tous  les  titres 
dont  les  rois  et  les  grands  se  glorifiaient  d'avoir  été  honorés 
par  les  empereurs. 

Dès  le  IX' siècle,  on  trouve  un  roi  d'Arménie,  Achod  le  Grand, 
revêtu  de  la  dignité  de  Curopalate,  titre  qui,  à  la  cour  de  Byzance, 
venait  immédiatement  après  ceux  de  César  et  de  Nobilissime. 
Il  y  eut  aussi  des  Patrices,  des  maîtres  de  la  milice  et  des  Vestes 
ou  Chambellans. 

Je  ne  prétends  pas  toutefois  que  les  rapports  de  ces  vassaux 
avec  l'empire  grec  aient  été  identiques  à  ceux  que  la  féodalité 
avait  éta^blis  en  Europe.  Leur  éloignement  et  la  difficulté  d'aller 
dans  leurs  pays  contraindre  leur  mauvais  vouloir,  devaient  sou- 
vent leur  permettre  d'affecter  des  airs  d'indépendance.  Il  n'en 
est  pas  moins  vrai  que  l'attraction,  le  prestige,  la  fascination 
que  la  dignité  impériale  exerçait  sur  eux,  était  grande.  A  leurs 
yeux,  elle  miroitait  de  toutes  les  splendeurs  du  passé  et  de  l'éclat 
de  l'autorité  suprême  rendue  sacrée  par  un  caractère  religieux. 

Depuis,  les  haines  accumulées  en  ont  fait  disparaître  le  sou- 
venir; mais,  au  xi^  siècle,  il  n'en  était  pas  encore  ainsi,  nous  le 

OKUÎNT   CHRÉTIEN.  6 


82  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

verrons  bien  dans  Thomas  Ardzrouni.  Déjà  Matthieu  d'Édesse, 
dans  sa  chronique,  tout  en  traitant  les  Grecs  de  «  nation  cruelle 
et  perfide  »  et  de  «  race  perverse  d'hérétiques  ■>  (n°'  65,  67),  parle 
couramment  du  saint  empereur  Basile...  enterré  à  côté  des  saints 
monarques  ses  prédécesseurs  {n°  38).  Si  Samuel  d'Ani  est  moins 
lyrique,  on  remarque  facilement  néanmoins  la  place  prépondé- 
rante que,  dans  sa  chronique,  il  donne  à  l'empire. 

Quant  au  morcellement  du  pays,  c'est  un  fait  constant  :  à 
partir  du  ix"  siècle,  la  nation  arménienne  s'était  à  peu  près  com- 
plètement désagrégée.  Les  grands  vassaux  briguaient  les  pré- 
rogatives royales  et  souvent,  pour  les  obtenir,  ils  avaient  recours 
à  l'infidèle  et  par  le  fait  se  mettaient  sous  sa  dépendance.  Cette 
conduite  était  imitée  par  les  fils  des  souverains  eux-mêmes  qui, 
au  lieu  de  s'entr'aider  fraternellement  dans  l'intérêt  commun  de 
la  patrie  et  de  la  dynastie,  ne  songeaient  qu'à  ceindre  des  cou- 
ronnes et  à  partager  les  États  de  leurs  pères. 


%3.  —  Causes  de  V émigration. 

Je  ne  discuterai  pas  ici  l'assertion  de  ceux  qui  prétendent 
que  le  pays  de  Sivas  est  occupé  par  les  Arméniens,  depuis  les 
temps  antérieurs  à  Sémiramis.  Au  reste,  je  ne  prétends  pas 
qu'avant  le  xi''  siècle  il  n'y  avait  pas  des  émigrés  arméniens,  en 
plus  ou  moins  grand  nombre,  dans  les  villes  du  Pont  et  de  la 
Cappadoce.  Ce  que  j'affirme  avec  Fliistoire  et  le  manuscrit  de 
l'archevêque  Jean,  c'est  qu'à  cette  époque  il  y  eut  une  grande 
immigration  arménienne  dans  le  territoire  de  Sébaste  où  l'em- 
pereur Basile  le  Macédonien,  qui  se  prétendait  Arsacide  d'ori- 
gine, leur  constitua  sous  sa  suzeraineté  un  petit  royaume  qui 
subsista  cinquante  ans  ou  un  peu  plus. 

Cet  établissement  fut  dû  à  la  terreur  inspirée  par  les  premières 
incursions  des  Seldjoucides  dans  le  royaume  arménien  du  Vas- 
pouragan.  Samuel  d'Ani  parle  de  vingt-deux  ans  de  luttes,  après 
lesquelles,  au  dire  de  Thomas  Ardzrouni,  Jean  Sènèkèrim,  der- 
nier roi  de  ce  pays,  se  rappelant  cette  parole  divine  :  «  Si  l'on 
vous  chasse  d'une  ville,  fuyez  dans  une  autre  »,  se  résigna  à  ce 
parti  extrême. 

Matthieu  d'Édesse,  lui,  met  en  avant  une  prophétie  de  saint 


sivAs.  83 

Nersès,  catholicos  d'Arménie  (370-404),  prophétie  qui  n'eut  sans 
doute  pas  plus  d'influence  que  le  conseil  évangélique  sur  la 
détermination  royale.  Aussi  je  n'y  ferais  même  pas  allusion,  si 
cela  ne  me  paraissait  dépeindre  au  vif  la  mentalité  de  nombreux 
auteurs  arméniens,  bien  moins  préoccupés  de  raconter  les  faits 
que  d'arranger  et  d'expliquer  tout  ce  qui,  dans  la  conduite  de 
leurs  héros,  peut  paraîtremoins  glorieux.  Ici  l'explication  choisie 
est  l'accomplissement  des  oracles. 

L'auteur  s'exprime  ainsi  (n°  38)  :  «  La  description  de  l'équi- 
pement des  infidèles  affligea  tellement  le  roi  Jean  Sènèkèrim, 
qu'il  cessa  de  prendre  de  la  nourriture  et  s'abandonna  tout 
pensif  à  la  plus  profonde  tristesse.  Il  passait  les  nuits  entières 
sans  sommeil,  occupé  sans  cesse  à  l'examen  des  temps  et  des 
paroles  des  Voyants,  oracles  de  Dieu,  ainsi  que  des  saints  doc- 
teurs. Il  trouva  consigné  dans  les  livres  l'époque  marquée  pour 
l'irruption  des  Turks  (Seldjoucides)  et  sut  que  la  destruction  et 
la  fin  du  monde  étaient  imminentes  (?).  » 

Les  paroles  qui  suivent  et  sont  mises  dans  la  bouche  du  saint 
patriarche  du  iv'  siècle,  renferment  une  violente  diatribe  contre 
le  clergé  arménien.  Ce  n'est  peut-être  qu'une  imitation  des 
prophéties  de  l'Ancien  Testament;  mais  ce  pourrait  tout  aussi 
bien  être  une  attaque  de  Matthieu  d'Édesse  contre  les  catholicos 
de  son  temps  qui  étaient  catholiques,  et  contre  Pierre  Kèdatartz, 
sous  qui  la  prophétie  est  censée  avoir  commencé  à  s'accomplir. 
'Voici  le  texte  :  «  En  ce  temps-là  ils  s'enfuiront  de  l'Orient  à 
l'Occident,  du  Nord  au  Midi,  et  ils  ne  trouveront  pas  de  repos 
sur  la  terre  ;  car  les  plaines  et  les  montagnes  seront  inondées 
de  sang  ».  Suit  un  texte  d'Isaïe  relatif  au  peuple  d'Israël  et  aux 
Assyriens,  puis  l'auteur  continue  :  «  Le  catholicos  et  les  évê- 
ques,  les  prêtres  et  les  religieux  préféreront  l'argent  à  Dieu.  0 
mes  chers  enfants,  désormais  la  volonté  de  Satan  sera  accomplie 
parmi  les  fils  des  hommes  plutôt  que  celle  de  Dieu  par  ceux-là 
mêmes  qui  embrassent  le  service  des  autels.  Aussi  le  Seigneur 
fera  éclater  sa  colère  contre  ses  créatures,  mais  surtout  contre 
ceux  qui  l'offrent  en  sacrifice  ;  car  le  corps  et  le  sang  de  Jésus- 
Christ,  consacrés  à  la  messe  par  des  ministres  indignes,  seront 
distribués  à  des  chrétiens  indignes  et  Jésus-Christ  sera  blessé 
bien  plus  cruellement  par  ces  prêtres  sacrilèges  que  lorsqu'il 
fut  torturé  et  sacrifié  par  les  Juifs.  Satan  a  été  délivré  de  ses 


84  REVLE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

liens  au  bout  de  mille  ans  depuis  que  le  Christ  l'avait  enchaîné.  » 
—  Cette  date  montre  que  cette  prophétie  ne  saurait  être  de  saint 
Nersès.  —  Elle  continue  :  «  0  mes  enfants,  voilà  ce  que  je 
viens  vous  annoncer,  le  cœur  oppressé,  versant  des  larmes  et 
gémissant  à  la  pensée  qu'un  grand  nombre  de  chrétiens  renon- 
ceront à  leur  foi  et  renieront  avec  ostentation  le  nom  du  Sauveur. 
C'est  à  cause  de  ces  impiétés  que  les  ténèbres  ont  enveloppé  le 
monde.  »  Dix-huit  ans  plus  tard,  quelques  années  avant  la 
destruction  du  royaume  arménien  d'Ani,  le  même  auteur  usera 
du  même  procédé. 

Thomas  Ardzerouni  montre  le  roi  Sènèkèriin  réunissant  les 
principaux  de  son  royaume  et  leur  représentant  qu'il  n'y  a 
plus  pour  eux  de  salut  et  d'espoir  qu'en  Dieu  qui  se  sert  de 
l'empereur  des  Grecs  pour  ministre  de  sa  volonté  protectrice; 
mais  que  toutefois  le  pieux  empereur  Basile,  régnant  dans  la 
ville  impériale  de  Constantinople,  protégée  de  Dieu,  était  dans 
l'impossibilité  de  venir  défendre  leur  pays,  et  qu'enfin  les  prin- 
ces arméniens,  indépendants  chacun  dans  ses  États,  étaient  im- 
puissants à  résister  aux  infidèles.  En  conséquence  il  fut  décidé 
que  la  nation  recourrait  à  l'empereur,  comme  un  fils  à  son 
père. 


%4.  —  Ambassade  du  prince  David. 

Le  roi  Jean  Sènèkèrim  envoya  donc  David,  son  fils  aîné,  avec 
Elisée,  évêque  des  Rechdouniens,  suivis  d'une  escorte  et  de  300 
chevaux  cliargés  de  présents  destinés  à  l'empereur  Basile.  Ce 
souverain,  dit  Thomas  Ardzerouni,  animé  de  l'amour  divin,  se 
laissa  toucher  par  ces  supplications,  -^  il  eût  même  adopté  le 
prince  David  en  pleine  église  de  Sainte-Sophie.  —  Du  fond  de  leur 
pays,  il  appela  auprès  de  lui  les  princes  du  Vaspouragan,  leur 
donna  des  présents,  les  établit  à  sa  cour,  leur  accorda  en  apanage 
des  villes  considérables  en  compensation  de  celles  qu'ils  avaient 
quittées,  et  les  dédommagea  des  forteresses  qu'ils  avaient  aban- 
données par  la  cession  d'autres  forteresses  imprenables,  de 
districts,  de  villageg,  de  campagnes  et  de  saints  monastères. 

Le  manuscrit,  comme  nombre  d'auteurs,  affirme  que  dans 
l'acte  de  donation  du  roi  de  \'aspouragan  se  trouvaient  4.000  vil- 


sivAs.-  85 

lages  considérables  et  productifs,  72  forteresses  et  10  villes,  que 
le  roi  ne  se  sernit  réservé  que  les  iii<»nastères,  —  au  nombre  de 
105  d'après  Samuel  d'Ani,  —  ainsi  que  les  terres  et  les  villages 
qui  en  dépendaient.  Le  même  Samuel  d'Ani  ne  fait  céder  que 
8  villes  au  lieu  de  10;  d'autres  enfin  ramènent  à  1.000  le  nombre 
des  villages. 

Cèdrénus,  historien  grec  contemporain,  dont  la  chronique 
s'arrête  en  1057,  dit  que  Sènèkèrim,  en  échange  de  ses  États, 
reçut  les  villes  de  Séhaste,  Larissa  et  Abara,  ainsi  que  d'autres 
possessions.  Je  ne  trouve  nulle  trace  de  la  ville  d'Abara  :  quant 
à  celle  de  Larissa  en  Cappadoce,  les  Tables  de  Peutinger  la  pla- 
cent à  mi-chemin  sur  la  route  de  Césarée  à  Comane.  Le  Traité  de 
l'administration  de  l'empire  composé  par  Constantin  Porphyro- 
génète  (ch.  50)  en  parle  connne  du  siège  d'un  petit  gouverne- 
ment militaire  dépendant  de  Sébaste. 

Le  manuscrit,  comme  les  histoires  arméniennes,  ne  parle 
que  de  Sébaste  et  des  districts  (thèmes)  qui  en  dépendent.  C'est 
dans  cette  contrée  que  se  relira  Jean-Sènèkèrim  :  Samuel  d'Ani 
ne  l'y  fait  suivre  que  de  sa  famille  et  de  14.000  liommes  sans 
compter  les  femmes  et  les  enfants.  Le  manuscrit  et  l'en- 
semble des  écrivains  sont  bien  plus  larges  :  le  roi  s'y  rend  suivi 
de  ses  fils,  de  ses  neveux,  de  toute  sa  parenté,  d'un  grand  nom- 
bre de  seigneurs,  de  beaucoup  de  moines  et  d'une  population 
de  100.000  âmes.  Les  immigrés  auraient  bâti  à  proximité  de 
l'Euphrate  Agn  (Egin)  et  Arabkir. 


%b.  —  La  sainte  Croix  à  Sébaste. 

Les  immigrés  apportèrent  de  leur  pays  ce  qu'ils  avaient  de 
plus  précieux.  Le  roi  Jean  Sènèkèrim  avait  parmi  ses  trésors  la 
relique  insigne  de  la  sainte  Croix  du  mont  Varag,  qui  a  toujours 
été  très  célèbre  chez  les  Arméniens.  Aujourd'hui  encore  ils  en 
font  la  fête,  chaque  année,  le  3"  dimanche  de  la  cinquantaine 
ecclésiastique  qui  précède  celle  de  l'Avent,  et  leur  ménologe 
donne,  à  la  date  du  26  tV'vrier,  la  légende  qui  s'y  rapporte. 
Voici  les  faits  : 

En  653,  le  catholicos  s'appelait  Nersès  et  le  pays  des  Rech- 
douni  était  administré  par  le  patrice  Vartan.  C'est  alors  qu'un 


86  REVUE    DE    l'orient   CHRETIEN. 

saint  moine  nommé  Tdtig  fut  averti  en  songe  d  aller  cliercher 
sur  le  mont  Varag  une  croix  qui  y  était  cachée  et  qui  avaitappar- 
tenu  à  sainte  Ripsimé  (viei'ge  et  martyre  dont  le  Martyrologe 
Romain  fait  mention  le  29  septembre).  D'après  une  fort  ancienne 
tradition,  c'était  un  fragment  de  la  vraie  Croix  que  la  sainte 
aurait  apporté  de  Rome.  <Jn  ne  voit  pas  comment  cette  opinion  a 
pn  s'accréditer  et  se  maintenir,  puisque  la  sainte  a  été  martyri- 
sée à  la  fin  du  m''  siècle  et  par  conséquent  bien  avant  que  sainte 
Hélène  n'ait  découvert  la  vraie  Croix. 

A  son  réveil,  le  moine  très  intrigué  se  demandait  comment  il 
s'y  prendrait  pour  exécuter  l'ordre  du  ciel,  lorsque  levant  les 
yeux  vers  la  montagne  il  aperçoit  des  rayons  lumineux  qui 
semblent  partir  de  h\  cime  d'une  roche.  Ce  fnit  a  permis  aux  au- 
teurs  arméniens,  souvent  amis  du  merveilleux  comme  les  poè- 
tes, de  comparer  cette  croix  à  relie  qui  apparut  à  Jérusalem  du 
temps  de  l'empereur  Constantin  et  du  patriache  saint  Cyrille. 
Ce  miracle  ayant  eu  lieu  en  351,  il  s'agit  de  Constance,  fils  de 
Constantin  le  Grand. 

Le  moine  Totig  avertit  son  Supérieur  et  Ton  se  rendit  proces- 
sionnellementà  l'endroit  que  le  miracle  avait  indiqué;  la  relique 
y  fut  trou^■ée  et  rapportée  en  grande  pompe  au  monastère.  Plus 
tard,  en  012,  le  roi  Kakig  l'aurait  fait  réparer;  la  phrase  de 
Thomas  Ardzrouni  est  amphibologique,  et  l'on  peut  à  bon  droit 
se  demander  s'il  ne  s'agit  pas  plutôt  du  monastère  que  de  la 
Croix ,  puisqu'il  en  est  question  à  propos  des  constructions  et 
embellissements  que  fit  faire  ce  prince.  Cet  auteur  est  assez  peu 
précis  :  quelque  S(  axante  pages  plus  loin,  il  assure  que  «  le  pieux 
roi  Jean  Sènèkèriin  construisit  des  églises  sur  le  lieu  de  la  dé- 
couverte et,  au  pied  de  la  montagne,  le  beau  et  célèbre  couvent 
métropolitain  (?)  de  Varag.  Il  y  établit  de  fidèles  serviteurs  de 
Dieu,  un  grand  nombre  de  moines  et  de  prêtres,  milice 
céleste.  » 

Ce  fut,  dit  le  manuscrit  de  Sivas,  pour  conserver  cette  relique 
si  vénérée  que  Sènèkèrim  fit  construire  à  proximité  de  Sébaste 
le  monastère  de  Sainte-Croix.  —  Cette  phrase  ne  doit  probable- 
ment pas  être  prise  au  pied  de  la  lettre,  car  ailleurs  on  prétend 
que  ce  même  monastère  existait  dès  les  premières  années  du 
iv"  siècle.  Quoi  qu'il  en  soit,  c'est  aujourd'hui  un  des  plus  fameux 
que  les  Arméniens  possèdent  en  Asie  Mineure. 


sivAs.  87 

Sa  célébrité,  il  la  doit  surtout  au  séjour  qu  y  firent  plusieurs 
calliolicos.  Pierre  Kédatartz  entre  autres  y  demeura  si  long- 
temps et  si  fréquemment  que  plusieurs  auteurs  vont  jusqu'à 
dire  qu'il  y  transféra  le  catholicat  arménien.  Galanus  semble 
partager  cette  opinion  :  quant  au  manuscrit,  il  considère  le  pré- 
lat comme  tellement  identifié  avec  le  monastère  de  Sainte-Croix 
qu'il  donne  presque  toute  sa  biographie  depuis  son  arrivée  à 
Sébaste,  en  1021. 


CHAPITRE  II. 

EXPÉDITION   DE   BASILE  II. 

]"  Dati^  de  re.xpédition  :  — T  raïujiayiic  de  lOJI;  — o»  Évpneinents  de  l'inver; 
1"  iMiraclc  de  Pierre  Kédatatz. 

^  1".  —  A  quelle  claie  eut  lieu  cette  expédition? 

Après  la  conquête  de  la  Bulgarie,  achevée  en  1019,  Basile  le 
Macédonien  intermiupt  jusqu'en  I02I  ses  entreprises  militaires. 
Malgré  son  âge  a^ancé,  il  reprend  alors  les  nrmes  pour  aller, 
à  l'autre  extrémité  du  Pont  Euxin,  châtier  Georges,  roi  dlbérie 
et  d'Abasie,  qui  faisait  de  fréquentes  incursions  sur  les  terres 
de  l'Empire. 

Cédi'énus,  historien  grec  contemporain,  usant  d'un  procédé 
fort  ordinaire  aux  historiens,  raconte  la  guerre  comme  si  elle 
se  fui  terminée  en  une  seule  campagne.  Il  la  place  à  la  13'  indic- 
tion, ce  qui  nuus  reporte  à  IOI.j-1016.  La  chronique  géorgienne 
indique  aussi  cette  date,  admise  également  par  la  traduction  de 
Samuel  d'Ani  publiée  à  Venise  1818,  par  Zohrab  et  Mai.  Il  paraît 
cependant  que  ce  n'est  là  qu'une  concession  faite  par  les 
éditeurs  à  l'autorité  deCédrénus;  car  M.  Ed.  Dalaurier,  dans 
ses  recherches  sur  la  chronologie  arménienne  (p.  28 1,)  cite  le 
texte  de  cet  auteur,  qui  donne  exactement,  comme  le  continua- 
teur de  Thrimns  Ardzrouni,  l'an  470  de  l'ère  arménienne. 

Ramener  les  dates  de  Cédrénus  à  celle  des  auteurs  arméniens, 
n'est  pas  impossible  :  il  ne  s'agit  que  d'un  iota  à  supprimer 
dans  la  date  des  indictions.  Alors  elles  ne  seraient  plus  la  13"  et 
la  14";  mais  la  3'  et  la  4\  qui  correspondent  précisément  à  1021 
et  1022  de  l'ère  chrétienne.  Quant  aux  dates  6.523  et  6521  de 
l'ère  mondiale,  outre  que  l'on  pourrait  supposer  qu'elles  ont  été 
corrigées  après  coup  par  un  copiste  soucieux  de  les  faire  cadrer 
avec  les  indictions ,  on  peut  encore  remarquer  qu'il  n'y  aurait 
qu'un  gamma  à  transformer,  en  élha  et  un  delta,  en  thêla,  — 


sivAs.  »y 

lettres  qui  ont  une  grande  analogie  de  forme  dans  l'écriture 
coui-ante,  —  pour  ramener  ces  dates  de  6528  et  6529,  qui  elles 
aussi  correspondent  aux  années  1021  et  1022"de  l'ère  chrétienne, 
et  par  conséquent  pour  mettre  tout  le  monde  «l'accnrd.  Mais  il  y 
a  plus  et  mieux  que  cela,  Cédrénus  lui-même  donne  ailleurs 
cette  date.  Lebeau  (t.  XIV,  p.  331)  à  propos  de  la  campagne 
d'Arménie,  en  1015,  dont  il  parle  sur  l'autorité  de  Cédrénus, 
commence  ainsi  son  récit  :  «  Vingt-quatre  ans  auparavant,  etc.  ». 
Or  1045  —  24  =  1021,  qui  est  la  date  des  auteurs  arméniens. 

Le  procédé  de  Cédrénus  et  son  erreur  ont  produit  une  assez 
grande  confusion  dans  le  récit  de  cette  expédition  de  l'empereur 
Basile.  Ellesemble  pouvoir  se  résumer  ainsi.  Après  unepremière 
victoire  sur  les  bords  du  lac  Balagatsis,  au  N.  E.  de  Kars,  l'em- 
pereur, le  11  septembre  1022,  en  remporta  une  seconde  qui  fut 
décisive  et  amena  la  conclusion  de  la  paix. 

Le  docte  J.  Saint-Martin  raconte  ces  faits  d'une  manière  bien 
plus  précise.  PYmr  lui  il  y  eut  deux  campagnes  successives  : 
celle  de  1022  (?),  terminée  par  la  victoire  du  Balagatsis,  la 
fuite  du  roi  Georges  et  la  cession  que  le  roi  .Jean  d'Ani  promet 
de  faire  après  sa  mort  de  tous  ses  États  à  l'empire  ;  puis  la  cam- 
pagne de  1023  (?)  terminée  par  la  soumission  définitive  du  roi 
d'Ibérie.  Car,  dit  cet  auteur,  ce  prince  après  sa  fuite  était  rentré 
dans  son  royaume,  y  avait  levé  de  nouvelles  troupes,  et,  profi- 
tant de  quelque  révolte  survenue  en  Asie  Mineure,  avait  porté 
le  ravage  jusqu'aux  portes  de  Trébizonde.  Cette  audace  força 
l'empereur  à  revenir  sur  ses  pas;  il  remporta  la  victoire,  con- 
traignit le  roi  Georges  à  reconnaître  sa  suzeraineté  et  rentra  à 
Constantinople. 

Sauf  les  dates,  trop  fortes  d'un  an,  ce  récit  doit  être  beaucoup 
plus  conforme  à  la  vérité  que  le  précédent.  En  effet  Brosset 
(dans  Lebeau,  t.  XIV,  p.  222),  parlant  de  la  révolte  des  deux 
Nicéphore,  en  Cappadoce,  en  indique  ainsi  la  date  :  «  Cela  se 
passait  au  printemps  de  l'année  1022,  après  la  défaite  de- 
George  ».  Cequi  ne  l'empêche  pas —moins  d'une  pageplusloin, 
—  de  respecter  le  texte  de  Lebeau  qui  ne  fait  entrer  l'empereur 
en  campagne  qu'APRÈs  s'eYre  asseye  n'avoir  plus  rien  à  craindre 
du  côté  de  la  Cappadoce.  Ce  qui  se  concilie  fort  bien  dans  l'hy- 
pothèse d'une  double  campagne. 

Le  manuscrit  de  Sivas  est  évidemment  de  date  trop  récente 


90  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

pour  faire  autorité  dans  la  question.  Son  récit  est  conforme  à 
Fopinion  de  la  double  campagne;  car  c'est  sous  la  date  unique 
de  470  qu'il  place  l'immigration  à  Sébaste  de  la  famille  royale 
et  d'une  partie  de  la  population  du  Vaspouragan,  la  fondation 
du  Monastère  de  Sainte-Croix  et  l'ambassade  du  catholicos 
Pierre  auprès  de  l'empereur  Basile.  Il  ne  faut  pas  perdre  de 
vue  que  l'année  470  de  l'ère  arménienne  commence  le  16  mars 
1021  et  finit  le  15  mars  1022. 


%  2.  —  La  campagne  de  1021. 

L'ambassade  de  David,  fils  aîné  du  roi  de  Vaspouragan, 
partit  de  Van  tout  au  moins  dès  le  printemps  1021.  Avec  ses 
300 .chevaux  chargés  de  présents  et  sa  suite,  elle  dut  prendre  la 
voie  de  terre  et  mettre  six  semaines  environ  pour  arriver  à  CoUvS- 
tantinople.  La  réponse  favorable  de  l'empereur,  expédiée  par 
exprès,  put  arriver  au  roi  avant  le  commencement  de  juillet  et 
dès  la  fin  des  récoltes  commença  l'exode  de  la  population.  Elle 
eut  le  temps  de  s'établir  dans  le  pays  de  Sébaste  avant  l'hiver, 
qui  d'ordinaire  y  commence  assez  tard. 

Cela  avait  tourné  l'attention  du  monarque  guerrier  qu'était 
Basile  le  Macédonien,  vers  les  parties  orientales  de  son  empire. 
Depuis  longtemps  déjà  la  domination  grecque  s'étendait  sur 
toute  l'étendue  des  provinces  actuelles  de  Trébizonde  et  d'Erze- 
roum,  et  ses  frontières,  sur  le  haut  Araxe  devaient  approximati- 
vement correspondre  à  celles  qui  séparent  aujourd'liui  l'empire 
Ottoman  de  la  Russie.  Le  but  de  l'empereur  n'était  pas  seule- 
ment de  châtier  le  roi  des  Ibères  et  des  Abazes;  mais  surtout  de 
s'assurer  la  possession  du  royaume  d'Ani.  Le  texte  par  lequel 
Cédrénus  commence  son  récit  l'annonce  assez  clairement,  le 
voici  :  «  '0  xaTà  -to'ù  'Avîcj  àp'/ïiv  £Àâtji,6av£  TcôXsfxoç.  La  guerre  sur- 
vint à  propos  du  royaume  d'Ani  ». 

L'histoire  ne  dit  rien  des  motifs  qui  déterminèrent  l'empereur 
à  exclure  de  cette  expédition  Nicéphore  Phocas  et  surtout  Nicé- 
phore  Xiphias  qui  s'était  illustré  dans  les  guerres  contre  les 
Bulgares.  Ces  deux  officiers  mécontents  se  retirèrent  ensemble 
en  Cappadoce,  y  levèrent  des  troupes  et  finalement  se  révol- 
tèrent. 


SI  VAS.  91 

Quant  à  l'empereur  qui  avait  peut-être  fait  une  partie  du 
.voyage  par  mer,  il  avait  rejoint  sur  la  frontière  les  troupes  qu'il 
avait  dii  y  convoquer  des  thèmes  les  plus  proches.  Ge  fut  par 
Kars  qu'il  en^"ahit  le  pays  de  \'anant  où  se  fit  la  première  cam- 
pagne termin(''e  par  la  victoire  du  lac  Balagatsis. 

C'avait  été  une  campagne  d'aulomnc  et  l'armée  devait  se  dis- 
poser à  prendre  ses  quartiers  d'hiver,  lorsque  l'empereur  apprit 
les  mouvements  des  deux  Nicéphore  en  Cappadoce.  Celte  nou- 
velle et  les  appréhensions  qu'elle  fit  naître  décidèrent  l'empereur 
à  venir  prendre  ses  cantonnements  en  Chaldée  et  probahlement 
dans  la  chaude  et  fertile  (cf.  V.  Cuinet,  La  Turquie  d'Asie,  1. 1, 
p.  142,)  vallée  du  Tchuruk  Sou.  De  cette  position,  tout  en 
se  ménageant  au  besoin  une  retraite  sur  les  villes  du  littoral, 
il  continuait  à  menacer  l'ibérie  et  l'Arménie  au  N.-E.  et  au  S.- 
0.  la  Cappadoce  et  Sébaste,  où  le  nouveau  roi  à  peine  installé  se 
trouvait  pour  ainsi  dire  aux  prises  avec  les  deux  mécontents  qui 
organisaient  leur  révolte. 

D'après  les  auteurs  arméniens,  Phocas,  qu'ils  surnomment 
Dzraviz  (peut-èti'e  «  au  cou  tordu  »)  aurait  d'abord  été  soutenu 
par  Sènèkèrim  ;  mais  finalement  ce  roi  ennuyé  de  cette  guerre 
inutile,  le  fit  tuer  par  trahison  et  porter  sa  tête  à  l'empereur.  Les 
historiens  grecs  n'imputent  pas  cet  assassinat  à  Sènèkèrim,  et 
racontent  que  pour  se  tirer  d'embarras  Basile  eut  recours  à  la 
ruse.  Ils  disent  qu'il  eût  écrit  séparément  aux  deux  capitaines, 
promettant  à  chacun  d'eux  sa  clémence,  s'il  parvenait  à  le  dé- 
barrasser de  l'autre.  Selon  la  recommandation  impériale,  ces 
lettres  leur  furent  remises  à  l'insu  l'un  de  l'autre.  Phocas 
communiqua  la  sienne  à  son  complice,  mais  ce  dernier  qui  se 
repentait  déjà  de  s'être  lancé  dans  cette  révolte,  le  fit  assassiner 
dans  un  lieu  écarté  où  il  lui  avait  donné  rendez-vons. 

De  ces  deux  versions  quelle  est  la  vraie?  Il  sera  probable- 
ment à  jamais  impossible  de  le  savoir.  En  tous  les  cas  ces 
événements  du  printemps  1022  avaient  un  instant  alarmé  l'em- 
pereur, qui  craignait  avec  raison  qu'agissant  de  concer  tavec  les 
ennemis,  les  révoltés  ne  le  prisent  à  revers. 

^3.  —  Événements  de  l'hiver. 
Après  son  élection  en  1019,  le  catholicos  Pierre  Kédatartz 


02  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

avait  résidé  à  Ani,  capitale  des  Bagratides;  mais  dès  qu'il  eut 
appris  que  Jean  Sènèkèrim,  roi  du  Vaspouragan,  s'établissait  à 
Sébaste,  il  se  rendit  auprès  de  lui.  Toutefois  ce  premier  séjour 
y  aurait  été  de  fort  courte  durée,  comme  nous  allons  le 
voir. 

Le  roi  d'Ani,  et  non  sans  raison,  redoutait  que  la  campagne 
de  1022  ne  fût  tout  spécialement  dirigée  contre  lui.  Il  se  résolut 
donc  à  tout  tenter  pour  apaiser  l'empereur,  et  se  décida  en  con- 
séquence à  lui  envoyer  une  ambassade  et  à  lui  faire  les  plus 
belles  promesses,  espérant  peut-être  que  les  circonstances  ulté- 
rieures les  rendraient  illusoires.  Ce  qu'il  lui  fait  dire  par  ses 
ambassadeurs,  il  le  confirme  par  un  document  écrit  où  il  met 
son  royaume  aux  pieds  du  monarque,  protestant  qu'il  ne  veut  le 
tenir  que  de  ses  mains.  Il  ne  lui  en  demande  que  l'usufruit  jus- 
qu'à sa  mort;  après  quoi  Ani,  sa  capitale,  et  tout  le  reste  de  ses 
États  feront  partie  intégrante  de  l'empire.  Tchamitch  cite  un 
auteur  arménien  anonyme  d'après  lequel  l'empereur  Basile  eût 
exigé  cette  cession,  ajoutant  que  le  roi  Jean  alors  malade  n'au- 
rait pu  s'y  refuser. 

Il  faut  remarquer  que  ce  prince  était  brouillé  avec  son  frère 
Achod  qui  l'avait  contraint  à  lui  céder  une  partie  de  ses  États 
et  qu'il  n'avait  pas  d'entant.  Il  avait  pourtant  été  marié  deux 
fois  et  sa  set:onde  femme  qu'il  épousa  en  1030  aurait  été,  d'a- 
près Samuel  d'Ani,  la  propre  fille  de  l'empereur  Romain  Ar- 
gyre;  en  réalité  c'était  sa  nièce,  fille  de  son  frère  Basile. 

Cédrénus  raconte  cette  cession  d'une  manière  assez  diffé- 
rente. «  Lorsque,  dit-il  (ii°557),  Georges,  archègc  des  Abases, 
prit  les  armes  contre  les  Grecs,  lovliannèsik,  qui  comman- 
dait au  pays  d'Ani  fut  son  auxiliaire.  Le  roi  Basile,  comme  on 
vient  de  le  dire,  étant  monté  en  Ibérie,  livra  bataille  à  Geor- 
ges, le  mit  en  fuite  et  l'écrasa.  Alors  lovhannèsik,  redoutant 
que  le  roi  pour  se  venger  de  son  alliance  avec  son  adversaire 
ne  lui  porte  un  coup  fatal,  prend  les  clés  de  sa  capitale, 
passe  en  transfuge  auprès  du  roi,  se  livre  lui-même  dans  la 
plénitude  de  sa  liberté  et  lui  remet  les  clés  qu'il  apportait. 
Quant  au  roi  [Basile],  agréant  cet  acte  de  prudence,  il  le  crée 
ad  honores  maître  de  la  milice  et  l'établit  sa  vie  durant  ar- 
chonte d'Ani  et  du  pays  appelé  «  Grande  Arménie  »;  mais  il 
exigea  de  lui  un  acte  constatant  qu'à  sa  mort  tout  son  royaume 


sivAs.  93 

deviendra  possession  de  l'empire  et  fern  partie  du  pays  des 
Grecs.  » 

Cédréniis  fait  donc  faire  par  le  roi  d'Ani  en  personne,  ci- 
que  les  auteurs  arméniens  lui  font  faire  par  ambassade.  C'eût 
été  pour  lui  donner  plus  d'éclat  et  d'importance  que  le  roi  Jean 
d'Ani  voulut  mettre  à  sa  tête  le  catholicos  Pierre,  qui  alors  se 
trouvait  à  Sébaste.  Le  nouveau  roi  de  cette  ville,  qui  lui  aussi 
redoutait  le  courroux  impérial,  ne  manqua  pas  de  faire  de  son 
côté  des  instances  auprès  du  prélat  pour  le  décider  à  accepter 
cette  mission.  Pierre  Kédatartz  l'accepte  et  avec  l'ambassade 
se  rend  auprès  de  l'empereur. 


%  4.  —  Ambassade  du  catholicos. 

Le  manuscrit  de  Sivas  est  seul,  je  crois,  à  le  faire  aller  à 
Constantinople,  aussi  est-il  obligé  de  reculer  la  date  du  mira- 
cle du  6  janvier,  à  l'année  471  de  l'ère  arménienne  et  par 
conséquent  en  1023.  De  plus  il  lui  fait  prendre  sa  route  par  la 
Chaldée  Pontique,  ce  qui,  dans  son  li3^pothèse,  est  presque  un 
non-sens,  Mékhitar  d'Aïrivank,  auteur  du  xiii"  siècle,  le  fait 
aller  à  Trébizonde.  Dans  ses  notes  sur  cet  auteur,  M.  Brosset 
conjecture  qu'il  s'agit  d'une  vieille  Trébizonde  (?)  indiquée  près 
d'Atina,  par  une  carte  annexée  à  la  «  Description  du  Pont  »,  par 
le  P.  Minas  Pjecld^ian.  Ce  document  ne  suffit  pas  à  fonder  une 
pareille  conjecture;  car  Mékhitar  prétendait  bien  parler  de  la 
capitale  des  Comnênes.  Il  est  plus  probable  que  son  assertion, 
comme  celle  du  manuscrit  de  Sivas,  étaient,  pour  leurs  auteurs, 
synonymes  de  «  en  présence  de  l'empereur  »  que  l'un  croyait  à 
Constantinople  et  l'autre  à  Trébizonde. 

Où  était  l'empereur  durant  l'hiver  1021-22?  J'ai  déjà  donné 
des  raisons  de  stratégie  qui  ont  dû  lui  faire  choisir  ses  canton- 
nements dans  la  Chaldée  du  Pont.  L'histoire  établit  qu'il  n'é- 
tait pas  dans  le  Lazistan;  car  le  roi  d'Ibérie  l'aurait  rencontré 
lorsqu'il  ravagea  toute  cette  côte  jusqu'à  Trébizonde.  Ceux  qui 
lui  font  prendre  ses  quartiers  d'hiver  «  à  Marmand,  sur  le  Pont- 
Euxin  »  semblent  traduire  un  passage  de  Tchamtchian  (t.  H, 
p.  907,  fin  du  I  3,  édition  de  Venise,  1785)  qui  ne  dit  pas  cela. 

Son    texte    h     tP LuntF uAin^u     u^ohtfioub     II-    hp     'A     uuiLUjnil     /utuiiipjiuu 


94  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

qu'on  peut  transcrire  :  «  I  marmant's  bondos'i  yév  ètch  i 
qavar'n  khaghdia'tz  »  pourrait  se  traduire  :  «  A  Marmand,  ville 
du  Pont,  et  descente  au  pays  des  Chakléens  ».  Mais  ce  Marmand, 
est-ce  bien  une  ville?  Un  arrnénisant  à  qui  j'ai  montré  le  texte 
m'assure  que  ce  ne  doit  pas  être  un  nom  propre;  un  Arménien 
versé  dans  sa  langue  m'affirme  que  ce  mot  qui  signifie  «  en- 
droits fertiles  et  cultivés  »,  n'est  pas  ici  employé  comme  nom  de 
ville.  Il  s'agirait  des  lieux  fertiles  du  Pont. 

C'est  donc  dans  le  thème  de  Chaldée  et  peut-être  à  Baïbourt 
que  l'empereur  passa  l'hiver.  C'est  là  aussi  que  M*"'  Sukias  So- 
mal,  abbé  général  des  Méchitaristes  de  Venise,  affirme  que  le 
catholicos  Pierre  opéra  le  miracle  auquel  il  devrait  son  surnom. 
«  Venue  egli  sopranominato  délia  nazione  Kiedatartz  per  avère 
arrestato  il  corso  del  fiume  Giorok  mentre  benedicevale  nel  di 
solenne  délia  Epifania  ».  (Quadro  délia  storia  letteraria  di  Ar- 
menia,  p.  72.)  Il  fut  surnommé  Kédatartz  par  la  nation  [armé- 
nienne] pour  avoir  arrêté  le  cours  du  Tchuruksou  pendant  qu'il 
le  bénissait  au  jour  solennel  de  l'Epiphanie  (6  janvier  1022). 

■  Voici  le  miracle  tel  qu'on  le  raconte  :  «  Le  catholicos  Pierre 
s'acquit  un  renom  immortel  par  l'éclatant  miracle  qu'il  opéra 
en  présence  de  l'empereur,  de  sa  cour  et  de  tout  le  peuple.  Le 
souverain  lui  ayant  fait  demander  de  vouloir  bien,  le  jour  de 
l'Epiphanie,  bénir  l'eau  du  fleuve  selon  le  rit  arménien,  le  pré- 
lat y  consentit.  Tout  à  coup,  au  milieu  des  prières  et  des  chants 
liturgiques,  au  moment  où  il  traçait  sur  les  eaux  le  signe  de 
notre  Rédemption,  le  fleuve  s'arrêta  et  lorsqu'il  y  versa  le  saint 
chrême,  des  rayons  de  lumière  en  jaillirent  dans  toutes  les  di- 
rections. Ce  miracle  excita  à  tel  point  l'admiration  de  l'empe- 
reur qu'il  ne  renvoya  le  thaumaturge  qu'après  l'avoir  comblé 
d'honneurs  ». 

On  rapporte  ce  miracle  sur  l'autorité  d'Arisdaghès  de  Ladzi- 
vert,  auteur  contemporain,  et  de  Matthieu  d'Édesse,  mort  en 
1144.  Cependant  il  n'y  est  même  pas  fait  allusion  dans  la  tra- 
duction de  Matthieu  d'Édesse  par  Dulaurier,  et  dans  une  note 
(4,  p.  442)  à  Samuel  d'Ani,  M.  Brosset  s'exprime  ainsi  :  «  Mi- 
racle qui  lui  est  attribué,  notamment  dans  certains  manuscrits 
de  Matthieu  d'Édesse  ». 

Le  docteur  Vartau,  dans  sa  géographie,  dit  qu'il  y  a  au  mo- 
nastère de  Varag,  outre  la  sainte  croix  de  Ripsimé,  la  sainte 


sivAs.  95 

croix  Kédatartz.  Il  semble  qu'il  veuille  parler  de  celle  dont  le 
catholicos  se  servit  pour  la  bénédiction  du  fleuve.  Ce  miracle 
pourrait  donc  passer  pour  constant,  s'il  n'était  avéré  que  les 
manuscrits  arméniens  sont  fort  peu  nombreux,  de  dates  relati- 
sement  bien  récentes  et  que  leurs  transcripteurs  ne  se  sont  ja- 
mais fait  aucun  scrupule  de  les  remanier  et  de  les  interpoler 
tout  à  leur  fantaisie. 

Girard,  S.  J. 
{A  suivre.) 


MÉLANGES 


I 

CHRYSIPPE,  PRETRE  DE  JÉRUSALEM 

Parmi  les  premiers  disciples  que  reçut  saint  Euthyme  dans 
sa  laure  nouvellement  fondée,  entre  les  années  425  et  430,  se 
distinguaient  ti'ois  frères,  originaires  de  la  Cappadoce,  mais 
qui  tenaient  toute  leur  éducation  de  la  terre  de  Syrie.  Cosmas, 
l'aîné  des  trois,  après  avoir  exercé  des  charges  importantes 
dans  la  laure  de  Saint-Euthyme  et  dans  l'Église  de  Jérusalem, 
devait  remplacer  Olympios  sur  le  siège  métropolitain  de  Scyllio- 
polis,  en  467,  et  mourir  après  trente  années  d'un  fructueux 
épiscopat  (1).  Gabriel,  le  plus  jeune,  enfant  prédestiné,  se  vit 
un  jour  à  la  tète  du  monastère  et  de  la  basilique  Saint-Etienne, 
construits  par  l'impératrice  Eudocie,  et  mourut  le  front  ceint 
du  nimbe  des  bienheureux  (2). 

Chrysippe,  le  cadet  de  la  famille,  remplit  des  fonctions  plus 
modestes,  bien  que  son  nom  mérite  de  sortir  de  l'obscurité  (3). 
11  fut  d'abord  économe  de  la  laure  Saint-Euthyme  (4),  puis 
ordonné  prêtre  vers  l'année  455  avec  son  frère  Gabriel  (5);  il 
succéda  ensuite,  en  467,  à  son  frère  Cosmas  dans  sa  charge  de 
stavrôphylax,  c'est-à-dire  de  gardien  de  la  sainte  croix,  et  mou- 
rut douze  ans  après,  en  479  par  conséquent  (6). 


(1)  \"da  S.  Eulhi//nii  dans  les  Ecclesiae  graecae  inuauiiienla  de  Cotelier,  t.  IV, 
p.  :JU,  11,  4-2,  liO,  (J7  et '7(5. 

(i)  Op.  cil.,  j).  30,  61,  G7,  72,  73  et  76. 

(3)  Oj>.  cit.,  p.  30  et  Cl. 

(4)  Op.  cit.,  p.  4o. 

(5)  Op.  cit.,  p.  ()7. 

(6)  Op.  cit.,  p.  76. 


CHRYSIPPE,   PRÊTRE   DE  JÉRUSALEM.  97 

A  deux  reprises  différentes,  lors  de  son  ordination  sacerdotale 
et  de  sa  mort  (1),  Cyrille  de  Scytliopolis  dit  que  Chrysippe  laissa 
de  nombreux  écrits,  dignes  de  passer  à  la  postérité.  Aussi 
n'est-on  pas  peu  surpris  de  ne  voir  figurer  son  nom  ni  dans  la 
Patrologie  grecque  de  Migne,  ni  dans  aucun  des  ouvrages 
récents  et  fondamentaux,  qui  traitent  soit  de  la  littérature 
patristique,  soit  de  la  littérature  byzantine.  Les  anciens  toute- 
fois ne  se  sont  pas  montrés  aussi  oublieux  à  l'égard  de  cet 
écrivain.  Photius  rapporte  déjà  dans  sa  Bibliothèque  (2)  qu'il 
avait  lu  un  ouvrage  d'Eustrate,  prêtre  de  Constantinople  au 
vi°  siècle,  dans  lequel  se  trouvait  un  fragment  du  panégyrique 
de  saint  Théodore  par  Chrysippe,  prêtre  de  Jérusalem.  Cette 
citation  d'Eustrate  qu'a  relevée  Photius,  prouve  que  Chrysippe 
de  Jérusalem  vivait  au  plus  tard  au  vi''  siècle.  Comme  nous  ne 
connaissons  aucun  auteur  de  ce  nom  au  vi°  siècle,  comme 
Cyrille  de  Scytliopolis  nous  avertit,  en  outre,  que  le  disciple  de 
saint  Euthyme  laissa  de  nombreux  écrits  et  qu'il  était  prêtre 
de  l'Église  de  Jérusalem,  il  n'y  a  aucune  témérité  à  voir  en 
lui  l'auteur  du  panégyrique  de  saint  Théodore. 

Photius  ajoute  malheureusement  que  le  fragment  de  ce 
panégyrique  contenait  encore  l'histoire  de  l'invention  des  reli- 
ques de  saint  Etienne  par  le  prêtre  Lucien,  et  ce  renseignement 
inexact  demande  que  nous  nous  y  arrêtions  quelques  instants. 

L'ouvrage  d'Eustrate,  qu'avait  lu  Photius  et  qui  expose 
l'état  des  âmes  après  la  mort,  a  été  édité,  au  moins  pour  la 
partie  qui  nous  occupe,  par  Allatius  (3),  et  la  traduction  latine 
de  cette  édition  a  été  reproduite  par  Migne  dans  son  Theolo- 
giae  cursus  completus  (4).  Le  fragment  de  Chrysippe  sur  le 
martyr  saint  Théodore  s'y  trouve  (5)  et  une  simple  lecture 
suffit  à  convaincre  que  le  grand  liseur  qu'était  le  fameux  pa- 

(1)  Op.  cit.',  p.  67  et  76. 

(2)  Migne,  P.  G.,  t.  OUI,  codex  171,  col.  500  seq.  Le  texte  grec  du  panégyrique 
de  saint  Théodore  se  trouve  au  moins  à  la  Bibliothèque  nationale  de  Paris, 
codex  1452,  fol.  139-150,  du  x"  siècle,  voir  Catalogus  codicum  hqgiographicorum 
f/raecorum  des  Pères  BoUandistes  et  de  M.  Omont,  Paris,  1896,  p.  120,  et  à  la 
bibliothèque  du  Saint-Sépulcre,  Papadopoulos-Kcramcus,  'l£poi7oXu[j.tTixri  piSXioOVixyi, 
t.  I,  p.  6. 

(3)  De  ulriusque  eccleslae  uccUlenlalis  atque  orientalis  perpétua  in  dogmale  de 
Purgalorio  consensione,  Rome,  1655,  p.  319-580. 

(1)  Paris,  1841,  in-8°,  t.  XYlIl,  col.  161-514. 
(5)  Op.  cit.,  cap.  xxii,  col.  499  seq. 

:  ORIENT    CHRÉTIEN.  7 


98  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

triarche,  parcourait  parfois  les  livres  d'un  œil  passablement 
distrait.  L'histoire  de  Gamaliel,  que  Photius  rattache  au  pané- 
gyrique de  saint  Théodore  par  Chrysippe,  n'en  fait  aucunement 
partie,  elle  appartient  à  un  autre  ouvrage  qu'Eustrate  cite  à 
l'appui  de  sa  démonstration.  Cette  constatation,  d'ailleurs, 
n'est  pas  nouvelle;  Allatius  (1)  et  Fabricius  (2)  l'avaient  déjà 
faite  avant  nous. 

On  a  encore  de  Chrysippe,  prêtre  de  Jérusalem,  une  homélie 
prêchée  pour  une  fête  de  la  sainte  Vierge,  le  jour  de  l'An- 
nonciation, selon  toute  vraisemblance.  L'homélie  est  publiée 
en  entier,  mais  seulement  dans  sa  traduction  latine  (3)  et  les 
éditeurs  qui  ne  connaissaient  pas  sûrement  notre  moine,  pas 
plus  que  l'attestation  formelle  de  Cyrille  de  Scythopolis,  pres- 
que contemporain  des  événements,  ont  fait  sans  raison  aucune 
de  Chrysippe  un  auteur  du  vi^    siècle. 

Un  troisième  ouvrage  de  Chrysippe,  c'est  son  panégyrique  en 
l'honneur  de  saint  Jean  Baptiste,  que  Combefis  a  édité  (4)  et 
qui  se  trouve  dans  un  grand  nombre  de  manuscrits  de  diverses 
bibliothèques  (5).  Ici  encore,  l'attribution  à  notre  auteur  est 
incontestée.  En  effet,  six  manuscrits  au  moins  du  mont  Athos 
qui  contiennent  cet  ouvrage  l'attribuent  à  «  Chnjsipm,  prêtre 
et  disciple  du  très  divin  Eulhyme  ». 

Fabricius  mentionne  encore  (6)  un  panégyrique  inédit  de 


(1)  Op.  cil.,  col.  462. 

(2)  Bibliotheca  graeca,  Hambourg,  1737,  t.  IX,  p.  432.  Tillemont,  Mémoires  pour 
servir  à  l'histoire  ecclésiastique,  Paris,  t.  XVl,  p.  89,  attribue  également,  mais 
d'une  manière  hypothétique,  au  prêtre  Chrysippe  le  récit  sur  l'invention  des  reli- 
ques'de  saint  Etienne.  Déjà  au  t.  Il,  p.  507,  il  avait  été  choqué  des  contradictions  que 
présentait  le  récit  de  Chrysippe  avec  celui  du  prêtre  Lucien  et  il  avait  conclu  : 
■<  On  pourrait  dire  que  le  nom  de  Chrj'sippe  s'était  glissé  par  erreur  dans  la 
copie  de  Photius  ou  que  Chrysippe,  qui  s'est  rendu  célèbre  par  ses  ouvrages, 
avait  orné  la  relation  que  Lucien  avait  écrite  d'une  manière  simple  ». 

(3)  Mag7ia  Bibliotheca  veterum  Patrum,  Cologne,  I6I8,  t.  VI,  pars  IP,  p.  711  seq. 
Cette  homélie  se  trouverait  en  grec  et  en  latin  dans  VAuclarium  de  Fronton  Le 
Duc,  t.  II,  p.  424  seq.,  que  je  n'ai  pu  consulter. 

(4)  Bibliotheca  concionatoria,  t.  Vil,  p.  803.  Il  n'y  a  que  la  traduction  latine. 

(5)  Sp.  Lambros,  Catalogue  of  the  greek  manuscripls  on  mount  Athos,  Cam- 
bridge, codex  58  de  Stavronikita;  codex  586,  i'ol.  271,  codex  595,  codex  083,  fol.  297 
du  monastère  des  Ibères;  codex  745,  fol.  1  de  Saint-Pantéléïmon  ;  codex  182  de 
Xéropotamos.  Voir  aussi  codex  174,  barocc,  fol.  82,  de  la  bibliothèque  d'Oxford, 
H.  Coxe,  Catalogi  codicum  manuscriptorum  bibliothecae  bodleianae,  Oxford,  1853. 

(6)  Bibliotheca,  graeca,  t.  IX,  p.  57. 


CHRYSIPPE,    PRÊTRE    DE    JÉRUSALEM.  99 

saint  Michel  archange  par  Chrysippe,  prêtre  de  Jérusalem  et 
chartopliylax  de  la  Sainte-Résurrection.  Comme  Chrysippe 
remplissait  précisément  la  charge  de  stavrophylax  à  l'église 
du  Saint-Sépulcre,  on  a  pu  confondre  ce  titre  avec  celui  de 
chartophylax.  Il  y  a  cependant  un  autre  Chrysippe  ou  Ar- 
chippe,  prêtre  de  Chones,  qui  a  rédigé  des  écrits  (1)  on  l'hon- 
neur de  saint  Michel  archange  et  de  son  sanctuaire  de  Chones; 
on  a  très  bien  pu  le  confondre  avec  notre  auteur. 

L'étude  détaillée  des  autres  catalogues  nous  révélerait  sans 
doute  de  nouveaux  écrits  de  Chrysippe.  J'ai  voulu,  dans  cette 
courte  note,  attirer  l'attention  sur  lui,  et  comme  il  a  déjà  trois 
sermons  imprimés  depuis  longtemps,  faire  remarquer  qu'on 
pourrait  lui  réserver  une  petite  place  soit  dans  les  Manuels 
de  patrologie,  soit  dans  les  Histoires  de  la  littérature  byzantine. 
On  y  voit  figurer,  en  effet,  bon  nombre  d'écrivains,  dont  nous 
ne  possédons  presque  aucun  ouvrage  et  sur  la  vie  desquels 
nous  sommes  tout  à  fait  mal  renseignés. 

Constantinople. 

Siméon  Vailhé, 

des  Augustins  de  rAssomption. 


(1)  Fabriciiis,  op.  cit.,  t.  IX,  p.  57,  H.  Coxe,  op.  cit..  codex  baroc.  174,  fol.  200, 
codex  baroc.  180,  fol.  64.  Dans  le  catalogue  de  Coxe,  codex  199  baro.,  col.  245, 
ligure  sous  le  nom  d'Archippe  le  panégyrique  de  saint  .Jean  Baptiste  par  le  prêtre 
Chrysippe. 


II 

LE 

CONGRÈS  INTERNATIONAL  DES  ORIENTALISTES 

(19-26  AVRIL  1905) 


Ce  congrès  vient  de  tenir  sa  quatorzième  session  à  Alger 
sous  la  présidence  de  M.  René  Basset.  Sur  les  huit  cents  sous- 
cripteurs il  s'en  est  trouvé  près  de  trois  cent  cinquante  qui 
se  sont  rendus  à  Alger,  bravant  pour  la  plupart  le  mal  de  mer, 
afin  de  prendre  part  aux  travaux. 

Les  Orientalistes  se  sont  répartis,  de  manière  fort  inégale 
d'ailleurs,  en  sept  sections. 

Section  I.  L'Inde.  Président  :  Sir  Raymond  West;  Secrétaires  :  MM.  de 
la  Vallée  Poussin  et  Schermann. 

Section  II.  Langues  sémitiques.  Président  :  M.  Driver;  Vice-prési- 
dents :  MM.  Ilaupt  et  Merx;  Secrétaires  :  MM.  Burkitt,  Kiigener,  I.  Lévy, 
F.  Nau  et  Thureau  Dangin. 

Section  III.  Langues  musulmanes.  Président  :  M.  de  Goeje;  Asses- 
seurs :  MM.  Montet  et  B.  Brown. 

Section  IV.  Egypte.  Langues  Africaines,  Madagascar.  Président  : 
M.  Wiedemann;  Assesseurs:  MM.  Virey  et  Duchêne  ;  Secrétaire  :  M,  Hé- 
ricy. 

Section  V.  Extrême  Orient.  Président  :  M.  de  Groot;  Vice-Présidents  : 
MM.  W.K.  Mûller  et  E.  Chavannes;  Secrétaires  :  MM.  Murakawa  et  P.  Pel- 
liot. 

Section  VI.  Grèce  et  Orient.  Président  :  M.  Krumbacher;  Assesseurs  : 
MM.  Cumont,  Krestchmer  et  Vasiliev. 

Section  VII.  Archéologie  Africaine  et  art  musulman.  Président  : 
M.  Van  Berchem. 

La  section  la  plus  animée,  nous  pourrions  dire  la  plus  orien- 
tale, était  la  section  des  langues  musulmanes.  La  salle  était 
remplie  par  de  nombreux  Algériens,   Égyptiens  et  Tunisiens 


LE    CONGRÈS    INTERNATIONAL    DES    ORIENTALISTES.  101 

aux  costumes  nationaux,  qui  utilisaient  la,  langue  arabe  pour 
leurs  communications.  Il  ne  fallait  rien  moins  que  la  haute 
autorité  et  la  compétence  bien  reconnue  de  M.  de  Goeje  pour 
éviter  de  tumultueux  conflits.  Une  question  de  grammaire  dé- 
chaîna les  hostilités  :  un  orientaliste  occidental  avança  que  la 
grammaire  du  Koran  était  moins  parfaite  que  celle  d'autres 
auteurs  antéislamiques,  d'où  protestations  des  congressistes 
musulmans  pour  lesquels  le  Koran  ne  peut  renfermer  aucune 
faute.  Nous  ne  voyons  pas  bien  d'ailleurs  comment  on  leur  prou- 
verait le  contraire.  Car  la  grammaire  est  une  science  artificielle 
qui  est  venue  se  greffer  tardivement  sur  les  langages  parlés 
pour  en  cataloguer  les  formes.  Elle  se  borne  donc,  à  l'origine, 
à  faire  des  constatations  et  elle  appelle  exceptions  toutes  ûiutes 
contre  les  règles  générales.  Il  suffit  aux  musulmans  d'appeler 
exceptions  les  fautes  du  Koran  —  si  fautes  il  y  a  —  pour  récon- 
cilier aussitôt  le  Koran  et  la  grammaire  et  nous  ne  voyons  pas 
bien  ce  que  la  science  peut  gagner  à  ces  inutiles  mais  fort  ir- 
ritantes discussions.  M.  de  Goeje  a  su  écarter  aussi  un  sujet 
de  trop  brûlante  actualité.  On  sait  que  l'activité  musulmane,  si 
elle  semble  manquer  totalement  aux  Arabes  et  aux  Kabyles  que 
nous  trouvions  vautrés  sous  toutes  les  portes  et  dans  tous  les 
ruisseaux  des  chemins,  se  manifeste  du  moins  périodiquement 
par  des  massacres  de  chrétiens  et  des  rapts.  Rappelons  pour 
mémoire  les  massacres  du  Liban  et  les  massacres  d'Arménie 
et  de  Syrie  de  ces  dernières  années.  Or  M.  Arakélian,  publiciste 
arménien  à  Tiflis,  voulait  raconter  à  la  section  musulmane 
comment  les  tatares  musulmans  massacrèrent  190  Arméniens 
à  Bakou  les  19,  20  et  21  février  1905.  11  voulait  demander  en- 
suite aux  juristes  musulmans  si  ces  tueries  étaient  conformes 
à  l'esprit  du  Koran  et  les  priait  de  répondre  à  trois  questions 
posées  par  la  presse  du  Caucase  :  1"  Le  Koran  contient-il  des 
idées  altruistes?  2°  Le  Koran  reconnaît-il  les  autres  religions 
ou  seulement  les  tolère-t-il?  3"  Le  Koran  prescrit-il  des  per- 
sécutions contre  les  non-musulmans  ou  interdit-il  le  fanatisme? 
Le  factum  de  M.  Arakélian,  qui  ne  put  être  lu  au  congrès,  fut 
publié  par  la  Dépêche  Algérienne  du  vendredi  28  avril,  et  peu 
après  un  juriste  musulman  répondit  dans  le  même  journal,  que 
les  massacres  des  chrétiens  étaient  contraires  à  l'esprit  du 
Koran  et  devaient  être  imputés  aux  populaces  ignorantes  et  fa- 


102  REVUE   DE   l'orient   CHRÉTIEN. 

natiques.  Il  put  même,  dans  mi  argumentai?  hominem  du  meil- 
leur effet,  reprocher  au  gouvernement  russe  de  ne  pas  contri- 
buer de  manière  suffisante  à  rinstruction  de  ses  sujets  musulmans 
ou  orthodoxes  et  d'être  ainsi  responsables  des  massacres  des 
Arméniens  du  Caucase,  qui  ne  furent  pas  toujours  le  fait  des 
musulmans,  mais  parfois  des  Russes  orthodoxes  eux-mêmes. 
Nous  avons  analysé  un  peu  longuement  cet  incident,  qui  a  me- 
nacé de  transporter  le  congrès  des  régions  sereines  de  la  science 
dans  une  arène  de  lutteurs,  à  cause  de  son  grand  intérêt  pour 
les  chrétiens  de  tout  pays,  aussi  bien  pour  les  chrétiens  de 
France  que  pour  ceux  de  Russie  et  de  Turquie.  M.  Arakélian 
s'est  sans  doute  estimé  heureux  d'apprendre  que  le  Koran, 
comme  la  religion  slave  et  la  Déclaration  des  droits  de  l'homme, 
prescrit  le  respect  et  la  tolérance  envers  les  chrétiens;  mais  il 
aurait  tort,  à  notre  avis,  de  compter  sur  une  déclaration  de  ju- 
ristes pour  museler  les  ambitieux  et  les  forcenés  qui  savent  à 
certains  jours,  pour  servir  leurs  desseins,  exciter  la  meute  hur- 
lante des  ignorants  et  des  irresponsables.  Nous  l'avons  constaté 
en  France  vers  la  fm  du  xviii^  siècle  où  quelques  milliers  de 
bandits,  en  dépit  des  plus  beaux  principes  et  de  la  plus  sonore 
des  déclarations,  ont  couvert  la  France  de  guillotines  pour  y 
faire  monter  bien  souvent,  non  pas  des  ennemis  du  salut  pu- 
blic, mais  des  adversaires  personnels  et  aussi  des  vieillards, 
des  femmes  et  des  enfants.  Aucune  consultation  de  juristes 
n'aurait  pu  mettre  fin  à  cet  état,  il  a  fallu  —  et  on  aurait  dû 
s'en  aviser  plus  tôt  —  appliquer  aux  jacobins  la  guillotine 
qu'ils  avaient  inventée  pour  leurs  adversaires.  En  quelque  jours 
la  France  avait  retrouvé  une  relative  tranquillité.  Nous  con- 
seillons donc  à  M.  Arakélian  de  publier  au  Caucase  la  lettre  du 
juriste  musulman,  mais  de  recommander  en  même  temps  aux 
Arméniens  de  ne  pas  laisser  rouiller  leurs  armes. 

Dans  la  même  section,  M.  Mirante  lut  encore  un  éloquent  dis- 
cours d'actualité  sur  la  presse  arabe.  Il  lui  reprocha  quelque 
mauvaise  foi  à  l'égard  des  étrangers  et  la  convia  à  cesser  son 
opposition  systématique  à  la  France  et  à  l'Angleterre,  pour 
aider  ces  nations  en  Algérie  et  dans  la  vallée  du  Nil  à  remplir 
leur  œuvre  de  civilisation.  Nous  ne  trouvons  pas  non  plus  que 
ce  sujet,  aussi  bien  que  les  précédents,  ait  grand  intérêt  à  être 
traité  dans  un  congrès  d'orientalistes,  car  la  presse  en  tout 


LE    CONGRÈS   INTERNATIONAL    DES    ORIENTALISTES.  103 

pays,  et  en  France  encore  plus  qu'ailleurs,  n'est  très  souvent 
qu'un  instrument  entre  les  mains  de  quelques  financiers  ou  de 
quelques  ambitieux  pour  placer  chez  les  naïfs  leurs  valeurs  ou 
leur  politique.  Nous  ne  pouvons  pas,  sans  hypocrisie,  demander 
aux  Arabes  de  faire  mieux  que  nous  et  il  est  tout  naturel  qu'ils 
souhaitent  pouvoir  jeter  à  la  mer  ces  étrangers  qui  leur  ont  pris 
toutes  les  plaines,  qui  les  ont  rejetés  dans  la  montagne  où  ils 
vont  encore  les  tracasser,  surtout  lorsqu'une  partie  de  ces 
étrangers  est  formée  des  rebuts,  c'est-à-dire  des  interdits  de  sé- 
jour, de  plusieurs  peuples.  —  Les  Arabes  oublient  qu'ils  sont 
eux  aussi  des  envahisseurs,  et  qu'ils  ont  imposé  leurs  mœurs  et 
leur  culte  aux  Kabyles  possesseurs  du  sol.  Ces  Kabyles  eux- 
mêmes,  aux  yeux  bleus,  à  la  barbe  trop  blonde  —  parfois  pres- 
que rouge  —  nous  évoquaient  le  souvenir  des  Vandales  venus 
des  bords  de  la  Vistule  pour  subjuguer  les  Romains,  vainqueurs 
des  Numides.  —  Parmi  tous  ces  conquérants,  les  Français  sont 
sans  conteste  ceux  qui  ont  montré  le  plus  de  justice  envers  les 
vaincus;  les  abus  sont  le  fait  de  certaines  personnalités  qui 
doivent  seules  —  elles  et  leurs  descendants  — ^  en  être  rendues 
responsables. 

Les  autres  sections  ne  virent  se  produire  aucun  passionnant 
sujet  et  purent  entendre,  sans  sortir  de  la  sérénité  indispen- 
sable aux  savants,  la  lecture  d'une  cinquantaine  de  travaux  his- 
toriques, scripturaires,  géographiques,  littéraires,  philosophi- 
ques, etc.  Citons  les  communications  de  M.  Asin  y  Palacios  sur 
la  psychologie  selon  Mohidin  Ibn-el-Arabi,  de  M.  Wessely  sur 
un  papyrus  grec  du  Fayoum,  de  M.  Cumont  sur  la  destruction 
de  Nicopolis  en  499,  de  M.  Vasiliev  sur  Agapius  de  Menbidj, 
de  M.  Krumbacher  sur  les  éléments  orientaux  dans  la  littéra- 
ture byzantine,  de  M.  Cl.  Huart  sur  l'Afrique  de  la  géographie 
mozhaférienne,  de  M.  Kiigener  sur  un  traité  météorologique  et 
cosmographique  syriaque  attribué  à  pseudoDenysl'Aréopagite, 
de  M.  Labourt  sur  Babaï  le  grand,  moine  du  vu'  siècle,  de  M.  P. 
Berger  sur  les  découvertes  faites  en  Tunisie,  etc.,  etc.  Nous  avons 
fait  nous-même  des  communications  sur  les  Clémentines,  sur 
l'histoire  d'un  célèbre  monastère  de  Mésopotamie  et  sur  quel- 
ques traductions  oubliées.  Nous  avons  offert  au  congrès,  à  la 
séance  générale,  et  nous  avons  annoncé  dans  les  sections  grec- 
que, sémitique  et  musulmane,  les  six  premiers  fascicules  de  la 


104  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

Pat7''ologie  orientale,  collection  internationale  fondée,  dès  1897, 
par  M^^  Graffin. 

Au  point  de  vue  matériel  le  congrès  n'a  pas  été  moins  réussi. 
M.  René  Basset,  directeur  de  l'école  des  lettres  d'Alger,  n'avait 
encore  mis  en  relief  que  sa  remarquable  activité  scientifique,  il 
était  réservé  au  présent  congrès  de  nous  le  montrer  comme  un 
organisateur  de  premier  ordre.  11  a  su  réunir  en  effet  huit  cents 
adhésions  et  a  su  grouper  trois  cent  cinquante  orientalistes  de  tout 
pays  dans  un  chef-lieu  de  département  français  séparé  de  la  mère 
patrie  par  de  vingt-six  à  trente-six  heures  de  traversée  souvent 
pénible.  Il  a  reçu  tous  ces  orientalistes  qui  avaient  été  presque 
tous  convoqués  personnellement  par  lui,  il  s'est  intéressé  à  leurs 
travaux,  aux  détails  matériels  de  leur  séjour  à  Alger,  aux  excur- 
sions destinées  à  leur  donner  une  idée  exacte  de  l'Algérie  que 
la  plupart  voyaient  pour  la  première  et  sans  doute  pour  la  der- 
nière fois.  En  un  mot  il  fut  l'âme  toujours  agissante  de  ce  con- 
grès. L'école  dos  lettres  d'Alger  compte  un  certain  nombre  de 
professeurs,  mais  —  est-ce  modestie  de  leur  part? —  ils  s'éclipsè- 
rent ou  du  moins  ne  surent  pas  s'imposer  à  l'attention  des 
congressistes.  Signalons  cependant  M.  Gauthier,  professeur  de 
philosophie  arabe,  qui  sut  se  mêler  aux  nouveaux  venus  et  les 
faire  profiter  de  son  expérience  de  vieil  Algérois.  Bon  nombre 
d'excursions  eurent  lieu  aux  environs  d'Alger,  à  Blida  et  aux 
gorges  de  la  Chiffa,  à  Staouéli  et  Sidi  Ferruch,  à  Cherchell,  en 
Kabylie.  De  plus  deux  voyages  avaient  été  annoncés  dès  l'an  der- 
nier, l'un  à  Oran,  Ain  Sefra  et  le  Figuig,  l'autre  à  Constantine, 
Biskra,  Timgad,  Tunis  et  Carthage  :  le  premier  ne  put  avoir  lieu, 
car  l'autorité  militaire  ne  permit  pas  l'accès  du  Figuig  et  peu  de 
congressistes  furent  attirés  par  Oran  et  Ain  Sefra. 

Le  second,  au  contraire,  réunit  tant  de  souscripteurs  que  l'on 
dut  organiser  trois  départs  les  27,  28,  29  avril  pour  éviter  trop 
d'encombrement  dans  les  hôtels.  Ainsi  les  orientalistes  tinrent 
à  visiter  l'Agérie  et  la  Tunisie,  avant  de  rentrer  dans  leur  pays. 
En  dépit  des  quelques  ennuis  inséparables  de  tout  voyage,  ils 
emportent,  croyons-nous,  bon  souvenir  de  ce  congrès  et  des 
rapports  qu'il  leur  a  permis  de  nouer  entre  eux  en  attendant 
qu'ils  se  réunissent  à  nouveau,  dans  trois  ans,  à  Copenhague. 

F.  Nau. 


BIBLIOGRAPHIE 


A.  AuDOLLENT.  —  Carthage  Romaine  (146  av.  J.-C.  —  698  ap.  J.-C); 
Paris,  1901,  in-8"  (Biblioth.  des  Écoles  française  d'Athènes  et  de  Rome, 
fasc.  84),  p.  xxxu-850. 

Pendant  longtemps  les  efforts  des  archéologues  qui  avaient  fouillé  le  sol 
de  Carthage  s'étaient  portés  exclusivement  sur  la  ville  phénicienne  ;  de  la 
Carthage  de  Gracchus  et  de  César,  l'histoire  ne  connaissait  guère  que  le 
déclin,  et  il  avait  fallu  les  noms  d'un  saint  Cyprien  ou  d'un  saint  Augustin 
pour  attirer  l'attention  sur  cette  ville,  qui  fut  sans  doute  moins  puissante 
que  sa  devancière,  mais  qui,  par  un  retour  curieux  de  fortune,  devint 
une  des  capitales  de  l'empire  romain.  Les  fouilles  entreprises  depuis 
l'expédition  de  Tunisie  ont  montré  d'ailleurs  qu'il  est  plus  facile  aujour- 
d'hui de  reconstituer  la  ville  romaine,  dont  on  retrouve  les  monuments, 
que  la  ville  punique,  réduite  en  cendres  par  les  soldats  de  Scipion  et 
dont  il  ne  reste  plus  que  les  nécropoles.  Mais  si,  grâce  aux  belles  dé- 
couvertes du  P.  Delattre  et  de  M.  Gauckler,  on  commençait  à  connaître  les 
grandes  lignes  de  Carthage  romaine,  il  manquait  une  étude  scientifique 
qui  rassemblât  les  résultats  obtenus  et  montrât  le  rôle  important  joué  par 
la  seconde  Carthage  dans  l'histoire.  C'est  cette  lacune  que  vient  de  combler 
M.  AudoUent  dans  un  livre  qui,  par  l'abondance  de  ses  renseignements,  la 
sûreté  de  sa  méthode,  la  clarté  et  le  charme  de  sa  forme,  fait  grand  hon- 
neur à  l'érudition  française,  et  en  particulier  â  l'École  de  Rome,  qui  a  eu 
l'heureuse  idée  d'annexer  l'Afrique  romaine  au  domaine  de  ses  recherches. 
Un  ouvrage  de  ce  genre  ne  saurait  être  d^nitif,  puisque  des  découvertes 
incessantes  viennent  compléter  les  connaissances  que  l'on  avait  déjà  ;  bien 
que  les  efforts  aient  été  considérables,  le  sol  de  Carthage  n'a  pas  encore 
révélé  tout  son  secret;  mais  le  livre  de  M.  Audollent  nous  donne  le  tableau 
complet  de  tout  ce  qui  a  été  fait  jusqu'à  ce  jour  et  il  deviendra  la  base 
nécessaire  de  tous  les  travaux  qui  pourront  être  tentés  sur  le  même  sujet. 

Le  premier  problème  qui  se  présente  est  celui  de  la  restauration  même 
de  Carthage.  Après  une  critique  rigoureuse  des  témoignages,  M.  Audollent 
conclut  que  Caïus  Gracchus  est  le  véritable  fondateur  de  Carthage  romaine  ; 
sa  colonie  fut  bien  établie  sur  le  sol  même  de  l'ancienne  ville;  les  sixmille 
citoyens  qu'il  y  avait  conduits  y  restèrent  même  après  la  suppression  of- 
ficielle de  la  colonie  et  devinrent  le  noyau  de  la  ville  nouvelle  que  César, 


106  REVUE   DE    l'orient  CHRÉTIEN. 

puis  Auguste  reconstituèrent  définitivement.  Une  première  partie  est  con- 
sacrée à  l'histoire  de  Carthage  depuis  sa  seconde  fondation  jusqu'à  sa  chute 
après  l'invasion  arabe  de  698  ;  ce  n'est  guère  qu'à  partir  du  m"  siècle  que 
cette  histoire  devient  fertile  en  événements;  nous  assistons  aux  efforts  des 
Carthaginois  pour  imposer  des  Césars  au  monde  romain,  puis  à  l'invasion 
des  Vandales,  à  la  restauration  byzantine  et  à  l'effondrement  final. 

Le  deuxième  livre,  qui  est  sans  contredit  une  des  parties  les  plus  impor- 
tantes de  l'ouvrage,  est  une  étude  méthodique  sur  la  topographie  de  Car- 
thage romaine.  Avec  une  réserve  que  n'ont  pas  toujours  connue  ses  de- 
vanciers, M.  Audollent  nous  donne  tous  les  résultats  qui  lui  semblent  acquis, 
et  seulement  ceux-là.  11  n'a  donc  pas  eu  l'ambition  de  nous  rendre  fami- 
lières jusqu'aux  moindres  rues  de  la  Carthage  romaine  (nous  ne  sommes 
ici  ni  à  Pompeï,  ni  à  Timgad),  mais  plutôt  de  fixer  les  points  de  repère 
que  les  fouilles  et  les  témoignages  anciens  peuvent  faire  considérer  comme 
définitivement  établis.  Les  faubourgs  éloignés  et  les  nécropoles,  les  alen- 
tours de  l'enceinte  de  Théodose  II,  la  ville  basse  et  les  ports,  Byrsa  et  la 
ville  haute  sont  successivement  étudiés.  M.  Audollent  restitue  à  Hadrien 
l'aqueduc,  oîi  l'on  avait  vu  longtemps  un  monument  punique  et  qui  a  pu 
être  utilisé  de  nouveau  après  quelques  réparations.  Contrairement  au 
P.Delattre,  M.  Audollent  enlève  à  Byrsa,  pour  les  reporter  dans  la  plaine, 
les  temples  de  Caelestis  et  de  Saturne  :  le  temple  d'Esculape,  le  Capitble 
et  le  palais  proconsulaire  suffisaient  à  couvrir  un  emplacement  oîi  les  ar- 
chéologues avaient  accumulé  un  nombre  véritablement  invraisemblable 
demonumennts.  Enfin  on  lira  avec  un  grand  intérêt  l'exposé  des  recherches 
et  des  hypothèses  relatives  à  l'emplacement  des  ports  ;  le  problème  qui 
paraissait  insoluble,  il  y  a  quelques  années,  est  aujourd'hui  près  d'être 
résolu  grâce  aux  sondages  entrepris  par  des  officiers  de  la  marine  française. 
M.  Audollent  rend  pleine  justice  aux  résultats  obtenus  par  M.  de  Roque- 
feuil  et,  plus  récemment,  par  M.  Hautz  (voir  l'Appendice,  p.  842);  il  paraît 
prouvé  aujourd'hui  que  les  deux  lagunes  dont  les  dimensions  semblent  si 
restreintes  à  tous  ceux  qui  les  ont  vues,  ne  sont  que  les  débris  informes  du 
port  militaire  et  qu'il  faut  chercher  le  port  de  commerce  plus  au  sud. 

Les  livres  suivants  ont  pour  objet  les  institutions  politiques,  la  religion, 
la  civilisation  de  Carthage  romaine .  A  la  place  des  détails  sommaires  et 
épars  que  l'on  avait  sur  toutes  ces  questions,  M.  Audollent  nous  présente 
un  tableau  d'ensemble  qui  est  «ne  véritable  révélation  de  la  place  impor- 
tante que  tient  Carthage  dans  l'histoire  du  monde  romain  et  surtout  de  la 
période  de  transition  entre  l'antiquité  et  le  moyen  âge.  Il  n'est  pas  un  seul 
de  ces  chapitres  qui  ne  renferme  des  aperçus  nouveaux.  Signalons  l'étude 
si  curieuse  sur  le  culte  de  Caelestis,  survivance  du  passé  phénicien  dont 
M.  Audollent  amis  en  lumière  toute  l'importance;  les  chapitres  relatifs  à 
l'histoire  du  christianisme,  aux  premiers  martyrs,  à  saint  Cyprien,  au 
donatisme  ;  l'étude  sur  l'organisation  ecclésiastique  ;  les  détails  relatifs  aux 
beaux-arts  et  enfin  le  livre  consacré  à  la  littérature.  C'est  dans  ce  domaine 
.bien  plus  que  dans  les  autres,  que  M.  Audollent  nous  invite  à  chercher 
l'expression  originale  de  l'esprit  carthaginois.  Sans  vouloir  refaire  après 
tant  d'autres  l'histoire  de  la  littérature  africaine,  l'auteur  s'est  contenté  de 


BIBLIOGRAPHIE.  107 

rechercher  dans  les  auteurs  païens  ou  chrétiens,  Apulée,  Tertullien, 
saint  Augustin  et  jusqu'aux  poètes  de  l'époque  vandale,  les  liens  qui  ratta- 
chent ces  écrivains  à  Carthage  et  les  détails  qu'ils  nous  fournissent  sur  la 
société  carthaginoise.  Il  a  pu  ainsi  terminer  son  livre  par  un  tableau 
très  vivant  des  mœurs  et  de  l'esprit  public  à  Carthage. 

Une  pareille  œuvre  suppose  des  recherches  considérables  et  il  suffira 
pour  s'en  convaincre  de  parcourir  la  collection  de  tous  les  textes  relatifs  à 
Carthage  depuis  l'antiquité  jusqu'au  milieu  du  xix"  siècle,  que  M.  Audollent 
a  ajoutée  à  son  étude  ;  mais  ce  qui  fait  le  mérite  de  ce  livre,  c'est  que  les 
textes  n"en  sont  qu'une  des  sources  et  non  la  plus  considérable;  c'est  sur 
le  terrain  même  et  par  l'étude  directe  des  monuments  que  l'auteur  a  pu 
rassembler  les  éléments  de  ses  conclusions.  Le  résultat  de  ses  efforts  a 
été  de  restituer  à  l'histoire  tout  un  domaine  qui  lui  avait  échappé  jusqu'à 
ce  jour.  Toutes  les  parties  du  monde  romain  et  l'Afrique  elle-même  ont  été 
dans  ces  dernières  années  l'objet  de  sérieuses  études  :  l'histoire  de  Car- 
thage restait  encore  dans  la  pénombre  ;  elle  est  désormais  en  pleine  lumière 
et,  grâce  à  M.  Audollent,  elle  fournira  des  termes  de  comparaison  à  l'étude 
si  complexe  des  transformations  de  la  société  antique.  Du  point  de  vue  car-, 
thaginois,  l'auteur  nous  a  décrit  la  vie  et  les  institutions  de  cette  société 
dans  une  colonie  de  province  devenue  une  des  grandes  villes  de  l'empire  ; 
il  nous  a  montré  la  politique  habile  des  Romains  qui  font  entrer  dans 
leur  panthéon  hospitalier  les  divinités  de  leur  antique  ennemie  :  il  nous  a 
fait  ensuite  le  tableau  de  la  lutte  dramatique  entre  les  principes  de  cette 
société  et  la  révolution  morale  apportée  par  le  christianisme  :  l'histoire  de 
l'église  de  Carthage  est  une  des  pages  importantes  de  l'histoire  de  l'Église  : 
Puis  cette  ville  extraordinaire,  de  civilisation  si  raffinée,  oîi  la  débauche  la 
plus  dissolue  coudoyait  l'austérité  la  plus  rigoureuse,  est  devenue  la  proie 
d'une  bande  de  barbares  :  les  Vandales  se  sont  énervés  au  milieu  de  ces 
délices  et  la  restauration  byzantine  a  gardé  encore  pendant  cent  soixante- 
cinq  ans  Carthage  à  la  chrétienté.  L'histoire  particulière  de  Carthage  fait 
donc  partie  de  l'histoire  universelle  et,  grâce  à  la  monographie  de  M.  Au- 
dollent, elle  reprendra  la  place  qui  lui  est  due  (1).  Quand  les  autres  métro- 
poles du  monde  romain,  Antioche,  Alexandrie,  Constantinople,  seront-elles 
l'objet  d'études  aussi  complètes  et  aussi  précieuses? 

Louis  Bkéhier. 


(1)  Voici  quelques  oliservations  de  détail  qui  n'enlèvent  rien  au  fond  du  livre  dont 
toutes  les  conclusions  peuvent  être  adoptées  sans  restriction.  P.  34,  n.  3  :  le  jugement 
sur  la  valeur  archéologique  de  Salambo  est  peut-être  bien  sévère;  un  certain  nombre 
d'archéologues  ont  été  plus  indulgents  pour  Flaubert  (voy.  Jullian,  Revue  Universitaire 
1900).  —  P.  95.  La  tradition  d'ai)rès  laquelle  Boniface  aurait  appelé  les  Vandales  en  Afri- 
que a  été  fortement  combattue  par  Schmidt  [Geschichle  der  Wandahn,  lOOi,  p.  33);  la  con- 
centration en  Bétique  des  Vandales  que  les  Visigoths  repoussaient  devant  eux  me  paraît 
être  une  meilleure  explication  de  l'Invasion  de  l'Afrique.  —  Enfin  une  dernière  chicane  : 
M.  Audollent  a  été  amené  fréquemment  à  rassembler  des  faits  qui  prouvent  les  relations 
incessantes  de  Carthage  avec  l'Egypte  et  l'Orient;  n'y  aurait-il  pas  eu  lieu  de  coordonner 
tous  ces  détails  afin  de  montrer  dans  quelle  mesure  les  inllueu'.es  orientales  avalent  réagi 
sur  la  culture  romaine  de  Carlliage  ? 


108  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Patrologia  Orientalis.  Tome  I,  fascicule  3.  —  René  Basset,  correspon- 
dant de  rinstitut,  Directeur  de  l'École  supérieure  des  lettres  d'Alger.  Le 
Synaxaire  arabe  jacobite  (rédaction  copte.)  —  I.  Les  mois  de  Tout  et 
de  Babeh,  texte  arabe,  traduction  française  ;  à  la  librairie  Firmin-Didot 
et  C'<',  165  pages,  gr.  in-8"^  (format  de  Migne),  prix  10  francs,  franco 
10  fr.  70  (pour  les  souscripteurs  6  fr.  30,  franco  1  francs.) 

Ce  fascicule  est  le  cinquième  publié  dans  la  Patrologie  Orientale,  les 
deux  premiers  ont  été  annoncés  dans  \e  Journal  Asiatique,  nov.-déc.  1903, 
p.  532-535,  cf.  p.  521  ;  et  dans  la  Revue  de  l'Orient  chrétien,  1903,  p.  642- 
643.  Les  deux  suivants  :  History  of  the  Patriarchs  of  the  coptic  Church  of 
Alexandria  (1),  texte  arabe  publié,  traduit  (en  anglais)  et  annoté  par 
B.  Evetts,  et  les  Apocryphes  coptes,  texte  copte  publié  et  traduit  par 
E.  Revillout,  ont  paru  en  1904  durant  les  grandes  vacances  et  ont  été 
annoncés  par  nous  dans  la  Revue  de  l'Orient  chrétien,  1904,  n"®  2  et  4. 

Le  Synaxaire  arabe  jacobite  était  l'un  des  premiers  ouvrages  —  avec 
le  Synaxaire  éthiopien  et  l'Histoire  des  patriarches  d'Alexandrie  —  dont 
Msr  Graffin  réclamait  l'édition  lorsque,  dès  1897,  il  jetait  les  bases  de  la 
Patrologie  orientale.  Le  texte  arabe  était  en  effet  inédit,  et  les  six  pre- 
miers mois  seulement  avaient  été  traduits  en  allemand  par  Wiïstenfeld  (2), 
il  était  donc  fort  utile  de  publier  le  texte  et  la  traduction  de  tout  l'ouvrage. 

C'est  dans  ce  but  —  écrit  M.  René  Basset  —  qu'il  y  a  plusieurs  anné(?s,  RP'  Graf- 
fin m'envoyait  la  photographie  du  ms.  du  Synaxaire  n"  256  de  la  Bibliothèque 
Nationale  de  Paris,  et,  en  1903,  celle  des  mss.  4869-70  de  la  même  collection.  Il  n'a 
pas  été  possible,  pour  diverses  raisons,  de  donner  immédiatement  suite  à  ce  pro- 
jet de  publication,  mais  elle  n'en  a  pas  été  moins  préparée,  depuis  quatre  ans,  si 
c'est  aujourd'hui  seulement  que  paraît  le  premier  fascicule  qui  sera  suivi,  à  bref 
délai,  de  la  suite  de  l'ouvrage  (3). 

Le  fond  de  l'ouvrage  est  important  en  ce  qu'il  nous  montre  les  trans- 
formations des  légendes  et  histoires  des  saints  au  passage  d'une  église  à 
l'autre,  et  en  ce  qu'il  renferme  de  nombreuses  additions  propres  à  l'église 
copte,  par  exemple  des  notices  sur  tous  les  patriarches  d'Alexandrie.  Les 
deux  premiers  mois  comprennent  :  Mylious  (Abilius)  ;  Démétrius  (f  232)  ; 
Tliéophile  (f  412)  ;  Dioscore  F''  (f  454)  ;  Athanase  (f  497)  ;  Dioscore  11  (t  520)  ; 
Agathon  (f  667);  Simon  (t837);  Yousab  (t849);  Macaire  (f  1129).  11  est 
remarquable  que  le  nom  du  premier  n'est  pas  altéré  seulement  dans  les 
documents  arabes  (4),  mais  aussi  dans  les  écrits  syriaques,  d'origine 
égyptienne  (5).  11  faudrait  donc  peut-être  supposer  une  mauvaise  lecture 
d'un  écrit  grec  égyptien  [m  au  lieu  de  b)  pour  rendre  compte  de  la  leçon 

(1)  Une  partie  de  cette  histoire  a  été  écrite  ou  compilée  par  Sévère  ibn  Moqatfa. 

(2)  Synaxarium...  Gotha,  187t». 

(3)  Avertissement,  p.  219. 

(4)  Cf.  Patr.  or.,  t.  I,  fasc.  2,  Hislory  of  the  Pariarchs...  p.  WX 

(5)  Cf.  Analecla  Boit.,  t.\l\,  fasc.  1.  Le  texte  syriaque  du  martyre  de  saint  Pierre  d'A- 
lexandrie, conservé  au  moins  dans  un  ms.  du  vu""  siècle,  porte  ~^gQ-«.'^ao   ou,  comme  l'arabe, 

,|Lœ  pour  Abilius. 


w£00 


BIBLIOGRAPHIE.  ♦  109 

Milios  substituée  à  Abilios.  —  Sévère,  patriarche  d'Antioche  n'a  pas  moins 
de  deux  commémorations  dans  ces  deux  premiers  mois,  cf.  p.  273  et  313; 
un  tremblement  de  terre,  p.  229,  et  une  éclipse  de  soleil,  p.  326,  ont 
même  pu  s'y  faire  place.  Il  est  vrai  que  celle-ci  aurait  duré  une  heure, 
chose  impossible  à  une  vulgaire  éclipse,  si  totale  soit-elle,  mais  en  faisant 
Va  part  de  l'exagération  et  de  la  légende,  on  peut  croire  que  l'éclipsé  totale 
mentionnée  dans  le  synaxaire,  ne  différa  point  de  celles  que  nous  pour- 
rons encore  observer. 

La  forme  de  l'ouvrage  est  moins  digne  d'attention  que  le  fond,  car 
l'auteur  arabe  offense  à  chaque  ligne  la  grammaire  et  le  dictionnaire.  On 
croirait  volontiers  avoir  affaire  à  un  traducteur  ou  à  un  compilateur 
d'origine  grecque  ou  syrienne  qui  aurait  traduit  ou  compilé  dans  l'idiome 
mal  connu  de  ses  vainqueurs  des  ouvrages  écrits  dans  sa  langue  mater- 
nelle. Avec  deux  manuscrits  seulement,  M.  René  Basset  a  relevé  de  trois  à 
huit  lignes  de  variantes  pour  douze  lignes  de  texte.  Dans  un  ouvrage 
aussi  répandu  que  le  Synaxaire,  les  différences  introduites  sont  nécessai- 
rement trop  nombreuses  et  par  là  même  trop  peu  importantes  pour  mé- 
riter d'être  relevées.  Le  fond  seul  de  l'ouvrage  importe  et  M.  René  Basset 
annonce  pour  un  fascicule  complémentaire  les  textes  que  pourront  four- 
nir les  autres  recensions,  la  bibliographie  et  un  certain  nombre  de  textes 
arabes  inédits  se  rapportant  à  diverses  parties  du  Synaxaire. 

L'une  des  principales  difficultés  consiste  à  identifier  les  noms  propres, 
car  les  Arabes  et,  à  leur  suite,  les  Éthiopiens  prennent  à  ce  sujet  les  plus 
grandes  licences,  au  point  de  faire  de  V Apocalypse  un  nom  d'homme  (1). 
M.  René  Basset  a  corrigé  en  bien  des  points  la  version  de  Wûstenfeld  et 
ne  lui  ajoute  pas  moins  de  neuf  commémorations  (cf.  pp.  235,  253,  255, 
258,  268,  272,  280,  294,  369). 

Certains  points  demandent  encore  à  être  élucidés.  Ainsi  p.  329,  l'auteur 
mentionne  Jacques  patriarche  d'Antioche  qui  fut  banni  par  les  partisans 
d'Arius.  Or  Bar  Hebraeus,  dans  son  histoire  des  patriarches  d'Antioche 
[Chron.  eccL,  i),  n'en  mentionne  aucun  de  ce  nom.  Ludolf  nous  apprend 
{Cumm.  ad  His.  A^th.,  p.  394)  que  les  Coptes  mentionnent  à  cette  date 
Jacques,  le  50''  patriarche  d'Alexandrie  et  non  d'Antioche,  mais  à  l'époque 
où  vivait  celui-ci  il  n'était  plus  question  des  partisans  d'Arius,  de  sorte  que 
la  difficulté  subsiste  entière  et  que  nous  ne  savons  trop  à  qui  appliquer  la 
notice  du  Synaxaire. 

A  la  page  313  les  deux  mss.  donnent  le  nom  d'Anastase  (491-518)  à  l'Em- 
pereur qui  voulut  faire  emprisonner  Sévère  d'Antioche.  11  faut  lire  tantôt 
Justin  et  tantôt  Justinien,  car  l'auteur,  ici  comme  ailleurs,  mélange  à  plai- 
sir les  noms  et  les  faits  historiques  différents.  Toutefois,  la  fin  de  la  notice 
consacrée  ici  à  Sévère  raconte  diverses  histoires  et  légendes  relatives  à 
son  séjour  en  Egypte  et  complète  ainsi  les  récits  des  historiens  syriens. 


1.  Cf.  Ludolf,  Hist.  ^th.  Francfort-sur-le-Mein,  1681,  1.  m,  ch.  iv,  «  Visio  Johannis 
Abukalamsis  ».  Voir  aussi  dans  Wûstenfeld,  I,  p.  33  :  Porphyrius  au  lieu  du  nom  bien 
connu  MercuriuH  et,  p.  110  :  Martin,  évêque  de  Thrace  au  lieu  de  Martin,  évêque  de 
Tours. 


110  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Nous  aurons  occasion  encore  de  revenir  sur  diverses  notices  du  Sy- 
naxaire,  car  cet  ouvrage  qui  traite  des  saints  de  l'Eglise  Romaine  antérieurs 
au  concile  de  Chalcédoine,  des  patriarches  d'Alexandrie  et  de  plusieurs 
patriarches  d'Antioche,  de  tous  les  hommes  marquants  qui  ont  illustré 
l'Eglise  jacobite  et  même  de  divers  événements  profanes,  semble  synthé- 
tiser toute  la  littérature  ecclésiastique  monophysite.  C'est  une  mine  iné- 
puisable de  remarques  et  de  notes  comme  nous  aurons  encore  occasion 
de  le  montrer. 

F.  Nau. 


C.  Fou.vRD,  membre  de  la  Commission  biblique.  —  Les  origines  de  l'É- 
glise. Saint  Jean  et  la  fin  de  Tâge  apostolique,  gr.  in-8"  de  \liv- 
344  pages,  7  fr.  50;  Paris,  Lecoffre,  1904. 

Cet  ouvrage  termine  la  série  d'études  consacrées  aux  «  origines  chré- 
tiennes »  par  M.  l'abbé  Fouard.  C'est  même  «  le  chant  du  cygne  »  du 
savant  auteur,  car  une  note  placée  en  tête  de  l'ouvrage,  à  la  suite  du  por- 
trait de  M.  Fouard,  nous  apprend  que  la  mort  l'a  surpris  avant  la  publi- 
cation de  son  manuscrit.  Comme  dans  ses  précédents  ouvrages,  l'auteur 
ne  se  borne  pas  à  donner  une  biographie  de  son  héros,  mais,  à  son  occa- 
sion, il  donne  un  tableau  de  la  société  religieuse,  juive,  romaine  et 
chrétienne  à  la  fin  du  premier  siècle,  «  à  l'époque  où.  fut  rédigé  le  qua- 
trième Évangile  par  saint  Jean  qui  avait  survécu  à  tous  ses  frères  dans 
l'apostolat  et  atteint  un  âge  très  avancé  ». 

Le  précédent  volume  :  «  Saint  Paul,  ses  dernières  années  »,  qui  en  est 
déjà  à  la  sixième  édition,  se  terminait  sur  la  prise  de  Jérusalem  par  Titus  ; 
celui-ci,  qui  lui  fait  suite,  nous  raconte  donc  d'abord  la  prise  des  dernières 
forteresses  juives  et  l'organisation  des  écoles  et  des  communautés  juives 
après  l'écrasement  delà  révolte  ainsi  que  l'exil  et  la  vie  des  communautés 
judéo-chrétiennes  ou  chrétiennes  qui  leur  étaient  mélangées.  Passant 
ensuite  à  Rome,  l'auteur  nous  définit  la  société  Romaine  et  les  commu- 
nautés chrétiennes  sous  les  Flaviens,  puis  raconte  la  persécution  de  Domi- 
tien.  Saint  Jean  en  fut  l'une  des  victimes  : 

Api'ès  les  petits-fils  de  Jude,  amenés  à  Rome  du  fond  de  la  Batanéc,  Jean,  si 
renommé  pour  avoir  vécu  dans  l'intimité  du  Christ,  dut  être  arrêté  au  même 

titre.  Lui  aussi  fut  déféré  à  Rome Le  lieu  traditionnel   de  son  exécution  est 

la  Porte  Latine,  ou,  pour  mieux  dire,  l'espace  libre  alors  qu'occupa  plus  tard 
cette  barrière  de  Rome.  Le  supplice  commença  par  la  flagellation  qui  en  était 

toujours  le  prélude la  victime  fut  plongée  dans  l'huile  bouillante.  Mais  l'heure 

pi'édite  par  le  Christ  n'était  pas  arrivée,  l'heure  où  Lui-Mème  viendrait  prendre 
son  disciple,  et  le  réunir  à  Lui  pour  toujours  :  à  la  stupeur  de  tous,  Jean  sortit, 
intact  et  sain,  du  bain  de  feu. 

C'est  ainsi  que  saint  Jean  est  introduit  dans  le  récit  dont  il  va  dès  lors 
fournir  toute  la  trame,  hors  pour  un   chapitre  consacré  à  la  lettre  de 


BIBLIOGRAPHIE.  111 

saint  Clément  aux  Corinthiens.  L'auteur  commente  d'abord  la  lettre  aux 
sept  Églises  qui  forme  les  trois  premiers  chapitres  de  l'Apocalypse  et  nous 
apprend  à  quelles  erreurs  elle  entendait  remédier.  Vient  ensuite  un  com- 
mentaire large  et  très  intéressant  de  l'Apocalypse  entière  pour  aboutir  à 
saint  Jean  Évangéliste  et  au  quatrième  Evangile  dont  l'auteur  s'applique 
à  faire  saisir  le  but  et  l'importance  : 

Jean  n'écrit  pas  pour  conter.  Il  ne  choisit  faits  et  personnages  qu'autant 
qu'ils  lui  permettent  de  rappeler,  à  leur  sujet,  les  discours  du  Maître  attestant 
sa  divinité,  aussi  ne  l'occupent-ils  que  dans  la  mesure  où  ils  concourent  à  cette 
vue.....  Il  puise  dans  ses  souvenirs  ceux  qui  lui  paraissent  les  plus  propres  à 
étayer  sa  démonstration  ;  les  quelques  faits  qu'il  allègue  offrent  matière  à  de 
hauts  enseignements;  mais,  en  si  petit  nombre  qu'ils  soient,  ils  suffisent  à  lui 
assurer  une  autorité  incontestable  par  l'abondance  et  la  précision  des  détails 
qui  attestent  un  témoin  oculaire.  Le  dessein  du  quatrième  Évangéliste,  tel  que 
nous  l'avons  exposé,  peut,  jusqu'à  un  certain  point,  expliquer  les  particularités 

qui  le  distinguent  des  autres Aucun  lecteur  qui  ne  remarque,  au  dernier 

Évangile,  l'emploi  de  certaines  locutions  :  «  verbe,  lumière,  grâce,  Paraclet  » 
indiquant  un  état  d'esprit  nouveau  dans  l'Église.  C'étaient  des  expressions  de 
l'école  Alexandrine,  communes  chez  les  Grecs  d'Éphèse,  et  qui  répondaient  à 
leurs  conceptions  abstraites.  Jean,  accoutumé  depuis  trente  ans  à  les  entendre, 
eldésireux  d'être  compris,  en  revêtit  naturellement  la  prédication  du  Sauveur 

L'ouvrage  se  termine  par  un  chapitre  sur  la  mort  de  saint  Jean  qui 
nous  fait  assister  à  l'épanouissement  de  la  Gnose.  Il  ne  nous  reste  qu'à 
mentionner  la  longue  introduction  de  M.  l'abbé  Fouard  consacrée  à  la 
discussion  de  l'authenticité  des  écrits  de  saint  Jean  contenus  dans  le  Nou- 
veau Testament.  L'auteur  conclut  sans  hésitation  à  leur  authenticité.  11 
reste  ainsi  sur  le  soHde  terrain  traditionnel  en  dehors  duquel  on  ne  trouve 
qu'un  chaos  de  discussions  philosophiques,  c'est-à-dire  vaines.  L'Évangile 
saint  Jean  par  cela  même  qu'il  est  isolé  et  qu'il  présente  un  caractère  bien 
différent  des  trois  autres,  a  servi  et  sert  encore  de  point  de  mire  aux  adver- 
saires du  christianisme.  Les  synoptiques  offrent  plus  de  résistance,  c'est 
le  cas  de  rappeler  le  fascicultis  triplex  difficile  rumpittir,  mais  l'Évangile 
de  saint  Jean,  à  cause  du  style,  des  idées,  des  récits  qui  lui  sont  propres, 
prête  le  flanc  à  bien  des  attaques.  Les  adversaires  n'ont  pas  grand  souci 
de  la  science  bien  qu'ils  en  parlent  constamment,  sinon  ils  étudieraient 
aussi  bien  quelques-uns  des  innombrables  anciens  auteurs  qui  offrent  de 
nombreux  sujets  de  thèses  et  consacreraient  leurs  efforts  à  la  philologie 
on.  les  résultats  sont  indiscutables  ;  ils  veulent  seulement  saper  la  base  du 
christianisme  en  mettant  en  doute  l'authenticité  et  la  véracité  des  récits 
évangéliques  ;  ils  trouvent  parfois  chez  les  chrétiens  des  auxiliaires  inat- 
tendus égarés  par  la  vanité  et  la  philosophie.  M.  l'abbé  Fouard  n'a  pas 
été  de  ce  nombre.  Il  n'a  pas  cru  que  certaines  concessions  —  que  rien 
n'oblige  à  faire  —  le  consacreraient  esprit  critique,  il  a  donc  maintenu 
intégralement  la  tradition  catholique,  telle  d'ailleurs  que  nous  la  lisons 
dans  les  savants  ouvrages  de  M.  Vigoureux,  auxquels  il  fait  de  fréquents 
renvois. 


112  REVUE    DE   l'orient   CHRÉTIEN. 

Nul  doute  que  tous  deux  à  la  Commission  biblique  ne  se  soient  trouvés 
en  complète  union  d'idées  sur  ces  sujets  délicats.  Aussi  leurs  ouvrages 
jouissent-ils  d'un  égal  crédit  et  d'une  égale  diffusion,  comme  en  témoignent 
leurs  nombreuses  éditions,  et  nous  espérons  que  celui-ci  aura  le  succès 
de  ses  devanciers. 

F.  Nau. 

SOMMAIRE   DES   REVUES 

1.  Journal  asiatique.  Janvier-Février  1905:  Ed.  Chavannes.  Les  livres 
chinois  avant  l'invention  du  papier.  —  P.  Regnaud.  Recherches  sur  le  point 
de  départ  des  noms  des  7'isis  védiques.  —  C.  FosSEV.  Etudes  sumériennes.  — 
Nouvelles  et  mélanges.  —  Bibliographie. 

2.  Z.  D.  M.  G.  (Zeitschrift  der  Deutschen  Morgenlândischen  Ge- 
sellschaft),  t.  LIX.  1  :  J.  Hertel.  Eine  zxveite  Recension  des  Tantrâkhyai/ika. 

—  E.  Nestlé.  Dos  syrische  Alte  Testament  der  Londoner  Bibelgesellschafl. 

—  F.  Praetorius.  Zur  Inschrift  des  Mesa'.  —  C.  Meinhûf.  Iloltenlotische 
Laute  und  Lehnworte  im  Kafir.  —  E.  Fagnan.  Ibn  Chwermandad,  note 
additionnelle.  —  A.  H.  Francke.  Musikalische  Studien  in  Westtibet.  — 
L.  H.  Mills.  The  Pahlavi  texts  of  the  Yasna  Haptanghaili,  Yasna  wxv- 
XLi  (XLii)  edited  with  ail  Mss  coUated.  —  E.  Nestlé.  Qahniqara  in  den 
syrischen  Wdrterbiichern.  —  S.  KoNOW.  On  some  Facts  connected  with  the 
Tibeto-Burman  Dialect  spoken  in  Kanaivar.  —  Tr.  Michelson.  The  Meaning 
and  Etymology  of  the  Pâli  word  abbfdhesika.  —  E.  Baumann.  Kehrvers- 
psalmen.  —  H.  Miiller,  H.  Zlmmern.  Zur  Hammurabi-Kritik.  —  J.  Oestrup. 
Zu  Matth.  VII,  G.  —  J.  Barth.  Zum  semitischen  Demonstrativ  d.  Miszellcn. 

—  Anzeiger. 

3.  Revue  biblique.  Janvier  1905.  M.  E.  Cosquin.  Fantaisies  biblico- 
mythologiques  d'un  chef  d'école.  —  R.  P.  Lagrange.  Le  Messianisme  dans 
les  Psaumes.  —  Mélanges.  —  Chronique.  —  Recensions.  —  Bulletin. 


Le  Directeur-Gérant  : 
F.  Charmetant. 


Typographie  Firmin-Diilot  et  C">.  —  Paris. 


DANS  QUELLE  MESURE 

LES  JAGOBITES  SONT-ILS  MONOPHYSITES? 


La  question  de  la  réunion  des  diverses  Églises  chrétiennes  à 
l'Église  romaine  dont  elles  ont  lé  malheur  d'être  séparées  a 
toujours  préoccupé  les  bons  esprits.  On  a  voulu  pendant  long- 
temps résoudre  cette  question  par  la  force  associée  à  la  persua- 
sion, et  c'est  au  nom  de  «  l'union  des  Églises  »  que  les  empereurs 
grecs  du  v^  au  vu"  siècle  ont  persécuté  les  jacobites  en  Orient. 
L'union  n'a  pu  être  obtenue  et  les  griefs  mutuels  se  sont  beau- 
coup envenimés.  Aujourd'hui  que  l'emploi  de  la  force  n'est  ni 
possible  ni  même  souhaité,  c'est  de  la  seule  splendeur  de  la 
vérité  que  l'on  peut  attendre  «  l'union  des  Églises  ».  Il  faut  donc 
avant  tout  se  connaître  et  savoir  exactement  ce  que  les  uns  et 
les  autres  enseignent.  Catholiques  et  jacobites  apprendront 
avec  plaisir,  croyons-nous,  qu'ils  se  sont  noircis  les  uns  les 
autres  à  plaisir  et  qu'ils  n'enseignent  pas  ce  qu'ils  s'attribuent 
mutuellement.  En  d'autres  termes,  les  catholiques  ne  sont  pas 
Nestoriens  et  les  Jacobites  (1)  ne  sont  pas  Eutij chiens.  Il  nous 
paraît  important  de  réunir  ici  quelques  textes  inédits  et  quel- 
ques idées  éparses  dans  divers  ouvrages  afin  de  leur  donner 
plus  de  force  par  leur  réunion,  de  les  vulgariser,  et  de  montrer 
à  ces  anciens  adversaires  qu'ils  ne  sont  pas  séparés  par  une 
infranchissable  barrière. 

La  controverse  qui  va  nous  occuper  roule  autour  du  mode  de 
l'Incarnation.  Tous  reconnaissent  que  le  Messie  est  Dieu  et 
homme;  c'est  là  un  mystère  que  notre  faible  raison  ne  peut 


(1)  Nous  désignons  sous  le  nom  de  jacobites  tous  les  partisans  de  Dioscore  et 
de  Sévère  d'Antioche.  Ils  sont  répandus  encore  en  Syrie,  en  Mésopotamie,  en 
Arménie,  en  Egypte  et  en  Ethiopie. 

OKIENT   CHRÉTIEN.  8 


114  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

comprendre.  Aussi  est-il  assez  difficile  de  rendre  compte  de 
cette  dualité  :  Les  Nestoriens  lui  attribuent  deux  natures 
(divine  et  humaine)  qui  ne  sont  pas  unies  substantiellement, 
mais  forment  deux  liypostases  et  une  personne  (1).  Les  Euty- 
chiens  lui  attribuent  une  nature  formée  par  un  mélange  ou 
une  composition  des  deux  natures  divine  et  humaine,  une 
hypostase  et  une  personne.  Les  jacobites  reconnaissent  une 
seule  nature  formée  de  deux,  sans  mélange  ni  confusion,  une 
hypostase  et  une  personne.  Enfin  les  catholiques,  évitant  les 
excès  opposés,  reconnaissent  deux  natures  qui  ne  peuvent  être 
séparées  et  qui  sont  unies  substantiellement  en  une  hypostase 
et  une  personne. 

Nous  nous  proposons  de  faire  connaître  brièvement  :  I.  les 
erreurs  que  certains  catholiques  attribuent  aux  jacobites; 
IL  les  erreurs  que  certains  jacobites  attribuent  aux  catholiques 
et  leurs  traditions  inexactes  relatives  au  concile  de  Chalcédoine; 
III  et  IV.  la  véritable  doctrine  ancienne  des  deux  Églises,  rela- 
tive à  l'Incarnation  du  Verbe. 


I.  —  Erreurs  attribuées  aux  jacobites. 

Les  jacobites,  ainsi  nommés  de  Jacques  Baradée,  qui  sut 
galvaniser  leur  Église  et  la  propager  au  plus  fort  de  la  persécu- 
tion de  Justinien,  ont  été  et  sont  encore  confondus  par  certains 
catholiques  avec  les  Eutychiens,  ce  qui  est  inexact;  au  concile 
de  Chalcédoine  les  évoques,  mis  à  même  de  choisir  entre  saint 
Léon  et  Dioscore,  répondent  :  «  Nous  croyons  comme  Léon. 
Ceux  qui  résistent  sont  des  Eutychiens  »  (2)  et,  d'après  les 
jacobites  eux-mêmes  :  «  S.  Dioscore  fut  exilé  à  Gangres,  en 
Thrace,  parce  que  les  partisans  de  Nestorius  répandaient  le 
bruit  qu'il  pensait  comme  Eutychès  »  (3).  —  Cette  accusation 
est  parvenue  jusqu'à  nous  et  se  trouve  dans  les  manuels  qui 
servent  à  former  la  moitié  du  clergé  français.  Nous  avons  étudié 


(1)  On  condense  souvent  leur  opinion  en  disant  qu'ils  reconnaissent  deux  na- 
tures et  deux  personnes. 

(2)  Chronique  de  Michel  le  Syrien,  t.  Il,  Paris,  1901,  p.  49  et  5G. 

(3)  Loc.  cit.,  p.  58. 


LES    JACOBITES    SONT-ILS    MONOPHYSITES?  115 

en  effet,  dans  l'excellente  Théologie  de  Clermont,  l'exposé  sui- 
vant : 

Sur  VEulychianisme.  Eutychès,  prêtre  de  Constantinople  et  Archiman- 
drite, c'est-à-dire  abbé  d'un  monastère,  défendant  très  vivement  la  foi 
catholique  contre  Nestorius,  et  emporté  peut-être  par  un  trop  grand  zèle, 
tomba  dans  l'erreur  opposée.  11  enseignait  que  le  Seigneur  Christ  avait  eu 
deux  natures  avant  (leur)  union,  mais  après  l'union  (des  natures)  il  n'en 
reconnaissait  qu'une;  ce  sont  ses  propres  paroles  au  concile  de  Constanti- 
nople. Il  se  rattachait  donc  par  quelque  côté  à  Nestorius  lorsqu'il  affirmait 
que  la  nature  humaine  du  Christ  avait  existé  avant  d'être  unie  au  Verbe, 
mais  sa  principale  erreur  qui  consiste  dans  la  profession  d'une  nature, 
semble  provenir  de  ce  qu'il  aurait  voulu  unir  les  deux  natures  d'une  union 
physique  et  immédiate,  c'est-à-dire  sans  l'intermédiaire  de  la  personne  ou 
hypostase  du  Verbe  divin.  Comment  a-t-il  enseigné  qu'il  en  résultait  une 
seule  nature,  a-t-il  pensé  que  de  l'union  de  la  divinité  et  de  l'humanité  il 
résultait  une  troisième  (nature)  par  mélange  ou  composition  ou  bien  a-t-il 
pensé  que  la  nature  divine  devenait  (nature)  humaine  ou  inversement  que 
l'humaine  devenait  divine,  cette  question  n'est  pas  claire  et  tranchée. 
Autant  cependant  qu'on  peut  le  conjecturer  d'après  les  paroles  de  ceux  qui, 
à  la  suite  d'Eutychés,  n'ont  admis  qu'une  nature,  il  semble  plus  probable 
qu'il  a  admis  la  conversion  de  la  nature  Immaine  en  la  nature  divine  à  la 
maïuère  d'une  certaine  absorption,  comme  disparait  une  goutte  d'eau  mé- 
langée aux  ondes  de  la  mer. 

Cet  exposé  des  erreurs  reprochées  à  Eutychès  est  clair  et 
rédigé  en  termes  modérés;  nous  ne  pouvons  donc  jusqu'ici  que 
féliciter  son  auteur,  mais  il  ajoute  quelques  lignes  plus  bas  : 

Les  Eutychiens  sont  désignés  sous  le  commun  vocable  de  monophysites, 
ou  encore  de  jacobites,  d'après  un  certain  Jacques^  Syrien  de  naissance 
obscure. 

Cette  phrase,  qui  constate  la  dénomination  erronée  en  usage 
chez  les  Occidentaux,  donne  aux  lecteurs  une  idée  complètement 
fausse  de  la  doctrine  jacobite.  Tout  le  paragraphe  gagnerait 
d'ailleurs  à  être  rédigé  à  nouveau.  On  lui  donnerait  pour  titre  : 
«  Les  monophysites  » ,  et  on  traiterait  en  sous-titre  successive- 
ment des  Eutychiens  et  des  jacobites,  caries  seconds  ont  tou- 
jours anathématisé  les  premiers  et  ne  peuvent  donc  leur  être 
identitiés. 


(1)  Theologia  dogm.  et  mor...   auctoribus  professoribus  Theologiœ  seminarii 
Claromontensis...,  editio  quarta,  t.  II,  Paris,  1886,  p.  353. 


116  REVUE   DE   l'orient   CHRÉTIEN. 


II.  —  A)  EtTeurs  attribuées  aux  catholiques. 

Dès  le  concile  de  Chalcédoine  les  jacobites  ont  accuse  les  ca- 
tholiques ou  bien  d'être  de  purs  Nestoriens  ou  du  moins  d'in- 
troduire le  Nestorianisme  sous  une  forme  que  l'on  a  voulue  un 
peu  différente  afin  de  ne  pas  tomber  sous  les  anathèmes  du 
premier  concile  d'Éphèse.  C'est  ce  qu'écrivait  déjà  Zacharie  le 
scolastique  (v'-vi'  siècle)  :  le  concile  de  Chalcédoine  «  à  cause 
d'Eutychès,  introduisit  la  doctrine  de  Nestorius  »  ;  l'empereur 
Marcien  «  se  complaisait  dans  la  doctrine  de  Nestorius  »  [l). 
Les  envoyés  du  pape  saint  Léon  étaient  des  Nestoriens;  l'em- 
pereur Marcien  gracia  Nestorius  (2),  les  évêques  réintégrés 
sur  leur  siège  par  le  concile  étaient  des  Nestoriens  (3)  ;  les 
ennemis  de  Dioscore  étaient  Nestoriens  (4). 

Vers  515,  Jean,  évoque  de  Maïouma  près  de  Gaza,  consignait 
les  mêmes  idées  dans  les  Plérophories  [ROC.  1898).  Il  raconte 
avec  longs  détails  le  rappel  de  Nestorius  (chap.  36);  ses  ad- 
versaires sont  les  Nestoriens,  Dioscore  seul  leur  résista  (chap. 
11).  Les  partisans  du  concile  affirment  que  le  Messie  qui  souf- 
frit pour  les  hommes  n'est  pas  Dieu  (chap.  20  et  25;  cf.  C3). 
Le  concile  de  Chalcédoine  a  décrété  ce  qui  avait  été  condamné 
à  Éphèse  (chap.  59).  Tout  cela  est  inexact  :  les  catholiques  ne 
sont  pas  Nestoriens  mais  les  ont  toujours  combattus;  le  concile 
de  Chalcédoine  n'a  pas  renouvelé  les  erreurs  de  Nestorius  puis- 
qu'il a  commencé  par  les  condamner. 

Ce  concile  servait  à  lui  seul  à  séparer  les  adversaires  qui  se 
nommaient  souvent  Chalcédoniens,  ou  anti-Chalcédoniens, 
aussi  on  le  dépeignait  sous  les  couleurs  les  plus  noires  :  l'em- 
pereur avait  été  gagné  à  prix  d'argent,  il  imposa  ensuite  sa 
volonté  aux  évèques.  Ces  idées  qui  remplissent  les  Plérophories 
se  retrouvent  dans  VHistoire  de  Dioscore  écrite  par  son  dis- 
ciple Théopiste  que  nous  avons  publiée  (5).  A  cause  de  l'im- 

(1)  Chronique  de  Michel  le  Syrien,  11,37  et  43.  Cf.  p.  109. 

(i)  Ibid.,  p.  38. 

(3)  Ibid.,  p.  99. 

(1)  Ibid.,  p.  40  et  43. 

(5)  Paris,  1903  {Extrait  du  Juurnal  Asiatique). 


LES   JACOBITES   SONT-ILS    MONOPHYSITES?  117 

portance  de  ce  sujet,  nous  traduisons  ici  quelques  textes  inédits 
de  Sévère,  évêque  d'Aschmounaïn,  de  Georges  el-Macin  et  du 
musulman  Makrizi,  d'après  un  manuscrit  de  Renaudot  (1). 


B)  Traditions  jacobites  Égyptiennes  relatives  au  concile  de 
Clialcédoine. 

V  Extrait  de  l'histoire  (inédite)  des  conciles  de  Sévère  Ibn  al- 
Moqaffa,  évêque  d'Aschmounaïn  (2). 

L'Église  orthodoxe  (3)  eut  un  peu  de  repos  après  cette  époque  (Cyrille), 
jusqu'à  ce  que  l'erreur  d'Eutychès  fut  annoncée.  Eutychès,  né  à  Constan- 
linople,  affirmait  que.  le  corps  du  Christ  était  subtil,  dissemblable  du 
nôtre  et  inaccessible  aux  souffrances. 

Quand  il  eut  été  retranché  de  l'Eglise  par  la  sentence  de  Flavien,  il 
alla  trouver  Théodose  et  se  plaignit  à  tort  que  le  patriarche  avait  mal  agi 
envers  lui  et  l'avait  privé  de  la  communion.  L'empereur  ordonna  de  réu- 
nir un  concile  pour  éclaircir  cette  affaire,  et  un  concile  de  cent  trente 
évoques  se  réunit  de  nouveau  à  Ephése.  Il  s'y  trouva  le  père  Dioscore,  pa- 
triarche d'Alexandrie,  Flavien  de  Co7istantinople,  Juvénal  évêque  de  Jé- 
rusalem et  Etienne  d'Éphése.  Ce  ne  fut  pas  par  haine  pour  Eutychès  que 
l'on  n'attendit  pas  la  présence  du  patriarche  de  Rome  ou  ses  lettres  sur 
cette  affaire,  mais  seulement  à  cause  de  la  longueur  du  chemin  (4). 

Le  concile  s'informa  alors  de  la  foi  (ï Eutychès.  Flavien,  patriarche  de 
Constanlinople,  montra  qu'Eutychès,  vu  sa  doctrine,  méritait  l'excommu- 
nication. Tous  furent  de  cet  avis  et  on  résolut  de  priver  Eutychès  de  la 
communion.  Mais  Eutychès  vint  au  concile  et  implora  son  pardon.  Il  af- 
firma qu'il  était  tombé  par  imprudence  dans  une  telle  doctrine,  confessa 
ses  fautes,  souscrivit  de  sa  main  la  foi  des  Pères  qu'il  affirma  être  la 
sienne  pour  toute  la  suite  et  il  s'anathématisa  lui-même  s'il  venait  à  la  vio- 
ler. Par  ces  mauvais  artifices  il  obtint  l'absolution,  les  Pères  l'admirent 
cà  leurs  sacrifices  et  le  rétablirent  dans  sa  charge  bien  qu'il  dût  plus  tard 


(1)  Bibl.  nat.  de  Paris,  manuscrit  Renaudot  n°  18,  fol.  104  sqq. 

(2)  Auteur  copte  jacobite  célèbre  du  x"  siècle;  le  commencement  de  l'histoire 
des  patriarches  de  l'Église  copte  d'Alexandrie  publiée  par  U.  Evetts  dans  la 
Palrologia  Orienlalis  GralTin-Nau,  est  dû  à  cet  auteur.  Nous  avons  fait  préparer 
une  édition  du  présent  ouvrage  par  P.  Chébli,  prêtre  maronite;  ce  travail  est 
à  l'impression;  nous  ne  l'avons  pas  annoncé  plus  tôt  pour  ne  pas  suggérer  à  des 
auteurs  et  éditeurs  peu  délicats  l'idée  d'essayer  de  nous  gagner  de  vitesse, 
comme  c'est  d(^jà  arrivé  par  deux  fois. 

(3)  Nous  traduisons  ici  le  latin  de  Renaudot  qui  traduit  lui-même  le  manuscrit 
173  de  Paris,  fol.  l-2''-19\  Un  coptiste  a  attribué  à  tort  ce  traité  à  Isa  ben  Zaara, 
dialecticien  de  Bagdad  (942-1007),  et  Renaudot  a  accepté  cette  attribution. 

(4)  Cette  explication  tendantielle  est  inexacte. 


118  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

retomber  dans  ses  blasphèmes,  être  excommunié  à  nouveau  et  oublier 
le  souvenir  de  ce  concile. 

Enfin,  on  fit  mention  dans  le  même  concile  de  Neslorius,  des  deux  na- 
tures et  des  deux  personnes  ;  Juvénal  avoua  qu'il  professait  cette  doctrine 
et  la  tenait  pour  bonne  ;  il  en  fut  de  même  de  Basile,  évoque  de  Séleucie, 
d'Iba-i,  évêque  d'Édesse,  de  Théodoret,  évêque  de  Cî/r,  d'André,  évèque  de 
{Samosale),  d'Eusèbe,  évêque  de  Dorylée.  Le  concile  excommunia  tous 
ceux-ci  et  chacun  retourna  chez  soi. 

Plus  tard  Théodose  (le  jeune)  mourut  sans  enfant;  il  avait  une  sœur 
nommée  Pulchérie,  mariée  à  un  patrice  du  nom  de  Marcien  qu'elle  éleva 
à  l'empire  en  place  de  son  frère  ;  il  était  très  attaché  à  l'hérésie  de  Nes- 
lorius, et  après  la  mort  de  Célestin  lui  avait  donné  Léon  pour  successeur. 
Plusieurs  de  ceux  qui  avaient  été  excommuniés  et  privés  de  la  communion 
de  l'Église  allèrent  trouver  Léon,  commencèrent  à  récriminer,  à  dire 
qu'ils  avaient  été  opprimés  et  à  attaquer  Z>ioscore  qu'ils  accusèrent  d'avoir 
réuni  un  concile  sans  y  convoquer  (le  patriarche  de  Rome).  »  11  ne  t'a  pas 
demandé  avis,  disaient-ils,  dans  ce  qu'il  a  fait,  mais  de  sa  seule  autorité 
il  a  excommunié  le  patriarche  de  Conslantinople  et  d'autres  évêques, 
lorsque  tu  es  le  Père  le  plus  grand,  le  patriarche  de  la  grande  ville  de 
Rome  et  le  vicaire  de  Pierre,  prince  des  apôtres;  comment  donc,  toi  vi- 
vant, est-il  permis  à  Dioscore  d'agir  ainsi?  » 

Excité  par  ces  discours,  (S.  Léon)  causa  de  grands  troubles  à  ce  sujet, 
et,  ennemi  de  Dioscore,  il  écrivit  des  lettres  à  l'empereur  Marcien.  Ce- 
pendant il  cacha  sa  colère  durant  quelque  temps  et,  en  son  nom  ou  au 
nom  des  siens,  il  faisait  mention  (dans  ces  lettres)  du  Christ  Seigneur,  de 
Dieu  et  de  l'homme  et  insinuait  que  Dioscore  avait  agi  de  manière  inique 
et  qu'il  fallait  réunir  un  nouveau  concile  pour  juger  la  cause  des  évêques 
excommuniés  (à  Éphèse). 

Quand  ces  lettres  curent  été  remises  à  Marcien,  ces  excommuniés  se 
réunirent  près  de  lui  et  lui  parlèrent  de  Neslorius,  pour  qu'il  le  rappelât 
d'exil,  qu'il  fît  examiner  sa  cause  à  nouveau.  Il  se  laissa  persuader  et  en- 
voya jusqu'à  ^A;»iîm(l)  pour  le  chercher  et  le  faire  revenir  ;  l'envoyé  le  trouva 
malade  et  resta  longtemps  près  de  lui  dans  l'espoir  qu'il  guérirait  et  pour- 
rait être  amené  devant  l'empereur;  mais  il  mourut,  par  la  volonté  de 
Dieu,  afin  que  leur  projet  ne  pût  s'accomplir.  —  Enfin  ils  demandèrent 
à  l'empereur  de  réunir  un  concile,  où  il  y  aurait  plus  de  trois  cent  dix- 
huit  Pères  afin  qu'ils  pussent  s'en  glorifier  et  exalter  ce  concile  plus  nom- 
breux que  tous  les  précédents.  Ils  lui  persuadèrent  donc  de  réunir  un 
concile  à  Conslantinople  (2),  qui  comprendrait  trois  cent  dix-huit  Pères  et 
encore  trois  cent  dix-huit,  c'est-à-dire  six  cent  trente-six  parmi  lesquels 
Dioscore, 'po.iYiwcche  d'Alexandrie,  Analolios,  patriarche  de  Conslantinople, 
Maxime,  patriarche  d'Anlioche,   Juvénal,  évêque  de  Jérusalem  et  Marc, 

(1)  Ou  Panopolis  en  Egypte. 

(2)  L'Histoire  de  Dioscore,  p.  I'i6,  suppose  aussi  que  le  concile  se  réunit  d'abord 
à  Conslantinople.  Cette  erreur  semble  caractériser  la  tradition  égyptienne. 


LES   JACOBITES    SONT-ILS   MONOPHYSITES?  119 

évêque  d'Éplièse.  Ils  demandèrent  à  Xeon,  patriarche  Romain,  d'y  assister, 
mais  lui,  occupé  alors,  s'excusa  et  fit  un  écrit  qu'il  appela  t  tome  »  sur 
sa  croyance  à  l'égard  du  Christ,  à  savoir  qu'il  était  Dieu  et  homme  en  deux 
natures  après  l'union,  à  chacune  desquelles  il  rapportait  les  actions  qui  la 
concernaient.  Il  envoya  cet  écrit  par  deux  délégués  choisis  parmi  ses 
prêtres. 

Les  évêques  déposés  voulurent  renouveler  l'opinion  de  Neslorius,  mais 
n'en  trouvèrent  pas  le  moyen,  car  le  concile  se  tint  la  première  année  de 
l'empereur  Marcien  et  plusieurs  évêques  qui  avaient  excommunié  Nesto- 
rius  y  étaient  présents  l'an  193  de  Diodétien. 

Dioscore  commença  et  dit  :  «  Je  désire  savoir  pourquoi  un  concile  si 
nombreux,  comme  on  n'en  a  jamais  vu,  a  été  réuni.  Qu'est-il  donc  arrivé 
cà  la  foi,  pour  qu'il  ait  été  nécessaire  de  réunir  une  telle  multitude?  » 
On  apporta  alors  le  «  tome  »  de  Léon  et  on  le  lut  :  Nou8  confessons  en 
vérité  [le  Christ)  Dieu  et  homme  en  deux  natures  distinctes  ajirès  l'union,  à 
chacune  d'elles  est  rapporté  ce  qui  la  coiicerne.  Ce  qui  convient  à  la  Divi- 
nité est  rapporté  à  la  Divinité  et  ce  qui  convient  à  l'Humanité  est  rapporté 
à  la  nature  de  l'humanité  (1).  Alors  l'empereur  dit  :  «  Voilà  l'écrit  de  Léon, 
voilà  sa  foi,  il  est  le  père  le  plus  grand  de  vous  tous  ».  —  Dioscore  répon- 
dit :  a  Satanael  fut  aussi  le  plus  grand  des  Anges,  mais  quand  il  se  fut  ré- 
volté contre  Dieu,  il  tomba  de  son  rang  et  devint  Satan  (2).  Ainsi  Léon, 
aussi  longtemps  qu'il  observa  la  vraie  foi,  fut  le  père  le  plus  grand  et  le 
plus  illustre,  mais  quand  il  pervertit  la  foi,  il  tomba  de  son  rang  et  il  doit 
être  regardé  comme  Satanael.  Si  vous  n'ôtez  pas  cet  écrit  du  milieu  du 
concile,  j'anathématise  cette  ville  et  je  m'en  vais  ».  —  L'un  des  assistants 
lui  dit  :  «  Cesse  ces  discours  condamnables,  car  tu  ne  dois  pas  rester 
dans  ce  concile  ».  Dioscore  répondit  :  «  Dites-moi,  lorsque  Notre-Seigneur 
Jésus-Christ  fut  appelé  aux  noces  de  Cana  en  Galilée,  y  fut-il  appelé 
comme  Dieu  ou  comme  homme?  »  —  Ils  dirent  :  «  Il  fut  appelé  parce  qu'il 
était  homme  ».  Et  il  dit  :  «  Quand  il  changea  l'eau  en  vin,  le  flt-il  parce 
qu'il  était  homme  ou  bien  parce  qu'il  était  Dieu?  »  Ils  répondirent  : 
«  Parce  qu'il  était  Dieu  ».  Et  il  répondit  :  «  Regardez  donc  comme  un, 
avec  sa  divinité  et  son  humanité,  celui  qui  a  fait  des  miracles  et  qui  a 
supporté  librement  et  volontairement  les  douleurs  et  (dites)  qu'il  n'était 
pas  deux  après  l'union.  «  Un  autre  évêque  dit  encore  que,  d'après  leur  Père 
Léon,  il  était  en  deux  natures,  dont  l'une  faisait  les  prodiges  tandis  que 
l'autre  supportait  les  douleurs,  car  l'autre  nature  ne  pouvait  endurer  au- 


(1)  Semble  plutôt  un  résumé  qu'une  citation.  On  lit  dans  la  lettre  de  S.  Léon  à 
Flavien  :  «  agit  uti'aque  forma  cum  allerius  communione,  quod  proprium  est, 
Verbo  scilicet  opérante  quod  Verbi  est,  et  carne  e.vequente  quod  carnis  est. 
Ununi  horum  coruscat  miraculis,  aliud  succumbit  injuriis  ».  On  lit  plus  loin  : 
Unus  onim  idemque  est,  quod  sfepo  dicendum  est,  vere  Dei  fdius  et  vere  homi- 
nis  filius  ».  Cf.  Uavna,ck,Do!)mengeschichte,U,  357. 

(2)  Cette  idée  se  retrouve  dans  ['Histoire  de  Dioscore,  p.  131,  mais  la  suite  dif- 
fère complètement  et  témoigne  ainsi  des  frais  d'imagination  qu'ont  dû  faire  les 
divers  rédacteurs. 


120  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

cune  souffrance.  Alors  Dioscore  dit  :  «  D'après  Anba  Cyrille  mon  père, 
l'union  de  la  divinité  avec  l'humanité  est  comme  l'union  du  feu  avec  le 
fer,  quand  le  fer  est  jeté  dans  le  foyer,  le  feu  ne  souifre  pas,  mais  le  fer 
est  modifié  ».  —  Tous  crièrent  et  dirent  :  «  La  foi  de  Dioscore  est  la  vé- 
ritable foi  ».  —  L'empereur  dit  à  Dioscore  :  «  Est-ce  que  tu  seras  seul 
l'arbitre  de  notre  foi  et  feras-tu  en  quelque  sorte  la  loi  à  ce  concile,  de 
sorte  que  personne  ne  doive  parler  excepté  toi  ?  »  Plusieurs  évoques  ré- 
pondirent :  «  Nous  parlons  comme  Dioscore  ».  Alors  l'empereur  se  leva  et 
l'assemblée  fut  dissoute  pour  ce  jour- là. 

Les  évéques  excommuniés,  réunis  chez  l'empereur,  lui  dirent  :  «  Per- 
sonne dans  ce  concile  ne  résiste  à  tes  ordres,  excepté  Dioscore;  et  per- 
sonne en  dehors  de  lui  ne  te  résiste  en  face  :  Si  tu  ne  le  réprimandes  pas 
et  si  tu  ne  lui  inspires  pas  de  crainte,  il  en  arrivera  à  dissoudre  tout  le 
concile  et  nous  ne  pourrons  rien  devant  lui  ».  D'autres  vinrent  dire  à 
l'empereur  :  «  Si  cela  paraît  bon  à  l'empereur,  nous  userons  d'abord  de 
douceur,  on  convoquera  quelques-uns  des  plus  anciens  et  des  principaux 
de  ce  concile  avec  Dioscore.  L'empereur  les  flattera  et  leur  manifestera  sa 
volonté.  S'ils  l'écoutent,  et  sont  du  môme  avis,  c'est  précisément  ce  qu'on 
désire  ;  s'ils  n'écoutent  pas,  l'empereur  peut  commander  et  aucun  de  nous 
ne  pourra  résister  ».  Cette  idée  plut  à  l'empereur;  il  fit  venir  Dioscore, 
patriarche  d'Alexandrie,  Anulolius,  patriarche  de  Constantinople,  Maxime, 
patriarche  d'Antioche,  Juvénal,  évèque  de  Jérusalem,  Marc,  évêque  d'É- 
phèse  et  trois  des  principaux  évoques  ;  on  leur  plaça  huit  sièges  dans  le 
palais  impérial  (1).  L'impératrice  Pulchérie  s'assit  aussi  sur  son  siège  pour 
entendre  ce  qu'on  dirait  ;  il  y  avait  cependant  un  voile  étendu  entre  eux 
et  elle.  Alors  l'un  des  patrices  ami  de  l'empereur  qui  était  présent  leur 
dit  :  «  L'empereur  vous  aime,  et  désire  beaucoup  vos  prières,  ne  refusez 
donc  pas  de  lui  obéir  et  ne  le  mettez  pas  en  colère  ».  Dioscore  répondit  : 
«  Nous  aimons  vivement  aussi  l'empereur,  nous  lui  souhaitons  des  biens 
continus  et  le  bonheur  dans  toutes  ses  entreprises  ainsi  qu'une  longue  vie. 
Nous  demandons  qu'il  ne  tombe  dans  aucun  délit  ni  dans  aucune  faute 
au  sujet  de  la  religion  et  qu'il  n'encoure  pas  la  damnation  au  jour  du 
jugement.  Dieu  lui  a  donné  l'honneur  et  le  soin  de  gouverner  un  empire 
qui  abonde  en  toutes  sortes  de  biens,  qu'il  ne  s'applique  donc  pas  à  autre 
chose,  car  cela  doit  lui  suffire  ».'0n  toucha  encore  plusieurs  fois  aux 
matières  dogmatiques  et  Dioscore  dit  :  «  Que  l'empereur  n'allègue  plus  les 
paroles  de  Léon  au  sujet  de  la  foi  divine  et  orthodoxe,  car  elle  n'en  a  pas 
besoin  ». 

Comme  la  discussion  traînait  en  longueur  et  que  Dioscore  ne  changeait 
pas  et  ne  voulait  ni  ajouter  ni  retrancher  quelque  chose  à  la  foi,  Pulchérie 
irritée  lui  dit  :  «  Au  temps  de  ma  mère  Eudoxie  il  y  eut  un  homme  qui 
montra  une  arrogance  égale  à  la  tienne,  —  c'était  l'illustre  père  Jean 
Chrysostome,  —  mais  il  ne  lui  réussit  pas  d'avoir  voulu  résister  ».  Dioscore 

(1)  Cette  conférence  n'eut  jamais  lieu,  elle  n'est  mentionnée  que  dans  les  écrits 
égyptiens  :  dans  l'/fisfoire  de  Dioscore,  p.  141,  où  l'incident  est  plus  épuré  et 
dans  le  Synaxaire  arabe  jacobite,  édition  René  Basset,  p.  237-238. 


LES   JACOBITES    SONT-ILS    MONOPIIYSITES?  121 

lui  dit  :  «  Tu  sais  ce  que  le  Seigneur  Jésus-Christ  a  fait  à  ta  mère  qui 
expulsa  ce  saint  liomme  circonvenu  d'embûches,  comment  il  l'affligea  de 
violentes  douleurs  en  cet  endroit  que  tu  sais  et  elle  ne  trouva  ni  remède 
ni  guérison  jusqu'à  ce  qu'elle  vint  au  sépulcre  (de  Jean  Clirysostome)  pour 
y  pleurer  et  lui  demander  pardon.  Elle  fit  apporter  son  corps  dans  cette 
ville  au  milieu  des  honneurs,  afin  que  Dieu  voulût  bien  lui  rendre  la 
santé.  Me  voici  maintenant  en  ta  présence,  agis  comme  ta  mère,  si  tu  le 
veux,  afin  qu'il  t'en  arrive  autant  qu'à  elle  ».  Ces  paroles  irritèrent  forte- 
ment l'impératrice,  surtout  parce  qu'il  lui  avait  parlé  de  sa  mère;  elle 
passa  donc  sa  main  sous  le  voile,  lui  donna  un  soufflet,  lui  brisa  les  dents 
et,  se  jetant  sur  lui,  lui  arracha  des  poils  de  la  barbe.  Cette  injure  frappa 
tous  les  assistants  de  stupeur.  Mais  Dioscore  ramassant  les  poils  de  sa 
barbe  qui  avaient  été  arrachés  avec  ses  dents  brisées  les  fit  porter  à 
Alexandrie  et  écrivit  :  «  Voici  le  fruit  des  travaux  que  j'ai  entrepris  pour 
la  vraie  foi,  restez-lui  fidèles  (1)  ». 

L'empereur  fut  très  irrité  en  ce  jour  contre  Dioscore,  au  sujet  de  ce 
qu'il  avait  dit  en  public  à  l'impératrice  Pulchérie;  il  ordonna  aux  évèques 
de  quitter  Coustantiiiople,  de  se  réunir  à  Chalcèdoini'  et  d'y  tenir  le  con- 
cile. Il  fit  un  écrit  sur  la  nouvelle  foi,  dans  lequel  il  acceptait  la  mention 
d'une  seule  personne,  selon  la  foi  des  trois  cent  dix-huit  Pères,  puis,  selon 
la  doctrine  de  Nestorius,  réunissait  Dieu  et  l'homme  en  deux  natures 
et  deux  opérations,  comme  le  portait  le  tome  de  Léon  et  comme  il  le 
croyait  lui-même. 

Le  concile  fut  convoqué  dans  l'église  de  Sainte-Eupluhnie  et  l'empereur 
ordonna  de  lire  à  tout  le  concile  l'écrit  qu'il  avait  fait  et  la  règle  de  foi 
qu'il  avait  composée.  Quiconque  croirait,  accepterait  et  professerait  ce  qui 
était  écrit  demeurerait  sur  son  siège  ;  quiconque  résisterait  serait  déposé  et 
un  autre  serait  nommé  à  sa  place  (2).  Quand  les  évèques  furent  arrivés  et 
eurent  pris  leur  place,  Dioscore  entra  et  aperçut  —  en  regardant  à  droite 
et  à  gauche  —  plusieurs  évèques  excommuniés  assis  sur  des  sièges  au 
milieu  du  concile.  11  demanda  .•  «  Qui  a  ordonné  à  ceux-là  de  venir  à  ce 
concile?  »  Comme  personne  ne  lui  répondait,  il  dit  :  «  0  père  Juvcnal, 
est-ce  que  tu  n'as  pas  souscrit  comme  moi  l'anathème  contre  ces  excom- 
muniés, ainsi  que  tel  et  tel  Père?  »  Il  désignait  à  la  ronde  chacun  des 
évèques  qui  avaient  pris  part  à  ce  concile  (d'Éphèse)  et  avaient  signé 
l'anathème  prononcé  contre  les  autres.  Quelques-uns  répondirent  :  «  C'est 
l'empereur  qui  l'a  ordonné  (3)  ».  Alors  il  dit  :  «  Si  ce  concile  a  été  réuni 
par  la  volonté  de  Dieu,  j'y  prendrai  part  et  je  parlerai;    si  c'est  par  la 


(1)  Comme  nous  l'avons  écrit,  tout  ceci  est  œuvre  de  pure  imagination  et  a  été 
inventé  en  Egypte. 

(2)  Les  évèques  ne  se  sont  jamais  plaints  d'avoir  subi  quelque  violence  à  Chal- 
cédoine.  Par  contre,  tous  étaient  las  de  la  t3rannie  exercée  à  Éphèse  par  Dioscore 
et  en  général  par  les  Égyptiens.  D'après  toutes  leurs  paroles,  Chalcédoine  fut  un 
pou  la  revanche  des  opprimés. 

(3)  L'auteur  oublie  d'ajouter  (jue  les  évèques  soupr-onnés  de  Nestorianisme  ne 
lurent  admis  à  Chalcédoine  qu'après  avoir  anathéraatisé  Nestorius. 


122  REVUE    DE   l'orient   CHRÉTIEN. 

volonté  de  l'empereur,  qu'il  le  dirige  à  sa  guise  et  en  fasse  ce  qu"il  veut  ». 
11  sortit  du  concile,  se  retira  ailleurs  et  chargea  ses  disciples  de  lui  rap- 
porter ce  qui  aurait  lieu. 

On  leur  lut  l'écrit  concernant  la  nouvelle  foi,  ils  en  parlèrent  entre  eux; 
quelques-uns  ne  voulaient  pas  l'accepter,  mais  on  les  menaça  de  l'exil  et 
de  les  remplacer  sur  leurs  sièges.  Enfin,  après  d'assez  longues  consulta- 
tions, tous  résolurent  d'obéir  à  l'empereur  et  de  souscrire,  et  il  n'y  eut 
plus  d'espoir  de  les  ramener  à  un  autre  sentiment.  Tous  souscrivirent,  à 
l'exception  de  quelques-uns.  Quand  on  annonça  cela  à  Dioscore,  il  fut 
rempli  de  douleur  et  de  souci  à  cause  des  innovations  faites  à  la  foi  et  de 
ce  qu'on  avait  tant  osé  contre  le  roi  du  ciel  et  si  peu  contre  l'empereur 
terrestre.  Il  fit  dire  aux  évêques  :  «  Plaît-il  aux  Pères  que  je  m'associe  à 
leurs  signatures  et  à  l'obéissance  envers  l'empereur?  car  je  ne  suis  pas 
capable  de  m'enorgueillir  au  point  de  leur  résister  à  eux  tous;  qu'ils 
m'envoient  le  livre  pour  que  je  souscrive  avec  eux  et  qu'il  n'y  ait  ni 
dissension  ni  division  entre  nous  ».  Tous  en  furent  bien  heureux  et  lui 
envoyèrent  le  livre.  Quand  il  l'eut  parcouru,  il  y  mit  à  la  vérité  sa  signa- 
ture mais  après  avoir  anathématisé  le  concile  et  tous  ceux  qui  modifieraient 
la  foi  et  y  ajouteraient,  ou  changeraient  les  écrits  des  premiers  pères,  ainsi 
que  tous  leurs  aides  (1).  Il  rendit  ensuite  le  livre  avec  cet  anathème  et  le 
concile  frappé  et  irrité  par  cet  acte  fut  divisé  en  deux  partis.  Les  partisans 
de  Dioscore  disaient  :  «  Parmi  tous  ceux-là,  il  ne  s'en  est  pas  trouvé  un  en 
dehors  de  Dioscore  pour  défendre  la  foi  ».  Le  nombre  des  partisans  de 
Dioscore  augmenta  parce  qu'il  avait  eu  cette  audace  et  Victor,  chef  des 
patrices,  dit  à  ses  collègues  :  «  Si  mon  maître  l'empereur  m'ordonnait 
d'amener  maintenant  toute  cette  multitude  au  culte  des  idoles,  je  n'aurais 
à  me  servir  de  cette  verge  que  je  tiens  en  main  contre  aucun  autre  que 
contre  Dioscore  ». 

Ils  chargèrent  quelques  é\4éques  de  porter  à  l'empereur  leurs  signa- 
tures et  de  lui  rapporter  ce  qui  s'était  passé  au  concile.  L'empereur  irrité 
demanda  quel  genre  de  mort  il  pourrait  infliger  à  Dioscore.  Les  uns 
dirent  :  Qu'il  soit  décapité,  d'autres  :  Qu'il  soit  crucifié;  d'autres  :  Qu'il  soit 
livré  au  feu.  Mais  quelques-uns  des  évêques  présents  dirent  :  «  On  n'a  rien 
fait  de  tel  dans  aucun  concile  et  aucun  des-  empereurs  précédents  n'a  agi 
ainsi,  mais  ils  envoyaient  en  exil  les  récalcitrants,  les  privaient  de  leur 
dignité  et  leur  donnaient  un  successeur  ».  L'empereur  ordonna  donc 
d'agir  de  la  même  manière  et  de  déporter  Dioscore  à  Gangres,  île  des 
barbares.  Avec  lui  fut  exilé  Anba  Macaire,  évêque  de  Tkoou.  Quatre 
évêques  orientaux  s'enfuirent  et  six  cent  trente  qui  se  trouvaient  à  ce 
concile,  souscrivirent  la  foi  de  Chalcédoine,  ils  professèrent  que  le  Christ 
Notre-Seigneur  était  Dieu  et  homme  en  deux  natures  distinctes,  ils  pro- 
fessèrent aussi  de  bouche  une  personne,  mais  jamais  de  l'âme  et  sincère- 


(1)  Cet  incident  est  encore  une  simple  production  de  l'imagination  de  l'auteur. 
L'Histoire  de  Dioscore  reproduit  plusieurs  lettres  qui  sont  sans  doute  purement 
imaginaires  aussi,  p.  142-147. 


LES   JACOBITES    SONT-ILS   MONOPHYSITES?  123 

ment.  Car  au  moment  où  Neslorius  se  rendait  au  concile  (1),  interrogé 
par  ses  compagnons  pour  savoir  quelle  était  sa  foi,  il  leur  répondit  : 
«  Nous  croyons  au  Père,  au  Fils,  au  Saint-Esprit  et  au  Christ  ».  Les  évè- 
ques  de  Chalcédoine,  quand  ils  mirent  leur  foi  par  écrit,  dirent  :  «  Nous 
croyons  au  Père,  au  Fils,  au  Saint-Esprit  et  à  l'humanité  du  Seigheur  ». 
Nestorius  dit  :  «  Dieu  habita  dans  l'homme  au  moment  de  l'Incarnation 
et  le  fit  un  avec  lui  ».  Le  concile  de  Chalcédoine  dit  :  «  Le  Verbe  prit  un 
corps  et  habita  dans  le  corps  qu'il  prit  de  l'homme  et  il  le  fit  doué  d'une 
âme  ».  Neslorius  dit  que  le  corps  du  Christ  qui  s'incarna  ne  fut  pas  changé 
en  la  nature  de  la  divinité,  mais  qu'il  habita  dans  Thomme  ;  il  dit  encore  que 
le  corps  n'est  pas  distingué  de  celui  qui  y  habite  et  qu'il  est  ainsi  revêtu 
d'un  honneur  inséparable.  Il  dit  encore  :  «  Je  confesse  deux  natures  et 
j'adore  celui  qui  n'a  pas  abandonné  le  corps  ».  Le  concile  de  Chalcédoine 
dit  qu'il  conserva  chacune  des  deux  natures  parce  que  ce  n'est  pas  le 
Verbe  de  Dieu  (jui  en  fut  réduit  à  l'apparence  d'un  esclave.  Le  Verbe, 
disent-ils  encore,  fait  ce  ([ui  a  rapport  à  ses  opérations,  l'un  fait  les  mi- 
racles, l'autre  supporte  les  souffrances. 

Quelle  différence  y,  a-t-il  donc  entre  l'avis  de  Neslorius  et  l'opinion  du 
concile  de  Chalcédoine  au  sujet  de  la  foi?  S'il  y  en  a  une,  elle  semble  être 
que  Nestorius  confesse  deux  personnes,  en  deux  natures,  deux  volontés 
et  deux  libres  arbitres;  il  bâtit  sa  foi  sur  cet  édifice  sans  fondement  et  ne 
cacha  rien  de  son  blasphème,  tandis  que  le  concile  de  Chalcédoine  ne 
reconnut  qu'une  personne,  mais  il  montra  qu'il  croyait  en  deux  personnes 
lorsqu'il  affirma  que  le  Christ  était  Dieu  parfait  et  homme  parfait  en  deux 
natures  distinctes  entre  elles  même  après  l'union  ;  ils  en  arrivèrent 
ensuite  à  admettre  deux  volontés  et  deux  libres  arbitres  lorsqu'ils  dirent 
que  Dieu  faisait  les  miracles  et  que  l'homme  supportait  les  souffrances, 
en  entendant  par  là  Dieu  créateur  et  l'homme  créé.  Cette  foi  est  réelle- 
ment une  foi  en  deux  et  non  en  un,  car  il  n'est  pas  possible  qu'une  chose 
ait  la  nature,  le  libre  arbitre  et  la  volonté  sans  avoir  aussi  la  personne.  Il 
semble  qu'ils  n'osèrent  pas  confesser  une  personne  dans  ce  concile,  de 
crainte  de  Tanathème  porté  au  (premier)  concile  d'Éphèse  contre  Nesto- 
rius, et  contre  ceux  qui  embrasseraient  sa  doctrine  ou  la  professeraient. 
Ils  espéraient  être  à  l'abri  grâce  à  cette  dissimulation. 

2°  Georges  el-Macin  (2)  écrit  aussi  dans  sa  ciironique  (3)  : 

Dieu  sait  ce  qu'il  en  est  et  juge  s'ils  ont  eu  des  motifs  pour  diviser  la  foi 
et  pour  troubler  l'Eglise,  car  c'est  lui  qui  commande,  qui  juge  les  juge- 

(It  II  est  inexact  que  Nestorius  ait  été  convoqué  à  Chalcédoine.  Un  n'a  donc  ici 
que  des  récits  tendantiels. 

(2)  Auteur  chrétien  appelé  par  les  Arabes  Ibn-Amid,  né  en  Egypte  en  1223,  mort 
à  Damas  en  1273. 

(3)  Une  partie  seulement  de  cette  chronique  a  été  publiée  et  traduite  un  latin 
par  Erpenius,  Historia  Saracenica,  Leyde,  1625,  8°.  Cette  partie  commence  à 
Jlahomet.  Elle  a  été  traduite  à  nouveau  en  français  et  en  anglais;  nous  publions 
le  présent  passage  inédit  d'après  le  ms.  Renaudot  n"  18. 


124  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

ments  et  qui  fait  ce  qu'il  veut.  A  lui  gloire  dans  les  siècles  des  siècles. 

L'empereur  Marcien  épousa  Pulchérie,  sœur  de  l'empereur  Théodose. 
Sous  son  règne  eut  lieu  le  quatrième  concile  réuni  à  Chalcédoine,  avec 
six  cent  trente  évêques.  Marcien  le  réunitpour  juger  l'opinion  de  Dioscore, 
patriarche  à.' Alexandrie ,  d'après  lequel  le  Christ  était  une  substance  formée 
de  deux  substances,  une  personne  formée  de  deux  personnes,  une  nature 
formée  de  deux  natures  et  une  volonté  formée  de  deux  volontés.  L'empereur 
Marcien  et  ses  sujets  disaient  deux  substances,  deux  natures,  deux  volon- 
tés et  une  personne.  Tous  les  évéques  se  rallièrent  à  l'avis  de  l'empereur, 
excepté  Dioscore^  patriarclie  d'Alexandrie,  et  six  évêques  qui  refusèrent 
aussi  bien  que  lui  d'adhérer.  L'empereur  en  fut  irrité  et  les  évêques  qui 
lui  avaient  obéi  firent  lui  «  tome  »  qu'ils  signèrent.  Dioscore  leur  fit  deman- 
der ce  «  tome  »,  pour  souscrire  aussi.  Ils  le  lui  envoyèrent,  mais  lui  y  écri- 
vit sa  profession  de  foi  et  un  anathème  contre  quiconque  s'éloignerait  de 
son  avis.  A  cette  nouvelle,  l'empereur  voulut  le  tuer,  mais  les  patrices  et 
les  princes  lui  conseillèrent  de  le  faire  venir  avec  quelques-uns  des  prin- 
cipaux évêques,  car  ceux-ci  l'amèneraient  peut-être  à  leur  avis  et  ainsi 
l'Église  ne  serait  pas  divisée.  Marcien  s'assit  donc  sur  le  trône  impérial; 
son  épouse  Pulchérie  était  aussi  sur  un  trône  à  côté  de  lui.  On  disposa 
aussi  des  sièges  pour  Dioscore  et  les  principaux  évêques.  L'empereur 
leur  fit  une  allocution  et  comme  les  patrices  conseillaient  à  Dioscore  d'ad- 
hérer à  l'avis  de  l'empereur  et  des  Pères  pour  conserver  ainsi  sa  dignité, 
il  leur  dit  :  «  Que  Dieu  accorde  un  très  long  règne  à  l'empereur.  Il  n'a 
pas  besoin  de  s'occuper  de  ces  petites  choses,  mais  il  doit  s'appliquer  à 
diriger  les  affaires  de  l'empire  et  laisser  les  prêtres  s'occuper  de  la  foi 
orthodoxe,  car  ils  connaissent  les  Ecritures.  L'empereur  ne  s'appliquera 
donc  à  rien  de  ce  genre,  mais  cherchera  la  vérité  et  la  suivra  ».  Alors 
Pulchérie  lui  dit  :  «  Il  y  eut  au  temps  de  ma  mère  un  homme  qui  avait  au- 
tant d'entêtement  que  toi;  il  fut  excommunié  et  exilé,  c'était  Jean  Chrtjso- 
slome  ».  Dioscore  lui  dit  :  «  Tu  sais  ce  qui  arriva  à  ta  mère  et  de  quelles  ma- 
ladies graves  elle  fut  affligée  jusqu'à  ce  qu'elle  allât  au  sépulchre  de  saint 
Jean  Chrysoslome  et  y  demandât  grâce,  pour  arriver  à  guérir  »  :  à  ces 
paroles  Pulchérie  ne  put  retenir  ses  larmes  et,  pleine  décolère,  l'attaquant 
à  coups  de  poings,  lui  cassa  deux  dents  et  lui  arracha  les  poils  de  la  barbe. 

L'empereur  ordonna  de  l'anathématiser,  de  le  chasser  de  son  siège  et  de 
l'envoyer  en  exil.  Ils  l'anathématisèrent  donc,  l'expulsèrent  et  mirent  à  sa 
place  Protérius  comme  patriarche  d'Alexandrie. 

3"  Ajoutons  enfin  le  récit  d'un  auteur  égyptien  musulman, 
Makrizi  (1),  qui  écrit  d'après  les  mêmes  sources  (2)  : 
Le  quatrième  des  conciles  chrétiens  eut  lieu  à  Chalcédoine  (451);  l'au- 

(1)  Taki  Eddin  al-Makrizi,  né  au  Caire  en  1364,  mort  en  1441  dans  la  même  ville. 

(2)  Nous  tirons  ce  passage  de  :  Taki-Eddini  Makrizii,  Hisloria  Coptorum  chri- 
stianorum.  Arabice  édita  et  latine  translata  ab  Ilenrico  .JosephoWetzer  :  Solisbaci, 
1828,  p.  59  à  65.  Wiistent'eld  a  réédité  et  traduit  en  allemand  cette  Histoire  des 
Coptes. 


LES    JACOBITES    SONT-ILS    MONOPHYSITES?  125 

teur  en  fut  Dioscore,  patriarche  d'Alexandrie.  Il  enseignait  que  le  Messie 
était  une  substance  de  deux  substances,  une  personne  de  deux  personnes, 
une  nature  de  deux  natures  et  une  volonté  de  deux  volontés.  L'opinion 
de  l'empereur  grec  Marcien  et  de  sa  nation  était  que  le  Messie  avait  deux 
substances,  deux  natures,  deux  volontés  et  une  personne.  Quand  les  évo- 
ques comprirent  que  telle  était  la  volonté  de  l'empereur,  ils  le  craignirent 
et  se  rallièrent  tous  à  son  avis,  à  l'exception  de  Dioscore  et  de  six  évêques 
qui  ne  donnèrent  pas  leur  consentement  à  l'empereur.  Les  autres  évê- 
ques souscrivirent  l'opinion  dont  ils  avaient  convenu.  —  Dioscore  leur  fit 
demander  le  libelle  afin  d'y  inscrire  aussi  sa  foi.  Quand  il  eut  reçu  leur 
libelle,  il  y  inscrivit  sa  foi  et  excommunia  non  seulement  ceux-là  ,  mais 
encore  tous  ceux  qui  s'en  écarteraient.  Marcien,  irrité,  cherchait  aie  tuer. 
On  lui  conseilla  de  l'appeler  et  de  le  juger.  Il  manda  donc  k  Dioscore  de  se 
présenter.  Il  le  fit  et  les  six  cent  trente-quatre  évêques  se  réunirent  en 
même  temps.  Les  évêques  et  les  patriarches  conseillèrent  à  Z>/oscore  d'em- 
brasser l'opinion  de  l'empereur  et  de  retourner  à  sa  charge  patriarcale. 
Alors  ils  invitèrent  l'empereur  (à  parler)  et  il  leur  dit  qu'il  n'avait  pas  be- 
soin de  scruter  des  choses  si  subtiles,  qu'il  lui  était  plus  expédient  de 
s'occuper  des  affaires  de  son  royaume,  de  le  gouverner  et  de  laisser  les 
prêtres  discuter  de  la  vraie  foi,  qu'ils  savaient  écrire,  qu'ils  eussent  donc 
à  suivre  la  vérité  sans  se  laisser  conduire  par  l'amour  de  quelqu'un.  — 
Ensuite  Pulchérie,  épouse  de  l'empereur  Marcien,  qui  se  tenait  près 
de  lui,  dit  :  «  Dioscore,  au  temps  de  ma  mère,  fleurissait  un  homme  doué 
d'un  grand  génie,  ton  égal,  nommé  Jean  Chrysostome,  patriarche  de 
Constantinople  ;  cependant  on  l'excommunia  et  on  le  priva  de  son  siège  ». 
Dioscore  lui  répondit  :  «  Sais-tu  ce  qui  arriva  à  ta  mère,  comment  elle  tomba 
malade,  jusqu'à  ce  qu'elle  allât  demander  pardon  près  du  corps  de  Jean 
Chrysostome  et  qu'elle  recouvrât  la  santé  ?»  —  Pidchét'ie,  fort  indignée  de 
ces  paroles,  lui  donna  un  soufflet  au  point  de  lui  casser  deux  dents;  d'au- 
tres hommes  l'invectivèrent  et  lui  arrachèrent  une  grande  partie  de  la 
barbe.  L'empereur  ordonna  qu'il  fût  excommunié  et  privé  de  son  siège. 
Aussi  les  évêques  se  réunirent  contre  lui,  l'excommunièrent,  le  chassèrent 
de  son  siège  et  Prolériicsîiit  nommé  à  sa  place.  Depuis  ce  concile,  les  chré- 
tiens furent  divisés  en  Melchites,  c'est-à-dire  «  qui  suivaient  l'avis  de  l'em- 
pereur »  etj'acobites  qui  adhéraient  à  la  doctrine  de  Dioscore.  Cela  arriva 
la  193'-'  année  de  l'ère  de  Dioclèlien.  Marcien,  durant  tout  son  règne,  émit 
un  édit  que  quiconque  n'adhérerait  pas  à  son  avis  serait  mis  à  mort.  Entre 
ce  concile  et  le  troisième  il  y  a  vingt  et  un  ans.  —  Pour  ce  qui  regarde 
Dioscore,  il  prit  ses  dents  et  les  poils  de  sa  barbe  et  les  envoya  à  Alexan- 
drie en  disant  :  «  Voilà  ce  que  rapporte  la  foi  ».  Aussi  le  peuple  d'Alexan- 
drie et  d'Egypte  embrassa  sa  doctrine.  Envoyé  en  exil,  il  traversa  Jérusa- 
lem etlà  Palestine  en  prêchant  sa  doctrine  aux  hommes  qui  l'embrassèrent 
et  la  professèrent  (I);  enfin,  après  avoir  établi  plusieurs  évêques  jacobites, 

(1)  Ceci  est  propre  à  Makrizi,  car  chaque  auteur  brode  un  peu  sur  le  canevas 
fourni  par  ses  devanciers.  En  r('alité,  Dioscore  dut  aller  par  nier  de  Chalcédoine 
à  Gangres. 


126  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

il  mourut  en  exil  le  quatrième  jour  du  mois  de  Toth  (1).  Le  patriarchat 
d'Alexandrie,  qu'il  avait  dirigé  durant  quatorze  ans,  n'avait  pas  de  patriar- 
che sous  le  règne  de  l'empereur  Morcien;  d'autres  racontent  au  contraire 
que  Protérins  avait  été  mis  à  la  tète  du  patriarchat  d'Alexandrie. 

Les  hommes  ne  sont  pas  d'accord  entre  eux  pourquoi  cette  secte  fut 
nommée  jacobite  (2).  Certains  disent  que  Dioscore,  avant  d'être  patriar- 
che, se  nommait  Jacques  et  qu'il  exhorta  par  lettres,  ses  sectateurs  durant 
son  exil  à  garder  fidèlement  la  foi  du  pauvre  et  du  proscrit  Jacques.  — 
D'autres  disent  que  Dioscore  eut  un  disciple  nommé  Jacques  qu'il  envoya 
à  ses  partisans  durant  son  exil  et  que  ceux-ci  prirent  son  nom.  —  D'autres, 
que  Jacques  fut  disciple  de  Sévère,  patriarche  d'Antioche,  attaché  à  la  doc- 
trine de  Dioscore,  qui  envoya  Jacques  aux  chrétiens  pour  les  confirmer 
dans  la  foi  de  Dioscore.  —  D"autres,  qu'un  certain  Jacques,  remarquable  par 
sa  piété  et  ses  mortifications  et  vêtu  d'une  couverture  de  bête  de  somme 
(aussi  fut-il  nommé  Jacques  Baradée),  parcourut  la  terre  et  excita  les 
hommes  à  embrasser  la  doctrme  de  Dioscore  ;  aussi  tous  ceux  qui  le  firent 
furent  appelés yaco6//es,  d'après  son  nom.  Le  même  Jacques  serait  encore 
appelé  Jacques  de  Saroug  (3). 


Ilf .  —  Sentiment  des  jacobites  touchant  l'union  des  deux 
natures  dans  le  Christ. 

Il  est  inexact  de  confondre  les  partisans  de  Dioscore  avec  les 
Eutychieus,  car,  s'ils  n'admettaient  qu'une  nature  en  N.-S.  après 
l'union,  ils  professaient  que  cette  unique  nature  était  formée  de 
deux  sa?is  mélange  ni  confusion  ni  conversion  de  l'une  en 
l'autre,  ni  division.  En  d'autres  termes,  ils  professaient  une 
nature  double  au  lieu  de  deux  natures. 

Ils  se  recommandaient  de  saint  Cyrille  pour  dire  que  la  na- 
ture incarnée  du  Verbe  était  une,  de  sorte  que  le  Christ  était 
«  de  deux  natures  »  et  non  pas  «  en  deux  natures  »,  comme  l'a- 
vait écrit  le  concile  de  Chalcédoine  à  la  suite  du  pape  saint 
Léon.  Dioscore  exposa  lui-même  cette  opinion  à  plusieurs  re- 
prises au  concile  de  Chalcédoine  :  «  J'admets  :  de  deux;  jen'ad- 


(1)  Makrizi  suppose  à  tort  qu'il  y  a  concordance  exacte  entre  les  calendriers 
syrien  et  copte.  Dioscore  mourut  le  quatre  Élul  (septembre)  451  (Cf.  Histoire  de 
bioscore,  p.  175  et  5).  Mais  au  quatre  Elul  correspond  le  septième  jour  de  Toth. 
Cf.  Synaxaire,  éd.  René  Basset,  p.  236. 

(2)  L'accord  existe  maintenant.  Ce  nom  provient  de  Jacques  Baradée. 

(3)  Il  n'y  a  aucun  rapport  entre  Jacques  Baradée  (f  578)  et  Jacques,  évêque  de 
Saroug  (t521). 


LES   JACOBITES    SONT-ILS    MONOPHYSITES?  127 

mets  pas  :  deux  (1)  ».  Quand  on  cita  à  Éphèse  ce  qui  avait  été 
fait  à  Constantinople  sous  Flavien  et  que  l'on  en  vint  à  ces  pa- 
roles de  Meliphtongos,  évêque  de  Julianopolis  :  «  ceux  qui  ne 
confessent  pas  que  les  deux  natures  sont  jointes  dans  une  véri- 
table unité  pour  (former)  le  seul  et  unique  Fils  de  Dieu,  vrai 
Dieu  de  vrai  Dieu,  Jésus-Christ,  soient  anathèmes  (2)  »  et  à 
celles  de  Julien,  évêque  de  Coos  :  «  Nous  confessons  donc  deux 
natures  en  une  personne  (3)  »  ;  Dioscore  dit  à  Chalccdoine  : 
«  Je  blâme  ces  paroles,  car,  après  Funion,  il  n'y  a  plus  deux 
natures  (4)  ».  De  plus,  Dioscore  ne  conda.mndi  Flavien,  comme 
on  le  voit  par  les  actes  du  brigandage  d'Éphèse  et  comme  il  le 
dit  lui-même  à  Chalcédoine,  que  parce  qu'il  disait  «  deux 
natures  après  l'union  »,  tandis  que  les  témoignages  des  Pères 
montraient  qu'après  l'union,  il  ne  fallait  pas  dire  deux  natures, 
mais  une  nature  incarnée  du  Verbe  (5).  Le  tome  de  Léon  qui 
reconnaissait  deux  natures  après  l'union,  était  censé  renouveler 
l'hérésie  nestorienne,  car,  pour  les  jacobites,  la  nature  suppo- 
sait la  personne,  et  le  concile  de  Chalcédoine  n'aurait  prôné 
une  personne  et  deux  natures  que  pour  échapper  aux  ana- 
thèmes portés  contre  quiconque  dirait  deux  personnes,  bien 
qu'au  fond  leur  sentiment  fût  le  même. 

Dioscore  niait  aussi  que  les  deux  natures  fussent  confondues 
dans  le  Christ,  de  crainte  de  tomijer  dans  l'erreur  de  Vcdentin 
et  (ï Apollinaire  appelés  auvouaiaa-aç  par  les  saints  Pères  qui  les 
combattirent,  parce  qu'ils  disaient  que  les  deux  natures  s'é- 
taient mélangées  pour  en  former  une  seule.  Il  dit  clairement 
en  effet  dans  la  première  action  du  concile  de  Chalcédoine  : 


(1)  T6  £X  ô-Jo  ÔE'xojAat,  to  ôûo  où  5£xo[j.at.  Hardouin,  Acta  Conciliorum,  t.  II, 
Paris,  1714,  col.  136. 

(2)  Acia  Conciliorum,  II,  col.  136 

(3)  '0[xo>>oYoùjj.ev  toîvjv  xà;  SOo  çûaeiç  èv  évlTtporrtoirw.  Acla  Conc,  II,  col.  137. 

(4j  'lôoù  to-jTOu  i7:OaiJ.6àvo[i.ai,  [li-zx  ^àp  xr)v  svwctiv  oûo  çûustç  oOv.  zlaiv.  Acta  Con- 
ciliorum, II,  137. 

(5)  Aiôffxopo;  6  eùXaêéffTaxo;  èTtîcxoTtoi;  'AXE^avSpsîa;  eItze.  cpavepô):  ôià  toûto  y.a9T]py)Tat 
ilOauiavôç  ÔTt  (xexà  xvjv  ëvwatv  ùùo  çy<>Et;  stuev,  èyw  ok  xpYJdet;  ejrw  xwv  àyiwv  Tîaxs'pwv 
'Aôavafftou,  rpYiyopiovi,  Kupt>Xou,  oxi  où  Set  XÉyetv  [Jiexà  xr;v  evwtriv  ôûo  çûaetç,  à)là 
(liav  ffe(7apxtùjj,évr)v  xoù  ),6you  çOtriv.  Mansi,  VI,  682.  Acta  Conciliorum, t.  II,  col.  132* 
Les  orthodoxes  montraient  que  par  «  une  nature  du  Verbe  incarné  »  les  Pères 
indiquaient  deux  natures,  comme  le  fait  Jean  Maron  dans  ses  œuvres  que  nous 
avons  publiées.  V.  Opuscules  maronites,  V"  partie,  Paris,  1899,  p.  25-40  de  la  tra- 
duction et  p.  l(.)-22  du  texte  syriaque  lithographie. 


128  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

«  Nous  ne  disons  ni  confusion,  ni  division,  ni  conversion;  ana- 
thème  à  qui  dira  confusion,  ou  conversion,  ou  mélange  »   : 

(juyy^uatv,  '1^  xpoTCYjv,  y)  àvaxpaaiv  (1). 

Telle  fut  toujours  l'opinion  desjacobiies,  qui  reconnaissent 
une  nature  formée  de  deux,  la  nature  humaine  et  la  nature  di- 
vine incarnée,  de  sorte  que  ces  deux  natures  se  sont  unies  en 
une  sans  mélange,  division,  altération  ou  changement,  et  n'ont 
pas  été  séparées  l'une  de  l'autre,  nulle  part,  à  aucun  moment, 
pendant  aucune  durée,  de  sorte  que  le  Christ  était  homme 
parfait  et  Dieu  parfait,  un  Dieu,  un  Christ,  une  personne,  un 
suppôt,  une  substance  formée  de  deax,  une  nature  formée  de 
deux,  une  volonté  formée  de  deux,  né  du  Père  avant  tous  les 
siècles  et  né  dans  le  temps  de  la  Vierge  Marie,  consubstantiel 
au  Père  selon  la  divinité,  consubstantiel  à  nous  selon  l'huma- 
nité, qui  souffrit  pour  nous  en  vérité  dans  la  chair,  de  sorte 
cependant  que  la  divinité  ne  fut  jamais  sujette  aux  souffrances. 
—  C'est  pure  rêverie  de  leur  attribuer  une  autre  opinion  et 
de  les  confondre  avec  les  Euty chiens  qu'ils  ont  toujours  ana- 
thématisés  (2). 

On  pourrait  citer  de  nombreux  témoignages  pour  justifier 
les  précédentes  conclusions,  Renaudot  en  a  déjà  relevé  une 
demi-douzaine  dans  la  Perpétuité  de  la  foi  (3).  Nous  relèverons 
seulement  celui  de  Sévère  d'Antioche,  tel  que  l'expose  Bar 
Hébraeus  :  en  Jésus-Christ,  il  n'y  a  qu'une  nature^  la  divine 
et  V humaine,  sans  confusion,  sans  mélange  et  sans  corrup- 
tion, et  qui  demeurent  ce  qu'elles  étaient;  de  même  que  la 


(1)  Actio  prima.  Acia  Conciliorum,  t.  II,  Paris,  1714,  p.  128.  Cité  par  Harixack, 
Dogmengeschlchte,  Leipzig,  1894,  t.  Il,  p.  369. 

(2)  On  reprochait  à  Eutychès  de  renouveler  les  erreurs  de  Valentin  et  d'Apol- 
linaire, de  dire  que  le  corps  du  Christ  n'était  pas  consubstantiel  au  nôtre,  mais 
tiré  du  ciel,  et  que  l'unique  nature  du  Christ  était  formée  de  deux  avec  commu- 
nication et  confusion;  en  d'autres  termes,  d'absorber  l'humanité  dans  la  divinité. 
Dioscore  reçut  Eutychès  dans  sa  communion  au  brigandage  d'Éphèse,  mais 
après  qu'il  eut  anathématisé  les  erreurs  de  Valentin  et  de  ceux  qui  attribuent  au 
Messie  une  chair  descendue  du  ciel,  c'est-à-dire  après  qu'il  eut  anathématisé  la 
principale  erreur  pour  laquelle,  selon  les  jacobites,  il  avait  été  condamné  à  Cons- 
tantinople.  Dioscore  le  reçut  donc  à  Éphèse,  disent  les  jacobites,  parce  qu'il  y  fit 
une  profession  orthodoxe  et  le  condamna  plus  tard  quand  il  renouvela  les  er- 
reurs qui  l'avaient  déjà  fait  condamner  à  Constantinople. 

(3)  Édition  Migne,  Paris,  1841,  t.  III,  col.  68-70. 


LES   JACODITES    SONT-ILS    MONOPIIYSITES  ?  129 

nature  de  l'homme  est  de  deux  natures,  de  Vâme  et  du 
corps;  et  que  le  corps  est  aussi  composé  de  deux  natures,  la 
matière  et  la  forme,  sans  que  l'âme  soit  chamjée  au  corps  et 
ta  matière  en  ta  forme. 

Nous  trouverons  plus  loin  l'opinion  de  Bar  Hébraeus  lui- 
même,  telle  que  l'expose  Assémani,  et  terminerons  ici  par  un 
texte  de  Jean  Pliiloponos,  cité  par  Michel  le  Syrien.  Cet  auteur, 
qui  a  écrit  en  grec  un  long  ouvrage  farci  de  dialectique  pour 
démontrer  par  la  force  du  raisonnement,  sinon  des  faits  et  des 
témoignages,  que  les  partisans  du  concile  de  Clialcédoine  sont 
des  Nestoriens,  nous  semble  exposer  assez  clairement  la  doc- 
trine jacobitc  (1)  : 

Qu'il  n'y  a  pas  une  seule  nalure  de  la  divinité  et  de  l'humanité,  mais  qu'il 
y  a  une  seule  nalure  ou  hyposlase  du  Christ  composé,  chacune  des  deux  de- 
meurant inconfuse. 

Aussi,  nous  ne  disons  pas  qu'il  y  a  une  nature  ou  une  liypostase  de  la  di- 
vinité et  de  l'humanité,  mais  bien  du  Christ  composé;  car  nous  confessons 
et  nous  adorons  [le  Christ  en  une  seule  nature]  ou  hypostase,  en  tant  que 
composé.  Nous  n'admettons  point  la  destruction  de  l'une,  ni  la  confusion 
[ou  le  mélange]  des  deux.  Nous  avons  blâmé  cela  bien  souvent,  car  nous 
considérons  comme  tout  à  fait  ridicule  cette  opinion  de  quelques-uns,  que 
peut-être  il  y  a  eu  quelque  conversion  ou  confusion  dans  cette  union, 
alors  que  cela  n'a  pas  même  lieu  dans  les  autres  composés,  si  ce  n'est  tou- 
tefois dans  le  mélange  des  qualités  contraires,  comme  nous  l'avons  montré 
dans  le  AtatTrjxr'ç,  à  cause  qu'elles  se  contrarient  mutuellement  et  que  l'une 
est  détruite  par  l'autre.  Chez  l'homme  au  contraire  et  chez  Notre-Seigneur 
le  Christ,  ce  qui  est  moindre  est  conservé  par  ce  qui  est  plus  grand  : 
le  corps  par  l'àme,  ce  qiii  est  humain  par  la  divinité  du  Christ.  —  Il  est 
donc  évident,  d'après  cela,  que  nous  ne  disons  pas  une  nature  selon  l'affec- 
tion pour  la  chair  (2),  ni  selon  la  confusion  de  l'humanité  et  de  la  divinité 
du  Christ  ;  mais  parce  que  nous  croyons  que  le  Verbe  de  Dieu  s'est  in- 
carné de  telle  sorte  qu'il  y  a  eu  union  de  la  nature  divine  et  de  l'iiumanité. 
Or  l'union,  si  elle  a  lieu  réellement,  réunit  nécessairement  en  une  les 
choses  qui  sont  unies.  C'est  cela,  et  non  autre  chose,  qu'exprime  cette 
sentence  de  saint  Athanasius  et  de  Cyrillus  :  «  Une  est  la  nature  incarnée 
de  Dieu  le  Verbe.  »  —  En  effet,  la  nature  ou  hypostase  de  l'homme  est 
aussi  un  composé  formé  de  l'âme  et  du  corps  ;  cependant  aucun  des  deux 
n'est  changé  en  l'autre  dans  la  composition,  pas  plus  que  dans  le  Christ 
sa  divinité  et  l'humanité. 


(1)  Chronique  de  Michel,  II,  j).  IIO. 

(2)  ■■  Pour  ne  reconnaître  en  \otre-Seigneur  que  la  nature  liumaine?? 

ORIUNT    CHRÉTIEN.  9 


13Ô  REVUE   DE   l'orient   CHRETIEN. 


IV.  —  Sentiment  des  catholiques  touchant  l'union 
des  deux  natures. 

Il  nous  suffira  de  rapporter  la  profession  do  foi  de  Chalcé- 
doine  et  les  passages  caractéristiques  d'une  lettre  du  concile 
tenu  à  Rome  sous  le  pape  Agathon,  adressée  au  troisième  con- 
cile de  Constantinople. 

1°  Chalcédoine.  Suivant  donc  les  saints  Pères,  nous  déclarons  tous  d'une 
voix  que  l'on  doit  confesser  un  seul  et  même  Jésus-Christ  Notre-Seigneur, 
le  même  parfait  dans  la  divinité  et  parfait  dans  l'humanité,  vraiment 
Dieu  et  vraiment  homme;  le  même  composé  d'une  âme  raisonnable  et 
d'un  corps  ;  consubstantiel  au  Père  selon  la  divinité  et  consubstantiel  à 
nous  selon  l'humanité,  en  tout  semblable  à  nous,  liormis  le  péché  ;  en- 
gendré du  Père  avant  les  siècles  selon  la  divinité  et  dans  les  derniers 
temps  né  de  la  Vierge  Marie,  mère  de  Dieu,  selon  l'humanité,  pour  nous 
et  pour  notre  salut  ;  «n  seul  et  même  Jésus-Christ,  Fils  unique,  Seigneur 
en  deux  natures,  sans  confusion,  sans  changement,  sans  division,  sans  sé- 
paration,  sans  que  l'union  ôte  la  différence  des  natures;  au  contraire,  la 
propriété  de  chacune  est  conservée  et  concourt  en  une  seule  personne  et 
une  seule  hyposlase;  en  sorte  qu'il  n'est  pas  divisé  ou  séparé  en  deux  per- 
sonnes, mais  que  c'est  un  seul  el  même  Fils  unique,  Dieu  Verbe,  Notre-Sei- 
gneur Jésus-Christ. 

2°  Lettre  d'Agathon  et  de  son  concile  (G80)  au  concile  de 
Constantinople  tenu  en  681. 

Unum  eumdemque  D.  N.  J.  C,  Filium  Dei  unigenitum,  ex  duabus  et  in 
duabus  substantiis  inconfuse,  incommutabiliter,  indivise,  inscparabililer 
subsistere  cognoscimus,  nusquam  sublata  differentia  naturarum  propter 
unitionem,  sed  potius  salva  proprietate  utriusque  naturae,  et  in  unam  per- 
sonam  unamque  subsistentiam  concurrente,  non  in  dualitatem  persona- 
rum  dispertitum  vel  diversum,  neque  in  unam  compositam  naturam 
confusum,  sed  unum  eumdemque  Filium  unigenitum,  Deum  Verbum, 
D.  N.  J.  C,  neque  alium  in  alio,  neque  alium  et  alium,  sed  eumdem 
ipsum  in  duabus  naturis,  id  est,  in  deitate  et  humanitate,  et  post  substan- 
tialem  adunationem  cognoscimus  quia  neque  Verbum  in  carnis  naturam 
conversum  est  :  permansit  enim  utrumque  quod  naturaliter  erat  :  diffe- 
rentiam  quippe  adunularum  in  eo  naturarum  sala  contempla tione  disrer- 
nimus  ex  quibus  inconfuse,  inseparabiliter  et  incommutabiliter  est  compo- 
situs;  unum  enim  ex  utrisque  et  per  unum  utraque  quia  simul  sunt  et 
altitude  deitatis  et  humilitas  carnis,  servante  utraque  natura  etiam  post 
adunationem  sine  defectu  proprietatem  suam  (1). 

(1)  Cité  Theologia...  seminarii  Claromonlensis,  t.  II,  Paris,  188G,  p.  322-323. 


LES    JACOBITES    SONT-ILS    MONOPIIYSITES?  131 

Ajoutons  que  le  concile  de  Chalcédoine,  comme  les  précé- 
dents et  les  suivants,  condamna  Nestorius  et  ses  partisans  et 
ne  reçut  Théodoret  et  Ibas  d'Édesse  qu'après  leur  avoir  fait 
anatliématiser  Nestorius.  «  Tliéodoret  dit  :  Anathèmc  à  Nes- 
torius, à  quiconque  ne  dit  pas  que  la  Vierge  Marie  est  mère 
de  Dieu  et  à  quiconque  divise  en  deux  le  Fils  unique  (1)...  Ibas 
dit  :  J'ai  déjà  anathématisé  par  écrit  Nestorius  et  sa  doctrine, 
et  maintenant  je  l'anathématise  mille  fois  (2)  ». 


V.  —  Conclusion. 

Les  jacobites  n'ont  jamais  été  Eutychiens  et  les  catho- 
liques n'ont  jamais  été  Nestoriens.  Dioscore  n'a  reçu  Eu- 
tychès  au  second  concile  d'Éphèse,  disent  les  jacobites,  qu'a- 
près lui  avoir  fait  anathématiser  ses  erreurs  et  les  catholiques 
n'ont  reçu  Théodoret  et  Ibas  à  Chalcédoine  qu'après  leur 
avoir  fait  anathématiser  Nestorius.  Il  importe  peu  que  les  ja- 
cobites emploient  les  mêmes  mots  :  «  une  nature  »  que  les 
Eutychiens,  puisqu'ils  se  séparent  essentiellement  d'eux  dans 
l'explication  des  propriétés  de  cette  nature  unique.  Il  importe 
peu  que  les  catholiques  emploient  les  mêmes  mots  :  «  deux 
natures  »  que  les  Nestoriens,  puisqu'ils  se  séparent  essentielle- 
ment d'eux  dans  l'explication  du  mode  d'union  des  deux  na- 
tures. Les  jacobites  ne  reconnaissent  qu'une  nature,  mais  elle 
est  formée  de  deux,  et  ils  ajoutent  :  «  sans  confusion  et  sans 
mélange  ».  Les  catholiques  reconnaissent  deux  natures,  mais 
ils  ajoutent  :  «  sans  division,  sans  séparation...  en  une  seule 
hypostase  ».  Les  traditions  jacobites  et  en  particulier  les  tra- 
ditions égyptiennes  relatives  au  concile  de  Chalcédoine  sont 
inexactes.  Le  rôle  de  la  force  au  concile  de  Chalcédoine  a  été 
infiniment  moindre  qu'au  second  concile  d'Éphèse,  car  aucun 
des  intéressés  ne  s'est  plaint  du  roi  Marcien,  tandis  que  de 
nombreux  évoques  ont  accusé  Dioscore  en  face  et  lui  ont  re- 
proché d'avoir  fait  entrer  des  soldats  en  armes  et  des  moines 
avec  Barsumas,  pour  les  obliger  à  souscrire  sur  un  papier  blanc 


(1)  8«  action. 

(2)  10'^  action. 


132  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

et  d'avoir  fait  chasser  les  notaires  des  autres  évêques  pour 
faire  rédiger  les  actes  par  les  siens  et  pouvoir  ainsi  les  falsifier 
facilement.  Par  contre,  les  jacobites  ont  quelque  raison  d'affir- 
mer que  le  concile  de  Chalcédoine  a  été  réuni  cuntre  Eutychès 
et  non  pas  contre  Dioscore  et  que  celui-ci  n'y  a  pas  été  con- 
damné pour  une  erreur  déterminée  puisqu'il  déclarait  enseigner 
tout  ce  qu'avait  enseigné  saint  Cyrille.  Ce  qui,  donne  quelque 
crédit  à  cette  opinion,  c'est  qu'Anatolius,  archevêque  de  Cons- 
tantinople,  a  pu  dire  devant  tout  le  concile  sans  être  contredit  : 
«  Dioscore  n'a  pas  été  déposé  pour  la  foi,  mais  parce  qu'il  a 
excommunié  l'archevêque  Léon,  et  qu'ayant  été  cité  trois  fois, 
il  n'est  pas  venu  (1)  ». 

Ainsi,  à  l'origine,  les  jacobites  semblaient  former  un  schisme 
plutôt  qu'une  hérésie.  Nous  pouvons  citer  en  faveur  de  cette 
idée  Richard  Simon  et  Assémani  (2). 

Dans  son  Histoire  critique  des  dogmes,  des  controverses, 
des  coutumes  et  des  cérémonies  des  chrétiens  orientaux  {3), 
Richard  Simon  écrit  : 

A  regard  de  leur  créance,  tous  les  Monophysites,  soit  jacobites  (4),  soit 
Arméniens,  ou  Cophtes  et  Abyssins,  sont  du  sentiment  de  Dioscore  tou- 
chant i'unité  de  nature  et  de  personne  en  Jésus-Christ,  et  pour  cela  on 
les  traite  d'hérétiques.  quoiqu"en  effet  ils  ne  différent  des  théologiens  la- 
tins qu'en  la  manière  de  s'expliquer.  Ce  ([ue  les  plus  savants  d'entre  eux 
reconnaissent  aujourd'liui,  ainsi  qu'il  paraît  de  la  conférence  (5)  que  le 
P.  Christophle  Roderic,  envoyé  du  Pape  en  Egypte,  eut  avec  les  Cophtes 
touchant  la  réunion  des  deux  Églises  :  car  ils  avouèrent  qu'ils  ne  s'expli- 

(1)  5'"''  action,  Acla  cunc.  Il,  119.  Les  jacobites  se  sont  toujours  pn-valus  de  ce 
texte.  Ils  écrivent  aussi  que  Justinien,  dans  son  édit  adressé  au  cinquième  con- 
cile, a  dit  :  «  Dioscore  n'a  pas  péché  contre  la  loi  ».  Cf.  Bullelin  de  l'Assucialion 
Saint-Louis  des  Maronites,  1903,  p.  377. 

(2)  Nous  pourrions,  bien  entendu,  trouver  des  auteurs  modernes  de  même  sen- 
timent. Citons  du  moins  Blanc,  auteur  d'un  Cours  d'histoire  ecclésiastique  à  l'u- 
sage des  séminaires  assez  répandu.  Paris,  1882,  t.  1,  p.  G03  :  «  Les  jacobites  n'ad- 
mettaient qu'une  nature  après  l'Incarnation,  nature  formée  des  deux  natures 
divine  et  humaine,  celles-ci  toutefois  demeurant  sans  mélange  ni  confusion. 
Ils  disaient  en  conséquence  anathèmo  à  Eutychès;  mais  ils  ne  repoussaient  pas 
moins  le  concile  de  Chalcédoine  et  la  lettre  do  saint  Lôon...  La  déplorable  rup- 
ture qui  se  consomma  sans  retour  au  milieu  du  vi"  siècle,  était  peut-être  plus 
encore  un  schisme  qu'une  hérésie".  Cf.  ROC.  1902,  p.  537-538. 

(3)Trévou.x,  1711,  p.  119-120. 

(1)  Pour  ne   pas  prêter  à  ampli  iboloirio,  il  faut  lire  :  <■  tous  les  jacobites,  soit 
syriens...  ». 
(5)  P.  Sacchini,  Hist.  Societ.,  part.  Il,  1.  VI. 


LES    JACOBITES    SONT-ILS    MONOPHYSITES?  133 

(juaient  de  celte  façon  que  pour  s'éloigner  des  Nestoriens,  mais  qu'en 
effet  ils  ne  différaient  point  de  l'Église  romaine  qui  établit  deux  natures  en 
Jésus-Christ.  Ils  prétendent  même  expliquer  mieux  le  mystère  de  l'Incar- 
nation, en  disant  qu'il  n'y  a  qu'une  nature,  parce  qu'il  n'y  a  qu'un  Jésus- 
Christ  Dieu  et  homme,  que  ne  font  les  Latins,  qui  parlent,  disent-ils,  de 
ces  deux  natures^  comme  si  elles  étaient  séparées  et  qu'elles  ne  fissent 
pas  un  véritable  tout.  C'est  aussi  en  ce  sens  que  Dioscore,  qui  a  adouci 
quelques  termes  ^^"Eutychès,  lesquels  paraissaient  trop  rudes,  disait  qu'il 
reconnaissait  que  Jésus  était  composé  «  de  deux  natures  » ,  mais  qu'il  n'était 
pas  «  deux  natures  »  ;  ce  qui  semble  orthodoxe  :  car  ils  ne  veulent  pas 
avouer  qu'il  y  ait  deux  natures  en  Jésus-Christ,  de  peur  d'établir  deux 
Jésus-Christ  (1). 

Enfin  Assômani  (2),  dans  une  longue  analyse  de  deux  ou- 
vrages tliéologiques  de  Bar  liébraeus,  montre  d'abord  que  leur 
erreur  théologique  est  basée  sur  une  erreur  philosophique  : 
pour  eux,  toute  substance  est  une  nature  et  toute  nature  une 
substance.  D'ailleurs  la  nature  est  ou  bien  commune  à  plu- 
sieurs (comme  la  nature  humaine)  ou  bien  particulière  (comme 
la  nature  de  tel  individu)  et  c'est  la  nature  particulière  qu'ils 
appellent  une  personne.  Partant  de  là,  Bar  Hébraeus  ajoute 
que  l'être  résultant  de  l'union  des  deux  natures  en  Notre-Sei- 
gneur  n'est  pas  un  accident,  c'est  donc  une  substance;  il  s'en- 
suit que  c'est  une  nature  et,  comme  cette  nature  est  parti- 
culière, c'est  une  personne.  Notre-Seigneur  a  donc  une  nature 
et  une  personne. 

Il  est  intéressant  de  montrer  ensuite  comment  Bar  Hébraeus 
se  rapproche  de  îa  doctrine  catholique  lorsqu'il  résout  les  ob- 
jections qu'il  suppose  lui  être  posées  : 

Objectio.  Si  salvae  sunt  significationes  discriminis  naturalis  in  Domino 
nostro  quomodo  duas  non  habebit  naturas?  Si  vero  eae  liaud  salvae  sunt, 
en  permistionem  et  confusionem  naturarum  quod  est  absurdum. 

Besponsio.  Etiam  in  anima  et  corpore  salvae  sunt;  et  tamen  una  est  na- 
tura  hominis  vivi  rationalis;  non  duae. 

Inslantia.  Si  in  substantiae  aequalitate  (3),  unam  naturam  dicitis,  con- 

(1)  Richard  Simon  a  le  toit  d'émettre  des  principes  analogues  en  faveur  des 
Nestoriens  et  des  Eutychiens  et  Renaudot  l'en  reprend  à  bon  droit  un  peu  vive- 
ment peut-être.  Cf.  Perpétuité  de  la  foi,  édition  Migne,  t.  III,  col.  1203-1214. 
Renaudot  a  exposé  fort  exactement  la  doctrine  jacobite  {Ibid.,  col.  <;7  71)ct  nous 
lui  avons  emprunté  bien  des  idées. 

(2)  Bibl.  Or.,  t.  II. 

(3)  |-<>XDO(  La..aju>, 


134  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

substantialis  igitur  crit  caro  Verbo,  quod  est  absiirdum.  Si  inaequalis  in 
substantia  duae  igitur  sunt  naturae. 

Besponsio.  Non  unam  simpliciter  naturam  dicimus,  sed  unam  naturam 
ex  duabiis  naturis  substantialiter  diversis. 

Objeclio.  Si  con substantialis  est  Patri,  idemque  consubstantialis  Mariae, 
quomodo  duas  non  liabebit  naturas,  quibus  utrique  inaequall  aequalissit? 

Responsio.  Duplex  est  illa  una  natura,  non  simplex.  Secundum  diver- 
sas  igitur  ejus  significationes  inaequalibus  illis  ipse  aegualis  est. 

Et  Assémani  termine  par  la  remarque  suivante  : 

Vides,  jacobitas  cum  catbolica  Ecclesia  fere  de  nomine  pugnare,  et 
omnia  quae  catbolici  de  bypostatica  unione  docent  et  credunt,  eosdem 
docere  etcredere,  naturam  dupliccm  appellantes,  quam  nos  duas  naluras, 
ut  vere  sunt,  esse  affirmamus;  in  quo  circa  ipsa  pliilosophiae  principia 
ballucinantur,  sibique  manifeste  contradicunt. 

«  Vous  voyez  que  les  jacobites  n'ont  presque  qu'une  querelle 
de  mots  avec  l'Église  catholique.  Tout  ce  que  les  catholiques 
enseignent  et  croient  au  sujet  de  l'union  hypostatique,  ils 
l'enseignent  et  le  croient  aussi,  appelant  nature  double  ce  que 
nous  afhnnons  —  et  avec  raison —  être  deux  natures.  Ils  se  font 
en  cela  illusion  sur  les  principes  philosophiques  et  se  contre- 
disent manifestement.  » 

Nous  terminerons  aussi  notre  dissertation  sur  ce  témoi- 
gnage d'Assémani  afin  de  la  mettre  ainsi  sous  ce  puissant 
patronage,  et  nous  proposerons  d'appeler  les  Jacobites  Diplo- 
phy sites  plutôt  que  Monophy sites  (1). 

F.  Nau. 


(1)  On  n'a  pas  tenu  assez  compte  des  mobiles  politiques  qui  agirent  à  Chalcé- 
doine.  Nous  avons  déjà  mentionné  les  rancunes  des  évoques  contre  les  Égyp- 
tiens, mais  la  volonté  de  l'empereur  put  avoir  aussi  quelque  influence;  «  en 
Orient,  la  religion  a  toujours  été  chose  nationale  »,  écrit  le  R.  P.  J.  Pargoire,  en 
tète  de  son  volume  sur  VÉglise  Byzantine  de  527  à  847.  Cf.  Échos  d'orient,  1905, 
p.  66.  C'est  aux  théologiens  qui  recherchaient  jadis  toutes  les  causes  de  désu- 
nion et  qui  se  prouvaient  mutuellement,  malgré  les  affirmations  opposées,  que 
les  catholiques  étaient  des  Nestoriens  et  que  les  jacobites  étaient  des  Eutychiens, 
à  changer  de  procédé  et  à  rechercher  enfin  les  motifs  d'union. 


HISTOIRE  POLITIQUE  ET  RELIGIEUSE 

DE  L'ARMÉNIE 

(Suite)  (1) 


Le  catholicos  et  le  roi  allaient  bientôt  alléguer  la  prétendue 
violation  de  cette  dernière  clause  par  le  cardinal  Pierre,  nonce 
du  pape,  et  essayer  d'éluder  ainsi  la  première  excommunication 
lancée  contre  le  souverain  d'Arménie.  Nous  venons  de  toucher 
à  l'un  des  plus  graves  incidents  de  la  fâcheuse  querelle  de 
Léon  II  avec  les  Templiers,  qui  amena  une  rupture  passagère 
du  pape  avec  le  roi.  Le  moment  est  venu  d'exposer  l'origine  et 
le  développement  de  ce  conflit. 

I  26.  Léo7î  II  refuse  de  rendi^e  Gaston  aux  Templiers  et 
d'observer  avec  Raymond  le  Borgne  la  trêve  imposée  par  le 
pape.  Il  est  excommunié,  puis  se  réconcilie  avec  le  pape.  — 
Le  château  de  Gastim  ou  Gaston  avait  été  enlevé  aux  Templiers 
par  Saladin  (26  septembre  1188).  Quand  les  musulmans  appri- 
rent que  les  rois  de  France  et  d'Angleterre  approchaient  de  la 
Syrie,  ils  abandonnèrent  cette  place  forte.  Léon  s'en  empara, 
et,  malgré  les  réclamations  du  grand  maître,  appuyées  par  le 
patriarche  et  le  prince  d'Antioche,  il  refusa  de  rendre  Gaston 
aux  Templiers.  Le  pape  Innocent  III  lui  écrivit  en  leur  faveur 
(15  décembre  1199).  Mais  le  roi  s'obstina  et,  au  lieu  de  restituer 
le  château  à  ses  anciens  maîtres,  le  donna  à  Sire  Adam,  qui 
était  seigneur  de  Bagras.  Dans  le  conflit  qui  éclata  plus  tard 
pour  la  succession  de  Bohémond  III  d'Antioche  (1200),  les  Tem- 
pliers prirent  naturellement  le  parti  de  Bohémond  le  Borgne 

(1)  Voy.  vol.  YII,  1902,  p.  20,  277,  y08;  vol.  VIll,  1903,  p.  206,  577;  vol.  IX, 
1904,  p.  107,  212,  393;  vol.  X,  19U5,  p.  15. 


136  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

contre  Léon  et  son  petit-neveu  Roupên-Raymond  (voir  l'article 
précédent,  |  12).  Soit  esprit  de  rivalité  contre  leurs  émules, 
soit  sentiment  de  reconnaissance  pour  leur  bienfaiteur,  soit 
conviction  de  la  légitimité  de  ses  prétentions,  les  Hospitaliers 
s'étaient  rangés  du  côté  du  roi  d'Arménie.  Soutenu  par  de  si 
puissants  auxiliaires,  Léon  confisqua  les  possessions  des  Tem- 
pliers en  Arménie,  en  mit  quelques-uns  à  la  torture  et  chassa 
tous  les  autres  du  royaume  (1203). 

t,e  roi  aggravait  ainsi  ses  torts.  Néanmoins,  il  était  assez 
difficile  de  faire  le  partage  des  responsabilités,  tant  était  com- 
plexe le  drame  qui  se  déroulait.  Les  deux  légats  pontificaux,  les 
cardinaux  Pierre  du  titre  de  Saint-Marcel  et  Sophrède  (Geoffroy) 
du  titre  de  Sainte-Praxède,  jugeaient  d'une  manière  différente, 
sinon  opposée,  les  deux  prétendants  à  la  souveraineté  d'Antio- 
clie.  Le  premier  était  favorable  à  Bohémond  IV.  Les  sympathies 
du  second,  comme  celles  du  patriarche  latin  d'Antioche,  allaient 
au  roi  d'ArnK'nie.  Cependant  Pierre  de  Saint-Marcel,  de  plus 
en  plus  indisposé  contre  Léon,  réunit  à  Antioche  un  synode 
auquel  ne  fut  pas  invité  le  catholicos  arménien;  et  là,  malgré 
l'avis  contraire  du  cardinal  Sophrède,  il  mit  le  royaume  de 
Léon  en  interdit.  Le  roi  et  le  catholicos,  appuyés  d'ailleurs  par 
Sophrède,  en  appelèrent  au  pape  Innocent  III  (1203).  Léon  con- 
testait la  légitimité  du  synode  réuni  à  Antioche  en  l'absence 
du  catholicos  arménien.  Il  représentait  le  cardinal  Pierre  comme 
un  juge  prévenu  en  faveur  des  Templiers  et  du  comte  de  Tripoli. 
Il  se  plaignait  que  les  nouveaux  enfants  de  l'Église  catholi- 
que, au  lieu  de  puiser  au  sein  de  leur  mère  le  lait  dont  ils 
avaient  besoin,  n'en  reçussent,  disait-il,  que  du  fiel  et  du 
vinaigre.  Néanmoins,  tout  en  donnant  cours  à  leurs  récrimina- 
tions, ni  le  roi,  ni  surtout  le  catholicos  ne  prirent  prétexte  de  la 
condamnation  lancée  par  le  nonce  pontifical  pour  se  révolter 
contre  le  pontife  romain.  Bien  au  contraire,  dans  la  lettre 
jointe  à  celle  de  son  roi  et  écrite  probablement  dans  le  cou- 
rant d'octobre  1205,  Jean  VII  affirmait  que  «  l'Église  armé- 
nienne reconnaissait  la  primauté  et  le  magistère  de  la  sainte 
Église  Romaine,  comme  étant  d'institution  divine  ».  Au  nom 
de  l'Église  arménienne  «  devenue  la  fille  très  dévouée  de  l'É- 
glise Romaine  »,  il  jurait  obéissance  au  pape;  seulement,  après 
lui  avoir  donné  satisfaction  sur  les  principaux  points,  il  jugeait 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIflIEUSE    DE    l'ARMÉNIE.  137 

imprudent  de  pousser  plus  avant  les  changements  et  les  ré- 
formes dans  l'Église  arménienne  (1). 

Pendant  que  le  roi  et  le  catholicos  en  appelaient  au  pape 
contre  le  légat  Pierre  de  Saint-Marcel,  celui-ci,  à  l'instigation 
de  son  collègue  Sophrède,  leva  l'interdit  jeté  sur  le  royaume  de 
Cilicie.  Mais,  on  le  comprend,  cette  solution  n'était  du  gré,  ni 
des  Templiers,  ni  de  Raymond  le  Borgne.  Les  premiers  mena- 
çaient d'abandonner  la  Syrie.  Le  "pape,  craignant  d'être  privé  de 
ces  précieux  auxiliaires  dans  sa  lutte  contre  les  musulmans, 
multiplia  auprès  de  Léon  ses  exhortations  paternelles  et  le 
pressa  de  rendre  aux  chevaliers  leurs  anciennes  possessions.  Il 
chargeait  en  même  temps  l'évêque  de  Crémone  d'arranger  le 
différend  entre  le  roi  et  le  comte  de  Tripoli.  Le  pape  veut 
que  cette  cause  soit  examinée  sans  parti  pris  et  que  les  deux 
rivaux  observent  une  trêve,  en  attendant  la  décision  du  juge 
qu'il  a  choisi.  A  n'en  pas  douter,  pourtant,  les  sympathies  du 
pape  sont  plutôt  pour  Léon,  qu'il  .appelle  son  fils  très  cher. 
Cela  ne  surprend  pas,  quand  on  songe  quel  était  le  rival  de 
Léon.  Le  comte  de  Tripoli  était  sans  doute  courageux,  opiniâ- 
tre, habile  politique.  Mais  son  manque  de  scrupules  dans  la 
poursuite  de  ses  desseins,  sa  violence  contre  ses  adversaires 
n'étaient  pas  moins  extrêmes.  Il  avait  enfermé  au  château  d'An- 
tioche  le  patriarche  latin,  Pierre  I"'  d'Angoulême,  favorable  au 
roi  d'Arménie;  et,  au  dire  du  continuateur  de  Guillaume  de 
Tyr  (XXI,  m),  le  pauvre  patriarche  était  mortde  soif  après  avoir 
essayé  de  l'apaiser  en  absorbant  l'huile  de  sa  lampe  (8  juillet 
1208)  (2). 

Les  violences  du  comte  de  Tripoli  attireront  plus  tard  sur  sa 
tête  une  sentence  d'excommunication  de  la  part  d'IIonorius  III. 
Mais  les  torts  de  son  adversaire  n'excusaient  pas  ceux  de  Léon. 


(1)  Reg.,  ep.  120;  Raynaldi,  ann.  1305,  n.  30-40.  Sur  los  phases  diverses  du 
conflit  que  nous  résumons,  voir  Reg.  Innocenlu  III,  lib.  Il,  ep.  251  et  250.  Dans 
la  lettre  45  du  livre  Xll  sont  cnumérés  les  principaux  griefs  des  adversaires  de 
Léon;  1.  Xlll,  ep.  112;  1.  XIV,  ep.  61  ;  I.  XVI,  ep.  2  et  7.  —  Dans  Migne,  t.  CCXVL 
p.  792  etc.;  Paoli,  Codice  dlplomalico  del  sacra  MiUlare  orxline  gerosulimitanu, 
t.  I,  pièces  no=  xci,  xcvi,  xcix  et  c;  V.  Langlois,  Le  trésor  des  Charles  de  r Arménie; 
pp.  77-79  :  Possessions  des  Templiers. 

(2)  Cf.  1.  X,  Ep.  Innoc,  214;  I.  XII.  rp.  45;  Raynaldi,  ann.  I22(),  n.  55-59;  sur 
le  ton  affectueux  du  pape  Innocent  à  l'égard  de  L('on.  voii'  I.  X,  ep.  214  (ibid. 
febr.,  ann.  1207). 


138  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Celui-ci  s'obstinait  à  ne  pas  garder  la  trêve  imposée  par  le  pape. 
Après  avoir  paru  céder  à  ses  remontrances,  et  au  moment 
même  où  il  continuait  de  s'appeler  «  le  rejeton  nouAeau,  dévoué 
et  obéissant  de  la  sainte  Église  Romaine  »,  il  persistait  dans  sa 
résistance,  rejetant  tous  les  torts  sur  les  Templiers,  le  cardinal 
Pierre  et  le  comte  de  Tripoli,  qui,  disait-il,  usurpait  les  droits 
de  son  neveu  Raymond-Roupên.  A  la  fin,  le  patriarche  de 
Jérusalem,  légat  du  pape  en  Syrie,  lassé  de  tous  les  atermoie- 
ments du  roi  d'Arménie,  l'excommunia  (1210-1211).  Quelques 
mois  après,  le  pape,  jugeant  nécessaire  cet  acte  de  rigueur,  con- 
firma la  sentence  du  patriarche  (1).  —  Léon,  se  sentant  près  du 
but  si  ardemment  poursuivi,  ne  s'arrêta  pas  avant  de  l'avoir 
atteint;  mais,  dès  qu'il  eut  lait  conférer  à  son  neveu  Roupên- 
Rayinond  le  titre  de  prince  d'Antioche,  il  se  hâta  de  rendre  aux 
Templiers  leurs  fiefs  ;  et  Innocent  III  chargea  aussitôt  son  légat, 
le  patriarche  de  Jérusalem,  de  le  relever  de  rexcommunica- 
tion. 

I  27.  Parfait  accord  de  Léon  II  avec  le  pape  Honorius. 
Celui-ci  empêche  le  roi  de  Jérusalem  d'envahir  la  Petite-Ar- 
ménie. Efforts  en  vue  d\me  croisade;  Jean  connétable  d'Ar- 
7nénie.  —  L'entente  rétablie  avec  Innocent  III  se  maintint  avec 
son  successeur,  Honorius.  Quand  Léon  fit  part  à  celui-ci  des 
fiançailles  de  sa  fille  Isabelle  avec  le  fils  d'André,  roi  de  Hon- 
grie, le  pontife  répondit  dans  les  termes  les  plus  affectueux  à 
«  son  très  cher  fils,  le  roi  d'Arménie  »  (2).  « 

Léon  mort,  Honorius  continua  de  suivre  avec  le  plus  vif 

(1)  L.  XI,  ep.  IIO,  —  Le  conilit  était  présenté  à  un  point  de  vue  différent  par  les 
Templiers,  Reg.  Innuc,  1.  VII,  ep.  188,  189.  Pour  quelques  autres  raisons,  comme 
nous  l'avons  déjà  indiqué,  Léon  méritait  encore  d'être  blâmé.  Dans  ses  alliances 
de  famille,  il  se  laissait  dominer  par  un  point  de  vue  trop  exclusivement  poli- 
tique. L'épouse  de  Roupèn-Raj'mond,  Ilelvis,  fille  d'Amaury  de  Cliypre,  avait  été 
enlevée  à  Eudes  de  Dampierre,  probablement  sous  l'influence  du  roi  d'Arménie. 
La  légitimité  du  second  mariage  était  donc  contestable.  Le  24  septembre  121 1, 
Innocent  III  chargea  le  patriarche  d'Antioche,  Pierre  II,  d'examiner  cette  affaire 
(Potthast,  t.  I,  p.  371,  n.  4307;  Baluze,  t.  II,  p.  555).  D'ailleurs,  Léon  écrit  la 
même  année  à  Innocent  III  que  le  mariage  de  Roujjèn  avec  Ilelvis  est  invalide, 
Helvis  étant  déjà  mariée.  Innoc,  XIV,  I04;  Raynaldi,  an.  12II,  n.  25.  Voir  Far- 
ticle  précédent  de  notre  histoire,  g  14.  —  Là  même,  nous  a\ons  écrit  par  mégarde 
que  Philippa,  épouse  de  Th(^odore  Lascaris.  était  la  sœur  cadette  de  Roupén  III; 
c'est  fille  cadette  qu'il  fallait  dire. 

(2)  Honorii  lib.  11,  ephl.  dlvi,  dlvii,  dlix,  dlxi,  dlxu;  Raynaldi,  ann.  1217: 
Hcf).^  1.  III,  cp.  cccxxv,  cccxxvi.  ccrxxix;  Raynaldi,  an.  1219,  n.  o3. 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    i/ARMÉNIE.  139 

intérêt  les  événements  qui  se  déroulaient  en  Cilicie.  Une  parti- 
culière sympathie  rattachait  à  ce  royaume  que,  d'ailleurs,  Léon 
le  Magnifique  avait  placé  sous  la  spéciale  protection  du  Saint- 
Siège.  Fort  affligé  de  voir  plusieurs  prétendants  se  disputer,  les 
armes  à  la  main,  la  succession  du  dernier  roi,  le  pape  s'efforça 
de  sauver  le  pays  d'une  guerre  civile  et  de  faciliter  la  réalisation 
des  dernières  volontés  de  Léon.  Celui-ci  avait  désigné  pour  son 
héritière  Isabelle,  sa  fille  cadette.  Le  roi  de  Jérusalem,  Jean  de 
Brienne,  qui  avait  épousé  la  sœur  aînée  d'Isabelle,  Ritha,  me- 
naça d'emporter  de  vive  lutte  le  trône  qu'on  lui  refusait  (1). 
Mais  par  une  lettre  du  11  août  1220,  le  pape  lui  ordonna,  sous 
peine  d'anathème,  de  ne  point  envahir  la  Cilicie;  et  le  redou- 
table guerrier  s'inclina  devant  cette  décision.  Après  la  malheu- 
reuse fin  ..de  Roupèn-Raymond,  qui  avait  eu  de  nombreuses 
sympathies  parmi  les  Latins  et  dont  le  nonce  Pelage  avait  même 
agréé  la  candidature,  les  droits  de  Philippe  d'Antioche  devenu 
l'époux  d'Isabelle  n'étaient  pas  contestables,  et  le  légat  Pelage 
Galvano,  évêque  d'Albano,  le  reconnut,  au  nom  d'Honorius, 
comme  roi  de  la  Petite- Arménie. 

Le  pape  était  d'autant  plus  satisfait  de  la  paix,  au  moins 
passagère,  dont  jouissait  l'Arménie,  qu'il  s'efforçait  alors,  vai- 
nement, hélas  !  d'entraîner  l'empereur,  Frédéric  II  à  une  nouvelle 
croisade.  Comme  pour  encourager  ses  vastes  espoirs,  la  reine 
des  Géorgiens,  Roussoutane,  et  son  maître  de  cavalerie,  Jean, 
portant  le  titre  de  connétable  de  toute  la  Grande-Arménie, 
venaient  de  lui  envoyer  un  ambassadeur,  l'évoque  d'Ani, 
David.  Les  deux  lettres  présentées  par  David  étaient  un  hom- 
mage rendu  à  la  suprématie  papale  :  elles  étaient  adressées  «  au 
très  Saint- Père  et  seigneur  de  toute  la  chrétienté,  tenant  le 
siège  de  saint  Pierre  ».  De  plus,  le  connétable  Jean  promettait 
au  pape  de  venir  avec  1.000  hommes  au  secours  des  croisés  qui 


(1)  Ilonorii  Ep.  \.  IV,  ep.,  dci.xii;  \.  V,  ep.  cclxiii.  Raynaldi,  ann.  1220,  n.  55- 
58.  —  On  a  prétendu  que  Ritha,  accusée,  auprès  de  Jean  de  Brienne  d'avoir  em- 
poisonné l'entant  qu'il  avait  eu  de  sa  première  épouse,  aurait  été  si  maltraitée  par 
ce  prince  qu'elle  serait  morte  des  coups  reçus  {Bcr7i-:.rd.  Ihesaur.  Liber  de  Acquis.. 
Terra;  S.,  c.  ccv,  Ber.  italic.  scriplores,  t.  VIII,  coL  843).  Alislian,  p.  28'3-284. 
sans  regarder  l'anecdote  comme  certaine,  raconte  que  l'empoisonnement  attribué 
à  Ritiia  serait  celui  de  son  propre  enfant.  Le  continuateur  de  Grégoire  de  Tyr 
(XXXI,  IX,  321)  donne  le  nom  de  Stéphanie  à  la  fille  de  Léon  épousé>(^  par  Jean  et 
déclare  qu'elle  mourut  vers  le  même  temps  que  son  fils. 


140  REVUE    DE    l'orient    niRETIEN. 

marcheraient  à  la  délivrance  de  la  Terre  Sainte  (1).  Ce  ne  fut 
pas  la  faute  du  pape  si  ces  beaux  rêves  ne  s'accomplirent  pas. 


LE  CATIIOLICOS  CONSTANTIN  l'\ 

I  28.  Crédit  de  Constantin  F''  auprès  de  Héthoum;  con- 
flit avec  le  Patriarche  d'Antioche;  distinctions  accordées  par 
le  pape  Grégoire  IX  au  catlnAicos.  —  Le  catholicos  Jean  le 
Magnifique  était  mort,  attristé  par  les  sanglants  démêlés  aux- 
quels avait  donné  occasion  l'héritage  de  Léon  IL  Son  successeur 
Constantin  I'"' n'eut  pas  au  môme  degré  sa  fierté  d'indépendance 
à  l'égard  du  pouvoir  civil;  mais  il  se  concilia,  d'une  manière 
plus  universelle,  la  sympathie  et  le  respect  des  Arméniens.  Il 
fut  surtout  en  grand  crédit  auprès  du  roi  Héthoum  :  cette  faveur 
témoignait  à  tout  le  moins  de  la  reconnaissance  du  prince; 
car,  nous  l'avons  dit  ailleurs,  la  reine  Isabelle,  malgré  son  ex- 
trême jeunesse,  était  décidée  à  s'enfermer  dans  un  cloître, 
après  le  meurtre  de  son  époux  Philippe;  et  ce  fut  seulement  sur 
les  conseils  du  catholicos,  et  par  pitié  pour  les  habitants  de 
Séleucie,  menacés  d'un  siège  meurtrier  par  le  baïle  Constantin, 
père  de  Héthoum,  qu'elle  consentit  à  se  rendre  et  à  épouser  ce 
dernier. 

Dans  ses  relations  avec  Rome,  le  catholicos  avait  toujours  à 
compter  avec  certaines  factions,  dont  le  point  de  vue  restait  le 
même  :  tout  sul)ordonner  à  leurs  intérêts,  ou  mieux  à  des  pré- 
jugés d'un  nationalisme  étroit.  Ne  soyons  donc  pas  surpris  que 
l'accord  avec  le  pape  ait  parfois  sul)i  quelques  atteintes  :  no- 
tons toutefois  que,  même  au  moment  où  les  rapports  étaient, 
au  fond,  le  plus  froids,  les  formules  officielles  employées  par  le 
catholicos  furent  toujours  correctes,  pour  ne  pas  dire  obsé- 
quieuses. Bref,  les  liens  furent  tendus,  par  intervalles;  ils  ne 
furent  jamais  rompus.  Bien  qu'il  fut  octogénaire,  le  pontife  qui, 
à  partir  de  1227,  occupait  la  chaire  de  Pierre,  avait  vite  conquis 


(1)  Ilonorii  l.VllI,  cp.  1532-1535;  Raynaldi,  ann.  1224,  n.  21-23.  On  sait  quo 
Frédéric  II,  chef  de  la  G"  croisade,  reçut  Jérusalem  sans  combat  des  mains  de 
Mélik  el-Kamel,  fds  aîné  de  Méiik  el-Adel,  frère  de  Saladin.  C'était  Kamel  lui-même 
qui  l'avait  appelé  en  Oi'ient  (1228-1229). 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'ARMÉNIE.  141 

la  confiance  et  l'admiration  du  monde  chrétien.  Le  sultan 
d'Ikonium,  Ala  ed-Din  Kaïkobad,  lui  envoyait  des  ambassa- 
deurs comme  au  pape  suprême  de  tous  les  chrétiens,  et  lui  don- 
nait l'assurance  qu'il  unirait  ses  armes  à  celles  des  croisés  pour 
la  délivrance  de  Jérusalem.  Encore  qu'il  fût  excommunié,  Fré- 
déric, le  chef  des  croisés,  entra  dans  la  Ville  Sainte;  mais  la 
trêve  conclue  pour  dix  ans  entre  chrétiens  et  musulmans  fut 
bientôt  rompue.  A  défaut  d'une  nouvelle  armée,  le  pape  en- 
voya du  moins  aux  chrétiens  orientaux  et  même  aux  infidèles, 
dont  les  bras  étaient  tendus  vers  lui,  des  missionnaires 
avec  des  lettres  de  conseils  et  de  consolations  (1). 

C'est  à  lui  que  recourut  naturellement  le  catholicos  arménien 
quand,  vers  fan  1238,  un  conflit  de  juridiction  le  mit  aux  prises 
avec  le  patriarche  latin  d'Antioche.  Celui-ci  prétendait  étendre 
son  autorité  sur  l'Église  arménienne  dont  le  territoire  était 
enclavé,  disait-il,  dans  son  ancien  diocèse  d'Orient.  Il  se  plai- 
gnit au  pape  que  ses  droits  fussent  méconnus. 

De  leur  coté,  Iléthoum  et  Constantin  écrivirent  au  pontife 
romain  qu'ils  ne  reconnaissaient  d'autre  supérieur  que  lui. 
Grégoire  IX,  comme  l'indiquent  les  instructions  à  ses  légats, 
avait  d'abord  été  favorable  aux  réclamations  du  patriarche 
d'Antioche.  Mais  il  accueillit  avec  les  plus  grands  égards  les 
protestations  du  catholicos.  Il  se  plut  à  reconnaître  en  lui  «  l'un 
des  membres  les  plus  dignes  d'honneur  de  l'Église  romaine  ». 
Ensuite,  faisant  droit  à  d'autres  requêtes  présentées  par  Cons- 
tantin, Héthoum  et  Isabelle,  il  approuva  et  confirma  de  son  au- 
torité les  coutumes  religieuses  de  l'Église  arménienne,  «  en 
usage  depuis  Grégoire  l'IUuminateur  et  saint  Sylvestre,  et  non 
en  désaccord  avec  les  règles  des  saints  Pères  et  les  saints  cn- 
nons  ».  Il  accorda  au  roi  et  à  la  reine  des  indulgences  très  éten- 
dues en  faveur  de  tous  les  soldats  qui  succomberaient  en 
luttant  contre  les  Sarrasins.  Enfin,  Constantin  lui  ayant  repré- 
senté que  son  pallium  était  déjà  ancien  et  usé,  l'auguste  pontife 
lui  envoya,  «  en  témoignage  de  sa  dilection  apostolique,  un 
anneau,  une  mitre  et  un  pallium  nouveau,  «gage,  disait-il,  de 
l'attachement  du  catholicos  envers  l'Église  romaine  »,  «  erga 

(1)  Grcg.,  1.  VIII,  cj).  xLiii;  1.  XIII,  cp.  19S;  envoi  do  huit  dominicains  à  la 
reine  gi'orgicnne  KoLissoutane:  cf.  Rayualdi,  ann.  1233,  n.  3G-U  ;  anu.  12 K»,  n. 
38-  44. 


142  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

Romanam  Ecclesiam  pii  studii  signa  et  argumenta  (1)  ».  Il 
n'était  point  fait  d'allusion  à  la  subordination  du  catholicos  au 
siège  d'Antioclie. 

§  29.  Griefs  exagérés  contre  certains  usages  arméniens; 
abus  réels  au  dire  de  Guiragos;  synode  à.  Sis,  réformes 
{J2i3);  elles  sont  sanctionnées  par  un  règlement  ecclésias- 
tique. —  Tels  étaient,  en  1238-1239,  les  rapports  de  l'Arménie 
avec  l'Église  romaine.  Le  pape,  on  le  voit,  se  montrait  moins 
sévère  que  les  Grecs  ou  même  que  certains  théologiens  latins, 
qui,  avec  Galanus  et  Vincent  de  Beauvais,  blâmaient  la  manière 
de  jeûner  des  Arméniens  et  leur  reprochaient  l'usage  des  œufs 
et  du  fromage,  le  samedi  saint. 

Cette  petite  dérogation  à  la  rigueur  du  carême  pouvait  se 
justifier  par  l'intention  des  Arméniens  qui  prétendaient  fêter 
Jésus-Christ,  ressuscité,  disaient-ils,  la  veille  au  soir  de  la 
Pàque.  A  vrai  dire,  à  côté  de  quelques  usages  respectables,  ces 
théologiens  en  signalaient  d'autres  fort  répréhensibles,  comme 
l'autorisation  du  divorce  pour  celui  dont  le  conjoint  était  con- 
vaincu d'adultère;  telles  étaient  encore  certaines  pratiques  di- 
vinatoires. Ces  reproches  paraissent,  en  partie  du  moins, 
fondés,  si  on  se  rappelle  en  quels  termes  l'historien  Guiragos 
déplorait,  au  milieu  du  xiii^  siècle,  les  nombreuses  infractions 
au  jeûne  et  aux  lois  ecclésiastiques  régissant  le  mariage.  Com- 
bien, disait-il,  contractent  des  mariages  entre  parents,  à  des 
degrés  illicites,  et  renvoient  leur  femme,  par  passion,  pour 
épouser  celle  (jui  leur  plaît!  Des  évêques,  ajoute-t-il,  donnent 
la  consécration  à  prix  d'argent  et  confèrent  les  saints  ordres  à 
des  enûmts,  à  des  ignorants,  à  des  sujets  indignes  qui  vivent 
publiquement  dans  le  concubinage.  Lui-même  pourtant  ne 
va-t-il  pas  un  peu  loin,  quand  il  prétend  que  tous  sont  gâtés 
par  l'avarice  (2)? 

Que  ces  désordres  fussent  très  étendus  ou  restreints  à  une 
partie  importante  de  l'Arménie,  il  est  certain  que  Constantin  P 
ne  les  approuvait  pas.  Il  essaya  d'y  porter  remède  au  IV'  synode 
de  Sis  (1243),  où  furent  promulgués  vingt-cinq  canons.  Outre 

(1)  Greg.  lib.  XII,  ep.  198,  199,  391-39-1,  398:  Raynaldi,  ann.   1238,  n.  34;  ann. 
1239,  n.  82  et  83;  Potthast  (Berlin,  1873),  t.  I,  p.  907  (10711). 

(2)  Vincent.  Bellovac;  Spec.  hisl.,  1.  XXX,  c.  xcvni;  Galanus;  c.  xxiv,  p.  344; 
Guiragos  (éd.  Brosset),  §  xlii,  p.  145. 


HISTOIRE   POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'ARMÉNIE.  143 

la  vertu  et  la  science,  surtout  dans  la  sainte  Écriture,  un  mini- 
mum d'âge  était  prescrit  pour  les  ordres  sacrés,  30  ans  au 
moins  pour  Tévêque,  25  pour  le  prêtre,  20  pour  le  diacre; 
l'évêque  devait  ordonner  gratuitement  et  le  prêtre  célébrer  la 
sainte  messe  à  jeun.  Mais  les  racines  du  mal  étaient  trop  pro- 
fondes pour  être  extirpées  en  vertu  de  ces  décrets. 

Trois  ans  plus  tard,  le  catliolicos,  navré  de  voir- persister  ces 
mêmes  errements  qui  avaient  attiré,  disait-il,  la  colère  de  Dieu 
sur  l'Arménie,  résolut  de  presser  l'exécution  des  décrets  du 
dernier  synode.  Avec  le  concours  de  Vartan  de  Partzerpert,  il 
composa  une  encyclique  et  la  fit  suivre  d'un  règlement  qui  re- 
produisait en  substance  les  prescriptions  synodales  (1).  En 
voici  les  articles  les  plus  saillants  :  Les  sacrements  doivent  être 
administrés  gratuitement.  Le  mariage  ne  peut  avoir  lieu  qu'au 
delà  du  sixième  degré  de  parenté;  le  jeune  homme  doit  avoir 
au  moins  quatorze  ans  et  la  jeune  fille  douze.  L'évêque  doit 
visiter  deux  fois  par  an  son  diocèse  et  cliarger  un  chorévêque 
saint  et  savant  de  régler  les  affaires  de  ses  diocésains.  Il  doit 
s'occuper  de  l'instruction  de  son  troupeau,  surtout  de  la  for- 
mation intellectuelle  et  religieuse  des  prêtres;  le  prêtre  igno- 
rant, celui  qui  s'adonne  à  la  chasse,  celui  qui  remplit  les  fonc- 
tions de  notaire  sera  éloigné  de  sa  paroisse  ;  le  prêtre  indigne 
sera  destitué  (can.  XVII).  Les  jours  déjeune,  on  s'abstiendra  de 
poissons  et  d'huile. 

Le  canon  XV^  décrète  des  peines  terribles  contre  les  blasphé- 
mateurs :  qu'on  leur  arrache  la  langue;  ou,  qu'on  la  perce, 
qu'on  y  passe  un  cordon  et  qu'on  les  promène  ainsi  par  déri- 
sion pendant  tout  un  jour;  enfin,  que,  selon  leur  fortune,  ils 
paient  upe  amende  qui  sera  distribuée  aux  pauvres. 

La  vingt-troisième  prescription  du  règlement  reproduit  le 
canon  XXV  du  concile  de  Sis,  qui  ordonne  de  conférer  aux  ma- 
lades l'extrême-onction.  Il  faut,  observe  le  catholicos,  que  les 
Arméniens,  en  rétablissant  cet  usage,  cessent  de  donner  prise 
au  reproche  des  Francs.  Il  rappelle,  bien  à  propos,  que  cette 
pratique  sacramentelle  fut  jadis  en  vigueur  chez  les  xVrménieiis, 
et  que  Jean  Odznetsi,  en  particulier,  l'a  recommandée.  On  re- 

(1)  Pour  le  synode  de  Vlio,  \o\r cud.  arm.  Mus.  Farnesiani  prop.  Fidei;  Balgj', 
p.  (J(3;  les  canons,  à  l'append.  VU.  La  LeUre  oncj'clique  et  les  règlements  cano- 
niques du  catholicos  dans  Guiragos,  i  xlui  et  xuv. 


144  REVUE    DE    L-QUIENT    CHRÉTIEN. 

connaît  ici  ce  que  Guiragos  ne  songe  pas  à  signaler:  si  Constan- 
tin était  jaloux  de  restaurer  un  ancien  usage,  il  avait  aussi  à 
cœur,  en  agissant  ainsi,  de  se  conformer  aux  prescriptions  du 
pape  Innocent  IV,  très  précises  sur  la  pratique  de  rextrême- 
onction. 

^  30.  Constantin  I"  proclame  que  la  chaire  de  Borne  est 
la  tête  de  toutes  les  Églises.  —  Dans  la  lettre  qu'il  adressa 
un  peu  plus  tard  à  Innocent  IV,  le  catholicos  lui  rendit  un 
hommage  auquel  n'ajouteraient  rien  les  prélats  dévoués  au 
Saint-Siège  qu'on  appelle  aujourd'hui  ultramontains.  Il  recon- 
nut en  lui  non  seulement  «  le  successeur  de  saint  Pierre  », 
mais  «  le  Père  des  Pères  »;  et  il  joignit  à  sa  lettre  une  profes- 
sion de  foi,  où  il  confessait,  avec  les  principaux  représentants 
de  son  Église,  que  «  la  très  sainte  Église  romaine  est  la  mère 
et  la  tête  de  toutes  les  Églises  »  (1). 

^  31.  P  synode  de  Sis  {iS^ôi).  Les  Pères  arméniens  dé- 
clarent que  le  Saint-Esprit  procède  du  Père  et  du  Fils.  — 
Aussi,  quand,  peu  après,  Innocent  IV  invita  les  chrétiens  orien- 
taux à  reconnaître  avec  les  Latins  que  le  Saint-Esprit  procède 
du  Père  et  du  Fils,  le  roi  et  le  patriarche  d'Arménie  se  hàtè- 
rent-ils  de  réunir  le  V  concile  de  Sis  (I25I).  Les  Pères  y  dé- 
clarèrent que  la  foi  constante  de  l'Église  arménienne  sur  la 
question  proposée  était  bien  celle  de  l'Église  romaine.  C'est 
bien  à  tort  qu'on  a  contesté  parfois  cet  accord  sur  la  Procession 
du  Saint-Esprit.  Pour  le  prouver,  nous  nous  bornerons  à  deux 
témoignages,  qui  sont  irrécusables,  celui  des  Vartabeds  Vartan 
et  Vanagan  (le  moine).  Le  premier,  qui  a  écrit  une  Histoire 
universelle  estimée,  était  l'un  des  conseillers  intimes  de  Cons- 
tantin. C'était  lui  qui,  en  1246,  après  avoir  aidé  à  la  composi- 
tion de  l'encyclique  du  catholicos,  avait  été  délégué  auprès  des 
pasteurs,  des  religieux  et  des  fidèles  et  avait  été  chargé  de 
faire  signer  aux  évèques  le  règlement  ecclésiastique.  Il  était 


(1)  Episl.  Innoc.  IV  ad  cal/iol.  a/-men.{\"  ici.  Aug.,  9  août  1210)  :  De  suproinis 
cœlorum;  —  Sbaraleœ  Bullar.  Francis.,  I,  4il,  n.  111;  PoUliast,  Reg.  ponlif.,  t.  II 
(Berlin,  1875),  12218:  Wad in?.,  .-bm.  Min.,  III,  177';  Episf.  callwl.  Jacubil.,  \\\- 
nocentlV,  1.  lV,c/3.  c»r.  II'.>,  120  (V  Kal.  Jun.,  28  mai  1219).  Voir  aussi  la  lettre  d'In- 
nocent IV  au  catholicos  arménien  (1.  IV,  ep.  130)  dans  laquelle  il  lui  recommande 
de  soutenir  l'autorité  de  son  légat,  le  l'rère  mineur  Laurent.  —  Raynaldi,  ann. 
1247,  n.  31  et  38. 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    IlELHilEUSE    DE    l'aRMÉNIE.  145 

donc  le  témoin  autorisé  de  ce  qu'il  raconte;  écoutons  son  ré- 
cit :  «  L'an  700  de  l'ère  arménienne  (1251)  le  grand  pape  Inno- 
cent écrivit  à  toutes  les  nations  clirétiennes  de  reconnaître 
que  le  Saint-Esprit  procède  du  Père  et  du  Fils.  Cette  invitation 
ne  plut  pas  aux  Syriens,  aux  Grecs,  ni  même  aux  Géorgiens; 
mais  les  Arméniens  y  acquiescèrent.  Le  docteur  Vanagan,  ayant 
compulsé  les  écrits  des  saints  Pères,  constata  (ainsi  que  Vartan, 
Joseph  et  les  plus  éminents  parmi  les  Arméniens)  que  le  dogme 
proposé  par  le  pape  avait  bien  été  formellement  et  clairement 
enseigné  par  Athanase,  Gréa;'oire  le  Théologien,  Grégoire  de 
Nysse,  Grégoire  l'Illuminateur  et  d'autres  personnages  aussi 
remarquables  par  leurs  lumières  que  par  leur  sainteté.  » 

Que  tel  ait  été  en  particulier  l'avis  du  docteur  Vanagan  (le 
moine),  dont  l'autorité  pesa  d'un  si  grand  poids  sur  les  déci- 
sions du  synode,  cela  ressort  avec  la  plus  complète  évidence 
du  texte  même  de  ses  écrits,  qui  nous  ont  été  transmis  par 
l'historien  Guiragos.  Guiragos  et  Vartan  connaissaient,  sans 
aucun  doute,  la  doctrine  de  Vanagan,  mort  peu  de  temps  après 
la  réunion  du  synode;  car  tous  deux  avaient  longtemps  suivi 
son  enseignement  dans  le  fameux  couvent  de  Kédig,  situé 
non  loin  des  monastères  de  Aghpad  et  de  Sanahin,  au  nord-est 
de  la  Grande- Arménie  ;  et  il  fallait  assurément  que  cet  accord 
de  la  primitive  Église  arménienne  avec  l'Église  romaine  fût  bien 
manifeste  pour  ne  donner  prise  à  aucune  contestation  de  la  part 
de  ces  vartabeds,  imbus  eux-mêmes  de  quelques  préjugés  à  l'é- 
gard de  l'Église  catholique  (1). 

{\)  Sur  toute  cette  question,  voir  Epixt.  ad  (/eneral.  ministr.  Ordinis  FF.  Min. 
Sedis Ipfjalum  «  Cumte  decujus...  ».  Regest.  Innocent  IV,  ann.  VI;  Curialos,  n.  88; 
fol.  76;  Élie  Berger,  Les  Rer/istres  d'Innocent  IV  (Paris,  Thorin,  1887),  t.  II  (4770). 
—  Vartan  est  cité  par  Balgy  (p.  67).  Il  est  vrai  que  le  texte  de  Vartan,  dans  l'é- 
dition de  Venise  que  nous  suivons  (p.  148),  diffère  un  peu  de  celui  de  l'édition 
de  JIoscou  (p.  194).  Mais  le  premier  est  certainement  le  vrai;  car  la  doctrine  en 
est  conforme  à  celle  qu'admet  Vartan  dans  son  comment,  sur  les  Psaumes  (As- 
trakan, 1797).  Sur  Vanagan,  voir  aussi  le  Conlinual.  de  Samuel  d'Ani,  Docum. 
armén.,  I,  p.  461  ;  mais  surtout  Guiragos  (p.  196-199,  éd.  0.sgan),  S  li-liv,  pp.  163- 
166  de  la  trad.  Brosset  :  Professions  de  foi  des  véritables  orthodoxes  exposée 
par  le  grand  vartabed  Vanagan,  et  avis  de  Vanagan  sur  la  profession  de  foi; 
le  texte  est  traduit  en  latin,  en  appendice,  par  Petermann.  Voici  queique.s-unes 
des  expressions,  selon  nous,  les  plus  décisives  :  «  Spiritus  sanctus  eflUivium  a 
Pâtre  et  apparitio  a  Filio  (p.  201)...  Quod  si  dicas  Spiritum  e  solo  Pâtre  exire 
et  procédera,  irrationalis  est  spiritus...  sed  si  a  Pâtre  et  Filio  dicas,  verum  est, 
ut  et  est  »,  p.  205...  Voir  aussi  G.  Avedicliian,  Disserlazione  supra  la  jn-ocessione 

0!1!ENT   CHRÉTIEN.  10 


146  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

I  32.  Raisons  de  croire  à  la  sincérité  du  catholicos;  ses 
rapports  avec  saint  Louis,  roi  de  France.  —  Forcés  par  Tévi- 
dence,  certains  écrivains  grégoriens  (comme  Ter-Mi Ivélian,  toc. 
cit.)  veulent  bien  convenir  que  le  roi  Héthoum,  du  moins  par 
souci  des  intérêts  politiques  de  son  royaume,  répondit  comme 
il  convenait  aux  avances  du  pape  et  embrassa  l'unité  catho- 
lique. Mais  ils  prétendent  que  Constantin  T'  ne  témoigna  que  du 
dédain  pour  les  réclamations  du  souverain  pontife  et  ses  appels 
à  l'union.  Si  ce  langage  était  exact,  il  faudrait  conclure  que  les 
hommages  rappelés  plus  haut,  et  rendus  par  le  catholicos  au 
successeur  de  Pierre,  au  chef  de  l'Église  universelle,  n'étaient 
que  feinte  et  hypocrisie  :  Voilà  une  singulière  manière  d'exal- 
ter le  catholicos!  Nous  préférons  ne  point  lui  faire  pareille 
injure,  tant  que  les  preuves  de  sa  déloyauté  n'auront  point 
été  fournies.  —  Au  reste,  le  souvenir  de  la  situation  politique 
de  l'Arménie,  au  milieu  du  xiii''  siècle,  nous  aide  à  comprendre 
les  bonnes  dispositions  du  roi  et  du  catholicos  à  l'égard  de  l'É- 
glise romaine  :  c'était  le  temps  où  saint  Louis,  roi  de  France, 
venait,  à  la  voix  d'Innocent  IV,  de  prendre  la  croix  et  d'aborder 
à  Chypre.  Le  roi  d'Arménie  lui  avait  envoyé  des  ambassadeurs 
pour  le  féliciter;  à  leur  tête  était  le  catholicos  d'Arménie. 
Louis  IX  avait  fait  le  plus  bienveillant  et  le  plus  brillant  ac- 
cueil aux  orateurs  arméniens;  et  il  avait  bien  mérité  de  l'Ar- 


dello  Spirilo  s.  clal  Pâtre  e  dal  Figliulo;  Venise,  1824,  p.  71-74;  Félix  Nève,  Re- 
vue catholique,  18G2,  p.  528.  11  est  bien  vrai  que  certains  polémistes  arméniens, 
à  la  suite  de  Vartan,  se  raviseront  bientôt  et  s'ingénieront  à  différencier  leur 
doctrine  sur  la  procession  du  Saint-Esprit  de  celle  des  Latins;  mais  ils  n'y  réus- 
siront guère  qu'au  moyen  de  subtilités  incompréhensibles,  contradictoires.  Dans 
un  petit  traité  sur  l'Église  grecque  orthodoxe  (Paris,  Bloud,  4'=  éd.),  t.  Il,  Procession 
de  Saint-Esprit,  nous  avons  montré  que  l'expression  même  des  Pères  Grecs,  le 
Saint-Esprit  procède  par  le  fils,  Sià,  n'est  pas  en  opposition  avec  la  doctrine  des 
Latins.  Comment  donc  les  Arméniens  auxquels  cette  expression  ])araît  insuffi- 
sante, comme  subordonnant  une  personne  à  l'autre,  peuvent-ils  soutenir  que  les 
expressions  de  leurs  anciens  docteurs,  identiques  à  celles  dos  catholiques,  si- 
gnifient seulement  l'unité  de  nature,  d'essence  du  Père  et  du  Fils?  (Ter  Mikélian, 
Die  Armenische  Kirche...,  p.  110);  à  ce  compte-là,  ne  pourrait-on  pas  dire  que  le 
Père  et  le  Fils  procèdent  du  Saint-Esprit  et  que  le  Saint-E.sprit  procède  de  lui- 
même,  puisque  l'essence  des  trois  personnes  divines  est  identique?  —  D'après  le 
texte  d'Agathange,  imprimé  à  Venise  (18G2),  p.  270,  saint  Grégoire  l'Illuminateur 
aurait  aussi  admis  que  le  Saint-Esprit  procède  du  Père  et  du  Fils.  Ce  texte,  si 
mince  que  soit  l'autorité  d'Agathange,  prouve  du  moins  l'ancienneté  du  dogme 
en  question,  dans  l'Église  arménienne. 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'ARMÉNIE.  147 

ménie  entière  en  réconciliant,  au  moins  pour  deux  ans,  Hé- 
thoum  I"  avec  Boliémond  V,  prince  d'Antioclie.  Nul  doute  que 
le  dévouement  chevaleresque,  les  vertus  et  les  actions  héroïques 
du  saint  roi  n'aient  contribué  à,  confirmer,  pour  lors,  le  roi  et  le 
catholicos  dans  l'unité  religieuse  (Raynaldi,  ann.  12 18,  n.  34). 

I  33.  Constantin  /"'  devenu  vieux  se  laisse  circonvenir  con- 
tre Borne;  raisons  de  l'opposition  des  dissidents  arméniens, 
/{rgmnents  de  Mékhithar  contre  la  primauté  du  pape.  In- 
fluence de  Vartan  sur  le  catholicos;  étranges  assertions  et 
contradictions  auxquelles  l'esprit  de  parti  entraîne  ce  dis- 
tingué Vartabed.  —  Après  la  mort  du  pape  Innocent  IV  (1254), 
le  roi  Héthoum  et  le  catholicos  Constantin  restèrent  en  commu- 
nion avec  ses  successeurs.  Mais,  durant  les  dix  années  qui 
suivirent,  leurs  relations  avec  la  papauté,  par  suite  de  certains 
manques  d'égards,  d'équivoques  et  de  malentendus,  se  refroi- 
dirent sensiblement.  —  On  sait  que  les  Franks,  malgré  une 
loyauté  et  une  générosité  assez  ordinaires,  s'imposaient  aussi 
parfois  aux  populations  chrétiennes  beaucoup  moins  par  des 
bienfaits  que  par  des  exactions  et  des  violences.  Dans  son  orai- 
son funèbre  de  Baudoin,  comte  de  Marasch  et  de  Keçoun,  tué 
sous  les  murs  d'Édesse  l'an  1148,  le  docteur  arménien  Basile 
relevait  jusque  chez  son  héros  cette  tendance  à  ti'aiter  sa  sei- 
gneurie en  pays  conquis.  Sans  doute,  on  peut  dire,  à  la  décharge 
de  plusieurs,  que  le  souci  de  tenir  tête  aux  musulmans  néces- 
sitait beaucoup  de  ressources,  dont  l'acquisition  rapide  n'allait 
pas  sans  actes  de  rigueur;  sans  doute,  aussi,  plusieurs  sei- 
gneurs franks  n'étaient  pas  moins  impitoyables  pour  leurs 
compatriotes  que  pour  les  indigènes;  et  Baudoin  de  Marasch, 
par  exemple,  au  témoignage  de  Mathieu  d'Édesse,  préférait  les 
Arméniens  aux  F'ranks.  Néanmoins,  ces  procédés  hautains, 
surtout  quand  on  les  observait  chez  un  représentant  du  pape, 
venaient  raviver  et  fortifier  tous  les  préjugés  d'une  partie  de  la 
population  indigène  et  les  désaffectionner  de  l'union  religieuse. 

D'autre  part,  les  moines  du  nord  de  l'Arménie  continuaient 
de  subir  l'influence  des  princes  infidèles,  toujours  intéressés 
à  diviser  les  Arméniens  et  à  isoler  leurs  sujets  du  reste  de  la 
chrétienté.  Ces  Arméniens  orientaux  puisaient  dans  leur  cut 
tourage  et  leurs  récentes  traditions  une  persévérante  opposi- 
tion contre  tout  rapprochement  avec  les  Latins.  Fiers  de  la  pré- 


148  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

tendue  tradition  qui  plaçait  au  milieu  d'eux,  dans  l'Ararad,  le 
berceau  de  leur  Église,  ils  se  plaignaient  de  léloignement  de 
leur  catholicos,  saisissaient  toutes  les  occasions  de  lui  faire  des 
représentations  et,  devançant  le  turbulent  évêque  de  Siounie, 
Etienne  Orbélian  (ch.  67),  ils  laissaient  percer  la  menace  de 
restaurer  le  siège  d'Etchmiadzin.  Devant  cette  opposition  irré- 
ductible, le  roi  et,  plus  encore,  le  catholicos  multipliaient 
d'abord  les  exhortations,  puis  se  décidaient  parfois  à  fermer  les 
yeux,  à  louvoyer,  à  faire  même  quelques  concessions  pour  éviter 
un  schisme.  Cette  situation  difficile  explique  en  grande  partie, 
croyons-nous,  la  politique  religieuse  de  Constantin  F',  qu'on 
serait  tenté  de  regarder  comme  un  peu  versatile.  Constantin 
subit  l'influence  de  Mékhithar  de  Sguévra,  originaire  du  Daschir, 
et  surtout  celle  du  célèbre  Vartan  de  Partzerpert,  formé  au 
couvent  de  Kédig  et  qui  avait  adopté  les  préjugés  traditionnels 
et  les  vues  un  peu  étroites  de  ce  milieu. 

Le  même  catholicos  qui  avait  adhéré  aux  conditions  d'union 
formulées  par  Innocent  IV  sembla,  au  commencement  de  12G2, 
se  laisser  circonvenir  par  le  parti  toujours  actif  des  opposants. 
Nous  soupçonnons,  plutôt  que  nous  n'accusons,  le  catholicos 
d'avoir  alors  un  peu  biaisé  entre  les  partis  adverses;  car  le  té- 
moin qui  nous  donne  ses  propres  opinions  comme  l'écho  de 
celles  de  Constantin  1",  le  Vartabed  Mékhithar  de  Daschir,  est 
trop  manifestement  du  côté  des  réfractaires  à  l'union  pour  ne 
point  inspirer  quelques  doutes  sur  son  impartialité.  —  Il  ra- 
conte qu'un  légat  du  pape  étant  arrivé  à  Saint-Jean  d'Acre  invita 
le  catholicos  à  lui  apporter  ses  présents.  Ce  légat  apostolique 
était  frère  Thomas  de  Lentil  ;  il  voulait  sans  doute  ayant  tout 
remédier  aux  petits  malentendus  qui  menaçaient  la  communion 
religieuse  entre  les  deux  Églises.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  catholicos, 
alléguant  son  grand  âge,  ne  bougea  point.  Le  légat,  qui  était,  si 
l'on  en  croit  Mékhithar,  assez  vif  et  hautain,  fut  irrité  de  ce  qu'il 
appelait  un  grave  manquement  envers  le  représentant  du  pape; 
et  il  s'en  plaignit  à  Oschin  de  Gorighos,  frère  du  roi.  «  Con- 
formément au  caractère  de  notre  nation,  qui  se  déprécie  elle- 
même  pour  exalter  les  autres  »,  remarque  ingénument  Mékhi- 
thar, le  roi  et  le  catholicos,  comme  leur  entourage,  crurent  que 
les  reproches  du  légat  étaient  fondés.  On  décida  de  lui  envoyer 
une  ambassade  avec  des  lettres  patentes,  et  Mékhitar  de  Daschir, 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'aRMÉNIE.  149 

assisté  de  Tévêque  arménien  de  Jérusalem,  fut  désigné  comme 
le  porte-parole.  Le  rhoix  du  député  était  plus  propre  à  satis- 
faire les  adversaires  que  les  partisans  de  l'union  ;  car,  Mékhithar 
reconnaissait  au  pape  une.  primauté  d'honneur  dans  l'Ég-lise 
universelle;  mais 'rien  de  plus. 

L'accueil  quelque  peu  dédaigneux,  semble-t-il,  qu'il  reçut 
d'abord  du  légat  n'était  pas  fait  pour  modifier  ses  sentiments. 
Aussi,  maintient-il  que  l'ensemble  des  évêques  a  le  droit  de 
juger  le  pape,  comme  les  onze  apôtres  jugèrent  et  censurèrent, 
selon  lui,  la  conduite  de  Pierre  (1).  Voici  en  raccourci  son  rai- 
sonnement :  Telle  la  situation  de  Pierre  à  l'égard  des  autres 
apôtres  réunis,  telle  la  position  du  pape  en  face  des  successeurs 
réunis  des  autres  apôtres.  Or,  quand  saint  Pierre  prêche  l'évan- 
gile aux  païens  et  mange  avec  eux,  les  Juifs  nouvellement  con- 
vertis et,  avec  eux,  les  onze  apôtres  murmurent  et  lui  deman- 
dent pourquoi  il  a  ainsi  agi.  Ce  murmure  et  cette  interrogation 
sont  la  preuve,  aux  yeux  de  Mékhithar,  que  saint  Pierre  est  jus- 
ticiable des  autres  membres  du  collège  apostolique.  D'ailleurs, 
le  prince  des  apôtres  lui-même  n'en  a-t-il  pas  convenu,  puisqu'il 
a  cru  devoir  leur  exposer  les  raisons  de  sa  conduite? 

Pour  qui  se  reporte  au  contexte  du  passage  invoqué  par  le 
docteur  Mékhithar,  l'objection  s'évanouit  au  premier  coup  d'œil. 
Car  ce  ne  sont  pas  les  apôtres,  mais  des  Juifs  convertis,  encore 
trop  attachés  aux  observances  mosaïques,  qui  se  scandalisent, 
en  voyant  les  gentils  admis  de  plain-pied  dans  l'Église,  sans 
avoir  été  astreints  aux  prescriptions  légales.  Dès  lors,  prétendre 
qu'en  demandant  à  Pierre  les  causes  de  sa  familiarité  avec  les 
païens,  ces  chrétiens  judaïsants  font  acte  de  juridiction,  ce 
serait  soumettre  l'élément  sacerdotal  à  l'élément  laïque,  intro- 
duire un  principe  d'anarchie  dans  l'Église. 

Pierre  leur  montre,  il  est  vrai,  que  s'il  s'est  tourné  vers  les 
gentils  et  a  mangé  avec  eux,  ce  n'est  point  par  caprice,  mais 


(1)  Act.  Apost.,  XI.  —  L'cjcrit  de  ]Mckhithar  est  traduit  dans  Dulaurier,  Hht.  des 
crois.,  Doc.  armén.,  l,  pp.  689-700;  Sarbanalian,  Iltst.  de  la  lUlérature,  p.  730;  voir 
surtout  Galanus,  t.  III,  pp.  299-371  dont  le  texte  est  beaucoup  plus  complet. 
L'écrit  cité  dans  le  recueil  de  Dulaurier,  s'il  faut  en  croire  le  titre  du  manuscrit, 
fut  composé  d'après  les  exhortations  de  Jacques  évêquc  du  monastère  de  Gas- 
daghôn  et,  ce  qui  nous  surprend  beaucoup  plus,  sur  l'ordre  de  Iléthoum,  i  hra- 
manè  thakavorin. 


150  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

parce  qu'il  en  a  reçu  de  Dieu  l'ordre  réitéré,  et  confirmé  ensuite 
par  la  miraculeuse  effusion  des  dons  du  Saint-Esprit  sur  les 
nouveaux  convertis.  Cependant,  bien  loin  que,  par  cette  con- 
descendance, il  se  soumette  à  leur  jugement,  il  pratique  sim- 
plement le  devoir  de  tout  chrétien,  grand  ou  petit,  qui  doit 
être  prêt,  selon  le  conseil  de  saint  Paul,  à  pouvoir  donner  à  qui- 
conque l'interroge  les  raisons  de  sa  foi. 

Si  l'opposition  de  Mékhithar  à  la  suprématie  du  pape  ne  fut 
point  dictée  par  le  catholicos,  ce  qui  impliquerait  une  déloyauté, 
dont  la  preuve  n'est  pas  faite,  il  faut  bien  convenir  que,  sous  la 
pression  du  parti  soi-disant  national,  il  laissa  les  opposants 
mener  une  vive  campagne  contre  l'union  avec  l'Église  romaine, 
en  exagérant  même  et  en  multipliant  dans  la  chaleur  des  po- 
lémiques les  points  de  divergence. 

A  partir  de  l'an  1254^  et  pendant  les  années  qui  suivent,  l'an- 
cien attachement  de  Constantin  à  l'Eglise  catholique  paraît 
donc  bien  refroidi,  suspect  même,  quand  on  songe  que  Vartan, 
son  confident,  peut,  sans  encourir  sa  disgrâce,  défendre  opiniâ- 
trement certaines  thèses  hétérodoxes.  Le  roi,  soit  par  politique, 
soit  par  conviction,  acceptait  avec  plus  d'empressement  que  le 
patriarche  les  prescriptions  du  pape.  Vartan  lui  adressa  une 
lettre  pour  le  mettre  en  garde  contre  les  erreurs  des  Latins. 
Il  composa  aussi,  du  même  point  de  vue  schismatique,  ses  civer- 
tissenients  aux  Arméniens  (1).  Ses  écrits  représentent  bien  la 
doctrine  de  cette  partie  peu  considérable  de  l'Église  armé- 
nienne, confinée  surtout  vers  les  régions  du  Moyen-Araxe,  qui 
restait  réfractaire  à  tout  rapprochement  avec  les  occidentaux, 
surtout  au  point  de  vue  religieux.  Comme  ses  aînés,  Ananias 
de  Schirag,  et  Paul  de  Daroii,  l'adversaire  au  siècle  précédent 
du  théologien  grec  Théopistis,  comme  son  contemporain 
Mékhithar  de  Sguévra,  comme  Jean  d'Orodn,  Grégoire  de  Da- 
thève  (2),  Etienne  de  Siounie,  qui  vont  venir  après  lui,  Vartan 

(1)  Galanus,  t.  II,  j).  71  et  .suiv.  On  consorvc  à  la  Bibliothèque  nationale  de 
Paris  (ancien  tonds  arnién.,  n.  12,  fol.  139  v^-UOIr")  un  manuscrit  en  polokir 
(caractères  ronds)  a^ant  appartenu  à  la  reine  Guéran  ou  Kyra  Anna,  épouse  de 
Léon  III.  Il  contient  une  réponse  de  Vartan  à  une  lettre  portée  par  le  Légat  Do- 
minique à  Héthoum  I"'. 

(2)  Si  les  Arméniens  ne  rentrèrent  pas  d'une  manière  plus  complète  et  d'une 
façon  définitive  dans  le  giron  de  TÉglise  catholique,  la  responsabilité  en  in- 
combe en  très  grande  partie  à  l'opposition  mesquine  et  opiniâtre  de  certains 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'^RMÉNIE.  151 

semble  multiplier  comme  à  plaisir  les  divergences  même  dog- 
matiques avec  les  Églises  grecque  et  romaine. 

Ainsi,  après  avoir  d'abord  expliqué  le  texte  de  saint  Jean 
relatif  au  vSaint-Esprit  :  «  Il  reçoit  du  mien  »,  selon  le  sens  admis 
par  les  Pères  du  concile  de  Sis  et  par  les  Latins,  c'est-à-dire 
après  avoir  admis  que  le  Saint-Esprit  procède  du  Fils  comme 
du  Père,  il  en  arrive  à  dire  que  le  Saint-Esprit  est  du  Fils, 
uniquement  parce  qu'il  nous  communique  les  biens  du  Père 
et  qu'il  procède  du  Père  seul. 

Vartan  refuse  d'admettre  la  suprématie  de  juridiction  du 
pape  sur  toute  l'Église  ainsi  que  la  dualité  des  natures  dans  le 
Christ.  Ce  sont  Là  les  deux  erreurs  dogmatiques  capitales  des 
docteurs  grégoriens  mentionnés  plus  haut.  Pour  lui,  comme 
pour  ses  émules,  aucune  sorte  de  distinction  entre  la  nature 
et  la  personne.  Donc  selon  lui,  les  Pères  de  Chalcédoine  et  leurs 
partisans  sont  nestoriens.  Il  admet  que  les  deux  natures,  après 
l'union,  n'en  forment  plus  qu'une;  et  il  ne  s'aperçoit  pas  qu'il 
se  réfute  ou  se  contredit,  en  affirmant  que  le  Christ  est  vrai 
Dieu  et  vrai  homme.  Mais  de  ces  deux  assertions  contradictoi- 
res, c'est  à  la  première  seule,  à  celle  qui  est  fausse,  qu'il  s'ar- 
rête; et  il  ne  recule  pas  devant  les  absurdes  conséquences 
qu'elle  entraîne.  Comme,  à  ses  yeux,  la  nature  et  l'hypostase 
ne  présentent  ni  deux  réalités,  ni  même  deux  concepts  distincts, 
il  s'ensuit  que  la  nature  humaine  du  Christ  se  confondant, 
après  l'union  ou  plutôt  après  la  fusion,  avec  sa  nature  divine, 
on  ne  peut  plus  distinguer  désormais  entre  la  nature  unique 

couvents  do  l'Arménie  orientale,  aux  couvents  de  Sanahin  et  Aghpad  (entre 
Akhalkalaki  et  Kars),  au  couvent  d'Orodn,  sur  un  petit  affluent  gauche  de  la 
Bai'chouchat  au  nord-est  de  Dathève;  enfin  au  couvent  de  Dathève.  Dathève 
ou  Stathève  fut  ainsi  appelé  en  mémoire  de  saint  Eustathius,  prétendu  dis- 
ciple de  saint  Thaddée.  Le  couvent  de  Dathève  est  situé  dans  un  vallon  sau- 
vage à  100  kilomètres  au  sud-est  du  lac  Goktcha,  entre  Ouroute  et  Migri.  Il 
s'élève  à  pic  à  1.000  mètres  d'altitude,  au  sommet  d'un  rocher,  au  pied  duquel 
coule  l'impétueux  Bazar-Tchaï.  Dathève  fut  depuis  le  ix*  siècle  le  siège  mcHro- 
politain  de  la  Siounic.  Là,  réside  encore  un  descendant  de  l'ancienne  famille 
Orbéiian.  Outre  le  monastère  et  le  Mcdz  Anabad  (grand  Ermitage),  qui  s'('lève 
dans  le  vallon  de  Dathève  au  bord  du  Bazar-Tchaï,  on  compte  aujourd'hui 
150  maisons.  Leur  isolement  complet,  même  des  villages  voisins,  maintient  les 
habitants  dans  un  état  de  superstition  qui  surprend  les  voyageurs.  Cet  isole- 
ment explique  en  partie  l'ancienne  opposition  du  couvent  à  l'union  religieuse. 
Sur  l'état  actuel  de  Dathève  et  Bledz  Anabad,  voir  Mad.  B.  Chantre,  A  travers 
l'Arménie  Russe  (Paris,  1893),  ch.  vu  et  vui. 


152  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

du  Christ  qui  en  résulte  et  Tl^ypostase  du  Verbe.  La  nature 
humaine  devient  donc,  dès  Tlncarnation,  impassible,  immortelle, 
immense,  transformée  en  la  divinité  :  erreurs  monstrueuses, 
qui  ruinent  toute  l'économie  de  l'Incarnation  et  sur  lesquelles, 
cependant,  renchérira  encore  Grégoire  de  Dathève. 

Chez  ces  hommes  qui  ne  paraissent  pas  avoir  manqué  d'in- 
telligence, voilà  donc  où  aboutissait  une  interprétation  inexacte 
et  obstinée  de  la  tradition  des  saints  Pères.  Ils  continuaient 
de  prendre  dans  un  sens  trop  étroit,  et  par  conséquent  inexact, 
la  formule  cyrillienne,  une  nature  du  Verbe  incarnée,  et  la 
comparaison  faite  par  le  symbole  dit  de  saint  Athanase,  entre 
l'union  du  corps  et  de  l'àme  dans  l'homme  et  l'union  des  deux 
natures  dans  le  Christ  (1). 

Dans  ses  avertissements  aux  Arméniens,  surtout  au  chap.  vi, 
Vartan  réduisait  à  deux,  au  sacrement  de  baptême  et  au  sa- 
crement de  l'Eucharistie,  les  sacrements  strictement  dits; 
il  allait  plus  loin  et  dénaturait  l'essence  même  du  sacre- 
ment (2). 


(1)  Nous  avons  expliqué  ailleurs  le  sens  de  ces  expressions.  Encore  une  fois, 
saiiil  Cyrille  {\tiv  exemple,  dans  son  discours  aux  Alexandrins)  déclare  qu'il  n'y 
a  ni  confusion  entre  les  deux  natures,  ni  unité  d'essence,  ni  déperdition  d'au- 
cune d'elles;  sa  doctrine  est  celle  de  Grégoire  de  Nazianze  qui  dit  (sur  la  Trinité): 
"  il  y  a  dans  le  Christ  deux  natures,  mais  une  seule  personne  ».  Quant  à  la 
comparaison  employée  dans  le  symbole  dit  d'Athanase,  il  est  bien  clair  que  la 
nature  divine  ne  peut  s'unir  à  la  nature  humaine,  comme  notre  âme  à  notre 
corps  dont  elle  est  la  forme;  la  nature  humaine  s'unit  d'une  manière  immédiate 
à  la  subsistence  du  Verbe,  et  d'une  manière  médiate  seulement  à  sa  nature; 
voir  Epist.  S"""  Cyrilli  ad  Nestor.;  voir  plus  haut  cette  Histoire,  g  7,  note  1. 

(2)  Voir  Galanus,  III,  440,  etc..  On  voit  que  les  divergences  dogmatiques  qui 
séparaient  des  catholiques  un  parti  arménien  dissident  s'étaient  fort  accrues 
depuis  les  synodes  de  Tovin  (Twin)  et  de  Manazgherd. 

Nous  avons  dit  combien  est  incertaine  la  date  des  premiers  synodes  arméniens 
condamnant  le  concile  de  Chalcédoine.  Il  se  peut  que  la  publication  du  Livj'e 
des  Lettres  (Tiflis,  1901)  et  le  redressement  des  dates  du  règne  de  plusieurs  ca- 
tholicos  permettent  de  fixer  avec  plus  de  vraisemblance  l'époque  de  ces  synodes. 
S'inspirant  de  ces-données,  un  livre  bien  documenté  nomme  synode  P'de  Tovin 
le  synode  l'éuni  par  Babgen  (190-515?)  et  le  place  en  505-506  (18"=  année  du  règne 
de  Kabadès,  488-531);  le  synode  II  de  Tovin,  qui  consomme  l'union  avec  les  mo- 
nophysites  (sous  Nersès  II,  548-557?),  est  mis  en  554  (24*  année  du  règne  de 
Khosrov-Anouschirvan,  531-579);  le  synode  III  de  Tovin  est  fixé  à  l'an  603,  après  la 
mort  du  catholicos  Moïse.  Le  même  livre  montre,  d'après  la  chronique  syrienne 
de  Michel  (éd.  Chabot),  que  le  synode  arméno-syrien  de  Manazgherd  fut  bien 
présidé  par  Jean  Odznetsi  (726).  Cf.  D-  Erwand  ter-Minassiantz,  Die  Armenische 
Kirche  in  ihren  Beziehungen  zu  den  syrischen  Kirchen  bis  zum  Ende  des  13  lahrhun- 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'ARMÉNIE.  153 

Il  est  bien  difficile  que  Constantin  P''  ait  encouragé  de  telles 
erreurs,  incompatibles  avec  les  principes  fondamentaux  de  son 
Église,  ou  mieux  de  toute  Église  clirétienne.  A  quel  point  les 
toléra-t-ir?  Nous  ne  pouvons,  faute  de  documents,  le  préciser.  Ce 
qui  est  certain,  c'est  qu'il  choisit  assez  mal  ses  principaux  con- 
seillers et  que,  leur  prestige  s'ajoutant  au  poids  de  son  âge,  sa 
bonne  volonté  resta,  sinon  entièrement  captive,  au  moins  pa- 
ralysée par  leur  influence. 

(A  suivre.) 

Beyroul. 

F.    TOURNEBIZE, 


derts  (Leipzig,  1904),  pp.  30-32,  42,  61,  71,  178,  197).  Nous  no  pouvons  cependant 
admettre,  sans  de  très  importantes  réserves,  l'une  des  thèses  fondamentales  de 
l'auteur:  «  l'Église  arménienne,  jusqu'au  vni'=  siècle,  était  très  attachée  à  la  doc- 
trine de  Julien  d'IIalicarnasse,  et  par  conséquent  au  plus  rigoureux  monoph3'si- 
tisme,  et  que  même  les  pères  arméniens  des  siècles  postérieurs  adhéraient  encore 
en  réalité  au  strict  julianisme  ».  Vorrede,  p.  vi. 


LE  DOGME  DE  L'IMMACULEE  CONCEPTION 

ET 

LA  DOCTRINE  DE  L'ÉGLISE  GRECQUE 

{Suite  et  fin)  (1) 


3.  L'Immaculée  Conception  et  V Incarnation. 

Il  est  liors  de  conteste  que  la  tradition  est  unanime  à  pro- 
clamer la  singulière  pureté  de  Marie  et  ses  autres  pri\'ilèges  à 
cause  de  l'incarnation  divine.  C'est  même  la  rnison  pour 
laquelle  d'aucuns  ^•oudraient  voir  dans  cette  relation  une 
objection  à  l'immaculée  conception.  Certes,  disent-ils,  pour 
être  la  Mère  de  Dieu,  il  convenait  qu'elle  fût  libérée  de  la 
faute  originelle  avec  tous  ses  effets;  mais  pour  cela  il  n'est  pas 
nécessaire  que  Dieu  l'en  préser^•ât  à  l'instant  même  de  sa  con- 
ception, il  lui  eût  suffi  de  l'effacer  de  son  âme  à  un  moment 
voulu,  voire  même,  si  l'on  veut,  dès  le  sein  de  sa  mère.  Et 
partant  de  ce  principe,  ils  interprètent  dans  ce  sens  le  langage 
des  écrivains  ecclésiastiques. 

Au  premier  abord,  cette  manière  de  voir  a  quelque  chose  de 
séduisant,  mais  malgré  son  côté  spécieux,  elle  ne  résiste  pas  à 
un  sérieux  examen. 

Il  faut  avant  tout  établir  la  place  occupée  par  l'immaculée 
conception  dans  l'enchaînement  des  dogmes.  Marie  est  imma- 
culée dans  sa  conception,  parce  qu'elle  fut  destinée  à  devenir 
Mère  de  Dieu,  mais  la  proportion  inverse,  prise  absolument, 
n'est  pas  vraie;  car  Marie  n'est  pas  Mère  de  Dieu,  parce  qu'elle 
fut  immaculée.  Conséquemment,  la  maternité  divine  de  Marie, 
raison  finale  de  son  insigne  pureté,  peut  et  doit  supposer  d'au- 
tres privilèges.  Si  donc  en  lisant  les  nombreux  passages  des 

(1)  Voy.  1904,  p.  1,  180,  512;  1905,  p.  57. 


LE    DOGME  DE    l'iMMACULÉE    CONCEPTION.  155 

saints  Pères  où  sont  exaltées  la  justice  et  la  chasteté  de  la  Mère  de 
Dieu,  l'on  en  infère  qu'elles  ont  trait  au  privilège  de  sa  mater- 
nité, Ton  n'a  pas  tort.  Mais  la  question  n'est  pas  de  savoir  si  ce 
privilège  en  donne  l'ultime  explication,  question  incontestable, 
mais  celle  de  découvrir  ce  que  suppose  en  outre  le  langage 
de  la  tradition.  Or,  prétendons-nous,  l'immaculée  conception 
est  implicitement  contenue  dans  la  tradition  grecque,  et  la 
maternité  divine.,  loin  d'aller  à  rencontre  de  cette  affirmation, 
au  contraire  la  confirme  et  la  démontre. 

Fidèle  à  la  méthode  adoptée,  nous  exposerons  la  doctrine 
des  Pères  point  par  point  : 

1.  La  maternité  divine  suppose  une  double  préparation  :  une 
préparation  prochaine  et  une  préparation  éloignée. 

Celle-ci  a  trait  à  la  prédestination  et  à  la  création  de  Marie, 
telles  que  nous  les  avons  décrites  plus  haut.  Dieu  avait  de 
toute  éternité  conçu  une  femme  d'un  type  exceptionnel  et  en 
avait  décrété  la  création.  Elle  reçut  dans  le  temps  l'existence 
avec  les  privilèges  et  la  nature  qu'elle  possédait  dans  les  ar- 
chétypes divins.  Aussi  bien,  en  parlant  de  la  maternité  divine, 
les  saints  Pères  semblent-ils  ne  pas  concevoir  comment  le  Fils 
de  Dieu  eût  pris  chair  dans  une  créature,  si  pure  soit-elle,  qui 
n'eût  pas  été  créée  dans  cet  état.  En  effet,  dit  Proclus,  le  Christ 
n'a  contracté  aucune  souillure  dans  le  sein  de  sa  mère,  puis- 
qu'il l'avait  créée  absolument  pure  (1).  Ce  qu'exprime  Grégoire 
d'Antioche  en  ces  termes  :  ...  -l^v  vàp  y.Ti'aaç  où/.  kiJ.okùvOr^,  laùvqv 
o'jcà  xaToix,r((7a?  i'/pàvO-^  (2).  «  ...  Quam  enim  creans  poilu  tus  non 
est,  neqiie  in  eam  habitans  sordes  contraxit.  » 

L'incarnation  est  donc  mise  sur  le  même  rang  que  la  création. 
Mais  la  création  de  Marie  comprend  aussi  sa  conception.  Donc 
celle-ci  fut  vierge  de  la  souillure  originelle. 

C'est  le  raisonnement  que  nous  avons  fait  plusieurs  fois  déjà, 
et  qui  trouve  ici  une  application  naturelle. 

2.  Les  relations  étroites  de  la  maternité  divine  avec  sa  pré- 
paration éloignée  se  retrouvent  non  moins  intimes  dans  les 
circonstancesqui  l'ont  immédiatement  précédée,  c'est-à-dire  dans 
sa  préparation  prochaine. 

(1)  Oùx  £(1o).ûv9yi   oîxïiaai;  jj-i^xpav,  -/ivTcep  a-Jtôç  àvySpïcrTtoç  £ÔYi[Ji,io-jpYi(j£v.   6"  sermon 
sur  les  louanges  de  Marie. 
(•2)  CIV.  Mai.  Class.  auct.,  t.  X,  p.  5G3-564. 


156  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Nous  n'y  insisterons  pas,  car  elles  nous  entraîneraient  loin. 
Mais  si,  au  dire  des  saints  Pères,  il  était  nécessaire  que  la  voie, 
par  laquelle  le  Sauveur  devait  passer,  fût  pour  ainsi  dire  munie 
de  miracles  (1),  ils  ajoutent  aussi  que  Marie  en  devenant  Mère 
acquit  une  beauté  plus  grande  encore  :  Tb  xiXkoq  xo  outjixbv  wpai6- 

Tôpov  âvioît^aç,  l^aatpaTUTC'ja-a  aâpy.a   Os6rr;TOç.   EÙAoycDixsv,  E'jAoy^- 
[X£V/)  llapÔÉVc,  Tov  tÔxov  ffOL),  y,al  biztpwhz'JiJ.vt  z\q  Tiaviaç  Toùç  alwvaç  (2). 

«  Nativam  pitlchritudinem  ostendisti  venustiorem,  quum 
effecisti  ut  divinitatis  caro  splcndesceret.  Benedicimus,  o  virgo 
benedicta,  partum  tuum  et  in  omniasaecula  super  extollimus.  » 

D'où  l'on  voit  que  la  tradition  établit  clairement  la  distinction 
entre  l'état  de  l'âme  de  Marie  à  soïi  origine  et  au  moment  où 
elle  devint  Mère.  La  beauté  plus  grande  dont  fut  ornée  Marie 
revient  à  sa  maternité  effective,  tandis  que  son  insigne  sainteté, 
elle  la  possédait  dès  sa  conception.  Elle  pouvait  donc  tout  à  la 
fois,  dès  cet  instant,  être  préservée  de  la  faute  originelle,  et,  en 
possédant  la  divinité  dans  son  sein,  recevoir  un  lustre  nouveau. 

3.  Considérons  maintenant  la  maternité  sous  un  autre  aspect. 
Qui  dit  Mère  appelle  l'idée  de  Fils.  Quelles  sont  les  relations 
entre  Jésus  et  Marie?  Puisqu'il  s'agit  de  l'union  de  la  divinité 
avec  l'humanité,  ou  celle-là  devait  perdre  en  se  mettant  au 
niveau  de  celle-ci,  ou  celle-ci  devait  être  exaltée  en  vertu  de 
celle-là.  Le  choix  entre  ces  deux  hypothèses  n'est  pas  douteux. 
Dès  lors  la  Mère  qui  devait  fournir  l'humanité  au  P'ils  devait 
être  ornée  d'une  dignité  correspondante  à  la  dignité  de  celui-ci. 

a)  Cette  dignité  regarde  en  premier  lieu  sa  nature. 

Divers  motifs  de  la  part  de  Dieu  réclament  en  Marie  une  sain- 
teté telle  qu'elle  ne  peut  être  compatible  avec  le  péché  originel. 

a)  Dieu  en  effet  se  présente  d'abord  comme  createwr.  L'attribut 
du  créateur  est  la  toute-puissance.  En  Marie  tous  les  trésors  de 
beauté,  de  grâces,  de  privilèges  ont  été  accumulés,  en  sorte 
que  nulle  autre  créature  ne  lui  est  semblable. 

'Oç  TïàvTwv  y.Tia-fACtTWV  7rot*^TY;v  ^ew/^a-aca,    0£O[j(.'^Top,    b'KepèéSriY.ocq 

7upoT£p'/)[;.a(jtv  •  oGsv  as  T;avT£ç  \j.eyy.\ù^oixe^  (3).  «  Ut  quac  creaturarum 

(1)  "ESsi  Y«P  1^'^  foy  0eoù  àcppacTTov  xal  ayYxaTaêatixfjv  o-àp/wfftv  7tpooôo7roiy)6rivat 
ToT  eaujxatnv.  Saint  Jean  Damascène,   1"  sermon  pour  la  Nativité  do  Marie. 

(2)  napaxXvixtxiî.  Venise,  1742,  p.  125. 

(3)  Menées.  Canon  de  Théophane'au  23  janv.,  9-  ode. 


LE    DOGME    DE    l'iMMACULÉE    CONCEPTION.  157 

omnium  creatorem,  o  Dei  mater,  genueris,  creaturam  omnem 
tlivina  gloria  et  sanctitate  et  gratia  et  omnigenis  virtutis  praero- 
gativis  supergressa  es.  Quare  te  omnes  magnificamus.  » 

Or,  la  toute-puissance  qui  a  été  si  généreuse  à  son  égard,  lui 
aurait-elle  refusé  la  justice  originelle  ? 

i3)  Il  faut  ensuite  considérer  la  majesté  de  Dieu.  Celle-ci  à  son 
tour exigeen  Marie  unepureté  etune  sainteté  telles  qu'elle  puisse 
y  habiter,  comme  elle  réside  au  ciel.  C'est  la  raison  pour 
laquelle  les  saints  Pères  appellent  si  fréquemment  Marie  ciel, 
nouveau  ciel,  etc..  Mais  pour  cela,  que  fait  Dieu?  Il  l'orne  dès 
sa  conception  de  l'Esprit-Saint  et  de  grâces  de  toutes  sortes. 
«  Cum  illo  vivebat  spiritu  conjunctissima,  utpote  mater;  sicut 
etille  cum  ipsa.  Quin  etiam  simul  ac  nata  fuit,  dixerimquoque, 
simul  atque  concepta  beata  Virgo,  sua  illam  gratia  implebat, 
qui  sibi  futuram  praestituerat  matrem;  immo  vero  cum  illa 
erat  ipse,  antequam  esset  nata  (1).  » 

Mais  en  quoi  consisterait  cette  abondance  extraordinaire  de 
grâces,  si  on  ne  suppose  point  parmi  elles  la  plus  grande,  la 
plus  efficace,  la  plus  belle,  sans  laquelle  l'âme,  malgré  tout, 
garde  comme  un  reste  de  souillure,  la  grâce  de  la  justice  ori- 
ginelle? C'est  bien  cette  justice  que  saint  Jean  Damascène  avait 
en  vue,  en  disant  que  Jésus-Christ  habita  la  «  vù^ginilë  origi- 
nelle qu'un  jour  nous  possédions  ».  'Qq  y.y.fiapï.^  /.aiotx-i^aaç  tï]V 
p/rJTpav  (jo'j  6  o-q\j.'.o\jpYoç  tvjç  àv6po)Tv''v/)ç  çùffswç,  i^wy/^as,  AsiTroiva,  --rjv 
£V  •rj[J.ïv  o'.xr^aaaav  -Kpo-Kcc-opv/.TiV  -Kccp^z-iio.^ ,  toùç  TràXai  à':ï0xi(7Ô£VTa(;  toj 
T£p-voÎj  -apaosbo'j  àvwy.iffsv  èv  -cJxw  oo^oXoyoûvTaç  (2).  «  Humanae 
conditor  naturae,  o  Domina,  in  tuo  sinu  habitans  utpote  puro, 
origiaaleni  incoluit  virginitatem  quae  in  nobis  fuit,  etpridem 
ab  jucunditate  paradisi  extorres  revocavit  qui  ipsum  propterea 
glorificant.  » 

y)  L'amour  filial  de  Jésus  exigeait  aussi  dans  la  sainteté  de  sa 
Mère  une  certaine  similitude.  C'est  une  loi  de  l'amour.  Or 
comment  les  regards  de  Jésus  eussent-ils  pu  se  reposer  sur 
Marie  de  toute  éternité,  si  sa  beauté  n'eût  été  en  tout  irrépro- 
chable?   Qç  y.aAY]v,  w;  wpaïav  TrcOrjjag  ot  h  '/,oCiCkoi:oCz!;    Ir^ao'jq,  -ava- 


(l)  Einporour  L(''Oii.  StM'iuou  poui'  la  Doriuitioii  do  Marie.  Cfr.  Maraccius,  Cae- 
sares  Mariani,  Roinae,  MDCLVl,  p.  63. 

{;!)  Saint  Jean  Damascène.  Mai.  Spicil.  Rom.,  t.  IX,  p.  738. 


158  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

[/o')[j//]TS,   ïf,  COU  capy.l  yeyévrixoci  y.ocl  Osoî  \J.t  oi    cr/.TOV    àixi'p-q'o^    (1). 

«  Te,  0  penitus  immaculata,  utpote  pulchram  venustamque  con- 
cupiscens  Jésus,  pulchritudinis  auctor,  ex  tua  carne  genitus 
est,  meque  immensa  pietate  in  consortium  divinitatis  adduxit.  » 

b)  A  la  similitude  de  nature  réclamée  pour  divers  motifs  par 
la  divinité,  s'ajoutent  : 

a)  la  similitude  entre  certaines  propriétés  qui  en  découlent 
immédiatement.  Nous  entendons  par  là  les  attributions  com- 
munes à  Jésus  et  à  Marie  de  premiers-nés,  pleins  de  grâces, 
divins,  etc.,  dont  nous  avons  parlé  plus  haut; 

[6)  ridentification  de  la  chair  de  Jésus  avec  celle  de  Marie,  qui 
a  été  également  plus  haut  l'objet  de  remarques  importantes  ; 

y)  enfin,  la  similitude  de  rôles  dérivant  directement  de  l'in- 
carnation, lis  seront  incessamment  examinés  à  part  à  cause  de 
leur  importance. 

Avant  de  clore  cet  ordre  d'idées,  il  nous  semble  bon  de  faire 
une  observation  qui  s'applique  à  tout  ce  paragraphe. 

C'est  déjà  une  marque  de  honte  et  une  souillure  pour  l'àme 
que  d'avoir  contracté  un  seul  moment  le  péché  originel.  Si 
donc  les  saints  Pères  insistent  sur  la  parfaite  pureté  de  Marie, 
il  faut  conclure  que  même  cette  souillure  d'un  moment  n'a  pu 
exister  en  elle.  D'ailleurs,  c'est  recourir  à  un  procédé  captieux 
que  d'admettre  celle-ci  en  principe,  sans  vouloir  convenir  du 
moment  précis;  car,  si  Marie  a  été  libérée  de  la  faute  originelle, 
pourquoi  en  déterminer  un  moment  de  sa  vie  plutôt  que  de 
l'admettre  dès  le  début  de  son  existence? 


En  commentant  plus  haut  les  paroles  du  Protoévangile  à 
l'aide  des  Pères  grecs,  nous  avons  vu  que  Marie,  associée  au 
triomphe  du  Christ  sur  le  serpent  infernal,  le  fut  aussi  dans  la 
rédemption.  Le  moment  est  venu  de  développer  cette  doctrine. 

1 .  D'abord,  le  rôle  de  corédemptrice  attribué  à  Marie  se  con- 
fond avec  celui  de  conciliatrice  ou  de  médiatrice,  puisque  la 
médiation  auprès  de  Dieu  a  eu  pour  effet  de  racheter  l'homme 
de  la  malédiction  qui  pesait  sur  lui.  Ces  deux  fonctions  sont 

(i)  Menées.  Canon  de  Joseph  riiymnographe  au  3U  février,  0«  ode. 


LE    DOGME    DE    l'iMMACULÉE    CONCEPTION.  159 

appliquées  à  Marie  par  les  saints  Pères  avec  un  accord  unanime 
et  de  tous  les  âges. 

2.  Bien  que  la  rédemption  du  genre  humain  appartienne  en 
propre  à  Jésus-Christ,  néanmoins  cette  même  attribution  res- 
sortit aussi  à  bon  droit  à  Marie,  non  pas  directement  ni  d'une 
façon  absolue,  mais  à  cause  de  ses  relations  avec  son  Fils.  En 
effet,  s'il  est  vrai  que  le  Christ  seul  sauve  le  monde,  d'un  autre 
côté  il  n'a  pu  le  faire  qu'en  prenant  chair  dans  le  sein  de  Ma- 
rie. Dès  lors,  il  y  a  comme  une  compénétration  des  deux  êtres, 
et  ce  que  l'un  a  en  propre,  l'autre  le  reçoit  en  partage.  Ces  deux 
aspects  se  retrouvent  dans  le  langage  des  Pères,  car  Marie  nous 
est  représentée  sauvant  les  mortels  tantôt  elle-même,  tantôt  de 
concert  avec  son  Fils.  La  seule,  mais  notable  différence  dont 
nous  avons  déjà  parlé  est  que  Jésus-Christ  rachète  l'homme 
sans  avoir  eu  besoin  de  rédemption;  Marie  au  contraire  est 
dûment  rachetée  par  les  mérites  de  Jésus-Christ,  et  est  seule- 
ment associée  à  l'œuvre  de  son  Fils  (1). 

3.  Après  avoir  vu  le  fait  et  le  bien-fondé  de  la  doctrine  pa- 
tristique  relativement  à  la  participation  de  la  Mère  de  Dieu  au 
mystère  de  la  Rédemption,  approfondissons-en  la  nature. 

Plusieurs  en  sont  les  caractères. 

a)  En  premier  lieu,  cette  médiation  de  Marie  était  prévue 

dans  sa  prédestination.  Aa6£  t-^jv  elq  •m-aKky.^cq^t  -^[j.wv  TCpoopiaôefaâv 

aou  [^.sciTiv,  dit  le  moine  Jacques  (2).  «  Accipe  quam  tibiinme- 
diatricem  jjraedestinasti  ad  reconciliationem  nostram.  » 

b)  Dès  sa  conception,  Marie  exerce  pour  ainsi  dire  ce  rôle. 
Georges  de  Nicomédie  dans  son  sermon  pour  la  conception  de 
Marie  (3),   s'exprime   ainsi  :  "AyysAoi  t-J]v   t^ç  (TTspcwcrswç  xpo- 

[xzab-ciyo^ .  «  Praenuncian.t  angeli  solvendam  sterilitatem,  et 
per  ipsam  disjectum  iri  médium  peccati  ■parietem  praedi- 
cunt.  » 

c)  h' efficacité  de  la  médiation  de  Marie   est  assurée.   Us 

7cpc(7Ta(7tav  'iyp]j.v),  aypavzs,  chante  l'Églis  grecque  (4),   cl  csuXoi 

(70U,   y.od  Trpbç  "TOV   Tiiv   aou   xal   0sbv    [j.îji'tiv    ix'/,7.~a((7yjjy-zw,   7,ivB:jvo)v 

(1)  Voyez /?0C'.  liJOl,  p.  .517. 

(2)  Sermon  pour  la  Nativité  de  Marie.  Combef.,  1.  c. 

(3)  Combef.  Aiict.  i. 

(4)  Menées.  Canon  au  8  avril,  8"  ode. 


160  REVUE    DE    l'orient   CHRETIEN. 

r,\).2ç  dwÇc  xa\  x^ler.Siv  r.tipxaixSiv...  «  Quum  te,  0  iiitemerata,  nos 
servi  tui  tutelam  habeamus  atqiie  apud  Filium  tuum  et  Deum 
ynediatricem  quae  non  confunditùr,  libéra  nos  a  periculis  et 
nocivis  tentationibus...  » 

4.  Et  pour  ne  point  se  méprendre  sur  le  véritable  effet  de 
la  médiation  de  Marie,  notons  encore  que  les  écrivains  ecclé- 
siastiques parlent  avec  insistance  du  péché  originel.  C'est  la 
malédiction  divine  que  Marie  avec  son  Fils  écarte  de  l'humanité; 
c'est  le  genre  humain  comme  tel  qui  est  réintégré  dans  son 
antique  splendeur. 

Ceci  fait  encore  l'objet  d'une  cantilène  sacrée.  M-^r^p  ©sou 
£'j1oyï3H'£v*/]  7:avâ[j.a)iJ.£,  àOXooopwv  ôsîov  eYxaXXwTctaiJ.a,   ''(]    ojpavwaaaa 

TÔiv  To5  (Si'o'j  cry.avoâXoJV  •/.xl  Ty/cîv  JWT-^piaç  àçlOiGGv  (1).   «  Mater  Dei 

benedicta  etpenitusimmaculata,  divinum  victorum  decus,  quae 
naturam  nostram  serpentis  suggestione  dejectam  ad  coelum 
revocasti,  ab  omnibus  vitae  scandalis  me  serva,  meque  dignum 
effice  qui  salutem  nanciscar.  » 

5.  La  conclusion  est  facile  à  tirer. 

Si  Jésus-Christ,  auteur  principal  et  premier  de  la  rédemption 
du  genre  humain,  a  réconcilié  celui-ci  avec  la  divinité  en  prenant 
la  nature  humaine  et  si  cette  nature  par  lui  empruntée  était  in- 
demne de  la  faute  originelle,  Marie,  qui  lui  a  donné  cette  nature 
en  devenant  sa  Mère,  qui  a  été  par  le  fait  même  associée  à 
l'œuvre  de  la  rédemption,  devait,  elle  aussi,  à  ce  titre,  être 
préservée  du  vice  d'origine.  Cette  raison  provient  de  la  simili- 
tude de  fonctions  entre  le  Fils  et  la  Mère. 

Il  y  en  a  une  autre. 

A  considérer  la  rédemption  et  la  médiation  en  elles-mêmes, 
il  ne  peut  en  être  autrement.  Pour  avoir  le  droit  vis-à-vis  de 
Dieu  de  concilier  avec  lui  la  nature  humaine  déchue,  pour 
exercer  efficacement  son  action  conciliatrice  sur  cette  même 
nature,  il  ne  faut  rien  avoir  de  commun  avec  elle,  il  faut  lui 
être  supérieur.  Donc,  l'œuvre  de  Marie,  tout  en  n'étant  qu'une 
coopération  à  celle  de  Jésus-Christ,  même  exercée  en  vertu  de 
sa  grâce,  pour  être  efficace,  devait  être  basée  sur  cette  condition 
sine  qua  non  de  n'avoir  jamais  été  sujette  à  l'empire  du  démon, 

(1)  Menées.  Canon  au  22  février,  4*^  ode. 


LE    DOGME    DE    l'iMMACULÉE    CONCEPTION.  161 

comme  le  sont  tous  les  mortels.  Donc,  dès  sa  conception,  elle  a 
été  immaculée. 

Aussi  bien  saint  Ephrem  avait-il  raison  d'appeler  Marie  la 
première  médiatrice  après  Dieu  :  A£(77:civa,  ù-éZ^payio.  [/.ou  6scTè/.£,... 

'(]  [xezoï.  ty;v  Tptaâa  ■::âvTO)v  Asa-oiva,  -q  [j,£-ià  xbv  Ily.piy,\r,-ïO^  akkc^ 
~xpx'/Xr,-oq  xxl  [xsxà  tov  [^-so-itt^v  jj-sa-îtr,;  •/.oa-[J,ou  xavTÔç  (1).  *   Domina 

mea  sanctissima  Dei  genitrix,...  omnium  post  Trinitatem  do- 
mina, post  Paraclitum  alius  consolator,  et  post  mediatorem 
mediatrix  totiiis  mundi.  » 


CONCLUSION 

Arrivés  à  la  fin  de  notre  enquête,  jetons  un  regard  en  arrière. 
Examinés  l'un  après  l'autre,  tous  les  points  de  contact  de  notre 
dogme  avec  les  vérités  de  la  théologie  catholique  démontrent  : 

1°  Que  l'immaculée  conception  est  bien  loin  de  leur  être  con- 
traire en  quoi  que  ce  soit  ; 

2°  Que  même  elle  en  est  logiquement  déduite,  à  tel  point  qu'ils 
réclament  cette  vérité  comme  une  conséquence  naturelle. 
Nous  avons  suivi  dans  ce  travail  la  doctrine  des  Pères  grecs, 
choisissant  parmi  leurs  témoignages  les  plus  expressifs  et  ceux 
qui  répondaient  le  mieux  au  caractère  général  de  leur  enseigne- 
ment. Leurs  paroles,  jointes  évidemment  à  un  raisonnement 
suivi  et,  comme  nous  le  disions  dès  le  début  de  cette  élude, 
nécessaire  pour  le  dogme  de  l'immaculée  conception  de  Marie, 
auront,  nous  l'espérons,  imprimé  dans  les  esprits  la  conviction 
que  la  doctrine  de  l'immaculée  conception  se  retrouve,  certes 
implicitement,  mais  clairement  aussi,  dans  l'enseignement  tra- 
ditionnel de  l'Église  grecque  (2). 

D.  Placide  DE  Meester,  0.  S.  B. 

Rome,  Collège  grec. 

(1)  Precal.  IV  ad  Deiparam. 

(2)  Cette  étude,  nous  le  savons,  aurait  pu  être  plus  complète.  11  eût  notam- 
ment fallu  développer  davantage  le  côté  apologétique  de  la  question  et  citer  les 
théologiens  modernes  de  l'Église  orthodoxe  que  nous  avons  à  peine  mentionnés 
dans  les  premières  pages.  Mais  ce  travail  aurait  pris  des  proportions  exagérées 
pour  des  articles  d'une  revue  trimestrielle.  Nous  nous  en  occupons  pour  le  publier 
dans  un  opuscule  spécial,  dans  lequel  les  articles  parus  ici  même  seront  refondus 
et  feront  corps  avec  le  reste  de  l'ouvrage. 


ORIENT  CHRETIEN.  H 


LES  CONSTRUCTIONS  PALESTINIENNES 

DUES  A  SAINTE  HÉLÈNE 

D'APRÈS  UNE  RÉDACTION  DU  X*'  SIÈCLE 
SOURCE  DE  NICÉPHORE  CALLISTE,  VIII,  29,  30,  32. 


Le  présent  travail  est  tiré  de  la  Vie  de  Constantin  et  d'Hélène 
qui  est  conservée  dans  de  nombreux  mss.  du  xii®  siècle  (Lon- 
dres, add.  19458;  Paris,  1453,  1534,  Dép.  56)  et  dans  un  du 
xi%  Vatic,  974  (1). 

La  fin  de  cette  Vie  mentionne  les  empereurs  Maurice  et  Hé- 
raclius.  Sa  composition  se  place  donc  du  \\f  siècle  (après  Hé- 
raclius)  au  xi^  (avant  la  transcription  de  nos  mss.).  Mais  si  l'on 
remarque  qu'elle  se  trouve  dans  les  grands  ménologes  (au 
21  mai),  on  pourra  supposer  avec  une  grande  vraisemblance 
qu'elle  a  été  rédigée  par  le  Métaphraste  au  x*'  siècle.  Ce  ré- 
dacteur a  pu  utiliser  une  source  plus  ancienne,  comme  il  lui 
arrive  souvent  de  le  faire. 

En  attendant  plus  ample  recherche,  nous  présentons  donc  la 
présente  Vie  comme  un  témoin  du  ix'  au  x^  siècle,  sinon  plus 
ancien,  de  la  tradition  relative  aux  constructions  palestiniennes 
dues  à  sainte  Hélène. 

Nous  avons  transcrit  en  1902  le  texte  grec  du  ms.  de  Londres 
add.  19458,  etnous  avions  oublié  cetteébauche  quand  la  lecture 
de  divers  ouvrages  de  topographie  Palestinienne  nous  a  montré 
qu'elle  comblait  une  lacune  importante,  en  faisant  connaître 
l'ancienne  source  à  laquelle  a  puisé  Nicéphore  Calliste  (mort  vers 


(1)  Des  mss.  plus  récents  se  trouvent  à  .Jérusalem,  au  Mont  Athos,  à  ôlessine, 
à  Munich,  à  Oxford,  etc. 


LES    CONSTRUCTIONS    PALESTINIENNES.  "  163 

1350).  Nous  lisons  en  effet  dans  Nazareth  (cf.  infra,  p.  220), 
p.  120  : 

Dans  le  même  temps  à  peu  près  où  Marino  Sanuto  composait  son  livre  (vers 
1321),  le  Grec  Nicéphore  Calliste  présentait  à  l'empereur  de  Constantinople,  An- 
dronic  Paléologue  l'Ancien,  son  Histoire  ecclésiastique.  L'écrivain  courtisan  s'é- 
tait naturellement  appliqué  à  y  relever  toutes  les  gloires  impériales.  Il  n'énumère 
pas  moins  d'une  trentaine  de  sanctuaires  palestiniens  dont  il  attribue  sans  scru- 
pules la  construction  à  l'impératrice  Hélène  mère  de  Constantin Les  alléga- 
tions de  Nicéphore  Calliste  ne  s'appuient  d'ailleurs  sur  aucune  autorité. 

11  est  inexact  que  Nicéphore  ne  s'appuie  sur  aucune  autorité, 
et  qu'il  ait  fait  œuvre  de  courtisan  (1).  En  réalité  il  reproduit 
assez  fidèlement,  au  xiv"  siècle,  une  rédaction  du  x". 

L'auteur  de  Nazareth,  à  l'exemple  de  plusieurs  critiques  re- 
nommés, utilise  trop  volontiers  l'argument  tiré  du  silence  des 
auteurs  (2)  :  «  Tel  fait  m'apparaî t  à  telle  époque,  il  ne  figure 
pas  auparavant  dans  les  ouvrages  que  je  connais,  il  a  donc 
été  inventé  vers  cette  époque  ».  Dausle  cas  présent,  cet  argu- 
ment prouve  simplement  que  l'auteur  de  Nazareth  ignorait  les 
sources  de  Nicéphore  et,  pour  terminer  par  une  remarque  un 
peu  générale,  nous  dirons  que  l'argument  tiré  du  silence  des 
auteurs,  si  usité  à  cause  du  vernis  d'éruditioa  qu'il  comporte, 
devrait  être  appelé  bien  souvent,  de  la  source  d'où  il  procède,. 
«  une  preuve  d'ignorance  »  (3). 

(1)  Le  «  sans  scrupules  »  que  nous  avons  souligné  dans  le  texte  de  l'auteur  de 
Nazareth  est  aussi  très  joli. 

(2)  Il  semble  encore  l'utiliser  (p.  121)  au  sujet  de  la  translation  de  la  maison 
de  Nazareth.  ■■  On  peut  remarquer  que  Nicéphore  parle  de  lu  Maison  de  V Annon-^ 
dation  à  Nazareth.  On  peut  remarquer  aussi  qu'il  ne  dit  rien  du  miracle  de  sa 
translation  qui  se  fût  accompli  depuis  une  trentaine  d'années  -. 

Nous  savons  maintenant  que  Nicéphore  a  reproduit  un  auteur  du  x«  siècle. 
Celui-ci  ne  dit  rien  —  et  pour  cause  —  de  la  translation  ;  il  en  est  donc  de  même 
de  Nicéphore  dont  le  silence  ici  ne  prouve  rien  ni  pour  ni  contre  la  translation. 

(3)  Il  est  à  remarquer  aussi  que  les  auteurs  contemporains  n'ont  pas  pour  les  an- 
ciens la  même  indulgence  que  pour  eux-mêmes.  Ils  se  permettent  d'ignorer  des  ou- 
vrages catalogués  dans  de  nombreuses  bibliothèques  lorsqu'il  leur  suffirait  souvent 
d'une  démarche  ou  d'une  lettre  pour  être  renseignés  et  ils  ne  permettent  à  un 
ancien,  par  exemple  à  Eusèbe,  de  rien  ignorer;  mieux  que  cela,  ils  ne  compren- 
nent pas  qu'il  ait  pu  ne  pas  écrire  tout  ce  qu'il  savait  dans  les  ouvrages  qui  nous 
restent  de  lui.  —  Pour  nous,  nous  croyons  qu'Euscbe,  tout  comme  nos  contem- 
porains, a  pu  ignorer  bien  des  faits  et  bien  des  ouvrages.  Nous  croyons  aussi  qu'il 
n'a  pas  écrit  tout  ce  qu'il  savait,  soit  parce  qu'il  n'y  songeait  plus  au  moment  où 
il  rédigeait,  soit  simplement  pour  économiser  son  parcliemin.  Nous  tenons  donc 
que  l'argument  tiré  du  silence  des  auteurs  n'est  qu'un  indice  et  n'a  en  général 
aucune  force  probante. 


164  •  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Nous  omettons  ou  résumons  les  passages  les  moins  importants, 
et  nous  donnons  le  mot  à  mot  ou,  en  note,  le  texte  grec  des  pas- 
sages relatifs  à  la  topographie  palestinienne.  On  pourra  compa- 
rer à  Nicéphore  Calliste  (viii,  30),  et  utiliser  son  texte  grec  en 
attendant  que  nous  puissions  publier  celui  de  la  présente  Vie  ;  Ni- 
céphore introduit  d'ailleurs  un  certain  nombre  de  remaniements. 

Nous  renverrons  souvent  dans  les  notes  à  C.  J.  M.  de  Vogué, 
Les  Églises  de  la  Terre  Sainte,  Paris,  1860,  et  à  Geyer,  Itinera 
Hierosolymitana,  1898  (forme  le  t.  XXXIX  du  Corpus  scripio- 
rum  écoles,  latinorum.  de  Vienne)  : 

Sainte  Hélène  fait  détruire  le  temple  de  Vénus  et  trouve 
trois  croix  avec  les  clous  ;  une  malade  est  guérie  par  l'une  des 
croix,  la  sainte  prend  donc  une  partie  de  celle-ci  avec  les  clous 
pour  les  porter  à  son  fils  Constantin  à  Byzance,  et  met  le  reste 
dans  une  châsse  d'argent  qu'elle  donne  à  Macaire,  archevêque 
de  Jérusalem.  L'auteur  distingue  le  saint  Sépulchre,  le  Cal- 
vaire (1)  et  l'endroit  situé  au  levant  non  loin  des  deux  premiers 
où  l'on  trouva  les  croix.  Sainte  Hélène  fit  construire  l'église  de 
saint  Constantin  sur  l'endroit  où  elle  trouva  les  croix,  1'  'Avâixaffiç 
sur  le  saint  sépulchre  et  «  des  saints  temples  »  sur  le  Cal- 
vaire (2).  Elle  lit  aussi  des  degrés  de  marbre  au  levant  de  la 
sainte  cité,  descendant  vers  le  lieu  (3)  de  Gethsémani  où  est 
le  tombeau  de  la  très  sainte  mère  de  Dieu.  Après  avoir  cons- 
truit en  ce  lieu  un  temple  splendide  au  nom  de  la  très  pure 
mère  de  Dieu,  elle  enferma  son  très  saint  tombeau  dans  l'autel 
de  l'église  (4)  :  «  H  est  dit  par  beaucoup,  comme  nous  l'avons 
appris,  que  le  même  lieu  incliné  est  appelé  Vallée  du  Pleur,  et 
Torrent  de  Cédron,  et  Vallée  de  Josaphat;  mais  le  jardin  dans 
lequel  le  Christ  et  notre  Dieu  fut  livré  était  là  ainsi  que  le  lieu 
dans  lequel  le  Seigneur  pria  la  nuit  où  il  fut  livré  (5)  ». 

Sainte  Hélène  alla  à  la  montagne  des  Oliviers  au  levant  et  y 
bâtit  une  église  (6);  elle  descendit  au  tombeau  du  bienheureux 

(1)  'G  TÔTioi;  ToO  Kpavioy. 

(2)  Églises,  p.  149;  Itinera,  p.  234. 

(3)  Xtopîov. 

(4)  Cette  église  est  mentionnée  dès  le  v"  siècle;  M.  de  Yogiié  place  sa  cons- 
truction au  iV  siècle.  Églises,  p.  305-306. 

(ô)  Cf.  Églises,  p.  313. 

(6)  Mentionnée  au  iv'=  siicle  par  Eusèbe  et  le  pèlerin  de  Bordeaux.  Églises, 
p.  56  et  319. 


LES    CONSTRUCTIONS    PALESTINIENNES.  165 

saint  Lazare  à  Béthanie,  qui  est  à  deux  milles  de  la  sainte 
cité;  elle  arrosa  de  larmes  brûlantes  le  tombeau  du  juste  Lazare 
et  fit  construire  au-dessus  une  église  en  son  nom  (1).  Elle 
gagna  le  Jourdain  où  le  Christ  fut  baptisé  (2),  elle  le  traversa 
et  trouva  la  caverne  où  le  précurseur  avait  habité,  elle  y  bâtit 
une  église  au  nom  de  Jean  le  Baptiste.  En  face  de  la  caverne 
est  un  lieu  très  élevé  (3)  duquel  saint  Élie  fut  enlevé  au  ciel; 
elle  ordonna  d'y  bâtir  un  temple  très  majestueux  au  nom  du 
prophète  Élie,  et  alla  à  la  ville  de  Tibériade  distante  de  la 
sainte  cité  de  quatre  jours  de  route.  A  l'entour  de  Tibériade  on 
trouve  l'endroit  (4)  où  le  Christ  s'asseyait  et  enseignait;  où  il 
multiplia  les  sept  pains  et  nourrit  les  quatre  mille,  et  au  même 
endroit  est  Cafernaoum  (5)  où  le  Christ  demeura,  où  se  trouve 
aussi  la  maison  de  saint  Jean  le  Théologien,  où  (N.-S.)  mangea 
avec  ses  disciples  (6);  là  aussi  eut  bien  le  miracle  du  centurion 
et  ils  descendirent  le  paralytique  par  le  toit.  Sainte  Hélène 
ordonna  de  construire  des  églises  en  ces  endroits.  Elle  traversa 
le  fleuve  qui  était  près  de  là  et,  trouvant  une  pierre  en  forme 
de  croix  (7)  sur  laquelle  le  Christ  guérit  l'hémorroïsse,  elle 
éleva  une  église  au  nom  de  la  croix  vénérable  et  vivifiante; 
partant  de  là  et  arrivant  à  un  certain  castel  (8),  près  de  la 
croix  dont  nous  venons  de  parler,  où  il  y  a  un  grand  jet  d'eau 
appelé  Sept-Sources  (9),  où  le  Christ  fit  le  prodige  des  cinq  pains 
et  des  deux  poissons,  elle  y  construisit  un  temple  très  remar- 
quable. Elle  alla  de  là  à  la  mer  de  Tibériade  et,  trouvant  l'en- 
droit où  Notre-Seigneur,  après  la  résurrection,  apparut  aux 
apôtres  pendant  qu'ils  péchaient,  où  se  trouvaient  les  charbons 
et  le  poisson  dessus  avec  du  pain  (Jean,  xxi,  9),  où  il  mangea 
avec  eux  et  où  ils  prirent  les  cent  cinquante- trois  poissons,  elle 
y  construisit  une  église  au  nom  des  bienheureux  apôtres.  Elle 
marcha  encore  deux  milles  et,  trouvant  la  maison  de  Marie  de 


(1)  Saint  .Jérôme  connaît  cette  église.  Églises,  p.  336. 

(2)  Jlinera,  p.  265-266  (Arculf). 

(3)  'ÀTtô  Se  TÔ  anYJXatov  àvTty.puç  la-zi  tÔttoç  O'j'i'l^.ÔTepo;. 

(4)  Tô  ),£YÔ(i£vov  ôwSsy.âô&ovov. 

(5)  KauepvaoûtJL. 

(6)  "Oiroy  6  ôsîo;  xaî  Seanoxixô;  oeÎTtvoç  yéyovz. 

(7)  riÉTpav    £}(0U(Tav   tûitov  axaupoù. 

(8)  lva<iT£>.),iov  Ti. 

(9)  Epûatç  (jLEyâX"/]  tô  )>£yôji£vov  i-Kzân-r\'^ov. 


166  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Magdala  (1)  et  l'endroit  où  le  Christ  la  délivra  des  sept  dé- 
mons, elle  y  éleva  le  temple  de  Marie  de  Magdala Elle 

entra  dans  la  ville  de  Tibériade  et,  trouvant  au  milieu  la  maison 
de  la  belle-mère  de  Pierre  qui  fut  guérie  de  la  fièvre,  elle  y 
éleva  une  très  belle  église  :  saint  Pierre,  coryphée  des  Apô- 
tres. Elle  sortit  de  Tibériade,  marcha  dix  milles  vers  le  cou- 
chant et  alla  au  mont  Thabor  (2)  où  Melchisédek  bénit 
Abraham,  puis  cherchant  le  lieu  où  le  Christ  notre  Dieu  fut 
transfiguré,  elle  y  bâtit  une  église  au  nom  de  Dieu  notre  Sau- 
veur et  de  ses  saints  Apôtres  Pierre,  Jacques  et  Jean.  Elle 
consacra  à  ce  très  auguste  (ouvrage)  des  hommes  pieux  pour 
travailler  avec  art  et  chanter  (3)  ainsi  que  beaucoup  de  ses 
revenus  { 1). 

Elle  alla  ensuite  de  la  montagne  vers  le  levant  et  arriva  à 
Nazareth.  Cherchant  la  maison  où  la  mère  de  Dieu  fut  saluée 
par  l'archange  Gabriel,  elle  y  construisit  le  temple  extraordi- 
naire (5)  de  la  très  sainte  Mère  de  Dieu.  De  la  ville  de  Nazareth, 
elle  gagna  le  pays  (6)  de  Cana  de  Galilée  et  cherchant  l'endroit 
où  eut  lieu  la  noce  de  Simon  le  Cananite,  où  le  Christ  changea 
l'eau  en  vin,  elle  y  éleva  un  temple  très  auguste  (7). 

Allant  à  Bethléem  qui  est  à  six  milles  de  la  sainte  cité,  après 
y  avoir  construit  une  grande  église  élégante  (8),  en  forme  de 
croix,  au  nom  du  Christ  notre  Dieu,  et  après  avoir  enfermé  en 
dedans  sous  le  grand  autel  et  la  crèche  et  la  sainte  caverne, 
elle  sortit  de  Bethléem.  —  Cherchant  le  lieu  dans  lequel  les 


(1)  Tri;  MaYÔa),tvri<;  Mapîaç. 

(2)  Sic  Cod.  Par.  1453.  Notre  copie  du  ms.  do  Londres  porte  :  Hpb;  tô  pôpetov 
Spoç. 

(3)  Eîî  TÔ  y.alhtpysX'j  %où  <]/ii.)ltiw. 

(4)  Ces  deux  églises  étaient  sans  doute  sur  le  Thabor.  Il  y  reste  les  ruines 
d'une  église  que  M.  de  Vogiié  considère  comme  un  des  plus  anciens  monuments 
de  la  Terre  Sainte,  Églises,  p.  353;  Uinera,  p.  275. 

(5)  Nabv  irapâSoÇov.  Cf.  Églises,  p.  348-351. 

(6)  Xwptov. 

(7)  Cf.  Églises,  p.  355. 

(8)  'ExxX.  [jLEYâXTiv  Spo(Atxriv-  Cf.  Églises,  p.  50,  51  et  47,  61,  63,  64.  D'après  notre 
auteur,  sainte  Hélène  semble  avoir  contourné  le  lac  de  Tibériade  par  l'est  et  le 
nord.  A  partir  de  Tibériade  les  indications  ne  concordent  plus  avec  la  carte. 
L'auteur  ne  plaçait  pas  la  rencontre  d'Abraham  et  de  Melchisédek  au  Thabor 
ou  ne  connaissait  pas  la  position  de  cette  montagne.  On  écrirait  maintenant  : 
elle  sortit  de  Tibériade  et  marcha  dix  milles  vers  le  sud-ouest  jusqu'au  Thabor, 
puis  vers  l'ouest  jusqu'à  Nazareth. 


Li:S    CONSTRUCTIONS    PALESTINIENNES.  167 

saints  Innocents  (1)  tués  sous  Hérode  avaient  été  massacrés  et 
vénérant  cette  caverne  comme  il  était  juste,  après  avoir  bâti 
une  église  au  nom  des  saints  enfants,  elle  alla  au  saint  champ 
des  bergers  (2),  et,  trouvant  l'endroit  dans  lequel  les  saints  an- 
ges annoncèrent  aux  bergers  la  naissance  de  Notre-Seigneur 
Jésus-Christ  et  dirent  :  Gloria  in  excelsis  Deo  et  in  terra  pax^ 
y  ayant  élevé  un  temple  très  remarquable  en  l  honneur  de 
Marie,  mère  de  Dieu,  et  de  Joseph  le  père  nourricier (3),  elle 
courut  à  la  sainte  Sion.  La  sainte  Sionest  sur  le  lieu  surélevé  de 
la  sainte  cité,  vers  le  midi:  sainte  Hélène  y  construisit  une 
église  élégante,  grande  en  longueur  et  largeur  (4);  au  lieu  de 
tuiles  elle  la  couvrit  de  plomb  et  elle  enferma  à  l'intérieur  vers 
les  parties  de  derrière  du  temple  (5)  :  à  droite  l'habitation  des 
saints  disciples  où  ils  étaient  cachés  de  crainte  des  Juifs  et  le 
Christ  parut  au  milieu  d'eux  les  portes  étant  fermées;  à 
gauche  la  colonne  de  porphyre  sur  laquelle  le  Christ  notre 
Dieu  fut  attaché  et  flagellé  par  les  Juifs.  Dans  ce  (temple)  à 
droite  de  l'autel  est  le  saint  Niptêr  (6)  et  la  descente  du  saint  Es- 
prit en  la  sainte  Pentecôte  (7)...  Elle  fit  aussi  de  la  cour  de 
Caïphe  le  temple  du  saint  digne  des  plus  grands  éloges,  du 
coryphée  des  apôtres  Pierre  (8).  La  distance  de  la  sainte  ré- 
surrection (Saint  Sépulcre)  jusqu'à  sainte  Sion  est  d'un  mille. 
La  sainte  et  première  reine  des  chrétiens  Hélène  bâtit  beau- 
coup d'autres  églises  de  Dieu  dans  ces  saints  lieux  :  sur  le 
lac  (la  citerne)  du  prophète  Jérémie,  sur  la  source  de  Siloé  (9),  sur 
le  champ  du  potier  pour  la  sépulture  des  pauvres;  au  chêne  de 
Mambré  où  le  Sauveur  apparut  à  Abraham  (10)  et  au  saint  Li- 


(1)  Ta  àyia  Ppécprj. 

(2)  T6    àytov  Tcot|X£V£îov. 

(3)  Toù  [xvrjffTopo;. 

(4)  'ExxX.  ôpo(j.(xriv  [jL£YâXY)v  eï;  te  jArixo;  xai  Tr^âxo;. 

(5)  nepi£x).ei(î£v  evSoôev  Ttpà;  ta  ÔTtioÔEv  (xÉpïi  toù  vaoù. 

(6)  Vase  à  laver  les  pieds,  Jean,  xiir,  5. 

(7)  On  trouve  ensuite  :  upè;  ôàtô  £ijwvu[j.ov  [lépo;  tou  ôiaxovixoû  èv  w  ècttiv  ô  Taçoî 
Toy  âyiou  irpotfiÔTou  Aaêto,  v.axEcrxeûaaEv  vj  aOtvî  |J.axapîa  'E).£vri  -criv  Tri;  âyi'aç  àvacpopàc 
7tpoffxo[j.iSr;V.  'E7ro!r|T£v  os  xai  tïiv  aùX:^v  toù  Katdtqja"  vaov  toO  àyîou  xai  uavEuyrijJiou 
xal  xopucpaiou  twv  ànoaTÔXwv  lIÉTpou.  'EffTi  oè  to  (xfixoi;  toù  tottou,  aTtô  r/jç  àyia?  'Ava- 
ffTâffEo);  [xéypt  Tri;  àyia;  litwv  [jiîXiov,  £v.  Cf.  Nic.  Call.,  YIll,  30. 

(8)  Itinera,  p.  15."). 
(0)  É;j lises,  p.  321. 

(10)  Églises,  p.  58,  note  1  et  -347. 


168  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

thostroton  (elle  bâtit  une  église  en  l'honneur)  des  saints  Cyr  et 
Jean. 

Sainte  Hélène  ayant  commandé  brièvement  de  fonder  vingt- 
huit  églises  dans  ces  saints  lieux,  prit  avec  elle  la  portion  de 
la  sainte  croix  qu'elle  s'était  gardée  et  les  saints  clous  (du  corps 
du  Christ)  (1)  et  retourna  à  Byzance  près  de  son  fils  Constantin. 
Celui-ci  l'accueillit  avec  joie;  il  plaça  la  portion  du  bois  vivi- 
fiant (de  la  croix)  dans  un  reliquaire  d'or  et  le  donna  à  garder 
au  très  saint  évêque  Alexandre,  car  le  bienheureux  Métrophane 
était  mort.  Quant  aux  clous,  il  en  mit  à  son  casque  et  il  en  mé- 
langea au  (fer  du)  frein  de  son  cheval  afin  que  la  parole  du 
prophète  fût  accomplie  :  En  ce  jour-là  ce  qui  est  sur  le  frein 
du  cheval  du  roi  sera  saint  au  Seigneur  Tout-Puissant  {2). 

Le  roi  très  honorable  et  très  saint,  Constantin  lui-même, 
écrivit  à  Macaire,  chef  de  l'église  de  Jérusalem,  de  veiller  à  la 
construction  des  églises  du  Christ  et  11  envoya  des  chefs  pour 
ce  travail  avec  abondance  de  richesse  pour  faire  construire 
les  saints  lieux  de  manière  à  ce  qu'il  n'y  eût  rien  d'aussi  beau 
sur  toute  la  terre;  il  écrivit  encore  aux  chefs  de  la  province  de 
concourir  avec  zèle  aux  travaux  à  l'aide  des  deniers  publics  (3). 

Ici  s'arrête  la  partie  de  la  Vie  de  Constantin  et  d'Hélène  qui 
concerne  la  Palestine.  La  suite  est  utile  pour  dater  la  pré- 
sente pièce,  car  elle  mentionne  Maurice  et  Héraclius  (Cf.  Nie. 
Call.,  Vni,  32),  comme  nous  l'avons  dit. 

F.  Nau. 


(1)  Ces  quatre  mots  manquent  clans  Cod.  Par.  1453. 

(2)  Cf.  Zacharie,  XIV,  20. 

(3)  D'après  la  présente  histoire,  sainte  Hélène  fait  donc  un  pèlerinage  ana- 
logue à  celui  que  devait  faire  sainte  Paule,  mais  beaucoup  plus  restreint;  elle  est 
accompagnée  de  personnages  importants  (la  Vie  le  dit)  et  ils  projettent,  comme 
cela  nous  paraît  fort  naturel,  de  construire  bon  nombre  d'églises  pour  marquer 
et  pour  sanctifier  les  lieux  saints  qu'ils  découvrent.  Plus  tard  Hélène  raconte 
ces  projets  à  son  fils  Constantin,  qui  en  presse  par  lettres,  au  moins  dans  certain 
cas,  la  construction.  Il  n'y  a  aucune  contradiction  entre  la  présente  Vie  et  les 
textes  d'Eusèbe  (De  vita  Conslantini,  III,  25-53).  On  peut  même  croire  que  l'un 
complète  l'autre. 


SIVAS 

HUIT  SIECLES  D'HISTOIRE 

1021-1820 

{Suite}  (1) 


CHAPITRE  111 

LE   RÈGNE    DE    DAVID. 

1°  Fin  du  règne  de  Sénèkèrim  :  sa  mort.  —  2"  Règne  de  son  fils  David.  — 
3°  Elisée,  second  archevêque  arménien  de  Sébaste.  ^4°  Lettre  que  lui  écrit  son 
maître  Grégoire. 

§  1 .  —  Fin  du  règne  de  Sénèkèrim  :  sa  mort. 

Après  son  ambassade,  Pierre  Kédatartz  revint  à  Sébaste. 
L'empereur  Basile  II  l'aurait-il  chargé  d'y  porter  à  Sénèkèrim 
un  message  secret  où  il  aurait  demandé  à  ce  prince,  comme 
preuve  de  sa  fidélité,  de  le  débarrasser  des  officiers  grecs  qui 
organisaient  leur  révolte  en  Cappadoce?  Cela  n'aurait  rien 
d'invraisemblable  et  ferait  comprendre  pourquoi  les  auteurs 
arméniens  attribuent  à  leur  roi  de  Sébaste  l'assassinat  de  Nicé- 
phore  Phocas.  Mais  cela  n'empêcherait  pas  non  plus  l'empe- 
reur d'avoir  eu  recours  en  même  temps  à  la  ruse  dont  parle 
Cédrénus.  Le  monarque  byzantin  pouvait  trouver  qu'en  la 
matière  une  précaution  de  plus  ne  gâte  jamais  rien. 

En  tout  cas  Nicéphore  Phocas  une  fois  disparu,  au  printemps 
1022,  la  défection  se  mit  dans  l'armée  des  révoltés,  et  Théo-, 
phylacte,  envoyé  alors  en  Cappadoce,  n'eut  plus  qu'à  en  dis- 
perser les  restes.    11   s'empara  de  Xiphias  et  le  conduisit  à 
Constantinople  où  il  fut  rasé  et  enfermé  dans  un  monastère,  à 

(1)  Voir  p.  79. 


170  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

l'île  de  Proti.  Pendant  ce  temps-là  l'empereur  faisait  en  Ibérie 
sa  seconde  campagne. 

Le  manuscrit  de  Sivas  dit  que  le  catholicos  Pierre  séjourna 
deux  ans  auprès  de  Sénèkèrim,  puis  se  rendit  à  Ani.  Il  y  était 
encore  à  la  fm  de  1025,  lorsque  mourut  l'empereur  Basile. 
Ce  prince,  d'après  Matthieu  d'Édesse,  aurait  par  testament 
recommandé  l'Arménie  à  son  frère  et  successeur  Constan- 
tin VIII,  lui  disant  de  traiter  ce  pays  avec  un  amour  paternel 
et  d'être  plein  de  sollicitude  pour  les  fils  du  roi  de  Sébaste  : 
David,  Atom,  Abousahl  et  Constantin  ainsi  que  pour  tous  les 
grands  d'Arménie.  L'empereur  mourut  dans  les  derniers  jours 
de  décembre  1025. 

Sénèkèrim  le  suivit  de  près  au  tombeau.  La  dernière  ma- 
ladie de  ce  prince  fournit  à  Pierre  Kédatartz  l'occasion  de 
retourner  à  Sébaste.  Le  vieux  roi  avait  régné  55  ans.  A  la 
mort  de  son  père,  en  972,  le  Vaspouragan  avait  été  divisé  en 
trois  royaumes.  Il  avait  gouverné  les  Reschdonni  jusqu'en 
1003;  puis,  au  détriment  de  ses  neveux,  s'était  rendu  maître 
de  tout  le  pays  qu'il  céda  à  l'empire  en  1021.  Il  passa  les  der- 
nières années  de  sa  vie  à  Sébaste  où  il  mourut  en  1027. 

Lorsqu'il  sentit  sa  fin  approcher,  il  réunit  ses  fils  autour  de 
lui  et  leur  adressa  ses  dernières  recommandations.  Il  les  ter- 
mina en  les  adjurant  de  ne  pas  l'ensevelir  à  Sébaste  ;  mais  de 
le  transporter  au  pays  de  Vaspouragan  pour  l'ensevelir  dans 
le  tombeau  de  ses  pères,  au  monastère  du  Mont  Varag.  Il  leur 
enjoignit  également  d'y  reporter  la  Sainte  Croix  de  la  vierge 
Ripsimè  qu'il  en  avait  apportée.  Ses  fils  lui  en  ayant  donné 
l'assurance,  il  s'éteignit  paisiblement.  C'était  en  fan  476  de 
l'ère  arménienne  (15  mars  1027-13  mars  1028). 

%  2.  —  Règne  de  David,  fils  de  Sénèkèrim. 

Le  premier  soin  des  fils  de  Sénèkèrim  fut  d'accomplir  scru- 
puleusement les  dernières  volontés  de  leur  père.  Ils  transpor- 
tèrent donc  son  corps  au  Vaspouragan,  alors  au  pouvoir  des 
Grecs.  La  Sainte  Croix  —  sauf  peut-être  un  fragment  conservé 
à  Sébaste  —  fut  aussi  rendue  au  Monastère  du  Mont  Varag. 
Ce  pieux  devoir  rempli,  ces  vertueux  princes  rentrèrent  dans 
leurs  états  de  Cappadoce. 


SIVAS.  171 

David,  leur  aîné,  devait  régner  10  ans.  Sous  la  conduite  de 
Sapor,  général  des  armées  de  son  père,  ce  prince  avait  durant 
sa  jeunesse  lutté,  avec  des  alternatives  diverses,  contre  les 
invasions  qui  avaient  successivement  dévasté  le  ^'aspouragan. 
Nous  avons  vu  que  son  ambassade  à  Constantinople  avait  eu 
un  plein  succès.  Il  semble  donc  avoir  été  capable  de  gou- 
verner. 

Quelques  historiens  arméniens  qui  ont  écrit  tout  récemment 
l'histoire  de  leur  pays,  avancent  que  Sénèkèrim  jouit  seul  à 
Sébaste  du  titre  et  des  privilèges  de  la  royauté.  Notre  manus- 
crit, comme  les  auteurs  plus  anciens,  leur  donne  le  plus  formel 
démenti.  Cependant  il  faut  convenir  que  pas  plus  le  manuscrit 
qpe  les  historiens  ne  disent  un  mot  du  sacre  ou  du  couronne- 
ment de  David.  Le  catholicos  Pierre  se  trouvait  pourtant  à 
Sébaste  lorsque  Sénèkèrim  mourut.  Il  paraît  même  y  être 
resté  jusqu'à  1029.  Puis,  ce  qui  rend  cette  omission  plus  frap- 
pante, c'est  qu'en  cette  année-là  notre  manuscrit  le  fait  aller  à 
Kars,  pour  y  sacrer  Kakig,  fils  et  successeur  d' Apas,  qui  venait 
d'y  mourir  après  45  ans  de  règne. 

Les  historiens  ne  nous  ont  conservé  aucun  détail  sur  le 
successeur  de  Sénèkèrim.  Nous  savons  qu'il  fut  marié  puisque 
sa  fille,  la  princesse  Marie,  épousa  Kakig,  fils  d'Achod  et  der- 
nier roi  d'Ani.  D'après  Matthieu  d'Édesse  (n"  93),  ce  Kakig  est 
traité  de  beau-fils  par  les  princes  de  Sébaste,  Adom  et  Abousahl, 
qui  étaient  les  oncles  de  sa  femme.  Le  traducteur  a  proba- 
blement trop  précisé  la  signification  du  mot  arménien  «  péçà  » 
tlikuuij  qui  signifie  bien  beau-fils,  mais  s'emploie  également 
pour  signifier  l'époux  d'une  proche  parente. 

Néanmoins  cela,  joint  à  la  jeunesse  du  prince  en  1020,  auto- 
rise à  conjecturer  qu'il  quitta  le  Vaspouragan  avant  d'être 
marié,  et  qu'il  ne  l'aurait  été  qu'à  l'époque  de  son  avènement 
ou  peu  avant.  Sa  fille,  en  effet,  qui  semble  n'avoir  épousé 
Kakig  qu'après  la  chute  d'Ani  (1045),  devait  être  encore  jeune 
à  la  mort  de  son  père,  en  1037.  Elle  eût  donc  été  sous  la  tutelle 
de  ses  oncles  qui  la  marièrent  et  qui,  n'ayant  pas  d'enfant, 
devaient  aimer  et  traiter  leur  nièce  comme  leur  propre  fille. 

Un  autre  événement  de  famille  fut  la  mort  du  prince  Cons- 
tantin, le  plus  jeune  des  fils  de  Sénèkèrim,  qui  arriva  pendant 
le  règne  de  David.  On  n'a  pas  de  détails  sur  cette  mort. 


172  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 


I  3.  —  Elisée,  second  archevêque  arménien  de  Sébaste. 

L'an  477  (14  mars  1028-13  mars  1029),  Sion,  archevêque 
arménien  de  Sébaste,  vint  à  mourir.  Ce  prélat  n'était  point  le 
métropolite  grec,  mais  un  évêque  arménien  qui  avait  dû  suivre 
les  immigrants.  11  ne  paraît  pas  en  effet  que  le  mot  Sion  ait 
jamais  été  employé  par  les  Grecs  comme  nom  de  personne, 
tandis  que  ce  nom,  sans  être  commun  chez  les  Arméniens,  a 
cependant  été  celui  d'un  de  leurs  patriarches  de  la  fin  du 
viii*  siècle.  C'était  encore,  au  commencement  du  xviii*  siècle, 
le  vocable  de  leur  principale  église  à  Titlis. 

Pour  remplacer  le  prélat  défunt,  le  roi  David  s'adressa  à 
Pierre  Kédatartz  :  il  le  priait  de  lui  choisir  pour  successeur  un 
prêtre  pieux  et  prudent.  Le  Catholicos  écrivit  alors  à  Grégoire 
Magistros;  il  lui  demandait  l'envoi  des  deux  clercs  les  plus 
distingués  parmi  ceux  à  qui  il  enseignait  les  sciences  sacrées. 
Grégoire  lui  envoya  Elisée  et  Basile,  avec  une  lettre  des  plus 
flatteuses  à  en  juger  par  le  début  que  voici  :  «  Parmi  tous  les 
illustres,  saints  et  augustes  catholicos  qui  parmi  nous  ont  porté 
ce  nom  glorieux...  »  Ce  fut  Elisée  qui  fut  choisi  et  sacré  par 
Pierre  Kédatartz  en  personne. 

Malgré  l'assertion  répétée  du  manuscrit,  il  doit  y  avoir  ici 
une  erreur  de  personne.  Vers  1030,  l'illustre  prince  Grégoire 
Magistros,  fils  de  Vassag  Pahlavouni,  ne  devait  pas  avoir  40  ans  : 
il  se  trouvait  à  la  tête  d'une  immense  fortune,  occupé  de 
guerres,  mêlé  à  toutes  les  intrigues  de  la  cour  d'Ani  et  père 
d'une  nombreuse  famille,  —  on  connaît  quatre  de  ses  fils  et 
l'on  assure  qu'il  eut  plusieurs  filles  qui  tous  lui  survécurent. 
Il  n'est  donc  pas  admissible  qu'il  soit  ici  question  de  lui.  La 
lettre  qui  suit,  pas  plus  que  la  formation  et  l'instruction  des 
clercs,  n'est  compatible  avec  la  vie  de  ce  prince  telle  que 
l'histoire  nous  la  fait  connaître. 

Si  donc  il  n'y  a  pas  là  un  simple  lapsus  calami,  il  faut  que 
l'auteur  ait  été  trompé  par  la  réputation  littéraire  du  prince; 
réputation  qui  pourtant  n'aurait  commencée  que  plus  tard, 
Samuel  d'Ani  dit  en  1030.  11  n'est  pas  invraisemblable  qu'il 
soit  ici  question  de  saint  Grégoire  de  Narèg,  illustre  défenseur 


sivAs.  173 

de  la  foi  dans  le  royaume  de  Vaspouragan.  Il  est  vrai  qu'on 
le  fait  mourir  plus  tôt;  mais  les  auteurs  sont  loin  d'être  d'ac- 
cord. 

Les  uns  le  disent  écrivain  du  x°  siècle,  mort  en  903,  ce  qui 
est  presque  une  contradiction.  L'historien  -arménien,  suivi  par 
Galanus,  le  dit  célèbre  sous  le  catholicat  de  Vahan  de  Balk 
(965-80),  ce  qui  est  conforme  au  dire  de  Samuel  d'Ani  :  «  Vers 
970,  florissait  l'admirable  saint  Grégoire  de  Narèg,  illustre 
par  sa  sainteté.  »  Les  modernes  le  font  naître  en  951,  com- 
poser à  20  ans  son  commentaire  sur  le  «  Cantique  des  Canti- 
ques »  et  mourir  en  1003,  à  l'âge  de  52  ans.  Mais  cette  date  est 
loin  d'être  établie  :  car  les  mêmes  auteurs  avouent  n'avoir 
pour  l'établir  que  celle  (1002)  où  fut  achevé  son  célèbre  recueil 
de  prières.  11  y  joignit,  plus  tard  peut-être,  un  appendice  où 
il  est  question  de  son  jubilé  de  50  ans.  On  pense  qu'il  mourut 
peu  après  et  qu'il  s'agit  d'un  jubilé  de  naissance  :  mais  cette 
idée  ne  serait-elle  pas  plus  neuve  qu'exacte?  En  tout  cas,  s'il 
avait  vécu  jusque  vers  1030,  il  n'aurait  eu  alors  qu'environ 
80  ans,  ce  qui  n'a  rien  d'impossible. 


1 4.  —  Lettre  de  Grégoire  à  so7i  disciple  Elisée. 

Grégoire  (Magistros,  pense  l'auteur  du  manuscrit)  écrivit  à 
son  disciple  une  longue  lettre.  Voici  à  titre  de  curiosité  l'ex- 
trait que  nous  en  avons  trouvé  : 

«  Lettre  de  Grégoire  Magistros  à  son  disciple  Elisée,  évêque  de  Sébaste. 

«  Mon  fils,  j'apprends  que  toi,  agneau  il  y  a  quelques  jours,  tu  viens 
d'être  établi  pasteur  ;  qu'à  la  triple  interrogation  tu  as  confessé  et  ce  par- 
fait amour  et  le  commencement  de  la  profession  apprise  du  Père,  et  qu'en- 
suite tu  as  reçu  la  suprême  autorité  du  pasteur  d'un  nombreux  troupeau, 
toi  qui  t'es  confié  à  la  puissance  divine  dont  tu  as  reçu  la  participation... 

«  Dès  tes  plus  tendres  années  jusqu'à  l'âge  de  l'adolescence,  tu  as  étudié 
Jérémie  et  Daniel,  Salomon  et  son  père,  Jean  le  dernier  des  prophètes  et 
Arisdaghès  (1).  Il  nous  est  permis  de  prendre  ces  pasteurs  pour  modèles 
et  de  nous  inspirer  de  l'exemple  des  martyrs,  d'Etienne  protomartyr  et 
protodiacre,  des  martyrs  Cyriaque  et  autres... 

(Ij  II  s'agit  probablement  ici  du  fils  de  saint  Grégoire  l'Illuminateur  qui  assista 
au  Concile  de  Nicée,  mais  à  qui  l'on  n'a  jamais  attribué  aucun  écrit. 


174  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

«  Quant  à  moi,  voilà  le  spectacle  qui  tout  à  la  fois,  m'effraye,  m'attriste 
et  me  réjouit  :  c'est  de  te  voir  entrer  dans  une  vaste  arène  de  luttes  et 
de  combats.  En  effet  dans  ces  tristes  ten^ps  d'anarchie,  qu'il  te  faudra 
d'énergie  pour  protéger  ceux  qui  faiblissent  dans  la  foi  ! 

«  Et  quels  avis  pourra-t-on  te  donner  pour  éveiller  ton  attention?  Qui 
consentira  à  venir  à  ton  aide,  ou  à  t'avertir,  ou  bien  à  te  consoler?  Car 
je  vois  notre  vie  troublée  et  continuellement  agitée  par  la  tyrannie,  je 
vois  les  flots  tumultueux  et  les  vagues  immenses  qui  ont  été  déchaînés  et 
troublent  la  manœuvre  des  ministres.  Qui  donc  aujourd'hui  pourrait 
prendre  la  direction  du  navire?  Qui  pourrait  lui  servir  de  port?  Car  cette 
époque  est  troublée,  et  tous  les  oracles  divins  nous  montrent  la  délivrance 
du  fils  de  perdition  (1).  C'est  pourquoi  l'amour  est  desséché  et  l'iniquité 
multipliée.  Mais  les  élus  attendent  (dans  l'espérance),  parce  que  ce  jour  a 
été  abrégé  en  leur  faveur. 

«  Toi,  sois  donc  du  nombre  des  élus;  car  ils  n'ont  diminué  dans  aucun 
siècle.  Sois  Abel,  et  n'apprends  pas  la  réponse  de  Cain  disant  qu'il  n'est 
pas  pasteur.  —  Sois  le  fils  sauvé  de  Noé,  celui  qui  n'est  pas  né  dans  le 
temps  de  la  corruption,  et  ne  ris  pas  de  ton  père.  —  Sois  Isaac,  et  jusqu'à 
l'immolation  ne  demande  pas  quelle  sera  la  victime,  ne  tremble  pas  et 
ne  prends  pas  la  fuite.  —  Sois  Jacob,  ne  va  pas  à  la  chasse  des  animaux 
de  la  forêt  et  ne  vends  pas  tes  prérogatives  pour  un  plat  de  lentilles. 

«  Alors  même  que  tu  serais  vendu  comme  l'adolescent  Joseph,  ne  sois  pas 
impitoyable  pour  ceux  qui  t'auraient  vendu,  et  cela,  même  en  Egypte. 
Comme  Moïse  et  Aaron,  tu  seras  en  butte  à  la  contradiction  et  tu  mourras 
comme  eux  sans  recevoir  de  louange.  Tu  feras  sept  fois  le  tour  de  Jéricho 
en  chantant  des  psaumes  et  ses  remparts  tomberont  devant  ton  peuple. 
Tu  arrêteras  les  flots  impétueux  du  Jourdain  et  tu  entreras  dans  la  Terre 
promise  par  le  lit  salin  du  fleuve. 

«  Meurs,  s'il  le  faut,  de  la  main  de  Saiil  en  faveur  du  vrai  David.  Ne 
sois  pas  cupide,  ce  qui  a  perdu  Judas;  sois  plutôt  comme  Jean-Baptiste; 
ne  sois  pas  menteur  comme  Ananie,  mais  semblable  à  Pierre.  Comme 
Jacques  tu  seras  précipité  du  haut  du  temple  et  tu  mourras.  Tu  seras, 
s'il  le  faut,  crucifié  la  tète  en  bas  ayant  le  nord  à  ta  gauche  (2). 

«  Que  le  ciel  s'ouvre  devant  toi  doux,  modeste,  humble,  ainsi  que  Dieu 
le  demande  pour  te  transformer  en  son  temple  et  habiter  en  toi.  Il  sera 
ton  guide,  il  assurera  le  succès  de  toutes  tes  entreprises.  Tu  seras  fondé 
sur  la  pierre  et  tu  ne  rejetteras  pas  son  inspiration,  parce  que  la  pierre 
[qui  est  le  Christ]  habitera  en  toi  et  toi,  en  Lui.  Sois  enfant  de  la  lumière 
et  enfant  du  jour,  afin  que  le  nom  de  Dieu  soit  glorifié  en  tout  et  qu'il  te 
conserve. 

«  A  Lui  soit  toute  bénédiction  dans  les  siècles  des  siècles.  Amen  !  » 

(1)  Cette  expression  désigne  Satan  que  les  auteurs  arméniens  du  .\i«  siècle,  et 
des  deux  ou  trois  siècles  suivants,  imaginaient  avoir  été  délivré  des  chaînes  dont 
il  avait  été  lié  par  la  passion  de  Jésus-Christ.  Cette  opinion  ne  semble  basée 
que  sur  une  interprétation  arbitraire,  quoique  littérale,  des  premiers  versets  du 
vingtième  chapitre  de  l'Apocalypse. 

(2)  En  cette  position,  il  serait  toui-né  vers  l'Occident  {?j. 


sivAs.  175 

Combien  le  ton  de  cette  lettre  pleine  de  calme  et  de  sages 
conseils,  est  différent  de  celui  que  Mattliieu  d'Édesse  (n°'  38 
et  48)  prête  à  Jean  Gozern  dont  un  fragment  de  prophétie  a 
été  cité  dans  le  premier  chapitre  de  ce  travail.  Ce  serait  à  faire 
soupçonner  que  l'auteur  du  manuscrit  n'a  donné  la  lettre  en 
extraits  que  pour  en  faire  disparaître  ce  qui  aurait  rendu  ma- 
nifeste le  catholicisme  de  son  auteur.  Il  termine  en  disant  que 
l'évêque  Elisée  fut  le  modèle  de  son  peuple  par  ses  bons  exem- 
ples et  lui  fit  beaucoup  de  bien  en  lui  enseignant  la  morale  et 
la  doctrine  de  l'évangile. 


CHAPITRE  IV 

SÉBASTE    jusqu'à    LA    MORT    DE    KÉDATARTZ. 


1°  Difficultés  d'Atom  et  d'Abousahl  avec  la  cour  do  Byzance.  —  2°  L'archevêque 
de  Sébaste  accompagne  Pierre  Kédatartz  à  Constantinople.  —  3°  Mort  à 
Sébaste  de  Pierre  Kédatartz. 


I  I.  —  Difficultés  d'Atom  et  d'Abousahl  avec  la  cour  de 

Byzance. 

Le  manuscrit  ne  dit  rien  du  retour  à  travers  la  Cappadoce 
de  l'armée  que  l'empereur  romain  Diogène  avait  conduite  contre 
les  musulmans  de  Syrie  et  qui  avait  été  fort  malmenée  par 
eux  aux  environs  d'Antioche  en  1030.  Il  ne  nous  fait  pas  da- 
vantage connaître  la  conduite  du  nouvel  archevêque  arménien 
de  Sébaste,  durant  la  terrible  famine  et  la  peste  que  Matthieu 
d'Édesse  fait  commencer  au  printemps  I03I.  Pendant  le  fléau 
la  détresse  du  peuple  fut  telle,  qu'au  dire  de  cet  auteur,  bien 
des  gens  vendirent  leurs  femmes  et  leurs  enfants  (I). 

Le  manuscrit  de  Sivas,  faisant  une  longue  digression,  raconte 
ici  toutes  les  contradictions  auxquelles  Pierre  Kédatartz  fut  en 
butte,  pendant  22  ans,  jusqu'à  son  retour  définitif  à  Sébaste, 
en  1051.  Nous  ne  le  suivrons  pas.  L'étude  de  cette  figure,  una 
des  plus  remarquables  de  l'Arménie  durant  la  première  moitié 
du  XI**  siècle,  présente  un  véritable  et  très  vif  intérêt;  mais  elle 
nous  entraînerait  trop  loin.  Elle  suffit  d'ailleurs  à  un  travail 
spécial. 

Aucun  liistorien  ne  donne  la  date  précise  de  la  mort  de 
David,  roi  arménien  de  Sébaste,  notre  manuscrit  se  contente  de 
dire  que  ce  fut  vers  486,  après  10  ans  de  règne.  Ses  deux 

(1)  Il  ne  faudrait  pas  prendre  cette  expression  au  pied  de  la  lettre  ;  car  l'auteur 
affectionne  les  formules  toutes  faites.  Il  emploiera  celle-ci  toutes  les  fois  qu'il 
voudra  exprimer  que  les  populations  furent  réduites  à  une  misère  extrême. 


SI  VAS.  177 

frères  Atom  et  Abousahl,  qui  le  secondaient  déjà  dans  l'admi- 
nistration du  pays,  continuèrent  à  vivi'e  en  bonne  harmonie 
et  à  régner  ensemble. 

Atom  —  Matthieu  d'Edesse  l'alTirme  —  était  un  prince  ver- 
tueux et  juste.  Sa  conduite  était  édifiante,  ses  mœurs  douces  et 
modestes.  Libéral  envers  tout  le  monde,  surtout  pour  les  pau- 
vres et  les  ecclésiastiques,  on  lui  doit  la  construction  d'un 
grand  nombre  d'églises  et  de  couvents  dans  toute  la  contrée. 

En  187  (12  mars  1038-11  mars  1039),  un  des  seigneurs  ar- 
méniens qui  était  venu  à  Sébaste  en  même  temps  que  Sénè- 
kèrim,  jaloux  de  son  roi,  se  rend  à  Constantinople  et  l'accuse 
de  fomenter  une  révolte  et  de  vouloir  augmenter  ses  posses- 
sions au  détriment  de  celles  de  l'Empire.  Le  calomniateur  était 
un  grand  personnage,  on  crut  à  ses  afiirmatiuns  et  l'empereur 
Micliel  IV  fit  immédiatement  marcher  une  armée  contre  Atom 
et  son  frère.  D'après  Matthieu  d'Édesse,  cette  armée  était  forte 
de  15.000  hommes,  et  placée  sous  les  ordres  de  l'acolythe  de 
l'empereur. 

Ce  général  reçut  en  partant  l'ordre  de  ne  se  permettre  aucun 
acte  d'hostiliti'  contre  les  Arméniens,  si  leurs  princes  consen- 
taient de  leur  plein  gré  à  se  rendre  à  Constantinople.  Dans  le 
cas  contraire,  il  devait  les  attaquer,  livrer  leurs  biens  au  pillage, 
s'emparer  de  force  de  leurs  personnes  et  les  amener  morts  ou 
vifs  aux  pieds  de  l'empereur.  La  nouvelle  de  l'arrivée  de  cette 
armée  à  Sébaste  jeta  Atom  et  Abousahl  dans  la  consternation. 

Matthieu  d'Édesse  (n°  55)  leur  fait  proposer  la  résistance 
par  le  vieux  général  Sapor.  Il  lui  prête  même  ces  paroles  : 
<c  Voulez-vous  que  je  disperse  au  loin  et  que  je  mette  en  fuite 
les  Grecs?  »  11  ajoute  qu'en  prononçant  ces  paroles,  le  général 
arménien  aurait  placé  5  cuirasses  de  fer  les  unes  sur  les  autres 
et  que  les  frappant  de  son  épée,  il  les  aurait  fait  voler  en 
éclats.  Tchamitchian,  pour  le  rendre  vraisemblable,  corrige  ce 
récit  :  il  ne  parle  plus  que  d'une  seule  cuirasse  placée  sur  un 
fagot  que  le  général  aurait  percée  d'un  coup  de  cimeterre,  en 
s'écriant  :  «  Voilà  ce  qu'est  devant  moi  toute  la  puissance 
-  grecque  !  » 

Les  princes  auraient  répondu  à  Sapor,  en  refusant  son  offre  : 
«  Garde-toi  de  tout  acte  de  violence,  nous  partirons  avec  ceux 
qui  sont  venus  nous  chercher.  »  Ils  firent  de  riches  présents  au 

ORIENT  CIlRÉTlEiy.  12 


ITS  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

général  grec  et,  forts  de  leur  droit  et  de  leur  conscience,  se 
rendirent  avec  lui  à  la  capitale.  Ils  se  présentèrent  à  l'empe- 
reur dont  ils  surent  apaiser  le  courroux;  puis  ils  lui  deman- 
dèrent 'de  vouloir  bien  à  un  moment  de  loisir  se  rendre  avec 
eux  au  tombeau  de  l'empereur  Basile  II. 

Micliel  IV  ayant  accédé  à  leur  désir,  ils  y  allèrent  ensemble. 
Là  les  princes  arméniens,  tirant  de  leur  sein  la  charte  par 
laquelle  le  défunt  empereur  avait  donné  à  Sénèkèrim  et  à  ses 
fils  l'investiture  du  royaume  de  Sébaste,  en  donnèrent  lecture 
d'une  voix  vibrante  d'émotion;  puis  déposant  la  pièce  sur  le 
sarcophage  du  vieil  empereur,  ils  lui  demandèrent  de  leur  faire 
rendre  justice.  «  C'est  toi,  ô  notre  père,  disaient-ils,  qui  nous 
avais  donné  celle  charte;  —  c'est  toi  qui  nous  avais  établis  dans 
tes  états;  —  c'est  à  toi  aujourd'hui  à  nous  faire  rendre  justice, 
puisque  tes  princes  menacent  de  nous  enlever  à  la  fois  et  la 
vie  et  le  royaume  que  tu  nous  avais  donné.  » 

A  ce  spectacle  inattendu,  l'empereur  Michel,  rempli  lui-même 
d'émotion  autant  que  de  surprise,  se  jette  à  leur  cou  et  dès 
lors  il  leur  témoigna  toujours  la  plus  profonde  affection.  Le 
calomniateur  fut  immédiatement  arrêté  et  jeté  en  prison. 
D'après  Matthieu  d'Édesse,  on  le  mit  à  mort.  Enlin,  après  avoir 
comblé  Atom  et  Abousahl  des  plus  riches  présents,  il  les  ren- 
voya à  Sébaste. 

§  2.  —  L'archevêque  de  Sébaste  accompagne 
Pierre  Kédalartz  à  Constantinople. 

Après  la  prise  d'Ani  par  les  Grecs,  en  1045,  le  royaume 
dont  cette  ville  était  la  capitale,  fut  annexé  à  la  province  grec- 
que d'Ibérie.  Les  gouverneurs  s'y  heurtèrent  à  de  nombreuses 
difficultés,  dont  ils  crurent  pouvoir  venir  plus  facilement  à  bout 
en  éloignant  du  pays  Pierre  Kédatartz.  Catacalon  que  notre 
manuscrit  appelle  Goménas,  mot  qui  ne  serait  qu'une  altéra- 
tion de  7.£/.au[;.£vcç  (brûlé),  surnom  grec  du  personnage,  obtint 
son  exil  à  Arzen  ou  Ardzen  (I). 

(1)  Plusieui'.s  localités  ont  porté  ce  nom;  mais  il  est  probable  qu'il  s'agit  ici  de 
celle  qui  se  trouvait  à  proximité  d'Erzerouin,  alors  Tliéodosio])olis,  dans  un  pays 
depuis  longtemps  déjà  au  pouvoir  des  Grecs. 


sivAs,  179 

Pour  les  fêtes  de  Noël  496,  c'est-à-dire  le  G  janvier  1048, 
date  où  les  Arméniens  célèbrent  cette  fête,  il  fut  transféré  à  la 
forteresse  de  Khaglidoyaritcli  (1)  sur  les  bords  de  TEuphrate, 
à  Touest  d'Erzeroum.  Enfin  à  Pâques  de  la  même  année 
(3  avril  1048)  (2)  Constantin  Monomaque,  —  au  dire  du  manus- 
crit, —  ayant  reconnu  l'innocence  de  Pierre  Kédatartz,  le  manda 
à  Constantinople. 

Matthieu  d'Édesse  montre  le  catholicos  escorté  de  plus  de 
600  personnes,  qu'il  décompose  ainsi  :  300  nobles  en  armes, 
tous  de  haute  distinction  et  attachés  à  sa  personne,  110  doc- 
teurs, évoques,  moines  et  prêtres  montés. sur  des  mulets,  et 
enfin  200  domestiques  à  pied.  Parmi  les  évoques  se  trouvait 
l'éminent  et  vénérable  Elisée,  archevêque  de  Sébaste,  qui  paraît 
avoir  été  constamment  fidèle  à  Pierre  Kédatartz.  On  y  voyait 
aussi  Basile,  son  frère,  le  même  sans  doute  qu'en  1028  le  doc- 
teur Grégoire  (Magistros)  avait  envoyé  au  Catholicos  comme 
digne  de  l'épiscopat. 

A  leur  arrivée  à  la  capitale,  la  foule  et  les  grands  vinrent  en 
nombre  à  leur  rencontre,  et  les  conduisirent  en  pompe  à  Sainte- 
Sophie.  C'est  de  là  que  l'empereur  et  le  patriarche  Michel  Cé- 
rulaire  les  conduisirent  ensuite  à  un  palais  magnifique.  L'em- 
pereur pourvut  à  toutes  les  dépenses  et  dès  le  premier  jour  fit 
remettre  au  catholicos  une  bourse  de  cent  livres  d'or. 

Le  lendemain,  Pierre  Kédatartz  alla  rendre  visite  à  l'empereur 
qui  s'avança  à  sa  rencontre  et  le  fit  asseoir  sur  un  trône  d'or 
placé  à  côté  du  sien.  A  la  lin  de  l'audience,  l'archevêque  de 
Sébaste,  s'approchantdu  siège,  le  saisit  comme  pour  l'emporter. 
Là-dessus  grand  émoi  dans  l'assistance.  L'empereur  interpelle 
le  prélat  et  lui  demande  ce  qu'il  prétend.  —  «  Prince,  répond 
Elisée,  ce  siège  est  devenu  un  trône  patriarcal,  et  j'ai  agi  de 
la  sorte  afin  que  vous  sachiez  que  dorénavant  il  n'y  a  personne 
qui  soit  digne  de  s'y  asseoir.  »  Constantin,  souriant  à  cette 
réponse,  fit  transporter  ce  trône  dans  la  résidence  où  le  catho- 

(1)  Saint-Martin,  dans  sos  IMémoiros,  t.  II,  p.  100,  écrit  Kliaghdaritcii.  L'iden- 
tification de  cette  forteresse  est  peut-être  aujourd'hui  impossible,  quoique  sou 
nom  semble  indiquer  qu'elle  commandait  la  route  de  la  Chaldée  pontique.  Il  est 
en  effet  composé  du  nom  arménien  de  ce  district  et  d'un  autre  mot  de  la  mémo 
langue  signifiant  :  «  Opposé  à,  i)lacé  vis-à-vis  de  ». 

(-2)  Matthieu  d'Édesse  (n»  74)  reporte  ce  l'ait  à  l'anm-e  suivante  et  Samuel  d'Ani 
à  l'an  1053,  ce  qui  est  évidemment  erroné. 


180  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

licos  devait  faire  un  séjour  de  plus  de  deux  ans,  d'après  le  ma- 
nuscrit. 

Samuel  d'Ani  dit  qu'il  passa  3  ans  à  Constantinople,  Mat- 
thieu d'Édesse  parle  de  4  :  en  fait,  Pierre  Kédatartz,  arrivé  à 
la  capitale  en  1018,  se  trouvait  à  Sébaste  dans  le  courant 
de  1051.  A^aIlt  son  départ,  l'empereur  et  le  patriarche  le  com- 
blèrent d'honneurs  et  de  présents. 

§  3.    — Mort  à  Sébaste  de  Pierre  Kédatartz. 

Tchamitchian,  comme  le  manuscrit  de  Sivas,  affirme  que 
Atom,  fils  de  Sénèkèrim,  et  Kakig,  ancien  roi  d'Ani,  lui  aussi 
résidant  en  Cappadoce,  s'étaient  portés  caution  de  la  fidélité 
de  Pierre  Kédatartz  à  l'empire.  C'est  à  cette  double  interven- 
tion que  le  catholicos  dut  de  pouvoir  rentrer  en  Asie  Mineure, 
avec  la  seule  défense  de  retourner  dans  l'ancien  royaume  d'Ani. 

Le  prélat  se  rendit  à  Sébaste  où  il  séjourna  deux  ans  auprès 
d'Atom.  Au  bout  de  ce  temps,  ce  prince  lui  fit  don  du  monastère 
de  Sainte-Cruix  qu'il  venait  d'achever.  Le  Catholicos  y  fixa  sa 
résidence.  Ce  fut  à  cette  occasion,  d'api'ès  le  manuscrit,  que 
Grégoire  Magistros  (1)  lui  envoya  de  riches  présents.  Ils  con- 
sistaient en  une  crosse  ornée  de  diamants,  un  calice  d'un  fort 
beau  travail  et  une  ampoule  pour  le  saint  chrême.  Le  tout  était 
accompagné  d'un  éloge  en  vers  de  la  Sainte  Croix,  dont  le 
manuscrit  donne  une  copie. 

Pierre  Kédatartz  vécut  encore  5  ans  au  monastère  de  Sainte- 
Croix  et  y  mourut  en  1058,  dit  le  manuscrit.  Samuel  d'Ani  le 
fait  mourir  l'année  précédente.  Bien  que  Tchamitchian  s'ac- 
corde avec  Matthieu  d'Édesse  et  le  manuscrit  de  Sivas  pour  la 
date  de  sa  mort,  M.  Brosset  (dans  Lebeau,  t.  XIV,  p.  338)  re- 
porte cet  événement  à  l'année  1060,  ce  qui  doit  être  inexact, 
car  ce  catholicos  était  déjà  mort  lorsque,  en  1059,  les  Seldjou- 
cides  s'emparèrent  une  première  fois  de  Sébaste. 

Les  funérailles  du  catholicos  défunt  furent  célébrées  au 
milieu  d'un  concours  immense  et  son  corps  déposé,  dit  le 
manuscrit,  «   hors  de  l'église,  tout  près  de  l'autel,  dans  une 

(1)  Ici  il  pourrait  bien  être  question  du  fameux  maître  de  la  milice,  gouverneur 
de  la  Mésopotamie,  qui,  depuis  la  chute  d'Ani,  donnait  à  la  littérature  le  temps 
que  laissaient  libre  les  soins  de  l'administration. 


SI  VAS.  181 

tombe  entourée  d'un  mur  » .  Dans  la  description  du  monastère 
de  Sainte-Croix  il  est  dit  qu'au  commencement  du  xix''  siècle 
«  le  peuple  désignait  encore  naguère  sous  le  nom  de  Kédarkél 
(coude  de  Kédatartz)  la  partie  du  cimetière  qui  est  au  chevet  de 
l'église,  parce  que  c'est  là  que  se  trouvait  le  tombeau  de  ce 
prélat.  Il  était,  ajoute-t-il,  entouré  d'une  petite  enceinte  et 
n'avait  aucune  inscription;  mais  la  vénération  populaire,  qui  a 
continué  jusqu'à  ce  jour,  n'a  jamais  permis  de  le  confondre 
avec  d'autres  ». 

C'est  dans  la  chaj)elle  de  la  Mère  de  Dieu  de  ce  même  monas- 
tère qu'en  1827  l'auteur  de  notre  manuscrit  fit  ti-ansférer  les 
corps  de  Pierre  Kédatartz  et  celui  du  martyr  Théodore  de  Sivas. 
Le  tombeau  du  catholicos  est  en  marbre,  surmonté  d'une  sorte 
de  baldaquin  en  bois  sculpté  et  doré,  soutenu  par  4  colonnes 
torses  fort  grêles.  Elles  encadrent  uu  grand  tableau  représen- 
tant le  prélat.  L'épitaphe  peinte  sur  bois,  lors  de  la  translation, 
traite  Pierre  Kédatartz  de  «  couronne  de  la  nation  arménienne 
et  de  thaumaturge  »,  puis,  sans  doute  par  allusion  aux  fleuves 
du  Paradis  terrestre,  dit  que  «  son  âme,  comme  les  quatre 
fleuves,  s'est  précipitée  vers  le  séjour  céleste,  tandis  que  son 
corps  est  dans  le  lieu  du  repos  ». 

Matthieu  d'Édesse  (n°  81)  affirme  également  la  mort  et  la 
sépulture  à  Sébaste  de  Pierre  Kédatartz  et  c'est  là  l'opinion  com- 
mune des  historiens;  mais,  comme  si  rien  ne  pouvait  être  certain 
dans  l'histoire  d'Arménie,  le  docte  M.  Brosset  dans  ses  notes  à 
l'Histoire  chronologique  de  Mékhitar  d'Aïrivank  annonce  qu'il 
«  se  propose...  depublier  l'épitaplie  du  catholicos  Pétros,  copiée 
à  Varag,  en  1841,  par  M.  Lottin  de  Laval,  avec  le  commentaire 
de  M.  Langlois  ».  Cela  me  rappelle  le  passage  de  la  géo- 
graphie attribuée  au  D""  Vartan,  où  il  est  dit  que  le  corps  de  ce 
personnage  se  trouve  au  monastère  de  Varag.  11  est  vrai  que 
d'après  cet  auteur  il  y  fut  porté  par  les  fils  de  Sénèkèrim.  Ce 
détail  a  fait  croire  à  une  erreur  de  sa  part;  mais  l'épitaphe 
trouvée  à  Varag  vient  tout  remettre  en  question.  Il  n'est  pas 
impossible  qu'Atom  et  Abousahl  aient  fait  transporter  dans  le 
Vaspouragan  et  enterrer  à  Varag  le  corps  de  Pierre  Kédatartz  ; 
mais  alors  quel  est  celui  dontM^""  .Jean,  archevêque  de  Sivas,  a 
fait  la  translation? 

(^1  suivre.)  P.  Girard,  s.  j. 


DOCUMENTS  DE  SOURCE  COPTE 

SUR  LA  SAINTE  VIERGE 


r>ans  un  récent  article  (1)  j'ai  fait  connaître  l'offico  de  la  Sainte 
Vierge  dans  le  rite  copte.  Me  sera-t-il  permis  aujourd'hui  d'ex- 
poser rapidement  l'ensemble  des  documents  que  l'ancienne 
Église  égyptienne  nous  a  livrés  sur  la  Mère  de  Dieu  et  en  par- 
ticulier sur  le  glorieux  privilège  de  sa  conception  immaculée? 
En  ces  fêtes  jubilaires  {-2],  alors  que  de  tous  les  points  du  globe 
un  concert  de  louanges  s'élève  vers  Marie,  et  que  des  archives 
de  l'antiquité  sortent  des  témoignages  nouveaux  proclamant 
tous  les  gloires  de  la  Reine  immaculée,  il  ne  sera  peut-être  pas 
sans  intérêt  d'entendre  encore  la  voix  de  l'Egypte,  de  cette 
Egypte  qui  par  ses  Patriarches  et  ses  Docteurs  contribua  si 
puissamment  à  établir  et  à  consolider  les  bases  du  culte  de  la 
Mère  de  Dieu.  Les  documents  mariologiques  de  source  copte 
se  divisent  en  deux  catégories,  la  littérature  et  les  monuments. 


LITTÉRATURE. 

Parmi  les  documents  écrits,  les  uns  sont  officiels,  liturgiques 
et  nous  livrent  la  doctrine  reçAie  et  professée  par  l'Église  copte, 
approuvée  et  sanctionnée  par  ses  Évêques  et  ses  patriarches; 
les  antres  ont  un  caractère  privé  et  nous  révèlent  les  sentiments 
et  les  croyances  des  particuliers.  Tous  sont  unanimes  à  célébrer 
les  grandeurs  de  Marie. 

Parmi  les  premiers  il  faut  citer  :  le  Missel,  le  Bréviaire,  le 
Pontifical,  le  Rituel,  la  Psalmodie  et  les  Doxologies. 

(1)  Revue  de  rOrient  ckrcticn,  lOOl,    n°  1. 

(2)  Écrit  pour  le  8  décembre  1904. 


DOCUMENTS    DE    SOURCE    COPTE    SUR    LA    SAINTE    VIERGE.       183 


LITTERATURE    OFFICIELLE. 

Dans  la  célébration  du  plus  auguste  des  mystères,  au  saint 
Sacrifice  de  la  Messe,  Marie  est  à  plusieurs  reprises  solennelle- 
ment invoquée  par  le  chant  liturgique.  Le  passage  le  plus  sail- 
lant est  le  motet  qui  se  chante  pendant  que  le  prêtre  encense 
l'autel  et  l'image  de  la  sainte  Vierge  : 

TAI."J()VpM  'llll()Vr>  IIKAOApOC  n'r(|AI  j)A  IIIApCOMA  TA 
(nj)(:ll  ll(;IIAI,\  IIAAptOII  lllOVIIIi  (U)TAA(î  CeOIII()V(|l 
On,"Ja)l    KAMHI    IIIIIAlKïp^'JtOOV^I. 

«  C'est  l'encensoir  d'or  pur,  rempli  de  parfum,  qui  était  dans 
les  mains  du  grand-prêtre  Aaron  tandis  qu'il  offrait  de  l'encens 
sur  l'autel.  » 

■f,"j()vpii     iiiiovii  ne   -friApeeiiOG 
ii(;(:Ap(t)UATA  ne  iieiicuoTHp 

AOLIIOI       IIUO(|    ACjCtO'h    UUQII 
IIOO    IH3    -f^MOVpil      llllOVr.      IIKAOApOG 

(■T(|Ai  j)A  iii3:iir>c     iivpinii  (-Tr.iiAptoovT 

«  L'encensoir  d'or,  c'est  la  Vierge; 
son  parfum,  c'est  notre  Sauveur, 
elle  l'a  enfanté,  Il  nous  a  sauvés. 

Tu  es  l'encensoir  d'or  pur 

qui  contient  le  charbon  du  feu  béni.  »  {Missel,  pp.  13,  il.) 

Rappelé  et  invoqué  à  l'autel,  le  nom  de  Marie  l'est  aussi  dans 
l'office  que  le  prêtre  récite  chaque  jour.  Le  Bréviaire  copte  est 
composé  de  sept  heures,  toutes  distribuées  d'une  manière  ré- 
gulière. Elles  commencent  par  l'action  de  grâces  et  le  miserere 
et  contiennent  un  nombre  déterminé  de  psaumes,  une  leçon 
tirée  des  Évangiles,  ({uelques  prières  et  invocations  à  Dieu  et 
à  la  sainte  Vierge. 

Tierce  rappelant  les  ouvriers  de  l'Évangile  envoyés  à  la 
vigne  à  la  troisième  heure,  on  compare  Marie  au  cep  et  son 
divin  Fils  à  la  grappe  : 


184  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

C(J  'flIACIIOvi^      IIOO   IlO  'ffitO      IIAAO.M      IITA(|)UHI 

Gii  GTAcqai  JJA  iiiciiA?     irre  ntoii') 

«  0  Mère  de  Dieu,  vous  êtes  le  véritable  cep  de  vigne  qui  a 
porté  la  grappe  de  vie.  »  {Brév.,  p.  135.) 

Lorsque  le  soir  sera  venu,  c'est  elle  qui  ouvrira  la  porte  du 
ciel  : 

e."ja)ri     Aii>yAiio?i     epATcni     j)r:ii     neKep<|)oi     gbotab 
Teuton     iiiioii  Hc|)pH+    iiiiii  (îT()?i  epATov  j)eii  T(|)e  to 
■feeoTOKoc      iioo    ne    "fnvAn      ine    t<\)G    aovcoii    iiAn 
uct^po  Ht(3  innAi 

«  Lorsque  nous  nous  trouvons  dans  ton  saint  temple,  il  nous 
semble  être  au  ciel.  0  Mère  de  Dieu,  tu  es  toi-même  la  porte 
du  ciel,  ouvre-nous  la  porte  de  la  miséricorde.  »  {Br.,  137.) 

A  Sexte,  le  prêtre  implore  Celui  qui  a  été  crucifié  pour  nous 
à  la  sixième  heure,  et  cela  par  l'intermédiaire  de  sa  Mère  vé- 
nérée : 

2(oc  'uiioirreM  z\\  "iievKepiA  eeee  nAj^Ai  nre  nen- 
HOBi  eoBii+  TAp  (()  toeoTOKoe  unApoenoc  TOiKjpnAp- 
pHciAï.ecoe    uMon  jjAieii  c|)ii  eTApenAC(| 

:xe  uA^e  iienpecBiA  cexeuxou  rAp  ovoe  ce^nn 
HA?p6U  neiicojTHp 

to-fuAV  eTTovBHOVT  'iinep\to  -tncto  'ninpec|epnoBi 
•ieii  nenpecBiA  ^Aren  (|)ii  eTApeuAG(| 

«  La  multitude  de  nos  péchés  nous  a  fait  perdre  toute  faveur, 
mais  à  cause  de  toi,  ô  Mère  de  Dieu,  toujours  vierge,  nous  re- 
prenons confiance  auprès  de  Celui  que  tu  as  enfanté. 

«  Oui,  grand  est  ton  crédit,  puissante  est  ton  intercession,  et 
ton  suffrage  est  agréable  à  notre  sauveur. 

«  0  j\lère  très  pure,  n'abandonne  pas  les  pauvres  pécheurs 
dans  ta  médiation  auprès  de  ton  divin  Fils.  »  {Br.,  177.) 

Arrivé  à  No  ne,  le  prêtre  contemple  au  pied  de  la  Croix  la 
Mère  de  douleurs  et  s'écrie  : 

GTAcnAV  iiAe  fnAV  (;  meins  ovoe  ninAiieccoov 
nctoTHp  uniKocuoc  et|A,'yi  e  niCTAvpoc  nexAC  ecpiui 


DOCUMENTS    DE    SOURCE    COPTE    SUR    LA    SAINTE    VIERGE.       185 

AH  IIIKOCIIOO  Linil  OG|)A,"JI  XV.  cV(|f)l  IIIIIOVAAI  IIACII- 
AAVIIOII  AG  (:(3pt()K2  C;IIIAV  (3  I  KîKA'l  1 1 1,")  I  OTAKtipeVIIO- 
IIOIIIII    (3|)t)C|    (jBBe    IITMpCj    (()    IIA,"Jlipi    OVO?    IIAIIOvf. 

«  Lorsque  la  Mère  vit  l'Agneau,  le  Pasteur,  le  Sauveur  du 
inonde,  suspendu  à  la  croix,  elle  s'écria  en  pleurs  : 

«  Le  monde  est  dans  la  joie,  car  il  a  reçu  le  salut,  mais  mes 
entrailles  sont  brûlées  de  douleur  tandis  que  je  te  contemple  sur 
cette  croix,  mourant  pour  le  genre  humain.  0  mon  Fils  et  mon 
Dieu.  »  {/?>■.,  p.  219.) 

A  Vêpres,  Marie  est  invoquée  comme  le  refuge  contre  les 
ennemis  qui  sortent  le  soir  : 

iiATovAe  ii(;02i  (o  'fiiA(;ii()v+  OBOA  j)eii  iiiAiiArKii  xe 

AIIOII    TlipOII    AII(|)(t)T    eApO    II6II6IICA    cjiliovf 

lK|)pil+    IIOVCOBT    eqAOp    ,"J(OIII    IIAII    lllipO(;TATHG. 

«  Sauve  ton  troupeau  de  raffliction,  ô  Mère  de  Dieu,  car 
c'est  vers  toi  que  nous  nous  réfugions,  après  Dieu; 

«  Que  ton  intercession  soit  pour  nous  comme  un  rempart 
inébranlable.  »  (P.  250.) 

CO  'flIACIIOvi-  AII(()(()T  bA  TOKOIIH    IITO    I  leKIIGT^HOl  I2HT 

minpeiiieo     iiiitiiii^eo    ijeM    iiiAiiAr'KH    aaaa    Apiiio2eii 

IIIIOII     GBOA    jîGII     IITAKO    tC)     OH     GTCUApCOOVT     IIIIAVA'f. 

«  0  Mère  de  Dieu,  nous  nous  réfugions  sous  le  couvert  de 
tes  miséricordes;  ne  rejette  pas  nos  prières  dans  nos  nécessités, 
mais  préserve-nous  de  la  perdition,  ô  toi  qui  es  bénie  à  un 
degré  unique.  »  (P.  253.) 

Enfin,  pour  omettre  Compiles,  l'heure  de  minuit  qui  cor- 
respond à  Matines  se  termine  par  cette  suave  prière  : 

a)     i~IIAGII()vf     liriApeGIIOG     rilCOBT     IIATOVtOAII     ApG- 

K(opq  iioo  iinccHnii  iiiih  gt+ovehii  ovoe  iiiuKAe  ij2HT 

IITG     lIHUOK    ApGTACHO(|    G    OVpA^HI. 

ApGGpGOBT  GTGIinOAIG  OVOe  ApGUI^MI  GAGII  IIGIIOT- 
ptUOV  OVOe  ApGGpnpGGBGVIII  GAGII  TeipHIIII  IIMIKOGIIOG 
AG    lieo    TAp    IIG    TGII2GAIIIG   tO    fUAGIIOvf. 


186  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

«  0  Vierge,  Mère  de  Dieu,  rempart  indestructiloie,  déjoue 
les  conseils  de  nos  ennemis,  et  change  en  joie  la  tristesse  de 
tes  serviteurs. 

«  Sois  le  rempart  de  notre  ville,  combats  en  faveur  de  nos 
rois  et  intercède  pour  la  paix  du  monde,  car  tu  es  notre 
espoir,  ô  Mère  de  Dieu!  »  {Br.,  p.  352.) 

Le  Pontifical  et  le  Rituel  associent  également  la  Mère  au 
Fils  dans  les  prières  d'invocations  qui  accompagnent  les  céré- 
monies religieuses.  La  Psalmodie,  qui  s'appelle  aussi  les  Tliéo- 
tokies,  est  suffisamment  connue  (1).  Le  livre  des  Doxologies  est 
un  recueil  d'hymnes  ou  de  ce  que  nous  appelons  proses,  pour 
toutes  les  fêtes  de  Tannée.  Ce  livre  est  beaucoup  plus  rare  que 
le  précédent.  11  n'a  jamais  été  imprimé.  J'en  ai  vu  un  manuscrit 
au  patriarcat  copte  orthodoxe,  au  Caire. 

Dans  toute  cette  littérature  officielle,  ce  qui  frappe  le  plus 
c'est  la  multitude  des  répétitions,  l'absence  de  toute  variété  et 
le  petit  nombre  d'idées  exprimées.  En  ce  qui  concerne  la 
Sainte  Vierge,  tous  les  textes  roulent  autour  de  deux  vérités 
principales,  la  Maternité  divine  et  la  Virginité  parfaite. 

L'Église  copte  n'a  jamais  oublié  la  part  glorieuse  qu'elle  prit, 
au  concile  d'Éphèse,  à  la  définition  du  dogme  qui  est  le  prin- 
cipe et  le  fondement  des  grandeurs  de  Marie;  elle  n'a  jamais 
oublié  que  son  patriarche  saint  Cyrille  présidait  l'auguste  as- 
semblée au  nom  du  Vicaire  de  Jésus-Christ.  Elle  a  gardé  dans 
sa  liturgie  l'épilhète  même  qui  résumait  et  incarnait  la 
croyance  imposée  à  tous  les  chrétiens,  bgotokoc  «  jMère  de 
Dieu  ».  Même  lorsque  Dioscore,  profanant  l'héritage  de  son 
glorieux  prédécesseur,  eut  entraîné  à  sa  suite  dans  le  mono- 
physisme  presque  toute  l'église  d'Egypte,  le  dogme  de  la  Mater- 
nité divine  de  Marie  fut  conservé  intact.  Il  est  raconté  dans  la 
Vie  de  Chenoudi,  le  fougueux  archimandrite  du  Deir  el-Abiad, 
le  plus  chaud  partisan  de  Dioscore,  qu'il  se  rencontra  avec  Nes- 
torius  exilé  en  Haute-Egypte.  Il  voulut  le  convertir.  «  Confesse, 
lui  dit-il,  que  Marie  est  mère  de  Dieu.  —  Tous  les  évêques 
d'Éphèse  n'ont  pu  me  convaincre  et  toi  seul  tu  voudrais  le 
faire!  »  répondit  dédaigneusement  Nestorius. 

La  Virginité  parfaite  et  perpétuelle  de  Marie  est  également 

(1)  Cf.  notre  article  sur  les  Thcolokies  dans  Revue  de  l'Orient  chrélien,  1904,  n°  1. 


DOCUMENTS    DE    SOURCE    COPTE    SUR    LA    SAINTE    VIERGE.       187 

affirmée  de  la  manière  la  plus  claire  et  par  une  série  d'em- 
blèmes dont  nous  ne  citerons  qu'un  spécimen  : 

«  Elle  est  le  champ  mystique  où  l'on  n'a  point  semé  et  qui 
cependant  a  germé  et  produit  le  fruit  de  vie  »  {Théot.  91,  206, 
203)  : 

iino     riG     +K()i     iiiiov+3:po3:     (3poc    tvpeTAovo    (3bo\ 

ll()'i'KA|)ll()(;    Cî(|Ollj). 

«  Elle  a  cnfnnté  TEmmanuel  sans  briser  le  sceau  de  sa  vir- 
ginité, sans  recevoir  de  semence  humaine,  elle  est  restée 
vierge  en  tout  temps.  » 

«  Elle  est  la  porte  que  vit  jadis  Ézéchiel  du  côté  de  TOrient, 
scellée  d'un  sceau  merveilleux;  personne  ne  peut  la  franchir  si 
ce  n'est  le  Dieu  des  puissances,  il  entre  et  sort  et  la  porte  reste 
fermée  »  (105)  (1). 

Tous  les  symboles,  les  comparaisons,  toutes  les  figures,  les  ti- 
tres qu'emploient  les  livres  coptes  pour  exprimer  ces  deux  idées, 
la  maternité  et  la  virginité,  sont  empruntés  à  l'Ancien  Testa- 
ment et  sont  absolument  les  mêmes  que  dans  TÉgiise  grecque, 
comme  les  a  exposés  Dom  Placide  de  Meester  dans  la  revue 
«  L'Immaculée  »  (édition  française).  Il  me  semble  donc  inutile 
de  les  reproduire  ici  (2)  ;  je  me  contenterai  de  mettre  en  relief 
les  témoignages  qui  concernent  l'Immaculée  Conception. 

Que  l'Église  copte  ait  toujours  proclamé  la  Sainte  Vierge 
exempte  de  tout  péché,  pure  et  immaculée,  c'est  ce  qui  ressort 
avec  évidence  des  textes  mêmes  de  ses  livres  liturgiques  et  de 
l'ensemble  delà  doctrine  qu'elle  professe  sur  la  Mère  de  Dieu. 

Pour  elle,  Marie  est  «  la  vierge  parfaite  qui  a  trouvé  grâce  de- 
vant le  Seigneur  »  (91),  «  la  vierge  très  sainte  »  (125),  «  la 
vierge  incomparable  »  (238),  «  qui  surpasse  en  pureté  les  sé- 
raphins et  les  chérubins  »   (14G)  : 

t;iiKVTeii()(()ii+   i"A|)    (3    mu 

c3iiiA3:o(;  ,\f3  ov  (soiiiii^ 

to   'f'ceiiiiii     ii(;cvr.(3     iiiiApoeiioc 

(1)  Les  numéros  renvoient  aux  pages  des  Théulokies. 

(2)  Une  excellente  ctiule  sur   ce  sujet  a  été  faite  dans  la  même  revue    par 
M.  Marius  Chaîne. 


188  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

cv   (J)KOT    iwp    epueope   'lApo 

Xe       UUOII     c|)H     (;TGIIOUJHT    (jpo 

«  A  qui  te  comparerai-je,  et  de  quel  nom  t'appellerai-je,  ô 
Vierge  vénérable  et  prudente?  le  Père  lui-même  te  rend  ce  té- 
moignage que  tu  n'as  point  de  semblable  »  (264). 

Te    Ol       lieiKAIlOO     OeOTO    IIH    (îOOVAB  THpOT 

6   ApeTtoii?  o:xajii    to  on  oeiioe     iieuoT 
Tecroci  oiiA.'yto  eeoTe  iiiiiATpiAp\Hc 

C)V02    TOTAIHOVT    (îeoie    II  I  lipO(|)HTHC 

oToirre   n62^iiJuo;^ji   j)Rii  oviiAppiiciA 

eeOTG     IlIXepOTBIU     linil    illO(3pA(|)lll 

«  Tu  es  plus  digne  et  plus  capable  que  tous  les  saints  d'in- 
tercéder pour  nous,  ô  pleine  de  grâce! 

«  Tu  es  exaltée  au-dessus  des  Patriarches  et  honorée   au 
dessus  des  Prophètes! 

«  Tu  peux  marcher  et  t'avancer  avec  plus  de  confiance  que 
les  chérubins  et  les  séraphins  »  (68). 

Te  epo'iMoiiii  e^(>Te   (|>pii 
iiBO   ne  ncA    ii+aiiatoah 
epe  iiiBLiMi  :x()v,"iT  eBo.v   j)AXtoc 
1)611   ()voviio{|    lien.  ovee.\H.\ 

«  Tu  es  plus  brillante  que  le  soleil,  tu  es  l'aurore  qu'atten- 
dent les  justes  dans  la  joie  et  l'allégresse  »  (126). 

A    ()viiii>y     iio^ini   (riTAK) 
Ape(ri(;i     iiot)   (i^oTeptoov    iiipov 
iieo    ne   n^yov^yoT    'uuinApoeiioc 

•feGOTOKOC   II  Api  A 

«  Un  grand  nombre  de  femmes  ont  été  honorées,  tu  les  as 
toutes  surpassées. 

«  C'est  toi  qui  es  la  gloire  des  vierges,  ô  Marie,  ô  Mère  de 
Dieu  »  (123). 

Ailleurs,  Marie  est  déclarée  «  seule  bénie  entre  toutes  les 
femmes  (253),  mère  des  vivants  (95),  pleine  du  Saint-Esprit 
(136),  sanctuaire  de  pureté  (218),  arbre  d'immortalité  »  (206), 


DOCUMpiNTS    DE    SOURCE    COPTE    SUR    LA    SAINTE    VIERGE.        189 

Mais  il  est  des  passages  où  la  Sainte  Vierge  est  déclarée  pure 
de  toute  tache.  Rien  n'est  plus  fréquent  dans  les  théotokies 
que  les  épitliètes  A-rotoAHii,  ATAcnii,  attako  toutes  trois 
composées  de  la  particule  privative  at;  otoAor,  signifie  «  souil- 
lure »,  Acriii  «  tache  »,  ta  ko  «  corruption  ». 

Attribués  à  Marie,  ces  mots  proclament  donc  de  la  manière 
la  plus  expresse  qu'aucune  faute  n'a  terni  la  blancheur  de  son 
lis  virginal,  qu'aucun  mal  n'a  corrompu  la  beauté  rayonnante 
de  son  àine  : 

xepG    en   eeuee   "iieuoT 
-fnApeeiioc     iiAToaj.veii 

f^CKIIIIM      IIATUOIIK      ii;xi3: 

Ml   Aeo     irro   i-iieeum 

xepe  'fcrpouni  eeiiecxoc 
cîii    eTAC2i^jeiiiiovt|i    iiaii 
ii-f^ipHiiH     irro  c|)ii()'i"i' 
en    eTAC^cjuni  v>yA    iiipiuiii 

«  Salut,  pleine  de  grâce.  Vierge  sans  tache,  tabernacle  qui 
n'est  point  fait  de  main  d'homme,  trésor  de  justice! 

«  Salut,  belle  colombe,  qui  nous  a  annoncé  la  paix  de  Dieu, 
la  réconciliation  faite  avec  les  hommes  »  (137). 

Cette  colombe  messagère  qui,  comme  celle  de  Noé,  apporte 
aux  hommes  de  la  part  de  Dieu  le  rameau  de  paix,  ne  pouvait 
être  elle-même  l'objet  de  la  malédiction  commune;  serait-elle 
d'ailleurs  un  trésor  de  justice,  si  elle  avait  aussi  perdu  le  bien 
incomparable  de  l'innocence  parfaite  ""? 

i^ATOtUABli      iioeiiiiii 

o'/oe  eo()'i"AB  jjGii  ecoii  iiiBeii 

en     fîTAOllll    IIAII     'u4)IIOv1~ 

6t|TA.\ii()VT  C3:xeii    iiec»:c|)oi 

CepA^I     IIGUe     "llAG    i~KTHCIG   THpC 

ecco,"i  oiiOA   e(:^:a)     ulioc 
yii\    \epo  OH  eoue?     iieuor 
o'i'oe  iiooio    iieuG 


190  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

«  0  Vierge  immaculée  et  vénérable,  vierge  sainte  en  toute 
chose,  vous  qui  nous  avez- apporté  Dieu  reposant  sur  vos  bras; 
la  création  entière  se  réjouit  avec  vous  et  s'écrie  :  Salut,  pleine 
de  grâce!  le  Seigneur  est  avec  vous!  »  (131). 

\Gpe   iiG  tu  'f"iit\|)()<:iM)(; 
on   t3ri()vr.iu)'i"'i"    matiako 

GTA     lll.\()l"00       ll"r(;    (|)Kt)r    I 

A(|(ri(;Apg    (illOA      llj)ll  + 
\C;p(i     IIIKVUIAMOII       IIAIAO'III 

ovoe  (nctoTii 
iirt:    +iiApo(niiA     il  M III 
ovoe    eii'jviiK    (jii().\ 

«  Salut  à  toi,  ô  Vierge  pure  et  sans  tacite  en  qui  le  Verbe  de 
Dieu  s'est  incarné  ! 

«  Salut,  vase  immaculé,  vase  choisi  de  la  virginité  véritable 
et  parfaite!  »  (102). 

Quel  sens  auraient  ces  expressions  si  Marie  avait  été  souillée 
de  quelque  péché,  si  la  limpidité  de  son  âme  avait  été  troublée 
un  seul  instant?  Cette  innocence  perpétuelle,  cette  préservation 
absolue  de  toute  faute  est  symbolisée  par  une  série  de  figures. 

Marie  est  «  la  lampe  inextinguible  »  (133)  qui  a  toujours 
brillé  devant  son  Créateur  :  elle  est  «  une  couronne  incorrup- 
tible »  (206),  «  une  arche  sans  tache  »  (238),  «  une  arche  qui 
n'a  été  rongée  par  la  teigne  d'aucune  souillure,  et  a  été  pré- 
parée dès  le  commencement  pour  nous  apporter  le  salut  »  (208). 

Tous'  ces  textes  proclament  en  la  Sainte  Vierge  la  virginité 
parfaite,  la  pureté  immaculée;  mais  en  est-il  qui  parlent  ex- 
pressément du  péclié  d'Adam  et  en  exemptent  la  Mère  de  Dieu"? 
C'est  ce  qui  nous  reste  à  exposer.  Dans  le  livre  des  ordinations 
(p.  17.5),  au  milieu  des  prières  faites  pour  la  prise  d'habit  des 
moines,  on  lit  le  passage  suivant  : 

Ape-feito-f-  'ii(J)pA>ui  iiGu  iioGMiA  Apeuop+  IIOVXOIJ 
to  T>yepi  iicKoii  aj  eHeTAct  eitoTc  irreeBcto  iiiiaiii- 
(|)iiovi   ^yAHT6C2toBC     iiAAAii     HTeciiica)     iinieuoT.    Ape 

IIAlATq    TAOVO(|    On^UJI   (3    IIIIIApAAICOG    IITOnOC      UFIOV- 

iioq  cjJUAiiiiiconi    iiiJiAiKeoc. 


DOCUMENTS    DE    SOURCE    COPTE    SUR    LA    SAINTE    VIERGE.       191 

«  Tu  as  revêtu  la  joie  et  l'allégresse,  tu  as  ceint  la  puissance, 
ô  fille  de  Sien,  ô  loi  qui  as  porté  le  vêtement  des  habitants  des 
cieux,  pour  couvrir  Adam  du  vêtement  de  la  grâce.  Par  toi, 
heureux,  il  est  monté  au  ciel,  le  lieu  de  délices,  le  séjour  des 
justes.  » 

Dans  les  Théotokies,  il  est  maintes  fois  répété  que  Marie  est 
«  le  salut  d'Adam,  la  joie  d'Eve  »  (04,  92).  D'autres  passages 
déclarent  de  la  manière  la  plus  claire  que  la  Sainte  Vierge 
nous  a  délivrés  de  la  malédiction  attirée  sur  nous  par  la  trans- 
gression originelle  : 

eiT(;ll    IICOOMII      IIGVtV   T6ll,")0|)ri      llllcW 

AC|()V(Oll        MA:(;    cVAAII    ("liOA    j)(3ll     IlOVIcVe       lllll,"J^yHII 

AC|^I    eiA'tJII    ll<;lir(;ll()C   11(311   'fKIIIOIt:    TlipO 

Il3:e    IIIG|>."JI."II       111(3    c|)U()V    11(311    ll'IAKO 

eBOA   eiT(3ll     IIA|)icV    i~€)e()T()K()C 

AVeil(|    (3    ll,"J(()l      IIAAAII    (3V(JOII    (3    1 1 1 1 1  AjlAA  IGOG 

«  Sur  le  conseil  d'Eve  notre  prerhière  mère, 

Adam  mangea  du  fruit  de  l'arbre. 

Alors  s'appesantit  sur  notre  race  et  la  nature  entière 

le  règne  de  la  mort  et  de  la  corruption. 

C'est  par  le  moyen  de  Marie,  la  Mère  de  Dieu, 

qu'Adam  entra  un  jour  au  Paradis  »  (87). 

ii^jovî'jov  'MiiiriApeeiio(i  riipov 

11(3    UA|>IA  i^UACIIOvf 

eoBirrc  on  A()iiajA  6boa 
\iXG  iiicAeovi    iiApxeoc 

<!)ll     (;TA()'l    ei^:(3ll    II6III'(3II()C 

^11(311    +IIAj>ABACIC 

GTA  +ceilll    ,"i(()lll     UjlUTC 

AGOVtOII    (3 BOA   j)GII    MOVTAe    'uni^,^mi 

(30B6   (3 VA  AVLIA^QAU 
'llc|)pO     HT(3   IIIMApAAICOG 
2ITGII    LIA  pi  A    i^liApe)GIIOG 
AV(JVa)ll    IIAII     ll(|)pO     M  rGIII<|)IIOVI 


192  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

«  La  gloire  de  toutes  les  Vierges,  c'est  Marie,  la  Mère  de 
Dieu;  c'est  grâce  à  elle  CLu'a  été  levée  rancienne  malédiction, 

«  La  malédiction  qu'attira  sur  la  race  humaine  la  transgres- 
sion de  la  femme  quand  elle  mangea  du  fruit  de  l'arbre. 

«  A  cause  d'Eve  avait  été  fermée  la  porte  du  paradis,  à  cause 
de  la  Vierge  Marie  nous  a  été  ouverte  l'entrée  des  cieux  »  (109). 

Voilà,  croyons-nous,  les  textes  coptes  les  plus  forts  que  l'on 
puisse  invoquer  en  faveur  de  l'Immaculée  Conception.  Prou- 
vent-ils le  dogme  d'une  manière  explicite,  on  ne  saurait  l'affir- 
mer. Ils  ne  font  en  effet  aucune  allusion  claire  et  évidente  à 
la  conception  de  la  Sainte  Vierge  et  à  sa  préservation  du  péché 
originel.  Sans  doute,  ils  proclament  en  Marie  une  Virginité  et 
une  pureté  tout  à  fait  spéciale  et  supérieure  à  celle  de  toute  créa- 
ture, les  derniers  textes  cités  tendent  à  établir  qu'elle  a  coopéré 
d'une  certaine  façon  à  la  Rédemption,  mais  on  ne  peut  leur  de- 
mander davantage. 

J.1TTÉRATURE    PRIVÉE. 

En  dehors  des  livres  liturgiques,  il  existe  deux  sortes  de  do- 
cuments écrits  qui  nous  fournissent  des  renseignements  sur  la 
Sainte  Vierge  :  ce  sont  les  sermons  des  Pères  et  les  inscriptions. 

1.  Sermons. 

Ces  sermons  ont  été  pour  la  plupart  traduits  du  grec  dans  les 
deux  dialectes  coptes,  le  bohairique  et  le  sa'îdique.  Ils  sont  en 
majeure  partie  inédits.  Ceux  qui  se  trouvent  dans  la  collection 
des  manuscrits  du  musée  Borgia,  aujourd'hui  à  la  bibliothèque 
nationale  de  Naples,  ont  été  analysés  par  Zoega  dans  son  Cata- 
logue; il  serait  à  souhaiter  qu'ils  soient  publiés  in  extenso. 

Le  codex  49  (p.  93)  contient  une  homélie  dont  voici  le  titre  : 
«  Instruction  prononcée  par  notre  Père  saint  et  vénéré  en  toute 
manière,  Euchodius  l'archevêque  de  la  grande  ville  de  Rome  (I), 
au  sujet  de  notre  souveraine  à  tous,  Marie,  la  sainte  Mère  de 

(1)  Il  s'agit  d'Evodius  successeur  de  saint  Pierre  à  Antioche;  par  confusion 
les  coptes  le  placent  à  Rome.  Le  discours  dont  il  est  question  vient  d'être 
étudié  et  reconstitué  ])ar  M.  Oscar  von  Lenim  dans  ses  «  Kleine  koptische  Stu- 
dien  ». 


DOCUMENTS    DE    SOURCE    COPTE    SUR    LA    SAINTE   VIERGE.        193 

Dieu,  dans  laquelle  il  nous  décrit  sa  dormition  et  sa  sainte 
mort  arrivée  le  21  Tobi  selon  les  Égyptiens,  dans  la  paix  de 
Dieu.  » 

Le  contenu  du  codex  50  est  une  homélie  sur  TAssomption  de 
la  Sainte  Vierge  (16  Messori),  «  prononcée  par  notre  Père  trois 
fois  saint,  l'abbé  Théodose,  Archevêque  d'Alexandrie,  confes- 
seur de  la  foi,  revêtu  du  Christ  ». 

C'est  tout  ce  que  le  Catalogue  dit  de  ces  deux  sermons  écrits 
dans  le  dialecte  bol.iairique. 

Les  codex  sa'îdiques  sont  plus  riches  en  documents  sur  la 
Sainte  Vierge.  Les  quatre  numéros  117-120  constituent  une 
série  continue  et  complète,  un  seul  ouvrage  en  plusieurs  vo- 
lumes racontant  la  vie  de  Marie  depuis  sa  généalogie  jusqu'à  sa 
glorieuse  Assomption.  Malheureusement  nous  en  ignorons  l'au- 
teur. 

(N°  117)  Marie  est  de  la  race  de  David,  elle  a  pour  père  Cléo- 
pas  qui  est  ensuite  appelé  Joachim;  elle  a  pour  mère  Anne; 
elle  naît  le  15  Hathor.  (N°  118)  Elle  est  présentée  au  temple  et 
y  mène  une  vie  angélique.  —  Autres  événements  jusqu'à  la 
Nativité  de  Notre-Seigneur. 

Le  numéro  1 1 9  rapporte  un  grand  miracle  accompli  par  la 
Sainte  Vierge.  Les  idoles  adorées  dans  une  ville  qui  n'est  pas 
nommée,  sont  renversées  et  tombent  dans  un  abîme  entr'ouvert; 
à  l'instant,  les  morts  en  sortent,  les  anges  apparaissent.  (120) 
Après  la  mort  de  Notre-Seigneur,  Marie  et  Jean  vivent  ensem- 
ble à  Jérusalem  pendant  quinze  ans.  La  Sainte  Vierge  fait  de 
nombreuses  guérisons;  elle  instruit  les  Apôtres  qui  viennent 
la  visiter.  La  quinzième  année  après  la  résurrection  du  Sau- 
veur, un  certain  jour,  elle  dit  à  Jean  d'appeler  Pierre  et  Jac- 
ques. A  leur  arrivée,  elle  raconte  tout  ce  qui  s'est  passé  depuis 
la  résurrection  jusqu'à  l'Ascension,  puis  elle  ajoute  que  le  Sei- 
gneur lui  a  apparu,  lui  a  fait  connaître  le  jour  de  sa  mort,  et 
promis  que  son  corps  serait  porté  au  ciel  par  les  anges.  Elle  fait 
réunir  toutes  les  vierges,  ses  compagnes;  sur  sa  demande, 
Pierre  apporte  un  blanc  linceul,  Jacques  achète  des  parfums, 
Jean  des  flambeaux  ;  le  linceul  est  étendu  en  forme  de  couche, 
on  y  répand  les  parfums.  Marie  se  met  en  prière  :  «  Je  te  rends 
grâces,  ô  Dieu  tout-puissant,  je  rends  grâces  à  ton  Fils  Unique 
qui  est  venu  en  ce  monde  pour  sauver  toute  âme  :  Fils  et  pa- 

ORIENT   CHRÉTIEN.  1,3 


194  revuf:  de  l'orient  chrétien. 

roïe  du  Père,  il  est  descendu  jusqu'à  nous,  ses  serviteurs,  il 
s'est  formé  un  corps  humain  dans  mon  sein,  je  l'ai  enfanté  sans 
participation  d'homme,  sans  souillure,  je  l'ai  nourri  sans  in- 
quiétude, lui  qui  nous  nourrit  tous. 

«  Je  rends  grâces  à  ton  Esprit-Saint  qui  est  descendu  sur 
moi,  à  ta  puissance  qui  m'a  couverte  de  son  ombre. 

«  Maintenant,  mon  Seigneur  et  mon  Dieu,  voici  l'instant  où  tu 
vas  venir  à  moi,  pour  me  couvrir  de  ta  miséricorde,  et  éloigner 
de  moi  les  pierres  où  l'on  heurte  et  les  fantômes  qui  trompent. 
Qu'ils  tombent  devant  moi  ceux  qui  te  maudissent,  et  que  ceux 
qui  sont  à  ta  droite  se  tiennent  dans  l'allégresse.  Que  les  puis- 
sances des  ténèbres  soient  confondues  aujourd'hui,  car  elles 
ne  trouvent  rien  en  moi  qui  leur  appartienne!  Ouvre-moi  les 
portes  de  la  justice  pour  que  j'entre  et  paraisse  devant  mon 
Dieu.  Que  le  dragon  se  cache  devant  moi,  en  me  voyant  aller 
avec  entière  confiance  vers  toi,  ô  Dieu,  seul  véritable!  Que  ce 
fleuve  de  feu,  où  sont  éprouvés  les  justes  et  les  pécheurs,  se 
calme  et  s'apaise  pour  me  laisser  passer.  Tu  es  mon  Dieu  et 
mon  Seigneur,  le  Père  de  tous  les  hommes,  avec  ton  Fils 
Unique  et  le  Saint-Esprit.  Gloire  à  toi,  gloire  à  eux  dans  les 
siècles  des  siècles.  » 

Après  cette  prière,  Marie  répand  du  parfum  sur  le  linceul, 
se  tourne  vers  l'orient,  se  signe  et  se  couche.  En  ce  moment, 
le  Seigneur  arrive  porté  sur  le  char  des  Chérubins,  précédé  des 
anges;  il  se  tient  debout  près  d'elle  et  lui  dit  :  «  Ne  crains  pas 
la  mort,  ù  ma  Mère;  une  vie  éternelle  va  la  suivre,  il  suffît  que 
tu  voies  la  mort  de  tes  yeux;  si  je  ne  lui  en  donnais  l'ordre, 
elle  ne  s'approcherait  jamais  de  toi.  »  Alors  le  Seigneur  dit  : 
«  Viens,  ô  toi  qui  es  cachée  dans  les  profondeurs  dy.  midi.  »  Mais 
à  peine  Marie  la  vit-elle  que  son  àme  s'envola  dans  le  sein  de 
son  Fils. 

Elle  s'endormit  du  bon  sommeil,  la  nuit  du  20  janvier,  qui 
correspond  au  21  Tobi  égyptien. 

Le  codex  n°  273  raconte  aussi  la  dormition  de  la  Sainte  \^ierge. 
Les  codex  258  et  259  ont  divers  sujets.  Dans  le  numéro  258, 
le  premier  feuillet  contient  un  fragment  de  l'homéhe  d'Eu- 
chodius  connue  par  le  codex  49  en  bohairique.  Le  deuxième 
feuillet  est  une  partie  d'un  éloge  de  la  Sainte  Vierge;  le  troi- 
sième Commence  ainsi  :  «   Encomium  prononcé   par    l'abbé 


DOCUMENTS    DE    SOURCE    COPTE    SUR    LA    SAINTE    VIERGE.       195 

Cyrille,  archevêque  d'Alexandrie,  en  l'honneur  de  Celle  qui 
est  digne  de  toute  vénération,  la  table  de  marbre  immaculée, 
l'ornement  sacré  du  sacerdoce,  le  vase  d'or  où  est  cachée  la 
manne,  la  porte  scellée,  le  second  ciel  sur  terre,  Marie,  la 
sainte  Mère  de  Dieu,  prononcé  au  jour  de  sa  sainte  commé- 
morai son,  le  21  Tobi.  » 

D'après  Zoega,  le  n"  259  est  aussi  un  encomium  de  la  Sainte 
Vierge,  peut-être  le  complément  du  précédent. 

Parmi  les  nombreux  papyrus  coptes  du  Musée  de  Turin,  dont 
une  partie  malheureusement  vient  d'être  la  proie  des  flammes, 
il  en  est  un  qui  contient  une  homélie  de  saint  Athanase  sur  la 
Sainte  Vierge  et  sainte  Elisabeth. 

En  voici  le  titre  (1)  :  «  Sermon  prononcé  par  saint  Athanase, 
archevêque  d'Alexandrie,  au  retour  de  son  second  exil,  au  sujet 
de  la  Vierge  sainte,  Marie,  la  Mère  de  Dieu  et  Elisabeth  la 
mère  de  Jean,  pour  réfuter  et  confondre  Arius  et  ceux  qui  sont 
de  l'abomination  des  gentils  »  (2). 

Le  texte  est  coupé  de  nombreuses  lacunes  qui  le  morcellent; 
on  peut  cependant  suivre  le  fil  du  discours.  Marie  est  d'abord 
mise  en  parallèle  avec  Eve;  celle-ci  avait  introduit  la  mort  de 
l'âme,  la  Sainte  Vierge  par  son  humilité  et  sa  pureté  nous  a 
rendu  la  vie.  «  Par  elle,  la  pureté  a  fleuri  dans  la  nature  hu- 
maine, elle  a  fleuri  avec  la  chasteté  et  la  virginité.  Oh!  quel 
don  céleste  a  été  fait  aux  hommes  par  toi,  ô  Vierge  véritable! 
Venez,  maintenant,  mes  auditeurs,  allez  dans  l'Egypte  entière, 
parcourez  cette  pieuse  ville  d'Alexandrie  et  voyez  comment 
germent  partout  les  fleurs  de  la  pureté!  Les  uns  pour  se  rendre 
semblables  aux  anges  dans  la  pureté  et  la  charité  ont  voué 
la  chasteté  perpétuelle,  les  autres  se  font  eunuques  eux-mêmes 
pour  le  royaume  des  cieux  et  vivent  avec  leur  femme  comme 
s'ils  n'en  avaient  pas.  D'autres  encore  errent  dans  les  déserts, 
les  montagnes  et  les  vallées,  s'enferment  dans  les  cavernes 
inaccessibles  et  se  condamnent  à  l'abstinence  et  au  jeûne  per- 


(1)  Francesco  Rossi,  /  papiri  copli  del  Museo  egizio  di  Torinu,  vol.  II,  fasc.  1, 
page  5. 

(2)  Cette  homélie  vient  d'être  l'objet  d'une  étude  très  soignée  de  M.  Oscar  von 
Lemm  dans  ses  «  Kleinekoptische  Studien  »,XLIII  (1905),  p.  089-0151  ».  Après  avoir 
recherché  tous  les  fragments  qui  en  subsistent  en  différents  endroits,  il  l'a  re- 
constituée presque  en  entier'. 


196  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

pétuel,  se  privant  même  de  l'eau  dont  tout  animal  peut  se  ras- 
sasier et  cela  pour  conserver  et  embellir  leur  pureté.  0  Vierge 
pure  dans  ton  corps  et  dans  ton  âme,  c'est  grâce  à  toi  qu'ils 
ont  obtenu  ce  don  excellent  !  r> 

Vient  ensuite  le  récit  commenté  de  la  Nativité  et  de  la  Visita- 
tion. 

Les  moines  égyptiens  n'écrivaient  pas  seulement  leurs  ser- 
mons sur  papyrus  et  sur  parchemin,  ils  en  couvraient  parfois 
les  murs  de  leurs  chapelles.  C'est  ainsi  qu'on  a  retrouvé  en  1883 
dans  un  ancien  tombeau  de  Thèbes  (1) ,  transformé  en  oratoire, 
une  série  d'homélies  parmi  lesquelles  un  éloge  de  la  virginité 
de  Marie.  Sur  les  parois  du  nouvel  oratoire,  les  moines  avaient 
formé  des  stèles  en  terre  battue,  arrondies  au  sommet,  et  les 
avaient  recouvertes  d'un  lait  de  chaux;  là-dessus  ils  avaient 
écrit  à  l'encre  rouge  des  sentences  pieuses  et  quelques  ser- 
mons des  Pères.  Une  de  ces  stèles  a  été  excisée  et  transportée 
au  musée  du  Caire.  Les  autres  sont  malheureusement  en  fort 
mauvais  état. 

{A  suivre.) 

Alexis  Mallon  S.  J. 


TRADUCTION  DES  LETTRES  XII  ET  XIII 
DE  JACQUES  D'ÉDESSE 

(EXÉGÈSE  BIBLIQUE) 


INTRODUCTION 

Le  texte  syriaque  de  ces  deux  lettres  a  été  publié  dans  le 
Journal  of  sacred  literature  and  Biblical  Record  (1)  par 
M.  Wright  qui  regrettait  de  ne  pouvoir  en  donner  la  traduc- 
tion (2).  Nous  publions  ci-dessous  une  traduction  complète  de 
la  lettre  XIII,  toute  de  critique  biblique,  qui  est  assez  longue 
(i-xviii)  et  dont  plusieurs  passages  ont  été  résumés  dans  la 
Chronique  de  Michel  le  Syrien.  Nous  ajoutons  ensuite  la  traduc- 
tion de  la  courte  lettre  XII  (xix-xx).  Nous  omettons  cependant 
Fexorde  de  cette  dernière  lettre  qui  est  analogue  à  celui  de  la 
lettre  XIII  :  Jacques  d'Édesse,  durant  une  longue  page,  y  com- 
pare encore  ses  réponses  aux  mets  servis  dans  vm  repas.  —  La 
lettre  XIII  a  été  écrite  entre  les  années  704  et  708,  car  Jacques 
d'Édesse,  mort  en  708,  y  cite  sa  révision  de  la  Genèse  conser- 
vée dans  le  manuscrit  syriaque  de  Paris  n°  26,  et  composée  en 
l'an  704,  dans  le  monastère  de  Téléda,  comme  nous  rapprend 
une  note  de  ce  manuscrit  (3).  Nous  croyons  faire  œuvre  utile 
en  vulgarisant  cet  important  spécimen  de  la  critique  biblique 
dans  les  premières  années  du  viii''  siècle  et  de  l'érudition  de 
Jacques  d'Édesse. 

F.  Nau. 

Cl)  T.  X  (New  Séries),  1876,  d'après  le  ms.  syr.  de  Londres  Add.  12172,  fol. 
110-121. 

(2)  I  regret  that  circumstances  prevent  me  froin  giving  a  complète  transla- 
tion of  thèse  two  epistles,  and  that  i  am  obliged  to  content  myself  with  briefly 
indicating  the  contents  of  each.  Loc.  cit.,  p.  430. 

(3)  On  lit  à  la  fin  de  la  Genèse  :  «  ici  finit  le  premier  livre  de  Moyse,  appelé 
livre  de  la  Création,  lequel  a  été  rectifié  (révisé)  avec  soin  sur  deux  traditions 
(versions),  tant  des  Grecs  que  des  Syriens,  par  le  pieux  évêque  d'Édesse,  l'an 
1015  de  Séleucus  (704),  dans  le  grand  monastère  du  village  de  Téléda  ». 


198  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 


SOMMMAIRE 

I.  Pourquoi  est-il  dit  (Genèse,  xv,  13)  que  les  Israélites  serviront  durant  quatre 
cents  ans  dans  une  terre  étrangère?  —  II.  Savait-on  lire  et  écrire  avant 
Moyse?  —  III.  Quelle  est  la  femme  éthiopienne  mentionnée  Numhres,  xii,  1? 

—  IV.  D'où  venait  l'orgueil  qui  causa  la  chute  de  Satan?  A  quelle  époque 
cela  eut-il  lieu?  —  V.  Comment  doit-on  comprendre  Job,  ii,  6?  —  Moyse  est-il 
l'auteur  du  livre  de  Job?  —  VI.  Qu'est-ce  que  Béhémoth,  l'oiseau  appelé  -.^ïa 
,*-3ji  et  Léviathan?  (Voir  aussi  l'appendice).  —  VII.  Qui  était  ce  Zacharie 
mentionné  Matt/iieu,  xxui,  35?  Pourquoi  fut-il  tué  entre  le  temple  et  l'autel? 

—  VIII.  Le  fils  de  la  veuve  de  Sarepta  (I  Rois,  xvn,  17-24)  est-il  le  prophète 
.Jonas?  —  Téglatphalasar  n'était-il  pas  alors  roi  de  Ninive?  —  Faut-il  lire 
dans  Jonas  (ni,  -1)  quarante  jours  ou  trois  jours?  —  IX.  Sur  les  fruits  de  la 
vigne  sauvage  mentionnés  II  Rois,  iv,  39.  —  X.  Sur  le  prophète  Abdias.  — 
XL  Sur  les  ustensiles  du  temple  portés  par  Jérémie  au  mont  Nébo.  —  XII.  Sur 
Sarvia  et  Abigaïl.  —  XIII.  Sur  les  auteurs  des  psaumes.  —  XIV.  Sur  l'origine 
du  nom  Hébreu.  —  La  langue  hébraïque  est-elle  la  plus  ancienne?  —  XV.  Sur 
les  ouvrages  attribués  à  Salomon,  I  Rois,  iv,  32-33.  —  XVI.  Sur  les  forts  qui 
entouraient  le  lit  de  Salomon  :  Cantique,  in,  7-8.  —  XVII.  Sur  David,  I  Rois  xvii, 
55.  —XVIII.  Sur  Lot,  Genèse,  xvni,  32.  —  XIX.  Sur  les  Sabbatiens.  —  XX.  Sur 
les  hérétiques  d'Édesse.  —  XXI.  Appendice  sur  Béhémoth  ou  «  la  sauterelle  ». 

Lettre  XIII  du  vénérable  et  saint  Mar  Jacques  évêque  de  la 
ville  d'Édesse  au  prêtre  Jean,  stylite  de  Litharba  (1). 

ExoRDE.  —  Il  n'est  pas  regrettable  ni  répréhensible  comme 
tu  l'écris,  ô  frère  spirituel,  qu'un  homme  indigent,  affamé  ou 
altéré  demande  instamment  à  son  ami  ou  bien  la  nourriture 
corporelle  —  par  exemple  la  boisson  ou  autre  chose  —  ou  bien 
la  nourriture  spirituelle  qui  est  plus  nécessaire  et  plus  profitable, 
et  qu'il  subvienne  ainsi  par  sa  demande  à  ses  nécessités;  c'est 
au  contraire  une  chose  louable,  charitable  et  fondée  sur  l'amour 
fraternel,  elle  accomplit  aussi  le  précepte  du  Messie  qui  a  pris 
soin  de  dire  et  d'ordonner  aux  indigents:  Demandez  et  il  vous 
sera  donné,  cherchez  et  vous  trouverez,  frappez  et  on  vous 
ouvrira;  car  celui  qui  demande  reçoit,  celui  qui  cherche 
trouve,  et  on  ouvi'e  à  celui  qui  frappe  (2). 

Ta  Fraternité  a  donc  bien  agi  en  demandant  ce  qui  lui  man- 
quait, sans  chercher  à  le  cacher  par  fausse  honte,  en  frappant 


(1)  'Ev   AiTâpêoi;,  ville  de   Syrie,  non    loin  de  Chalcis,  à   trois  cents  stades 
d'Antioche.  Cf.  Evagrius,  Ilht.  eccl.,  XI,  11. 

(2)  3Iatth.  vn,  7-8. 


TRADUCTION    DES    LETTRES    XII    ET    XIII    DE    JACQUES    d'ÉDESSE.      199 

à  la  porte  de  l'amitié  avec  louable  confiance  et  amour  de  la  sa- 
gesse, et  en  me  réclamant  courageusement  comme  un  dû  de 
satisfaire  à  ta  demande.  J'ajoute  —  ô  frère  chéri  et  digne  de 
recevoir  une  réponse  à  cause  de  ta  charité  et  de  ta  confiance  — 
que  tu  peux  te  réjouir  et  être  rassuré,  je  vais  plus  loin  et  je  te 
dis  volontiers  :  Demande  et  il  te  sera  dominé,  cherche  et  tu 
trouveras,  frappe  et  il  te  sera  ouvert,  car  je  suis  toujours  prêt, 
avec  l'aide  de  Dieu,  à  te  répondre  selon  ma  force  et  je  ne  suis 
pas  importuné  (fol.  112"')  par  tes  questions.  Je  ferai  cependant 
remarquer  à  la  sagesse  de  ta  Fraternité  que  tu  demandes  à  la 
fois  beaucoup  de  choses  qui  surpassent  la  force  de  mon  Humi- 
lité et  qui  réclament  beaucoup  de  vigueur  pour  recevoir  une- ré- 
ponse complète  et  suffisante  à  chacune  d'elles  en  particulier.  Si 
tu  avais  posé  chacune  de  ces  questions  à  part,  elles  auraient 
demandé  beaucoup  de  traités  pour  être  suffisamment  éclaircies, 
mais  comme  —  à  l'image  d'un  hôte  avide  et  sage  —  tu  as  de- 
mandé de  servir  à  ta  table  des  mets  nombreux  et  variés  pour 
un  seul  repas,  sache  bien  qu'en  convive  habile  et  en  serviteur 
rusé  je  placerai  devant  toi  un  peu  seulement  de  chaque  mets, 
et  je  ne  les  ferai  pas  nombreux  et  abondants  de  crainte  qu'ils 
ne  soient  surabondants  et  que  notre  repas  en  conséquence  ne 
devienne  peu  considéré  et  méprisable,  car  ce  qui  dépasse  le 
convenable  et  la  mesure  est  peu  considéré  et  même  méprisable, 
et  n'est  pas  louable  ni  utile.  Commençons  donc  l'ordonnance  du 
repas,  avec  l'aide  et  le  secours  de  Dieu,  et  plaçons  tous  ces  mets 
devant  toi  dans  l'ordre  même  que  tu  leur  as  donné  quand 
tu  nous  as  interrogé. 

I.  —  Voici  le  mets  que  ta  Fraternité  a  voulu  voir  placer  devant 
elle  en  premier  lieu,  quand  tu  as  demandé  :  Quelle  est  la  cause 
pour  laquelle  Dieu  a  dit  à  Abraham  :  Ta  descendance  servira 
durant  quatre  cents  ans  dans  une  terre  qui  ne  sera  pas 
sienne  (1)  et  pour  laquelle  les  fils  d'Israël  obéirent  et  furent 
soumis  aux  Égyptiens? 

C'est  avec  raison  et  convenance  que  ta  Fraternité  a  placé  là 
le  mot  cause,  car  il  n'y  a  pas  une  parole  vaine  dans  le  livre  ins- 

(1)  Genèse  xv,  13. 


200  REVUE    DE   l'orient   CHRÉTIEN. 

• 

pire  par  TEsprit  (saint),  rien  n'y  est  placé  sans  convenance  et 
sans  motif.  Il  y  a  donc  certainement  une  cause  à  cette  parole 
dite  par  Dieu  à  Abraham,  et  elle  n'a  pas  été  proférée  par  lui 
sans  raison,  ni  écrite  sans  convenance  dans  le  livre  divin. 
Quand  on  veut  l'approfondir  et  l'expliquer  on  ne  trouve  pas 
seulement  une  cause  mais  des  causes  nombreuses  et  variées. 
Pour  t'expliquer  ce  que  tu  demandes,  je  toucherai  aussi  dans 
mes  éclaircissements  à  beaucoup  d'autres  faits  antérieurs  à 
celui  qui  fait  l'objet  de  ta  demande.  Il  faut  en  effet  qu'en  outre 
des  questions  que  tu  poses,  on  se  demande  encore  à  ce  sujet  : 
Pourquoi  Dieu  a-t-il  choisi  Abi^aha?)}.  parmi  tous  les  hommes 
qui  étaient  sur  la  terre  à  cette  époque,  pourquoi  il  l'a  choisi  à 
Ur  des  Chaldéens,  quelle  fut  de  la  part  de  Dieu  cette  vocation 
d'Abraham  (1),  (fol.  112'')  pourquoi  Abraham  quitta  la  ville 
d'f/r  avec  TJiaré  son  père  et  Nachor  son  frère  et  pourquoi  ils 
vinrent  à  Uaran.  Voilà  quatre  causes  qu'il  est  nécessaire  de 
connaître  pour  l'objet  au  sujet  duquel  tu  m'interroges;  je  vais 
d'abord  te  les  mettre  en  lumière,  puis  je  te  révélerai  la  cause 
qui  fait  l'objet  de  ta  demande. 

Je  commence  donc  à  l'époque  de  la  vie  de  Noé,  où  il  parta- 
gea toute  la  terre  habitable  entre  ses  trois  fils  Sem,  Cham  et 
Japliet.  Il  donna  à  chacun  d'eux  une  partie  de  la  terre  pour  qu'il 
l'habitât  ainsi  que  ses  descendants,  et  il  porta  une  malédiction 
contre  celui  qui  oserait  entrer  dans  l'héritage  de  ses  frères.  Il 
bénit  SemetJapheien.  disant  :  Dieu  dilatera  Japhet  et  il  de- 
meurera (2)  dans  la  tente  de  Sem  (3);  il  maudit  Chanaan,  fils 
de  Cham,  sous  prétexte  de  sa  nudité  (de  Noé),  mais  en  réalité 
parce  qu'il  devait  violer  son  ordre  et  sa  parole  au  sujet  de  la 
division  des  héritages  et  entrer  dans  les  possessions  de  ses  frè- 
res. Cette  terre  que  Dieu  promit  à  la  race  à' Abraham  fut  don- 
née par  Noé  à  Sem,  c'est  pourquoi  il  la  bénit  aussi  et  dit  (de 
Dieu)  :  Il  habitera  dans  la  tente  de  Sem.  —  Chacun  d'eux  (des 
fils  de  Noé)  partagea  encore  sa  part  entre  ses  fils  au  temps  où 


(1)  On  lit  en  plus  :  v-?  v>^of^o^-  Lire  vî  "  et  de  plus  ». 

(2)  La  suite  montre  clairement  qu'il  s'agit  ici  de  Dieu.  D'après  Jacques  d'É- 
desse,  «  Dieu  »  doit  habiter  parmi  les  descendants  de  Sem.  C'est  l'interprétation 
d'Onkelos,  mais  il  y  en  a  d'autres.  Cedrenus  suppose  que  «  Japhet  »  habitera  dans 
les  tentes  de  Sem.  Hist  conip.,  Bonn,  1838.  t.  I,  p.  26. 

(3j  Genèse  ix,  27. 


TRADUCTION    DES    LETTRES    XII    ET    XIII    DE   JACQUES    d'ÉDESSE.     201 

naquit  Phaleg  fils  d'Héber,  comme  le  raconte  le  saint  livre  de 
Moyse  (1),  et  ils  proférèrent  de  nouveau  des  malédictions 
contre  quiconque  entrerait  dans  l'héritage  de  ses  frères  (2).  La 
terre  de  Palestine  que  Dieu  promit  à  Abraham  tomba  dans  le 
partage,  et  tout  le  pays,  depuis  VEuphrate  vers  l'occident 
jusqu'à  la  mer,  et  depuis  la  montagne  appelée  Amanus  (3)  qui 
sépare  la  Syrie  de  la  Cilicie,  jusqu'à  l'entrée  de  V Egypte  fut 
donné  à  Loud,  fils  de  Sem  (4)  —  et  on  trouve  encore  en  Pales- 
tine une  ville  qui  est  appelée  Loud  (Lydda)  d'après  son  nom 

—  ainsi  qu'à  Houl  et  'Ous  fils  d^Aram  le  fils  aîné  de  Sem  (5). 
C'est  à  eux  que  fut  donné  ce  pays  dans  le  second  partage  fait 
par  Sem  à  ses  enfants. 

Or,  après  la  confusion  des  langues  à  Babel  et  la  destruction 
de  la  tour  qu'ils  bâtirent  follement,  tous  les  peuples  se  séparè- 
rent les  uns  des  autres  (6),  se  divisèrent  et  se  rendirent  avec 
tous  leurs  biens  au  pays  qui  leur  revenait  par  héritage.  Quand 
les  fils  de  Chanaan  apprirent  qu'ils  étaient  fils  de  Cham  et  que 
leurs  frères  étaient  en  Egypte  et  au  pays  de  Kousch  (Ethiopie) 

—  car  cette  région  était  celle  des  fils  de  Cham  —  ils  furent  frap- 
pés de  la  douceur  de  ce  pays  (fol.  113')  de  Sour  (Tyr)  qui  va  de 
la  montagne  cVAînanus  jusqu'à  la  Palestine,  c'est-à-dire  la 
Syrie,  la  Phénicie  et  tout  le  rivage  de  la  mer  (pays  des  Phi- 
listins), et  le  Liban,  et  Séir  (7),  et  YHermon,  et  les  pays  (ar- 
rosés) de  torrents  et  de  tleuves.  Ils  remarquèrent  aussi  le  petit 
nombre  des  possesseurs,  qui  ne  suffisait  pas  au  pays,  et  leur 
propre  multitude;  ils  reconnurent  donc  qu'ils  pouvaient  les  op- 
primer et  demeurer  dans  la  contrée.  Ils  l'osèrent  audacieuse- 
ment,  demeurèrent,  occupèrent  la  région  (8),  et  foulèrent  aux 

(1)  Genèse  x.  25. 

{2)  Ces  malédictions  sont  signalées  par  Michel  io  Syrien,  Chronique,  éd.  Cha- 
bot, t.  I,  fasc.  I,  in-40,  Paris,  1899,  p.  16-17.  11  leur  donne  la  même  signilication 
que  Jacques  d'Édesse  et  fait  d'ailleurs  plusieurs  autres  emprunts  à  cette 
lettre-ci. 

(3)  vdiio/. 

(4)  Genèse  x,  22. 
(.3)  Genèse  x,  23. 

(6)  Cf.  Genèse  xi,  2-9. 

(7)  r^V^. 

(8)  Cf.  Genèse  x,  19.  Bar  Ilcbraeus  raconte  aussi  qu'ils  usurpèrent  la  Pales- 
tine de  cette  manière.  Cf.  Chron.  Syr.,  éd.  Bedjan,  page  8.  —  Voir  aussi  Mi- 
chel le  Syrien,  loc.  cit.,  p.  20.  —  Item  dans  le  livre  des  Jubilés.  Cf.  The  jewish 


202  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

pieds  les  ordres  de  leurs  pères.  Ils  attirèrent  ainsi  sur  eux  la 
malédiction  particulière  de  Noé  leur  père  et  celle  de  ses  trois 
fils  Sein,  Cliam  et  Japhet. 

Ainsi,  quand  Dieu  s'occupa  de  tous  les  enfants  de  Sem  — 
lui  qui  connaît  toutes  choses  avant  qu'elles  ne  soient,  comme 
il  est  écrit  :  rien  de  ce  qui  existe  ne  lui  est  caché  ou  ne  lui 
échappe,  lui  qui  scrute  les  cœurs  et  les  reins  de  chacun,  qui 
connaît  la  volonté  de  l'homme,  voit  ses  pensées  intérieures  et 
considère  tous  les  mouvements  qui  doivent  y  naître  —  il  ne 
trouva  pas  et  ne  vit  pas  parmi  eux  tous  de  volonté  plus  paci- 
fique, plus  pure,  plus  avide  de  la  parole  de  la  science,  que  la 
volonté  (ï Abraham,  fils  de  Tharé(l)  le  Chaldéen,  ni  parmi  les 
fils  d'Elam,  ni  parmi  les  fils  d'Assur,  ni  parmi  les  fils  de  Loud 
et  d'Aram  qui  habitaient  dans  le  pays  de  Sem  avec  les  fils 
rebelles  de  C/ianaan,  ni  même  parmi  les  Chaldéens,  fils  d'Ar- 
pliaœar.  C'est  pour  cela  que  Dieu  choisit  Abraham  parmi  tous 
les  fils  de  Sem  et  le  désigna  pour  hériter  de  cette  terre  que  les 
fils  rebelles  de  Chanaan  avaient  usurpée,  en  les  massacrant  et 
les  détruisant  pour  que  sa  race  y  demeurât  et  (|ue  Dieu  y  ha- 
bitât, comme  Noé  l'avait  bénie  (2).  Voilà  pourquoi  (il  choisit) 
Abraham. 

Il  le  prit  à  Ur  des  Chaldéens  parce  que  c'est  là  que  demeu- 
raient les  fils  d'Héber  le  grand,  lesquels,  de  tous  ceux  qui  fu- 
rent dispersés  à  la  confusion  des  langues,  étaient  restés  seuls 
à  parler  la  langue  première  qui  fut  celle  d'Adam  (3).  Voilà 
pourquoi  (il  le  choisit)  à  Ur  des  Chaldéens. 

Voici  comment  eut  lieu  la  vocation  d'Abraham  par  Dieu  :  Il  y 
eut,  au  temps  de  Tharé,  une  famine  violente  sur  le  pays,  et  les 
hommes  d'alors  pouvaient  à  peine  sauver  la  semence  qui  avait 
été  semée  sur  la  terre,  à  cause  de  la  multitude  des  vautours  et 
des  oiseaux  que  Dieu  envoya  et  qui  la  mangeaient;  au  moment 
où  il  avait  quinze  ans,  Tharé,  son  père,  l'envoya  pour  chasser 

Quarlerly  Revietv,  1893,  p.  209  :  «  And  Canaan  saw  the  land  of  Lebanon  to  tlio 
river  of  Egypt  that  it  was  very  good  »  etc.  Cependant  le  livre  des  Jubilés  donne 
à  Lûd  le  pays  d'Ararat  et  les  montagnes  d'Assiir  (Ibid.,  p.  206),  il  diffère  donc 
en  cela  de  Jacques  d'Édesse, 

(1)  w-îi.  Nous  donnons,  pour  les  noms  bien  connus,  l'ortliograplie  de  la  Vul- 
gate. 

(2)  Voir  ci-dessus  :  Noé  dit  que  Dieu  habitera  dans  les  tentes  de  Sem. 

(3)  Jacques  d'Édesse  dira  plus  bas  que  la  langue  d'Adam  était  l'hébreu. 


TRADUCTION    DES    LETTRES    XII    ET    XIII    DE    JACQUES    d'ÉDESSE.       203 

les  vautours  du  champ,  comme  le  montrent  les  histoires 
juives  (1).  Celui-ci  était  fatigué  par  le  travail  et  fut  vaincu  par 
la  multitude  des  vautours,  il  les  chassait  devant  et  derrière  lui 
et  de  tous  côtés  et  il  fut  vaincu  et  il  ne  savait  que  faire  quand 
il  étendit  les  mains  vers  le  ciel  avec  précipitation  et  trouble  : 
«  Dieu  qui  as  fait  (fol.  llS"")  le  ciel  et  la  terre  par  ta  parole, 
chasse  et  tue  ces  vautours  »,  dit-il  à  haute  voix.  Et  Dieu  aus- 
sitôt, sans  peine  et  sans  retard,  chassa  les  vautours  du  champ 
d'Abraham  et  lui  dit  avec  douceur  et  intérêt  :  «  Abraham,  Abra- 
ham, moi  que  tu  as  appelé,  je  t'ai  exaucé  et  j'ai  chassé  les  vau- 
tours de  ton  champ  parce  que,  comme  tu  l'as  dit,  je  suis  (le) 
Dieu  qui  a  fait  le  ciel  et  la  terre,  et  tout  ce  qui  s'y  trouve  m'ap- 
partient, l'animal  sauvage  du  désert  est  à  moi  aussi  bien  que 
l'oiseau  du  ciel.  C'est  moi  qui  ai  attiré  ces  vautours  sur  vous, 
et  parce  que  tu  m'as  invoqué  et  que  tu  as  connu  mon  nom, 
voilà  que  je  t'ai  exaucé  et  que  j'ai  chassé  les  vautours  de  ton 
champ.  »  Voilà  quelle  fut  la  première  vocation  d'Abraham  par 
Dieu  (2). 

Quand  il  alla  trouver  Tharé  son  père,  et  lui  raconta  ce  que 
Dieu  lui  avait  dit,  il  lui  conseilla  d'abandonner  Qaïnan,  Dieu 
des  Chaldéens  (3),  et  de  servir  et  d'adorer  le  seul  vrai  Dieu. 
Ainsi  Abraham  avait  quinze  ans  quand  il  fut  appelé  par  Dieu 
et  il  fut  confirmé  en  vérité  dans  la  crainte  de  Dieu,  au  point 
de  pouvoir  instruire  et  endoctriner  son  père   Tharé  et  son 

(1)  Michel  le  Syrien  résume  la  présente  histoire,  sans  doute  d'après  la  lettre 
de  Jacques  d'Édesse,  loc.  cil.,  p.  26.  —  Cf.  Bar  Hébraeus,  loc.  cit.,  p.  10-11.  — 
Cette  histoire  figure  aussi,  de  manière  un  peu  différente  toutefois,  dans  le  livre 
des  Jubilés,  loc.  cit.,  p.  211. 

(2)  Saint  Etienne  (Actes  vu,  2)  raconte  aussi  que  Dieu  appai'ut  à  Abraham 
avant  son  départ  pour  Ilaran,  mais  il  ne  semble  pas  faire  allusion  aux  mêmes 
faits  que  Jacques  d'Édesse.  —  Il  est  à  noter  que  plus  tard  (Genèse  .xv.  II) 
Abram  chasse  les  oiseaux  qui  veulent  enlever  ses  offrandes  à  Dieu. 

(3)  Il  s'agirait  ici  de  Caïnan,  fils  d'Arphaxad  (Sept.  Genèse  x,  24;  Luc  m,  35- 
36),  car  d'après  Bar  Hébraeus  «  ses  fils  l'honorèrent  comme  un  Dieu  et  lui  élevè- 
rent une  statue.  C'est  depuis  lors  que  l'on  commença  à  adorer  les  statues  ». 
Chron.  Syr.,  éd.  Bedjan,  Paris,  1890,  page  7.  Cf.  Michel  le  Syrien,  loc.  cit.,  p.  16- 
17.  —  L'origine  de  cette  légende  juive  est  inconnue.  Il  est  difficile  de  rappro- 
cher Kaïnan  de  Kewan  (Saturne).  On  peut  se  demander  toutefois  si  cette  h'"- 
gende  juive  qui  fait  de  Caïnan  «  l'inventeur  de  la  magie,  des  incantations,  de 
la  divination  par  les  étoiles  »,  ne  suffirait  pas  à  expliquer  comment  son  nom 
aurait  pu  être  supprimé  de  la  Bible  hébraïque  postérieurement  à  la  ti'aduction 
des  Septante.  —  Le  genre  de  mort  d'Haran  se  trouve  aussi  tlans  le  livre  des  Ju- 
bilés, loc.  cit.,  p.  212. 


204  REVUE  DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

frère  Nachor  afin  qu'ils  s'éloignassent  de  l'erreur  et  qu'ils 
connussent  le  vrai  Dieu.  Dans  sa  soixantième  année,  il  fut 
saisi  de  zèle,  prit  secrètement  du  feu  durant  la  nuit  et  brûla 
le  temple  où  se  trouvait  l'idole  du  Dieu  Qaïnan.  Quand  les 
Chaldéens  se  rassemblèrent  pour  éteindre  le  feu,  Haran  frère 
aîné  cV Abraham  courut  aussi  pour  l'éteindre,  il  tomba  dans  le 
feu  et  mourut.  Aussi  le  livre  sacerdotal  dit  que  Haran  mourut 
avant  son  père  Tliaré,  dans  le  pays  où  il  était  né,  à  Ur  des 
Chaldéens  (1).  Quand  les  Chaldéens  apprirent  ce  qu'avait  fait 
Abraham,  ils  pressèrent  Tharé  et  lui  dirent  :  «  Livre-nous  ton 
fils  Abraham  afin  que  nous  le  mettions  à  mort  parce  qu'il  a 
brûlé  le  temple  de  notre  Dieu,  ou  bien  nous  te  tuerons  et  nous 
brûlerons  ta  maison  (2).  » 

Tharé,  ainsi  pressé,  s'enfuit  de  Ur  durant  la  nuit  et  emmena 
secrètement  Abraham  son  fils  et  Lot,  fils  de  Haran,  son  petit- 
fils,  et  Sara  sa  bru,  et  il  vint  à  Ijaran  en  Mésopotamie  (3)  et  y 
demeura  (4).  Plus  tard,  Nachor  frère  di' Abraham  vint  les  re- 
joindre. Au  bout  de  quatorze  ans,  Tharé  mourut  à  Haran  (5). 
Telle  est  la  cause  du  départ  de  Tharé  et  d'Abraham  de  Ur  des 
Chaldéens. 

Voilà  ce  que  j'ai  cru  bon  de  te  dire  avant  d'en  arriver  à  ta 
demande.  Tu  me  demandais  :  pourquoi  Dieu  a-t-il  dit  à  Abra- 
ham :  Ta  race  sera  sujette  durant  quatre  cents  ans  dans  une 
terre  qui  ne  sera  pas  sienne  {Q)1  Au  moment  où  Abraham 
avait  soixante-quinze  ans,  après  la  mort  de  Tharé  son  père, 
Dieu  lui  dit  :  Sors  de  la  demeure  de  ton  père  et  va  (fol.  114'') 
au  pays  de  Chanaan  (7).  Il  obéit  à  l'ordre  de  Dieu,  quitta  Ha- 
ran et  alla  au  pays  de  Chanaan.  Dieu  l'y  éprouva  dix  fois,  non 

(1)  Cf.  Genèse  xi,  27-28. 

(2)  Cette  histoire  est  résumée  par  Jacques  Bar  Salibi,  ms.  syr.  11°  6(3,  fol.  21. 
D^ autres  disent  qu'Abram  brûla  le  temple  de  Qaïnan;  Haran  alla  pour  réteindre 
et  fut  brûlé;  Tharé  fut  pressé  par  les  Chaldéens  de  livrer  Abram  à  la  mort,  aussi 
ils  quittèrent  Ur  des  Chaldéens.  —  On  la  retrouve  encore  dans  Michel  le  Syrien, 
loc.  cit.,  p.  26-27.  —  Cf.  Bar  Hébraeus,  loc.  cit.,  p.  11.  —  Par  contre  le  midrash 
Bereschith  rabba  raconte  une  histoire  toute  difféi-ente  sur  la  destruction  des 
idoles  et  la  mort  de  Haran,  Leipzig,  1881,  p.  172-173. 

(3)  ^jovj^j!»  k'P- 

(4)  Cf.  Genèse  xi,  31. 

(5)  Ibid.,  32. 

(6)  Genèse  xv,  13. 

(7)  Genèse  xu,  1  et  o. 


TRADUCTION    DES    LETTRES    XII    ET    XIII    DE    JACQUES    d'ÉDESSE.      205 

qu'il  eût  besoin  de  l'éprouver  pour  le  connaître  —  il'  connaît 
toutes  choses  avant  qu'elles  soient,  comme  il  est  écrit  —  mais 
pour  qu'Abraham  lui-même  fût  tenté,  éprouvé  et  examiné 
comme  l'or  dans  le  creuset  et  pour  que  sa  justice  éclatât  à  la 
faveur  (1)  de  son  épreuve,  de  sa  foi  et  de  sa  patience,  afin  qu'il 
devînt  en  vérité  ami  de  Dieu.  Dieu  lui  apparut  sept  fois  en 
songe  et  fit  avec  lui  une  alliance  par  serments  et  par  sacrifices 
selon  l'usage  du  monde,  et  il  lui  promit  de  donner  à  sa  des- 
cendance la  terre  que  les  fils  de  Sem  avaient  enlevée  aux  fils 
de  Chanaan,  il  lui  promit  qu'il  serait  père  de  beaucoup  de 
peuples,  et  que  tous  les  peuples  de  la  terre  seraient  bénis  dans 
sa  descendance.  Abraham  crut  tout  cela  et  n'hésita  pas  (2),  il 
fut  reconnu  (ainsi)  véritablement  juste.  Mais  Dieu  qui  est  pa- 
tient et  veut  sauver  tous  les  hommes,  retardait  l'extermination 
des  fils  de  Chanaan.  Il  remettait  à  plus  tard  l'exécution  de  la 
promesse  faite  à  Abraham,  pour  deux  motifs  :  d'abord  pour 
laisser  combler  la  mesure  des  iniquités  des  Amorrhéens,  fils  de 
Chanaan,  et  de  leurs  frères,  afin  que  de  cette  manière  il  les 
montrât  coupables  et  sans  repentance,  puisque,  après  qu'il  eut 
pris  patience,  ils  ne  se  repentirent  pas  et  ne  cessèrent  pas 
leur  iniquité;  ensuite  pour  que  la  race  d'Abraham  —  après 
avoir  été  opprimée  dans  l'exil  par  une  dure  servitude  et  par 
des  souffrances  insupportables  et  de  longue  durée,  et  après 
avoir  été  sauvée  par  Dieu  avec  une  main  puissante  et  un  bras 
élevé  —  connût  en  vérité  qu'il  est  le  vrai  Dieu,  s'attachât  à 
lui  comme  à  son  sauveur  et  ne  le  quittât  plus.  Ainsi  Dieu  laissa 
la  race  d'Abraham  dans  l'oppression  et  dans  la  servitude,  afin 
qu'elle  sût  de  quelle  nécessité  il  l'avait  sauvée.  Si  en  effet  après 
tous  ces  prodiges  pour  les  délivrer  des  Égyptiens  et  après  avoir 
eu  tant  de  preuves  de  la  puissance  de  Dieu,  ils  l'abandonnèrent 
et  servirent  des  dieux  étrangers,  que  n'auraient-ils  pas  fait  s'il 
les  avait  adoptés  simplement  sans  leur  laisser  voir  l'oppression 
et  leur  avait  donné  la  terre  promise?  Il  était  donc  nécessaire 
qu'ils  endurassent  d'abord  la  servitude  avant  d'être  adoptés, 
c'est  pourquoi  Dieu  dit  à  Abraham  dans  l'alliance  qu'il  fit  avec 
lui  :  Sache  bien  que  ta  race  demeurera  dans  une  teiTe  qui  ne 


(1)  Lire  y-^. 

(2)  Cf.  Genèse  xv. 


206  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

sera  pas  sienne;  on  la  réduira  en  servitude,  on  la  fera  souf- 
frir et  on  V  humilier  a.  durant  quatre  cents  ans,  mais  je  ju- 
gerai le  peuple  chez  lequel  ils  auront  été  esclaves  et  ensuite 
ils  viendront  ici  avec  de  grandes  richesses  (1).  Ainsi  Dieu  a 
dit  tout  cela  pour  (fol.  114")  enseigner  sa  force  et  son  pouvoir, 
il  le  prédit  parce  qu'il  sait  tout,  et  il  les  sauva  quand  ils  furent 
dans  la  détresse  parce  qu'il  est  tout-puissant.  Voilà  tout  pour  ta 
première  question,  c'est-à-dire  pour  le  premier  mets  de  ce  repas, 
car  ceux  qui  font  des  repas  ont  coutume  de  faire  le  premier 
plat  plus  abondant  pour  le  placer  devant  leurs  hôtes  qui  sont 
censés  avoir  faim. 

II.  — Ta  Fraternité  demande  s'il  est  vrai,  comme  on  le  dit, 
qu'il  n'y  avait  pas  d'écriture  ni  de  livres  avant  Moyse. 

Pourquoi  écris-tu  seulement  :  comme  on  le  dit,  et  n'ajoutes-tu 
pas  que  c'est  écrit?  car  sache  qu'il  y  a  un  discours  sur  ce  sujet 
et  aussi  un  écrit  de  saint  Athanase,  cet  homme  apostolique  qui 
est  véritablement  docteur  de  toute  l'Église  de  la  terre  habi- 
table. Mais  cette  opinion  n'est  pas  exacte,  car  même  ce  saint 
homme  était  homme,  et  tout  homme  se  trompe,  comme  il  est 
écrit  (2),  et  tout  homme  erre  parce  qu'il  est  homme  et  il  arrive 
à  tout  homme  d'errer.  Toute  parole  humaine  est  faible  et  facile 
à  réfuter,  et  il  n'est  personne  de  ceux  qui  parlent  comme 
hommes,  qui  ne  commette  quelque  faute  dans  ses  paroles. 

Au  temps  de  ce  saint  (Athanase)  beaucoup  erraient,  suivaient 
chacun  sa  propre  volonté,  montraient  beaucoup  de  livres  secrets 
et  y  cherchaient  des  démonstrations  en  faveur  de  la  perversité 
de  leur  volonté.  Parmi  ces  livres  secrets  qu'on  prônait  et  qu'on 
alléguait,  se  trouvait  le  livre  secret  (ÏHénoch  (3).  Comme  ce 


(1)  Genèse  xv,  13-14.  Jacques  d'Édesse  donne  le  texte  de  sa  révision  faite  l'an 
704  et  conservée  dans  le  ms.  syriaque  de  Paris  n"  26,  p.  29.  Voici  le  texte  de 
Jacques  d'Édesse  avec  les  trois  variantes  du  ms.  de  Paris. 

^oov^   (ms.    yOjLSpoj    yO  «I  ->  lo  yQj{    o,  ->v>  lo  .^oo)^«    )J9    ^>|-3  yt^i)   \ooyi    )-3l.oL«    >o.«l.  >«.t.^ 
•  (ms.  v^j/J   M/  vO;f   .  |l-o.-a^  ov^  ^n^\qij;  oô)  ^1     >x\.\  .^^j^iVn  (ms.   H->o.\3Vî)  l  yOjf  y<T>->an, lo 

Il  -  -  ""    )  I  «lo   vu.   |.3>oi^   yOnqii    ^>IS.â  ^o 

La  Peschito  diffère  beaucoup  de  ce  texte. 

(2)  Ps.  cxv,  71. 

(3)  /«aJL-;  U»^so  l^i^a.  Les  fragments  du  livre  d'Hénoch  conservés  en  grec  et 
une   traduction   allemande   de  tout  -le  livre  conservé  en    éthiopien   viennent 


TRADUCTION    DES    LETTRES   Xll    ET    XIII    DE    JACQUES    d'ÉDESSE.      207 

saint  liommo,  à  Timage  d'un  sage  médecin,  qui  veut  réprimer 
rindiscipliiie  du  malade,  lui  défend  toute  nourriture,  bien  que 
ce  ne  soit  pas  juste,  celle  qui  est  nuisible  comme  celle  qui  est 
utile,  il  leur  défendit  et  leur  interdit  aussi  tous  les  livres  cachés 
à  la  fois,  pour  les  sauver  de  leur  attraction  et  de  leurs  men- 
songes, aussi  bien  les  livres  authentiques  que  les  autres,  et 
parmi  tous  ces  livres  se  trouva  le  livre  d'Hétioch  qui  est  authen- 
tique, car  il  dit  dans  Tune  de  ses  lettres  festales  :  «  D'où  leur 
vient  le  livre  d'Hénoch,  puisqu'il  n'y  avait  pas  d'écriture  ni 
d'écrit  avant  le  déluge?  » 

Telle  est  la  parole  que  ce  saint  prononça  à  la  légère  et  non 
pas  avec  la  préparation  de  nombreuses  paroles  et  d'un  long  dis- 
cours, pour  obliger  tout  homme  à  être  de  son  avis. 

Comme  exemple  analogue,  remarque,  ô  ami  du  travail  et 
digne  de  (nos)  paroles,  que  ssi'mt  Basile  dans  les  discours  sur  le 
jeûne,  pour  empêcher  ceux  qui  jeûnaient  de  boire  du  vin,  disait 
qu'il  n'y  avait  pas  (fol.  115'^)  de  vin  avant  le  déluge.  Cehi  n'est 
encore  vrai  en  aucune  manière,  parce  qu'il  y  avait  de  la  vigne 
et  que  l'esprit  de  l'homme,  inventeur  des  choses  nécessaires,  ne 
chôma  pas  durant  ces  deux  mille  ans  et  plus;  comment  n'aurait- 
il  pas  trouvé  cette  chose  nécessaire  de  presser  le  vin  des  raisins 
et  d'en  faire  cette  boisson  nécessaire  et  agréable?  J'en  dirai  au- 
tant de  l'invention  des  lettres  et  de  l'écriture  nécessaire,  c'est 
en  vérité  un  art  situé  au-dessus  de  tous  les  arts  et  l'esprit  hu- 
main n'a  pu  rester  tant  de  temps  sans  trouver  l'écriture.  Mais 
sache  bien,  ô  homme,  et  crois  que  les  hommes  d'alors  trouvè- 
rent le  vin  et  se  firent  aussi  des  lettres  et  une  écriture;  et  le 
livre  d'Hénoch  est  allégué  depuis  le  temps  des  apôtres,  puisque 
l'apôtre  Jude  en  tire  une  démonstration  dans  sa  lettre  catho- 
lique (1).  Que  l'écriture  ait  existé  avant  Moyse,  c'est  ce  que 
montrent  encore  les  histoires  écrites  alléguées  par  les  Juifs.  Et 
ces  histoires  ne  sont  pas  mensongères,  elles  disent  de  Moyse 
que  son  père  'Amram  (2)  lui  enseigna  l'écriture  et  les  écrits  hé- 


d'étre  publiés  par  les  soins  de  l'Acad.  des  sciences  de  Berlin,  Das  Buch  Enoch, 
8%  Leipzig,  1901. 

(1)  Jude  14-15. 

(2)  Amram  fils  de  Caath  et  père  d'Aaron,  de  Marie  et  de  Moyse.  11  mourut  en 
Egypte  à  l'âge  de  cent  trente-sept  ans.  Cf.  Ex.  vi,  18-20;  Nombres  m,  19;  xxvi, 
58,  59;  I  Parai,  vi,  2,  3,  18;  xxni,  12,  13;  xxiv,  20.  —  Les  Musulmans  appellent 


208  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

breux  avec  l'écriture  des  Égyptiens,  lorsqu'il  était  encore  jeune 
dans  la  maison  de  Pharaon;  nous  pouvons  donc  conclure  de  là 
qu'il  y  avait  en  vérité  (un  système)  d'écriture  et  des  écrits 
avant  Moyse.  Voilà  pour  ta  seconde  question. 

[A  suivre.) 


Moyse  Moussa  ben  Aniran.  Il  aurait  perdu  son  père  un  mois  après  sa  nais- 
sance, ce  qui  est  en  désaccord  avec  la  légende  consignée  par  Jacques  d'Édesse. 
Le  Pharaon  qui  régnait  alors  en  Egypte  et  qui  portait  le  nom  de  Valid  aurait 
épousé  la  nièce  d'Amran  nommée  Assiah,  laquelle  était  par  conséquent  cousine 
germaine  de  IMoyse,  et  cette  alliance  rendait  Amran  des  plus  considérables  à  la 
cour  du  Pharaon;  cf.  d'Herbelot,  Bibliothèque  Orientale,  article  Moussa. 


MÉLANGES 


CARION  ET  ZACHARIE,  MOINES  DE  SCÉTÉ 
(COMMENCEMENT  DU  IV^  SIÈCLE) 

Un  article  du  Synaxaire  arabe  jacobite  (1)  (10  octobre, 
p.  335-337)  est  consacré  à  ces  deux  anachorètes  et  dérive  direc- 
tement des  Apophthegmata  Patrum  (2).  Il  nous  a  donc  paru 
intéressant  de  faire  connaître  sa  source. 

Carion,  père  de  Zacharie,  vivait  au  commencement  du  iv*  siècle, 
car  il  était  contemporain  du  prêtre  de  Scété  Isidore  (3), 
contemporain  lui-même  de  Pastor  (4)  et  d'Antoine  (5).  Il  est 
mentionné  avec  son  fds  Zacharie  dans  la  version  latine  des 
Apophthegmata  (6)  et  dans  la  version  syriaque  (7).  Ces  deux 
versions  toutefois  ne  rapportent  de  lui  que  les  trois  lignes  dans 
lesquelles  il  se  proclame  inférieur  à  son  fils  Zacharie  et  la  pos- 
térité, le  prenant  au  mot,  a  fait  entrer  son  fils  de  plain-pied  dans 

(1)  Édité  et  traduit  par  M.  René  Basset  {Patrol.  orientalis,  t.  I,  fasc.  3).  CL  ROC, 
1905,  p.  108-110. 

(2)  C'est  le  seul  récit  contenu  dans  les  mois  de  Tout  et  de  Babeh  (septembre- 
octobre)  que  nous  ayons  pu  identifier  avec  les  Apophthegmata.  Les  histoires  de 
Grégoire  (p.  294),  de  Paul  de  Thmouï  (p.  321),  d'Abib  et  Apollon  (p.  366),  d'Abra- 
ham le  solitaire  (p.  377)  doivent  provenir  de  sources  analogues,  mais  nous  n'en 
avons  pas  encore  trouvé  l'original  grec. 

(3)  Cf.  infra. 

(4)  Pastor  cite  en  effet  une  parole  d'Isidore,  prêtre  de  Scété.  Migne,  P.  L., 
t.LXXIlI,  col.  895. 

(5)  Antoine  parle  à  Pastor.  Migne,  P.  Z,.,  loc.cit.,  col.  953.  D'ailleurs  Pastor  était 
aussi  contemporain  d'Ammon,  mort  avant  saint  Antoine.  Ibidem, co\.  920,  936. 

(6)  Ibid.,  col.  957.  Ici  Carion  est  remplacé  par  Sérapion,  grâce  à  une  de  ces 
permutations  assez  fréquentes.  C'est  ainsi  inversement  que  Sérapion  a  été 
remplacé  par  Paphnuce,  dans  la  Vie  de  Thaïs. 

(7)  Cf.  The  Book  of  Paradise  of  Palladiuo,  éd.  and  translated  by  VV.  Budge, 
Londres,  1904,  n°  501,  p.  962. 

OKIENT   CnHÉTIEN.  14 


210  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

les  calendriers  copte  et  éthiopien  (1)  et  dans  les  synaxaires  de 
ces  Églises,  tandis  que  lui-même  n'y  figure  qu'incidemment 
dans  la  notice  consacrée  à  son  fils  (2).  Les  manuscrits  grecs  qui 
ont  servi  de  source  au  copte  (arabe)  et  à  l'éthiopien  font  figurer 
en  titre  tantôt  l'un  et  tantôt  l'autre.  On  trouve  :  «  Sur  l'abbé 
Zacharie  (3)  »  et  aussi  :  «  Sur  l'abbé  Carion  (4)  »,en  tête  du  récit. 
Nous  traduisons  sur  l'édition  de  Cotelier  reproduite  par  Migne  (5) 
et  ajoutons,  en  note,  les  remarques  nécessaires  pour  mettre  en 
relief  cette  courte  histoire. 

Il  y  eut  à  Scété  un  moine  nommé  l'abbé  Kaptwv.  Après  avoir  eu  deux 
enfants,  il  les  laissa  à  sa  femme  et  se  fit  moine(6).  Au  bout  d'un  certain  temps, 
une  famine  survint  en  Egypte  et  sa  femme,  tombée  dans  le  besoin,  vint  à 
Scété  avec  ses  deux  enfants  :  un  garçon  nommé  Zacharie,  et  une  fille.  Elle 
s'assit  près  de  l'étang  loin  du  vieillard.  —  Il  y  avait  près  de  Scété  un  étang 
où  les  églises  étaient  bâties  et  où  les  fontaines  jaillissaient  (7);  c'était  la 
coutume  à  Scété,  lorsqu'une  femme  venait  parler  à  son  frère  ou  à  un  autre 
de  ses  proches,  de  parler  en  restant  loin  l'un  de  l'autre.  —  Alors  la  femme 
dit  à  l'abbé  Kaptwv  :  «  Voilà  que  tu  t'es  fait  moine  et  la  famine  est  venue, 
qui  donc  nourrira  tes  enfants?  »  L'abbé  Kapfwv  lui  dit  :  «  Envoie-les  ici  près 
de  moi  ».   La  mère  dit  aux  enfants  :  «  Allez  près  de  votre  père  ».  Ils  se 


(1)  Cf.  Ludolf,  Comm.  ad  hisl^lh.,  p.  394. 

(2)  Cf.  Zotenberg,  Catal.  des  mss.  éth.  de  Paris,  p.  158  (au  13  Teqemt). 

(3)  Dans  les  notes  (ju'il  ajoute  au  synaxaire  grec  de  Constanlinople,  le  R.  P. 
Delehaye  mentionne  Kaptwv  au  24  novembre.  Il  n'y  a  sans  doute  qu'une  similitude 
de  nom  entre  celui-ci  et  notre  héros. 

(4)  Us.  grec  de  Paris,  n"  919,  fol.  06. 

(5)  Migne,  P.  G.,  t.  LXV,  col.  249. 

.  (6)  Ces  abandons  se  rencontrent  d'autres  fois  :  Un  ancien  moine  qui  avait  pris 
femme  se  repent  et  l'abandonne  aussitôt  (P.  G.,  LXV,  col.  380).  Paul  le  Simple 
abandonne  sa  femme  qu'il  a  surprise,  il  est  vrai,  en  adultère  {P.  L.,  LXXIII,  col. 
1126; cf.  col. 886,  n''40)  ;  un  autre  abandonne  ses  trois fds(/6id., col.  952).  Cependant, 
dès  cette  époque,  le  consentement  mutuel  était  nécessaire,  au  moins  pour  les 
femmes,  comme  nous  l'apprend  une  histoire  relative  à  Macaire  (Ibid.,  col.  778). 
(7)  Cette  dernière  phrase  manque  dans  le  ms.  919,  qui  porte  :  IXoç  yàp  Ttapé- 
xetTO  £v  TY]  ly.rjTi  t'va  el  £).9ri  yv^i]  ).a).r;(jat  à8£),çw  aÙT>iî  ^  â).).w  Siaçépovtt  aùtî)  àirô 
[laxpôOev  xa6£^o[xévwv  aÙTûv  au'  àXXri^wv,  ô[Jt.t),tii)aiv  à).X-ô),oiç.  D'après  cette  leçon,  qui 
nous  plaît  assez,  «  le  parloir  «  de  Scété  était  partagé  en  deux  par  un  lac  afin  que 
l'on  ne  pût  se  voir  de  trop  près.  Pallade  mentionne  aussi  le  lac  de  Scété  (P.  L., 
t.  LXXIII,  col.  II 13  et  édition  Butler,  Cambridge,  1904,  p.  49  et  189).  —  La  phrase 
ajoutée  dans  l'édition  de  Cotelier  concerne  sans  doute  les  étangs  d'où  l'on  retirait 
le  nitre  près  desquels  on  bâtit  les  trois  monastères  de  Baramous,  de  Bischoï  et 
des  Syriens  ;  Macaire  disait  que  la  désolation  de  Scété  serait  proche  lorsqu'on 
verrait  une  cellule  construite  près  du  marais  {P.  L.,  t.  LXXIII,  col.  982).  —  Les 
moines  durent,  à  l'origine,  fuir  ces  marais  afin  de  ne  pas  voir  les  séculiers  qui 
venaient  y  recueillir  le  nitre. 


MÉLANGES.  211 

mirent  en  marche  et  la  fille  retourna  près  de  sa  mère,  tandis  que  le  fils 
alla  près  de  son  père.  Alors  il  lui  dit  :  «  Tout  est  bien  ainsi,  prends  ta  fille 
et  va-t'en,  et  moi  (je  garderai)  le  garçon  ».  Il  le  nourrit  donc  à  Scété  et  tous 
savaient  que  c'était  son  fils.  Mais  lorsqu'il  vint  en  âge,  il  y  eut  des  murmures 
parmi  les  frères  à  son  sujet  (1).  L'abbé  Kapftov  l'apprit  et  dit  à  son  fils  : 
€  Zacharie,  lève-toi  et  partons,  car  les  Pères  murmurent  ».  L'enfant  dit  : 
«  Abbé,  tous  savent  que  je  suis  ton  fils  ;  si  nous  allons  ailleurs,  on  ne  saura 
pas  que  je  suis  ton  fils  ».  Le  vieillard  lui  dit  :  «  Lève-toi,  partons  d'ici  ». 
Et  ils  allèrent  dans  laThébaïde  (2).  Quand  ils  eurent  pris  une  cellule  et  y 
eurent  demeuré  quelques  jours,  il  y  eut  encore  des  murmures  au  sujet  de 
l'enfant.  Alors  son  père  lui  dit  :  «  Zacharie,  lève-toi  et  allons  à  Scété  ».  Ils 
arrivèrent  à  Scété  et,  après  quelques  jours,  il  y  eut  encore  des  murmures  à 
son  sujet.  Alors  l'enfant  Zacharie  allant  à  l'étang  (X{[avi^)  du  nitre  (3)  et  quit- 
tant ses  habits,  entra  dans  l'étang  et  s'y  plongea  jusqu'aux  narines.  Il  y 
demeura  longtemps,  autant  qu'il  le  put,  et  détruisit  ainsi  son  corps,  car  il 
devint  comme  un  lépreux  (4).  Il  sortit  alors,  reprit  ses  habits  et  alla  retrou- 

(1)  Paphnuce  chassa  de  Scété  un  jeune  moine  qui  avait  une  figure  trop  féminine 
(P.  L.,  t.  LXY,  coL  176).  Macaire  disait  que  ce  serait  le  comble  de  la  désolation 
lorsqu'on  verrait  des  enfants  à  Scété  :  Dicebat  iterum  de  desolatione  Scylhi  ad 
fratres  :  Quando  videritis  cellam  aediflcatam  juxta  j)aludem,  scitole  quia  prope  est 
desolatio  Scylhi;  quando  aulem  arbores  videritis,  jam  anlc  januam  est  ;  quando 
aulem  videritis pueros,  lollite  melotes  vestras  eldiscedile.  P.  L.,  t.  LXXIII,  col.  982. 

(2)  Ces  déplacements  étaient  fréquents,  car  s'il  était  facile  d'entrer  dans  l'état 
monacal  au  temps  où  il  n'était  pas  encore  hiérarcliisé,  il  était  aussi  facile  d'en 
sortir  ou  de  changer  de  pays.  Des  moines  de  Scété  portèrent  la  vie  i-eligieuse  en 
Syrie  et,  s'il  faut  en  croire  l'histoire  de  Mar  Eugène,  en  Mésopotamie. 

(3)  L'auteui- emploie  le  singulier,  mais  il  y  a  en  réalité  six  étangs.  Il  yen  eut 
môme  sept  (l'un  étant  partagé  en  deux  par  une  digue).  Ils  sont  répartis  sur 
environ  six  lieues  de  longueur  et  600  à  800  mètres  de  largeur.  L'eau  des  lacs 
provient  du  Nil  et  son  niveau  varie  en  conséquence.  Cette  eau  traverse  un  terrain 
qui  contient  du  carbonate  de  chaux  et  du  sel  marin  abandonné  jadis  par  la 
mer.  Il  se  forme  par  double  décomposition  du  carbonate  de  soude  qui  se  dépose 
mêlé  au  sel  marin  lorsque  les  eaux  des  lacs  diminuent.  C'est  ce  dépôt  appelé 
le  natron  ou  improprement  le  nitre,  qui  était  utilisé  pour  blanchir  le  lin 
et  pour  fabriquer  le  verre.  Cf.  Mémoires  sur  l'Egypte,  Paris,  an  VIII,  t.  I. 

(4)  Ceci  tenait  d'abord  à  l'adhérence  du  sel  :  «  Les  hommes  entrent  nus  dans 
l'eau,  brisent  et  arrachent  le  natron  avec  une  pince  ronde  en  fer...  C'est  un 
spectacle  assez  bizarre  de  voir  ces  Égyptiens  noirs  ou  basanés  sortir  blancs  de 
sel  de  cette  opération  ».  Mémoires,  loc.  cit.,  p.  235.  —  Il  est  possible  aussi  que 
ces  sels,  utilisés  pour  blanchir  le  lin,  aient  pu  à  la  longue  corroder  la  peau.  — 
Enfin  il  est  certain  que  Zacharie  eut  à  souffrir  des  mouches  et  des  moustiques, 
«  car  les  mouches  sont  en  Egypte  un  vrai  Iléau;  les  petits  enfants  de  la  campagne 
en  ont  souvent  des  rangées  entières  autour  des  yeux  »  {L'Egypte,  par  le  R.  P. 
M.  Jullien,  Lille,  1889,  p.  34),  et  certains  moustiques  étaient  gros  comme  des  guêpes 
et  pouvaient  percer  la  peau  même  des  sangliers,  ;\Iacairc,  pour  expier  un  moment 
d'impatience  (d'après  une  autre  version  :  pour  dompter  ses  passions),  imita 
Zacharie  et  en  fit  l'expérience  :  condemnavit  selpsum  sedere  nudum  in  palude 
Scetes,  quae  est  in  vasta  soliludine,  in  qua  possunt  culices  vel  sauciare  pelles 
aprorum,  ut  qui  sint  aeque  magni  ut  vespae,  adeo  ut  in  toto  ejus  corpore  infixerint 


212  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

ver  son  père  qui  eut  peine  à  le  reconnaître.  Lorsqu'il  se  rendit,  selon  la 
coutume,  k  la  sainte  communion,  saint  Isidore,  le  prêtre  de  Scété  (1),  ap- 
prit par  révélation  ce  qu'il  avait  fait,  il  le  vit  etTadmira,  puis  il  dit  :  t  L'en- 
fant Zacharie  est  venu  dimanche  dernier  et  a  reçu  la  communion  comme 
un  homme,  mais  maintenant  il  est  devenu  comme  un  ange  ». 

L'abbé  Kapfiov  dit  (2)  :  c  J'ai  souffert  beaucoup  plus  que  mon  fils  Za- 
charie et  je  ne  suis  pas  arrivé  à  sa  hauteur  à  cause  de  son  humilité  et 
de  son  silence  ». 

Le  synaxaire,  après  avoir  résumé  la  notice  précédente,  ajoute  : 
«  (Zacharie)  demeura  zélé  et  dévot  pendant  quarante-cinq  ans. 
Il  avait  sept  ans  quand  il  vint  dans  le  désert  et  la  durée  de  sa 
vie  fut  de  cinquante-deux  ans.  Que  sa  prière  soit  avec  nous  ! 
Amen  ».  Nous  ne  savons  où  l'auteur  a  pris  ces  dates,  elles  ont 
passé  de  là  dans  le  synaxaire  éthiopien  (3). 

Cette  notice  vulgarisera  un  peu  l'histoire  de  deux  de  ces 
moines  de  Scété  (  1)  qui  passaient  leur  vie  dans  le  travail  et  la 
mortification  :  ils  tressaient  de  ces  nombreux  roseaux  qui 
poussent  encore  près  des  lacs  (5)  pour  en  faire  des  corbeilles  et 
des  nattes,  ils  se  louaient  aussi  chez  les  séculiers  pour  faire  la 
moisson  durant  l'été  (6);  ils  n'étaient  donc  pas  oisifs,  comme 
certains  l'écrivent.  Quant  à  leurs  mortifications,  il  nous  suffit 
d'avoir  raconté  celle  que  s'imposa  l'innocent  Zacharie  pour 
empêcher  les  frères  de  murmurer  à  son  occasion. 

F.  Nau. 


aculeos;  ut  nonnulli  existimaverint  eum  esse  leprosum.  Pallado,  P.  L.,  t.  LXXIII, 
col.  1113,  édition  Butler,  p.  49. 

(1)  Cette  mention  nous  a  permis  de  fixer  l'époque  à  laquelle  vivait  Carion. 

(2)  Ce  dernier  apophthegme  a  seul  été  conservé  en  latin  et  en  S3'riaque.  Dans  le 
grec  il  figure  en  tète,  mais  nous  l'avons  mis  ici  pour  suivre  l'ordre  du  synaxaire. 

(3)  Cf.  Zotenberg,  lac.  cit. 

(4)  Dom  Butler  place  Scété  au  nord  de  Nitrie  jusqu'au  Nil.  The  lausiac  Hislory 
of  Palladius,  Cambridge,  1904,  p.  187-190.  Auparavant  on  plaçait  Scété  au  sud  do 
Nitrie  par  28°  10  de  longitude  et  30°  10  de  latitude.  L'Egypte,  par  le  R.  P.  M.  .Jullien, 
Lille,  1889,  p.  37. 

(5)  «  Les  lacs  de  natron  possèdent  sur  leurs  bords  des  roseaux,  des  joncs  plats 
en  très  grande  abondance.  »  Mémoires,  loc.  cit.,  p.  237. 

(6)  Cf.  Migno  P.  L.,  t.  LXXIII,  col.  950  et  t.  LXXIV.  col.  212-213. 


BIBLIOGRAPHIE 


Le  P.  Camille  Beccari,  S.  I. —  Nolizia  e  Saggi  di  opère  e  dncumenti  inediti 
riguardanti  laStoria  di  Eliopia  durante  i  secoli  XVI,  XVII,  XVIII,  con 
Otto  fac  similie  due  carte  geografiche,  Roma,  1903,  Casa  éditrice  italiana, 
x-519  p.  in-4. 

11  n'est  personne,  ayant  étudié  l'histoire  d'Ethiopie  du  xvi^  au  xvni" 
siècle,  qui  ne  sache  de  quelle  importance  sont  les  relations  des  mission- 
naires qui,  à  plusieurs  reprises,  y  exercèrent  leur  activité  pour  arriver  à 
un  échec  complet.  Elles  forment  le  complément  des  ouvrages  portugais 
écrits  généralement  par  des  laïques,  et  nous  fournissent  des  renseigne- 
ments qui  contrôlent  et  complètent  les  données  des  chroniques  indi- 
gènes (1),  sauf  celle  de  Sartsa  Dengel  (2). 

Quelques-unes  de  ces  relations  étaient  connues,  mais  difficilement  acces- 
sibles dans  les  recueils  de  Lettres  annuelles  publiées  par  la  Société  de 

(1)  R.  Basset,  Études  sur  l'histoire  d'Ethiopie,  Paris,  1882,  in-8°  :  le  texte  a  été  traduit 
en  italien  par  M.  Béguinot,  La  cronaca  abbreviata  d'Abissinia,  Rome,  1901,  in-8°.  Perru- 
chon,  Histoire  des  guerres  d" Amda-Syon,  Paris,  1890,  in-8",  dont  un  résumé  avait  été  donné 
par  Dillmann,  Die  Kriegsthaten  der  Kôni  g  s' Amda-Syon,  Berlin,  1884,  in-4.  Perruclion,  Les 
Chroniques  de  Zaréa-Ya'eqob  et  Daeda  Maryain ,  Paris,  1893,  in-8'',  dont  la  première 
partie  avait  été  analysée  par  Dillmann,  Ueber  die  Regierung  des  Kônigs  Zar'a  Jacob, 
Berlin,  188i,  in-8.  Perruchon,  His<oi"re  d'Eskënder,  d'Amda-Syôti  II  et  de  Na'od,  Paris,  1894, 
in-8°.  Conti  Rossini,  Storia  di  Lebna  Dengel,  Rome,  1894,  in-8».  Conzelman,  Chronique  de 
Gakhvdéwos,  Paris,  1895,  in-8°.  Pereira,  Historia  de  Minas,  Lisbonne,  1888,  in-8".  Pereira, 
Chronica  de  Susenyos,  Lisbonne,  1892-1900,  2  vol.  in-8°.  Guidi,  A^inales  Johannis  I,  lyiisu 
I.  Bakâ/fà,  Paris,  1903,  2  vol.  in-8".  Guidi,  La  storia  di  Hàyla  Mikà'êl,  Rome,  1902,  in-8. 
Ces  documents  sont  complétés  par  les  chants  nationaux  :  Guidi,  Le  Canzoni  Geez-Ama- 
rina,  Rome,  1889,  in-8"  :  Pereira,  Cançào  de  Galavdevos,  in-4,  s.  1.  n.  d.;  Touraïev,  Virst 
tsaria  Naoda,  S.-Pétersbourg,  1904,  in-4".  Il  laut  citer  aussi  les  Vies  des  saints  qui  ont  été 
publiées  i>ar  M.  Conti-Rossini  :  Il  Gadla  Filpos  ed  il  Gadla  Yohannes,  Rome,  1901,  in-4''; 
Gli  Alti  di  Abba  Yonas,  Rome,  1903,  in-8";  Acta  Marqorewos,  Paris,  1904,  in-8;  ou  qui  se 
trouvent  dans  le  recueil  de  M.  Touraïev:  Momnnenta  œthiopica  hagiologica,  S.-Péters- 
bourg,  1902,  2  fasc.  in-8".  Comme  complément,  on  peut  ajouter  plusieurs  ouvrages  arabes 
contemporains  des  événements  :  la  réimpression  (médiocre)  du  Ritâb  el-Ilmdm  d'El- 
Maqrizi,  Le  Qaire,  1895,  in-8";  l'Histoire  de  la  conquête  de  l'Abyssinie,  par  Chiliâb  eddin 
'Arab  Faqih,  dont  j'ai  commencé  en  1897  une  édition  avec  traduction  et  commentaire  en 
2  vol.  in-8"  :  elle  a  été  traduite  assez  médiocrement  par  Nerazzini,  La  conquista  mussul- 
mana  delV  Etiopia,  Rome,  1891,  in-8",  et  par  D'Abbadie  et  Paulitsclike,  Futuh  el-Haba- 
rha,  Paris,  1898,  in-8";  enfin  le  récit  d'une  ambassade  adressée  à  Fasiladas,  publié  et 
traduit  par  Peiser,  Der  Gesandschaftsbericht  der  Hasan  ben  Ahmed,  Berlin,  1894-1898, 
2  vol.  in-8". 

(2)  L'édition  annoncée  par  M.  Marino  Saineano  {L'Abyssinie  dans  la.  seconde  moitié  du 
XVI'  siècle,  Leipzig,  1892,  in-8")  n'a  jamais  paru. 


214  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Jésus.  Il  y  a  une  vingtaine  d'années,  une  publication  de  ces  textes,  ainsi 
que  de  ceux  qui  étaient  restés  inédits,  avait  été  commencée  en  Portugal, 
pour  faire  suite  au  Bullarium  patronalus.  Mais  ce  travail  qui  devait  être 
intitulé  Documenta  habissinica  fut  interrompu  par  la  mort  de  J.-A.  de 
Gracia  Barreto  qui  en  était  chargé.  Le  magnifique  ouvrage  de  José  Ramos 
Coelho,  Alguns  documentos  do  Archiva  nacional  du  Torre  do  Tomba  (Lis- 
bonne, 1892,  in-4),  ne  contient  que  peu  de  documents  relatifs  à  l'Abys- 
sinie  (1). 

La  tâche  reste  donc  entière  à  accomplir,  et  c'est  celle  qu'a  entreprise  le 
P.  C.  Beccari.  Le  volume  qu'il  publie  aujourd'hui,  et  qui  est  pour  ainsi  dire 
une  table  des  matières  et  un  spécimen  de  l'ouvrage,  nous  donne  une  idée 
de  l'exactitude  et  de  la  conscience  qu'il  apporte  à  son  œuvre. 

Il  se  divise  en  trois  parties  :  les  ouvrages  historiques  inédits  ;  les  rela- 
tions et  lettres  des  PP.  de  la  Compagnie  de  Jésus;  les  relations  et  les 
lettres  d'autres  personnes.  Chacune  de  ces  parties  est  l'objet  d'une  table, 
d'une  analyse  détaillée  et  d'extraits. 

Dans  la  première  catégorie,  il  faut  citer  l'Histoire  du  P.  "Paes,  les  trois 
traités  historiques  du  P.  Barradas;  Vllistan'a  de  Etiopia  alla  du  P.  d'Al- 
meida,  qui  a  été  la  source  du  P.  Telles  (2),  et  trois  livres  avec  un  appendice 
de  VExpeditio  œthiopica  du  P.  Mendes. 

Ces  documents  sont  analysés  ainsi  que  les  lettres  des  deux  parties  sui- 
vantes, et  le  livre  se  termine  par  la  reproduction  d'un  certain  nombre  de 
textes  de  grande  importance  :  je  citerai  entre  autres  les  instructions  don- 
nées par  saint  Ignace  de  Loyola  pour  le  choix  d'un  patriarche;  quatre 
lettres  originales  du  roi  Sousnyos,  un  chapitre  de  l'histoire  du  P.  Paes  ;  di- 
vers extraits  du  P.  d'Almeida  avec  cartes  et  fac-similé  :  et  plusieurs  cor- 
respondances, entre  autres  les  lettres  supposées  de  lyasou  I'^'"  au  pape  Clé- 
ment XI  et  au  cardinal  Sacripante. 

Puisse  le  P.  Beccari  trouver  les  ressources  nécessaires  pour  mener  à 
bien  la  publication  de  tous  les  documents  dont  l'indication  seule  donne 
déjà  une  haute  valeur  au  volume  qu'il  vient  de  publier. 

René  Basset. 


(1)  11  ne  faudrait  cependant  pas  méconnaître  les  services  rendus  par  le  Portugal  par  la 
réimpression  d'ouvrages  rares,  relatifs  en  tout  ou  iiarlie  à  l'Abyssinie.  C'est  surtout  à 
l'Académie  des  sciences  et  à  la  Société  de  Géographie  de  Lisbonne,  que  la  science  en  est 
redevable.  Ainsi  VHistoria  de  Castanlioso  (Lisbonne  1855,  in-4",  réimprimée  avec  d'impor- 
tantes additions  par  M.  K.  M.  Esteves  Pereira,  Lisbonne,  1898,  trad.  en  italien,  Storia  délia 
!S/jedizione  portoç/hese  in  Ahissinia,  Rome,  1888,  in-S"),  la  Relaçào  de  Embaixada  de  Joâo 
Bermudes  (Lisbonne,  in-4",  traduite  en  anglais  par  White>Yay,  à  la  suite  d'Alvares!,  la 
Verdndeira  Informaçùo  das  terras  do  Preste  Jodo  d'Alvares  (Lisbonne,  1889,  in-4°,  traduite 
en  anglais  par  Whiteway.  The  Portuguese  expédition  in  Abyssinia,  Londres,  1902,  in-8"), 
les  lettres  d'Albuquerque  publiées  par  A.  de  Bulhâo-Pato,  Carias  de  Affonso  de  Albu- 
querque  (Lisbonne,  188i-1888,  i  vol.  in-4»),  les  Lendas  da  India.  de  Gaspar  Correa,  éditées 
par  J.  de  Lima  Felner  (Lisbonne,  1858-18(iG,  8  vol.  in-4');  le  Bullarium  patronalus  Portu- 
galliae  regum  in  ecclesiis  Africœ,  etc.,  édité  par  L.  M.  Jordâo,  de  Paiva  Manso  et  J.  de 
Graça  Barrato  (Lisbonne,  5  vol.  in-f",  1864-79)  ;  le  Roleiro  de  Dom  Joâo  de  Castro,  publié 
par  A.  Nunes  de  Garvalho  (Paris,  1833,  in-8"),  l'ouvrage  du  comte  de  Ficallio,  Viagens  de 
Perom  da  Covilham  (Lisbonne,  1894,  in-8"),  etc. 

(■2)  Il  existe  une  version  française  d'un  fragment  tiré  «  du  livre  imprimé  d'Antoine 
Almeïde  Jésuite  et  du  manuscrit  d'Alphonse  Mendez  Patriarche  d'Éthyopie  »  à  la  On  du 
Recueil  de  divers  voyages  faits  en  Afrique  et  en  l'Amérique  (sic),  Paris,  1674,  in-4". 


BIBLIOGRAPHIE.  215 

E.  W.  Crum  et  W.   RiEDEL.  —  The  Canons  of  Athanasius  of  Alexan- 

dria.  —  The  Arabie  and  Coptic  versions  edited  and  translated  with 
introductions,  notes  and  appendices.  Publishedfor  the  Text  and  Transla- 
tion Society  by  Williams  and  Norgate,  Londres  1904,  8»  de  xxxv,  59  et 
154  pages. 

La  Société  anglaise  des  Textes  et  traductions,  fondée  comme  la  Patrologie 
orientale,  pour  publier  des  textes  orientaux,  a  déjà  publié  en  quatre  volumes 
le  texte  et  la  traduction  du  sixième  livre  des  lettres  choisies  de  Sévère 
d'Antioche  dans  la  version  syriaque  d'Athanase  de  Nisibe  (1).  Nous  nous 
proposons  aujourd'hui  de  faire  connaître  les  canons  d'Athanase.  M.  Riedel 
a  publié  et  traduit  le  texte  arabe  des  107  canons  et  M.  Crum  le  texte  copte, 
malheureusement  fragmentaire.  L'ouvrage  débute  par  une  épigraphe 
empruntée  à  Jean  Moschus  :  «  Lorsque  tu  trouves  un  discours  de  saint 
Athanase  et  que  tu  n'as  pas  de  papier,  écris-le  sur  tes  habits  ».  Dans  son 
introduction  M.  Riedel  nous  apprend  que  les  107  canons  ne  formaient 
qu'un  seul  tout  (p.  l\)  ou  du  moins  n'étaient  divisés  qu'en  trois  parties  (p.  67 
et  69)  :  1"  Du  respect  de  Dieu  et  de  l'autel  (g  1-81),  2"  de  la  compassion  en- 
vers les  pauvres  (82-91),  3"  De  la  chasteté  (92-104)  ;  c'est  au  xi^'  siècle  que 
Michel,  évêque  de  Tinnîs,  traduisit  (?)  ce  traité  et  le  divisa  en  paragraphes. 
L'étude  intrinsèque  montrerait  que  leur  auteur  est  un  clerc  ou  même  un 
archevêque  ou  un  patriarche  et  aurait  écrit  de  350  à  500;  cet  auteur  pour- 
rait être  saint  Athanase  lui-même  (p.  xv-xxvi).  Le  texte  arabe  provient  d'un 
original  copte  (p.  x  et  81),  sans  doute  d'un  texte  memphitique  perdu,  car 
il  diffère  beaucoup  du  texte  thébain  publié  par  M.  Crum.  Ce  dernier  texte 
n'en  est  pas  moins  le  plus  important,  car  il  représente  le  plus  fidèlement 
l'original  dont  l'arabe  semble  souvent  n'être  qu'un  résumé  (2)  ;  de  plus  il 
est  conservé  dans  des  mss.  dont  quelques  feuilles  peuvent  remonter  jus- 
qu'au VI*'  siècle.  C'est  donc  M.  E.  W.  Crum  qui  avait  à  publier  la  partie  la 
plus  importante  et  la  plus  délicate  de  l'ouvrage  ;  d'ailleurs  nous  trouvons 
partout  des  traces  de  son  travail  et  nous  pouvons  avec  justice  lui  attribuer 
presque  tout  le  mérite  de  cette  publication,  car,  en  sus  du  texte  coûte,  il  a 
copié  une  partie  du  ms.  arabe  251  de  Paris  et  a  collationné  les  mss.  252 
et  238  (3)  de  Paris  (canons  55-56)  et  une  partie  d'un  ms.  arabe  d'Oxford, 
enfin  il  a  traduit  en  anglais  le  texte  allemand  de  M.  Riedel.  Cette  publica- 
tion fait  donc  le  plus  grand  honneur  à  son  activité  scientifique.  Elle  ne 
fait  pas  moins  honneur  à  sa  science  et  à  sa  connaissance  du  copte  d'après 
le  témoignage  d'un  maître,  de  M.  Ignazio  Guidi  :  «  11  Crum  ne  ha  dato 
un'  edizione  ed  una  traduzione  ugualmente  mirabili  per  esattezza  critica 
et  per  fedelta,  come  del  resto  era  da  aspettare  da  un  conoscitore  quale  è 
il  Crum,  délia  lingua  e  délia  letteratura  Copta».  Bessar.,  1905,  p.  111. 


(1)  Prix  :  84  sh.  net. 

(2)  Nous  avions  note  d'abord  les  lacunes  de  l'arabe.  Pour  en  donner  une  idée  nette,  il 
nous  sutfira  de  dire  que  les  canons  40-52  occupent  208  lignes  dans  la  traduction  du  copte 
et  seulement  111  dans  la  traduction  de  l'arabe. 

(3)  Lire  238  (p.  x,  1.  10)  au  lieu  de  138.  —  Le  texte  non  identifié,  p.  121,  note  i,  semble 
être  Ps.  cxxxi,  7. 


216  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Ajoutons  que  le  lecteur  trouvera  un  fac-similé  d'un  passage  du  ms. 
copte  et  de  nombreuses  notes  qui  lui  signaleront  les  passages  parallèles 
dans  les  autres  collections  de  canons;  enfin  l'ouvrage  est  imprimé  avec 
tout  le  soin  que  l'on  pouvait  attendre  de  la  maison  Brill  de  Leyde  et  est 
édité  avec  l'élégance  qui  caractérise  tant  d'éditions  anglaises.  Les  canons 
de  saint  Athanase  j  oints  aux  Lettres  de  Sévère  nous  font  donc  bien  augurer 
des  publications  de  la  Text  and  Translation  Society. 

F.  Nau. 


L.  Pautignv,  agrégé  de  l'Université.  —  Justin,  apologies,  texte  grec, 
traduction  française,  introduction  et  index  (forme  le  premier  volume  de 
Textes  et  documents  pour  Tétude  historique  du  christianisme, 
publiés  sous  la  direction  de  H.  Hemmer  et  Paul  Lejay).  Paris,  Picard, 
1904,  in-12  de  xxxvi  et  200  pages;  2  fr.  50. 

Quelques  libraires-éditeurs  français  ont  entrepris,  par  des  voies  diverses, 
de  publier  des  ouvrages  destinés  à  faciliter  les  études  religieuses  :  la 
librairie  Lecoffre  publie  une  Bibliothèque  de  l'enseignement  de  l'histoire 
ecclésiastique,  la  librairie  Roger,  une  Bible  Polyglotte,  la  librairie  Lethiel- 
leux,  des  dictionnaires  de  Théologie,  d'Écriture  sainte  et  de  Liturgie,  la 
librairie  Didot  facilite  la  publication  des  Patrologies  syriaque  et  orientale 
entreprise  par  M*^'"  Graffin  à  l'aide  de  ses  seules  ressources.  La  librairie 
Picard,  bien  connue  aussi  dans  le  monde  scientifique,  vient  de  commen 
cer  une  réédition  des  documents  patristiques  les  plus  importants  pour 
l'étude  historique  du  christianisme.  Une  telle  collection,  de  format  com- 
mode, de  prix  abordable  à  toutes  les  bourses  et  bornée  aux  ouvrages  les 
plus  importants,  est  indispensable  aux  étudiants,  et  la  preuve  en  est  qu'il 
en  existe  déjà  un  certain  nombre  en  pays  étrangers.  Hurter  a  publié  les 
ouvrages  patristiques  les  plus  intéressants  pour  servir  de  base  aux  études 
théologiques  (1);  G.  Kriiger,  professeur  à  Giessen,  a  fait  publier  les  apolo- 
gies de  Justin,  les  Pères  apostoliques  et  des  ouvrages  de  Tertullien, 
saint  Augustin,  Léonce  de  Néapolis,  saint  Clément  d'Alexandrie,  Grégoire 
le  Thaumaturge,  etc.,  sous  le  titre  général  :  Sammlung  ausgewàhlter 
kirchen  und  Dogmeitgeschichtiicher  quellenschriften  ah  Grundtage  fur 
Seminarûbungen  (2).  En  Italie,  on  publie  une  Bibliotheca  sanclorum  Palrum, 
Iheologiae  tironibus  et  iiniverso  clero  accommodata  qui  annonce,  comme 
cinquième  volume  des  Pères  apostoliques,  le  Pasteur  d'Hermas  et  les 
fragments  de  Papias  (3).  Enfin  en  Angleterre  nous  trouvons  les  Cambridge 
Patristic  Texts  dont  le  troisième  volume  (saint  Denys  d'Alexandrie)  a  paru 


{\)  Sanctorum  Palrum  opuscula  selecla,  ad  usum  praeserlini  studiosorum  theologiae, 
edidit  etcommentariis  auxil,  H.  Hurter  S.  J.  OEniponti.  Cette  collection  ne  publie  pas  les 
textes  grecs,  mais  donne  seulement  leur  traduction  latine. 

("2)  Librairie  Molir  (Paul  Siebeck),  Leipzig.  Les  prix  des  volumes  vaiient,  suivant  l'épais- 
seur, de  1  fr.  25  à  5  francs. 

(3)  Rome,  1905. 


BIBLIOGRAPHIE.  217 

l'an  dernier  (1).  Il  faut  savoir  gré  à  M.  Picard  de  vouloir  doter  la  France 
d'une  collection  analogue  qui  comprendra  l'Histoire  ecclésiastique  d'Eu- 
sèbe,  l'Apologie  d'Athénagore,  les  Stromates  de  Clément  d'Alexandrie,  les 
Pères  Apostoliques,  etc.,  etc.  Les  deux  Apologies  de  Justin  ont  été  publiées 
et  traduites  en  français  par  M.  l'abbé  Pautigny,  agrégé  de  l'Université, 
professeur  de  seconde  à  l'institution  Saint-Cyr,  à  Nevers,  dont  nous  avons 
pu  admirer  jadis  la  claire  et  très  vive  intelligence. 

Saint  Justin,  né  à  Sichem  (Naplouse),  en  Judée,  vers  l'an  100  (cette  date 
est  d'ailleurs  purement  hypothétique),  se  serait  converti  au  christianisme 
vers  133,  aurait  composé  sa  première  Apologie  vers  150  et  aurait  été  mar- 
tyrisé à  Rome  de  163  à  167. 

«  La  composition,  chez  saint  Justin,  est  très  défectueuse.  Le  plan  est 
lâche  et  manque  de  logique...  La  langue  est  souvent  incorrecte,  les 
phrases  sont  longues,  péniblement  construites,  surchargées  d'incidentes, 
de  parenthèses,  de  renvois,  d'un  style  généralement  terne  et  mono- 
tone... »  L'importance  dogmatique  et  exégétique  de  ses  écrits  est  par 
contre  considérable,  comme  M.  Pautigny  le  montre  doctement  pp.  xvii-xxiii 
de  son  Introduction,  où  il  énumère  les  dogmes  qui  y  figurent  de  manière 
très  explicite.  Ils  sont  donc  indispensables  à  quiconque  veut  étudier  le 
christianisme  au  point  de  vue  historique. 

Les  directeurs  de  la  collection,  MM.  H.  Hemmer  et  Paul  Lejay,  nous 
avertissent  au  commencement  qu'ils  s'interdisent  de  faire  un  travail  cri- 
tique. Ils  reproduiront  le  meilleur  texte  connu  en  V accompagnant  d'indica- 
tions sur  l'état  de  la  science  et  sur  les  progrès  qui  peuvent  rester  à  accomplir. 
Notre  charmant  collègue,  M.  Paul  Lejay,  qui  manie  depuis  si  longtemps 
l'arme  de  la  critique  avec  une  virtuosité  redoutable  à  ses  victimes,  nous 
permettra  à  coup  sur  de  lui  présenter  quelques  observations.  11  les  accueil" 
lera  du  moins  avec  la  longanimité  que  le  triomphateur  romain  montrait  à 
l'égard  des  critiques  de  ses  soldats. 

Nous  croyons  d'abord  qu'une  publication  ayant  à  .sa  tète  des  auteurs  et 
au-dessus  des  auteurs  deux  directeurs,  ne  peut  pas  se  borner  à  «  repro- 
duire le  meilleur  texte  connu  »,  sinon  il  suffirait  à  la  librairie  Picard, 
pour  reproduire  les  textes,  de  s'assurer  d'un  traducteur  et  d'un  bon  prote. 
Les  éditeurs  semblent  d'ailleurs  l'avoir  senti,  car,  en  dépit  de  leur  aver- 
tissement, ils  ne  se  sont  pas  bornés  à  reproduire  la  meilleure  édition,  qui 
leur  a  paru  être  celle  de  M.  G.  Kriiger  mentionnée  plus  haut,  mais  y  ont 
apporté  quelques  corrections  (Introduction,  p.  xxviii-xxxiv)  dues  pour  la 
plupart  à  M.  Paul  Lejay;  pourquoi  donc,  après  avoir  ainsi  dérogé  pendant 
quelques  pages  à  son  principe,  n'a-t-il  pas  continué  à  le  faire  en  collation- 
nant  le  ms.  unique  des  Apologies  conservé  près  de  lui  à  la  Bibliothèque 
nationale  de  Paris?  Cette  collation,  —  ne  lui  aurait-elle  suggéré  aucun 
aperçu  nouveau,  —  lui  aurait  donné  occasion  du  moins  de  corriger  quel- 
ques-unes des  nombreuses  fautes  d'impression  dont  l'ouvrage  e.st  émaillé. 


(1)  Il  est  l)on  (le  noter  que  les  éditeurs  anglais  donnent  un  apparat  critique  choisi  et  des 
notes  explicatives  en  même  temps  qu'une  Introduction  et  des  Index. 


218  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Nous  avons  voulu  en  effet  voir  ce  ms.  unique  (1),  notre  but  était  de  pure 
curiosité,  mais  nous  avons  été  amené  ainsi  à  collationner  les  quatre  pre- 
mières pages  du  texte  grec  et  notre  surprise  a  été  grande  d'y  relever 
quinze  fautes  d'impression,  c'est-à-dire  près  de  quatre  par  page  (2). 
P  p.  2,  1.  4,  ipaaif)  (lire  :  Ipaar^);  2^  1.  18,  ï[Ji£rç  ('l>£rç);  3°  p.  4,  1.  1,  uj^ip^ste 
(uTcipx.£Tc)  ;  4"  1.6,  iJvOpwTtapsa/.sfa  (àvGpwrtojtapsaxsfa)  (3);  5'^' 1.  10,  «TOiCTEivat  {ino- 
xtervai)  ;  6°  1.  14,  à::oÔ£t)cûwvTat  (àroost/.vûwvxai)  ;  7"|1.  15,  -pÉnov  laxi  (::pÉT:ov  iaii); 
S"  1.  14  et  17,  avant  une  virgule  les  auteurs  mettent  un  accent  grave  /.où  ou 
un  accent  aigu  éauroûç,  il  faudrait  uniformiser;  9"  1.  19,  [Aovriv  {[L6vr^^^)■,  lO^ 
1.  24,  oï  (o'O;  11"  1.  25,  yàpTïou  (yapjcou);  12'^  p.  6,  1.  3,  xai  (xa\)  ;  1.  10,  [xsv  (jj.lv)  ; 
13°  1.  12,  ÈTid  (ircs't)  ;  14°  1.  24,  TrarrjppouvTaç  (-/.aTrjyopouvtaç)  ;  15°  p.  8,  1.  4, 
xoXâÇsTS  {■x.o'ki'Çzxt)  ;  16"  1.  15,  èvi  (lv\). 

Signalons  encore  dans  l'Introduction  quelques  phrases  trop  absolues,  par 
exemple  (p.  xi)  :  Outre  les  éditions  générales  de  saint  Justin,  il  existe  trois 
éditions  spéciales  des  deux  Apologies.  Il  fallait  écrire  :  il  existe  trois 
réce7ites  éditions  des  deux  Apologies,  car  nous  en  connaissons  en  sus  cinq 
anciennes  éditions,  citons  :  Sancti  Justini  Apologiae  duae,  a  Carolo  Ashton 
(grec  et  latin),  Cambridge,  1768,  et  Sancti  Justini  martyris  Apologiae,  ex 
recensione  Grabiana...,  par  Chr.  Guil.  Thalemannus,  Leipzig,  1755.  —  De 
même  (p.  vin),  au  lieu  de  :  Éditions,  nous  proposons  de  lire  :  principales 
éditions,  car  il  en  existe  beaucoup  d'autres  ;  —  (p.  ix)  au  lieu  de  :  Édition 
des  Bénédictins  reproduite  dans  la  Patrologie  grecque  de  Migne,  nous  pro- 
posons de  lire  :  Édition  des  Bénédictins  qui  a  servi  de  base  à  l'édition  de 
Migne,  car  Migne  a  pris  soin  de  nous  apprendre  qu'il  a  collationné  avec 
l'édition  des  Bénédictins  «  non  sine  fructu  »  une  édition  et  une  traduction 
publiées  à  léna  en  1842  par  C.  T.  Otto. 

Beaucoup  plus  grave  est  la  phrase  suivante  (p.  xxv)  :  Saint  Justin  n'est 
pas  toujours  un  modèle  d'exactitude  historique.  Ne  fait-il  pas  d'Hérode  un 
contemporain  de  Ptolémée  Philadelphe,  mort  en  246  av.  J.-C.  (xxxi,  2-3)? 
//  a  laissé  échapper  d'autres  menues  erreurs  :  il  cite,  sous  le  nom  de  So- 
phonie,  un  texte  de  Zacharie  (i,  xxxv,  10);  il  fait  de  Jéthro,  V oncle  et  non 
le  beau-père  de  Moïse  (i,  lxii,  3). 

Ce  passage,  qui  tend  à  détruire  l'autorité  historique  de  saint  Justin,  est 

(1)  Grec  450.  L'ancien  catalogue  le  date  de  1364,  ainsi  que  MM.  Pautigny  et  Lejay.  Le  ca- 
talogue Omont  le  date  de  1363.  Nous  avons  vu  à  la  fin  une  date  donnée  par  des  signes 
liiéroglyphiques  qui  ne  nous  sont  pas  familiers  et  que  nous  n'avions  pas  intérêt  à  résoudre. 

(-2)  Les  fautes  d'impression  sont  souvent  assez  nombreuses  lorsqu'un  auteur  donne  un 
nouveau  texte  et  se  trouve  seul  pour  corriger  les  épreuves,  car  il  lui  a  fallu  déchiffrer, 
transcrire,  interpréter  son  texte  et  sa  patience  est  bien  près  d'être  à  bout  lorsqu'il  lui  faut 
encore  corriger  trois  ou  quatre  épreuves  successives.  Il  ne  devrait  pas  en  être  de  même 
d'une  reproduction  surveillée  par  un  auteur  et  deux  directeurs. 

(3)  Cette  différence  n'estjpas  imputable  à  M.  Lejay,  mais  aux  précédents  éditeurs  qui  ont 
modifié  le  ms.  et  ont  fait  passer  leur  leçon,  sous"  le  nom  de  S.  Justin,  dans  les  diction- 
naires. 

Les  deux  dernières  lignes  de  traduction,  page  3,  devraient  être  renvoyées  à  la  page  5 
où  un  intervalle  blanc  semble  d'ailleurs  les  réclamer.  Nous  croyons  aussi  que  les  citations 
de  la  Bible  auraient  dû  figurer  dans  un  Index  à  part  et  non  à  l'Index  des  noms  propres 
où  ne  devraient  figurer  (lue  les  noms  cités  par  saint  Justin  ;  on  éviterait  ainsi  le  mélange 
des  noms  français  aux  noms  grecs  qui  fait  placer  Zacharie,  Hébreux,  Ezécliiel  à  des  en- 
droits inattendus.  Nous  ne  voyons  pas  non  plus  pourquoi  Jean  est  en  petites  capitales  et 
Jérémie  en  italiques,  tandis  que  Zacharie  se  contente  des  caractères  romains. 


BIBLIOGRAPHIE.  219 

d'une  gravité  exceptionnelle,  nous  sommes  heureux  d'apprendre  aux  lec- 
teurs qu'ici  comme  précédemment  il  exagère  et  dénature  un  peu.  Saint 
Justin  ne  mentionne  pas  Philadelphe,  mort  en  246  av.  J.-C.  Voici  son 
texte  (p.  59)  :  «  Or,  Ptolémée,  roi  d'Egypte,  fonda  une  bibliothèque  où  il 
voulut  réunir  les  ouvrages  de  tous  les  écrivains.  Ayant  eu  connaissance  de 
ces  prophéties,  il  fit  demander  à  Hérode  qui  régnait  alors  en  Judée  de  lui 
envoyer  ces  livres.  Le  roi  Hérode  les  lui  envoya,  écrits,  comme  je  l'ai  dit, 
en  hébreu.  Comme  personne  n'entendait  cette  langue  en  Egypte,  Ptolé- 
mée lui  fit  demander  de  lui  envoyer  des  savants  pour  les  traduire  en 
grec  (1)...  »  —  Cette  liistoire,  acceptée  longtemps  comme  authentique,  est 
aujourd'hui  universellement  rejetée.  Elle  aurait  été  imaginée  pour  donner 
crédit  à  la  version  grecque  de  l'Ancien  Testament.  Flavius  Josèphe  [Ant. 
jud.,  Xll,  11),  d'après  la  lettre  d'Aristée,  suppose  que  Ptolémée  Philadelphe 
demanda  des  traducteurs  au  grand  prêtre  Eléazar  ;  Justin  a  supposé  que 
la  traduction  avait  été  faite  sur  l'ordre  d'un  Ptolémée  (2),  contemporain 
d' Hérode.  Tous  deux  se  trompent;  on  sait  seulement  que  la  version  de  l'An- 
cien Testament  fut  terminée  avant  l'an  130  av.  J.-C.  (3). 

La  question  du  texte  de  Zacharie  n'est  pas  non  plus  aussi  claire  que 
le  croient  les  éditeurs.  En  réalité,  saint  Justin  ne  cite  pas  le  texte  de  Za- 
charie que  nous  possédons.  Sa  citation  se  compose  de  deux  parties  dont  la 
première  se  trouve  dans  S ophonie,  m,  14,  aussi  bien  que  dans  Zacharie,  ix, 
9,  tandis  que  la  seconde  reproduit  le  texte  cité  par  saint  Matthieu,  xxi,  5, 
d'après  un  prophète  non  désigné  (4).  —  Si  l'on  ajoute  que  saint  Matthieu 
lui-même  (xxvii,  9)  attribue  à  Jérémie  un  texte  qui  figure  plutôt  dans  Za- 
charie, XI,  12,  on  comprendra  qu'il  est  difficile  de  dire  jusqu'à  quel  point 
se  trompe  saint  Justin  et  d'où  provient  son  erreur  (5). 

Ailleurs  (lu,  10-12),  saint  Justin  cite  un  long  texte  de  Zacharie  qui  se 
trouve  à  peine  dans  l'édition  actuelle  et  semble  emprunté  aussi  à  divers 
prophètes  ;  il  semble  donc  prendre  beaucoup  de  liberté  vis-à-vis  des  cita- 
tions, mais  cette  question  est  très  délicate  et  ne  peut  être  traitée  dans  une 
édition  manuelle.  Car  on  peut  se  demander  si  l'édition  des  Septante  de 
saint  Justin  ne  différait  pas  beaucoup  de  la  nôtre  puisqu'il  accuse  les 
Juifs  d'avoir  supprimé  de  nombreux  passages  dans  les  Ecritures  et  en 
donne  quelques  exemples  (6).  Comme  il  attribue  plus  loin  à  Zacharie  (Try- 
phon,  53)  le  texte  qu'il  attribue  ici  à  Sophonie,  mais  avec  une  rédaction 
différente,  il  est  permis  de  croire  que  l'édition  de  Sophonie  utilisée  par  saint 
Justin  portait  le  texte  qu'il  lui  attribue  et  faisait  doublet  avec  Zacharie. 

(1)  Même  récit  dans  Cohort.  ad  Grsecos,  13  et  Dial.  avec  Tryplion,'ii,  mais  il  n'y  est  pas 
question  d'Hérode  que  l'on  pourrait  donc  croire  avoir  été  interpolé  ici. 

(-2)  Ptolémée,  comme  Pharaon,  était  devenu  le  nom  commun  des  rois  d'Egypte.  Deux 
(Pt.  xn,  48-44  et  Pt.  XIV,  42-30)  furent  contemporains  d'Hérode  (—  40  à  -f  1). 

(3)  Cl".  Vigouroux,  Manuel  biblique,  Paris,  1901,  t.  I,  n'"-  103-107.—  Quelques-uns  ad- 
mettent qu'il  s'agit  de  Philadelphe,  mais  regardent  le  mot  «  Hérode  »  comme  une  addition 
d'un  copiste. 

(4)  Le  texte  de  saint  Matthieu  ne  se  retrouve  pour  l'instant  qu'en  Zacharie,  ix,  9,  mais 
les  différences  des  deux  textes  sont  nombreuses. 

(5)  On  devine  que  les  derniers  chapitres  de  Zacharie  (ix-xiv)  ont  déjà  fait  verser  beau- 
coup d'encre  aux  critiques. 

(6)  Dial.  avec  Tryphon,  71-7-2. 


220  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN, 

De  même,  il  est  vrai  qu'on  lit  de  Moïse  :  «  Il  gardait  en  Arabie  les  trou- 
peaux de  son  oncle  maternel  »,  mais  cette  phrase  ne  permet  pas  de  conclure 
qu'il  fait  «  de  Jéthro  l'oncle  et  non  le  beau-père  de  Moïse  »,  car  Jéthro  n'est 
pas  nommé  et  surtout  Voncle  peut  être  en  même  temps  beau-père,  comme 
il  est  arrivé  à  Laban  vis-à-vis  de  Jacob.  Il  y  grande  ressemblance  entre 
la  rencontre  de  Jacob  et  de  Rachel  {Gen.  xxix,  2-13)  et  celle  de  Moyse  et 
de  Séphora  [Exode,  u,  15-20). 

Terminons  par  une  remarque  sur  le  texte  grec  :  nous  croyons  que  l'on 
doit  supprimer  le  mot  îôv  (p.  2,  1.  8)  et  conserver  seulement  eTçaùxâiv,  car 
c'est  la  leçon  du  ms.  et  c'est  encore  la  leçon  qui  figure  au  folio  1  de  ce  ms. 
dans  la  citation  d'Eusèbe.  Le  mot  îàv  a  été  pris  dans  certaine  édition  d'Eu- 
sèbe  (par  exemple  éd.  Teubner,  Leipzig,  1871,  IV,  xii),  mais  il  ne  figure 
pas  dans  l'édition  y«'mcejw  donnée  par  Robert  Etienne  (Paris,  1544,  fol.  36') 
ni  dans  la  dernière  édition  (Berlin,  1903,  p.  326).  Il  est  donc  à  supprimer. 
Notons  de  plus  que  le  ms.  ponctue  ainsi  :  IIup(aç  riaXaiativr]?  zXc,,  aùxCiv  tïjv 
7rpoaçwv7](jtv...  Le  scribe  a  songé  évidemment  à  la  Palestine  première  dans 
laquelle  se  trouvait  Sichem  (Naplouse).  Cf.  Georges  de  Chypre,  Lipsiae, 
1890,  p.  51. 

Enfin  nous  souhaitons  grand  succès  à  la  collection  entreprise  par  la 
librairie  Picard  et  nous  prions  nos  lecteurs  de  ne  voir  dans  nos  critiques 
que  le  désir  de  lui  être  utile  en  signalant  quelques-unes  des  négligences 
laissées  dans  cet  ouvrage  pour  que  les  directeurs  les  relèvent  toutes,  les 
fassent  figurer  en  errata  à  la  fin  de  l'un  des  volumes  suivants  et  donnent 
plus  d'attention  à  la  correction  des  épreuves  qui  est  en  somme  leur  unique 
travail  s'ils  entendent  toujours  se  borner  à  «  reproduire  le  meilleur  texte 
connu  pour  présenter  aux  lecteur.s  des  textes  sûrs  ». 

F.  N.\u. 


Gaston  le  Hardy  (ancien  pèlerin).  Histoire  de  Nazareth  et  de  ses 
sanctuaires,  étude  chronologique  des  documents,  in- 12  de  xvi-238 
pages,  à  la  librairie  Lecoffre,  Paris,  1905,  2  fr.  50. 

Cet  ouvrage  raconte  l'histoire  de  Nazareth  du  i^""  au  xx*'  siècle  en  nous 
donnant  en  particulier  la  traduction  de  toutes  les  notices  consacrées  à 
cette  ville  par  les  divers  pèlerins.  L'auteur  n'ajoute  de  lui-même  que  les 
lignes  nécessaires  pour  faire  connaître  et  apprécier  les  extraits  qu'il  cite 
et  pour  combler  leurs  lacunes  à  l'aide  de  l'histoire  générale.  Nous  pouvons 
donc  appeler  son  ouvrage  un  Guide  historique  qui  nous  montre  le  déve- 
loppement et  la  localisation  des  pieuses  légendes  que  les  guides  répètent 
aux  voyageurs. 

Qui  donc  voudrait  qu'à  ces  enfants  du  Christ  (aux  pèlerins),  quand  ils  deman- 
dent le  pain  de  la  vérité  (Matth.,  vu,  9),  on  n'offrit  que  de  décevantes  légendes 
nées  de  traditionnelles  imaginations,  et  de  pieuses  rêveries  combinées  dans  les 
récits  d'une  longue  suite  de  guides  et  de  drogmans,  dont  les  plus  anciennes 
origines  s'arrêtent  certainement  à  plusieurs  siècles  de  di.stance  des  faits  auxquels 
ils  prétendent  ajouter  des  détails  ! 


BIBLIOGRAPHIE.  221 

En  les  écoutant  avec  un  naïf  rocueillement,  les  pèlerins  pieux  et  confiants 
croient  naturellement  entendre  la  voix  de  la  tradition  autorisée  de  l'immuable 
Orient,  où  on  leur  a  dit  que  rien  ne  changeait  jamais. 

Hélas!  dans  l'immobile  Orient,  théâtre  maintes  fois  bouleversé  de  révolutions 
formidables,  au  milieu  de  tant  de  ruines  accumulées  sous  le  sol,  il  y  a  quelque 
chose  qui  semble  subsister  sans  changement,  à  tout  le  moins  depuis  la  suprême 
dispersion  des  Juifs.  C'est  l'àpre  amour  du  gain  et  du  bakchich.  Malgré  tous  les 
prodigieux  mélanges  de  toutes  les  races  dont  procèdent  les  Syriens  et  spéciale- 
ment les  Palestiniens  d'aujourd'hui,  il  semble  qu'une  sorte  d'influence  endé- 
mique ait  gardé  la  tradition  d'exploiter  les  souvenirs,  en  les  débitant  aux  étran- 
gers. Comme  ceux-ci  sont  avides  de  voir  où  se  sont  accomplis  les  mystères 
divins,  ceux-là  sont  empressés  de  les  localiser  en  les  détaillant  de  leur   mieux. 

En  cette  terre  de  miracles,  ils  n'hésitent  guère  à  montrer,  un  peu  partout, 
des  marques  miraculeuses  pour  appuyer  leurs  récits. 

L'auteur  n'entend  blâmer  que  les  localisations  exagérées,  par  exemple 
Adricomius  (f  1590)  raconte  qu'à  l'endroit  où  les  Juifs  voulurent  précipiter 
Notre-Seigneur  de  la  montagne,  «  tout  à  coup,  au  contact  de  ses  vêtements, 
les  rochers  cédèrent,  et  comme  ime  cire  fondue  et  liquéfiée  firent  un 
certain  repli  où  le  corps  du  Seigneur  put  trouver  place  et  abri,  et  c'était 
assez  grand  pour  le  recevoir  tout  entier.  Là,  aujourd'hui  sont  restés 
toutes  les  lignes  et  les  plis  des  vêtements  que  le  Seigneur  avait  sur  le  dos, 
et  aussi  les  vestiges  de  ses  pieds,  comme  si  un  sculpteur  les  y  eût  taillés  ». 
C'est  là  le  grand  intérêt  de  ce  livre,  de  montrer  l'apparition  des  légendes, 
tandis  que  les  aventures,  ou  plutôt  les  mésaventures,  des  pèlerins  lui 
donnent  par  endroits  (cf.  p.  142-150)  le  charme  de  ces  histoires  de  voyages 
si  goûtées  de  la  jeunesse.  Le  texte  latin  des  anciens  pèlerins  est  cité  au 
bas  des  pages  (Cf.  supra,  p.  162-163). 

F.  Nau. 


LIVRES  NOUVEAUX.  ~  1.  Rev.  G.  U.  Pope,  M.  A.  D.  D.  A  Handbook  of 
the  ordinary  dialect  of  the  Tamil  Language  Part.  III.  A  compen- 
dious  Tamil-English  Dictionary,  1"  édition,  Oxford,  1905,  Claren- 
don  press,  5  sh.  net. 

Dans  cette  troisième  partie  de  son  manuel,  l'auteur  donne  un  lexique 
tamoul-anglais  de  la  langue  vulgaire;  tous  les  mots,  nous  dit-il,  sont 
d'un  usage  courant,  il  a  exclu  la  plupart  des  mots  empruntés  au  Haut- 
Tamoul.  Ces  derniers  se  trouvent  dans  un  autre  lexique  déjà  édité  par  le 
même  auteur. 

A  l'occasion  de  la  plupart  des  mots,  M.  Pope  renvoie  aux  paragraphes 
des  deux  premières  parties  du  manuel  où  ils  sont  expliqués  ou  analysés 
ou  simplement  cités.  L'impression  est  très  soignée,  car  les  éditeurs  ont 
employé  deux  caractères  différents  aussi  bien  en  tamoul  qu'en  anglais, 
le  plus  gros  pour  les  racines  et  le  plus  petit  pour  les  dérivés.  Le  succès 
chez  nos  voisins  de  ce  livre  qui  atteint  sa  septième  édition  nous  est  une 
garantie  de  sa  valeur  et  nous  sommes  heureux  de  le  signaler  aux  rares 
Français  adonnés  à  l'étude  de  cette  langue  asiatique. 


222  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

I.  —  Le  P.  Barnabe  Meistermann  (d'Alsace),  0.  F.  M.  —  Le  prétoire  de  Pilate 
et  la  forteresse  Antonia,  avec  32  illustrations  en  photogravure  dans  le 
texte  et  hors  texte,  8"  de  xxiii  et  251  pages  ;  Paris,  Picard,  1902. 

IL  —  La  patrie  de  saint  Jean-Baptiste  avec  un  appendice  sur  Arimathie, 
avec  27  illustrations  ou  photogravures  dans  le  texte  et  hors  texte  et  une 
mosaïque  en  chromolithographie,  8'^  de  vui  et  290  pages  ;  Paris,  Picard, 
1904. 

III.  —  Le  P.  Urbain  Coppens,  0.  F.  M.  —  Le  palais  de  Caiphe  et  le  nouveau 
jardin  saint-Pierre  des  Pères  Assomptionnistes  au  mont  Sion  (avec  plans 
et  figures),  8°,  96  pages,  Paris,  Picard,  1904. 

Les  Pères  Franciscains,  «'gardiens  sept  fois  séculaires  des  lieux  saints  », 
ont  pris  à  cœur  de  décrire  et  de  défendre  les  antiques  sanctuaires  de  Pa- 
lestine. 

I.  Dans  son  premier  ouvrage,  le  P.  Barnabe  s'attache  à  démontrer  que  le 
prétoire  de  Pilate  était  situé  dans  la  forteresse  Antonia  et  non  pas  dans  le 
palais  de  Caïphe  au  mont  Sion.  Cette  seconde  tradition,  qui  n'eut  pas 
d'ailleurs  bien  longue  vogue,  provenait,  dit  le  P.  Barnabe,  de  la  leçon 
fautive  d'une  famille  de  mss.  qui  portent  :  Adducunt  ergo  Jesiim  ad  Cai- 
pham  inprœtorium  (Jean,  xviii,  28)  au  lieu  de  «  on  conduit  Jésus  de  chez 
Caïphe  dans  le  prétoire  ».  Cette  leçon,  qui  subsiste  encore  dans  l'Evan- 
gile de  Verceil,  fut  connue  de  saint  Augustin  et  réfutée  par  saint  Thomas. 

La  première  partie  est  surtout  archéologique  et  montre  que  l'étude  du 
terrain  et  l'ancienne  histoire  ne  s'opposent  pas  à  la  localisation  du  prétoire 
de  Pilate  dans  la  Tour  Antonia  dont  on  vient  encore,  semble-t-il,  de  dé- 
couvrir une  cour  pavée,  La  seconde  partie  nous  fait  connaître  la  tradition 
relative  au  prétoire  de  Pilate,  depuis  les  premiers  siècles  jusqu'à  nos 
jours. 

II.  Dans  le  second  ouvrage,  le  P.  Barnabe  recherche  la  patrie  de  sainte 
Elisabeth  et  de  saint  Jean-Baptiste.  Il  expose  et  critique  d'abord  un  certain 
nombre  de  traditions  ou  d'hypothèses  qui  la  placent  à  Macherus,  Sébaste, 
Bethléem,  Jérusalem,  Hébron,  Youttâh,  Juda  en  Nephtali,  Beth-Zacharie 
et  Beth-Cha'ar. 

Nous  ne  croyons  pas  non  plus  qu'on  ait  placé  à  Sébaste  la  naissance 
de  saint  Jean-Baptiste;  on  y  conservait  ses  reliques  avec  celles  du 
prophète  Elisée  au  V^  siècle.  Aux  citations  du  P.  Barnabe,  ajoutons  ce 
texte  des  Plérophories,  ROC.  1898,  p.  345-346  (p.  37  du  tirage  à  part)  : 

Un  fait  analogue  se  passa  à  Sébaste,  en  Palestine,  où  est  conservé  le  corps 
entier  de  Jean-Baptiste.  Le  bienheureux  Constantin  qui  était  gai'dien  de  l'église 
au  temps  de  concile  (de  Chalcédoine)  était  favorisé  en  tout  temps  des  apparitions 
de  Jean-Baptiste.  Il  y  avait  dans  le  temple  un  endroit  orné  de  grillages  où  étaient 
deux  châsses  enrichies  d'or  et  d'argent  devant  lesquelles  brûlaient  perpétuelle- 
ment des  lumières,  l'une  était  celle  de  saint  Jean-Baptiste  et  l'autre  celle  du 
prophète  Elisée;  un  trône  sur  lequel  personne  ne  s'asseyait  était  placé  dans  ce 
même  endroit... 


BIBLIOGRAPHIE.  223 

Ce  récit  nous  montre  l'état  de  la  tradition  depuis  le  concile  de  Chalcé- 
doine  (441)  jusque  vers  Tan  515  où  furent  écrites  les  Plérophories. 

Le  P.  Barnabe  propose  ensuite  sa  solution  qui  place  la  patrie  de  saint 
Jean-Baptiste  à  Aïn  Kàrem  ou  S.  Jean  in  Montana,  à  une  lieue  et  demie 
de  Jérusalem  à  l'ouest.  Il  rapporte  toute  la  tradition  relative  à  ce  village, 
elle  est  remarquablement  riche  à  partir  du  moins  du  xui^^  siècle.  Enfin 
dans  un  appendice  il  identifie  Arimathie  avec  Ramléh  (près  de  Lydda), 
suivant  l'antique  et  constante  tradition. 

III.  C'est  ici  surtout  un  ouvrage  de  polémique  contre  les  Pères  Assomp- 
tionnistes.  Le  P.  Coppens,  0.  F.  M.,  les  accuse  d'avoir  identifié  le  palais  de 
Caïphe  avec  la  grotte  où  saint  Pierre  alla  pleurer  sa  faute  et  d'avoir  trans- 
porté le  tout  dans  une  propriété  leur  appartenant  depuis  peu.  Les  amateurs 
liront  le  présent  ouvrage  du  P.  Barnabe  et  la  réponse  des  Assomption- 
nistes  parue  dans  le  numéro  de  novembre  1904  des  Échos  d'Orient 
(p.  372-379). 


SOMMAIRE   DES  REVUES 

1.  Byzantinische  Zeitschrift,  t.  XIV,  cahiers  1  et  2,  28  février  1905  : 

I  (p.  1-280).  Max  Freiherr  von  Oppenheim  et  Hans  Lucas.  Griechische  und 
lateinische  Inschriften  ans  Syrien,  Mesopotamien  und  Kleinasien.  —  '1,  II. 
]MriXi6:îouXoç.  'E;ïtypaœa1  dtvé/.ootot.  —  W.  Fritz.  Unechte  Synesios  briefe.  — 
F.  Graebner.  Eine  Zozimosquelle.  —  A.  Heisenberg.  Kaiser  Johannes  Ba- 
tatzes  der  Barmherzige.  Eine  mittelgriechische  Légende.  —  k.  IIa;:aô6TOuXoç 
KepajAsûç-,  'Pwfiavbç  xal'Iwavvrjç  Aa[xaaxr]V(5;.  — P.  N.  PapageORGIU.  Zu  Manasses 
Hodoiporikon.  —  J.Draseke.  Jiws  dem  Athen  der  Acciaiuoli.  —  IIspivcX^  T.Zsp- 
XévT»]?.  0EWVCC;  6  kr^b  fjyoujjLÉvwv  •/a\  Maxâpioç  6  Za/.ûvOio;  tîp/  i£;:(ay,o;coi  OeaaaXovi/.Éwv, 
«tp//  —  ^atpx.O'. —  K.  Praechter.  Zur  Geschichte  der  Regenwunderlegende  in 
byzanlinischer  Zeit.  A,  lia;:.  KepajAsûi;.  'Avuj:apî4X0(;  /.CJôtÇ  Map(ai;  paatXfaarjç  tou 
800  'sTouç.  —  A.  n.  K.  Etç  là  (jii)(^o[ji£Tptxà  TOU  Graux.  —  K.  Praechter.  Lexicis 
addenda.  —  Th.  Preger.  Studien  zur   Topographie  KonstantinopeU.  — 

II  (p.  281-300).  Comptes  rendus.  —  III  (p.  301-408).  Bibliographische  No- 
tizen  und  kleinere  Mitteilungen  (Indication  et  souvent  analyse  des  publica- 
tions récentes  disposées  par  lieux  communs). 

2.  Analecta  Bollandiana.  T.  XXIV,  fascicule  1.  — A.  Poncelet.  Les 
saints  de  Micy  (Appendix  :  I.  Vita  sancti  Viatoris  confessoris.  —  II.  Le 
manuscrit  de  Paris.  B.  N.  latin  5366).  —  Mg""  L.  Duchesne.  Sur  la  transla- 
tion de  saint  Austremoine.  —  Bulletin  des  publications  hagiographiques. 
Fascicule  2.  —  H.  Delehaye.  Catalogus  codicum  hagiographicorum  graeco- 
rum  bibliothecae  D.  Marci  Venetiarum.  —  J.  de  Guibert.  Saint  Victor  de 
Césarée.  —  Bulletin  des  publications  hagiographiques.  —  A.  Pon'CELET. 
Catalogus  codicum  hag.  lai.  bibliothecarum  Bomanarum  praeterquam.  Va- 
ticanae.  1.  Codices  archivi  basilicae  sancti  Pétri  in  Vaticano. 

3.  Revue  biblique.  Avril  1905.  Communications  de  la  Commission  pon- 


224  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

tifîcale  pour  les  études  bibliques.  —  M.  A.  Van  Hoonacker.  Notes  d'exégèse 
sur  quelques  passages  difficiles  d'Amas.  —  R.  P.  Lagrange.  Le  Messianisme 
dans  les  Psaumes.  — M.  Hyvernat.  Le  langage  de  la  Massore.  —  Mélanges. 
—  Chronique.  —  Recensions.  —  Bulletin. 


Le  Directeur-Gérant 
F.  Charmetant. 


Typographie  Firmin-Oidol  et  C".  —  Paris. 


L'ORIENT  LATIN 

CENSITAIRE  DU  SAINT-SIÈGE 


Un  document  officiel  permet  de  reconstituer,  du  moins  par- 
tiellement, l'état  de  l'Église  orientale  au  moyen  âge  et  les  con- 
ditions dans  lesquelles  elle  se  trouvait  avec  Rome  au  point  de 
vue  de  la  «  protection  apostolique  ».  Ces  données  sont  renfer- 
mées dans  le  Liber  censuum  Romance  Ecclesiœ,  dont  la  publi- 
cation, entreprise  par  un  ancien  membre  de  l'École  française 
de  Rome,  M.  Paul  Fabre,  est  présentement  continuée  par 
M^'  Duchesne. 

Dès  son  apparition,  en  1889,  les  périodiques  les  plus  en  vue 
s'empressèrent  de  constater  l'importance  de  ce  Livre  censier.  Les 
quatre  fascicules  parus  depuis  cette  date,  déjà  presque  lointaine, 
font  désirer  de  plus  en  plus  l'achèvement  de  cette  publication. 
Comme  preuve  de  cette  importance,  la  Bévue  des  questions 
historiques  voulut  bien  insérer  deux  articles,  qui  nous  furent 
suggérés,  et  les  matériaux  fournis  par  ce  Regestum  censuale,  à 
savoir  :  La  protection  apostolique  au  moyen  âge  et  Le  Cens 
pontifical  dans  l'Église  de  France  (1). 

C'est  ce  même  travail  que  nous  entreprenons  ici  pour  l'Orient 
latin.  Sur  cette  contrée  les  renseignements  se  trouvent  bien 
moins  nombreux  que  pour  certaines  autres  parties  de  la  catho- 
licité; mais,  tels  qu'ils  sont  consignés  dans  cet  ouvrage  (2),  ils 
n'en  seront  pas  moins  une  contribution  intéressante  pour  l'his- 
toire ecclésiastique  orientale.  Soit  la  reproduction  du  texte  même 


(1)  Voir  Revue  dex  questions  hisloriqiies,  an.  1002,  t.  LXXII,  p.  5-60;  an.  1904, 
t.  LXXV,  p.  5-73. 

(2)  Le  Liber  censuum  de  l'Église  romaine,  publié  avec  une  préface  et  un  commen- 
taire par  M.  Paul  Fabre;  grand  in-1",  l'asc.  Il,  p.  237--240.  — Pai-is,  Fontemoing-,  1901. 

ORIENT   CHRÉTIEN.  15 


226  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

avec  la  traduction,  soit  l'analyse  et  le  développement  des  notes 
et  commentaires  ajoutés- par  le  savant' éditeur,  feront  connaître 
aussi  bien  les  cadres  de  l'épiscopat  latin  en  Syrie  et  en  Pales- 
tine, que  les  redevances  payées  au  siège  apostolique  par  les 
diocèses  et  les  communautés  du  rite  latin. 

Avant  d'entrer  dans  cette  nomenclature,  disons  comment 
elle  fut  dressée  et  a  pu  arriver  ainsi  jusqu'à  nous. 


I.  —  LES  REGISTRES  CENSIERS  DE    L  EGLISE  ROMAINE. 

Vers  la  fm  du  v'  siècle,  par  les  soins  du  pape  Gélase,  fut  établi 
un  regestum  ou  sommier  des  cens,  état  des  revenus  que  le  Saint- 
Siège  tirait  des  propriétés  de  l'Église,  groupés  en  massœ  et  en 
patrimoines.  Ce  registre,  corrigé  à  fond,  un  siècle  plus  tard,  par 
saint  Grégoire  le  Grand,  fut  tenu  continuellement  à  jour.  «  Plus 
tard,  lorsque  cette  dotation  foncière  eut  disparu,  soit  par  la 
répartition  des  propriétés  entre  les  divers  établissements  ecclé- 
siastiques de  Rome,  soit  par  la  confiscation  des  patrimoines, 
soit  par  l'eniphytéose  et  l'inféodation,  la  caisse  pontificale  fut 
obligée  de  s'alimenter  autrement.  Elle  compta  avant  tout  sur  les 
cens  dont  furent  grevés  à  son  profit  les  établissements  religieux 
des  divers  pays  de  la  chrétienté.  Ainsi  se  constitua  une  nou- 
velle dotation,  aussi  importante  par  son  principe  que  par  ses 
résultats.  De  nouveaux  livres  censiers  furent  établis  :  ils  conte- 
naient, non  plus  comme  les  anciens,  un  état  des  revenus  tirés 
des  propriétés  foncières,  mais  le  tableau  des  droits  à  prélever 
annuellement  (1)  sur  les  établissements  frappés  de  cens. 

«  Il  est  possible  de  remonter  jusqu'au  temps  de  Grégoire  VII 
la  série  de  ces  livres  censiers  ;  mais  le  premier  qui  nous  soit 
parvenu  dans  sa  forme  propre  et  originale,  isolé  de  toute  com- 
pilation postérieure,  c'est  celui  qui  fut  dressé  en  1192  parle 
maître  de  la  Chambre  apostolique,  Cencius,  auquel  le  surnom 
(le  Camerarius  est  resté,  bien  qu'il  soit  parvenu  plus  tard  aux 
plus  hauts  degrés  de  la  carrière  ecclésiastique  et  même  à  la 


(1)  En  disant  annuellement,  l'éditeur  dont  nous  citons  cet  extrait,  commet 
une  légère  erreur.  Il  est  dans  ce  registre  quantité  de  cens  qui  ne  se  prélevaient 
que  tous  les  deux,  trois  ou  même  cinq  ans. 


b'ORIENT    LATIN    CENSITAIRE    DU    SAINT-SIÈGE.  227 

papauté,  sous  le  nom  d'Honorius  III  (I21G-1217).  Le  manuscrit 
original  de  Cencius  existe  encore;  il  est  conservé  suus  le  n''  8486 
à  la  bibliothèque  du  Vatican.  Il  contient  :  P  le  tableau  des 
diocèses  de  la  chrétienté  tout  entière  avec  l'indication  des  éta- 
blissements qui  doivent,  dans  chacun  d'eux,  un  cens  à  l'Église 
romaine,  et  la  quotité  du  cens,  exprimée  suivant  les  divers  sys- 
tèmes monétaires  alors  en  usage;  2°  un  recueil  de  pièces  rela- 
tives à  l'origine  de  ces  cens  et  aux  autres  temporalités  de  l'Église 
romaine. 

«  Il  était  indispensable  qu'un  tel  livre  fût  tenu  à  jour  par 
des  adjonctions  successives.  Cencius  l'avait  prévu.  Dans  son  ta- 
bleau des  diocèses  ou  Provincial,  il  avait  ménagé  de  larges 
blancs  pour  que  l'on  pût  y  inscrire  les  nouveaux  cens  au  fur  et 
à  mesure  qu'ils  s'établissaient.  Ces  adjonctions  se  produisirent 
en  effet  d'année  en  année,  comme  on  peut  s'en  assurer  en  no- 
tant la  différence  des  écritures  (I).  »  —  Telle  est  l'économie  du 
Liber  censuum,  mine  qui  va  fournir  les  matériaux  de  cette 
étude. 

II.  —  l'orient  CENSITAIRE  ROMAIN. 

Le  Provincial,  tableau  des  diocèses  d'Orient  dressé  sur  la  fin 
du  xii'  siècle,  mais  d'après  des  actes  bien  antérieurs,  est  dési- 
gné par  le  rédacteur  Cencius  sous  le  titre  :  ultramare,  «  l'Église 
d'outre-mer  ».  De  bonne  heure  cette  partie  de  la  catholicité  dut, 
comme  l'Occident,  contribuer  pour  sa  part  à  l'entretien  du  Saint- 
Siège,  soit  par  des  impositions  pécuniaires  ou  en  nature,  soit  par 
des  libéralités  bénévoles  qu'inspiraient  l'ardeur  de  la  foi  et 
l'attachement  au  trône  pontifical.  N'est-ce  pas  en  Orient,  à  An- 
tioche,  que  le  chef  de  l'Église  avait  établi  la  première  chaire 
apostolique!  — Pour  l'Orient  aussi  vinrent  de  funestes  époques, 
surgirent  de  malheureuses  circonstances  où  les  individualités, 
les  monastères,  les  églises  et  diocèses  eurent  à  réclamer  l'appui 
du  pontife  suprême.  Guerres,  invasions,  domination  des  Huns 
et  des  Arabes,  schismes,  hérésies,  en  désolant  ces  contrées  et 
les  faisant  passer  sous  des  maîtres  qui  les  ruinaient  matérielle- 
ment et  moralement,  firent  jeter  des  cris  de  détresse  vers  Rome. 

(1)  Extrait  do  VAvh  sur  feuille   détachée  placé    par  réditeur  eu  tète  du  pre- 
mier fascicule  du  Liber  cexsuuii. 


228  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

La  papauté  s'en  émut  si  bien,  qu'elle  suscita,  suivant  l'expres- 
sion d'un  contemporain  de  ces  grands  événements,  «  l'entraî- 
nement divin  avec  lequel  l'Europe  se  précipita  sur  l'Asie». 

Les  croisades  donnèrent  la  mesure  de  la  «  protection  »  que 
le  Saint-Siège  voulait  assurer  aux  populations  orientales  asser- 
vies sous  le  joug  de  l'islamisme  et  de  la  barbarie.  On  sait  que 
la  première  de  ces  expéditions  eut  pour  résultat  la  fondation  du 
royaume  chrétien  de  Jérusalem,  de  la  principauté  d'Antioche 
et  du  comté  d'Édesse,  en  1099.  Et,  tandis  que  Cencius  rédigeait 
son  Liber,  Saint-Jean  d'Acre  tombait  au  pouvoir  des  Croisés  de 
la  troisième  expédition  (1191),  conduite  par  le  roi  de  France 
Philippe-Auguste  et  Richard  Cœur  de  Lion,  roi  d'Angleterre. 
Or,  c'est  le  cadre  de  l'épiscopat  latin  en  Syrie,  tel  qu'il  était  à 
cette  époque,  que  reproduit  le  Registre  caméral.  Alors  étaient 
établis  les  deux  patriarcats  de  Jérusalem  et  d'Antioche,  ayant 
chacun  les  quelques  archevêchés  et  évêchésque  la  papauté,  mal- 
gré les  luttes  des  Grecs,  avait  réussi  à  établir  depuis  l'entrée  des 
chrétiens  et  des  soldats  d'Occident.  Postérieurement  à  la  rédac- 
tion commencée  par  lecamérier  Cencius,  nous  trouverons  quel- 
ques dépendances  du  patriarcat  de  Constantinople. 

Dans  le  ressort  du  patriarcat  de  Jérusalem  se  mouvaient  quatre 
archevêchés  :  Tyr,  Césarée,  Nazareth  etPetra;  plus  neuf  évê- 
chés  :  Hébron,  Lydcla,  Ascalon,  Ptolémaïs  (Saint-Jean  d'Acre), 
Sidon,  Beyrouth,  Panéas,  Sébaste  et  Tibériade. 

Du  patriarcat  d'Antioche  relevaient  six  archevêchés  :  Tarse, 
Édesse,  Aparnée,  Héliopolis,  Cyr  et  Mamistra,  plus  six  évê- 
chés  :  Laodicée,  Gabala,  Tortose,  Tripoli,  Biblos  et  Valanée. 
Avec  le  registre  censier  voyons  chacun  de  ces  établissements 
diocésains,  dans  l'ordre  où  ils  sont  inscrits.  Aux  indications, 
consignées  là  à  diverses  époques,  nous  ajouterons  les  explica- 
tions historiques  et  les  identifications  correspondant  aux  titres 
actuels  de  ces  contrées  ou  centres  ecclésiastiques. 


1°  Patriarcat  de  Jérusalem. 

Avant  l'entrée  des  Croisés,  cet  ancien  patriarcat  comprenait 
trois  provinces  métropolitaines  :  Césarée,  Scythopolis  QiPetra. 
Dans  la  rédaction  du  camérier  Cencius  et  pour  les  époques  sui- 


l'orient  latin  censitaire  du  saint-siège.  229 

vantes  qui  peuvent  s'étendre  jusqu'à  la  fm  du  xv®  siècle,  date 
extrême  du  Liber  censimm,  on  trouve  les  quatre  métropoles 
que  nous  avons  citées.  Jerosolomitanus  patriarchalus  habet 
sub  se  hos  metropolos  inferius  adnotatos,  écrit  le  rédacteur, 
et  il  en  insère  les  titres  officiels,  après  la  série  des  espaces  lais- 
sés en  blanc,  dont  il  a  été  question  ci-dessus.  Ces  titres  décu- 
rie sont  ainsi  libellés  :  In  archiepiscopatu  Tijrensi;  —  In 
archiepiscopatu  Cesaree ;  —  In  archiepiscopatu  Nazaree ;  — 
In  Petracensi  archiepiscopatu. 

Le  premier  évéque  de  Jérusalem  avait  été  l'apôtre  saint  Jac- 
ques le  Majeur;  le  siège  patriarcal  créé  en  325,  cessa  en  1009. 
A  partir  de  cette  époque  il  y  eut  des  patriarches  effectifs  (rési- 
dentiels) jusqu'en  l'année  1191  ;  puis  ceux-ci  ne  furent  plus  que 
titulaires.  Tel  qu'il  est  aujourd'hui  ce  patriarcat  fut  constitué 
en  1848  par  le  partage  du  vicariat  apostolique  d'Alep,  dont  on 
détacha  la  Palestine  et  l'île  de  Chypre.  Les  catholiques  grecs- 
melchites dépendent  de  l'évêque  de Ptolémaïs (Saint-Jean  d'Acre); 
les  maronites  appartiennent,  les  uns  à  l'évêque  de  Tyr  et  Sidon, 
les  autres  à  l'évêque  de  Chypre. 

Antérieurement  à  l'année  1192  le  patriarche  de  Jérusalem 
n'avait  pas  de  ressort  spécial;  au  temps  de  Cencius  trois  suffra- 
gants  en  dépendaient  directement.  Ce  trésorier  l'atteste  ainsi  : 
Suffraganei  sui  sunt  episcopi  subsequenter  notati,  à  savoir  : 
d'Hébron  (Ebroensi),  de  Lydda  {Lidensi)  et  d'Ascalon  ou  Beth- 
léem [Ascha/onensi  qui  etiam  Bethleemitensis  est). 

Aucun  de  ces  trois  diocèses  ne  paraît  avoir  eu  de  censitaires 
apostoliques,  ou  du  moins  il  n'est  fait  mention,  à  leur  sujet,  ni 
d'offrandes,  ni  de  cens.  Le  fait  de  leur  inscription  au  Liber 
prouve  néanmoins  la  mise  en  tutelle  de  ces  diocèses  sous  le  pon- 
tife romain. 

Seul,  dans  la  dépendance  du  patriarcat,  le  monastère  dé- 
nommé Sainte-Marie  de  la  vallée  de  Josaphat  paLyâit  annuelle- 
ment au  Saint-Siège  «  une  once  d'or  :  Monasterium  sancte 
Marie  de  valle  Josaphat  débet  annuatim  I  unciam  auri  ». 
Cette  abbaye  avait  été  fondée  sur  le  lieu  considéré  comme  tom- 
beau de  la  sainte  Vierge,  peu  de  temps  après  la  prise  de  Jéru- 
salem par  les  Croisés  (1).  Le  cens  fut  fixé  par  bulle  du  pape 

(l)Cf.  Charles  de  Terre  sainte,  parFr.  Delabordo,  dans  la  Bibliolhèquc  des  Écoles 
d' Athènes  et  de  Rome,  t.  XIX. 


230  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Innocent  II,  datée  du  5  avril  1142;  mais  déjà  en  1113  le  pape 
Pascal  II  avait  délivré  un  privilège  d'exemption  à  ce  monastère. 
D'après  le  texte  du  document  pontifical  qui  fixe  la  redevance,  on 
voit  que  c'était  bien  une  rente  récognitive  de  la  «  protection  » 
accordée  par  le  Saint-Siège.  Il  y  est  dit  :  «  ad  inditium  autem 
percepte  hujus  a  Romana  ecclesia  libertatis  auri  unciam  nobis 
nostrisque  successoribus  annis  singulis  persolvetis  (1)  ».  — 
Quoiqu-e  inscrit  à  l'année  1 142,  ce  cens  payé  par  le  monastère 
Sainte-Marie  ne  fut  inscrit  dans  le  livre  censier  que  bien  après 
Cencius;  il  paraît  n'avoir  été  inséré  qu'à  la  troisième  époque 
de  ce  registre,  c'est-à-dire  postérieurement  à  l'an  1236  (2). 

P  HÉBRON  {episcopatus  Ebronensis),  désigné  dans  différents 
actes  sous  les  variantes  Chebronensis,  Hebronensis,  Eleuthe- 
riopoleos  ou  Sancti  Abraham,  à  cause  du  tombeau  de  ce  pa- 
triarche; autrefois  aussi  Arbé  ou  Cariath-Arbé,  aujourd'hui 
Abre- Ibrahim,  et  El-Kalil  (le  bien-aimé).  Ce  n'est  plus  main- 
tenant qu'un  des  sièges  titulaires  que  le  pape  confère  sous  le 
titre  û'in  partibus  infidelium.  Depuis  le  3  mars  1882  un  décret 
de  la  S.  Congrégation  de  la  Propagande  a  supprimé  cette  der- 
nière dénomination,  et  tous  ces  évêchés  sont  dits  titulaires, 
à  la  différence  des  autres  qu'on  appelle  résidentiels.  Celui 
d'Hébron  fut  donné  en  1883  à  un  prélat  grec-bulgare. 

Il  n'y  avait  pas  eu  d'évêque  avant  les  croisades.  Le  premier 
qui  y  fut  établi  à  l'érection  du  siège  remonte  à  l'année  1167, 
d'après  Guillaume  de  Tyr,  dans  son  Histoire  des  croisades 
(xx,  3)  (3).  Pas  de  censitaire  mentionné  dans  ce  diocèse,  pas 
plus,  du  reste,  que  pour  les  trois  autres  qui  vont  suivre,  ainsi 
que  nous  l'avons  observé  plus  haut. 

2°  Lydda  {episcopatus  Lydensis).  Comme  le  précédent  est  un 
des  sièges  titulaires  et  qui  fut  conféré  en  ces  derniers  temps  à 
l'auxiliaire  de  Cambrai,  M^''  lAlonnier.  Il  relève  de  la  métropole 


(1)  Jaffe,  Regesla  Pontif.  rom.,  n"*  6376  et  8223.  Pour  ce  même  monastère,  bulles 
d'Eugène  III,  n°  8718;  d'Athanase  IV,  9847  et  Hadrien  IV,  10004. 

(2)  Une  fois  pour  toutes,  nous  observons  que  l'éditeur  du  Liber  a  eu  le  soin 
d'indiquer,  par  l'emploi  de  caractères  typographiques  différents,  les  insertions 
qui  y  furent  faites  à  diverses  ('poques.  Il  y  a  la  rédaction  même  de  Cencius,  ou 
de  première  main  ;  puis  les  cotes  écrites  après  1102  et  jusqu'en  1230:  enfin  toutes 
les  autres  adjonctions  postérieures  à  cette  date  et  dont  les  plus  récentes  sont  de 
la  fin  du  xv  siècle. 

(3)  Cf.  Patrologie  latine,  édit.  IMigne,  t.  CCI. 


l'orient    latin    censitaire   du    SAINT-SIÈGE.  231 

de  Césaréc  de  Palestine.  Cet  évèché,  selon  rhistorien  Guillaume 
de  Tyr  (vu,  22),  fut  érigé  en  1099,  peu  de  temps  avant  la  prise 
de  Jérusalem  par  les  Croisés,  et  le  siège  était  alors  à //r^«?/^V^  ou 
Ramla  et  Rama.  La  nouvelle  fondation,  faite  sous  le  vocable  de 
S.  Georgii  Liddensis,  dans  l'ancienne  Diospolis,  fut  déter- 
minée par  le  culte  de  saint  Georges  qui  avait  là  son  principal 
sanctuaire.  Aussi  l'évêque  de  Lydda  porte-t-il  souvent  dans  les 
actes  le  titre  de  episcopus  S.  Georgii.  Cette  ville,  jadis  dans  la 
Palestine  P%  est  dénommée  présentement  Ludd  ou  Loddo  dans 
la  Turquie  d'Asie.  Sur  ce  point  saint  I*ierre  guérit  un  paralyti- 
que. On  y  voit  une  belle  église  dédiée  à  saint  Georges  qui,  dit-on, 
y  souffrit  le  martyre. 

3°  AscALON  {episcopatus  AscJialonensis  qui  etia)n  Bethlee- 
me;?s?s  fs^).  Un  siège  épiscopal  fut  donné  à  Bethléem  en  1110. 
Lorsque  le  roi  Baudouin  III  se  fut  emparé  d'Ascalon,  en  1153, 
le  patriarche  de  Jérusalem  tenta  d'installer  dans  la  ville  conquise 
un  évèché  indépendant,  en  le  détachant  de  la  juridiction  de 
l'évêque  bethléémite  ;  mais  celui-ci  réclama  et  finit  par  obtenir 
l'union  de  ce  siège  avec  le  sien  (Guillaume  de  Tyr,  xvi,  30).  De 
là,  pour  cet  évèché  l'appellation  tantôt  d'Ascalon,  tantôt  de 
Bethléem.  On  le  trouve  aussi  désigné  sous  la  dénomination  de 
Majumœ-Ascalonis.  —  Les  Croisés  avaient  défait  les  infidèles 
à  Ascalon  en  1099;  le  sultan  Bibars  détruisit  la  ville  en  1270. 
On  comprend  que  le  cens  apostolique  ne  fut  pas  de  longue  durée 
dans  ce  milieu,  si  tant  est  qu'il  y  fut  même  appliqué.  Présente- 
ment Bethléem  est  siège  purement  titulaire  uni  à  l'abbaye 
Saint-Maurice  en  Valois  ;  auparavant  il  était  attaché  à  un  hôpital 
de  Clamecy,  en  Nivernais. 

4°  Tyr  {archiepiscopatus  Tyrensis).  Aujourd'hui  siège  métro- 
politain, simplement  titulaire,  du  rite  grec-melchite  et  syro- 
maronite,  qui  a  pour  sufiragants  :  Arados,  Biblos,  Botri,  Cé- 
sarée,  Orthose,  Panëas,  Porphijre,  Sarepta  etSidon. 

Cette  province  métropolitaine  fut  érigée  par  lettres  apostoli- 
ques de  Pascal  II,  en  date  du  8  juin  1111.  Le  pape  informa  alors 
le  patriarche  de  Jérusalem  et  le  roi  Baudouin  que  toutes  les 
villes  conquises  ou  à  conquérir  relèveraient  du  patriarche  pour 
le  spirituel.  Mais,  comme  la  sphère  d'action  du  roi  de  Jérusa- 
lem devait  inévitablement  s'étendre  au  delà  des  limites  de  ce 
patriarcat,  le  patriarche  d'Antioche  signala  au  souverain  Pontife 


232  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

les  torts  qui  lui  seraient,  faits  à  lui-même.  Le  pape  se  rendit  à 
ces  considérations,  et  par  lettres  du  18  mars  1113,  il  atténua  la 
portée  de  sa  première  décision  (]),  Quelques  années  après,  Tyr 
fut  assiégée.  Sans  attendre  la  reddition  de  la  ville,  le  patriarche 
de  Jérusalem  se  hâte  de  consacrer  un  archevêque  pour  cette 
ville  :  Odon,  qui  mourut  avant  la  fin  du  siège.  La  ville  prise 
par  les  Croisés,  en  1124,  resta  sans  pasteur  pendant  quatre  ans. 
Le  pape  Innocent  II  décréta,  en  1138,  que  ces  métropolitains  de- 
meureraient dans  l'obédience  de  Jérusalem.  Ceux-ci  réclamèrent 
les  quatorze  sièges  suffragants  qui  jadis  relevaient  de  leur  mé- 
tropole. On  ne  put  en  rétablir  que  six  :  Saint-Jean  d'Acre, 
Sidon  et  Beyrouth,  dans  le  royaume  de  Jérusalem  ;  Biblos,  Tri- 
poli et  Tortose  (Antaradus),  dans  le  comté  de  Tripoli.  Le 
pape  Honorius  II  les  attribua  à  la  nouvelle  métropole  latine, 
et,  en  1139,  Innocent  II  confirma  cet  état  de  choses.  Malgré 
ces  décisions,  le  patriarche  d'Antioche  garda  dans  sa  juri- 
diction les  suffragants  de  Tyr  au  nord  de  Beyrouth. 

Tyr,  ville  métropolitaine  ecclésiastique,  devint  en  I29I  la  proie 
des  Mamelucks  d'Egypte  qui  la  détruisirent;  dès  lors,  plus  de 
protection  apostolique,  par  suite  plus  de  cens  pontifical,  dont 
pas  une  seule  trace  n'est  restée,  même  antérieurement  dans  le 
registre  des  finances.  —  Elle  est  actuellement  sous  la  domina- 
tion des  Turcs  Ottomans,  et  s'appelle  Sour. 

5°  Saint-Jean  d'Acre  {episcopatus  Aconensis)  ou  Ptolémaïs, 
avec  parfois  la  variante  orthographique  Achonnensis  et  ^cco- 
nensis.  Actuellement  dans  le  patriarcat  d'Antioche  du  ritegrec- 
melchite,  et  simple  siège  titulaire. 

A  la  suite  du  mémorable  siège  entrepris  par  les  Croisés  et  qui 
dura  vingt-deux  mois  (1 189-1191),  cette  ville  devint  la  capitale 
du  royaume  de  Jérusalem,  et  fut  pendant  un  siècle  le  centre  de 
la  puissance  et  du  commerce  des  chrétiens  d'Orient.  En  1I9I 
un  des  établissements  religieux  de  cette  cité  comptait  parmi  les 
censitaires  apostoliques.  C'était  l'hôpital  (neuf)  placé  sous  le 
vocable  de  la  sainte  Vierge.  Il  payait  annuellement  au  Saint- 
Siège  la  rente  de  «  deux  marobotins  »,  mon'naie  des  Arabes 
d'Espagne.  Cette  redevance  dans  la  première  rédaction  du  re- 

(1)  Voir  ces  pièces  dans  Guillaume  de  Tyr,  xi,  28;  aussi  bien  dans  les  Regesta 
Ponlif.  rom.,  de  Jaffe,  n-^  6297,  6298,  6343  et  6344. 


l'orikxt  latin  censitaire  du  saint-siège.  233 

gistre   est   ainsi   inscrite   :  Hospitale  novuui   sancte  Marie 
duos  inaraboiinos. 

Dans  les  additions  faites  entre  les  années  1192  et  1236  est 
signalée  comme  censitaire  l'église  dédiée  à  saint  Thomas  mar- 
tyr et  à  saint  Georges  de  Sisto.  Tous  les  ans  le  prieur  devait 
payer  au  Saint-Père  «  deux  sarrazins  »,  pièces  de  monnaie 
musulmane  ou  mauresque  :  Ecclesia  sancti  Thomœ  mar- 
tyris  et  sancti  Georgii  de  Sisto  singuiis  annis  II  sarracenatos. 
Inscrite  seulement  au  xiii''  siècle,  cette  redevance  était  bien 
antérieure.  Le  pape  Innocent  III  dans  une  lettre  adressée  au 
prieur  de  cette  église,  signale  le  fait  pour  lequel  son  prédéces- 
seur Alexandre  III,  qui  siégea  de  II 59  à  II8I,  accepta  la  tu- 
telle et  la  redevance  récognitive  (I).  Ce  pape  avait  accordéau  dit 
prieur  l'usage  des  insignes  épiscopaux  et  pris  l'établissement 
et  ses  dépendances  sous  son  patronage.  Pour  cela,  écrivait-il, 
«  ad  indicium  protectionis  ac  libertatis  duos  sarracenatos  per- 
solvetis  ».  Cet  établissement  était  un  hôpital  anglais  situé  dans 
le  quartier  de  Montmusart,  au  nord  de  la  ville  (2).  Ainsi  les 
compatriotes  de  l'illustre  martyr  de  Cantorbéry,  Thomas 
Becket,  n'avaient  pas  tardé  à  se  placer  sous  sa  protection,  et 
cet  hospice  dut  être  un  des  premiers  consacrés  à  son  vocable, 
puisque  le  saint  archevêque  était  martyrisé  depuis  l'année  1170 
seulement. 

Après  1236  fut  enregistré  un  autre  censitaire  romain,  du 
même  ressort  de  Saint-Jean  d'Acre  :  «  l'hôpital  de  Saint-Jean 
de  Jérusalem  ».  Date  et  origine  de  la  redevance  à  payer  par  cet 
établissement  sont  indiquées  dans  la  cote  même  de  l'inscription 
camérale.  Le  pape  Alexandre  IV  déli\Ta  le  privilège  de  protec- 
tion et  stipula  le  montant  du  cens  par  lettre  du  8  avril  1255. 
Les  chevaliers,  qui  à  la  prise  de  la  ville  à  laquelle  ils  donnèrent 
le  nom  de  Saint-Jean  et  qu'ils  dotèrent  d'une  magnifique 
basilique,  avaient  demandé  sauvegarde  pour  leur  château  fort 
de  Krak  (actuellement  Kalaat-el-Hosn)  dans  le  comté  de 
Tripoli.  A  cet  effet,  «  ad  indicium  concessionis  »,  ils  payaient 
w  une  livre  d'or  »  en  barre.  Les  deux  clauses  sont  ainsi  libellées  : 
Hospitale  sancti  Johannis  Jerosolimitani  unam  libi-am  ratione 


(1)  Cf.  Potthast,  Reijesta  Punlif.  rom.,  n»  5397;  XI,  20i>. 

{i)  Voir  Mémoires  des  anliqualres  de  France,  an.  1878,  p.  142,  article  do  M.  E.  Roy. 


234  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

castri  Craci,  sicut  continetur  in  privilegio  quodam  doinini 
Alexandri  pape  IIIP'  indulto  fratribus  ipsius  hospitalis  anno 
ejusdeiii  domini  prinio.  —  On  voit  encore ,  dit  l'annotateiir- 
éditeur  du  Liber,  quelques  vestiges  de  cet  hôpital  des  cheva- 
liers de  Saint-Jean.  Quant  au  célèbre  château  dont  il  est  ici 
question,  il  en  est  parlé  par  M.  Rey  dans  \ Étude  sur  les  monu- 
ments de  r architecture  militaire  des  Croisés  en  Syrie  (l). 

En  plus  de  cette  concession  et  de  Timposition  touchant 
l'ensemble  de  l'établissement  hospitalier,  le  maître  et  ses  su- 
bordonnés, déclarés  «  exempts  »  de  l'Ordinaire  par  le  pape 
Clément  VI,  eurent  à  payer  «  un  marc  d'argent  tous  les  deux 
ans  ».  Cette  exemption  fut  concédée  en  1344.  Le  tout  est  spécifié 
dans  cette  rédaction  :  Item  debent  magister  et  fratres  dicti 
ordinis  sancti  Johannis  pro  exemptione  eis  concessaper  domi- 
num  C lementem papam  VI,  pontificatus  sui  anno  tertio,  unam 
marcam  auri  singulis  bienniis  persolvendum. 

6°SiD0N  (episcopatus  Sidoniensis),  dénommée  aussi  iSÏ<io?ieMS 
et  Sa  get  ta  ;  d-ujourd'hui  Sa  ïd  ou  Saida,  dans  la  Turquie  d'Asie; 
chez  les  latins,  au  moyen  âge  on  l'appelait  encore  Sajette  et 
Séette.  Nous  avons  déjà  ^u  que  cet  évèché  fait  partie,  comme 
simple  siège  «  titulaire  »,  de  la  métropole  de  Tyr.  Il  y  aies 
deux  rites  grec-melchite  et  syro-maronite.  —  Nulle  mention 
de  protection  et  de  cens;  ce  qui  est  également  pour  le 
diocèse  suivant. 

1°  Beyrouth  {episcojmtus  Beritensis).  Est  aujourd'hui  centre 
métropolitain  en  Turquie  d'Asie  et  siège  de  délégation  aposto- 
lique de  Syrie,  érigée  le  27  juin  1762.  C'est  chronologiquement 
la  première  des  délégations,  c'est-à-dire  du  représentant  direct 
du  Saint-Siège  auprès  des  fidèles  dans  les  pays  qui  n'ayant  pas 
de  ministre  plénipotentiaire  à  Rome,  ne  possèdent  pas  de  nonce. 
Ce  représentant  du  pape  est  ainsi  remplacé  par  un  délégué; 
de  là  les  délégations  apostoliques  qui  dépendent  de  la  Propa- 
gande. 

A  ce  centre  métropolitain  sont  assignés  trois  archevêques 
catholiques  des  rites  maronite,  melchite  et  syrien,  mais  simples 
titulaires,  non  résidentiels.  Les   anciens  documents  officiels 

(I)  Paris,  1871;  p.  39.  —Pour  la  bulle,  cf.  Potthast,  n»  15781  ;  it.,  Regest. 
d'Alexandre  IV,  par  La  Roncière,  n°  310:  et  Delaville  le  Roux,  Carlulaires  des 
Hospitaliers  de  Saint-Jean,  n"  2727. 


l'orient   latin    censitaire    du  SAINT-SIÈGE.  '       235 

portent  les  appellations  de  Benj  fins  et  Ba?^ythus  ;  psirfois  même, 
on  a  eu  désigné  cette  localité,  dit  Scaliger,  sous  le  nom  de 
Bœrea,  qui  cependant  est  plutôt  la  dénomination  d'Alej?  en 
Syrie  {A  lepensis  et  Alepum). 

8°  Panéas  {episcopatus  Paneensis).  Ce  titre  est  accompagné 
de  cette  explication  :  Que  civitas  Paneas  videlicet  alio  nomine 
Belinas  vocatur.  Le  camérier  Cencius  voulut,  sans  doute, 
indiquer  Banias,  appellation  encore  donnée  à  cette  localité  de 
la  Galilée,  non  loin  du  Jourdain  et  dans  les  terres  au  nord  du  lac 
de  Tibériade.  Mais  le  vocable  le  plus  connu  est  Césarée  de  Phi- 
lippe, «  Cœsareœ  Philippi  ou  Paneadensis  ».  Ce  siège  épis- 
copal  dans  la  Turquie  d'Asie  est  suffragant  de  la  métropole  de 
Tyr,  à  titre  non  résidentiel  et  du  rite  grec-melchite  ou  cophte. 

9°  CÉSARÉE  (m^chiepiscopatiis  Cesaree).  L'ancienne  Strato- 
nis  arx  qu'Hérode  le  Grand  nomma  Césarée,  en  l'honneur 
d'Auguste;  aujourd'hui  Kaisarieh  en  Turquie  d'Asie.  Cette 
ville  était  la  métropole  de  toutes  les  localités  énumérées  ci- 
dessus,  comprises  dans  la  Palestine  P".  Saint  Pierre  y  intro- 
duisit le  christianisme  et  y  baptisa  le  centurion  Corneille; 
saint  Paul  y  fut  emprisonné.  Elle  devint  le  siège  d'un  archi- 
diocèse,  et  après  la  destruction  de  Jérusalem,  métropole  de  la 
Palestine,  chef-lieu  de  la  Palestine  V\  Prise  par  les  Croisés  en 
1101,  elle  joua  un  rôle  important  pendant  les  guerres  saintes. 
Il  n'en  reste  plus  que  des  ruines.  Ecclésiastiquement  elle  est 
toujours  métropole,  ayant  pour  suffragants,  mais  non  résiden- 
tiels, les  sièges  épiscopaux  cV Anthédon,  Antipatris,  Archelais, 
Ascalon,  Azoth,  Bethléem,  Dioclétianopolis,  Dora,  Éleu- 
théropolis,  Emmaïis,  Gadara,  Gaza,  Hébron,  Jéricho, 
Liviade,  Lydda,  Samarie,  Sozusa  et  Triconium.  Au  temps 
de  Cencius  le  seul  suffragant  était  l'évêque  de  Sébaste;  il  n'est 
fait  mention  ni  de  redevance,  ni  de  censiers. 

10'^  SÉBASTE  {episcopatus  Sehastensis),  appelée  aussi  Samarie; 
«  que  civitas  Sebastia  s[cilicetl  alio  nomine  diciiur  Samaria  ». 
C'est  aujourd'hui  le  Sivas  de  la  Turquie  d'Asie,  qui  dès  le 
principe  fut  dénommé /S'e6<2S^^z«  par  Pythodoris,  reine  de  Pont, 
et  plus  tard,  par  Hérode,  Sébaste,  qui  en  grec  signifie  «  Auguste  ». 

Ce  siège  épiscopal,  devenu  simple  titulaire,  fut  fondé 
vers  1155,  trente  ans  environ  après  la  prise  de  la  ville  par  les 
Croisés.  De  la  métropole  de  Césarée,  dont  il  faisait  partie  au 


236  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

temps  du  camérier  Cencius,  il  est  présentement  dans  celle 
de  Laodicée;  aussi  le  désigne-t-on  en  chancellerie  romaine  sous 
le  titre  de  «  Sébaste  de  Laodicée  »,  pour  le  distinguer  des 
Sébaste  d'Isaurie,  de  Cilicieet  dePhrygie.  Il  faut  observer  encore 
qu'il  y  a  actuellement  un  évêclié  «  titulaire  »  à  Samarie,  distinct 
de  celui  de  Sébaste.  On  trouve  aussi  dans  cette  ville  un  arche- 
vêché résidentiel  du  rite  arménien.  —  Le  registre  pontifical  de 
1192  ne  relate  aucun  censitaire  dans  le  diocèse  de  Sébaste. 

11°  Nazareth  {archiepiscopatus  Nazaree).  Métropole  ecclé- 
siastique à  l'époque  où  Cencius  rédigea  le  Libe.r  censiiuin,  cette 
ville  était  simple  évêché  en  1120.  Lorsque  après  la  fondation  du 
royaume  de  Jérusalem  par  les  Croisés  ce  siège  fut  érigé  en  mé- 
tropolitain, on  enleva  ce  titre  à  Scythopolis,  qui  aujourd'hui  est 
redevenu  archevêché  titulaire,  tout  comme  Nazareth  l'est  encore. 
Ce  dernier  siège  supprimé  comme  résidentiel  en  1818,  fut 
rétabli  titulaire  en  1828,  mais  uni  au  titre  de  Trani,  archevêché 
italien,  dans  la  province  de  Bari.  De  cette  métropole,  actuel- 
lement en  Turquie  d'Asie,  dépendait  le  siège  suffragant  qui 
suit. 

12°  Tibériade  {episcopatus  Tyberiadensis).  Cette  ville,  qui 
fut  en  partie  détruite  par  un  tremblement  de  terre  en  1837, 
avait  été  établie  siège  d'évêché  à  l'époque  des  croisades.  Sous 
Constantin  il  y  avait  eu  déjà  un  évêque;  mais  juifs  et  chrétiens 
enfurent  expulsés  en  638.  Selon  Le  Quien  (l),le  premier  rési- 
dant après  le  rétablissement  du  siège  prit  possession  en  1109; 
pour  sûr  il  y  en  avait  un  en  1155.  Ce  n'est  plus  aujourd'hui  qu'un 
évêché  titulaire,  dont  le  titre  est  généralement  porté  par  un 
évêque  ayant  sa  résidence  en  Italie;  la  ville  est  le  Tabarièh  de 
la  Turquie  d'Asie.  Dans  la  hiérarchie  ecclésiastique  le  siège 
relève  comme  suffragant  de  Scythopolis  avec  Bethsaïda,  Caphar- 
naum,  Diocésarée  et  autres  six  évêchés.  —  Pas  d'inscription 
censitaire  dans  le  Liber. 

13°  Petra  {Petracensis  archiepiscopatus).  Dans  la  nomencla- 
ture du  livre  caméral,  c'est  le  dernier  siège  relevant  du  pa- 
triarcat de  Jérusalem;  celui-là  aussi  sans  indication  censitaire. 
Les  géographes  ecclésiastiques  ont  confondu  souvent  diverses 
localités  homonymes,  qui  à   différentes  époques    eurent   des 

(1)  Oriens  r/irtsllaim^,  t.  III,  p.  1295  et  1301. 


l'orient   latin    censitaire    du    SAINT-SIÈGE.  237 

sièges  épiscopaux.  LaiPetra  des  Croisés,  entre  la  mer  Morte  et 
la  mer  Rouge,  devenue  métropole  latine,  est  celle  dont  il  est 
ici  question  et  qui  fut  érigée  en  1167,  d'après  les  récits  de 
Gruillaume  de  Tyr  (xx,  2).  Le  siège  épiscopal  avait  été  établi 
primitivement  à  Characmoab;  l'archiépiscopal  fut  porté  à 
Kéracli  ou  Selali,  à  l'est  de  la  mer  Morte.  Cette  métropole  a 
pour  suffragants  les  sièges  simplement  titulaires  d'Aila,  Arad, 
Arindela,  Avarra,  Diboa,  Éluse  et  Zora. 

—  Il  n'est  point  fait  mention  dans  le  Liber  de  l'évêché  de 
Jaffa  ou  Joppe,  qui  existait  cependant  au  xiii®  siècle.  Le 
titre  en  subsiste  encore  et  est  conféré  à  un  évèque  non  rési- 
dentiel, dont  le  plus  récent  était  un  prélat  belge,  auxiliaire  de 
Matines.  Ce  siège  dépend  de  la  métropole  d'Édesse,  que  nous 
allons  trouver  dans  le  ressort  du  patriarcat  d'Antioche.  Jaffa 
{Joppensis,  Joppenus  et  Joppes),  conquise  par  les  Croisés  dès 
leur  arrivée  devant  Jérusalem,  en  1099,  devint  le  chef-lieu  du 
comté  d'Édesse  et  siège  d'un  évôché.  C'est  dans  cette  ville  que 
naquit  une  fille  de  saint  Louis,  et  que  ce  roi  apprit  la  mort  de 
sa  pieuse  mère,  en  1253.  Ce  fut  à  ce  port,  encore  fréquenté  par 
les  pèlerins  de  Jérusalem,  que  s'embarqua  Jonas;  là  saint  Pierre 
ressuscita  la  veuve  Tabithe. 


.2°  Patriarcat  d'Antioche. 

Comme  entrée  en  matière,  le  rédacteur  du  livre  censierobserve 
que  dans  ce  patriarcat  on  comptait  153  églises-cathédrales,  tout 
autant,  ajoute-t-il,  que  de  gros  poissons  dans  les  tlots  de  la 
pêche  miraculeuse  relatée  par  l'évangéliste  saint  Jean  (xxi,  11). 
a  In  Antiocheno  patriarc/iatu  centiim  siint  quinquagenta  très 
cathédrales  ecclesiœ  ad  instar  illius  evangelici  :  Impletum 
est  rete  magnis  piscibus  centum  quinquagenta  tribus.  »  Au 
xii"  siècle  il  ne  s'y  trouvait  plus  que  six  archevêchés  et  autant 
d'évêchés.  Les  sièges  métropolitains  étaient  :  Tarse,  Édesse, 
Apamée,  Tuliipa,  Coriza  et  Mamistra.  Les  évêchés  étaient 
ceux  de  Laodicée,  Gabala,Antaradus,  Tripoli,  Biblos  et  Vala- 
née.  «  De  his  istis  temporibus  hos  habuit  archiepiscopos  que 
inferius  adnotantur.  Istos  autem  habet  episcopos  idem  patri- 
archatus.  » 


238  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Le  siège  patriarcal,  jadis  si  important,  d'Antioche  (1),  était 
devenu  un  simple  évêché  titulaire  dépendant  de  la  métropole 
de  Constantinople;  présentement  il  a  rang  de  métropolitain, 
et  le  patriarche  latin  réside  à  Rome.  Il  a  pour  suffragants  les 
évêques  titulaires  de  Philomelium,  Paralais,  Sagalassus  et 
Thimbrium.  A  Antioche  appartiennent  aussi  les  trois  patriar- 
cats catholiques  des  grecs  melchites,  des  Syriens  et  des  Maro- 
nites. Le  patriarche  melchite  réside  à  Damas;  le  syrien  à  Mar- 
din  (en  fait  à  Beyrouth),  et  le  maronite  à  Bikerki  (Liban)  (2). 

Le  premier  patriarche  latin,  Bernard  de  Valence,  fut 
substitué  au  patriarche  grec,  en  1100,  par  les  Croisés.  Ceux-ci 
avaient  trouvé  sur  ce  siège  (1098)  un  patriarche  grec.  Le  nou- 
vel élu,  ordonné  peu  auparavant  à  Jérusalem,  occupait  le  siège 
épiscopal  à'Artesia  (Artaise)  qui  dut  disparaître  tout  aussitôt, 
puisque  aucun  géographe  ecclésiastique  n'en  fait  plus  mention 
après  cette  date.  A  partir  de  1268  le  siège  patriarcal  cessa  d'être 
résidentiel. 

Il  est  probable  que  les  quatre  évêchés  inscrits  au  Liber  im- 
médiatement après  le  titre  d'Antioche  relevaient  directement 
de  ce  patriarche,  puisque  l'écrivain  ne  les  a  point  placés  à  la 
suite  de  quelque  titre  métropolitain.  Au  reste,  ces  sièges  ne 
figurent  au  regestam  censuale  qu'à  titre  de  censitaires,  mis 
sans  indication  des  charges  et  avantages.  Ce  sont  : 

1°  Laodicée  {episcopatus  Laodicensis).  Siège  épiscopal  fondé 
au  xi'^  siècle,  à  la  suite  des  conquêtes  sur  les  infidèles;  était 
désigné  sous  le  nom  de  Laodiceœ  ad  Lycum,  à  cause  de  la 
situation  de  la  ville  sur  le  Lycus  ;  et  encore  Laodiceœ  Trimi- 
taincBy  qui  avait  succédé  à  l'ancienne  Diospolis,  puis  Rhoas. 
C'est  aujourd'hui  Eski-Hissan,  métropole  de  la  Phrygie  Paca- 

(1)  L'éditeur  du  Liber  écrit  dans  les  aunotations  :  "  Au  patriarcat  d'Antioche,  tel 
que  le  trouva  Tinvasiou  musulmane,  ressortissaient  treize  métropoles.  Sur  ce 
nombre,  sept,  savoir  celles  d'Iléliopolis,  Bostra,  Damas,  Araida,  Sergiopolis,  Théo- 
dosiopolis,  Émèse,  se  trouvaient  en  dehors  des  pays  où  les  Croisés  s'établirent. 
Pour  les  six  autres,  il  n'y  a  pas  coïncidence  absolue  entre  les  anciennes  listes  et 
notre  provincial  (p.  239,  col.  1). 

(2)  L'Antiochen.  Graecorum  Melchilarum,  tombée  dans  le  schisme  au  x"  siècle,  fut 
rétablie  en  1687. —  VAnliochen.  Syrorum  embrasse  au  vi''  siècle  les  erreurs  d'Eu- 
tychès;  le  rétablissement  de  la  hiérarchie  catholique  eut  lieu  en  1783,  avec  Michel 
Giarve,  confirmé  par  le  pape  Pie  VI.  —  L'Antiochen.  Maronitarum  tire  son  ori- 
gine de  l'abbé  Jlai'on,  commencement  du  vif  siècle.  (Voir  l'Annuaire  pontifical 
catholique,  an.  1904,  par  U'"  Battandier.) 


l'orient    latin    censitaire    du    SAINT-SIÈGE.  239 

tiane.  Elle  a  deux  sièges,  l'un  pour  le  rit  latin  dont  le  titulaire 
habite  ordinairement  Rome;  l'autre  pour  le  rite  grec-melchite, 
et  ce  métropolitain  n'est  pouvu  qu'avec  titre  épiscopal.  —  Les 
suffragants  de  cette  métropole  sont  les  évèques  d'Acmonie, 
Attida,  Caudique,  Cidiessus,  Colosses,  Dioclée,  Euménie,  Ezami, 
Métellopolis,  Sébaste,  Synaus,  Themisonium,  Tibériopolis,  Tra- 
janopolis  et  Trapézopolis. 

2°  Gabala  {episcopatus  Gabalensis),  dont  la  fondation  du 
siège  épiscopal  date  de  la  même  époque  que  le  précédent  (xi'  s.). 
On  l'a  confondu  parfois  avec  un  autre  Gabala  ou  Gabula  qui 
se  trouvait  aussi  dans  la  province  d'Antioche,  mais  très  retiré 
dans  les  terres.  Celui  qui  est  ici  mentionné  est  le  Gabalensis  ou 
Christopolis,  aujourd'hui  Dsibile  ou  Gébileh,  simple  évêché 
titulaire  conféré  à  quelque  auxiliaire  d'évêque  résidentiel. 

3°  Antaradus  [episcopus  Anteradensis).  Ville  forte  au  temps 
des  croisades,  et  connue  aujourd'hui  sous  le  nom  de  Tortosa. 
Le  siège  épiscopal  y  fut  établi  après  la  conquête,  et  il  a  été 
confondu  quelquefois  avec  celui  à'Arados  (Aradus),  l'un  et 
l'autre  sur  le  littoral  méditerranéen,  en  face  de  l'île  de  Ruad. 
En  droit  ces  évêchés  ressortissaient  à  la  métropole  phénicienne 
de  Tyr;  mais  le  patriarche  latin  d'Antioche  ne  tarda  pas  à  les 
joindre  à  ses  suffragants  syriens.  Il  en  fut  de  même  pour 
l'évêché  suivant.  Ce  titre  épiscopal  ne  paraît  même  plus  pré- 
sentement parmi  les  non  résidentiels. 

4°  Tripoli  {episcopatus  Tripolitanus).  Nous  venons  de  dire 
que,  quoique  de  la  province  phénicienne,  le  patriarche  étendait 
sa  juridiction  sur  cet  évêché.  Le  nom  désigne  que  cette  ville 
avait  été  formée  par  trois  colonies  venues  de  Tyr,  de  Sidon  et 
d'Aradus.  Elle  fut  prise  par  les  Croisés  en  1109,  après  un  siège 
de  dix  ans,  et  devint  la  capitale  d'un  comité  qui  fut  un  des  quatre 
grands  États  fondés  par  les  chrétiens  en  Asie,  le  long  de  la 
Méditerranée.  Le  premier  souverain  de  ce  comté,  qui  subsista 
de  1109  à  1289,  fut  Bertrand,  fils  aîné  de  Raymond,  comte  de 
Saint-Gilles  et  de  Toulouse.  Alors  Tripoli  eut  un  évêque.  C'est 
aujourd'hui  la  ville  la  mieux  bâtie  de  la  Syrie  et  dépend  de 
l'éyalet  de  Saïda  sous  le  nom  turc  de  Tarabolos.  Son  siège 
épiscopal  est  purement  titulaire  avec  rites  grec-melchite  et 
syro-maronite. 

5°  BiBLOs  [episcopatus  Bibliensis).  Évêché  que  nous  avons 


240  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

trouvé  parmi  les  suffraganls  de  Tyr,  ainsi  que  les  deux  précé- 
dents, mais  au  temps  de  Cencius  adjoints  au  patriarcat  d'An- 
tioche.  Le  rédacteur  du  Liber  identifie  cette  ville  avec  Gibelet, 
par  cette  note  qui  accompagne  la  cote  d'inscription  :  Que  civi- 
tas  Biblium  videlicet  /loclie  Gibelet  dicitur.  C'est  présente- 
ment cette  même  dénomination  géographique,  qu'on  écrit  aussi 
Djebel.  L'évêque  de  Bybii  ou  Byblensis  ne  réside  pas. 

6°  Tarse  {arehiepiscopatus  Tarsensis),  le  Tarsoiis  actuel  de 
la  Turquie  d'Asie,  et  jadis  Ctjdnus,  nom  emprunté  au  fleuve 
qui  arrose  cette  contrée.  C'est  un  centre  métropolitain  dont  les 
suffragants  sont  :  Augusta,  Coricus,  Issus,  Mallus  et  Zephy- 
rium.  Il  y  a  deux  sièges,  l'un  du  rite  latin,  l'autre  du  grec- 
melchite,  dont  les  titulaires  résident  ailleurs.  Cette  ville,  qui 
devint  la  rivale  d'Athènes  et  d'Alexandrie  par  sa  magnifi- 
cence et  ses  écoles,  se  glorifie  d'avoir  été  le  berceau  de  saint 
Paul.  Au  temps  de  la  rédaction  du  livre  censier,  on  n'attribuait 
aucun  suffragant  à  cette  métropole  pas  plus  que  de  censitaire 
apostolique. 

7°Édesse  [a rc/uepiscopa tus  Edessensis) .  Aujourd'hui  encore 
chaire  métropolitaine  comme  au  temps  de  Cencius,  mais  à 
simple  titre,  sans  résidence  du  titulaire.  Elle  a  actuellement 
comme  suffragants  :  Byrta,  Calinique,  Carre,  Circesium, 
Dantara,  Imera,  Joppe,  Marcopolis  et  Besaïne.  Le  frère  de 
Godefroi  de  Bouillon,  Baudouin,  prit  cette  ville  aux  musulmans 
en  1094  et  en  fit  le  siège  du  comté  qui  fut  un  des  plus  grands 
fiefs  du  royaume  de  Jérusalem,  lequel  subsista  jusqu'en  1145. 
Tombée  au  pouvoir  des  Turcs  ottomans  en  1657,  elle  fait  main- 
tenant partie  de  leur  empire  sous  le  nom  cVOrfa.  On  la  dénomme 
aussi  Boha,  et  au  xif  siècle,  d'après  la  note  du  camérier  papal, 
elle  était  le  Bages  Medorum  fRliagès),  qui  rappelle  la  ville  de 
Médie  où  l'ange  Raphaël  conduisit  le  jeune  Tobie  :  Que  civitas 
Edesse  videlicet  alio  nomine  dicitur  Bages  Medorum.  Dès 
l'introduction  du  christianisme  elle  joua  un  rôle  important;  à 
une  époque  on  y  comptait  plus  de  300  monastères,  et  saint 
Ephrem  y  séjourna. 

8°  Apamée  [arehiepiscopatus  Appamiensis),  de  nos  jours 
encore  métropole  ecclésiastique  groupant  les  sièges  suffra- 
gants (ÏAmatha,  cVAréthuse,  de  Balanée  et  de  Baphanée.  Au 
temps  du  rédacteur  Cencius  le  seul  suffragant  était  Valanée  (le 


l'orient    latin    censitaire    du    SAINT-SIÈGE.  241 

Balanée  ci-avant),  dont  nous  allons  parler.  Mais  tous  ces  sièges, 
y  compris  le  métropolitain,  ne  sont  que  titulaires.  Sept  villes 
portant  le  nom  d'Apamée  ont  mis  de  la  confusion  dans  Tiden- 
tification  de  celle-ci,  qui  fut  anciennement  VAfamiah,  et  actuel- 
lement Famieh  en  Syrie. 

9°  Valanée  [episcopatus  Valaniensis),  plus  communément 
désignée  sous  le  nom  de  Balaneus  et  Balneas,  petite  localité 
du  littoral,  au  sud  de  Gabala.  Simple  siège  titulaire,  dont  un 
prélat  français,  nommé  en  1898,  résidait  à  Colombo  (île  de 
Ceylan),  tout  en  étant  auxiliaire  de  l'archevêque  de  cette  ville 
métropolitaine. 

10"  Tulupa  (archiepiscopatus  Tulupensis) .  Quoique  le  rédac- 
teur de  l'inscription  ait  eu  le  soin  d'ajouter  :  qui  etiam  Eliopo- 
litanus  appellafur,  il  n'est  pas  aisé  d'identifier  cet  évêché. 
Ainsi  que  l'observe  l'éditeur-annotateur,  «  Tulupa,  un  peu  au 
nord  de  Cyr,  ne  répond  à  aucun  siège  antique  ».  Il  y  a  bien 
une  localité  épiscopale  dénommée  Héliopolis,  qui  n'est  autre  que 
Baalbek,  mais  elle  est  fort  loin  dans  l'Euphratésienne  et  de  la 
province  de  Damas.  Je  penserais  plutôt  à  Hiérapolis,  ajoute 
notre  éditeur,  c'est-à-dire  à  Mabboug,  ancienne  métropole  de 
cette  dernière  province,  dont  le  titre  avait  été  rattaché  à  Tu- 
lupa. Actuellement  Héliopolis  (Baalbek),  vraisemblablement 
la  ville  de  Baaloth  fondée  par  Salomon,  est  une  métropole 
simplement  titulaire  en  Turquie  d'Asie.  11  y  a  deux  sièges  catho- 
liques, l'un  des  maronites,  l'autre  des  melciiitos. 

11"  Cyr  {archiepiscopatus  Corizensis).  Plus  de  trace  de  ce 
siège  qui  était  métropolitain  au  xii^  siècle,  et  paraît  l'avoir 
été  encore  jusqu'à  la  conquête  de  xMahomet  11  en  1543.  Celte 
ville  dénommée  Coriza  n'est  autre  que  le  Kyrrhos  des  an- 
ciens et  le  Coritium  des  Croisés,  dans  la  province  Eupliraté- 
sienne. 

12°  Mamistra  (aj-chiepiscopatus  Mamistrensis).  Dépend  au- 
jourd'hui de  la  métropole  d'Anazarbe,  en  Turquie  d'Asie,  et  la 
ville  est  connue  sons  le  nom  de  Messis.  C'est  l'ancienne 
Mopsueste,  dans  la  IL'  Cilicie  et  qui  devint  métropolitaine  par 
le  transfert  du  siège  d'Anazarbe.  (Quelques  auteurs  ont  con- 
fondu cet  évèché,  qui  datait  du  v"  siècle,  avec  celui  de  Mallus 
(Malo),  dépendant  actuellement  de  la  métropole  de  Tarse  cl  dans 
la  Petite  Arménie.  Les  appellations  latines,  autant  que  sa  situa- 

OlilENT   ClliniTllCN.  itj 


242  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

tion  au  nord  de  Malins  et  au  sud  d'Aiiazarbe,  ne  permettent 
pas  cette  identification.  Notre  Mamistra  est  toujours  désignée 
sous  les  appellations  de  Maniistranus,  Mamisirenus  eiMopsues- 
tiensis.  De  nos  jours  Mopsuesto  est  simplement  évêché  titulaire. 

Là  s'arrête  la  nomenclature  des  sièges  censitaires  dressée 
par  Cencius;  nous  allons  voir  que,  postérieurement  à  la  pre- 
mière période  du  Liber,  une  seconde  main  ajouta  quelques 
autres  titres  censitaires.  Le  camérier  clôt  sa  liste  par  cette  re- 
marque se  rapportant  aux  sièges  dépendant  du  patriarcat 
d'Antioche  :  Archiepiscopi  supradicti  carent  episcopis  prop- 
ter  destructionem  civitatum.  Les  guerres  avaient  anéanti  les 
villes  épiscopales  du  ressort  de  cette  métropole.  Pour  comble 
de  malheur  s'était  consommé  le  schisme  qui  sépare  encore 
l'Église  grecque  de  l'Église  catholique.  A  partir  de  cette  époque 
(1054),  l'affaiblissement  de  l'empire  d'Orient  fit  des  progrès 
rapides,  et  les  divisions  de  ses  ennemis  retardèrent  seules  sa 
chute.  Malgré  les  secours  demandés  à  l'Occident,  rien  ne  peut 
être  consolidé  dans  ces  régions  où  Grecs  et  Latins  sont  si  op- 
posés de  caractère,  de  mœurs  et  d'habitudes.  Les  guerres  ci- 
viles achevèrent  ce  que  la  corruption  de  l'empire  grec  et  les 
coups  portés  par  les  Musulmans  n'avaient  que  trop  bien  pré- 
paré. 

On  comprend  que  plus  que  partout  ailleurs  la  protection  du 
Pape  était  nécessaire,  que  les  communautés  de  l'Église  latine 
avaient  à  recourir  à  cette  tutelle;  mais  comment  se  seraient- 
elles  groupées  pour  faire  défendre  leurs  droits  et  leurs  biens; 
d'autre  part,  comment  la  papauté  pouvait-elle  assurer  son  assis- 
tance? Les  souverains  pontifes  avaient  bien  suscité  les  expé- 
ditions des  chrétiens  occidentaux;  mais  leurs  œuvres  ne 
subsistaient  pas  longtemps,  sous  le  coup  des  soulèvements  et 
du  fanatisme  qui  occasionnaient  tant  de  ruines  au  milieu  de 
ces  riches  et  ardentes  populations  orientales.  Aussi  bien  le 
rédacteur  du  Liber  censuum  ne  put  que  dresser  le  tableau  des 
diocèses  soumis  au  Saint-Siège,  sans  avoir  moyen  d'inscrire 
et  d'attester  les  secours  pécuniaires  ou  les  redevances  qui  au- 
raient dû  en  venir. 


l'orient    latin    censitaire    du    SAINT-SIÈGE.  243 


3"  Patriarcat  de  Constantinople. 

Aux  titres  que  nous  venons  de  parcourir,  on  consigna  dans 
le  Regestwn  censier,  probablement  au  xiii"  siècle,  trois  censi- 
taires, avec  le  détail  de  leurs  obligations  et  de  leurs  droits. 
Ces  mentions  sont  écrites  de  seconde  main  et  pour  l'époque 
que  l'éditeur  dit  ne  pas  être  postérieure  à  l'année  1236.  Ces 
établissements  censiers  se  trouvaient  dans  l'empire  de  Constan- 
tinople fondé  en  1204.  Cette  année-là,  les  Croisés,  au  nombre 
de  20.000,  s'emparèrent  de  cette  ville,  et  voyant  l'anarchie 
dans  laquelle  était  tombé  l'empire  d'Orient,  placèrent  sur  le 
nouveau  trône,  au  titre  d'empereur,  Baudouin,  comte  de  Flandre 
et  de  Hainaut.  —  Nous  avons  déjà  dit  que  l'antipathie  de  race 
rendit  impossible  la  fusion  entre  Grecs  et  Latins;  aussi  l'em- 
pire de  Constantinople  succomba-t-il  après  une  durée  d'un  peu 
plus  d'un  demi-siècle  (1261).  C'est  donc  entre  ces  deux  dates 
que  durent  être  inscrites  les  cotes  censitaires  qui  vont  suivre. 

Quant  au  chef-lieu  de  l'ancien  patriarcat,  il  n'est  plus  au- 
jourd'hui que  le  siège  d'un  Vicariat  patriarcal  apostolique. 
En  1762,  la  Syrie,  la  Palestine,  l'île  de  Chypre  furent  déta- 
chées de  ce  siège  pour  former  le  Vicariat  apostolique  d'Alep, 
qui  à  son  tour  fut  démembré  pour  la  constitution  du  nouveau 
patriarcat  latin  de  Jérusalem  comme  nous  l'avons  vu  ci-avant. 
Un  décret  du  3  mars  1868  confère  le  vicariat  de  Constantinople 
pour  les  latins,  comme  celui  de  vie.  pair,  ap.,  d'après  le 
décret  de  Benoît  XIX,  du  15  avril  1742.  Le  titulaire  est  de  plus 
«  délégué  apostolique  »,  avec  résidence  à  Pancaldi.  Pour  les 
Bulgares,  voir  ce  que  nous  disons  plus  haut  à  propos  de  la 
Thrace  et  de  la  Macédoine. 

Ce  patriarcat,  fondé  en  325  avec  Métrophane,  cessa  en  1043 
avec  Michel  Cérulaire.  11  devint  siège  latin  effectif  (résidentiel) 
en  1205  avec  Maurocenus,  et  demeura  tel  jusqu'à  l'expulsion 
de  Pantaléon  Justinianus  en  1261,  alors  que  les  schismati- 
ques  conduits  par  Michel  VIII  Paléologue  s'emparèrent  de  la 
ville.  Depuis  lors  le  titre  est  conféré  à  des  prélats  non  résidents. 
«  On  remarquera,  dit  M^'  Battandier,  que  si  les  autres  pa- 
triarcats ont  plusieurs  titulaires  suivant  les  divers  rites,  celui- 


244  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

ci  n'a  qu'un  seul  titulaire,  qui  réside  à  Rome.  C'est  bien  la 
fin  du  fameux  patriarcat  de  Constantinople  qui  a  été  pour 
rÉglise  la  cause  de  tant  de  maux  (1).  » 

En  1830,  le  pape  Pie  VIII,  ému  des  souffrances  des  Armé- 
niens de  la  Turquie  d'Europe,  cruellement  persécutés,  leur 
donna  un  archevêque-primat  qui  s'établit  à  Constantinople  et 
exerça  sa  juridiction  sur  tous  les  Arméniens  non  soumis  au 
patriarcat  de  Cilicie.  Vingt  ans  plus  tard.  Pie  IX  créait  six 
diocèses  arméniens  dans  l'Asie  Mineure  et  les  plaçait  sous  la 
dépendance  de  l'archevêque-primat.  Cependant  les  Arméniens 
désiraient  la  réunion  de  leur  siège  patriarcal  de  Cilicie  et  du 
siège  primatial.  Pour  préparer  cette  réunion,  il  fut  décidé  qu'à 
l'avenir  ce  siège  patriarcal  serait  transporté  à  Constantinople; 
ce  qui  a  été  établi  par  la  bulle  Reversuriis  du  12  juillet  1867  (2). 

Les  censitaires  du  ressort  de  Constantinople  sont  ainsi  si- 
gnalés dans  le  registre  de  la  Chambre  apostolique  : 

«  In  imperio  Constantinopolitano.  1°  Apud  Tliessalonicam 
monasterium  Acapni  débet  annuatim  X  yperpera  pro  censu. 
Ipsum  enim  monasterium  dominus  Imiocentius  papa  III, 
pontiftcatus  sui  anno  XIII,  sub  ecclesie  Romane  protectione 
recepit  sub  predicto  censu  annuatim  solvendo.  »  Aux  termes 
de  ce  relevé,  la  «  protection  »  accordée  par  le  souverain  Pon- 
tife remontait  à  l'année  1210.  La  bulle  signalée  est  datée  du 
30  mars,  comme  on  peut  le  voir  dans  le  texte  publié  par 
Potthast  (3).  On  y  lit  la  clause  très  explicite  du  gage  de  tutelle, 
de  même  que  le  quantum  de  Tobligation  récognitive  :  «  ad  in- 
dicium  protectionis  perceptce  decem  hyperpera  annis  singulis 
persol vêtis  ». 

Du  monastère  d' Acapni,  ainsi  placé  sous  la  protection  apos- 
toliciue,  nous  ne  savons  que  ce  qui  en  est  dit  dans  la  brève 
annotation  du  scribe  fiscal  :  il  était  situé  dans  la  juridiction, 
peut-être  même  dans  la  ville  de  Thessalonique,  capitale  de  la 
Macédoine.  Là  était  le  siège  d'une  métropole  ecclésiastique; 
mais  la  métropole  civile  disparut  à  l'époque  de  la  réunion  de 
cette  ville  à  l'empire  de  Nicée,  en  1232.  Aujourd'hui  au  pou- 

(1)  Annuaire  pontifical  catholique,  an.  1904,  p.  2G1. 

(2)  \o\v  Atlas  des  Missions  catholiques,  j^ar  Werner,  traduit  de  rallemand  par 
Valérien  Groffior.  —  Lyon,  1886,  bureaux  des  Missions  catholiques. 

(,3)  Rdî/esta  pontif.  rom.,  n°  3953;  XIll,  36. 


l'orient    latin    censitaire    du    SAINT-SIÈGE.  245 

voir  des  Turcs,  sous  le  nom  de  Saloniki  (Salonique),  elle  a 
un  siège  métropolitain  titulaire,  dont  les  suffragants  sont  : 
Acanthe,  Apollonie,  Lita,  Parëcopolis,  Thasus  et  Torone. 
Les  catholiques  du  rite  grec-bulgare  ont  les  deux  vicariats 
apostoliques  de  Thrace  et  de  Macédoine,  Tun  pour  les  Bulgares 
de  ce  rit.  Ce  siège  fut  érigé  à  Salonique  par  Léon  XIII,  le 
12  juin  1883.  Salonique  est  aussi  la  résidence  d'un  métropolite 
schismatique  grec.  —  Le  cens  annuel  du  couvent  d'Acapni 
était  payé  en  monnaie  d'or  des  empereurs  grecs  dite  yper- 
près. 

2°  A  Constantinople  l'important  hôpital  dit  de  Saint-Samson 
relevait  aussi  du  souverain  Pontife,  et  de  ce  chef  était  imposé 
annuellement  de  trois  yperprès.^pwoJ  Constantinopolim  hospi- 
tale  sancti  Sansonis  débet  annuatini  ecctesie  Romane  pro 
censu  III  yperper.  Ce  fut  Innocent  III  qui  prit  sous  sa  pro- 
tection les  biens  dudit  hôpital,  y  compris  le  castrum  (château) 
de  Garelli,  don  de  l'empereur  Henri.  L'engagement  réciproque 
fut  stipulé  par  une  lettre  pontificale  du  10  juillet  1208,  et  con- 
firmé par  second  document  apostolique,  daté  du  16  mars  1210. 
Malheureusement  la  partie  de  ces  titres  adressés  «  Magistro 
(Pr^ceptori)  etfratribus  hospitalis  »,  ne  s'est  pas  conservée  (1). 
Ce  œenodochiiim,  le  plus  célèbre  de  Constantinople,  était 
situé  derrière  la  basilique  de  Sainte-Sophie,  entre  cette  église 
et  Sainte-Irène;  sa  fondation  remontait  au  delà  de  Justinien  (2). 

3°  Un  troisième  censitaire  est  désigné  sous  cette  formule  : 
Ecclesia  sancti  Marci  Cretensis  débet  annuatim,  ecctesie  Ro- 
mane pro  censu  I  yperperum.  Les  renseignements  faisant 
défaut,  il  est  aussi  difficile  d'identifier  cet  établissement 
ecclésiastique  et  de  dire  le  motif  de  la  tutelle  apostolique,  pour 
laquelle  il  fut  inscrit  dans  le  registre  caméral.  S'agit-il  d'une 
église  dédiée  à  saint  Marc  dans  la  ville  ou  le  ressort  de  Cons- 
tantinople, ou  bien  faut-il  se  transporter  en  Crète,  le  Cretensis 
de  la  grande  île  de  Candie  en  Turquie?  Ce  siège  épiscopal, 
actuellement  suffragant  de  Smyrne,  eut  des  archevêques  latins 
depuis  l'année  1213  jusqu'en  1669.   Le  pape  Pie  IX  rétablit 

(1)  Cf.  Potthast,  n"'  3451,  3938,  5211,  et  Pressuti,  n"  4088. 

(2)  Sur  les  restes  de  la  chapelle,  identifiés  par  Mordtmann,  voir  Revue  de  l'art 
chrétien,  1891,  p.  472.  —  Relativement  à  la  fondation,  cf.  Procope.  Aedif.,  I,  3, 
traduction  par  Martin  Fumée;  it.,  Ducange,  CP.  chrisliana,  p.  161. 


246  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

l'évêché  le  21  décembre  1874,  avec  résidence  du  titulaire  à  La 
Canée. 


Le  Provincial  de  FÉglise  d'Orient  au  moyen  âge  sera-t-il  ja- 
mais complété?  Nous  le  souhaitons.  En  l'état  où  il  est,  on  peut 
croire  que  ce  n'est  qu'un  fragment.  Si  les  fascicules  du  Liber 
censuum,  qui  sont  encore  à  paraître,  en  apportaient  quelque 
autre  partie  ou  des  documents  plus  circonstanciés,  ce  serait 
une  bonne  fortune  pour  ceux  qui  s'intéressent  à  la  vie  de  cette 
Église  dans  les  temps  anciens.  Sa  constitution  même  pour  la 
période  que  nous  avons  parcourue  devait  être  autrement  impor- 
tante qu'elle  ne  le  paraît  dans  les  courtes  et  sèches  indications 
du  rédacteur. 

Une  chose  qui  frappe  quand  on  rapproche  la  nomenclature 
des  censitaires  orientaux  des  listes  concernant  les  autres  pays 
de  la  catholicité,  c'est  le  peu  de  variété  dans  la  matérialité  du 
cens  payé  par  les  premiers.  On  ne  relève  pour  ceux-ci  que 
des  redevances  en  monnaie  d'or,  et  par  trois  fois  certaine  quan- 
tité de  ce  métal  non  monnayé.  Des  autres  régions  arrivaient  au 
Saint-Siège  des  étoffes  de  lin  ou  de  soie,  du  drap  d'or,  de  l'en- 
cens, de  la  cire,  de  l'huile,  des  aromates,  des  chevaux  avec  ou 
sans  leur  harnachement.  Les  contrées  maritimes  envoyaient 
des  poissons  frais  ou  même  en  salaisons.  Le  Groenland  se  libé- 
rait avec  des  peaux  de  bœufs  et  de  phoques,' des  dents  de  mor- 
ses, des  fourrures.  Ceux  qui  étaient  plus  proche  de  Rome 
fournissaient  la  table  pontificale  de  pain,  de  vin,  d'épices,  de 
gâteaux,  de  fruits  fraîchement  cueillis  (1). 

(I)  A  titre  de  simple  indication,  et  pour  montrer  ce  côté  utilitaire  du  Liber 
censuum,  nous  citerons  parmi  les  offrandes  ou  redevances  envoyées  de  l'église  de 
France,  «  un  cheval  blanc  avec  son  baudequin,  equum  album  coopertum  baldechino  « 
(église  de  Remiremont,  au  diocèse  de  Saint-Dié);  puis  plus  tard  on  ajouta  "  un  au- 
tour, auscoHnum  ».  Le  monastère  de  Saint-Bernard  de  Romans  (diocèse  de  Va- 
lence) adressait  tous  les  ans  ■<  un  setier  d'amandes,  sextarium  amicdalarum  •■. 
Celui  d'Anlau  (diocèse  de  Strasbourg)  fournissait  annuellement  «  3  pièces  de  lin  à 
l'usage  du  pape,  trespannos  lineos  pontifici  usui  aptos  ».  A  Autun,  le  monastère  de 
Vézelay  donnait  «  1  livre  d'argent  pur,  i  libram  argenti  puri  »,  etc.,  etc..  Cf. 
notre  Étude  signalée  plus  haut.  En  Italie,  par  exemple,  l'évêque  d'Anagni  devait 
offrir  à  chaque  couronnement  de  pape,  «  65  coudées  d'étoffes,  200  écueUes  et  20 
sous  ».  Dans  ce  même  diocèse,  les  habitants  d'Anticoli  avaient  charge  d'envoyer, 
pour  la  fête  de  Noël,  <■  50  échinées  de  porc  et  50  gâteaux  »,  dits  placentas  (Voir 
pour  ceci  Liber  censuum,  fasc.  I,  p.  12). 


l'orient  latin  censitaire  du  saint-siège.  247 

A  part  ces  dernières  offrandes  en  nature,  FOrient  pouvait  pré- 
senter des  objets  aussi  utiles  et  non  moins  appréciables.  La 
richesse  du  sol,  son  industrie  très  avancée,  son  vaste  commerce 
lui  permettaient  de  rivaliser  avec  l'Occident,  soit  pour  les 
étoffes  et  les  denrées,  soit  pour  des  objets  d'art  et  les  matières 
précieuses.  Il  faut  bien  dire  qu'il  était  difficile  aux  catholiques 
d'entretenir  des  relations  d'affaires  avec  Rome,  alors  que  leur 
pays  était  déchiré  par  les  guerres  de  race  dégénérant  en  luttes 
religieuses,  qui  allaient  jusqu'au  schisme.  Bien  plus  aisément 
ils  pouvaient  faire  parvenir  l'argent,  soit  par  le  collector  offi- 
ciel, soit  par  quelque  banquier  attitré,  notamment  par  les  Tem- 
pliers, tout  indiqués  pour  cet  office  et  qui  entretenaient  des 
relations  avec  leurs  nombreuses  maisons  dans  toute  la  catho- 
licité. Ainsi,  entre  autres  faits,  le  patriarche  de  Jérusalem,  Gi- 
raud,  informait  (v.  1232)  le  cardinal  de  Capoue  que  l'évêque 
d'Acre  lui  avait  remis  300  marcs,  provenant  d'un  don  de  l'évê- 
que de  Norwich  (Angleterre),  et  qu'il  a  déposé  cette  somme  chez 
les  Templiers  où  elle  est  à  la  disposition  du  pape  (1). 

Au  demeurant,  que  l'Orient,  aussi  riche  fût-il,  ait  peu  fourni 
de  ressources  au  Saint-Siège,  il  n'y  a  pas  de  quoi  s'étonner. 
A  l'époque  qui  nous  a  occupé  dans  ce  travail  de  statistique,  c'est 
la  Papauté  qui  fournissait  au  contraire  des  ressources  à  la 
malheureuse  Église  orientale.  Que  de  fois  les  papes  firent  appel 
à  l'Occident  pour  l'entretien  des  armées  destinées  à  la  déli- 
vrance du  Saint-Sépulcre  et  à  la  défense  des  chrétiens  contre 
la  barbarie  des  infidèles!  C'était  l'impôt  de  la  guerre  sainte, 
dite  aussi  ô! ultramare,  la  vicesima  Terrœ  sanctœ,  décrétée 
par  le  concile  de  Latran  (2). 

Le  berceau  de  l'Église  catholique  méritait  bien  ce  dévoue- 
ment et  ces  sacrifices.  Les  pontifes  romains,  on  le  sait  et  nous 
l'avons  rappelé  ci-avant,  ne  faillirent  pas  à  ce  devoir  :  en  cou- 
vrant de  leur  protection  l'Orient  chrétien,  ils  faisaient  plus  que 
se  désintéresser  des  modiques  redevances  que  leurs  «  protégés  » 


(1)  « ...  a  magistro  hospitalis  sancti  Johannis  recepimus  centuni  marchas,  et  ab 
officialibus  fratris...  Acconensis  episcopi  ducentas  de  helemosina...  Nonvicensis 
opiscopi,  et  eas  deposuimus  in  loco  tiito,  videlicct  in  domo  Templi,  ut  ad  man- 
datum  domini  pape  et  vestrum,  quandocumquc  necesse  fuerit,  fideliter  expen- 
dantur  ».  Cf.  Liber  censuum,  fasc.  IV,  p.  481-48-2. 

(2)  Potthast,  n"  G900. 


248  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

devaient  payer  comme  signe  d'attachement  et  de  piété  filiale, 
et  compensation  de  «  la  liberté  et  exemption  »  dont  ils  bénéfi- 
ciaient. Le  cens,  en  effet,  était  plutôt  lien  moral  que  charge 
matérielle.  Lorsque  l'Orient  ne  put  pas  prouver  ainsi  son  atta- 
chement au  siège  apostolique,  il  n'en  était  pas  moins  cher  au 
cœur  du  pontife  de  l'Église  universelle.  Non  seulement  le  Père 
déchargeait  ces  enfants  de  cette  obliii'ation,  mais  il  leur  parta- 
geait ses  ressources  et  se  faisait  mendiant  pour  les  secourir. 

Ces  dernières  réflexions  suggérées  par  un  côté  de  la  présente 
étude  peut  être  une  réponse  de  plus  aux  attaques  trop  souvent 
suscitées  contre  la  Caméra  pontificale,  soit  au  sujet  de  ses 
prétendus  trésors,  soit  à  propos  des  réformes  fiscales  introduites 
par  les  plus  grands  papes  du  moyen  âge.  Que  de  fois  les  pon- 
tifes de  Rome  eurent  à  dire  avec  Honorius  III  :  «  Camerani 
evacuavimus,  la  caisse  est  épuisée!  »  Ce  n'est  pas  l'Église 
d'Orient  qui  aidait  à  la  remplir... 

Sans  plus  de  considérations  et  de  déductions,  nous  résume- 
rons cette  étude  en  ces  quelques  lignes  :  Par  des  pièces  d'une 
authenticité  indiscutable,  on  connaît  la  partie  de  l'Église  orien- 
tale inscrite  officiellement  comme  tributaire  du  siège  aposto- 
lique. Répandus  entre  les  trois  patriarcats  de  Jérusalem,  d'An- 
tioche  et  de  Constantinople,  dix-neuf  centres  diocésains  pouvaient 
se  réclamer  de  la  «  protection  papale  y>.  Que  si  la  quotité  du 
cens  est  consignée  pour  huit  communautés  ou  individualités 
seulement,  il  ne  faut  pas  en  conclure  que  les  temporalités  du 
Saint-Siège  dans  l'Orient  chrétien  n'aient  pas  été  plus  nom- 
breuses. Évidemment  les  églises,  les  couvents  et  établissements 
religieux  qui,  dès  la  première  heure,  fleurirent  en  grand  nom- 
bre dans  cette  partie  de  la  catholicité,  ne  furent  ni  moins  dévoués 
au  pontife  romain  que  ceux  d'Occident,  ni  moins  intéressés  à 
profiter  des  avantages  de  «  l'exemption  »  et  des  garanties  assu- 
rées par  «  la  tutelle  papale  ».  De  leur  côté  les  papes  étaient  aussi 
vigilants  sur  le  temporel  et  le  spirituel  de  ces  fidèles,  et  autant 
obligés  à  les  faire  participer  aux  charges  connues  de  la  sainte 
Église.  Le  silence  et  le  laconisme  du  Regestum  censuale  ne 
sauraient  infirmer  ces  droits  et  ces  devoirs  respectifs.  Malgré 
leur  rareté  et  leur  peu  d'étendue,  les  notes  laissées  en  ce  livre 
par  les  clercs  de  la  trésorerie  apostolique,  suffisent  néanmoins 


l'orient    latin    censitaire    du    SAINT-SIÈGE.  249 

à  prouver  que,  du  xii"  au  xvi"  siècle,  l'Orient  latin  était  attaché 
au  siège  romain  plus  que  par  la  foi  et  la  hiérarchie  :  il  en  était 
aussi  censitaire. 

Camille  Daux, 

missionnaire  apostolique. 


NOTE  ADDITIONNELLE 


Un  nouveau  fascicule  du  Liber  censuiim  (le  cinquième)  a  paru  au  moment 
où  ces  pages  étaient  à  l'impression.  11  débute  précisément  par  une  seconde 
nomenclature  des  diocèses  de  l'Église  orientale  ;  mais,  outre  que  ce  docu- 
ment ne  nous  apprend  rien  de  plus  au  sujet  des  censitaires  du  Saint-Siège, 
l'éditeur  observe  que  la  majeure  partie  «  est  dépourvue  de  valeur  et  ne  ré- 
pond à  aucune  réalité  ecclésiastique  ».  Toutefois  ce  catalogue,  qui  repro- 
duit (p.  4-8)  la  constitution  diocésaine  de  l'Orient  à  telles  époques  qui  ne  sont 
pas  précisées,  fait  connaître  bien  des  sièges  épiscopaux  passés  sous  silence 
dans  la  liste  ci-dessus  énumérée.  De  part  et  d'autre  la  titulature  est  com- 
prise dans  les  trois  patriarcats  de  Jérusalem,  d'Antioche  et  de  Constanti- 
nople. 

1°  Pour  le  patriarcat  de  Jérusalem  on  relève  74  sièges  épiscopaux,  sous 
4  métropoles,  qui  sont  :  Césarée  (avec  19  sufFragants),  Scythopolis  (8  suff.), 
Petra  (12  suff.)  et  Bostra  (35  suff.).  —  A  propos  de  Scythopolis,  ou  Bethsan,  le 
rédacteur  remarque  qu'à  son  époque  (et  nous  l'avons  constaté  ci-avant)  ce 
siège  fut  transféré  à  Nazareth,  hodie  translata  est  sedes  ad  Nazareth: 
et  il  en  donne  le  motif  de  convenance,  qu'il  est  bon  de  consigner  ici  :  ob 
venerationem  annuntiationis  dominice  et  nativitatis  béate  Marie  virginis. 
—  En  plus  de  ces  évêchés,  il  y  en  avait  26  autres  suffragants  directs  de 
Jérusalem,  tandis  que  nous  n'avons  eu  à  en  signaler  que  3.  Au  total,  d'aprè.'i 
cette  nouvelle  rédaction,  dans  ce  patriarcat  se  mouvaient  103  sièges  archié- 
piscopaux ou  épiscopaux.  On  pourra  rapprocher  cette  liste  de  celle  qui  fut 
donnée  ici  même,  dans  l'article  sur  L'érection  du  patriarcat  de  Jérusalem^ 
451,  par  le  R.  P.  Siméon  Yailhé  {n"  1,  année  1899).  D'après  le  préambule  du 
Liber  ce  patriarcat  aurait  été  institué  au  cinquième  concile  œcuménique. 

2°  Dans  le  patriarcat  d'ANTiocHE  qui,  d'après  la  rédaction  ci-avant,  devait 
comprendre  153  cathédrales,  le  nouveau  catalogue  en  porte  114  plus  11  mé- 
tropoles ;  mais  il  ne  mentionne  pas  de  suffragants  directs  du  patriarche, 
alors  que  nous  en  avons  constaté  5  dans  la  nomenclature  précédente.  Les 
métropoles  du  nouveau  catalogue  sont  :  Tyr  (avec  13  suffragants),  Tharse 
(5  suff.),  Édesse  (10  suff.),  Apamée  (7  siiïï.),  Biérapolis  (S  snîf.),  Bostra 
(19  suff.),  Anavarza  (8  suff.),  Séleucie  (24  suff.),  Damas  (10  suff.),  Xicosie 


2;!!)0  REVUE  DE  l'orient  chrétien. 

(3  suff.)  et  Tirnovo  (7  suff.)-  H  faut  ajouter  Yerinipolis  et  Ani,  que  le  ré- 
dacteur place  sous  la  désignation  de  calholici.  Le  premier  siège  est 
celui  de  Bar/dad  sur  le  Tigre,  ancien  archevêché  arien,  devenu  évêclié 
latin  en  1632  ;  le  second  est  VAni-Kari,  ou  Perside,  érigé  au  concile  de  Nicée 
en  325,  autrefois  siège  des  patriarches  arméniens. 

3»  En  ce  qui  concerne  Constantinople,  le  rédacteur  que  nous  avons 
suivi  a  mis  pour  cote  :  in  imperio  Constant inopolitano,  ce  patriarcat, 
au  xii<=  siècle,  n'était  pas  au  pouvoir  des  Latins  ;  le  second  rédacteur  porte, 
au  contraire,  la  rubrique  ecclésiastique  in  archiepiscopatu.  Tandis  que  le 
premier  n'a  cité  que  trois  titres,  ici  nous  avons  une  liste  de  23  métropoles, 
plus  6  évêchés  suburbicaires.  Les  métropoles  sont  :  Héraclée  (avec  7  suff.), 
Parium  (3  suff.),  Esquise  (9  suff.),  M é risse  (3  suff.),  Vadyte,  Andrinople 
Trajanopolis  (1  suff.),  Makii  (1  suff.),  Messinopolis  (1  suff.),  Philippes 
(3  suff.),  Serrés,  Thessalonique  (2  suff.),  Larisse  (6  suff.),  Néo-Patras 
(1  suff.),  Thèbes  (2  suff.),  Athènes  (8  suff.),  Corinthe  (1  suff.),  Patras 
(7  suff.),  Corfou,  Durazzo,  Crète  (4  suff.),  et  Colosse  ou  Rodes.  Ce  sont  donc 
59  évêchés,  relevant  de  23  métropolitains,  à  ajouter  aux  6  sièges  autocé- 
phales  ou  indépendants.    • 

Dans  ce  patriarcat  nous  trouvons  les  trois  censitaires  précédemment  en- 
registrés et  avec  la  même  formule  :  a)  l'hôpital  de  St-Samson  :  b)  le  monastère 
d'Acapni  ;  c)  St-Marc  Cretensis.  Au  sujet  de  ce  dernier  nous  avons  ici  la  ré- 
ponse au  doute  que  nous  émettions  :  il  s'agit  d'une  église  dédiée  au  saint 
évangéliste  dans  la  cité  même  de  Crète. 

—  Ainsi  donc,  comme  nous  l'exprimions  au  début  et  à  la  conclusion  du 
présent  article,  la  suite  de  la  publication  du  Liber  censuum  est  venue  déjà 
aider  à  combler  de  regrettables  lacunes  sur  la  composition  de  l'Eglise 
d'Orient  à  travers  les  âges.  Il  en  est  de  même  pour  diverses  parties  du 
monde  catholique.  Ces  listes  sont  encore  complétées  par  les  extraits  du  ma- 
nuscrit d'Albinus  qui  forment  une  troisième  partie  de  cette  publication 
(cf.  pp.  96-106;  et,  pour  le  cens  du  monastère  \alle  Josaphat,  au  patriarcat 
de  Jérusalem,  voir  p.  122). 

C.  Dvux. 


DOCUMENTS  DE  SOURCE  COPTE 

SUR  LA  SAINTE  VIERGE 

{Fin)  (I) 


2.  Épigraphie. 

Le  nom  de  Marie  est  aussi  célébré  par  Tépigraphie  copte. 
Parmi  les  nombreuses  épitaphes  retrouvées  en  Egypte  et  con- 
servées au  musée  des  antiquités  égyptiennes  au  Caire  et  au 
musée  gréco-romain  d'Alexandrie,  les  unes  prennent  l'allure 
de  litanies  ;  la  Sainte  Trinité,  la  Sainte  Vierge,  les  Saints  y  sont 
invoqués  en  faveur  du  défunt. 

Marie  y  est  désignée  sous  les  titres  : 

BAriA  uApiA  sainte  Marie; 

■tnApeeiioc  hbovab  la  Vierge  Sainte  ; 

-fuAciiovf,  -f-oeoTOKoc  la  Mère  de  Dieu; 

ouAv  eeovAB    irre  nxc  la  sainte  mère  du  Christ; 

euAT  GTcuApcooTT  'iiT6  nxc  la  uièro  béulc  du  Clirist ; 

OUAV    u nia)ii J3  la  mère  de  la  vie. 

Comme  exemple,  voici  deux  de  ces  épitaphes  copiées  au  musée 
d'Alexandrie  : 

N°  289.     [neitoT   n."JHpe   neniiA 

eTOVAAB    ARA 

lepeuiAC   ARA    eu] 

LiiX     IIBIIIUJT     UIJCA 

H.\     =     PABpiHA    =    OAT 

lA    UApiA    AUA    Cl 

(1)  Voy.  1905,  p.  182. 


252  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

liVAA  =  ApmueeoT 
e   iiiepHMiAC  naco 
Il   iVBBUTOii    uoq 
Il  cor   =   Kï.  ==  unA^o 
lie  ==  211   iioveipH 
Il  H  eau  H  II    a    ii6Tpe 

lieBCOII     ABUTOII     LIOB 

ncov   le  iieu^ip 

2611     OV    HipHIIH 

2AUHII 

(«  Le  Père,  le  Fils,  le  Saint-Esprit,  apa  Jérémie,  Apa)  Enoch, 
notre  père  Michel,  Gabriel;  sainte  Marie,  mère  Sibylle;  souve- 
nez-vous de  Jérémie,  mon  frère,  il  s'est  endormi  le  27  Pachons, 
en  paix.  Amen.  Pierre,  son  frère,  s'est  endormi  le  19  Amschir, 
en  paix.  Amen.  » 

N°  275.  [neicoT]   ii^upe   iien 

[liev]uA    6TOVAAB 
[ara    mjpHUIA    ARA 
[eilCOx]    BATIA    LIApiA 

[ctbta]aa  naiicoii 

■  Il    TAB6 
IICOOV    » 

r»6iii   » 

«  Le  Père,  le  Fils,  le  Saint-Esprit,  Apa  Jérémie,  Apa  Enoch, 
sainte  Marie,  mère  Sibylle,  notre  frère  (s'est  endormi)  le...  de 
ïobi....  » 

II 

MONUMENTS 

La  littérature  copte  n'est  pas  seule  en  Egypte  à  chanter  les 
gloires  de  la  Vierge  Immaculée;  les  arts  aussi  s'unissent  à  ce 
concert  de  louanges  et  la  note  qu'ils  ajoutent  ne  manque  pas  de 
suavité.  L'architecture  édifie  des  églises  en  l'honneur  de  Marie  ; 
sous  la  main  de  l'artiste,  le  marbre,  le  bois,  les  toiles  s'ani- 


DOCUMENTS  DE  SOURCE  COPTE  SUR  LA  SAINTE  VIERGE.   253 

ment  pour  reproduire  ses  traits  majestueux.  Cependant,  ne  de- 
mandons pas  de  chef-d'œuvre  à  l'art  copte,  il  n'est  pas  riche  en 
ce  genre  de  productions.  Faute  de  parfait  et  de  fini,  contentons- 
nous  de  l'idée  et  de  la  bonne  volonté  de  l'auteur. 

Il  ne  peut  être  question  d'entrer  dans  tous  les  détails  que 
comporterait  le  sujet,  nous  le  limitons  à  deux  chefs  principaux  : 
les  églises  et  les  monuments  figurés. 

1.    ÉGLISES. 

Au  xi^  siècle,  il  y  avait  en  Egypte  plus  de  soixante  églises 
dédiées  à  la  Sainte  Vierge  (1). 

Elles  s'échelonnaient  sur  les  deux  rives  du  Nil  depuis  Alexan- 
drie jusqu'à  Assouan. 

Chaque  ville,  chaque  bourg  important  en  possédait  une  ou 
même  plusieurs.  Il  s'en  trouvait  deux  à  Taha,  autant  à  Aschrouba 
en  Haute-Egypte,  trois  à  Coptos  en  comptant  celle  du  monas- 
tère placée  également  sous  le  vocable  de  Marie,  six  au  Caire. 
D'un  grand  nombre  de  ces  églises,  il  ne  reste  rien  aujourd'hui; 
elles  sont  tombées,  victimes  de  l'abandon  et  parfois  de  l'incen- 
die ou  du  pillage  des  envahisseurs.  Déjà  au  xv"  siècle,  d'après 
l'historien  arabe  Makrizi,  beaucoup  avaient  été  détruites.  De 
celles  du  Caire  cinq  ont  échappé  à  la  ruine  et  sont  encore 
lieux  de  culte.  Dans  la  dédicace  des  églises,  les  Coptes  ne  con- 
naissaient pas  ces  distinctions  de  vocables,  si  répandues  dans 
l'Église  latine;  ils  n'avaient  pas  l'église  de  l'Assomption,  de  la 
Nativité;  c'était  toujours  «  l'église  de  la  Vierge,  de  la  Vierge  Ma- 
rie, de  Notre-Dame,  la  Vierge  pure  ».  Une  seule  exception  se 
trouve  dans  une  église  située  à  dix-huit  milles  du  Vieux-Caire 
et  connue  sous  le  nom  de  «  Mère  de  Dieu  ». 

'Le  calendrier  de  l'Église  copte  indique  au  21  Tobi  (Janvier) 
«  la  consécration  de  la  première  église  placée  sous  le  vocable 
de  la  Vierge,  mère  de  Dieu  ».  C'est  l'église  du  fameux  monas- 
tère de  la  Haute-Egypte,  deir-el-Moharraq ,  construit  sur  le 
lieu  même  où,  d'après  la  légende  copte,  séjourna  la  Sainte  Fa- 
mille durant  son  exil. 


(I)  Evctts  et  Butler,  Churches  and  inona^tcries  in  Ef/ypl  by  Abou  Saleh,  Oxford, 
1895. 


254  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Au  rapport  d'Abou  Salelj,  c'est  la  plus  ancienne  église  de  la 
Haute-Egypte;  la  consécration  en  fut  faite  avec  solennité  le 
6  Hathor  et  le  rit  qui  fut  employé  servit  de  modèle  à  toutes  les 
consécrations  postérieures. 

Effectivement  cette  église  semble  remonter  aux  premiers  siè- 
cles du  Christianisme  en  Egypte  et  avoir  joui  dans  l'antiquité 
d'une  grande  renommée.  Tous  les  historiens  musulmans  ou 
chrétiens  la  mentionnent  avec  le  monastère  qui  lui  est  attenant. 
D'après  Makrizi,  un  nombreux  pèlerinage  s'y  réunissait  le  jour 
de  la  Pentecôte.  Le  discours  attribué  au  Patriarche  Théophile 
(fm  du  iv"  siècle),  prédécesseur  de  saint  Cyrille,  en  fait  un 
magnifique  éloge  (1). 

Théophile  était  allé  en  Haute-Egypte  pour  faire  fermer  les 
temples  païens.  La  fête  de  l'église  de  Moharraq  approchant,  on 
l'invita  à  venir  la  célébrer  lui-même  au  couvent  où  vivaient 
trois  cents  moines.  Il  y  arriva  accompagné  de  dix  évêques,  trois 
jours  avant  la  fête  (21  Tobi),  y  resta  un  certain  temps  et  c'est  là 
qu'il  aurait  prononcé  ce  discours  où  il  célèbre  la  gloire  de  cette 
montagne  sanctifiée  par  les  pas  de  l'Enfant  Dieu  et  de  sa  Mère 
Immaculée. 

Quoi  qu'il  en  soit,  monastère  et  église  sont  aujourd'hui  en- 
core en  grand  honneur  parmi  les  chrétiens  de  la  Haute-Egypte. 
Soixante-dix  moines,  malheureusement  schismatiques,  y  gar- 
dent les  traditions  de  leurs  prédécesseurs. 

Au  milieu  du  xix^  siècle,  tous  les  biens  du  couvent  furent 
confisqués  par  le  Gouvernement,  et  ce  fut  grâce  à  la  puissante 
intervention  d'un  Copte  catholique,  le  grand  Ghali,  qu'ils  furent 
restitués. 

Les  sanctuaires  de  pierre  sont  pour  ainsi  dire  le  corps  de  la 
dévotion  à  la  Sainte  Vierge;  les  pratiques  pieuses  qui  s'y  ac- 

(1)  Voici  ce  que  dit  Amélineau  de  ce  discours  :  «  Les  moines  du  monastère  de 
Moharraq  m'ont  raconté  que  la  Sainte  Vierge  avait  conduit  l'Enfant  Jésus  à 
l'emplacement  où  s'élève  maintenant  leur  monastère;  et  il  existe  dans  la  littéra- 
ture copte  un  discours  attribué  à  Théophile,  le  patriarche  d'Alexandrie,  sur  la 
visite  de  la  Sainte  Famille  à  ^Moharraq.  Ce  discours  n'existe  plus  qu'en  arabe  et 
se  trouve  dans  un  ms.  de  la  Vaticane,  dans  un  autre  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale et  dans  la  bibliothèque  de  Moharraq.  >■  La  bibliotlièque  orientale  de  l'Uni- 
versité Saint-Joseph  à  Beyrouth  en  possède  une  copie  faite  sur  le  manuscrit  de 
Rome.  Cette  année  même,  j'en  ai  trouvé  un  autre  manuscrit  à  la  bibliothèque 
du  patriarcat  jacobite  au  Caire.  Il  est  daté  de  l'année  1470  des  martjrs  (1754  de 
notre  ère"). 


DOCUMENTS    DE    SOURCE    COPTE    SUR    LA    SAINTE   VIERGE.      255 

complissent,  la  ferveur,  la  charité  qu'elles  raniment  et  réchauf- 
fent, en  sont  l'âme.  Les  chrétiens  d'Egypte  ont  plusieurs  jeûnes 
en  riionneur  de  la  mère  de  Dieu;  le  plus  long  est  celui  qui  pré- 
cède la  fête  de  l'Assomption.  Les  musulmans  de  la  Haute- 
Egypte  l'observent  en  même  temps  que  les  chrétiens.  C'est  une 
preuve  évidente  que  leurs  ancêtres  étaient  chrétiens,  mais  ce  fait 
montre  aussi  combien  étaient  profondes  les  racines  qu'avait 
poussées  dans  les  âmes  le  culte  de  Marie  puisque  ni  l'aposta- 
sie, ni  douze  siècles  d'islamisme  n'ont  pu  les  arracher  et  les  dé- 
truire. 

Les  confréries  et  congrégations  érigées  en  l'honneur  de  la 
Sainte  Vierge  n'existaient  pas  en  Egypte  avant  l'arrivée  des 
missionnaires  européens,  elles  ont  été  reçues  avec  enthousiasme 
par  les  catholiques,  elles  prospèrent  et  produisent  de  conso- 
lants résultats.  La  dévotion  des  chrétiens  d'autrefois  se  portait 
surtout  sur  la  célébration  des  fêtes  de  Marie.  D'après  le  calen- 
drier, l'Église  copte  célébrait  chaque  21  du  mois  «  la  mémoire 
de  la  Vierge  mère  de  Dieu  ».  C'est  un  privilège  qui  n'était  par- 
tagé que  par  deux  autres  fêtes,  celle  de  la  Nativité  de  Notre-Sei- 
gneur,  le  29,  celle  de  Saint  Michel  le  12  de  chaque  mois.  Le  21 
était  donc  un  jour  consacré  à  Marie  ;  c'est  en  effet  le  21  Tobi 
qu'eut  lieu  la  consécration  de  l'église  de  Moharraq,  le  21  Paoni 
(Juin)  qu'on  faisait  mémoire  de  la  dédicace  de  l'église  de  la 
Vierge  d'Arabie,  d'Atribe,  et  de  la  construction  de  l'église  de  la 
Mère  de  Dieu  dans  la  ville  de  Césarée  de  Philippe. 

2.    MONUMENTS    FIGURÉS. 

Pour  orner  les  églises,  le  christianisme  égyptien  ne  fit  point 
appel  à  la  statuaire  ;  il  rejeta  systématiquement  la  représenta- 
tion en  ronde  bosse  de  sujets  religieux.  Par  ce  moyen  extérieur, 
la  nouvelle  religion  marquait  la  différence  essentielle  qui  la 
distinguait  d'un  paganisme  dont  le  propre  était  le  culte  des 
idoles  de  pierre  et  de  bois.  La  sculpture  ne  fut  pas  cependant 
exclue  du  temple  chrétien  ;  au  contraire  elle  y  joua  un  grand 
rôle  dans  le  travail  des  boiseries,  l'ornementation  des  chapi- 
teaux, les  moulures  architecturales.  Différents  motifs  empruntés 
à  la  religion  étaient  ainsi  représentés  en  relief  :  croix,  anges, 
vigne  symbolique,  etc. 


25G  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Le  musée  du  Caire  a  recueilli  quelques-uns  de  ces  motifs, 
malheureusement  en  trop  petit  nombre.  Il  possède  entre  autres 
un  relief  de  la  Sainte  Vierge  provenant  de  Thèbes.  C'est  une 
pierre  calcaire  sculptée,  de  dimensions  plutôt  petites. 

Marie  est  représentée  assise,  sur  un  trône,  portant  l'Enfant 
.Jésus  sur  ses  genoux  ;  deux  anges  aux  ailes  déployées  se  tien- 
nent à  ses  côtés.  Toutes  les  figures  sont  vues  de  face.  Un  nimbe 
rayonnant  entoure  la  tête  de  l'Enfant  Dieu  et  celle  de  sa  Mère. 

C'est  le  seul  exemple  bien  net  et  bien  clair  que  l'archéologie 
chrétienne  d'Egypte  fournit  en  fait  de  représentation  en  plein 
relief  de  Notre-Seigneur  et  de  la  Sainte  Vierge. 

La  peinture  heureusement  a  été  plus  féconde.  Dans  toutes  les 
églises  dédiées  sous  le  vocable  de  Marie,  il  y  avait  un  tableau  de 
la  Mère  de  Dieu  ;  souvent  même  dans  les  autres  elle  avait  un 
autel  avec  une  image.  A  ce  que  raconte  Abou  Saleli,  il  se  trou- 
vait à  Guizeh  dans  l'église  de  Saint-Victor  une  image  miracu- 
leuse de  la  Sainte  Vierge.  Un  jour,  une  lumière  brillante  parut 
sur  cette  image,  des  larmes  coulèrent  des  yeux  de  Marie,  plu- 
sieurs personnes  dignes  de  confiance  témoignèrent  de  la  vérité 
du  fait. 

On  a  retrouvé  à  Alexandrie  dans  la  catacombe  chrétienne  de 
Karmouz  une  frise  qui  est  un  des  plus  précieux  débris  de  l'art 
primitif  des  chrétiens. 

Les  peintures  datent  peut-être  du  111*=  siècle  et  représentent 
•des  scènes  de  la  vie  de  Notre-Seigneur  :  les  noces  de  Cana,  la 
multiplication  des  pains,  un  repas  champêtre  avec  l'inscrip- 
tion :  «  mangeant  les  eulogies  du  Christ  ».  C'est  une  image 
complète  en  trois  scènes  du  dogme  eucharistique.  Dans  la 
scène  des  noces  de  Cana  on  distingue  la  Sainte  Vierge  dont 
le  nom  est  d'ailleurs  écrit  au-dessus   :    h  atia  uApiA  (1). 

Dans  l'église  des  Saints  Apôtres  à  Kossair,  on  voyait  une  re- 
présentation de  la  Sainte  Vierge,  qui  d'après  la  description 
d'Abou  Saleh  semble  avoir  été  une  superbe  mosaïque.  Voici  ses 
paroles  :  «  Dans  cette  église  il  y  a  une  image  de  la  Vierge  por- 
tant le  Seigneur,  à  droite  et  à  gauche  se  tiennent  les  anges,  il 
y  a  aussi  les  images  des  douze  apôtres.  Tout  cela  est  fait  de  pier- 
res précieuses  et  d'émaux  merveilleusement  arrangés,  comme 

(1)  Dictionnaire  d'Archéologie  chrétienne,  IV,  p.  1129. 


DOCU.MENTS    DE    SOURCE   COPTE    SUR   LA    SAINTE    VIERGE.       257 

à  Bethléem;  il  s'y  trouve  des  émaux  colorés  et  dorés.  Le  fils 
,    d'Ahmed  ibii  Touloun  Khamaroueh  avait  coutume  de  se  tenir 
I   devant  ce  tableau,  il  le  contemplait  avec  admiration  et  s'éton- 
.    nait  de  sa  perfection.  Mais  ce  qui  le  ravissait  par-dessus  tout, 
c'était  l'image  de  Notre-Dame.  Pour  être  plus  à  même  devenir 
jouir  de  cette  contemplation,  il  se  fit  construire  une  chambre 
dans  le  couvent.  »  Malheureusement  l'église  fut  détruite  quel- 
ques années  après  par  le  Khalife  El-Hakim  et  le  chef-d'œuvre 
périt  avec  elle. 

Le  musée  du  Caire  possède  un  magnifique  tableau  sur  bois 
de  la  Vierge,  Mère  de  Dieu.  Comme  toujours  elle  porte  l'Enfant 
Jésus  sur  le  bras  gauche;  à  droite  saint  Gabriel,  à  gauche  saint 
\  Michel.  Toutes  les  figures  sont  nimbées  et  se  présentent  de 
I  face.  L'ensemble  porte  le  cachet  d'une  rare  perfection;  le  vi- 
sage de  Marie  est  en  particulier  d'une  heureuse  exécution;  il  y 
a  dans  son  regard  une  expression  de  majesté  et  de  tendresse 
qui  trahit  une  main  de  maître. 

Une  autre  représentation  de  la  Sainte  Vierge  se  retrouve  sur 
un  triptyque,  à  côté  de  Notre-Seigneur,  de  saint  Jean-Baptiste 
et  de  trois  apôtres.  Marie  ne  porte  pas  l'Enfant  Jésus,  mais  elle 
est  debout,  la  tête  entourée  d'une  auréole,  tendant  légèrement 
les  bras  en  avant  comme  pour  prier  son  divin  Fils  représenté 
en  face  d'elle  sur  la  plaquette  du  milieu.  . 

Dans  les  églises  du  Vieux-Caire,  on  vénère  encore  aujour- 
d'hui d'anciennes  images  de  la  Sainte  Vierge  fort  bien  conser- 
vées. C'est  partout  le  même  type,  la  Mère  de  Dieu  portant  son 
divin  Enfant  dans  ses  bras  ou  sur  ses  genoux.  Ainsi  l'Église 
d'Egypte  a  toujours  uni  le  culte  de  la  Mère  à  celui  du  Fils. 

Lorsque  ses  louanges  montent  vers  Marie,  c'est  la  Mère  de 
Dieu  qu'elles  chantent,  et  lorsqu'elle  veut  se  faire  un  portrait 
du  Sauveur,  elle  le  place  entre  les  bras  de  Marie. 

Daigne  cette  bonne  Mère  étendre  sa  puissante  protection  sur 
ce  peuple  qui  l'aime  et  l'honore,  ramener  au  bercail  du  Pas- 
teur unique  les  brebis  égarées  et  rendre  à  l'Église  d'Alexandrie 
la  foi  de  ses  Pères; 

Beyrout. 

Alexis  Mallon  S.  J. 


ORIENT    CHRETIEN.  17 


TRADUCTION  DES  LETTRES  XII  ET  XIII 

DE  JACQUES  D'ÉDESSE  (EXÉGÈSE  BIBLIQUE) 

{Fin)  (I) 


III.  —  Cette  femme  couschite  dont  le  livre  saint  dit  que  Ma- 
rie et  Aaron  parlèrent  avec  elle  contre  Moyse  n'est  pas  Séfora, 
fille  de  Yothor,  le  fils  de  Raguel,  prêtre  de  Madian,  qu'il  épousa 
après  sa  fuite  de  l'Egypte,  mais  c'est  la  fille  du  roi  des  Kou- 
schites.  Car  Moyse,  chef  d'armée  des  Égyptiens,  fut  envoyé  par 
Pharaon  pour  combattre  les  Couschites,  voisins  et  adversaires 
de  l'Egypte.  Comme  Moyse  avec  toute  l'armée  égyptienne  atta- 
quaient la  capitale  des  Kouschites  et  qu'elle  allait  être  prise,  la 
fille  du  roi  de  cette  ville  cria  du  mur  vers  Moyse  et  lui  demanda 
promesse  de  délivrance  (2).  Il  est  dit  dans  les  livres  égyptiens 
qui  traitent  de  ce  sujet  que  cette  jeune  fille  trahit  sa  ville  et  son 
peuple  en  une  certaine  manière.  Quand  il  eut  pris  et  ravagé 
cette  ville,  Moyse  la  prit  et  la  garda  pour  épouse  pendant  tout 
le  temps  qu'il  demeura  dans  la  maison  de  Pharaon  jusqu'au 
jour  où  il  tua  ce  Kananotés  (3)  qui  voulait  le  tuer  et  qu'il  cacha 

(1)  Voy.  1005.  p.  107. 

(2)  Cf.  Michel  le  Syrien,  loc.  cil.,  p.  30  :  <•  il  s'empara  de  Ragusa  (u»ai.5),  (iHe 
du  roi  Zoros,  et  la  prit  parmi  ses  leiumes  ».  —  Cf.  Bar  Ilébraeus,  p.  13. 

(3)  an-Lajpij.  —  H  tua  Casouin  {^_^-^^)  l'Égyptien  ciief  des  soldats  de  Pharaon. 
Sludia  SinaUka,  t.  VIII,  p.  4.3.  —  l-'j^  (^^oojiNâi.;  oojLoNai.)  «iûA^ai.  oii.^  ^^^oio 
^oi.;^»  woioiooi^-o  ^i.  .(  El  alors  il  iua  Pelhsan  (ou  Pelhcasam  ou  Pellicoum)  VÉ- 
r/yplien,  chef  des  boulangers  de  Pharaon  ».  Die  schabhôhle,  éd.  Bezold,  Leipzig, 
1888,  p.  tVf .  _  Dans  cet  ouvrage  Séfora  est  appelée  •■  la  couschite  »  ©v^  o-ccuo 
IN^ijKM  ijcisj)^  |lnj/,  il  est  donc  en  contradiction  avec  Jacques  d'Édesse.  Par  con- 
tre le  texte  de  Jacques  d'Édesse  se  retrouve  dans  la  Chronique  Pascale,  d'a- 
près l'historien  Artaban  :  çoveuet  Xav£6ô6ïiv  tôv  (lÉXXovTa  àvatpEïv  xôv  A'tyÛTrxiov.  Il 
tua  Chanelholhès  l'Égyptien  qui  voulait  [le)  tuer.  —  D'après  la  Bible  (Exode  ii, 
11-12)  cet  Égyptien  frappait  un  Hébreu,  mais  Michel  le  Syrien  a  repris  aussi 
la  leçon  de  Jacques  d'Édesse  et  de  la  Chronique  d'Alexandrie  :  «  et  Moyse  tua 


TRADUCTION    DKS    LETTRES    XII    ET   XIII    DK    JACQUES    d'ÉDESSE.      259 

SOUS  le  sable.  Quand  Pharaon  l'apprit,  il  fut  irrité  (fol.  115')  et 
le  condamna.  Moyse,  saisi  de  crainte,  quitta  l'Egypte  et  alla  au 
pays  de  Madian  près  de  Yothor  fils  de  Raguel,  prêtre  des  Ma- 
dianiles,  et  il  épousa  sa  fille,  comme  le  raconte  le  livre  divin. 
Voilà  quelle  était  cette  femme  couschite  et  quelle  était  son  his- 
toire; quant  à  son  nom,  je  ne  m'en  souviens  pas  pour  te  l'indi- 
quer d'après  les  histoires. 

IV.  —  Ta  Fraternité  m'a  demandé  quel  est  cet  orgueil  dont 
souffrit  le  démon  et  pour  lequel  il  tomba  de  sa  splendeur  lu- 
mineuse (1)  et  devint  ténèbre,  et  quelle  fut  cette  envie  qu'il  eut, 
et  si  l'on  connaît  l'époque  à  laquelle  il  souffrit  tout  cela. 

L'orgueil  dont  il  souffrit  est  celui  que  lui  inspira  la  vue  de  la 
splendeur  de  sa  nature,  de  la  grandeur  et  de  l'étendue  de  sa 
puissance  et  de  la  célérité  de  ses  mouvements,  il  en  fut  dans 
l'admiration  et  fut  gonflé  d'orgueil  et  d'exaltation.  Comme, 
dans  son  ivresse,  il  ne  voyait  pas  le  Dieu  invisible,  il  dit  à  lui- 
même  et  aux  anges  ses  compagnons  :  «  Qui  est  Dieu  comme 
moi  et  qui  est  plus  grand  que  moi'?  »  et  il  apprit  cela  aussi 
aux  démons  ses  compagnons  qui  tombèrent  sous  ses  ordres 
en  l'écoutant  et  en  partageant  sa  faute.  C'est  à  lui  que  le  saint 
Livre  attribue  les  paroles  suivantes  :  Je  monterai  au  ciel  et 
je  placerai  mon  trône  au-dessus  des  étoiles  et  je  serai  sem- 
blable aie  Très-Haut  (2).  Tel  est  l'orgueil  qui  le  poussa  dans 
son  ivresse  à  se  révolter  contre  Dieu  qui  le  fit  tomber  d'entre 
les  pierres  enflammées  (3)  et  il  devint  ténèbre,  tandis  qu'aupa- 
ravant il  était  compté  parmi  les  chérubins,  et  c'est  pour  cela 
qu'il  fut  appelé  Satan  (4)  d'après  le  langage  des  premiers  Hé- 
breux, ce  qui  signifie  «  l'adversaire  ».  —  L'envie  dont  il  fut  saisi 
n'était  pas  envers  Dieu,  mais  envers  l'homme;  elle  ne  lui  ar- 
riva pas  avant  sa  chute,  mais  après,  et  après  la  création  de 
l'homme,  quand  celui-ci  fut  admis,  dans  le  paradis,  à  vivre  avec 


Kànoutis  qui  avait  été  envoyé  par  Kanpliara  (roi  d'Egypte)  pour  le  mettre  à 
mort  ",  loc.  cil.,  p.  40.  —  Cf.  Bar  Hébraeus,  p.  13.  —  Cedrenus  d'après  la  Petile 
Genèse  écrit  Xava8w9ir)ç,  Hist.  comp.,  Bonn,  1838,  t.  I,  p.  85-87. 

(1)  Isaïe  xiv,  12. 

(2)  Isaïe  XIV,  13-1 1. 

(3)  |N*JïQj  |^:3|j  (les  astres?). 

(4)  U-é^. 


260  REVUP]    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

les  anges  clans  la  vie  contemplative  dont  il  était  déchu,  alors  il 
envia  Tliomme  et  lui  conseilla  de  transgresser  Tordre  de  Dieu 
pour  qu'il  perdît  comme  lui  la  gloire  et  la  béatitude  de  la  vie 
du  Paradis  où  il  habitait. 

Ta  Fraternité  me  demande  aussi  où  et  quand  tomba  le  dé- 
mon. Je  te  dirai  qu'avant  la  création  des  anges  et  du  démon 
lui-même,  il  y  eut  pour  la  création  de  ce  monde  visible  des  es- 
paces et  des  intervalles  de  temps  inexprimables;  nous  savons  et 
nous  pouvons  dire  que  le  temps  qui  précède  ne  peut  être  ex- 
primé, car  les  intervalles  (de  temps)  d'alors  ne  sont  pas  appelés 
temps,  ils  ne  sont  pas  mesurés  par  des  jours,  des  mois,  des  an- 
nées, et  des  époques. 

Et  si  (fol.  llô"")  quelqu'un  veut  dire  que  la  création  des  puis- 
sances angéliques  et  de  tout  le  monde  intellectuel  précède  la 
création  du  monde  (présent)  de  quarante  mille  ou  de  cinquante 
mille  années,  cela  n'est  ni  vrai  ni  faux,  car  l'homme  ne  peut 
pas  déterminer  ce  qui  n'est  ni  écrit,  ni  connu.  Nous  disons 
donc  que  les  intervalles  (de  temps)  qui  précèdent  la  création  de 
ce  monde  sensible  et  matériel  ne  peuvent  être  ni  connus  ni  dis- 
cernés, comme  cette  éternité  dans  laquelle  il  est  dit  de  Dieu 
qu'il  était  et  qu'il  sera  éternellement  sans  commencement  ni 
fin. 

V.  —  La  parole  (de  l'Écriture)  d'après  laquelle  le  Seigneur 
dit  à  Satan  au  sujet  de  Job  :  garde  seuietnent  son  âme  (1)  et 
au  sujet  de  laquelle  la  Fraternité  m'interroge  ne  signifie  pas, 
comme  on  pourrait  le  croire,  que  Satan  la  garda,  sous  la  force 
de  ses  coups,  pour  qu'elle  ne  sortit  pas  du  corps,  car  nous  n'ad- 
mettons même  pas  pour  un  impie,  que  Dieu  dise  à  Satan  ou 
lui  permette  de  ne  pas  laisser  sortir  l'âme  du  corps  ou  au  con- 
traire de  la  faire  sortir,  mais  Dieu  seul  peut  délier  ce  lien  et 
permettre  à  l'âme  de  l'homme  ou  lui  ordonner  de  laisser  et  de 
quitter  le  corps  et  d'abandonner  ce  monde.  Voici  tout  ce  qu'il 
lui  dit:  il  t'est  donné  pouvoir  sur  le  corps  pour  le  frapper  au- 
tant que  tu  veux  et  comme  tu  veux,  mais,  quant  à  la  constitu- 
tion et  à  la  substance  de  son  corps,  tu  n'as  pas  le  pouvoir  de  la 
corrompre,  de  la  dissoudre  et  de  la  faire  mourir,  de  façon  que 

(1)  Job  11,  6. 


Traduction  des  lettres  xii  et  xiii  de  jacques  d'pîdesse.     261 

Tàme  soit  comme  obligée  de  quitter  le  corps.  Ainsi  il  lui  dit  : 
garde  seulement  son  àme,  afin  qu'il  ne  corrompît  pas  la  com- 
position du  corps,  ou  celle  de  l'âme  avec  le  corps,  et  qu'il  ne 
pût  frapper  la  nature  même,  c'est-à-dire  cette  intelligence  élo- 
quente et  pensante  faite  à  l'image  de  Dieu  pour  qu'elle  devînt 
folle  et  sans  connaissance  et  ([u'il  pût  la  dominer,  parler  par 
son  entremise  et  la  diriger  comme  il  voudrait.  Ainsi  fut  obser- 
vée et  confirmée  la  parole  du  Seigneur  :  //  ne  dominera  pas 
sur  les  ynouvements  de  l'âme  et  sur  la  liberté  personnelle. 
Voilà  le  sens  du  :  garde  seulement  son  âme. 

Tu  demandes  encore  si  c'est  Moyse  qui  a  écrit  ce  livre  de 
Job.  Je  te  réponds  encore  en  quelques  mots  que  c'est  la  tradi- 
tion des  pères  et  des  docteurs  de  l'Église  (1). 

(l)  Pour  ôclaii'cir  ce  passage,  nous  traduisons  ici  un  texte  iniVlit  de  Jacques 
Bar  Salibi  relevé  par  nous  dans  sa  préface  au  commentai i-e  du  livre  de  Job 
(ms.  syr.  de  Paris,  n°  G6,  fol.  121»)  : 

Moyse  ëcrîvil  ce  livre  {Job),  et  il  ne  le  mil  pas  au  nombre  de  ses  ouvrages, 
parce  que  d'après  quelques-uns,  {Job)  descendait  d'Ésaû  et  non  de  Jacob;  d'autres 
disent  qu'il  faisait  partie  des  Gentils,  fils  de  loqtan.  Moyse  ne  donna  pas  de  dé- 
tails sur  sa  famille  de  môm,e  qu'il  n'en  donna  pas  sur  Melcliisédech. 

Ceux  qui  le  font  descendre  d'Ésaii  disent  qu'il  se  nommait  Jobab,  il  prit  une 
femme  Arabe  et  en  eut  un  fils  qui  fut  appelé  Hanan.  Le  père  de  Job  était  Zarah 
(Genèse  xxxvi,  33)  et  sa  mère  Bosora  (alias  :  de  Bosra);  il  était  le  cinquième 
après  Abraham  :  Job,  fils  de  Zarah,  fils  de  Raliuel  (Ibid.,  f.  13),  fils  d'Ésaii 
(Ibidem,  y.  10),  fils  d'Isaac,  fils  d'Abraham. 

Le  prêtre  Asaph,  compagnon  d'Esdras  (II  Esdras  xi,  17),  l'historien  Aroud  (?) 
et  Jacques  d'Édesse  disent  qu'il  descendait  de  Joctan,  fils  d'IIéber,  et  qu'il  précé- 
dait Abraham  de  soixante  ans  (cf.  Genèse  x,  25  et  29). 

Moyse  écrivit  ce  livre  pour  que  les  belles  actions  et  la  prophétie  de  cet  homme 
ne  fussent  pas  cachées  au  monde  pour  faire  honte  à  Israël  de  ce  qu'il  y  eût  cliez 
les  Gentils  un  roi,  un  prêtre  et  un  prophète  et  aussi  pour  réprimander,  par 
l'exemple  de  Job,  le  peuple  d'alors  qui  ne  connaissait  pas  Dieu,  et  pour  humilier 
les  riches. 

Le  ms.  syriaque  de  Paris  n"  8  qui  renferme  une  partie  de  l'Ancien  Testament 
contient  à  peu  près  textuellement  le  commencement  du  texte  précédent  jusqu'à 
Moyse  écrivit  ce  livre  et  ajoute  ensuite  les  paroles  mêmes  A'Aroud  et  A'.Asapli 
(foi.  150')  : 
:  ^âa.>{   ov^a.»  :  ^^o^    ^.«.â•   J^-'^V*  ^^  |oo)   |^<N^   ^  )r^<^  ■    M^^  ^ov>N-<{    >o>{!   wOitA"^^ 

...pO)  pa^{    joo)   >a..i>J.\  OV3  NiJLz>>   ■ja.col    'yiola   .|.3)o   )i.^tt>  \aa.  ^C^3L{    v^«^^  h"'"; 

Voici  les  paroles  d'Aroud  :  il  y  eut  un  homme  riche  de  la  descendance  de 
Joctan,  nommé  Job,  qui  combattit  sept  fois  avec  Satan  et  le  vainquit.  Et  Asaph 
dit  que  cette  lutte  eut  lieu  la  vingt-cinquième  année  de  Nachor.  —  Cf.  Chronique 
de  Mic/iel  le  Syrien,  p.  24.  On  y  trouvera  les  mêmes  textes. 

Ces  détails  ont  été  ajoutés  d'après  la  trailition  syriaque  à  la  fin  de  la  version 
des  Septante  du  livre  de  Job,  et  figurent  déjà  dans  les  plus  anciens  manuscrits, 
dans  le   Vaticanu.<i,  le  Sinaïticus  et  l'.4lexandrinux.  (Jn  doit  entendre  épjxEvs-jSTai 


262  REVUE    DE    l'oRIEXT   CHRETIEN. 

VI.  —  Tu  m'interroges  encore,  comme  un  ami  de  la  science, 
au  sujet  de  ce  livre  de  Job  :  que  sont  en  réalité  (au  sens  littéral) 
3éhémoth  qui  y  figure  (ainsi)  d'après  les  manuscrits  en  usage 
chez  les  Syriens,  et  l'oiseau  appelé  ^^--^^^"(Jub  xxxix,  13)  et 
Léviathan,  (fol.  116^)  et  non  pas  ce  qu'ils  représentent  au  sens 
hyperbolique  et  spirituel. 

Je  te  dirai  avec  vérité  et  exactitude  ce  qu'ils  sont,  comme  tu 
le  demandes  dans  ta  lettre,  et  je  ne  te  le  cacherai  pas.  Je  ne 
t'expliquerai  pas  seulement  les  choses  elles-mêmes  mais  je 
commencerai  par  l'explication  des  noms  hébreux  dont  la  con- 
naissance te  manque  ainsi  qu'à  beaucoup  d'autres,  et  vous  ne 
savez  pas  ce  qu'ils  représentent.  Le  mot  Béhémotli  signifie 
en  langue  hébraïque  animaux,  au  pluriel  et  non  pas  au  singu- 
lier, comme  nous-mêmes  nous  disons  animaux,  c'est  ainsi 
d'ailleurs  que  ce  mot  a  été  traduit  et  écrit  chez  les  Grecs  (1).  — 
v...s«  >.i^i-.  est  l'oiseau  illustre,  car  les  oiseaux  sont  appelés  ani- 
maux làjo.  c'est-à-dire  animaux  ailés.  Léviathan  se  traduit  d'hé- 
breu en  syriaque  par  p^ul  (dragon  marin);  aussi  nous  l'appelons 
dragon,  c'est-à-dire  grand  serpent.  —  Vuilà  donc  que  je  t'ai  ex- 
pliqué les  noms  hébreux  dont  tu  demandais  la  signification  litté- 
rale, je  t'exposerai  maintenant  de  la  manière  suivante  les  réalités 
qui  sont  écrites  et  désignées  sous  ces  noms.  Ce  Béhémoth  qui  est 
appelé  «  animaux  »  au  pluriel,  bien  que  toute  son  histoire  soit 
écrite  à  l'aide  de  paroles  au  singulier,  est  cette  sauterelle  qui  est 
envoyée  par  Dieu  pour  combattre  les  hommes  et  pour  manger 
leur  pain.  Les  hommes  ne  peuvent  pas  la  vaincre  et  elle  ne  les 
craint  pas  quand  ils  la  poursuivent;  elle  ne  se  détourne  pas  de 


£x  iriz  lypiaxrii;  pi6Xo'j  (Job  xLii,  19  dans  les  Septante)  de  l'addition,  et  non  de 
tout  le  livre  de  Job  comme  l'ont  compris  à  tort  certains  commentateurs.  — 
Cette  addition  ne  se  trouve  pas  à  la  fin  de  la  version  syriaque  dans  la  Polyglotte 
de  Lejay  (t.  VIII),  mais  elle  se  trouve  dans  la  version  arabe  qui  dérive  du  sy- 
riaque. —  Voir  aussi  le  commentaire  de  Bar  Hobraeus  sur  le  livre  de  Job, 
Kirschii  Chrest.  Syr.  éd.  Bernstein,  Leipzig,  1832,  p.  186.  11  donne  des  détails 
analogues  à  ceux  que  nous  avons  trouvés  dans  Jacques  Bar  Salibi,  il  appelle 
Oroud  ■<  le  Chaldéen  Phénicien  de  Tyr  »  et  ajoute  que  d'après  certains  Hébreux 
Job  descendit  en  Egypte  avec  Jacob  et  épousa  Dina  dont  il  eut  ses  sept  pre- 
miers fils;  elle  blasphéma  durant  la  tentation  de  Job  et  ne  vit  pas  son  revire- 
ment de  fortune,  elle  mourut  et  il  épousa  une  autre  femme.  Voir  aussi  dans  le 
même  sens  .S'.  Ephraem  Syri  opéra  omnia,  t.  II,  Rome,  1740,  p.  1-2,  et  Dict.  de 
Bar  Bahlul,  éd.  Rubens  Duval,  p.  116. 
(1)  HYipîa,  Job  XL.  15. 


TRADUCTION    DES    LETTRES    Xll    ET    XIII    DÉ    JACQUES    D^ÉDESSE.       263 

son  chemin  quand  ils  se  lèvent  devant  elle,  ou  mettent  des 
barrières  sur  sa  route  pour  qu'elle  ne  passe  pas.  Dieu  voulait 
frapper  la  pensée  de  Job  qui  se  flattait  de  parler  contre  Dieu  et 
de  vaincre;  après  lui  avoir  beaucoup  parlé  de  la  grandeur  et  de 
l'éclat  de  ses  œuvres,  il  lui  dit  à  la  fin  deux  choses  admirables 
parmi  toutes  ses  créatures,  pour  lui  montrer  sa  faiblesse,  afin' 
que  n'atteignant  pas  leur  puissance,  il  hésitât  à  parler  contre 
leur  créateur.  C'est  pourquoi  il  lui  dit  (I)  :  Mais  voici  Béhé- 
moth  que  j'ai  fait  avec  toi,  il  mange  l'herbe  comme  le  bœuf; 
voilà  que  sa  force  est  dans  ses  lombes,  sa  puissance  est  dans 
Vombitic  de  son  ventre,  il  dresse  sa  queue  comme  un  cèdre, 
ses  nerfs  sont  serrés  et  tressés  ensemble.  Ses  côtes  sont  comme 
des  côtes  d^airain,  son  échine  est  comme  du  fer  fondu,  il  est 
la  première  de  toutes  les  créatures  de  Dieu,  qui  l'a  fait  pour 
combattre  les  hommes,  et  pour  être  la,  risée  de  ses  anges. 
(fol.  117'')  Quand  il  va  dans  les  montagnes  escarpées  et  ro- 
cheuses il  réjouit  tout  animal  du  désert,  les  oiseaux  du  ciel  et 
aussi  les  animaur  des  profondeurs  de  la  mer.  Il  se  repose 
sous  des  arbres  de  tout  genre  et  se  couche  dans  le  secret  et 
l'ombre  du  jonc,  du  roseau  et  des  plantes  aquatiques.  Les 
grands  arbres  avec  leurs  rameaux  Vombrageni  ainsi  que  les 
pousses  du  jonc  et  du  tamaris.  Les  corbeaux  du  fleuve  l'en- 
tourent et  se  réjouissent  de  sa  perte.  Si  le  fleuve  bondit,  il  ne 
s'émeut  pas;  s'il  y  a  une  inondation,  il  ne  le  sent  pas,  il  est 

(1)  Nous  transcrivons  ici  lo  toxte  donné  par  Jacques  d'Éclesse,  car  il  diffère  de 
tous  les  textes  que  nous  connaissons.  Il  nous  semble  être  une  combinaison 
de  l'hébreu  et  du  grec.  D'après  IM.  Wright,  Jacques  d'Édosse  cite  sa  n'vision 
du  livre  de  Job  : 

.oiNnnrm    '^   o>nov    ''^^..oO)   |0)  .^3(    |>oL  ^.l    \  -\m\    .^..^a^   l.,.^>.«   oô)   La.Mov3  |oi  IS~«^   P| 

I V >  (1    |Va^    ^\^    |L{    ^t    Y^    ...i 0)0.0 Jl^o   ,^   }i.^^Nj«o   :    pLi.V.13  ya^   \-^\-o    v^).J;    Of,.a^«    .|ov&> 
IS.>..l  ■  I  f»v<fi\-ï   I V  VI  a;    ^A^ov^   ..afo    .|  .  vi«>   |l^'^â\o   .|<-3m    |Lo-.^^  oiSjl^   \^Or^    ^^   .  \°i'in%o 

psioV    pSi.f    w3/     ^J    Ot-3    ,^V^iO    .>».0»     (I)0    I .«.  l.flO    pL3»/»     |lX^O     )JlS.CDJO    .^.3L3Lil    ^iïli,^     ^3»     |Ji>^*/ 

»n«  I    y(    .oMt-sM    ^y^o   |U^>    )j..3Va^    ov^   ^.«.Xi^j  -IV^-'O   |.â.\a^>  j^dco    ^{o    '|f~.3(    ^oo|N.>\o^o 
OM-o>    '^->fio\    .01  w>g^  -)    ^>«a.A    ov^    oO|    »  «  f»  '1  >     ^.»^L     .>JL^i     P    1)1^0    |oov-<    v'°    '^1'     ^     \>oyJ 

.Oi;,«...  I»    I  -«^^N"   Vv  -  finX    ,  ofivIS.^  0°  >-tO)n  «\  1  fi  I 

Jacques  Bar  Salibi  comuKMite  longuement  et  par  deux  fois  ce  passage  dans  le 
même  sens  que  Jacques  d'Édesse,  nis.  syr.  n"  GG,  fol.  112.  Voir  en  appendice 
(page  28U)  la  traduction  île  ce  texte  inédit. 


264  REVUE    DE    L^ORIEXT    CHRÉTIEN. 

persuadé  qu'il  frapperait  le  Jourdain  sur  la  bouche  (1),  on  le 
prendrait  devant  son  œil  et  avec  ses  sinuosités,  devant  l'ou- 
verture de  ses  nat^ines,  voilà  tout  ce  que  Dieu  a  dit  devant  Job 
de  la  force  invincible  de  cette  faible  et  petite  sauterelle,  pour  lui 
montrer  sa  faiblesse  et  le  réprimander  de  vouloir  lutter  avec 
lui  (2). 

Puis  il  est  question  aussitôt  du  grand  serpent  des  eaux  qui 
est  plus  grand  que  tous  les  animaux  de  la  terre  et  aussi  que 
tous  ceux  des  eaux,  celui  qui  est  appelé  Léviathan  par  les  Hé- 
breux et  'A-q-o;  par  les  Grecs.  Il  lui  dit  interrogativement  :  Pren- 
dras-tu le  grand  serpent  au  jilet,  enfermeras-tu  sa  mâchoire 
dans  une  muselière  et  mettras-tu  un  frein  à  sa  bouche  (3)? 
Dieu  n'a  dit  à  Job  au  sujet  de  Béhémoth  que  les  paroles  écrites 
ci-dessus,  mais  Dieu  en  a  ajouté  beaucoup  d'autres  sur  Lévia- 
tlian,  c'est-à-dire  sur  ce  dragon  appelé  •/.•^t^ç,  pour  émouvoir  et 
réprimander  Job  afin  qu'il  n'osât  plus  parler  contre  Dieu  son 
créateur  qui  peut  faire  de  lui  ce  qui  lui  plaît.  Je  t'ai  écrit  ici 
tout  ce  qui  concerne  Béhémoth  afin  qu'en  le  méditant  en  toi- 
même  et  en  l'explorant  avec  ton  intelligence,  tu  saches  que  tout 
cela  a  été  dit  de  la  sauterelle.  Quant  au  dragon,  c'est-à-dire  au 
x^-oç,  auquel  se  rapporte  la  suite,  tout  ce  qui  le  concerne  est 
aussi  réuni  ensemble,  mais  ceux  qui  lisent  ne  savent  pas  recon- 
naître et  donner  à  chacun  ce  qui  lui  revient.  Tout  le  monde 


(1)  C'est-à-dire  :  il  est  persuadé  qu'il  peut  co/nhattre  le  Jourdain  en  face.  En 
effet  Jacques  Bar  Salibi  explique  que  les  sauterelles  ne  se  détournent  jias  devant 
un  cours  d'eau  mais  que  les  premières  font  de  leurs  corps  un  pont  pour  les  sui- 
vantes cf.  infra,  p.  280. 

(•2)  Toute  la  tradition  syrienne  semble  appliquer  aux  sauterelles  —  et  cela 
avec  assez  de  bonlieui'  —  le  passage  qui  concerne  Béhémoth.  Voici  le  commen- 
taire de  Bar  Hébraeus  (voir  le  texte  dans  Kirschii  C/trestom.  syriaca  denuo  edidil 
Bernstein,  Lipsiae,  1832,  p.  207-208)  :  (xl,  10)  voici  Béhémoth  que  j'ai  fait  avec 
toi,  c.-à-d.  la  sauterelle,  qui,  plus  que  tous  les  volatiles,  est  d'aspect  méprisable, 
et  cause  plus  de  tort  et  de  dégâts  qu'eux  tous.  (Il)  Et  sa  force  est  dans  sa 
protection  (cuirasse),  c.-à-d.  la  composition  de  son  corps  est  son  bouclier. 
Certains  lisent  o,;tuaii.,  c.-à-d.  dans  sa  queue.  (12)  Et  les  nerfs  de  ses  veines 
{jugulaires)  sont  tendus,  c'est-à-dire  ces  deux  grandes  veines  qui  sont  des  (deux^ 
côtés  de  la  tête,  ce  ne  sont  pas  des  nerfs.  (14)  C'est  le  commencement  de  toutes 
les  créatures  de  Dieu  qui  l'a  créé  j)our  faire  la  guerre,  c.-à-d.  le  commencement 
des  reptiles  et  des  animaux  rampants,  qui  furent  créés  pour  combattre  l'homme 
comme  pour  le  punir.  (15)  Tout  anim.al  du  désert  dort  sous  son  ombre,  c.-à-d.  elle 
vole  dans  l'air,  elle  cache  la  face  du  soleil. 

(3)  Job  XL,  25. 


Traduction  des  lettres  xii  et  xiii  de  jacques  d'édesse.     265 

connaît  la  petite  taille  de  la  sauterelle,  c'est-à-dire  de  Béhé- 
moth,  mais  tous  ne  connaissent  pas  la  taille  de  Léviathan, 
c'est-à-dire  du  dragon;  aussi  je  crois  bon  de  t'ajouter  quelques 
détails  à  son  sujet;  dans  ce  même  livre  de  Job  il  en  est  encore 
question  quand  ce  juste  est  affligé  des  souffrances  de  ses  plaies 
et  maudit  le  jour  de  sa  naissance,  il  dit  :  il  maudira  ce  jour, 
celui  qui  prendra  le  grand  dragon,  c'est-à-dire  Lévia- 
than (1).  Il  est  évident  que  cette  parole  s'applique  au  sens  litté- 
ral (2)  au  grand  dragon  des  mers,  et  au  sens  spirituel  (3)  (fol. 
117^)  et  hyperbolique  (4)  elle  convient  en  théorie  (5)  au  grand 
dragon  Satan  qui  prendra  le  Messie  et  le  tuera  quand  il  vien- 
dra de  manière  visible  sur  la  terre.  Il  te  faut  encore  apprendre 
d'autres  détails  plus  frappants  au  sujet  de  ce  (dragon)  si  tu 
veux  approfondir  et  étudier  les  nombreuses  paroles  que  Dieu 
a  dites  à  Job  à  son  sujet.  Dans  les  histoires  qui  le  concernent 
écrites  par  des  profanes  (6)  il  est  dit  qu'il  ne  peut  pas  entrer 
dans  les  eaux  tranquilles  qui  se  trouvent  dans  la  terre  habi- 
table, à  cause  de  la  grandeur  de  son  corps,  mais  il  doit  toujours 
demeurer  dans  cet  océan  (7)  qui  est  en  dehors  de  la  terre  habi- 
tée ou  encore  dans  cette  mer  Rouge  qui  est  près  des  Hindous, 
parce  qu'il  y  a  là  assez  de  profondeur.  On  dit  qu'on  en  trouve 
qui  ont  deux  cents  milles  de  long  et  aussi  jusqu'à  trois  cents 
milles  et  plus.  Les  petits  n'ont  pas  moins  de  cent  milles  (8). 
Voilà  tout  ce  qu'il  y  a  à  dire  sur  Léviathan  qui  est  appelé  /.yj-sç 

(1)  Cf.  Job  III,    8  yl^oi».  K*oo/    t.3»   \x^Ki.    w>oja-.j^p;   j-N».;   o<>)  :  oôi  ^ioa*.\  ...oiq^q^j;* 
(•2)  l^pv^oxo. 

(3)  N-|j-.o». 

(4)  N-)ju^>o.Kio. 

(5)  )-.Jo|Nj  |j3iax). 
(G)  V^i>;  ,-^0,.. 

(7)  .a»aj||-oo/. 

(8)  On  trouve  ces  détails  dans  Jacques  Bar  Salibi,  ms.  syr.  n»  6G,  fol.  136". 

Il  ne  peut  pas  demeurer  dans  les  mers  élroiles  et  petites;  l'Océan  seul  lui  donne 
ses  coudées  franches.  La  lon;/ueur  de  chacun  d'eux  dépasse  mille  stades,  et  le 
stade  vaut  quatre  cents  coudées,  un  vieux  dépasse  deux  cents  milles  et  le  mille 
vaut  sept  stades  et  demi.  Il  est  la  risée  des  anges  comme  l'a  dit  David  et  Dieu 
seul  peut  le  prendre,  selon  la  parole  de  Job.  Il  est  la  risée  des  anges,  parce  qu'ils 
sont  stupéfaits  de  sa  grandeur  et  voient  qu'il  est  mordu  et  agacé  par  les  ani- 
maux de  la  mer  et  qu'il  souffre. 

Le  Physiologus  écrit  aussi  :  «  Ceux  qui  ont  vu  ces  xrjToi,  disent  que  leurs 
corps  ressemblent  aux  montagnes  ».  Land,  Anecd.  Syr.,  IV,  p.  90. 


266  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

et  sur  Béhémoth  ou  la  sauterelle  qui  est  «  les  animaux  nom- 
breux »,  dont  il  est  parlé  dans  l'histoire  qui  précède  (celle  de 
Léviathan). 

Quand  l'Esprit  dit  dans  les  psaumes:  Tu  as  brisé  la  tète  de 
Léviathan,  c'est-à-dire  du  dragon,  et  tu  Vas  donné  en  nourri- 
ture aux  peuples  Couschites  (1),  il  n'est  pas  question  de  ce 
7.r,Tc;,  grand  animal  des  mers,  mais  de  Pharaon,  roi  d'Égi/pte, 
qui  fut  noyé  dans  la  mer  de  Souf.  Ainsi  lui  et  son  armée  reje- 
tés sui"  le  rivage  de  la  mer  furent  ^olés  et  dépouillés  par  les 
Couschites  leurs  voisins  —  ce  du  moins  qui  leur  restait  des  dé- 
pouilles des  fils  d'Israël  (2).  Sur  Béhémoth  et  sur  Léviathan, 
sur  le  nom  et  la  chose,  voilà  que  nous  t'avons  tout  dit  selon  le 
temps  (dont  nous  disposons)  et  selon  nos  forces. 

.e--^  -ario  est  un  oiseau  très  puissant  du  pays  des  Hindous, 
qui  est  appelé  par  plusieurs  l'oiseau  éléphant  (3),  car  il  enlève 
même  les  jeunes  éléphants  de  derrière  leurs  mères  quand  ils 
sont  petits,  les  emporte  en  l'air  et  va  les  manger  dans  les  dé- 
serts où  il  habite;  il  est  écrit  à  son  sujet  dans  les  saints  livres 
et  aussi  dans  les  livres  des  profanes  qu'il  peut  enlever  un 
cheval  avec  son  cavalier  (4),  à  ce  sujet  les  historiens  racontent 
que  les  Hindous,  quand  ils  veulent  prendre  cet  oiseau,  attachent 
les  bœufs  à  un  char  à  l'aide  de  liens  solides  et  incassables  et 
placent  sur  le  char  de  grosses  pierres.  Quand  l'oiseau  vient 
pour  enlever  le  bœuf,  enfonce  ses  ongles  dans  sa  chair  et  ne 
peut  plus  les  retirer,  alors  on  l'attaque  (fol.  US')  et  on  le  tue. 
•Dieu  le  fit  insensé  et  de  peu  d'intelligence  et  ne  lui  donna  pas 
la  raison  en  même  temps  que  la  force  afin  qu'il  déposât  et 
abandonnât  ses  œufs  sur  la  terre  et  dans  le  chemin  pour  qu'ils 


(1)  Ps.  Lxxiii,  14.  Cf.  Ps.  cm,  ^.  25-20,  où  il  est  bien  dit  que  Léviathan  se 
trouve  dans  la  grande  mer.  —  Il  nous  semble  donc  très  vraisemblable  que  le 
livre  de  Job  nous  a  consigné  sous  le  nom  de  Léviathan  les  plus  anciennes 
légendes  relatives  au  ■<  grand  serpent  de  mer  ».  Ces  dernières  années  encore 
des  marins  affirmaient  l'avoir  aperçu. 

(2)  ^^)vm>/  woiia;  |L)_3  ^.  On  peut  entendre  aussi  :  de  ce  que  les  Israéliles  leur 
avaient  laissé.  Car  les  Israélites  avaient  emprunté  et  emportaient  les  objets  les 
plus  pi'écieux  des  Égyptiens. 

(3)  En  réalité  tous  les  caractères  de  cet  oiseau  conviennent  à  l'autruche.  Il 
n'est  donc  pas  indispensable  de  recourir  à  un  oiseau  fabuleux. 

(1)  S.  Ephrem  attribue  cette  opinion  aux  naturalistes,  w..Vs:i<iio  v*^  vi^' 
|N>.i^"3.  Nous  ne  l'avons  pas  trouvée  dans  le  physiologiste.  Pitra.  Spicil.  Soi., 
t.  m,  Paris.  1855. 


TRADUCTION    DES    LETTRES    XII    ET    XIII    DE    JACQUES    d'ÉDESSE.      26") 

fussent  foulés  aux  pieds  et  brisés  par  les  passants  et  qu'il  ne  se 
multipliât  pas  trop  et  ne  nuisit  pas  aux  hommes.  Voilà  quel 
est  l'oiseau  appelé  v--^  -^a^^-  Voilà  tout  ce  que  je  suis  arrivé  à 
dire  au  sujet  de  ta  sixième  demande;  j'ai  supprimé  beaucoup  de 
choses  qu'il  aurait  été  nécessaire  d'écrire  parce  qu'elles  dé- 
passent ma  force  et  l'étendue  d'une  lettre. 

VIL  —  Tu  demandes  en  septième  lieu  quel  est  ce  Zacharie 
qui  fut  tué  entre  le  temple  et  l'autel  (l)  et  quelle  fut  la  cause  de 
sa  mort. 

Celui  qui  fut  tué  n'est  pas  Zacharie  fils  de  Joïada  le  prêtre 
qui  fut  mis  à  mort  au  temps  de  Joas  roi  de  .Judée,  mais  c'est 
Zacharie,  fils  de  Barakia,  père  de  Jean  le  bapliste.  Voici  en 
peu  de  mots  la  cause  de  sa  mort  :  Quand  les  mages  vinrent  en 
Judée  au  temps  de  la  naissance  du  Messie  et  que  tout  Jérusa- 
lem s'émut  comme  il  est  écrit  dans  les  Evangiles,  Hérode  les 
appela  aussi,  leur  parla  et  les  renvoya  en  leur  disant  :  Allez, 
explorez,  el  quand  vous  aurez  trouvé  revenez  près  de  moi  (2). 
Ils  partirent  et  ne  revinrent  pas  près  de  lui.  Hérode,  irrité 
d'avoir  été  berné  par  eux,  demanda  aux  prêtres  et  à  chacun  où 
naissait  le  Messie.  Pendant  qu'il  était  en  grande  colère  à  cette 
occasion,  l'un  de  ceux  qui  le  servaient  lui  dit  :  «  Dans  le  voi- 
sinage de  l'endroit  où  j'habite,  dans  cette  ville,  est  né,  il  y  a  un 
an,  un  enfant  fils  de  prêtres,  et  j'ai  entendu  dire  à  beaucoup 
que  c'était  le  Messie.  »  Hérode  demanda  de  qui  il  était  fils  et 
il  répondit  :  «  Il  est  tils  du  prêtre  Zac/tarie.  »  Hérode  fit  appeler 
Zacharie  devant  lui  et  lui  demanda  :  «  Où  est  ton  fils?  »  et 
Zacharie  répondit  :  «  il  est  dans  ma  maison  près  de  sa  mère  », 
et  Hérode  le  faisant  accompagner  d'hommes  armés  lui  dit  :  «  Va 
me  chercher  ton  fils,  et  si  tu  ne  l'amènes  pas  aussitôt  tu  mour- 
ras de  maie  mort.  » 

L'un  des  assistants  qui  entendit  tout  cela  et  connut  la  chose, 
courut  près  d'Elisabeth  et  lui  raconta  le  tout.  Elle  prit  donc  en 
toute  hâte  le  petit  Jean  dans  ses  bras,  quitta  sa  maison  et 
même  Jérusalem  et  le  porta  dans  le  désert  de  Ziph;  ils  s'y  ca- 
chèrent tous  deux,  elle  y  mourut  et  Jean  y  grandit.  Quand 
Zacharie  arriva  à  sa  demeure   avec  les  satellites  (fol.    118') 

(1)  MaUh.  XXIII,  35. 
(i)  JlaUh.  II,  8. 


268  kEvuE  DE  l'orient  chrétien. 

envoyés  par  Hérode,  il  ne  trouva  ni  l'enfant  ni  la  mère  et  crai- 
gnit la  mort  dont  on  Tavait  menacé;  il  se  réfugia  dans  le 
temple.  Hérode  à  cette  nouvelle  le  fit  tuer  entre  le  temple  et 
l'autel  où  il  se  trouvait,  cf>mnie  c'est  écrit  dans  l'Évangile.  Telle 
est  la  cause  de  la  mort  du  prêtre  Zac/iarie  fils  de  Barakia. 
Au  moment  même  du  meurtre  de  Zacharie,  Hérode  en  colère 
porta  un  décret  de  mort  contre  les  enfants  de  Betliléhem  (1). 

VIII.  —  Ta  Fraternité  demande  encore  si,  comme  le  disent 
quelques-uns,  le  fils  de  la  veuve  de  Sarepia  que  ressuscita  le 
prophète  Élie  (2)  est  Jouas,  fils  de  Matthieu  (.'3)  qui  fut  envoyé 
prêcher  à  Ninive;  et  si  Théglatphalasar  toi  des  Assyriens  ré- 
gnait à  Ninive  à  cette  époque;  tu  demandes  encore  quelle  est 
la  vraie  version  ou  bien  :  dans  quarante  Jours  Ninive  sera 
détruite,  ou  bien  :  dans  trois  Jours  Ninive  sera  détruite. 

Il  est  écrit  dans  des  histoires  superflues  sur  lesquelles  on  ne 
peut  faire  fond  qui  sont  inscrites  (sous  le  nom)  de  saint  Épi- 
phane  évêque  de  Chypres  (1),  que  l'enfant  ressuscité  par  le 
prophète  Élie  est  le  prophète  Jonas;  cependant  sache,  ô  frère 
chéri  et  ami  de  la  vérité,  qu'à  te  dire  vrai  je  n'ai  jamais  pu 
croire  ou  dire  que  l'une  de  ces  choses  fût  exacte,  et  maintenant 
encore  je  ne  suis  pas  persuadé  et  je  n'admets  pas  de  penser  et 
de  dire  ni  que  ces  histoires  sont  de  saint  Épiphane,  ni  que 
l'enfant  ressuscité  par  Elie  est  le  prophète  Jonas.  De  plus  si 
quelques-uns  prétendaient  que  ces  histoires  sont  bien  du  saint 

(Ij  Une  rédaction  un  peu  difïérente  de  cette  histoire  figure  dans  les  apocry- 
phes.  D'après  ceux-ci  Hérode  ordonne  d'abord  de  tuer  les  enfants  âgés  de 
deux  ans  et  au-dessous.  Marie  cache  son  fils  dans  une  crèclie;  Elisabeth  s'enfuit 
avec  Jean  et  supplie  une  montagne  de  les  recevoir.  Celle-ci  s'ouvre,,  les  reçoit, 
se  referme  et  un  ange  du  Seigneur  les  y  garde  :  Hérode  fait  alors  demander  à 
Zacharie  où  il  cache  son  fils.  Celui-ci  proteste  de  son  ignorance  mais  n'en  est  pas 
moins  tué.  V.  Tischendorf,  Evangelia  Apocrypha,  Leipzig,  1853,  p.  41-45; 
Budge,  The  hislory  of  the  blessed  Virgin  Mary,  Engl.  Transi.,  Londres,  1899, 
p.  42-44.  Cf.  Patrol.  Orient.  I,  3  (Le  synaxaire  Arabe  jac),  p.  240. 

(2)  III  Rois  xvn. 

(3)  -too  vj  ^o..  Dans  l'hébreu,  le  grec  et  la  Vulgate  on  lit  Amathi.  Cf.  IV  Rois, 
XIV,  25  et  Jonas  i,  1. 

(4)  Cf.  De  vilis  Prop/ietarum  ap.  Fabricius,  Codex  pscudepiyraphuf:  veleris 
Testamenti,  Hambourg,  1713-1723,  2  vol.  in-8o;  t.  I,  p.  11 10-11 11.  Cet  ouvrage 
attribué  à  saint  Épiphane  a  été  publié  par  Migne,  P.  G.,  t.  XLllI,  et  le  récit 
auquel  Jacques  d'Édesse  fait  allusion  figure  à  la  colonne  408  :  xai  Ôavôvta  tôv 
ulôv  aùxr);  'Iwvàv  àvéffTYjffsv  6  ôeô;  Sià  toù  'HXia On  le  retrouve  dans  saint  Je- 


TRADUCTION    DES    LETTRES    XII    ET    Mil    DE    JACQUES    D'ÉDESSE.      269 

ci- dessus,  je  ne  concéderais  pas  encore  que  l'enfant  ressuscité 
par  Èlie  est  le  prophète  Jonas,  il  n'y  a  pas  même  apparence 
que  ce  puisse  être  vrai,  parce  qu'une  chose  est  très  distante 
de  l'autre  dans  le  temps.  Depuis  le  commencement  du  règne 
cVAchab  jusqu'à  Phacée  fils  de  Romélie,  roi  d'Israël,  et  Joa- 
tham  roi  de  Juda,  sous  lesquels  on  pense  que  Jonas  descendit 
à  Ninive,  on  trouve  jusqu'à  cent  soixante  ans  (1),  d'où  l'on 
conclut  que  cette  parole  ne  peut  être  vraie.  Voilà  ce  que  je  crois 
devoir  t'écrire  à  ce  sujet. 

Quant  à  savoir  si  Théglatphalasar  était  ou  n'était  pas  roi 
alors,  je  te  réponds  qu'il  n'est  pas  écrit  ni  dit  quel  était  le  roi  de 
Ninive  quand  Jonas  y  alla;  nous  ne  pouvons  pas  trancher  la 
question  magistralement  et  avec  exactitude,  mais  nous  dirons 
par  vraisemblance  et  convenance,  qu'à  l'époque  dont  nous  ve- 
nons de  parler,  on  sait  que  Théglatphalasar  était  alors  roi  des 
(fol.  119'')  Assyriens;  on  le  voit  parce  qu'il  est  écrit  qu'il  monta 
à  cette  époque  contre  le  pays  d'Israël,  et  non  pas  Phoul  père 
de  celui-ci,  ni  Salmanasar  son  fils  (cf.  IV  Rois,  xv,  29). 

Quant  aux  quarante  ou  aux  trois  jours,  je  te  dirai  que  dans 
les  traditions  qui  sont  chez  les  Grecs  (les  versions  grecques)  on 
trouve  écrit  trois  jours  et  non  pas  quarante,  et  sache  bien  que 
je  préfère  trois  jours,  parce  que  c'était  plus  étonnant  pour  le 
peuple  et  plus  stupéfiant  et  cela  l'amenait  à  la  crainte  et  à  la 
pénitence  plutôt  que  ce  délai  de  quarante  jours  qui  laissait  trop 
d'intervalle  et  pouvait  conduire  à  penser  que  la  chose  n'était 
pas  exacte  ou  bien,  si  on  la  croyait  exacte,  à  fuir,  à  quitter  la 
ville  et  à  demeurer  au  dehors  à  une  certaine  distance  jusqu'à 
la  fin  du  temps  marqué. 

IX.  —  Tu  me  demandes  encore  quels  étaient  ces  fruits  de 
vigne  sauvage  dont  il  est  écrit  qu'un  fils  des  prophètes  les  re- 
cueillit et  les  jeta  dans  un  chaudron  (2). 

A  ce  sujet,  sache  bien,  ô  frère  investigateur  et  ami  du  travail, 
que  ni  moi  ni  un  autre  ne  pouvons  te  dire  avec  exactitude 

rôme,  Pvnef.  vi  Jon.,Migne,  P.  L.,  XXV,  col.  1118  et  dans  Cédrénus,  Hist.  com- 
pendiwn,  Bonn,  1838,  I,  p.  176-177.  Cf.  Michel  le  Syrien,  loc.  cit.,  p.  76. 

(1)  Aehab  commença  à  régner  en  918  et  Phacée  en  758,  ce  qui  nous  donne 
bien  160  ans  d'intervalle.  Cf.  Vigouroux,  Manuel  Biblique,  n°  478. 

[i]  II  Rois  IV,  39. 


270         '  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

quelle  est  cette  chose;  ce  qui  est  écrit  chez  les  Syriens  vigne 
sauvage,  est  écrit  chez  les  Grecs  le  nouveau  germe  qui  est 
dans  la  campagne,  au  lieu  de  fruii  on  lit  les  înelons  des 
champs  {\)  et  au  lieu  cVil  alla  ramasser  des  mauves  (2)  il  est 
écrit  dans  les  manuscrits  grecs  qu'il  alla  ramasser  Ariout. 
Ariout  est  un  mot  hébreu  qui  n'est  compris  ni  de  moi  ni  des 
Grecs  qui  le  lisent  ainsi  dans  leurs  livres.  Ne  t'étonne  donc  pas 
si  j'ai  écrit  que  je  ne  puis  pas  te  dire  avec  exactitude  ce  que 
sont  des  choses  semblables,  parce  que  je  ne  puis  t'expliquer 
avec  précision  les  paroles  hébraïques.  —  Sache  bien  que  celui 
qui  va  recueillir  l'herbe  des  champs  au  temps  de  la  famine,  en 
récueille  beaucoup  à  cause  de  son  dénuement,  même  de  celles 
qui  ne  sont  pas  comestibles.  Ainsi  nous  pouvons  dire  —  comme 
il  est  écrit  le  nouveau  germe  et  les  melons  des  champs  —  qu'il 
s'agit  ou  bien  de  ces  fruits  semblables  aux  concombres  (3)  dont 
l'intérieur  sert  pour  les  guérisons  et  qui  sont  un  remède  pur- 
gatif, ou  bien  de  ceux  que  des  paysans  appellent  po-  ^.^ciû  (pé- 
pins du  vin?).  Après  tout  cela  j'ajoute  encore  que  je  ne  puis 
rien' te  dire  d'absolument  sûr. 

X.  —  Quant  au  prophète  Abdias,  je  te  dirai  en  quelques  mots 
que  l'opinion  des  lecteurs  est  qu'il  serait  le  chef  des  cinquante 
qui  monta  le  troisième  près  d^Élie,  le  supplia  de  ne  pas  le  faire 
périr  comme  les  premiers,  et  descendit  avec  lui  près  d'Ocho- 
zias,  roi  A^ Israël  (4)  ;  j'ajoute  encore  (fol.  119'')  à  son  sujet  une 
autre  chose  qui  est  une  certitude  et  non  une  opinion,  c'est  qu'il 
est  le  mari  de  cette  femme  qui  vint  trouver  le  prophète  Elisée 
et  lui  dit  :  Ton-  serviteur  mon  mari  est  mort,  et  tu  sais  que 
ton  serviteur  craignait  le  Seigneur,  et  le  créancier  est  venu 
pour  prendre  mes  deux  enfants  comme  esclaves  (5),  et  il  fit 
chez  elle  le  miracle  du  chanerement  de  l'eau  en  huile,  car  il 
avait  emprunté  cela  au  moment  de  la  famine  (ïAchab,  pour 

(1)  lUî  1^^- 

(3)  |l^*Jai-,U>. 

(4)  Cf.  II  Rois  I,  13.  Cette  première  partie  figure  dans  le  De  vilis  prophelarum, 
Migne,  P.  G.,  t.  XLIII,  col.  408  et  416.  O'jtô;  è^tiv  â  Tpîxo;  irsvTyixovrapyro;,  oy 
èçeiffavo  'HXta;  ô  ©saêÎTy);,  xai  xaTeêrj,  xai  ^),6e  Trpô;  tôv  Pa<7i>.sa. 

(5)  II  Rois  IV,  1. 


TRADUCTION   DES    LETTRES    XII    ET    XIII    DE    JACQUES    d'ÉDESSE.        271 

acheter  de  la  nourriture  aux  prophètes  qui  s'enfuirent  devant 
Jézabel(l). 

XI.  —  Le  tabernacle  du  témoignage  que  fit  Moyse,  l'arche 
du  testament,  le  propitiatoire,  les  deux  chérubins,  la  table  d'or 
des  pains  de  proposition,  l'autel  des  parfums,  le  saint  chande- 
lier d'or  et  toutes  ses  parties  et  tous  les  saints  instruments 
d'or  que  fit  Moyse  étaient  placés  avec  honneur  et  gardés  à  part, 
car  on  ne  s'en  servit  plus  après  que  Salomon  eut  fait  d'autres 
ustensiles  dans  le  temple  qu'il  bâtit;  le  prophète  Jérémie  et 
les  prêtres  d'accord  avec  lui  les  prirent  durant  la  nuit,  au  mo- 
ment où  les  Chaldéens  entouraient  la  ville  et  allaient  la  sub-* 
juguer,  comme  il  est  écrit  dans  le  quatrième  livre  des  Rois  (2); 
ils  sortirent  en  secret,  traversèrent  le  Jourdain  et  allèrent 
à  la  montagne  de  Nébo  (3)  où  Moyse  était  enterré  et  ils  placè- 
rent tous  ces  saints  ustensiles  dans  la  caverne  près  de  Moyse, 
puis  Jérémie  la  scella  et  en  cacha  l'endroit;  depuis  ce  jour 
le  tombeau  de  Moyse  fut  complètement  inconnu  aux  fils  d'Is- 
raël (4).  ■  ' 

Le  scribe  Baruch  en  témoigne  dans  sa  lettre  par  une  phrase  '■ 
courte  et  mystérieuse  quand  il  écrit  :  ils  eiiiportèrent  et  ca- 


{[)  ^^))|_/.  Cedn.-nus  {lue.  cit.,  p.  177)  raconte  aussi  qu'Abdias  était  procu_ 
reur  d'Achab  et  noiiirit  cent  prophètes  qu'il  cacha  dans  deux  cavernes.  Cf.  I 
Rois  xvni,  4.  Michel  le  Syrien  {loc.  cit.,  p.  69j  donne  d'abord  le  texte  de  saint 
Épiphane,  puis  résume  la  seconde  partie  du  texte  de  Jacques  d'Édesse  sans 
doute  d'après  la  présente  lettre.  —  Cf.  saint  Jérôme,  Comm.  in  Abdiam  liber. 
Migne,  P.  L.,  t.  XXV,  col.  lO'J'J. 

(2)  Chap.  XXV. 

(3)  o^^p 

(4)  Dans  !e  livre  de  Baruch  (R.  Basset,  Les  apocryp/ies  éUnoplens,  I,  Paris, 
1893,  p.  6  et  8-9)  le  Seigneur  dit  à  Jérémie  et  à  Baruch  de  partir  avant  l'arrivée 
des  Chaldéens  et  de  confier  à  la  terre  les  objets  sacrés  du  culte.  11  n'est  pas 
question  du  tombeau  de  Moyse,  mais  dans  la  légende  de  Jérémie  {Ibid.,  p.  28- 
29),  il  est  dit  qu'avant  la  destruction  du  temple,  Jérémie  cacha  l'arche  et  tous 
les  objets  qu'elle  renfermait  dans  un  rocher  «  entre  des  montagnes  dans  le 
désert  là  où  fut  d'abord  l'arche  de  la  loi.  En  cet  endroit  gisent  Moyse  et  Aa- 
l'on  ".  Ces  paroles  semblent  tirées  du  livre  De  vilis  prophelarum  attribué  à 
saint  Épiphane.  Cf.  Migne,  P.  G.,  t.  XLIII,  col.  400.  Cf.  Michel  le  Syrien,  loc.  cit., 
p.  90  et  97  et  Bar  Hébraeus,  Chron.  Syr.,  p.  27  et  Hisl.  Dyn.,  éd.  Oxford,  1663, 
p.  46.  Dans  ce  dernier  ouvrage,  Bar  Hébraeus  écrit  que  Siméon,  prince  des 
prêtres,  demanda  à  Nabuzardan  de  ne  pas  brûler  les  saints  Livres  ni  les  usten- 
siles du  temple  et  les  cacha  dans  un  puits  avec  l'aide  de  Jérémie.  Cf.  II  IMac- 
cab.  u,  1-13. 


272  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

chèrent  des  saints  ustensiles  (1).  Au  sujet  du  tabernacle  et  des 
saints  ustensiles  voilà  ce  que  nous  savons  et  tout  ce  que  j'ai  ap- 
pris pour  te  répondre. 

XII.  —  Au  sujet  de  la  pierre  qui  fit  couler  de  Teau  (2),  je  n'ai 
rien  à  dire  et  je  ne  comprendrais  pas  que  quelqu'un  voulût  en 
parler. 

La  question  sur  Sarvia  mère  de  Joab,d'Abisaï  et  d'Asaël  (3)  et 
sur  Abigaïl  mère  d'Amasa  fils  de  Jéther  (1)  offre  beaucoup  de 
difficultés  qui  empêchent  d'y  satisfaire,  cependant,  pour  la  tran- 
quillité de  ta  Fraternité,  je  ne  la  laisse  pas  sans  réponse.  Sache 
donc  que  Sarvia  et  Abigaïl  étaient  sœurs,  filles  toutes  deux  de 
Jessé  et  sœurs  du  roi  David.  Voici  les  fautes  qui  existent  dans 
les  passages  qui  les  concernent  :  Vous  dites  que  Jéther  père 
d'Amasa  est  un  \^\a^i  (homme  de  Jesraël).  Il  n'est  pas  v^-yt^u 
mais  au  lieu  de  ce  mot  il  faut  lire  i.Nvy>..t  «  de  la  race  d'Ismaël  », 
fils  d'Abraham.  La  seconde  faute  que  vous  avez  (fol.  120'')  a 
été  faite,  il  y  a  longtemps  déjà,  par  des  scribes  négligents;  elle 
vous  fait  lire:  Abigaïl,  mère  d'Amasa,  fille  de  ^jl-j,  lorsqu'elle 
est  fille  de  Jessé  (-^-i)  et  sœur  de  David  (5). 

XIII.  —  Les  psaumes  qui  sont  écrits  dans  le  livre  de  David  ne 
sont  pas  tous  de  David  et  ne  lui  sont  pas  tous  attribués,  mais  ils 
le  sont  les  uns  à  David  le  psalmiste,  le  canal  de  l'Esprit  (saint), 
les  autres  à  des  psalmistes  prêtres,  lévites  des  fils  de  Coré,  que 
David  lui-même  avait  établis  chefs  chantres  sur  ces  deux  cent 
quatre-vingts  chantres  qu'il  avait  constitués  d'entre  les  Lévites, 
comme  il  est  écrit  dans  le  livre  des  Paralipomènes  (6).  Leurs 
noms  sont  :  Asaph,  Etham  l'Ezrahite,  Héman  fils  de  Joël  fils  du 


(1)  |Juj.o  ppib  ^  ^\  «i-^o.  Cf.  Lagarde,  Librivel.  Texl.  apocnjphi,  Leipzig,  1861, 
p.  89,  l.'lT. 

(2)  Sans  doute  Nombres  xx,  7-13. 

(3)  Cf.  II  Rois  II,  18. 

(4)  Cf.  Il  Rois  -wii,  25. 

(5)  11  s'agit  ici  de  concilier  les  Rois  avec  les  Paralipomènes.  D'une  part  Sarvia 
et  Abigaïl  sont  sœurs  de  David  et  Abigaïl  épouse  Jéther  l'Ismaélite  (1  Parai,  ii, 
16-17).  D'ailleurs  Abigaïl  est  fille  de  Nahas  et  elle  épouse  Jéthra  de  Jesraël  (11  Rois 
xvii,  25). 

(6)  I  Parai,  xxv,  1-8.  Ils  étaient  au  nombre  de  deux  cent  quatre-vingt-huit 
(f-  7). 


TRADUCTION    DES    LETTRES    XII    ET   XIII    DE    JACQUES    d'ÉDESSE.      273 

prophète  Samuel  (1).  —  Parmi  ces  psaumes  il  y  en  a  de  Moyse 
le  grand  prophète,  de  Jérémie  le  saint  prophète  et  aussi  du  roi 
Saloiiion  fils  de  David  vt  dldithoum  le  chantre,  ainsi  que  d'au- 
tres chantres  dont  on  ne  connaît  pas  les  noms  parce  qu'ils  ne 
sont  pas  écrits  en  tète  des  psaumes  (2). 

XIV.  —  Ta  Fraternité  me  demande  s'il  est  vrai  que  les  Juifs 
ont  été  nommés  Hébreux  du  nom  d'Héber  et  si  la  langue  hé- 
braïque est  la  première  des  langues. 

Je  te  réponds  qu'en  vérité  les  Juifs  sont  nommés  Hébreux  du 
nom  de  Héber{3)  fils  de  Salah  (4),  câv  Abi^aham,  qui  fut  choisi 
par  Dieu,  en  descendait,  et  qu'ils  étaient  nommés  Hébreux, 
c'est-à-dire  fils  d'Héber,  par  tous  ceux  qui  habitaient  à  Ur  des 
Chaldéens,  chez  lesquels  la  première  langue,  celle  d'Adam, 
s'était  conservée.  Ce  nom  ne  vient  donc  pas  de  ce  qu'Abraham 
passa  l'Euphrate,  comme  un  homme  inepte  (5)  l'a  imaginé  et 
transmis  (6).  H  y  a  été  conduit  par  une  faute  qui  se  trouve 
dans  les  livres  grecs,  parce  qu'il  a  vu  écrit  dans  le  Livre  :  Abra- 
ham T,ep(kTr,ç  (7),  c'est-à-dire  qui  traverse,  parce  qu'il  traversa 
le  fleuve  Euphrate. 

Quant  à  la  langue  hébraïque  (8),  je  te  dis  qu'en  vérité  c'est  la 


(1)  I  Parai,  vi,  33.  Johel  est  fils  de  Samuel,  mais  ii  n'est  pas  sûr  que  ce  dernier 
soit  le  célèbre  propliète.  C'est  encore  en  identifiant  ce  Johel  avec  le  prophète 
Joël  que  certains  commentateurs  ont  pu  écrire  que  ce  dernier  était  de  race 
sacerdotale.  Cf.  Vigouroux,  Manuel  Biblique,  n"  1071. 

(2)  Sur  les  auteurs  des  psaumes,  cf.  Vigouroux,  Manuel  Biblique,  n"  653  où 
l'on  retrouvera  les  idées  de  Jacques  d'Édesse. 

(3)  J^^k- 
(1)  ^ii|^. 

(5)  y^j- 

(6)  Cet  homme  «  inepte  »  a  ou  beaucoup  de  disciples. 

(7)  uïi^(»|^.  —  Genèse  xiv,  13.  —  Il  est  certain  que  irepa-rvi;  n'est  qu'une  tra- 
duction d'un  nom  propre  hébreu. 

(8)  Jacques  Bar  Salibi  écrit  aussi  que  la  langue  hébraïque  est  la  plus  ancienne, 
il  cite  parmi  les  partisans  de  cette  opinion  Jacques  d'Édesse,  Moyse  Bar  Képha, 
Clément,  disciple  des  apôtres,  et  Eusèbe  d'Émèse.  Il  fait  aussi  le  même  raisonne- 
ment que  Jacques  d'Édesse  sur  le  nom  d'Eve.  Cf.  ms.  syr.  n"  66,  fol.  20^.  Mi- 
chel le  Syrien  cite  d'après  cette  lettre  l'opinion  de  Jacques  d'Édesse  «  et  de  Jean 
de  Litarba  »  sur  la  plus  ancienne  langue  et  l'origine  du  mot  «  Hébreu  »,  puis 
il  déclare  être  d'une  opinion  contraire  :  la  plus  ancienne  langue  est  la  langue 
araméenne,  lococlL,]).  20.  Cf.  Bar  Hébraeus,  Chron.  Syr.,  p.  9.  —  Le  «  Clément  » 
visé  par  Bar  Salibi  est  sans  doute  Touvrage  qui  existe  sous  ce  titre  en  arabe  et 

ORIENT    CHRÉTIEN.  18 


274  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

première  langue  et  non  pas  la  langue  syriaque  ou  araméenne, 
comme  beaucoup  l'ont  avancé  à  tort,  même  des  hommes  re- 
marquables et  illustres.  Que  la  première  langue  soit  celle  des 
Hébreux  et  non  pas  celle  des  Araméens,  je  pourrais  le  montrer, 
l'écrire  et  l'enseigner  très  longuement  dans  un  livre  si  je  ne 
craignais  trop  de  fatigue  et  de  travail.  Qu'il  te  suffise,  comme 
démonstration  parfaite,  de  la  parole  de  Clément  disciple  (fol. 
120"")  de  l'apôtre  Pierre  qui  dit  à  ce  sujet  qu'avant  la  confu- 
sion des  langues  à  Babel,  il  n'y  avait  dans  tout  le  monde  qu'un 
parler  et  qu'une  langue  :  l'hébreu  aimé  de  Dieu,  et  aussi  du  dis- 
cours fait  par  Eusèbe,  évèque  îVEmèse  dans  lequel  il  montre  et 
décide  que  l'hébreu  est  la  première  langue,  il  confirme  son 
opinion  d'après  les  noms  des  hommes  qui  ont  précédé  le  déluge 
et  surtout  à  l'aide  de  la  parole  dite  par  Adam  à  Eve  sa  femme  : 
Elle  sera  appelée  femme  (1)  parce  qu'elle  a  été  tirée  de  l'hom- 
me (2).  Quelle  saveur  peut  bien  avoir  cette  phrase  pour  celui  qui 
regarde  l'Araméen  comme  la  première  langue,  qu'il  le  dise  et 
l'expose,  puis  qu'il  répète  après  nous,  s'il  le  veut,  cette  même 
phrase  comme  elle  est  dite  en  hébreu  :  celle-ci  sera  appelée 
femme  (3),  parce  qu'elle  a  été  tirée  de  riiomme  (4).  Car  les  Hé- 
breux appellent  l'homme  ^/  et  la  femme  u/,  de  sorte  que  par  là 
on  reconnaît  encore  qu  Adam  parlait  hébreu,  lui  qui  fit  cette 
phrase  et  dit  :  on  appellera  la  femme  m  parce  qu'elle  a  été  prise 
de  l'homme  qui  est  appelé  ^i  (5). 

XV.  —  Après  tout  ce  qui  précède,  plaçons  encore  pour  tran- 
quilliser ta  Fraternité,  toutes  les  autres  choses  que  tu  as  de- 
mandées; ce  sont  d'ailleurs  des  futilités  dont  il  n'y  a  pas  à  re- 
tirer de  profit  :  quelles  sont  les  trois  mille  paraboles  qui  sont 
attribuées  à  Salomon,  et  les  mille  cinq  cantiques  (6)  et  quel  est 

en  éthiopien  et  dont  la  première  partie  a  été  publiée  par  Bezold  (Die  Schatz- 
liohle)  et  par  RI""  D.  Gibsou  {Sludia  Sinaïlica,  t.  VIII,  Londres,  1901,  cf.  p.  33- 
34).  Cependant,  selon  cet  auteur,  Adam  parlait  syriaque  et  non  liébreu. 

1)  ]i-^l 

(2)  l-r-^- 

(3]  ^*^ 

(4)  ^l. 

(5)  Cet  argument  nous  semble  irréfutable  pour  quiconque   admet  que  cette 
phrase  a  bien  été  prononcée  par  Adam. 

(G)  |iw=ja.. 


TRADUCTION    DES    LETTRES    XII    KT    XIII    DE    JACQUES    d'ÉDESSE.      275 

le  traité  qu'il  fit  sur  les  arbres,  sur  les  racines,  sur  les  animaux 
des  champs,  sur  les  oiseaux,  sur  les  reptiles,  sur  les  poissons  et 
sur  les  autres  choses  (1). 

Nous  avons  appris  et  lu  que  Salomon  écrivit,  ô  homme  ami 
du  travail,  mais  quels  sont  les  livres  qu'il  écrivit  et  quels  sont 
leurs  titres,  aucun  des  commentateurs  ou  des  Hébreux  ne  nous 
l'a  appris.  Or,  nous  ne  pouvons  pas  dire  ce  qui  n'est  pas  arrivé 
jusqu'à  nous  et  ne  nous  a  pas  été  transmis.  Ne  t'étonne  pas  que 
tous  les  livres  écrits  par  Salomo?i  dans  sa  science  ne  soient  pas 
arrivés  jusqu'à  nous,  puisque  tu  as  entendu  que  ni  les  saints  Li- 
vres écrits  par  Moyse,  ni  ceux  des  prophètes  ne  sont  parvenus 
jusqu'à  nous,  nous  n'en  avons  que  des  fragments  que  Dieu  per- 
mit au  prêtre  Esdras  de  sauver,  d'écrire  et  d'ordonner  pour 
qu'ils  nous  arrivassent  et  nous  apprissent  la  science  des  choses 
utiles.  —  De  plus,  les  livres  écrits  par  Esdras  ne  nous  sont  pas 
tous  parvenus  non  plus.  De  cjuatre-vingt-dix  livres  qu'il  est 
écrit  et  dit  qu'il  composa,  il  ne  nous  reste  que  les  livres  lus  dans 
l'Église  (2).  Sache  donc  que  les  livres  de  Salomon  ne  nous  sont 
pas  parvenus  non  plus,  et  qu'il  n'en  résulterait  aucun  avantage 
pour  l'àme  s'ils  étaient  arrivés  jusqu'à  nous  ;  c'est  pourquoi  Dieu 
a  jugé  bon  de  ne  pas  nous  les  transmettre.  Il  y  était  question  des 
arbres,  des  racines,  des  animaux,  des  oiseaux,  des  reptiles  et 
des  poissons,  science  (fol.  121'')  qui  sert  à  l'art  de  la  médecine 
corporelle  et  que  nous  trouvons  dans  les  livres  des  Grecs  et  des 
Égyptiens.  Comme  il  est  écrit  qu'il  fit  des  proverbes  et  des  pa- 
raboles (3), il  est  évident  que  ceux  que  nous  avons  et  lisons  en 
font  partie;  nous  ne  les  comptons  pas  et  nous  ne  cherchons  pas 
combien  il  y  en  a  dans  ce  livre  des  paraboles  que  nous  avons. 
Puisque  j'ai. parlé  aussi  des  cantiques,  j'apprends  à  ta  Fraternité 
que  nous  n'avons  pas  mille  cinq,  mais  cinq  mille  cantiques  (4), 
afin  qu'au  moment  où  tu  apprendras  cela,  tu  ne  me  demandes 

(1)  m  Rois  IV,  32-33. 

(2)  Ce  qui  précède  est  basé  sur  le  IV  livre  d'Esdras  qui  est  apocryphe,  ou 
trouve  cependant  quelques  différences.  Il  y  est  dit  (ch.  xiv)  qu'Esdras  inspiré 
par  Dieu  dicta  à  cinq  scribes  ce  qui  avait  été  fait  depuis  le  conimonccment. 
En  quarante  jours,  il  dicta  deux  cent  quatre  livres  dont  les  soixante-dix  derniers 
devaient  n'être  lus  que  par  les  sages.  Ce  récit  juif  fut  admis  par  plusieurs  Pères 
de  l'Église.  Cf.  Vigouroux,  Dict.  de  la  Bible,  article  Esdras. 

(3)  |L)1U3. 

(4)  Il  faut  sans  doute  entendre  «  versets  ». 


276  REVUE    DE    l'orient   CHRETIEN. 

pas  de  te  dire  quels  ils  sont,  quand  tu  verras  et  entendras  toute 
l'abondance  de  l'effusion  de  la  sagesse  de  Salomon,  et  pour 
que  tu  aies  pitié  de  ma  faiblesse.  Voilà  tout  sur  ce  sujet. 

XVI.  —  Y  a-t-il  besoin  d'une  interprétation  quelconque  pour 
le  passage  :  Soixante  hommes,  des  hommes  d'Israël,  entourent 
le  lit  de  Salomon  et  l'ëpée  de  chacun  d'eux  est  sur  sa,  cuisse  (1), 
lorsque  nous  voyons  les  rois  et  les  chefs  de  notre  époque  gardés 
par  des  hommes  armés  et  portant  des  lances  aussi  bien  de  nuit 
que  de  jour  et  à  tout  moment?  Si  tu  m'en  demandais  le  sens  spi- 
rituel et  la  théorie  du  sens  hyperbolique  (2),  ce  que  je  ne  crois 
pas,  je  te  renverrais  à  un  homme  qui  te  renseignera  à  ma  place 
et  qui  t'instruira  facilement  plus  que  ne  le  ferait  mon  Humilité. 
Prends  saint  Grégoire  de  Nysse  et  étudie  le  poème  (n^^)  qu'il 
a  fait  contre  ceux  qui  attaquent  {rf^)i)  le  Cantique  des  cantiques 
de  Salomon,  tu  trouveras  et  tu  seras  tranquillisé  (3). 

XVII.  —  Sur  Saiil  dont  il  est  écrit  qu'il  interrogea  au  sujet 
de  David  (4),  que  puis-je  répondre  à  ta  demande  quand  il  s'agit 
d'un  homme  que  l'esprit  de  Dieu  a  quitté,  qui  est  possédé  de 
l'esprit  mauvais,  et  auquel  toute  science  a  été  enlevée?  Quant  à 
Abner,  fils  de  Ner,  qui  lui  répondit  :  Par  le  Seigneur  et  par  ta 
vie,  Seigneur  roi,  je  ne  sais  pas  de  qui  cet  enfant  est  fils  (5), 
on  peut  dire  par  opinion,  vraisemblance  et  conjecture  qu'il 
n'était  pas  près  de  Saut,  lorsque  Saut  envoya  David  contre 
Goliath  le  Philistin  (6). 

XVIII.  —  Ce  qui  a  été  écrit  au  sujet  des  dix  justes  s'ils 
étaient  à  Sodome  (7),  est  rempli  de  vieilles  fables,  car  nous 
n'admettons  pas  et  nous  n'approuvons  pas  celui  qui  admet  que 

(1)  Cantique  m,  7-8. 

(2)  o;îr>  i  «\%l)œ;  ^>o/lo. 

(3)  Le  présent  passage  est  expliqué  par  saint  Grégoire  do  Nj'sse  dans  sa 
sixième  homélie  sur  le  Cantique  des  cantiques.  Cf.  Migne,  P.  G.,  t.  XLIV,  col. 
900-904. 

(4)  I  Roi.s  xvH,  58.  Saiil  demande  à  David  quelle  est  sa  famille,  bien  qu'il  l'ait 
déjà  eu  pour  écuj'er  (xvi,  18-22)  et  qu'il  l'ait  équipé  pour  le  combat  (xvn,  31-39). 

(5)  Ibid.,  xvn,  55. 

(6)  Ibid.,  xvn,  31-39. 

(7)  Cf.  Genèse  .xvni,  32. 


TRADUCTION    DES    LETTRES    XII    ET    XIII    DE    JACQUES    d'ÉDESSE.      277 

Lot  avait  d'autres  filles  en  dehors  des  deux,  ou  des  gendres  en 
dehors  de  ces  deux,  ou  quelqu'un  de  sa  famille  en  sus  de  sa 
femme  (1),  toutes  choses  que  le  saint  Livre  de  Moyse  ne  nous  a 
pas  transmises. 

Voilà  tous  les  mets  et  les  genres  de  nourriture  spirituelle  que 
la  main  de  mon  Humilité  a  pu  ordonner  et  placer  devant  toi, 
elle  les  a  choisis  pour  faire  un  repas  à  ta  Fraternité  qui  les 
aime,  ô  frère  spirituel  et  camarade.  C'est  là  (fol.  121")  une  par- 
tie de  ce  que  tu  avais  demandé  à  la  charité  de  ma  Pauvreté  de 
placer  devant  toi  sur  la  table,  nous  l'avons  donné  par  petits 
morceaux,  peu  à  peu,  et  non  pour  te  rassasier  ou  te  donner  une 
indigestion,  afin  que  notre  repas  ne  fût  pas  d'ailleurs  trop  peu 
abondant  et  sans  utilité  et  par  suite  de  peu  de  considération  et 
indigne  de  remerciement.  S'il  y  a  quelques  mets  demandés  qui 
n'ont  pas  été  servis,  on  les  gardera  dès  maintenant  pour  pré- 
parer un  autre  repas.  Pour  toi,  comme  il  est  convenable,  ap- 
plique-toi à  tirer  profit  selon  ton  habitude  des  lectures  substan- 
tielles et  nourrissantes,  puis  en  retour  prie  pour  mon  Humilité 
durant  ces  jours  de  joie  spirituelle.  Reste  en  bonne  santé  dans 
notre  Seigneur,  ô  frère  chéri,  et  sois  toujours  digne  de  tels  fes- 
tins par  les  prières  des  saints.  Amen. 

XIX.  — Ta  Fraternité  (2)  m'interroge  au  sujet  de  cette  femme 
dont  Mar  Eplireni  dans  ses  (discours)  contre  les  (fausses)  doc- 
trines dit  qu'elle  a  obligé  les  Sabbatiens  à  courber  leur  tête 
50US  sa  main  (3);  quelle  est  cette  femme  et  que  sont  les  Sabba- 
tiens'? Je  te  répondrai  là-dessus  facilement  et  en  peu  de  mots  : 

11  y  eut  (fol.  HP)  à  Édesse  une  femme  qui  aima  dès  sa  jeu- 
nesse la  pureté  et  le  naziréat;  elle  se  mêla  aux  garçons  et  ap- 
prit avec  eux  à  l'école  ce  qu'on  enseigne  aux  enfants.  Elle  était 
appelée  chez  ses  parents  Qamsou  (oj.ioa>).  Celle-ci,  pour  tromper 
ceux  qui  la  voyaient,  changea  même  son  nom,  et  s'arrangea  de 
manière  à  ce  que  chacun  la  prît  pour  un  garçon  et  à  ce  que 
personne  ne  sût  qu'elle  était  une  femme.  Elle  apprit  les  sciences 

(1)  Il  est  lait  allusion  ici  à  une    h'-gende  que  nous  n'avons  pas    retrouvée 
ailleurs. 
(ii)  Lettre,  XII.  L'exorcle  <iui  précède  est  omis. 
(3)  Saint  Ephreni,  Opéra  omnia,  t.  II,  p.  440. 


278  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

des  hommes  avec  les  hommes  et  cliacun  la  croyait  eunuque 
parce  qu'elle  serait  née  ainsi,  ou  parce  qu'elle  aurait  été  châ- 
trée par  les  hommes.  Enfin  elle  fut  ordonnée,  comme  si  elle  était 
un  homme,  dans  le  nombre  des  clercs,  dans  l'hérésie  de  ceux 
que  l'on  appelle  Sa66aTiavci,  c'est-à-dire  Sabbatiens,  parce  qu'ils 
observent  et  vénèrent  le  samedi  aussi  bien  que  le  dimanche; 
c'est  ce  que  font  encore  ceux  de  maintenant  et  ceux  qui  res- 
tent dans  la  Galatie  et  la  Phrygie.  Quand  elle  fit  partie  des 
clercs  elle  devint  célèbre  et  louangeable  dans  l'Église  des  Sa66a- 
Ttavci  qui  existait  alors  à  Édesse,  aussi  bien  par  sa  pureté  et 
ses  austérités  (naziréat)  que  par  sa  pénétration  et  sa  science. 
Elle  parlait  mieux  que  beaucoup  de  ses  partisans,  aussi  ils  la 
choisirent  pour  évèque,  car  ils  croyaient  qu'elle  était  un  homme. 
Elle  fut  donc  évèque  des  Ila68a-:iavo(  à  Édesse,  et  sur  le  siège  qui 
est  au  ^ft\i.y.  —  comme  le  dit  Mar  Ephrem  —  elle  expliqua  (les 
écritures)  à  leurs  oreilles  et  se  moqua  à  leur  barbe;  la  nature 
ni  la  pudeur  ne  l'arrêtèrent  pas.  L'endroit  où  était  leur  Église 
subsiste  et  est  encore  connu  maintenant;  on  appela  cet  endroit 
à  Édesse  :  V Église  des  Sabbatiens  (1),  je  le  connais  et  je  l'ai 
vu,  moi  _qui  fais  ce  récit.  Telle  est  riiistoire  de  cette  femme  et 
telle  est  Thérésie  dont  elle  faisait  partie,  à  savoir  celle  des  Sab- 
batiens  qui  observent  le  sabbat.  11  faut  cependant  savoir  qu'il 
y  a  deux  schismes  du  nom  de  SaSSaTiavoi  :  l'un  qui  remonte 
aux  anciens  temps  des  disciples  des  Apôtres  et  l'autre  posté- 
rieur qui  est  le  schisme  des  partisans  de  Novatien  (2),  lesquels 
rejettent  les  pécheurs  qui  font  pénitence  et  se  trouvent  main 
tenant  dans  la  Galatie.  Voilà  tout  au  sujet  de  Qamwu  et  des 
Sabbatiens  qu'elle  a  complètement  ridiculisés. 

XX.  —  Comme  tu  m'interroges  aussi  sur  Qouq  (3)  et  les  Qou- 
qéens,  je  te  dirai  que  cinq  hérésies  découlent  et  proviennent 
de  l'impure  méchanceté  de  Valentin  et  chacune  d'elles  alla  plus 
loin  dans  sa  méchanceté  que  celles  qui  l'avaient  précédée;  ce 
sont  les  hérésies  de  Valentin,  &q  Marcion,de  Qouq,  (fol.  IIP) 
de  Bardesane  et  de  Manès.  L'hérésie   de   Marcion  est  un 

(1)  ot.fi^'^aotco;  I  «foNat. 

(2)  ^Q^tOJ. 

(3)  wOCtO. 


TRADUCTION  DES    LETTRES    XII    ET    XIII    DE    JACQUES    d'ÉDESSE.       279 

schisme  de  celle  dos  Valontiniens,  de  même  le  schisme  de  Qouq, 
dont  les  partisans  sont  nommés  de  son  nom  Qouqécns,  celle-ci  a 
beaucoup  changé  aux  (dogmes)  de  Valentin  et  aussi  de  Marcion. 
Les  partisans  de  Bardesane  ne  sont  pas  un  schisme  de  ceux 
qui  existaient  avant  lui,  mais  ont  commencé  avec  Bardesane 
lui-même.  Quand  il  fut  chassé  de  l'Église  des  orthodoxes  (ÏÉ- 
clesse,  beaucoup  de  partisans  de  sa  méchanceté  s'attachèrent  à 
lui  et  fondèrent  parmi  le  peuple  des  hérésies  et  un  schisme 
particulier  et  ils  furent  appelés  Bardesanites  du  nom  de  Bar- 
desane (1).  De  la  même  manière  le  schisme  des  Manichéens 
fut  ainsi  nommé  du  nom  de  Manès.  Palout  dont  parle  le  doc- 
teur, comme  si  ces  hérétiques  nous  appelaient  Paloutéens  d'a- 
près son  nom,  n'est  pas  un  hérétique  ni  un  hérésiarque,  mais 
un  homme  fidèle  et  saint,  l'un  de  ceux  qui  figurent  sur  la  liste 
des  évêques  d'Édesse  sur  le  siège  de  l'apôtre  Adée  (2). 


XXI.  —  Appendice  sur  Béiiémotii.  —  On  admet  générale- 
ment aujourd'hui  que  le  Béhémoth  du  Livre  de  Job  est  l'hippo- 
potame. Nous  avons  montré  dans  la  Revue  sémitique  (1903, 
p.  73-75)  combien  cette  opinion  est  paradoxale.  Elle  a  été  ima- 
ginée en  effet  au  commencement  du  xvii°  siècle  par  Bochart 
qui  n'avait  pas  vu  d'hippopotame,  ni  même  —  son  contexte 
en  fait  foi  —  de  gravure  reproduisant  fidèlement  ces  animaux. 
Il  s'ensuivrait  donc  que  l'auteur  du  livre  de  Job  n'aurait  été 
compris  ni  de  ses  compatriotes  :  les  Arabes  et  les  Syriens,  ni 
des  commentateurs  égyptiens  qui  connaissaient  cependant  les 
hippopotames.  Nous  préférons  admettre  l'opinion  des  auteurs 
syriens  et  voir  ici  une  description  poétique  de  la  sauterelle  qui 
serait  à  rapprocher  de  Joël,  ch.  i  et  ii.  Nous  donnons  d'abord 

(1)  Voici  le  texte  de  Jacques  d'Édesse  : 

•y  (-.>    ^>   .aat    ^^   pLi  >_.«    a^;^L{o    .yoov^o  yOOfJ-^  l-^°>!    |-a,^so 

Les  Bardesanites  nous  paraissent  avoir  formé  une  école  philosophique  et  scien- 
tifique plutôt  qu'une  hérésie  proprement  dite.  En  jnxrticulier  Bardesane,  d'après 
ce  qui  nous  reste  de  ses  écrits,  n'a  jamais  professé  les  théories  gnostiques  du 
dualisme  et  des  émanations.  Cf.  Bardesane  l'astrologue.  Le  livre  des  lois  des 
pays,  Paris,  1899,  Introduction. 

(•2)  "»l.  Cf.  Rubens  Duval,  Ilisloire  d'Édesse,  Paris,  1892,  p.  120. 


280  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

la  traduction  d'un  passage  inédit  de  Jacques  Bar  Salibi  (1)  qui 
est  à  ajouter  aux  textes  de  Jacques  d'Édesse  et  de  Bar  Hébraeus 
traduits  plus  haut  au  §  VI. 

Sur  Béhémoth.  Cet  animal  sauvage  est  près  de  toi,  lui  que 
j'ai  fait  avec  toi.  Béhémoth  mange  V herbe  comme  un  bœuf, 
sa  force  et  sa  puissance  sont  dans  ses  lombes  etc. 

Ce  faible  animal  qui  ne  peut  être  vaincu  par  la  force  est 
la  sauterelle.  Il  est  appelé  Béhémoth  au  pluriel,  c'est-à-dire  : 
animaux  nombreux.  On  rappelle  sauterelle  au  singulier,  à 
cause  de  sa  réunion  en  troupe,  mais  il  est  constitué  par  beau- 
coup d'individus  séparés.  Il  mange  Vherbe  comme  {le  fait)  le 
bœuf.  Quand  il  détruit  les  semences,  il  tire  sa  puissance  de 
ses  lombes  et  sa  force  de  Vombilic  de  son  ventre.  Il  saute  sur 
les  pierres,  les  bois  et  les  épines,  sans  que  son  corps  en  souf- 
fre. Il  d7'esse  sa  queue  comme  un  cèdre;  il  saute  sur  la  terre 
comme  les  animaux  et  vole  en  l'air  comme  les  oiseaux;  il 
est  fort  comme  l'airain  et  Vépine  de  son  dos  l'est  comme  le 
fer  (2)  ;  c'est  la  première  de  toutes  les  créatures  qui  naissent 
et  pidlulent,  à  l'époque  du  printemps,  parce  qu'il  éclôt  le 
premier,  et  il  se  multiplie  peu  à  peu  contre  les  germes  des 
c/iamps.  Dieu  l'a  créé  pour  faire  la  guerre  aux  hommes  et  aux 
animaux  puisqu'il  mange  leur  noutiiture.  Dieu  Va  destiné 
à  faire  rétonnement  et  la,  risée  des  anges  qui  le  dirigent 
et  veillent  à  ce  qu'il  ne  cesse  pas  de  faire  la  guerre  ni  de 
rester  uni  à  ses  compagnons,  afin  qu'ils  marchent  dans  un 
même  sens,  comme  le  cours. d'un  fleuve.  Il  passe  sur  le  dos 
des  montagnes  et  des  rochers  et  rien  ne  l'arrête.  Il  réjouit 
les  animaux,  les  reptiles  et  les  poissons  quand  il  s'arrête 
ou  tombe  dans  les  pièges  et  dans  les  fleuves;  les  oiseaux  et 
les  coî'beaux  en  mangent.  Il  marche  et  nage  sur  les  eaux  et 
fait  comme  un  pont  pour  le  passage  de  ses  co7npagnons.  Il 
a  confiance  qu'il  supporterait  le  courant  du  fleuve  en  na- 
geant devant  lui  {sans  dévier).  —  Aussi  Dieu  dit  à  Job  :  Tu 
ne  peux  le  vaincre  dans  la  guerre,  coïnment  {oses-tu  donc) 
jMiier  contre  Dieu  et  vouloir  être  victorieux? 

(1)  Ms.  syr.  de  Pai'is,  ir  66,  fol.  142. 

(2)  Il  serait  peut-être  mieux  d'entendre  ce  versi't,  non  de  la  force  des  saute- 
relles, mais  de  la  couleur  dorée  ou  bronzée  de  leur  corps,  comme  nous  le  ferons 
plus  loin. 


TRADUCTION    DES    LETTRES    XII    ET    XIII   DE    JACQUES    d'ÉDESSE.       281 

Le  commentaire  de  Jacques  Bar  Salibi,  comme  ceux  des  au- 
teurs syriens  en  général,  est  basé  sur  les  traductions  impar- 
faites des  Septante  et  de  la  Peschito;  nous  reproduisons  donc 
ici  la  traduction  du  texte  hébreu  que  nous  avons  déjà  donnée 
dans  la  Revue  sémitique.  Nous  laissons  à  MM.  les  hébraïsants 
de  décider  si  notre  traduction  «  ne  doit  pas  »  ou  du  moins 
«  ne  peut  pas  »  être  substituée  à  celle  qui  a  cours  depuis  Bo- 
cliart. 

Voici  la  sauterelle  que  j'ai  faite  près  de  toi, 

Elle  mange  l'herbe  comme  (le  fait)  un  troupeau  de  bœufs; 

La  voici,  sa  force  est  dans  sa  fécondité  (1), 

Et  sa  puissance  dans  la  capacité  de  son  ventre  (2)  ; 

Elle  dresse  [ou  elle  courbe)  sa  queue  comme  un  cèdre  (3), 

Ses  nombreuses  pattes  (4)  sont  entrelacées  ; 

Ses  écailles  ont  des  reflets  d'airain  (5), 

Ses  membres  (sont  résistants)  comme  un  bâton  de  fer  (Oj  ; 

Dieu  la  produit  dès  le  printemps  (7), 

Son  créateur  hâte  ainsi  ses  ravages  (8)  ; 

Car  pour  elle  est  l'herbe  des  montagnes, 

Et  tout  animal  des  champs  s'y  réjouira  (0);  4 

Elle  se  pose  sous  les  grands  arbres, 

Aussi  l)ien  qu'au  milieu  des  roseaux  et  des  joncs; 

Les  grands  arbres  la  couvrent  de  leur  ombre. 

Et  les  saules  du  torrent  l'environnent; 

Si  le  fleuve  bondit,  elle  no  s'émeut  pas. 

Elle  sait  qu'elle  subjuguera  (traversera)  le  Jourdain  en  ligne  droite  (10)  ; 

(1)  Mot  à  mot  :  «Dans  ses  lombes  >>,  considérés  comme  soiu-co  et  siège  de  la 
fécondité.  Cf.  Isaïe  x.xi,  3. 

(2)  Mot  à  mot  :  «  In  firmis  ventris  ». 

(3)  Cet  appendice  caractéristique  a  fait  donner  à  certaines  espèces  de  saute- 
relles les  noms  de  sauterelles  à  sabre  et  de  suulerelles  à  coulelus.  Cf.  Larousse, 
Dict.  universel,  article  Sauterelle. 

(4)  Mot  à  mot  :  «  Les  nerfs  (les  fds)  de  ses  cuisses  »,  c'est-à-dire  les  diverses 
parties  des  pattes  qui  viennent  à  la  suite  des  cuisses. 

(5)  Couleur  du  dos  de  certaines  sauterelles. 

(6)  Les  longues  pattes  sèches  et  dures  des  sauterelles  donnent,  quand  on  les 
touche,  la  sensation  du  1er. 

(7)  iliit  à  mot  :  «  Elle  est  le  commencement  des  voii?s  de  Dieu  •>. 

(S)  Dans  la  Peschito  :  ■■  Dieu  l'a  créée  pour  faii-e  la  guerre  (pour  dévaster)  ». 

(9)  D'après  certains  auteiu's  syriens,  tous  les  animaux  mangent  l(\s  saute- 
l'i'lles  et  sont  donc  heureux  de  les  voir  arriver.  —  D'après  Jacques  Bar  Salibi, 
elle  fait  périr  (pnUJ  ou  r\UXà)  tous  les  animaux  des  chanqis,  «  parce  qu'elle 
mange  leur  nourriture  ». 

(Kl)  Allusion  aux  ailes  de  la  sauterelle  qui  hd  permettent  e»  effet  de  traverser 
les  fleuves.  D'après  les  Syriens,  elle  pourrait  condjler  le  (leuve  de  ses  cadavres 


282  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

C'est  cependant  devant  elle  qu'on  la  prendra. 
Dans  les  filets  elle  donnera  tête  baissée  (1). 

Il  n'est  pas  étonnant  non  plus  que  Job  ait  pu  désigner  la 
sauterelle  par  le  nom  assez  vague  de  mani  ou  d-qpiy.,  car  il  est 
de  bon  goût,  en  Orient,  surtout  dans  les  écrits  poétiques,  de  ne 
pas  désigner  certains  animaux  par  leur  nom  propre,  mais  par 
une  épithète  plus  ou  moins  caractéristique;  c'est  ainsi  qu'on 
peut  trouver  en  arabe  un  millier  de  noms  consacrés  au  seul  lion. 
La  sauterelle  est  bien  un  de  ces  animaux  à  désignation  mul- 
tiple, car,  dans  la  Bible  seule,  on  lui  donne  les  noms  suivants  : 
S''Dn;  n3."iN;  Dn:i;  na;  SïSi*;  lan;  dï;Sd;  Sain;  Q'2;  phi.  Ces  mots 
sont  souvent  de  simples  épithètes;  le  plus  usité,  niMi,  semble 
tiré  de  n:n,  «  il  se  multiplie  ».  Il  n'est  donc  pas  étonnant  que 
les  Syriens  aient  appliqué  le  mot  mann,  «  les  animaux  »,  à  l'es- 
saim des  sauterelles. 

F.  Nau. 

et  faire  un  pont  aux  suivantes.  Ils  traduisent  aussi  :  «  Elle  a  confiance  ipiVlIe 
frappera  le  Jourdain  sur  la  lace  •>. 

(1)  jMot  à  mot  :  «  Elle  enfoncera  le  nez  {la  face)  ».  Allusion  à  une  manière  de 
détruire  la  sauterelle,  contre  laquelle  on  mobilisait  déjà  les  troupes  au  temps 
de  Pline  {Ilisl.  Nal.,  XI,  35).  On  jjousse  les  sauterelles  vers  un  cours  d'eau  ou  un 
fossé,  et  on  élève  sur  le  bord  opposé  un  filet  ou  des  couvertures  pour  arrêter 
celles  qui  prendraient  leur  vol. 


SIVAS 

HUIT  SIÈCLES  D'HISTOIRE 

1021-1820 

{Suite)  (1) 


CHAPITRE  V 

RUINE    DE    SÉBASTE. 

1"  Situation  des  provinces  orientales  de  l'Empire.  —  2"  Les  Persans  à  Sébaste.  — 
3"  L'archevêque  de  Sébaste  à  Constantinoplc.  —  4°  Les  princes  arméniens  em- 
pêchent une  tentative  d'union  religieuse. 

§  1,  —  Situation   des  provinces  orientales  de  V Empilée. 

S'il  fallait  en  croire  les  auteurs  arméniens,  et  en  particulier 
Matthieu  d'Édesse,  le  gouvernement  impérial  aurait  été  la 
cause  de  tous  les  maux  qui,  dans  la  seconde  moitié  du  xi^  siècle, 
vinrent  fondre  sur  leurs  co-nationaux.  Aujourd'hui  que  ces  lu- 
gubres événements  apparaissent  comme  estompés  dans  le  loin- 
tain de  l'histoire,  on  peut  trouver  qu'ils  ont  exagéré  les  respon- 
sabilités de  l'Empire.  Les  premiers  historiens  l'ont  fait,  faute 
sans  doute  de  s'être  trouvés  dans  un  recul  suffisant  pour  appré- 
cier, comme  il  convenait  de  le  faire,  les  personnes  et  les  choses. 
Ceux  qui  sont  venus  après  eux,  les  ont  copiés,  sans  se  donner 
la  peine  d'examiner  le  bien-fondé  de  leurs  dires  :  c'était  plus 
aisé,  et  puis  n'est-ce  pas  toujours  une  consolation  que  d'imputer 
à  un  autre  qu'à  soi  les  maux  dont  on  a  souffert? 

Sans  chercher  à  faire  en  rien  l'apologie  de  la  politique  byzan- 
tine, ne  sont-ce  pas  les  Arméniens  qui,  en  1021,  ont  mis  les 
Grecs  en  possession  du  royaume  de  Vaspouragan  et,  en  1045, 

(Ij  Voyez  1905,  79,  169. 


284  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

de  celui  d'Ani?  N'était-il  pas  naturel  que  ces  pays,  une  fois  ré- 
duits en  provinces  impériales,  fussent  traités  comme  les  autres? 
Eût-il  été  sage  d'en  confier  la  garde  à  une  armée  nationale?  et 
pouvait-on  y  mettre  les  meilleures  troupes  de  l'Empire? 

Ce  sont  là  pourtant  les  deux  griefs  que  Matthieu  d'Édesse 
formule  (n°  84)  contre  les  Grecs  :  «  Ils  ont  abattu  le  mur  pro- 
tecteur que  formaient  notre  brave  milice  et  nos  intrépides 
guerriers,  et  leur  unique  préoccupation  semble  avoir  été 
d'éloigner  de  l'Arménie  tout  ce  qu'il  y  avait  d'hommes  de  cœur 
et  de  vaillants  soldats  pour  les  remplacer  par  des  eunuques.  » 

Suit  une  longue  tirade  sur  les  Grecs  efféminés,  où  l'on  croi- 
rait trouver  une  réminiscence  de  l'Achille  aux  pieds  légers 
d'Homère,  lorsque  l'auteur  dit  :  «  Tls  ont  fait  de  leur  promp- 
titude à  prendre  la  fuite  un  de  leurs  titres  de  renommée  et  de 
gloire.  » 

Pour  être  équitable,  il  ne  faudrait  pas  oublier  que  durant  la 
déi)lorable  période  qui  s'étend  de  10.54  à  1059,  le  sceptre  des 
empereurs,  en  cinq  ans,  passa  en  cinq  mains  différentes.  Au 
milieu  de  ces  révolutions,  des  révoltes  et  des  guerres  qui  les 
accompagnèrent,  était-il  possible  que  les  provinces  situées, 
comme  les  anciens  royaumes  arméniens,  aux  extrémités  de 
l'Empire  ne  fussent  pas  n(';gligées? 

D'ailleurs  les  diverses  factions  qui  s'étaient  formées  dans  ces 
états,  et  qui  avaient  tant  contribué  à  leur  ruine,  n'avaient  cer- 
tainement pas  cessé  d'exister.  Les  gouverneurs  grecs  que  Sa- 
muel d'Ani  (cf.  l'an  491  de  l'ère  arménienne)  appelle  Kata- 
pan  (1)  avaient  pour  le  moins  rencontré  dans  le  pays  autant 
d'opposition  que  les  rois  nationaux.  Dans  l'état  de  fermentation 
où  se  trouvaient  ces  contrées,  il  est  fort  vraisemblable  que  tous 
les  adversaires  de  la  domination  grecque  aient  été  amenés  à 
désirer  s'y  soustraire  en  s'appuyant  sur  les  Persans. 

Cette  hypothèse  qui  n'a  rien  d'absurde  en  soi,  semble  con- 
firmée par  le  passage  où  Matthieu  d'Édesse  dit  (n°  94)  :  «  Il 
(Kakig,  ancien  roi  d'Ani,)  avait  l'intention  de  ne  plus  re- 
tourner à  Constantinople,  mais  d'aller  trouver  Alp  Arslan  et 
de  reprendre  possession  du  trône  d'Arménie.  Car  à  plusieurs 

(1)  Il  ne  semble  pas  que  ce  mot  soit  arménien  et,  comme  à  la  même  époque  il 
était  également  donné  aux  gouverneurs  grecs  de  l'Italie  méridional'",  il  pourrait 
venir  par  métathèse  de   Capatano  dit  pour  Capitano. 


siVAs.  285 

reprises  déjà  le  Sultan  avait  invité  Kakig  à  venir  auprès  de  lui, 
et  seule  sa  qualité  de  chrétien  avait  empêché  le  prince  arménien 
de  se  rendre  à  ces  avances.  »  Le  roi  déchu  devait  donc  avoir 
encore  de  nombreux  partisans  tout  disposés,  en  vue  d'une  res- 
tauration, à  faire  appel  à  Tlnfidèle. 

Les  Persans  ne  pouvaient  donc  désirer  circonstances  plus  fa- 
vorables pour  envahir  les  pays  récemment  annexés  à  l'Empire, 
et,  au  besoin,  en  faire  la  conquête.  Voici  ce  que  rapporte  le 
manuscrit  de  Sivas  :  «  Vers  le  temps  où  mourut  Pierre  Kéda- 
tartz,  le  Slar  (gouverneur  militaire)  du  Koraçan  avisa  Togrul 
bey  de  la  faiblesse  des  garnisons  grecques,  absolument  inca- 
pables de  protéger  les  frontières  qu'elles  avaient  à  défendre. 
Le  Sultan  se  résolut  alors  à  faire  une  incursion  sur  les  terres 
de  l'Empire.  Il  mit  en  mouvement  toute  la  Perse  et  toute  la 
partie  du  pays  des  Scythes  qui  était  soumise  à  son  autorité. 
11  y  leva  une  armée  innombrable  dont  il  confia  le  comman- 
dement à  trois  de  ses  généraux  :  Samoukh,  Amoukafr  et 
Guidjorkis.  Il  les  envoya  en  Arménie,  dans  tous  les  pays  dont 
les  Grecs  s'étaient  emparés,  avec  l'ordre  de  ravager  toute  la 
contrée  jusqu'à  Sébaste  et  de  piller  cette  célèbre  et  populeuse 
cité.  » 


%  2.  —  Les  Persans  à  Sébaste. 

L'armée  persane  «  semblable  à  un  tourbillon  »  s'avança  sans 
rencontrer  d'obstacle.  Selon  Matthieu  d'Édesse  «  son  principal 
objectif  était  de  s'emparer  des  fils  de  Sénèkèrim,  Adom  et 
Abousahl  ».  Il  est  étrange  vraiment  que  le  manuscrit  de  Sivas, 
qui  cite  Matthieu  d'Édesse  ets'accorde  avec  lui  pour  l'ensemble, 
ne  signale  pas  cette  particularité. 

Les  princes  arméniens,  avertis  de  l'approche  des  ennemis,  eu- 
rent le  temps  de  s'enfuir  et  de  se  mettre  en  sûreté  à  Kavadanèk(l) 


(1)  Le  manuscrit  dit  que  «  c'était  une  petite  ville  fort  bien  défendue  ■'.  JI.  Du- 
lauricr,  dans  ses  notes  à  Matthieu  d'Édesse,  la  place  au  S.-E.  de  Sivas.  Méchitar 
d'Aïrivank  la  range,  avec  Marache  et  Béhesni,  parmi  les  localités  de  la  Cilicie  dont 
les  princes  arméniens  s'emparèrent  dès  le  début  de  leur  puissance  dans  cette 
province.  C'était  donc  une  forteresse  du  Taurus  et  je  pense  qu'elle  devait  se 
trouver  à  proximité  de  Dandaxena  (cava  Danexa),  station  que  l'Itinéraire  d'An- 


286  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

(Khavatanèk)  avec  une  foule  de  seigneurs  de  leur  entourage.  La 
ville  de  Sébaste  fut  investie  par  les  infidèles,  le  dimanche  avant 
la  Transfiguration,  par  conséquent  le  4  juillet  1059.  Matthieu 
d'Édesse  affirme  qu'à  cette  époque  la  ville  était  dépourvue  de 
remparts  et  que  néanmoins  les  envahisseurs  n'avaient  pas  osé 
y  pénétrer  tout  d'abord,  parce  que,  apercevant  de  loin  les  blan- 
ches coupoles  des  églises,  ils  les  avaient  prises  pour  les  tentes 
d'une  armée  grecque.  Ils  eurent  bientôt  reconnu  leur  erreur  ; 
alors  se  précipitant  dans  la  ville,  ils  en  massacrèrent  sans  pitié 
les  habitants,  firent  un  grand  nombre  de  prisonniers  et  enlevè- 
rent un  immense  butin.  «  Car,  dit  l'auteur,  cette  ville  était  la 
résidence  des  souverains  arméniens.  » 

Lorsqu'il  raconte  la  prise  d'une  ville,  Matthieu  d'Édesse  sem- 
ble n'avoir  à  sa  disposition  qu'une  série  de  formules  assez  peu 
variées.  C'est  toujours  la  plaine  inondée  de  sang,  le  cours 
d'eau  qui  traverse  les  murs  de  la  ville  —  même  lorsque,  comme 
à  Sébaste,  elle  n'en  a  pas,  —  dont  les  eaux  limpides  sont  rougies 
par  le  sang  répandu  à  flots  et  qui  coule  de  toute  part,  les  nobles 
et  clercs  massacrés,  les  mille  églises  détruites,  —  parfois  pour- 
tant il  n'y  en  a  que  800,  à  Ani  il  en  compte  mille  et  une  où  se 
célébrait  le  saint  sacrifice,  —  enfin  ce  sont  les  matrones,  les 
jeunes  filles  et  les  enfants  réduits  en  un  honteux  esclavage.  Ici, 
pour  achever  le  tableau  de  la  ruine  de  la  ville,  il  ajoute  :  «  En 
quelques  instants  Sébaste  devint  semblable  à  une  chaumière 
que  l'incendie  aurait  consumée.  » 

Bien  qu'il  en  appelle  au  témoignage  de  Matthieu  d'Édesse, 
le  manuscrit  donne  à  sa  narration  une  nuance  toute  différente. 
«  La  ville,  dit-il,  qui  n'était  pas  suffisamment  défendue,  fut 
bientôt  inondée  par  des  soldats  à  demi  barbares  qui  mirent  à 
mort  tout  ce  qu'ils  rencontrèrent  et  firent  un  massacre  épou- 
vantable des  habitants.  Pour  déblayer  les  rues,  on  fut  obligé 
d'entasser  les  cadavres  comme  les  bûches  d'un  bûcher.  Le  sang 
qui  de  toute  part  ruisselait  à  torrent  fit  déborder  les  ruisseaux 
qui  traversent  la  ville  et  qui  coulaient  rouges  de  sang  jusqu'à 
l'Halys.  » 

Cela  montre  le  sans-gêne  avec  lequel  l'auteur  du  manuscrit 

tonin  indique  à  72  milles  de  Mélitène  sur  la  route  de  Césarée  et  à  86  milles  de  Gu- 
euse sur  la  route  de  Sébaste  :  ce  qui  conduit  aux  environs  de  la  petite  ville  actuelle 
de  GiJrûn. 


SI  VAS.  287 

traite  les  documents  dont  il  se  sert.  Ce  qui  suit  le  montrera  davan- 
tage encore.  Il  continue  en  effet  en  disant  :  «  L'historien  Mat- 
thieu d'Édesse  raconte  qu'il  y  eut  quatre  cents  édifices  ornés  de 
dômes,  tantpalaisqu'éghses,  qui  furent  dévorés  par  les  tlammes, 
que  les  habitants  périrent  tous  par  le  feu  ou  par  le  tranchant 
du  glaive,  et  qu'enfm,  après  un  séjour  de  /««//(  wo?'s  dans  la  con- 
trée totalement  dévastée,  les  Persans  rentrèrent  dans  leur 
pays.  »  Or  Matthieu  d'Édesse  ne  parle  ni  de  400  édifices,  ni 
du  massacre  de  toute  la  population,  ni  de  huit  mois  de  séjour 
des  ennemis;  il  se  contente  de  dire  qu'ils  restèrent  huit  jours 
dans  la  ville  incendiée,  puis  retournèrent  chez  eux. 


§  3.  —  L'Archevêque  de  Sébaste  à  Constantinople. 

Le  manuscrit  de  Sivas  affirme  qu'après  le  départ  des  infidèles, 
—  probablement  dès  l'automne  de  1059,  — Adomet  Abousahl, 
sortant  de  leur  retraite  et  renonçant  à  habiter  leur  capitale  rui- 
née de  fond  en  comble,  se  retirèrent  à  Constantinople  où  ils  firent 
un  assez  long  séjour. 

Ils  y  furent  rejoints,  probablement  dès  l'année  suivante,  par 
Elisée,  archevêque  de  Sébaste,  qui  accompagna  à  la  capitale  le 
catholicos  Khatchig.  On  place  ordinairement  ce  voyage  en  1059 
et  cela  expliquerait  fort  bien  que  le  manuscrit  n'ait  pas  eu  à 
mentionner  l'archevêque,  à  l'occasion  du  sac  de  la  ville.  Pourtant 
les  auteurs  étant  unanimes  à  affirmer  qu'il  eut  lieu  sur  les  in- 
jonctions de  l'empereur  Constantin  Ducas,  il  faut  nécessairement, 
avec  Saint-Martin  {Mémoires sur  V Arménie,  t.  II,  p.  441),  le  pla- 
cer en  1060,  puisque  ce  prince  ne  monta  sur  le  trône  que  dans 
les  derniers  jours  de  1059. 

Cela  d'ailleurs  ne  contredit  pas  les  anciens  historiens,  puis- 
que Samuel  d'Ani  n'assigne  pas  plus  que  Matthieu  d'Édesse,  une 
date  précise  à  ce  voyage.  Le  dernier  dit  seulement  (n°  85)  que  le 
catholicos  fut  emmené  à  Constantinople  «  ainsi  que  plusieurs 
évoques,  entre  autres  l'éminent  seigneur  Elisée  »,  archevêque 
de  Sébaste,  et  qu'ils  y  restèrent  trois  ans  en  prison.  Il  paraît 
également  indiquer  (n"  89)  que  le  but  du  gouvernement  était 
d'obtenir  la  cession  par  Khatchig  de  tous  les  biens  du  catholicat. 
Il  assure  (n"  85)  que  ^  pour  trouver  les  trésors  cachés,  on  mit  à 


288  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN- 

la  torture  une  multitude  de  personnes  ».  Samuel  d'Ani  avance 
que  «  le  Catliolicos  eut  beaucoup  à  souffrir  de  la  part  de  ce  mé- 
chant prince  (Constantin  Ducas)  et  de  la  cour  impériale  ». 

A  l'occasion  de  la  mort  de  ce  prélat,  Matthieu  d'Édesse  écrit 
(n"  89)  :  «  A  Constantinople,  il  eut  bien  souvent  à  souffrir  les 
injures  des  Grecs  et  toutes  sortes  de  tribulations  à  cause  de  sa 
foi.  Nous  avons  entendu  dire  qu'il  fut  soumis  à  l'épreuve  du  feu 
et  qu'il  traversa  les  flammes  sans  en  éprouver  aucun  mal.  Ils 
(les  Grecs)  le  racontaient  eux-mêmes,  sans  pouvoir  cacher  le 
dépit  et  les  soupirs  que  ce  souvenir  leur  inspirait.  » 

L'auteur  se  tait  sur  le  rôle  de  l'archevêque  de  Sébaste  et  des 
autres  prélats  arméniens  durant  leur  séjour  à  Constantinople  ; 
mais  il  nous  apprend  que  les  princes  Adom,  Abousahl  et  Kakig, 
ancien  roi  d'Ani,  qui  se  joignit  à  eux,  mettant  en  commun  leurs 
efforts,  «  parvinrent,  en  se  donnant  toutes  les  peines  du  monde, 
à  obtenir  pour  le  Catholicos  et  les  évêques  la  permission  de 
retourner  au  milieu  des  Arméniens  » . 

Leur  retour  dut  avoir  lieu  en  1062  :  car,  d'après  le  manuscrit, 
il  semble  que  l'archevêque  Elisée  soit  mort  dans  sa  ville  archi- 
épiscopale, trois  ans  après  qu'elle  eut  été  ruinée  par  les  Per- 
sans, et  dans  l'intervalle  il  avait  également  été  trois  ans  prison- 
nier à  Constantinople.  L'année  1062  seule  répond  à  ces  données, 
en  supposant  que  l'archevêque  soit  mort  peu  après  son  retour  à 
Sébaste.  De  plus  le  catholicos  Khatchig,  mort  en  apprenant  la 
prise  d'Ani  par  les  musulmans,  le  16  août  1064,  avait  été  trois 
ans  catholicos  à  Tavplour,  depuis  son  retour  de  la  capitale.  Or 
pour  pouvoir  trouver  ces  trois  ans,  il  faut  bien  encore  placer  ce 
retour  en  1062. 

Il  semble  que  Khatchig  et  l'archevêque,  avec  les  princes  Adom 
et  Abousahl,  firent  alors  quelque  séjour  à  Sébaste.  Certains  écri- 
vains vont  même  jusqu'à  dire  que,  comme  son  oncle  Pierre  Ké- 
datartz,  il  y  établit  le  siège  du  Catholicat.  Ce  serait  alors  proba- 
blement qu'ilaurai't consacré Khatchadour,  successeur  d'Elisée, 
prélat  qui,  d'après  le  manuscrit,  fut  élu  avec  l'assentiment 
d'Adom  et  qui  gouverna  le  siège  de  Sébaste,  pendant  31  ans, 
au  milieu  de  difficultés  inouïes. 

{A  suivre.) 

R.  P.  Girard  S.  J. 


TRAITÉS  LITURGIQUES 

DE  SAINT  MAXIME  ET  DE  SAINT  GERMAIN 

TRADUITS 

Par  ANASTASE  le  bibliothécaire 


INTRODUCTION 


En  1868,  le  cardinal  Pitra  signalait  (1)  un  manuscrit  con- 
tenant la  traduction  par  Anastase  le  bibliothécaire  d'un  résumé 
de  la  Mua-caYWYia  de  saint  Maxime  le  confesseur  et  du  commen- 
taire liturgique  connu  sous  le  titre  de  M'jGzv/Sq  O£0)p{a;  il  pu- 
bliait en  même  temps  une  lettre  à  Charles  le  Chauve,  où  Anas- 
tase affirme  avoir  exécuté  ces  traductions  pendant  son  séjour 
à  Constantinople,  c'est-à-dire  en 869-870,  et  un  double  spécimen 
des  dites  traductions  (2). 

Pitra  n'indiquait  pas  dans  quelle  bibliothèque  se  cachait  le 
manuscrit  découvert  par  lui.  Il  se  proposait  de  publier  plus 
tard  en  entier  la  Muair/Y;  Gswpia,  mais  mourut  sans  avoir 
réalisé  son  projet.  On  a  pu  croire  le  manuscrit  perdu  (3),  il 
n'en  est  rien.  Dans  un  volume  postérieur,  le  savant  cardinal 
se  montrait  heureusement  moins  discret,  et,  en  éditant  un 
nouveau  passage  du  commentaire   liturgique,  avait  soin  de 

(1)  Pitra,  lurls  ecclesiastici  Graecuriim  historia  et  monumenla,  t.  Il,  Paris, 
1868,  p.  287. 

(2)  IbicL,  p.  287-290,  298-299. 

(3)  Brightman,  Liturgies  eastern  and  îuestern,  t.  1,  Oxford,  1896,  p.  xcv  (intro- 
duction). 

ORIENT   CHRÉTIEN.  .  19 


290  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

dire  qu'il  le  tirait  ex  duplici  codice  Cameracensi  et  Pari- 
siensi,  utroque  saecuU  IX  (1).  Ces  deux  manuscrits  sont  le 
cod.  Camerac.  biblioth.  municip.  711  et  le  cod.  Paris,  biblioth. 
nation.  18556;  je  les  désignerai  respectivement  par  les  lettres  C 
et  P. 

Voici  la  description  que  Pitra  donnait  de  C  :  »  Saeculo  IX, 
sine  ulla  controversia,  manu  eleganti  scriptus  est;  immo  eam 
curam  singula  folia  praeferunt,  quae  ipsum  produnt  operis 
auctorem;  ils  quippe  scholiis  in  margine  munitur,  ils  supra 
lineas  ornatur  correcturis,  liturisque  sollicitatur,  quae  ipsam- 
met  manum  obstetricantem  significant;  scriptura  carolina  est, 
non  tamen  gallicana,  sed  italica,  longobardicis,  ut  aiunt,  rustî- 
cisque  conspicua  litteris  :  quae  quidem  et  alla  minutiora  dum 
olim  intuerer  in  ipsa  meinbrana,  pellucida  et  rigida,  in  minore 
forma  circumcisa,  et  quasi  regiae  lectioni  simul  et  itineri 
longo  accommodata,  in  hanc  veni  suspicionem  aut  codicem 
esse  quoddam  archetypum,  aut  ex  primigenio  exemplari  pri- 
mum  esse  apographum,  quod  Anastasius,  ecclesiae  Romanae 
bibliothecarius,  Carolo  Calvo  imperatori,  cum  nuncupatoria 
epistola,  misit  (2).   » 

Dimensions  du  manuscrit  :  20  x  J5.  La  partie  qui  nous 
intéresse  compte  60  feuillets,  de  16  lignes  à  la  page.  Titres, 
initiales  des  paragraphes  et  chiffres  en  rouge;  une  seule  ini- 
tiale ornée.  Abréviations  usuelles  pour  Deus,  Christ  us,  eccle- 
sia,  sanctus,  spiritus,  rares  dans  les  autres  mots.  Reliure 
moderne. 

Le  fol.  1  est  blanc,  sauf,  au  verso,  cette  table  des  matières, 
écriture  du  x"  siècle  : 

Hystoria  niistica  ecclesie  catliolice  Maximi,  quant  trans- 
tulit  Anastlmsius. 

Item  hystoria  Fi^ancorum  et  regum  Francie.  LXXVII. 

Ce  dernier  ouvrage,  dont  nous  n'avons  pas  à  nous  occuper, 
a  été  réuni  dès  le  x"  siècle  à  la  version  d'Anastase,  mais  il 
forme  bien  un  codex  à  part;  le  parchemin  sur  lequel  il  est 
écrit  est  beaucoup  moins  fin  que  celui  du  début  du  volume. 

Quant  aux  soixante  premiers  feuillets,   ils  contiennent  en 

(1)  Pitra,  Analecta  sacra  spicilegio  Solesmensi  parata,    t.  II,  Frascati,  1884, 
p.  208. 

(2)  Pitra,  Iiiris  eccles.  Graec.  hist.  et  monum.,  t.  II,  p.  287. 


TfÏAlTÉS    LITURGIQUES.  291 

réalité  non  seulement  VHystoria  mistica  annoncée,  mais  plu- 
sieurs autres  morceaux  : 

P  La  lettre  d'Anastase  à  Charles  le  Chauve,  fol.  2. 

2*^  L'index  des  chapitres  de  saint  Maxime,  fol.  5. 

3"  L'index  des  chapitres  de  la  Muutixy]  Oeojpi'a,  fol.  6. 

4°  La  traduction  de  saint  Maxime,  fol.  8  v°. 

5"  La  traduction  de  la  MijffTiy.Y]  9£o)pia,  fol.  25. 

6°  La  traduction  d'une  lettre  de  saint  Nil  à  Nemertius, 
fol.  59  r. 


P  compte  61  feuillets  de  parchemin;  c'est  un  in-quarto  de 
0,175  X  0,225,  tout  entier  de  la  même  main.  Pas  de  rubriques, 
pas  de  scolies  en  marge.  Bonne  écriture,  très  lisible,  mais 
nombreuses  abréviations. 

Le  volume  contient  : 

Symposii  aenigmata.  —  De  computo.  —  Collectaneum 
Servati  Lupi  de  tribus  quaestionibus.  —  Ejusdem  epistola  ad 
Carolum  Calvum.  —  Quaestiones  theologicae.  —  Maximi  et 
Germani  historia  mj/stica  cum  praefatione  Anastasii  Exigui 
ad  Karoluin  (1). 

L'œuvre  d'Anastase  s'étend  du  fol.  38  au  fol.  Gl.  Le  volume 
ne  contient  pas  la  lettre  de  saint  Nil. 

Pour  Pitra,  on  l'a  vu,  ce  manuscrit,  comme  celui  de  Cambrai, 
serait  du  ix"  siècle.  M.  L.  Delisle  dit  ix"  ou  x*^  siècle.  M.  H. 
Omont,  qui  a  bien  voulu  l'examiner  de  nouveau  à  mon  inten- 
tion, hésite  aussi  entre  la  fin  du  ix^  et  le  commencement  du 
x*"  siècle. 

Le  texte  de  P  ne  présente  pas  de  variantes  importantes; 
l'orthographe  est  beaucoup  moins  correcte  que  celle  de  C. 

J'admets  que  C  soit  une  copie  faite  directement  sur  l'original, 
peut-être  même  pour  l'empereur,  comme  le  suppose  Pitra; 
P  est  indépendant  de  cette  copie,  mais  a  été  exécuté  sur  une 
copie  très  voisine,  quoique  moins  soignée. 


(I)  L.  Delisle,  Invcnlaire  des  manuscrUs  lallns  de  Notre-Dame  et  d'autres  fonds, 
Paris,  1871,  p.  102. 


292  REVUE   DE    l'orient   CHRÉTIEN. 


Dans  sa  lettre  à  Charles  le  Chauve,  Anastase  déclare  n'avoir 
pas  traduit  la  MuaTaywYi'a  entière  de  saint  Maxime,  mais  seu- 
lement des  extraits  déjà  faits  par  les  Grecs.  Ces  extraits  ne 
sont  autre  chose  que  le  dernier  chapitre  de  l'édition  de  Com- 
befis,  sauf  les  deux  paragraphes  de  la  fin  contenant  l'éloge 
de  saint  Denys  l'aréopagite  et  les  protestations  d'humilité  de 
l'auteur  (I).  La  traduction  permet  de  constater  qu' Anastase 
avait  sous  les  yeux  un  texte  peu  différent  du  nôtre. 

On  peut  se  demander  quels  titres  possède  à  figurer  dans 
l'œuvre  authentique  de  saint  Maxime  un  morceau  qui,  dès  le 
ix""  siècle,  circulait  à  Constantinople  sous  le  nom  de  cet  auteur, 
mais  comme  un  simple  extrait  de  son  ouvrage. 


L'intérêt  capital  de  la  trouvaille  faite  par  le  cardinal  Pitra 
est  dans  la  traduction  de  la  MuŒxty.r,  Oewpu. 

Les  cod.  Vatican.  1070,  2051,  2146;  Ottobon.  338,  378; 
Regin.  46;  Vallicell.  F,  70;  Nan.  34;  Paris.  502,  854;  Baroc.  42; 
Eborac.  S.  Pétri  50;  Hierosol.  biblioth.  patriarch.  343;  Mosq. 
biblioth.  synod.  333  (276),  contiennent  un  commentaire  litur- 
gique sous  le  nom  de  «  Germain,  archevêque  de  Constanti- 
nople t>. 

Cet  ouvrage  est  anonyme  dans  les  cod.  Vatican.  112,  339, 
375,  504,  790,  1151  ;  Palat.  367;  Ottobon.  408;  Laurent,  pi.  LVII, 
G.  48;  Vindobon.  196. 

D'autres  manuscrits  l'attribuent  à  saint  Basile;  ce  sont  les 
cod.  Vatican.  430,  640,  662,  1277;  Barberin.  III,  72;  V,  18; 
Paris.  502,  1259  A,  1555  A;  Nan.  228;  Cryptofer.  B,  14;  Oxon. 
S.  Magdalen.;  Neapol.  236;  Sinaït.  384;  Athoi  4871,  5026  (?); 
Hierosol.  biblioth.  patriarch. 39;  Hierosol.  S.  Sabb.  86;  Hierosol. 
S.  Crue.  2.  Celte  attribution  invraisemblable,  qui  a  pourtant 
fait  largement  son  chemin,  provient  sans  doute  du  fait  que  le 
commentaire  s'applique  à  la  liturgie  byzantine  dite  de  saint 

(1)  Dans  MiGNE,  Palrologia  yraeca,  t.  XCI,  col.  701  seq. 


TRAITÉS    LITURGIQUES.  293 

Basile,  ou  du  moins  qu'il   lui  a  été  appliqué  dans  l'idée  des 
copistes. 

Cette  dernière  explication  me  semble  valoir  pour  le  cod. 
Baroc.  27  qui  attribue  le  commentaire  à  saint  Cyrille  de  Jéru- 
salem. 

On  saisit  un  procédé  analogue  dans  le  cod.  Hierosol.  S. 
Sabb.  414,  qui  en  fait  honneur  à  saint  Basile  «  et  autres  saints 
Pères  »,  et  dans  le  cod.  Paris.  Coislin.  IM,  qui  lui  donne  pour 
auteurs  l'apôtre  saint  Jacques,  saint  Basile,  saint  Athanase, 
saint  Cyrille  d'Alexandrie  et  saint  Jean  Chrysostome  (1). 

Ce  commentaire  fut  imprimé  pour  la  première  fois  à  Rome 
en  1526  par  le  Cretois  Demetrios  Doukas,  avec  l'approbation 
du  pape  Clément  VII  et  le  concours  de  Livio  Podocantaro, 
archevêque  de  Chypre,  et  de  Léonard  de  Balestrinis,  métropo- 
litain de  Rhodes.  II  est  placé  à  la  suite  des  trois  liturgies  byzan- 
tines. Voici  du  reste  le  titre  complet  de  ce  livre  rare,  dont  la 
Bibliothèque  nationale  de  Paris  possède  un  exemplaire,  Inven- 
taire B  1556,  Réserve  :  AI  0EIAI  AEITOTPFIAI.  |  TOT 
AFIOY  IQANNOT  TOT  |  XPTSOSTOMOT.  |  BAIIAEIOT 
TOT  MEFAAOT.  ]  KAI  H  TQN  nPOHriA:!:MENQN.  \ 
FEPMANOT  APXIEniSKOnOT  |  KwvCavTivouT^ÔXstoç ,  l^xopioc 
'Ev.yX-QciaÇiv.ri  ^^^'^  iJ.uffTixYj  (izoipia.  A  la  fin  du  volume  :  'Ev  ptoij.rj 
■/iXtoCw  çxç'.  MtjVoç  6y.To6piou  (sic).  Ae^uôr/jti  (sic)  ^r,\j.-qxpio'j  Aouxa 
TOU   'ÂpYj-ô;  (2). 

Autre  édition,  également  à  la  suite  des  trois  messes,  dans 
AeiToupytat  xwv  hfidiv  Tiaxépwv,  Paris,  1560,  p.  145-179.  Traduc- 
tion latine  dans  la  collection  correspondante,  Liturgiae  patrum, 
Paris,  1560,  et  dans  la  Bibliotheca  sanctorum  patrum  de 
Marguerin  de  la  Bigne,  Paris,  1575  (plusieurs  rééditions). 

Troisième  édition  (avec  la  traduction  latine)  par  Fronton  le 


(1)  PiTRA,  Juris  eccles.  Graec.  hist.  et  monum.,  t.  II,  p.  297,  signale  encore 
notre  commentaire  dans  le  cod.  Ottobon.  459  sous  le  nom  de  saint  Sophrone, 
et  dans  les  cod.  Ottobon.  418,  Paris.  2500  et  Marc.  228  sous  le  nom  de  saint  Jean 
le  Jeûneur.  Il  s'agit  d'ouvrages  très  différents  de  celui  que  nous  étudions.  On 
s'étonne  que  Pitra  ait  oublié  que  le  pseudo-Sophrone  a  été  publié  par  Mai,  Spicil. 
Rom.,  t.  IV,  Rome,  1840,  p.  31  (réimprimé  dans  Migne,  Patrologia  graeca, 
t.  LXXXVII,  col.  3981)  et  le  petit  traité  de  saint  Jean  le  Jeûneur  par  lui-même, 
Spicil.  Solesm.,  t.  IV,  Paris,  1858,  p.  440. 

(2)  E.  Legrand,  Bibliographie  hellénique,  xv'-xvi"  siècles,  t.  I",  Paris,  1885, 
p.  193-195. 


294  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Duc  dans  son  supplément  à  la  4"  édition  de  cette  Bibliotheca 
sanctonnn  patrimi,  Paris,  1624,  t.  II,  p.  131.  Le  Duc  attribuait 
l'ouvrage,  non  à  saint  Germain  I",  f  730,  mais  au  patriarche 
Germain  II,  1220-1240. 

Quatrième  édition,  Venise,  1639,  par  les  moines  Philothée 
Bellerianos  et  Épiphane  de  lanina,  d'après  un  manuscrit 
appartenant  à  Matthieu  Cigalas  :  'H  Osîa  AciTcupYta  èpir^vci^ivr^ 

{sic)  7:a.çiCf.  tûu  èv  à^(io\.ç,  iiaxpbç  y;[^,wv    r£p[;.avou,  TCaipiip/ou  Kwvarav- 

TivcuTtiXewç  (1).  Réimprimé  à  Venise  en  1690  (2)  et  en  1751  (3). 

Cinquième  édition,  par  Thomas  Milles,  d'après  le  cod.  Ba- 
roc.  27,  avec  les  œuvres  et  sous  le  nom  de  saint  Cyrille  de 
Jérusalem,  Oxford,  1704. 

Sixième  édition,  par  Galland,  dans  la  Bibliotheca  vetermn 
patrum,  Venise,  1765  seq.,  t.  XIII,  p.  203.  Galland  défend 
dans  sa  préface,  ihid.,  p.  7,  l'attribution  à  saint  Germain. 
C'est  son  édition  que  Migne  a  reproduite  dans  sa  Patrologia 
graeca,  t.  XCVIII,  col.  383. 

Septième  édition,  accompagnée  d'une  vieille  traduction 
slave,  par  N.  Krasnoseljéev ,  Svedenja  o  nekotorih  litur- 
gièeskih  rukopisiah  Vatikanskoj biblioteki,KsiZSin,  1885, p.  323. 

Un  simple  coup  d'œil  jeté  sur  le  commentaire  tel  que  nous 
l'avons,  suffit  pour  s'assurer  qu'il  a  été  misérablement  interpolé. 
Mal  impressionnés  par  ce  triste  aspect  de  l'ouvrage,  Allatius, 
Gretser,  Oudin,  etc.,  après  Le  Duc  crurent  devoir  en  refuser  la 
paternité  à  saint  Germain  pour  en  attribuer  la  composition  à 
Germain  II  (4).  Richard  Simon,  comme  Galland,  tint  pour  Ger- 
main I"  ;  il  eut  même  l'intention  de  donner  du  commentaire  une 
édition  améliorée,  d'après  un  manuscrit  lui  appartenant  (5).  Le 
meilleur  argument  en  faveur  de  Germain  F'',  c'est  que  l'auteur 
indique  la  fm  du  monde  pour  l'année  992,  ce  qui  évidemment 
ne  se  comprendrait  pas  sous  la  plume  de  Germain  II. 


(1)  E.  Legrand,  op.  cit.,  xvii"  siècle,  t.  I",  Paris,  1894,  p.  403  :  un  exemplaire 
de  ce  livre  est  dans  la  bibliothèque  de  la  laure  Saint-vSerge  près  Moscou. 

(2)  E.  Legrand,  op.  cil.,  xvn"  siècle,  t.  II,  Paris,  1894,  p.  474,  d'après  un  cata- 
logue d'A.  Papadopoulos-Bretos. 

(3)  P.  Lampros,  KaTaXoyo;  ouavîuv  fli6X(a)v,  Athènes,  1864,  p.  18. 

(4)  Voir  Fabricius,  Bibliotheca   graeca,   édit.  Harless,  t.    VIII,  p.  444;  t.  XI, 
p.  157. 

(5)  R.  Simon,  Bibliothèque  choisie,  t.  II,  p.  174;  voir  ses  notes  à  Gabriel  Sévère, 
Fides  ecclesiae  orienlalis,  Paris,  1671,  p.  249,  287. 


TRAITÉS    LITURGIQUES.  295 

La  découverte  de  Pitra  tranchait  définitivement  la  question. 
Le  commentaire  date  au  moins  du  ix*  siècle;  ses  interpolations 
du  XI*' ou  du  XII'  (1).  Mais  est-il  bien  l'œuvre  authentique  de 
saint  Germain,  comme  Ta  cru  Pitra? 

Sans  prétendre  donner  une  solution  certaine,  je  crois  devoir 
émettre  quelques  observations  à  ce  sujet. 

D'abord,  Anastase  indique  l'attribution  à  saint  Germain  seu- 
lement comme  une  tradition  répandue  chez  les  Grecs  de  son 
temps  :  quae  hinc  reuerendae  memoriae  Germa7ius,  ut  Graeci 
ferunt,  ecclesiae  constantinopolitanae  sensit  autistes,  ex  toto 
transferenda  duxi.  De  même,  dans  la  table  des  matières,  nous 
lisons  simplement  :  capitula  historiae  mysticae,  ut  fertur,  Ger- 
mani  episcopi  constantinopolitani. 

Ensuite,  les  chapitres  LV,  LVI,  LVII,  LXI  et  LXIl  sont  em- 
pruntés textuellement  à  saint  Maxime,  non  au  résumé  traduit  par 
Anastase,  mais  au  corps  même  de  l'ouvrage  dont  ce  résumé, 
ai-je  dit,  me  semble  distinct. 

Enfin,  notre  commentaire  finit  brusquement,  sans  conclusion, 
sans  même  l'inévitable  doxologie  qui  clôture  tout  traité  ecclé- 
siastique. 

Il  est  donc  possible  que,  si  saint  Germain  a  vraiment  composé 
un  commentaire  liturgique,  et  ceci  me  paraît  très  probable, 
il  est  possible  qu'Anastase  n'en  ait  pas  connu  le  texte  authen- 
tique, mais  seulement  un  résumé,  analogue  au  résumé  de  saint 
Maxime  qu'il  avait  aussi  entre  les  mains. 


La  lettre  de  saint  Nil,  moine,  à  Nemertius,  scholastique,  con- 
tenue dans  le  manuscrit  de  Cambrai,  est  sans  doute  aussi  une 
traduction  d'Anastase,  bien  qu'il  n'en  parle  pas  dans  sa  lettre  à 
Charles  le  Chauve  et  qu'elle  soit  absente  du  manuscrit  de 
Paris. 

Cette  lettre  ne  figure  pas  dans  les  œuvres  éditées  de  saint 
Nil. 

(I)  Brightman,  op.  cit.,  p.  xciii  (introduction). 


y 


296  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 


Avant  de  transcrire  le  texte  des  diverses  pièces  que  je  viens 
de  passer  en  revue,  je  me  fais  un  devoir  d'offrir  mes  sincères 
remerciements  à  tous  ceux  qui  ont  bien  voulu  me  faciliter  ma 
tâche  d'éditeur,  en  particulier  à  M.  L.  Clugnet,  qui  a  pris  la  peine 
de  collationner  pour  moi  le  manuscrit  parisien,  et  à  M.  Capelle, 
conservateur  de  la  bibliothèque  municipale  de  Cambrai. 

CamS'ac       Domino  gloriosissimo  et  magno  principi  Karulo  Anasta- 
711  fol.  2.  sius  exiguus. 

Nil  gratins,  nil  prorsus  acceptius  offerri  cuiquam  dinoscitur, 
quam  id  quod  ipse  gratum  habere  cernitur  et  acceptum,  cui 

5  offertur.  Unde  quia  tu,  dictator  optime,  prae  omnibus  et  super 
omnia  sapientiam  dilexisti,  licet  uenerint  tibi  omnia  pariter 
cum  illa,  nil  inerti  et  imperitomihi  famulo  uestro  salius  pietati 
uestrae  offerendum  occurrit,  quam  id  quod  pertinere  ad  sapien- 
tiam comprobatur.  Quid  autem  magis  diuinae  sapientiae  proxi- 
foi.  2v"  mum  I  quam  mysteriorum  nosse  uirtutem,  quibus  ad  fidem 
imbuimur  et  ad  pietatem  sedulis  exercitiis  erudimur?  Ecce 
enim  cotidie,  ut  pauca intentes  reddendi  causa  fidelium  animos 
dicam,  ecclesiarum  parietes  intuemur,  panem  et  uinum  offerri 
Deo  super  altare  conspicinius,  sacras  lectiones  et  cetera  diuina 

15       in  eis  eloquia  recenseri  et  audiri  non  ignoramus.  Sed  quid  haec 

innuant,  uel  quid  intus  utilitatis  habeant,  aut  quid  haec  arcana 

uel  mystica  sint,  nec  aduertimus  nec  saltem  sciendi  gratia  stu- 

foi.  3.     diose  rimamur.  De  quibus  omnibus  quia  sanctum  |   Maximum 

graece  scripsisse  Theocaristo  cuidam  repperi,  de  ipsius  opimis 

20  sacrisque  uerbis  excerpere  quaedam  et,  sicut  ea  quoque  graece 
iam  excerptainueni,  latino  sermonitradere  duxi.  Uerum,  sicut 
ipse  confessor  et  martyr  Christi  testatur,  haec  partim  sicut 
magno  cuidam  seni,  quem  miris  sapientiae  sanctitatisque  attol- 
lit  praeconiis,  fuerant  mystice  per  contemplationem  uisa,  de- 

25  scripsit.  Sane  mémorandum  censeo  quid  idem  beatus  Maximus 
de  sancto  Dionysio  dilecto  et  dilectore  uestro  in  huius  operis 

7,  tuo  au-dessus  de  uestro.  —  8.  tiiaj  au-dessus  de  uestrœ.  —  11,  at  pietatem 
C.  —  14,  conspicimur  C. —  16,  aut  quod  corrigé  en  a.  quid  C.  —  17,  psaltem 

P  corrigé  en  saltem.  —  19,  repperimus  C.  ipsius    |    opimis,  fol.  38  v"  P.  —  26, 

tuo  au-dessus  de  uestro. 


TRAITÉS    LITURGIQUES.  297 

praefatione  perhibeat.  Aitenim  :  sed  quoniam  a  sanctissimo  et 
reuera  deiloqiio  Dionysio  areopagita   |  in  opère,  quod  deeccle-  foi.sv 
siastica  scripsit  hierarchia,  de  sacra  sanctae  synaxeos  celebra- 
tione  digne,  utpote  magno,  contemplata  sunt symbola,  sciendum 
quod  non  eadem  nunc  sermo  prosequitur  neque  pereadem  quae     5 
ille  progreditur   (temerariiim   quippe  ac    praesumptiuum   et 
dementiae  proximum  est  conari  quosquam,  quae  sunt  iliius, 
attingere,  qui  nec  capere  illum  nec  intelligere  ualeant,  uel  sicuti 
sua  proferre,  quae  illi  soli  diuinitus  per  spiritum  sunt  mani- 
festata  mysteria);  sed  illa  quae  et  aliis  ab  eo  ut  comprehensi-     10 
bilia  sunt  misericordi  uoluntate  Dei  relicta  ad  manifestationem 
•et  exercitium  consuetudiniseorum,    |   qui  circa  diuina  deside-    foi.  4 
rio  flagrant.  Sane  non  solum  quaedam  ex   Iiis,   quae  beatus 
Maximus  de  mystica  ecclesiae  catiiolicae  celebratione  scripsit, 
excerpsi  ;  sed  et  alia,  quae  hinc  reuerendae  memoriae  Germanus,     ^^ 
ut  Graeci  ferunt,  ecclesiae  constantinopolitanae  sensit  autistes, 
ex  toto  transferenda  duxi  et  tibipotissimum,  praestantissime  et 
sollertissime  principum,  offerenda  proposui,  ut  scilicet  iudicii 
tui  lima  polita  piisque  ac  solitis  exercitiis  frequentata  ceteris 
amabiliora  et  acceptiora  reddantur.  Quamuis  autem  liinc  et     20 
latine  quaedam  scripsisse  quosdam  audierim,  ego  tamen,  quia 
illa  non  |  uidi,  haec  intérim  latino  danda  sermoni  conspexi.  Gui  foi.4  v 
ergo  utraque  placent,  utraque  relegat;  cui  uero  minus  utraque 
placuerint,  légat  potius  quod  elegerit,  dummodo  ab  indaganda 
tantorum  mysteriorum  medulla  non  torpeat.  Praeterea  sciendum     25 
quod  ex  his  quaedam  secundum  morem  et  ritum  Graecorum 
sint  a  sanctis  patribus  illis  expositaetintermissarum  sollemnia 
ceteraque  officia  frequentata,  ut  est  illud,  quod  dicit  sacerdos  : 
sancta  sanctis,  et  populus  respondet  :  iinus  sanctus  et  cetera. 

Explicit  praefatio  ad  pîissimwn  principem  et  dictatorem     ^o 
Karolum  Anastasii  abbatis  et    \    apostolicae  sedis  bibliothe-  ^^^'  ^ 
carii. 

Incipiunt  capitula  historiae  mysticae  sancti  Maximi. 


2,  ariopagita  C  P.  —  3,  scripsi  P.  —  3,  sancta  P.  —  12,  praesuptiuum  C.  — 
13,  quae  ]  dam  :  fol.  39,  P.  —  15,  excepsi  C.  —  19,  lima  :  C  avait  d'abord 
écrit  limae.  —  19,  exercitiis  :  P  avait  d'abord  écrit  exercitus.  —  25,  medullam 
P.  —  29,  respondit  C.  —  30-33,  en  rouge  C.  —  30,  1  dans  explicit  ajouté  après 
coup  C;  prcfatio  C;  amplissimum  P,  avec  am  ajouté  au-dessus,  de  la  même  main. 
—  30,  et   I    dictatorem,  fol.  39  v-'P;  dictorem  P. 


-98  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

I.  De  introitii. 

II.  De  lectionibus. 

III.  De  canticis. 

IIII.  De  sancto  euangelio. 
•j         V.  De  ingressu  sanctorum  mysteriorum. 

VI.  De  sancto  osculo. 

VII.  De  obseratione  ostiorum. 

VIII.  De  symbolo. 
VIIII.  De  trisagio. 

10         X.  De  pafer  noster. 

XI.  De  unus  sanctus. 

XII.  De  perceptione. 
Item  recapitulatio. 

foi.5v"      I.  Cuius  sit  typus  ecclesia. 
'^         II.  Quis  typus  primiintroitus. 

III.  Quorum  typi  diuinae  lectiones. 
IIII.  Quorum  typi  diuina  cantica. 

V.  Cuius  symbolum  sanctum  euangelium. 

VI.  Quorum  typus  summi  sacerdotis  a  concessu  descensio  et 
20     catechumenorum  emissio. 

VII.  Cuius  symbolum  obseratio  ostiorum  et  sanctorum  sa- 
cramentorum  ingressus  et  diuinum  osculum  et  symboli  fidei 
exclamatio. 

VIII.  Cuius  symbolum  trisagii  hymnus. 

25        VIIII.   Cuius   symbola  pater  noster,   populi  inuocantis    et 
exclamantis   :    unus  sanctus,   sanctorumciue  sacramentorum 
perceptio. 
fol-  6      Item  capituta  historiae  mysticae,    \     ut  fertur,   Germani 
episcopi  constantinopotitani. 

30        I.  Quid  sit  ecclesia. 

II.  Quid  concha. 

III.  Quid  sancta  mensa. 
IIII.  Quid  ciburium. 
V.'  Quid  altare. 

35        VI.  Quid  tribunal. 

5,  mysteriorum  om.  P.  —  7,  ostiarum  P.  —  13,  en  rouge  C.  —  16,  lectionis  C. 
—  19,  sacerdotes  P.  —  20,  consensu  decossio  P.  a  catechuminorum  P.  —  22,  sim- 
biili  P.  —  28-29,  en  rouge  C.  —  29,  constantino  |  politani  :  fol.  40  P.  —  33, 
ciburium  C. 


TRAITÉS    LITURGIQUES.  299 

VII.  Quid  cosmitis  siue  ornamentum. 

VIII.  Quid  cancelli. 
VIIII.  Quid  indicet  ambo. 

X.  Cur  oremus  ad  orientem. 

XI.  Quare  non  flectamus  genu  die  doniinico.  5 

XII.  Quare  non  flectamus  genu  diebus  penlecostes. 

XIII.  Quare  sacerdotes  tondeantur  in  speciem  crucis. 
XIIII.  Quare  uestis  sacerdotis  sit  coccinea. 

XV.  Quare  discincti  sint  sacerdotes.  foi.6v" 

XVI.  De  uiginti  quattuor  presbyteris  et  septem  diaconibus.     lo 

XVII.  Quid  significent  lora  tunicae. 

XVIII.  De  loris  quae  in  lateribus  tunicae  sunt. 
XVIIII.  De  supercollari. 

XX.  De  superhumerali. 

XXI.  De  monachico  schemate.  15 

XXII.  Quare  tondeatur  coma  capitis. 

XXIII.  De  amictibus. 
XXIIII.  De  cuculla. 

XXV.  De  analabo. 

XXVI.  De  zona.  20 

XXVII.  De  sandaliis. 

XXVIII.  De  pane  propositionis. 
XXVIIII.  De  lancea. 

XXX.  De  pane  et  calice. 

XXXI.  De  uino  et  aqua.  25 

XXXII.  De  antiphonis. 

XXXIII.  De  ingressu  euangelii. 
XXXIIII.  De  trisagio  hymno. 

XXXV.  De  cantore  qui  exclamât  in  trisagio  hymno. 

XXXVI.  De  ascensu  summi  sacerdotis  in  consessum.  .30 
XXXVI.  Quid  sit  :  et  spiritui  tuo,  quod  populus  dicit. 
XXXVIII.  Quae  sit  cathedra  summi  sacerdotis. 

XXX VIIII.  De  responsorio. 
.  XL.  De  apostoli  dicto. 
XLI.  De  alléluia.  35 

1,  co.smis  P;  cosmitis  C.  =  xoTfXTnTYiç  avec  la  prononciation  moderne.  —  3,  indi- 
cent  P. —  5,  floctcmus  P.—  7,  tondantur  C  P.  —  15,  scemato  P.  —  16,  tondatur 
C  P.  —  24,  calicae  et  pane  P.  —  29, cantarc  P;  exclamât  |  in  :  fol.  40  v°  P.  — 
34,  dato  P. 


300  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

XLII.  De  turibulo. 
foi.7v°     XLIII.  De  ingressu  euangelii. 

XLIIII.  Quod  quattuor  sint  euangeliasicut  et  spiritusquattuor 
uniuersales. 
^         XLV.  De  hoc  quo  summus  sacerdos  populum  signât. 

XLVI.  De  catechumeiiis. 

XLVII.  De  uelamine. 

XLVIII.  De  praeparatione  sacrae  oblationis. 

XLVIIII.  De  hymno  cherubim. 
10        L.  De  sacerdotibus  et  diaconibus  portantibus  sanctam  pa- 
tenam. 

LI.  De  disci,  id  est  patenae,  cooperimento. 

LU.  De  disco. 

LUI.   De  calice. 
15         uni.  De  uelo. 
fol.  8       LV.    Cuius    sit    symbolum   diuinum    oscu|lum    ex    sancti 
Maximi  dictis. 

LVI.  Cuius  symbolum  sit  obseratio  ostiorum  :  eiusdem. 

LVII.  Quid  innuat  diuinum  fidei  symbolum  :  eiusdem. 
20        LVIII.  Qualis  debeat  esse  sacerdos  sancto  assistens  altari. 

LVIIII.  De  his  quae  mystice  celebrantur  a  sacerdote. 

LX.  De  diaconibus  rhipizantibus.  . 

LXI.  Cuius  sit  symbolum  oratio  dominica. 

LXII.  Quid    significet   finis   mysticae  missae,    id  est  cum 
25     exclamatur  :  iinus  sanctus  et  cetera  :  sancti  Maximi. 

LXIII.  Quare  dicatur  communio. 

foi.sv"  Finiunt  capitula. 

Incipit    historia    mystica    ecclesiae    catholicae    :   sancti 

Maximi. 

30         Quorum  sit  operatiua  et  perfectiua  mysteriorum  per  hos, 

qui  celebrantur  in  sancta  synaxi,  ritus  inter  fidèles  et  fidei 

causa  collectos  perseuerans  ecclesiae  sancti  spiritus  gratia. 


3,  quod  P.  —  6,  catechuminis  P.  —  12,  LU  C;  le  copiste  a  omis  LI,  en  consé- 
quence tous  les  chiffres  suivants  sont  avancés  d'un  rang.  —  14,  calicae  P. 

22,  ripizantibus  C  P.  —  26,  fol.  41  P.  —  27-32  en  rouge  C;  dans  ce  manuscrit, 
l'initiale  de  quorum  est  ornée,  noir,  vert  et  rouge. 


TRAITÉS    LITURGIQUES,  301 

Igitur  oportere  ducebat  beatus  ille  senex  et  omnem  christia- 
num  rogans  minima  quiescebat  sanctae  ecclesiae  Dei  uacare; 
et  non  déesse  unquam  sanctae,  quae   |   in  ea  celebratur,  col-  foi.  9 
lectae,  tam  propter  perseuerantes  in  ea  sanctos  angelos,  qui 
semper  describunt  ingredientes  et  nuntiant  Deo  causas  eorum      ^ 
faciuntque  deprecationes  pro  ipsis,  quam  propter  sancti  spi- 
ritus  gratiam,  quae  quidem  inuisibiliter  semper  adest,   sed 
specialiter  et  praeeipue  tempore  sanctae  collectae,  unicuique 
eorum,  qui  inueniuntur,  prouidens  et  componens  et,  ut  uerius 
fateamur,  confingens  ad  id,  quod  magis  diuinum  est  propor-     10 
tionaliter  sibimetipsi,  et  ad  id,  quod  indicatur  per  mysteria, 
I    quae  celebrantur,  deducens,  licet  ipse  non  sentiat,  si  ex  foi.  9  v 
his  fuerit,  qui  adhuc  in  Christo  paruuli  sunt  et  in  profundum 
eorum,  quae  fiunt,  intueri  non  possunt;  quae  uidelicet  signi- 
ficata  salutis  gratia  per  singula  in  eo  diuina,  quae  celebrantur,     1^' 
symbola,  operatur  secundum  aptationem  et  ordinem  profecta. 

I.  Ergo  in  primo  quidem  introitu  docebat  ille  sanctissimus 
uir  infidelitatis  esse  abiectionem,  fidei  incrementum,  malitiae 
diminution em,  uirtutis  profectum,  ignorantiae  démoli tionem, 
scientiae  augmentum.  20 

IL  Per  auditionem  autem   diuinorum  eloquiorum,  horum,  foi.  10 
quae  dicta  sunt,  fidei  scilicet,  uirtutis  et   scientiae,  constan- 
tiam  et  immutabiles  habitudines  et  affectus. 

111.  Per  diuina  vero  cantica,  quae  inter  haec  aguntur,  uo- 
luntariam  ad  uirtutes  animae  condescensionem  et  spirituale     25 
delectamentum  ac  desiderium,  quod  in  illis  efficitur,  sibi. 

1111.  Praeterea  per  lectionem  sancti  euangelii,  terrenae  sa- 
pientiae,  quasi  sensibilis  mundi,  consummationem. 

V.  Porro  per  ingressum   sanctorum  mysteriorum,  perfec- 
tionem  et  sacra |tiorem  et  nouam  doctrinam  atque  scientiam     30 
dispensationis  Dei  erga  nos  effectae. 

VI.  Per  diuinum  autem  osculum,  omnium  ad  omnes  et  ad 
seipsum  uniuscuiusque  primitus  et  singillatim  et  ad  Deum 
concordiae  ac  unanimitatis  et  caritatis  identitatem. 


10,  non  fingens  C  P  :  la  correclion  est  de  Pitra.  — 10-11, proporcionalê  P.  —  13, 
paruuli  :  cf.  1  Cor.,  m,  I.  —  14,  quae  :  C  avait  d'abord  écrit  qui.  —  15,  eo  |  diuina  : 
fol.  41  v  P.  —  17,  sanctissimus  C;  sacratissimus  P.  —  23,immutabilis  C;  habitu- 
dinis  C  P.  —  SôjSpiritale  P;  spirituale  C,  avec  u  surajouté.  — 27,  lectionem  : 
dilectionem  P.  —  31,  dispensationes  :  P  avait  d'abord  écrit  dispensationis.  — 


fol.iov 


302  REVUE   DE    L'oRTENT    CHRÉTIEN. 

VII.  Per  ostioruin  vero  clausum,  qui  fit  post  haec,  transi- 
tum  mentis  et  translationem,  quae  est  in  affectu,  ab  hoc  cor- 
ruptibili  mundo  ad  intelligibilem  mundum,  per  quem  sensus 
instar  ostiorum  claudens  mundos  a  peccatorum  idolis  effîcit. 
fol.  11  VIII.  Ceterum  per  symboli  fidei  confessionem,  congruentem 
^  gratiarum  actionem,  quae  fit  super  a.dmirabilibus  nostrae 
salutis  modis. 

IX.  Per  trisagium,  sane  unionem  et  aequiparationem,  quae 
fit,  ad  sanctos  angelos,  et  incessabilem  ac  indefessam  sancti- 

10     ficae  glorificationis  Dei  consonantiam  et  firmitatem. 

X.  Per  orationem  praeterea,  per  quam  patrem  uocare  Deum 
meremur,  uerissimam  adoptionem,  quae  per  gratiam  sancti 
spiritus  fit. 

foi.ii\"     XI.  Porro  per  id,  quo  unus  sanctus  dicitur    |    et  cetera, 

15     familiaritatem  et  gratiam,  quae  ad  ipsum  Deum  nos  unificat. 

XII.  Per   participationem   autem    intemeratorum  et  uiuifi- 

catorum  sacramentorum,  communionem  et  identitatem,  quae 

fit  ad  eu  m  per  similitudinem  et  participationem,    quantum 

possibile  est,  qua  etiain  ex  homine  fieri  Deus  liomo  meretur. 

20     Quae  namque  liic,  in  praesenti  uidelicet  uita,  [per]  gratiam, 

quae  in  fide  est,  credimus  nos  per  spiritum  sanctum  percipere, 

liaec  in  futuro  seculo   ueraciter   et  subsistentialiter  ipsa  re, 

secundum   spem  fidei  nostrae,  quae  non  decidit,   ac  firmani 

fol. 12    I  sponsorisetnon  transgredientempromissionem,  custodientes 

25     secundum  uires    mandata  eius,    nos  credimus  percepturos; 

transeuntes  a  gratia,  quae  est  in  fide,  ad  gratiam,  quae  est 

per  speciem,   transferente   nos   ad   se   procul   dubio   Deo    et 

saluatore  nostro  lesu  Christo  et  séquestrante  a  uitiis  corrup- 

tionis,  quae  in  nobis  existunt,  et  principalia  douante  mysteria, 

30     quae  per  praesentia  nobis  sensibilia  symbola  praemonstrata 

sunt. 

ioi.i2v»     Propter  facilem  sane  memoriam,  si-  uidetur,  dictorum    \ 

uirtutem.  breuiter  transcurrentes  taliter  capitulatim   dica- 

mus  : 

I.  Est  ergo  sancta  ecclesia  typus,  ut  dictum  est,  et  imago 

2,  affectu  :  fol.  42  P.  —  4,  peccatoribus  P.  —8,  aequiperationeni  P. —  11,  ope- 
rationem  C.  —  12,  uerissimaP.  —  20,  uita  gratiam  C,  uita  gratia  P;  la  confec- 
tion est  de  Pilra.  —  24,  non  |  transgredientem  :  fol.  42  v"  P.  —  27,  transforentes 
C  ;  ad  :  C  avait  d'abord  écri  at.  —  32-34,  en  rouge  C. 


35 


TRAITÉS    LITURGIQUES.  303 

Dei,  eo  quod  eam  operetur  per  immensam  uirtutem  etsapien- 
tiam   siiam  circa  diuersarum  rerum   substantias  inconfusam 
unitionem  summa  sibi  banc  ratione  constringeiis  et  ipsa  seciiii- 
dum  gratiam  fidei  in  hos,  qui  fidèles  sunt,  operatur,  omnes 
quidem   per   unam    fidei   gratiam   et   uocationern    fidèles    in      r, 
inuicem   uniformiter  copu|lans  ;   sed  actiuae    uitae  ac  uirtu-   ,^|  ,3 
tibus  deditos,  per  unam  uoluntatis  identitatem;  contemplationi 
autem  et  scientiae  operam  dantes,  super  haec  etiain  per  con- 
cordiam  incorruptam  et  indiuiduam.  Porro  mundi  tam  inuisi- 
bilis  quamque  uisibilis  ecclesia  typus  est  tanquam  inuisibilis      10 
mundi  sacerdotium  symbolum  habens,  uisibilis  uero  templum. 
Rursus  autem  hominis  est  imago,  tanquam  qui  animam  per 
sacerdotium  imitetur,  corpus  uero  per  templum.  Ipsius    |    au-  ioi.  13 v" 
tem  animae   per  se  intellectae  typus  est  et  imago  tanquam 
contemplationis  gloriam  per  sacerdotium  ferens,  actualis  per      15 
templum  habens  ornatum, 

IL  Sanctao  uero,  quae  in  ea  celebratur,  collectae  primus 
quidem  introitus  generaliter  quidem  indicat  priinam  Christi 
Dei  nostri  praesentiain  ;  specialiter  autem  conuersionem  eorum 
et  qui  cum  ope  ipsius  propter  eum  ab  infidelitate  ad  lidem  et      '^'^ 
a  malitia  ad  uirtutem  et  ab  inscitia  ad  scientiam  introducuntur. 

III.  Lectiones  autem,  quae  fiunt    ]    post  eum,  generaliter   foi.  14 
quidem  diuinas   uoluntates   atque    consilia,   secundum   quae 
oportet  omnes  erudiri  et  conuersari,  demonstrat;  specialiter 
autem  doctrinam  fidei  ac  profectum  eorum,  qui  crediderunt;      '^'' 
necnon  et  actualium  firinum  affectuin,  qui  fit  secundum  uirtu- 
tem, per  quam  et  iain  diuinae  legis  mandatis   acquiescentes 
uiriliter  et  conuertibiliter  stant  aduersus  insidias  diaboli  et 
contrarias  operationes  effugiunt  et  peritorum  morum,  qui  fiunt 
per  contemplationem   et  secun|dum  hos  sensibilium  et  pro-  °3o'^ 
uidentige,  quae  in  ipsis  est,  spirituales  secundum  uires  coUi- 
gentes  sermones  sine  errore  ad  ueritatem  ducuntur. 

IIII.  Diuina  praeterea  canticorum  modulamina  diuinum  de- 
lectamentum  et  iucunditatem,  quae  ommium  fit  animabus, 
insinuant,  secundum  quam  inystice  ualidi  facti  laborum,  qui     35 


11,  uoiro  :  fol.  43  P,  —  12,  quae  P.  —  21,  inscientia  P.  el  C,  mais  par  une 
correciion  très  postérieure.  —  2C,  quae  P.  —  28,  inconuertibiliter  P.  —  31,  spi- 
ritalcs  P,  —  33,  praeterea    |   canticorum  :  fol.  43  v"  P.  —  34,  iocunditatcra  C. 


304  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

praeteriere,  per  uirtutem  obliuiscuntur  et  ad  indefessum  desi- 

derium  diuinorum  et  incorruptibilium  bonorum,  quae  defue- 

rint,  iuuenescunt. 

fol.  15       y^  Porro  sanctiim  euangelium  generaliter  quidem  symbo- 

5      lum   est   consiimmationis   saeculi   huius  ;    specialiter    autem 

eorum,  qui  crediderunt,  significat  omnimodam  antiqui  erroris 

abolitionem;  actiuae   uero   uitae  operaiii  dantium  mortifica- 

tionem  et  consummationem  legis  et  sapientiae,  quae  est  secun- 

dum  carnem  ;  scientiae  autem  deditorum  multorum  ac  diuer- 

10     sorum  sermonum  congregationem  et  relationem,  quae  fit  ad 

collecticium  uerbum,  consummata  illis  et  terminata  latiori  et 

uaria  naturali  theoria. 

o.isv     yj^  Summi  uero   sacerdotis  a  sede  descensus  et  catechu- 

menorum  emissio  generaliter  quidem  significat  secundum  de 

15     caelis  magni  Dei  et  saluatoris  nostri  lesu  Christi  aduentum  et 

segregationem  peccatorum  a  sanctis  et  iustam  ad  uniuscuiusque 

meritum  uicem;  specialiter  autem  perfectam  eorum,  qui    in 

fide  crediderunt,  satisfactionem,  quam  facit    ueniens  inuisi- 

biliter  Deus  et  uerbum,  per  quam  omnis  adhuc  quodammodo 

20      adumbrans  in  fide  cogitatio  cuiusquam  instruendi  more  ab  eis 

fol.  16  depellitur;  actualium  uero   perfectam  im|passibilitatem,  per 

quam  omnis   uitiosa   et    non   illuminata    cogitatio   imbuitur 

animae;  scientiae  autem  dantium  operam  complectiuam  disci- 

plinam  cognitorum,  per  quam  materialium  imagines  ab  anima 

25     depelluntur. 

VII.  Obseratio  autem  ostiorum  et  sanctorum  mysteriorum 
ingressus  et  diuinum  oscuium  et  symboli  fidei  acclamatio 
generaliter  quidem  significat  carnalium  transitum  et  spiritua- 
lium  manifestationem  et  nouam  circa  nos  diuini  sacramenti 
^"Vo^^°  doctrinam  et  omnium  unanimitatem  et  con|cordiam  et  cari- 
tatem  et  identitatem  ad  omnes  et  ad  inuicem  usque  ad  Deum 
efficiendam;  necnon  et  gratiarum  actionem  super  modis,  qui- 
bus  saluati  sumus  effecti  ;  specialiter  autem  fidelium  quidem  a 

1,  praeterire  P.  — 1-2,  desidcriorum  P.  — 4,  quadrifarie  interpreta(tur)  :  gene- 
raliter, actualiter,  cogn(os)cibi(li)ter  C  en  7narije;  quelques  lettres  emportées  par 
la  reliure.  —  7,  operam  solutionem  quadrifariae  {l.  quadrifarie)  interpretatur 
dantium  P  ;  la  glose  a  passé  dans  le  texte.  —  13,  et  :  om.  C.  —  17,  uocem  :  P  avait 
d'abord  écrit  uicem.  —  1»-19,  inuisibiliter  |  Deus  :  fol.  44  P.  —  22,  inluminata  P 
avec  1  surajouté.  —28-29,  spiritalium  P.  —  30,  karitatem  C.  —  31,  atqueadDeum 
P.  —  33,    effectu  P;  spiritaliter  P. 


TRAITÉS    LITURGIQUES.  305 

simplice  fide   ad   inagisterium,  qiiod  est   in   dogmatibus,  et 
imbutiiineni    et    consonantiain  et    pium   profectum  (primum 
enim  ((Sliitrum  indicat  obseratio,  secundum  uero   sanctorum 
ingressus,  tertium  aiitem  osculum,  porro  quartuni  acclamatio 
symboli)  ;    actiuae    sane    iiitae    deditorum     |     translationem   f»'-  '^ 
eorum,  qui  ab  actu  ad  conteinplationem  imbuerunt  sensus  et 
extra  carnem  mundumque  facti  sunt  per  abiectionem  opera- 
tionuin,   quae   secunduin    ipsos    efficiuntur,   atque  ascensum 
eorum,  qui  fit  a  raandatorum  more  ad  uerbiim  ipsorum,  nec- 
non  et  eorundein  luandatorum  secunduin  familiares  serinones      lo 
cognatam  ad  uirtuteni  animae  familiaritateni  et  unitatem  et  ad 
Iheologicam    gratiaruni    actionem    idoneam    consuetudinem; 
scientiae  autem  operain  dantium   |   a  pliysica  tlieoria  ad  spiri- foi.nv 
tualium  siinplicem  considerationem,  secundum  quam  nequa- 
quam  per  sensum   uel    quicquam  eorurn,  quae   uidentur,  ad      15 
diuinum  et  ineffabile  consectantur  uerbum  atque  ad  anima  ni 
uirtutum  eius  unitioneni,  necnon  et  simplicitatem  in  mente 
uniformiter  compreiiendentem  diuinae  prouidentiae  uerbum. 

VIII.  Trisagii   praeterca  iiicessabilis  sanctorum  angelorum 
sanctificans  glorilicatio   generaliter  quideni  significat  pariter      30 
et  in  ipso  faciendam  in  futuro  saeculo  caelestium    |   et  terre-  m.  is 
strium  uirtutum  aequalem  ciuitatem,  conuersationem  etconsen- 
sum  divinae  glorificationis,  immortali  honiinibus  corpore  per 
resurrectionem  effecto  et  non  iam  aggrauante  aniinam  corrup- 
tione  uel  aggrauato,  sed  per  incorruptibilitatem  commutationem      25 
ad  susceptionem  praesentiae  Dei  accipiente  uirtutem  et  habi- 
litatem  ;  specialiter  autem  fidelium  quidem  ad  angelos  secun- 
dum fidem  theologicam  concertationem  ;  actioni  autem  dedi- 
torum coangelicam  secundum  uitam  claritatem  et  instantiam 
theologicae  iiymnoiogiae  ;    scientiae  prae|terea  operam    dan- j.^,  ^^'^^  ^„ 
tium,  coangelicas  secundum  quod  hominibus  est  possibile  de 
diuinitate  sentire  intelligentias,  laudes  et  perpétues  motus. 

VIIII.  Porro  beata  magni  Dei  et  patris  inuocatio  et  iinus 
sancius  seu  ceterorum  exclaiiiatio  ac  sanctorum  et  uiuificorum 
mysteriorum  participatio  adoptionem,  unitatem  et  familiari-     35 

1,  siiiiplici  P;  docmatibus  P.  —  7,  car  I  nem  :  fol.  11  v"  P.  —  9,  qui  :  P  avait 
d'abord  écrit  quae.  —  11-12,  a  theologicam  P.  —  13,  spiritalium  P.  —  17,  unc- 
tionem  P.  —  24-25,  corruptioncm  P.  —  27,  angelos  |  secundum  :  fol.  45  P.  — 
32,  mutus  P.  —  35,  perticipatio  C. 

ORIENT   CIIIIÉTIEIV.  20 


306  REVUE    DE    lV)RIENT   CHRÉTIEN. 

talem  et  siiiiilitudinem  diuinam  et  cleificationem  significat, 
quae  in  omnibus  et  super  omnes  dignos  est  efficienda  propter 
fol.  19  Dei  nostri  benignitateui,  per  |  quam  omnia  in  omnibus  crit 
his,  qui  saluandi  sunt,  ipse  Deus  similiter  ut  pulchriludo  prin- 
5  cipalis  per  causam  condecorata  cum  his,  qui  cum  eo  per  uirtu- 
tem  et  scientiam  et  gratiam  similiter  coiidecorantur.  Fidèles 
autem  et  uirtutibus  plenos  et  snpientes  uocabat  introductos  et 
proficientes  atque  perfectos,  id  est  seruos  et  mercenarios  ac 
fdios,  très  uidelicet  ordines  eorum,  qui  salui  liunt.  Serui  enim 

lo     sunt  lidelcs,  qui  timoré  minarum  domini  adimplent  mandata 

fol.  19  V"  et  creditis  amabili|ter  operantur  ;  mercenarii  uero,  qui  amore 

promissorum    bonorum   cum    patientia  portant    pondus  diei 

et  aestus,  id  est   insitam  et    coniunctam  praesenti  uitae   ex 

progenitorum  damnatione  tribulationem  et  ipsius  pro  uirtute 

'^      temptationes  et  uita  uitam  sapienter  per  proprium  uoluntatis 

arbitrium  commutantes,  id  est  praesenti  futuram  ;  lîlii  autem, 

qui  neque  timoré  minarum  neque  amore  repromissionum,  sed 

more  et  usu,  ad  bonum  per  uoluntatem  animae  motu  seu  atTectu 

loi.  20  nunquam    aliquando   a    Deo    sepa|rantur  iuxta    filium  illum, 

^'^  cui  dictum  est  :  ////,  lu  scniper  rnecuin  es  et  omnia  mea  tua 
sunt;  hoc  secundum  adoptionem,  quae  in  gratia  est,  con- 
uenienter  existentes,  quod  secundum  naturam  et  causam  et  est 
et  creditur  Deus. 

Ergo  ne  desimus  sanctae  Dei  ecclesiae,  quae  tôt  in  sancta 

25      dispositione  diuinorum  symbolorum  in  se  celebratorum  salutis 

nostrae  mysteria  continet,   per  quae  uidelicet  unumquemque 

nostrum  et  maxime  illum,  qui   bene   conuersari   dinoscitur, 

aequaiiter  sibi  creans  secundum  Christum  datam  per  sanctum 

101.20^   I  baptismum  in  spiritu  sancto  [gratiam  adoptionis  ad  manife- 

^0      stationem   agit  secundum  Christum  perficiendam.  Sed   omni 


H,  en  iiianje  G  :  nota  quod  trcs  ordines  sint  ooi'(um),'  qui  saluantur,  seruo- 
rum,  niercenariorum  (mercennariorum  G),  filiorum.  —  8,  morcennarios  C.  — 
11,  en  marge  C  :  notanduni  quia  quisquis  est  secundum  Irium  qui  saluantur 
ordinem,  sicuti  continet  dictio  élus,  qui  sancta  sanctis  pronuntiat,  digne  partici- 
pans  diuinorum  sacramentoruni  sanctificatur ;  at  uero  qui  huius  modi  non  est 
et  participatur,  in  iudicium  sibi  manducat  et  bibit  non  diiudicans  corpus  et 
sanguineni  Ghrisii,  sicut  ait  apostolus.  I  Cor.,  xi,  27-29. —  11,  mercennarii  G. 
—  12,  patientia  |  portant  ;  fol.  45  v°  P.  —  13,  aestus  :  cf.  Matth.,  x.\,  12.  —  15, 
uoluntates  P.  —  21,  sunt  :  Luc,  xv,  31.  —  22,  et  causam  :  om.  P.  —  25,  simbu 
loruni    P, 


TRAITÉS    LITlIKilQUKS.  307 

uirtute  ac  studio  exhibeamus  nosmetipsos  diuinis  charisma- 
libiis  dignosper  opéra  bona  placentes  Deo  et  non  conuersantes 
secundum  gentes,  quac  ignorant  Deum  in  passionibus  desi- 
derii,  sed,  sicut  ait  sanctus  apostolus,  mo^-tificantes  membra, 
quae    sunt    super    terra  m,    fornicationem,   inmmnditiam,      5 
passioneui,  concupiscentiam  malam  et  auaritiam,  quae  est 
idololatria,  propter  quae  uenit  ira  Dei  super  filios  diffi- 
dentiae    iramque  omnem    et  furorera  et    turpiloquium    et  ibi.  21 
mendacium,  et,  ut  compendio  dicam,  totum  ueterem  homi- 
nem,    qui    corrumpitur    secundum    desideria    deceptionis,     •» 
depjonentes  cum  actibus  suis  et  roncupiscentias  digne  Deo 
ambulemus,  qui  uocauit  nos  in  regnum  suum  et  gloriam 
induti    uiscera    miserationis,    benignitatem,    humilitatem, 
mansuetudinem,  tonganimitatem,  supportantes  alterutrum 
in  caritate,  donantes  inuirem,   si    quis  adversus   aliquem.      15 
habet   querelam,   quemadmo\duni  et    Christus  donauit  no-^''^'^^"' 
bis,    in  omnibus  seruantes   uinculuni  perfectionis ,  carita- 
tem  et  pacem,  ad  quam  et  uocati  sumus  in  uno  corpore,  et, 
ut  absolute  dicam,  nouum  homineni,  qui  renoua tur  in  agni- 
tionem  eius,  qui  creauit  eum.  Sic  eniin  uiuentes  poterimus  ad      20 
finem  uenire  diuinarum  repromissionum  cum  spe  bona  com- 
plereque  agnitionem   uoluntatis   eius,  in   omni   sapientia  et 
intellectu  spiritali  fructificantes  et  crescentes  agnitione  domini, 
in  omni  uirtute  confortati  secundum  poten|tiam  gloriae  eius  foi.  22 
in  omnem  aedificationem  et  longanimitatem  cum  gaudio,  gra-     2& 
tias  agentes  Deo  et  patri,  qui  dignos  nos  fecit  in  partem  sortis 
sanctorum  in  lumine. 

Clara  uero  gratiae  huius  comprobatio  est  uoluntariiis  ad 
cognitionem  per  consensum  condescendens  affectus,  cuius  opus 
est  quasi  Deum  suscipere  pro  uiribus  hominem,  qui  quo  quo-  m\ 
modo  nostrae  opis  eguerit,  et  non  neglectum  ucl  sine  prouisione 
dimittere,  sed  decenti  studio  operatione  monstrare  uiuum  affec- 
tum,  qui  in  nobis  est  tam  ad  |  Deum  quam  circa  proximum.  toi. 22  V 
Opus  quippe  affectus  est  comprobatio.  Nihil  enim  uel  ad  iusti- 
tiam  tam  facile  est  uel  ad  contemplationem,  ut  ita  dicam,  et  '  35 

l.charismatibus:  h  surajoutée.  —  3-4,desideni  :  cf.  IThess.,  iv,5.  — 4,mortiri  i 
cantes  :  fol.  46  P.  —  7,  idololatria  :  lo surajouté  C— 9,  mendatium P.  — 19-20,  agni- 
tionem secundum  imaginpm  eius  P  ;  Col.,  m,  5-16.  —  24,  po  I  tentiam  :  fol.  46 
v°  p.  _  31,  opis  :  P  avait  d'abord  écrit  opus.  —  32,  deçepdi  P. 


SOS  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

ad  propinquilatem,quaeest  ad  Deum,  aptius  exlal,quam  mise- 
ricordia  ex  animo  erg-a  indigentes  cum  deleclamento  et  gaudio  : 
etenini  Deum  esse  sermodenionstrateum,  qui  suClragio  indiget  : 
quamdiu  enim  uni  de  his  minimis  fecistis,  ait,  mihi  fecislis. 
5  Deus  autem,  (jui'  dixit,  niulto  magis  benetacere  ualenteni  et 
facienteni  oslendet  ueraciter  secundum  participalionemexistere 

fol-  3  Deum  I  tantiuam  eum,  qui  eiusdem  beneficii  mirabiliter  staiji- 
Jieritoperationem  et  proprietatem,  et  si  Deus  est  pauper  propter 
condrscensionem  Dei,  qui  propter  nos  pauper  factus  est  et  in 

10  seipsum  compatienter  singulorum  passiones  suscepit  et  usque 
ad  consummalionem  saeculi  secundum  proportionem  unius- 
cuiusque  passionis  semper  bonitate  mysticepatitur;  manifestius 
est  quod  secundum  conuenientem  rationem  sit  Deus  qui  ad 
imitationem  Dei  pro  misericordiam  patientium  passionibus  Deo 
roi.'2.jv«  decibiliter  per  |  seipsum  medetur  et  eandem  quam  Deus  se- 
cundum rationem  saiuantisprouidentiae  inalfectu  sedemonstrat 
iiabere  uirtutem. 

Ergo  quis,  putas,  est  ad  uirtutem  lam  tardus  ettam  ad  motuni 
diflîcilis,  ut  nondesideret  deitatem,  cum  tam  facilis  res  sit  ad 

20      emendum  etadquirendunr?Tuta  uero  est  liorum  etnonuiolanda 

custodia  et  ad  salutem  facilis  uia  sine  qua,  ut  reor,  secundum 

ucritatem  niiiil  erit  bonorum.  lilae  se  habenti  conseruatum  ipsa 

operatio,  id  est  propria  operatio,  per  quam  ea  tantura,  quae 

loi.  24   nostra  sunt,  injtendere  tractando  discentes  ne  ab  aliis  frustra 

25  laesionera  liabeamus,  intrepidi  liberamur.  Si  enim  nos  solos 
uidereet  discutere  didicerimus,  nunquani  alios  quomodocunque 
se  habere  contigerit,  iudicamus  scientes  unum  solum  iudicem 
sapientem  et  iustum  Deum,  qui  sapienter  et  iuste  omnia,  quae 
fiunt,  uidicat  secundum  rationem,  quapatrantur,  non  secundum 

30      niodum,  quo  manifestantur,  quo  fortassis  possint  et  homines 
iudicare  lucide  in  id,  quod  apparet,  aspicientes  circa  quod    | 
ioi.2'j  V  non  omnino  ueritas  nec  eorum,  quae  fiunt,  ratio.  Deus  autem  et 


2,  en  rnarr/e  C  :  unie  inopinatani  et  mirabilem  rem,  quia  similis erficiturhonio 
Deo,  secundum  quod  possibile  est  propter  compassionem.  —  G,  secundum  gra- 
liam  et  participationcm  P.  —  7,  eidem  P.  -  U,  est  |  et  :  fol.  17  P.  —  10,  pas- 
siones :  le  dernier  s  ajouté  après  coup  C.  —  13,  manifestus  C.  —  19,  dilTicilis  :  un 
ï ajouté  après  coup  C. —  21,  custadia P. en //mr//e  C:  notandum  quod  nostra  tantum 
mala  cogitare  et  non  proximi  debeamus.  — 22,  ille  P.  — 24,  diseendentes  P.  — 
27,  iudicabimur  P.  —  31,  iudicare   I  lucide  ;  fol.  17  v»  P. 


TRAITKS    LITURGIQUES.  309 

non  apparentem  animae  motum  et  inuisibilem  impetum   et 
rationem  ipsam,  secundum  quam  mouetur  anima,  et  rationis 
intentioneni,  id  est  omni  rei  finem,  qui  praecogitatur,  aspiciens 
iudicat,  iit  dixi,  iuste  omnia,  quae  ab  honiinibusaguntur.  Quod 
si  recte  din-ere  studuerimus  et  nobis  ipsis  nos  ipsos  circum-       :> 
sci'ipserinius  neque  uiderenequeaudireneque  loqui  oculum  uel 
auren»   et    ut    linguam,    quae    aliorum    sunt,  diniittenius,|si   foi. 25 
possibile  quidam  est  omnino,  sin  auteni  compatienter  potius  et 
non  passibiliter  eos  quibus  operari  et  lucruni  nostrum  uidere  et 
audire  et  loqui  praecipiuntur  et  solummodo  tantum  quantum      'o 
aurigae  horum,  idest  diuinae  rationi,  uidetur.  Nullum  enimest 
his  organum  ad  peccatum  procliuius,  si  non  ratione  ducantur, 
et  rursus  nibil  his  ad  saluteni  promptius  ordinante  ea  ratione 
et  modérante  et  ad  quae  oportet  et  uult  deducente. 

Finit  I  historia  mystica  ecclesiae  catholicae.  Incipit  liinc  foi. 25  v 
Germanus.  ^^ 

I.  Ecclesia  est  sacrarium   Dei,  templum  sanctum. ,  domus 
orationis,  conuentus  plebis,  corpus  Christ!,  nomen  eius,  aqua 
baptismatis  eius  emundata  et  sanguine  ipsius  respersa  et  nup- 
tiali  more  stola  circumainicta  et  sancti  spiritus  unctione  signala      20 
secundum   illud  propheticum   :   unguentum   efj'usum  nottien 
tibi,  et  :   in    odoroii    ungueittorum   tuorum  curremus,  et  : 
sictft  ungiientiuu  in  capite,  quod  descendu  in  barbant  Aaron.   foi.  26 
Item     ecclesia   est    terienum   caelum,  in  qua  supercae|lestis 
Deus  iidiabitat  et  inambulat,  praeligurans  crucifixionem  et  se-      25 
pulturam  et  resurrectionem  Christi,  giorificata  super  taberna- 
culum  testimonii  Moysis,  in  qua  sunt  propitiatorium  et  sancta 
sanctorum,  in  patriarchis  quidern   praeligurata,  in  proplietis 
ueropraedicata,  in  apostolis  autem  fundata,  porro  in  marlyribus 
consummataet  in  summis  sacerdotibus  adornata.  30 

II.  Concha   est    in    similitudinem    speluncae   quae  fuit   in 

3,  oninis...  aspitieiis  P.  —  -1,  iudica  C.  —  1,  circuniscrpseriimis  C.  — 
(),  diuidere  P;  neque  audire  :  om.  P.  —7,  et  ut  C,  et  ajuuiê  dans  l'inleriigne ; 
aut  P.  —  9,  in  lucrum  P.  —  10,  audiret  loqui  P.  — 12,  proclibius  C  P.  —  13,  ordi- 
nale P.  —  15,  finit...  incipit  :  en  rouge  C;  hinc  Germanus  :  en  marge  C;  incipit 
hinc  Germanus  :  cm.  P.  —  20,  more  l  stola  :  fol.  48  P  ;  singnata  C— •21,ungueutum  : 
Gant.,  I,' 3.  — 22,  Ibid.,  1;  uugentoruui  U,  l'n  effu'y- apr.is  coup.  —  23,  sicut  :  Ps. 
cxxxu,  2.  —  21,aeclesia  P.  —  27,  Moysi  C  P.  —  20,  martiribus  C.  —  31.  en  marye 
G  :  concha  quam  nos  absidam  dicimus;   spaeluncae  G. 


loi.  2: 
10 


310  HEVUE    DE    l'ûRIEXT    CHRETIEN, 

Bethlehem,  in  qua  natus  est  Christus,  et  in  similituclinem  spe- 
loLiov"  luncae,  in   qua  sepultus    |    est,  sicut  euangelistae    innuunt 
asserentes,  quia  erat  spelunca  siue  monumentum  excisum  ex 
petra  et  ibi  posuerunt  lesuni. 

5  III.  Sancta  mensa  est,  ubi  in  sepultura  sua  positus  est  Chri- 

stus, in  qua  superiacet  uerus  et  raelestis  panis  Cliristus  my- 
sticû  et  incruento  sacrificio  uiuens  hostia  factus  ut  homo,  qui  et 
carnem  suam  et  sanguinem  in  escam  uitae  aeternae  proposuit 
fidelibus.  Est  autem  et  thronus  Dei,  in  quo  Deus,  qui  supra 
cherubim  uehitur,  requieuit,  ad  quam  mensam  et  in  mysti|ca 
cena  sua,  cum  in  medio  discipulorum  suorum  sedisset,  accepte 
pane  ac  uino,  dixit  eis  :  accipite,  comedite  et  bibite  ex  eo; 
hoc  enfin  est  corpus  et  sanguis  meus.  Praefigurata  uero  est  et 
in  legali  mensa,  ubi  erat  manna,  quod  est  Christus  panis,  qui 

1''     de  caelo  descendit. 

IIII.  Ciborium  est  pro  Caluariae  monte,  ubi  crucifixus  est 

Christus  :  prope  enim  erat  locus  et  procliuis  siue  sub  diuo,  ubi 

sepultus  est;  sed  quoniam  in  breuitate  designatur  crucifixio  et 

loi. '27  vo  sepultura   et  resurrectio  Christi,  in  ecclesiam  coap|tatur.  Est 

2u      autem  et  in  similitudinem   arcae  testamenti  domini,   in   qua 

dicuntur  sancta  sanctorum  et  sanctilicatio  eius,  in  qua  prae- 

cepit  Deus  hinc  etinde  fieri  duos  cherubim  tornatiles.  Cib  enim 

est  arca,  uri  autem  illuniinatio  uel  lumen  domini. 

\.  Altareest  secundum  sanctum  Christi  domini  monumentum, 

25      in  quo  sacrificium  senietipsum  Christus  obtulit  Deo  et  patri 

per  oblationem  corporis  sui  sicut  agnus  immolatus  et  sicut 

pontifex  et  filius  hominis  offerens  et  oblatus  in  mysticum  et 

loi.  28  incruentum    sacrificium   et    rationabile    obsequium  fide|libus 

sacre  mactatus,  per  quod  participes  uitae  aeternae  et  immortales 

30     effecti  sumus.  Quern  uidelicet  agnum  praefigurauit  in  .^gypto 

1,  lepremier  h  de  Bethlehem  ajouté  après  coup  C.-4,  cf.  ]\Iatth.,  x.wii,  60;  Marc, 
XV, 46;  Luc.,.\xiii,  53;  Ioan.,xix,  41.  — 6,  superiacet  :  super  ajouté  dans  l'interll- 
gnePA),  in  |  quo  :fol.  48'"  P.  —  10  uehitur  :  cf.  Ezech.,x,  9  seq.— 12-13,  accipite... 
meus:  Matth.,  xxvi,  28.  —  16,  ciburium  C,  àcause  de  l'étymologie  proposée  plus  loin. 
—  17,  siuesub  dio  :  om.  P;  est:  orn.  P.  — 21,  praecepit  :  cf.  Exod.,  xxv,  18.  — 
22,  cibi  P;  hébreu  IID  arabe  ^.^j^  —  vas,  scyphus, arca. —  23, urlP; hébreu  "''IIN, 
abrégé  (7pn'''11N  =  lumen,  llamma  Dei.  —  24,  est  :  om.  P.  —  25  optulit  C.  — 
28,  obsequio  P.  —  29,  P  semble  avoir  d'abord  écrit  partipcii)ites,  les  lettres  fautive 
ont  été  grattées. 


tRAITÈs    LITURGIQUES.  311 

iMoyses  ad  uesperam  et  sanguine  ipsiiis  exterminatorem  ange- 
lum  auertit,  ne  occideret  populum.  Ad  uesperam  autem  signi- 
ficat,  quia,  cum  aduesperasceret,  occisus  est  Christus,  uerus 
scilicet  agnus   et  qui    niundi    peccata   tulil    in    cruce  sua   : 
Etenini  pascha  nostruni  pro  nobis  immolatus  est  Christus.      5 
Altare  est  et  dicitur  secundum  illud  supercaeleste  et  inuisibile 
altare,   in  quo     |    exprimuntur  spiritales  et  administpatoriae  to'-28v" 
hierarchiaeimmaterialiumetsupernaruni  uirtutum  et  terrestres 
ac  materialessacerdotes  assistentesetseruientes  domino  semper, 
unde  et  taies  esse  oportct  ut  ignis  urens.  Etenim  filius  Dei  et      10 
factor  uniuersorum  dédit  in  legem  et  caelestium  consequentiam 
et  terrestrium  ordineni, 

VI.  Tribunal  est  concauus  locus  et  tlironus,  in  quo  rex  omnium 
Christus  praesidet  cum  apostoiis  suis,  sicut  dicit  ad  eos,  quia 
sedebitis  super   sedes  iudicantes.  \  Subostendit  autem  et  se-      15 
cundam  praesentiam,  qua  ueniet  sessurus  in  sede  maiestatis, 

ut  iudicet  mundum,  quemadmodum  propheta  perliibet,  quia 
illir  sederunt  sedes  in  iudicio  super  doi/tum  Dauid. 

VII.  Cosmitis  est  secundum  [et]  légale  sanctum  cosmium  (id 

est  ornamentum)  designans  Christi  dei  crucifixi  signamentum,      20 
per  crucem  ornât  us. 

VIII.  Cancelli  sunt,  qui  orationis  locum  denuntiant,  in  quo 
significant  extrinsecus  quidem  populi  ingressum,  intrinsecus 
autem  1  sancta  sanctorum  existetitia  et  solis  sacerdolibus  accès-  foi. 29  v» 

25 

sibilia.  Sunt  autem  et  reuera  in  sancto  etiam  monumento  can- 
celli aenei,  quo  nemo  ingrediatur  in  illud  passira  et  pro  libitu 
proprio. 

VIIII.  Ambo  est  signilicans  figuram  lapidis  sancti  sepulcri, 
quo  ab  ostio  angélus  reuoluto  sedebat  super  eum  iuxta  ostium 
monumenti  exclamans  et  denuntians   resurrectionem  domini      3o 
mulieriltus  unguentum  ferentibus.  Est  autem  et  secundum  pro- 

1,  Moses  C;  sanguine  |  ipsiiis:  fol.  49  P;  P  avail  cVahord  écrit  ipsiuis  —  2, 
poimlum  :  cf.  Exod.,  \ii,  H  seq.  —  4,  .scilicet  :  s  surajoulé  C;  tulil  :  cf.  loan., 
I,  i'.l.  —  5,  Chi'islus  :  I  Cor.,  v,  7.  —  6,  caelestae  P.  —  11,  consequentiura  P.  — 
15,  iudicantes  :  Matth.,  xi.\,  -28. —  16,  sensurus  P;  maiestatis  :  Matth.,  x.w,  :il 
—  18,  iuditio  P;  David  :  P.s.  c.wi,  ,j.  —  19,  Cosmitis  =^  ;/fec  xo<7|Ar|Xri;  avec  la 
prononciaiion  moderne  ;  en  manje  C  :  quod  quidam  presbyteriiim  dicunt;  et  om. 
C.  —  19-20,  id  est  :  id  P.  —  22,  cancellis  P.—  23,  significant  |  extrinsecus  :  fol. 
49'^°  P.  —  24,  solis  :  C  uvall  d\ibord  écrit  soli.  —  26,  quo  nemo  :  (|uae  ne  P  — 
ol,  ferentibus  :  cf.  Mattii.,   \xvni,  2  seq. 


312  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

phetam,  qui  dicit  :  super  montem  campestrein  leuate  signum, 
fol.  30  ascende  qui  euan\gelizas  et   exalta  uoceiiu  Mons  enim  est 
ambo  in  loco  campestri  et  piano  positus. 

X.  Ad  orientem  autem  orare  a  sanctis  est  apostolis  ut  reliqua 

5  tradilum  et  est  ita,  eo  quod  intelligibilis  sol  iustitiae,  Ghristus 
uidelicet  Deus  noster,  in  terris  apparuerit  in  partibusorientis 
sensibilis  solis,  et  sseundum  prophetam  dicentem  :  oriens  no- 
men  ei,  et  iterum  :  adorate  dominum  qui  ascendit  super 
caelum  caeli  ad  orientem,  et  :  adorabiuius  in  loco,ubi  stete- 

^0      runt  pedes  eius,  et  rursus  :  stabunt pedes  domini  supra  mon- 
tem oliuarum  ad  orientem.  Haec  aiunt  prophetae.  Et  pro  eo 
quod  speremus  nos  iterum  paradisum  in  Eden  ad  orientem  ac- 
foi.3ov"  eepituros  et  quia  expectamus  quodammodo  etiam  lucis  appa- 
ritionem  rursus  secundi  Christi  aduentus. 

15  XI.  Praeterea  non  flectere  genu  die  resurrectionis,  quae  est 
dieruni  omnium  domina,  significat  casus  nostri  erectionem  per 
triduanam  Christi  resurrectionem  etîectam. 

XII.  lam  uero  usque  ad  pentecosten  non  inclinare  genu  est 
septein  dies   post  sanctum  pascha  septemplicatos  retinere   : 

20      septies  enim  septem  quadraginta  novem  efficiunt  et  dominico 
fol.  31   addito  I  quinquagesimus  eonsummatur. 

XIII.  Duplex  corona,  quae  in  capite  sacerdotis  ponitur,  per 
capillorum  significationem  princii)is  apostolorum  Pétri  imagina- 
tur  honora  bile  caput  :  quo  in  domini  et  magistri  praedicatio- 

25  nemmissus  tonsusestabhis  qui  noneredebant  sermon i  tanquam 
illusus  ab  eis.  Huic  magister  benedixit  Ghristus  et  conuerlit 
ignominiam  in  honorem  et  irrisionem  in  gloriam  et  posuit 
super  caput  eius  coronam  non  de  lapidibus  pretiosis,  sed  lapide 
ac  petrafidei  suae  fulgentem  sicut  aurum  |  et  topazium  ac  la- 

30  pides  pretiosos.  Uertex  enim  et  pulcliritudo  atque  corona  duo- 
decim  lapidum,  qui  sunt  apostoli,  Petrus  est  per  omnia  sanc- 
tissimus  et  sacratissimus  princeps. 

2,  uocem  :  Is.,  xl,  9.  —  4,  arare  P.  —  5-7,  iustitiae...  solis  :  renvoyé  dans  C  au 
bas  delapage,  te  copiste  ayant  d'abord  passé  ces  mots.  —  8,  ei  :  Zachar.,  vi,  12.  — 
9,  orientem  :  Ps.  lxvii,  33.  —  10,  eius  :  Ps.  cxxxi.  7.  —  11,  orientem  :  Zachar., 
XIV,  4.  —  13,  expectamus  :  fol.  50  P.  —  17,  tridua.  Xam  P.  —  19,  septimplicatos 
C  P,  mais  P  avait  d'abord  écrit  septemplicatos;  enim  :  oin.  P.  —23,  principes  P. 
—  28,  pretiosis  :  cf.  Ps.  xx.  —  29  topacium  C  P  ;  pretiosos  C.  —  31.  enim  :  re- 
présenté dans  V  par  un  n  barré.  —  33,  sacratissimus  :  om.  P. 


TRAITKS    l,]TUR(iH,trKS. 


313 


XIIII.  Stola  sacei'dotis  est  secundum  poderern  Aaron  usqiie 
ad  pedes  sacerdotale  induiiientum,  qiiod  est  honorabilius  ;  habet 
autem   speciem  ignis  secundum  proplietam,    qui    dicit  :  qui 
l'acit  angelos  siios  spiritus  et  miiiistros  suas  ignem  urentem, 
et  iterum  :  quis  est  iste  qm  nenit  de  Edom?  Edom  vero  in-       r> 
terpi'etalur  terrenus,  electus,  coccinus.  Deinde  subinfert  :  ru-   '"'• '''■^ 
brkatio  uestimentorum  eiusdc  Boson;  quare  rulrrasuntuesti- 
menta  tua  et  indumenta  quasi  a.  ralcatorio  torcularis?  signi- 
ficanlis  tinctam  carnisCliristi  sanguinibus  stolam  in  internerata 
crucosua.  Et  rursus  quia  et  coccineam  cliiamydem  portauit  in      i" 
pMSsione  sua  Christus  indicatsacerdotes  cuius  summisacerdotis 
sint  propugnatores. 

XV.  Porro  cum  sacerdotes  discincti  ambulant,  ostenditur 
quia  et  Christus,  dum  iret  ad  crucem,  taliter  erat  portans  cru- 
cem  suam.  ^^ 

XVI.  In  supernis  splendoribus  intelligibilium  et  caelestium  toi. 32  v» 
ministrorum  ac  sacerdotum  presbyteri   suiit  uiginti  quattuor 

et  diaconi  septem  :  et  presbyteri  quidem  secundum  imitatio- 
nem  seraphicarum  uirtiitum  sunt,  qui  stolis  quasi  alis  cooperti 
et  duabus  alis,  labiis  scilicet,  hymnum  clamantes  retinent 
diuinum  et  spiritalemcarbonera  Christum  hune  forcipes  gratiae 
in  altari  ferentes  ;  porro  diaconi  in  lypum  angelicarum  uirtutum 
subtilibus  lineorum  orariorurn  pennis  ut  adminisltratorii  spiri-  foi.  33 
tus,  qui  in  ministerium  niittuntur,  circumcirca  discurrunt. 

XVII.  Lora  tunicaesunt,  quae  circa  manus  apparent,  uincula      25 
Christi,  quibus  uinctum  euni  duxerunt  ad  Cai'ijham  pontificem 

et  Pilatum. 


20 


(.1  suivre.) 


S.    PÉTRIDÈS, 
des  Augustins  tie  l'Assomplion. 


1,  podorem  P;  1,  Aaron:  cf.  E.xod.,  .\xvin,  4.  ^2,  honora  l  biliu.s  fol.  5()  v  P. — 
4,  spiritumP;  urentem  :  Ps.  cin,  4-5.  —  5,  Edom  :  Is.,  lxiii,  1.  —  8,  P  avait  d'a- 
bord écrit  calcatoria;  turcularisP;  Is.,  i.mii,  I,  -2.  —  11,  sua  -.otn  P. —  18,  seplem  : 
cf.  Apoc,  IV,  4.  — 19,  uirtutum  :  cf.  Is.,  vi,  ;'.  —'2-2,  ferentes  :  cf.  ibid.,  G.  —  23, 
subtilibus  :  renvoi  au  bas  de  la  paye  C  :  nota  subtile  linteauien  diaconi,  quod  est 
orarium,  quia  Christi  comnionet  hunnlitateai,  quod  extersit  linteo  podes  discipu- 
lorum.  —  24,  ministerium  |  niittuntur:  fol.  51  P.  —  20,  duxeiuut  :  cf.  Matth., 
XXVI,  57  ;  xxvn,  2. 


iMELANGES 


I 

RABBAN  DANIEL  DE  MARDIN,  AUTEUR  SYRO-ARABE 
DU  XIV^  SIÈCLE 

Cet  auteur  qui  vivait  un  siècle  après  Bar  Hébraeus,  car  il 
écrivait  dans  la  seconde  moitié  du  xiv*"  siècle,  nous  est  connu 
par  un  manuscrit  du  Vatican  décrit  par  Asséraani  (1),  par  deux 
mss.  de  Leyde  décrits  par  M.  de  Gœje  et  par  deux  notes  des 
mss.  syriaques  do  Paris  (2)  n"'  226  (3)  et  214  (4j.  Nous  nous  pro- 
posons aujourd'iiui  de  résumer  tout  ce  que  M.  de  Gœje  et  Assé- 
mani  nous  ont  appris  sur  Rabban  Daniel  et  d'y  ajouter  le  texte 
et  la  traduction  de  la  note  du  ms.  211.  Cette  note  inédite,  qui 
est  sans  doute  un  autographe  de  Daniel,  a  le  double  avantage 
de  nous  fournir  une  date  précise  nous  permettant  de  placer  son 
auteur  au  xiv'  siècle  et  non  au  xni'  (5)  et  aussi  de  nous  instruire 
des  souffrances  qu'il  endura  pour  avoir  démontré,  dans  un  ou- 
vrage arabe,  l'excellence  des  fondements  <ie  la  religion  chré- 
tienne par  rapport  à  ceux  des  religions  Perse,  Juive  et  Musul- 
mane (6). 

(1)  Voir  iufra. 

(2)  Catalogue  Zotenberg,  p.  174  et  201. 

(3)  La  note  du  ms.  220  a  été  publiée  par  le  R.  P.  Bedjan,  Nomocanon  Gret/orii 
Bar  Hebraei,  Paris,  1898,  p.  510-511;  cf.  infra. 

(4j  Nous  avons  jadis  résumé  la  note  du  ms.  214  :  Le  livre  de  l'Ascension  de 
Vesprit  sur  la  forme  du  ciel  et  de  la  terre,  traduction  française,  Paris,  1900, 
p.  X.  Nous  l'avons  traduite  ROC\  1899,  p.  335  Cette  fois  nous  ajoutons  le  texte  à 
la  traduction  HOC. 

(5)  Assémani  en  faisait  à  tort  un  contemporain  de  Bar  Hél)raeus  (xui'"  siècle). 

((J)  C'est  là  un  spécimen  intéressani  des  rapports  entre  clirétiens  et  musul- 
mans à  Mardin.  On  trouvera  plus  haut,  HOC,  1890,  p.  43-87  un  récit  analogue 
relatif  aux  rapports  entre  chrétiens  jacobites  et  romains  dans  la  même  ville. 


MKLANGES.  315 

Assémani  iB.  0.,  II,  463-464)  nous  apprend  que  Daniel  écri- 
vit en  arabe  un  résumé  des  constitutions  de  l'Église  jacobite, 
puis  il  reproduit  et  traduit  en  latin  les  titres  des  dix-sept  cha- 
pitres de  Touvrage.  Daniel  semble  avoir  utilisé  le  Nomocanon 
de  Bar  Hébraeus  (1),  car  à  la  lin  de  son  travail,  il  y  renvoie  le 
lecteur  qui  désirerait  plus  de  détails.  Nous  verrons  plus  loin 
qu'il  possédait  un  exemplaire  de  cet  ouvrage  sur  lequel  a  été 
transcrit  le  ms.  226  de  Paris.  David  d'Émèse,  ajoute  Assémani, 
témoigne  que  Daniel  traduisit  en  arabe  ou  du  moins  résuma 
d'autres  écrits  de  Bar  Hébraeus,  car  il  composa  «  une  Éthi- 
que (2),  le  Livre  du  trésor  des  mystères  (3),  le  Livre  des  fonde- 
ments de  la  foi  (4),  un  résumé  du  Livre  des  splendeurs  (5),  un 
résumé  de  l'Isagoge  (6),  un  nomocanon  et  d'autres  livres  ».  Tous 
ces  titres  correspondent  à  des  ouvrages  de  Bar  Hébraeus  comme 
nous  l'avons  fait  remarquer  en  note. 

Dans  son  catalogue  des  manuscrits  orientaux  de  la  Biblio- 
thèque de  Leyde  (7)  M.  de  Gœje  signale  deux  ouvrages  arabes 
de  Daniel  en  sus  du  Nomocanon  conservé  à  Rome  (Vatic.  636). 

Le  premier  [n"  2386  (cod.  1290,  1,  Schult.)]  est  un  résumé 
sur  la  Trinité  et  l'unité  qui  comprend  une  introduction  et 
deux  parties.  Dans  l'introduction  l'auteur  explique  la  termino- 
logie dont  il  se  servira.  Le  manuscrit,  qui  comprend  140  feuil- 
lets, fut  écrit  l'an  1491  de  notre  ère  sur  un  manuscrit  qui  avait 
été  transcrit  lui-même  sur  l'autographe  de  l'auteur. 

Le  second  [n"  2387  (cod.  1290,  2,  Schult.)]  comprend  l'expli- 
cation de  la  foi  orthodoxe  que  les  318  pères  fixèrent  au  concile 
de  Laodicée  [lire  :  de  Nicée?),  avec  quelques  petits  traités  et 
aphorismes,  en  tout  51  feuillets. 

(1)  Édité  par  P.  Bedjan,  Paris,  1898. 

(2)  L'Éthique  de  Bar  Hébraeus  a  été  publiée  par  P.  Bedjan,  Paris,  1898. 

(3)  Bar  Hébraeus  composa  des  commentaires  sur  toute  la  Bible  sous  le  titre 
de  ■•  Trésor  des  mystères  ».  De  nombreux  fragments  en  ont  été  publiés.  Cf.  Ru- 
bens  Duval,  la  Littérature  syriaque,  Paris,  189^»,  p.  80-81. 

(4)  Bar  Hébraeus  a  composé  <•  le  Candélabre  du  sanctuaire  touciiant  les  fon- 
dements de  l'Église  »,  ms.  syriaque  de  Paris,  n»  210. 

(b)  Nom  de  la  grande  grammaire  de  Bar  Hébraeus:  cf.  Rub  Duval.  toc.  cit. 
p.  -298. 

(G)  Cette  partie  de  la  philosophie  figure  dans  plusieurs  ouvrages  de  Bar  Hé- 
braeus. Cf.  Rubens  Duval,  loc.  cit..  p.  262. 

(7)  Tome  V,  Leyde,  1873,  p.  85-8ti> 


âl6  REVUE    DE    lNjHIENT   CHRÊTIEX. 

Ces  titres  ne  paraissent  se  rapporter  directement  à  aucun 
ouvrage  de  Bar  Hébraeus.  Par  contre,  le  scribe  du  ms.  syriaque 
de  Paris  n"  226  nous  apprend  que  Daniel  avait  un  bel  exem- 
plaire du  Nomocanon  de  Bar  Hébraeus  sur  lequel  il  a  transcrit 
le  sien  : 

Selon  les  jugements  cachés  et  impénétrables  (de  Dieu)  j"ai  commencé  à 
écrire  ce  livre  des  Directions  (Nomocanon)  et,  par  le  secours  de  Jésus  mon 
Dieu,  je  l'ai  terminé.  11  a  pris  fin  dans  la  nuit  du  mercredi  23  Tomouz  (1), 
l'an  1799  des  Grecs  (=r  1488)...  Il  fut  écrit  par  le  serviteur  paresseux,  Sé- 
vère, minime  en  tout,  évêque  de  nom  et  loin  (de  cette  dignité)  par  ses  œu- 
vres, fils  de  Jean,  prêtre  et  moine:  nous  l'avons  composé  (2)  dans  le  saint 
monastère  de  Mar  Abi  qui  est  prés  de  Qélat  au  pays  de  Sourà  (3)...  Priez 
pour  Sévère  possesseur  et  scribe  de  ce  livre...  qui  L'a  écrit  d'après  le  bel 
exemplaire  du  défunt  Rabhan  Daniel  de  Mardin.  Que  Dieu  ait  pitié  de 
lui. 

Enfin  nous  publions  et  traduisons  la  très  importante  note 
écrite  sans  doute  par  Daniel  lui-même  au  verso  du  dernier 
feuillet  du  Cours  d'astronomie  de  Bar  Hébraeus  conservé  dans 
le  ms.  244  de  Paris,  fol.  142  v.  : 

Rabban  Daniel  de  Mardin,  moine  philosoplie,  raconte  son  épreuve  et 
dit  :  En  l'année  1693  des  Grecs  4382)  (4),  au  mois  d'Adar  (mars),  le  mardi 
25  de  ce  mois  (5),  le  vizir  du  maître  (6)  de  Mardin  me  fit  jeter  en  prison, 
moi,  l'humble  Daniel,  et  voici  la  cause  de  cet  emprisonnement  : 

Dans  l'année  susdite,  nous  avons  composé  en  arabe  un  livre  des  fonde-' 
ments  ecclésiastiques  et  y  avons  donné  des  preuves  de  raison  et  des  té- 
moignages tirés  de  l'Ecriture  pour  établir,  autant  que  nous  le  pouvions,  la 
foi  chrétienne.  Suivait  —  pour  confirmer  nos  principes  —  une  réfutation 

|ln  I  .n  ..>ao    ov-s    ^N^fo    N^p>)>/     |NXjL,^    |_i:£d|Nji>    psl^s   ^^-=3^    -It^^-^/;    |N-La   |«ov3    ^>    v^ 

(1)  '23  juillet.  —  Synchronisme  exact. 

(2)  Lire  :  v^matisoo.. 

(3)  Ou  Sor  dans  le  Tour  'Abdiii. 

(4)  Telle  est  la  date  unique  mais  capitale  qui  nous  permet  de  placer  Danie 
au  XIV''  siècle,  et  non  au  xm''  comme  le  faisait  Assémani. 

(5)  Synchronisme  exact. 

(6)  Correspond  à  ^«^^^l-^. 


MÉLANGES.  317 

des  autres  principes,  à  savoir  'ceux)  des  Mages,  des  Juifs  et  des  Musul- 
mans. Par  un  effet  des  secrets  jugements  de  Dieu  et  de  sa  Providence  qui 
fait  tout,  ce  livre  vint  à  tomber  entre  les  mains  de  l'un  des  juristes  musul- 
mans. Quand  i!  le  lut  et  eut  compris  quelque  chose  aux  démonstrations 
destinées  à  établir  notre  foi,  il  fut  vaincu  par  la  passion  de  la  jalousie,  fut 
em))orté  par  la  colère  (1)  au  delà  de  toute  mesure  et  porta  le  livre  au  juge. 
L'affaire  arriva  de  proche  en  proche  jusqu'au  roi  des  habitants  (2)  et  au 
maître  Mélek  Attaher  et  il  me  fit  emprisonner  le  mardi  et  le  mercredi.  Le 
jeudi,  ils  me  tirèrent  de  prison  et  me  firent  comparaître  devant  le  maître 
dans  le  prétoire  en  présence  des  juges,  des  jurisconsultes  et  des  habi- 
tants (2).  Je  tombai  alors  dans  les  épreuves  soit  à  cause  de  mes  péchés,  soit 
pour  éprouver  ma  foi.  Ils  m'interrogèrent  au  sujet  du  livre  et,  après  de 
longues  (controverses),  le  vizir  ordonna  de  me  flageller.  Ils  me  flagellèrent 
et  me  frappèrent  sur  les  pieds  et  sur  les  jambes  avec  des  bâtons.  Le  Sei- 
gneur me  soutint,  me  fortifia,  et  je  supportai  (ces  coups).  Deux  fois  le  vizir 
me  dit  :  «  Abandonne  ta  religion  et  fais-toi  musulman.  »  Je  lui  répondis  : 
«  Je  .suis  chrétien  ».  Ils  me  frappèrent  de  quatre  cent  quatre-vingt-dix-huit 
coups  et  je  ne  criai  pas,  au  point  que  beaucoup  admirèrent  la  grâce  de 
mon  Seigneur  qui  apparut  en  moi.  Ensuite  il  me  fit  percer  le  nez  et  y  fit 
pas.ser  une  corde  et  ils  me  traînèrent  et  me  firent  faire  le  tour  de  la  ville. 
Quant  aux  crachats  et  aux  insultes  qu'ils  me  jetèrent,  je  ne  puis  pas  (les) 
raconter,  et  Dieu  me  délivra;  ensuite  ils  m'emprisonnèrent  encore  durant 
vingt-quatre  jours  et,  dans  une  caverne  de  sang  (?)  (3),  durant  trois  jours, 
puis  ils  me  firent  sortir  et  me  vendirent  douze  mille  zouzés  et  les  fidèles 
les  payèrent. 

|)ja^  l->-<ï-3  r^°  ■  t-t.v>\'« VIO  |-i><i.>o  |.A(i,^M<  N.^1^  |N_«JV^{  l^icsIDoLt  |.^>.^oci,vO|  ^Sïsij  yNxo|Nji 
ovi  li-o  oo  )ovi;.û-3  ^  »—  ^V-l-3  ^*>>âJo  ooi  l-sto  J^io  .  |p,ji)  ^,ao.\:i»  0)Iq\^,^ •> lo  |o>^« 
^  ;-s\  ^^L(o  .  I  inm^t  \jl^  ^^  ^.o^')'  -v^^— >ol-  Hqjl  ^^  |La-i-.(S  ..m  ^  yor-^o  '^^Kcolo 
t-^.\>\o  .  I.JV'.^co.  ^\aa\  \r^U>  lt->l-3  poi  \^'rX  l-^^o  .\jL,i  y,  l^to^  ov^.3o(o  fN.^0 
,_^a-3VJ30  wuonq/  )  ■<»  1  1 1  .v> ..  V30-._30  .p^V/o  |IS^L  ^o-i  ^^,jf»»  >.^o  ^nâo  .  So)|.^s.^  ^.N^ 
o{  [  if^  y  fTM  ^  tC^.^Ljo  .  pV''>-^°^o  |oi .  n^o  pO't  y.  »  .  n  ^  ^o-iia^;.So  |.^s.i,^.jl  )o^a  -  ■"  ^^  -  "(■^ 
,.^L/«    \i^\o     vna    .ItSouVf     $Cvj>o    .  l-ato     ^\^oo    ^.<uo^[jio    ^Lni  v>.c>)»    p;^f>  >\     o/    ^ov^>-»    ^ 

I  ;  -  .  rr\n    ,^i\^^,o    ^.«^,     NO.A     |_.;.^0     .^.i>^«     |Jàjl     ^'\^0     .  v..,X,x  V     ^\^     |',^,a.u.o    w>.JOO|..,.^JOO    ^.00v>^0 

.s.^K^l  l-jLvk^ca^p  p/«  Of^  lS.^,jL.âo  .  ;^Of/o  ^.N^ioNX  .^o  ->  «  |i-i)0  wC^  r-^iol  ^.aJ.3)  ^LVLo 
...•V^oi  0)Lo  1  «  {^  H".",x">  yOpo«Nj«  )JLA^/  ^^-ik^  |lo  yaj;:>^o  |a:ioLo  y>.v,j>Lo  ||aavaY/  ^^uoo|  ..vio 
.|tuL.,.^a^   ^./uos^jfo   .w»jov>xO  ll.3J^    OV.3    ^-sl^jo   ^.«X^*    | ;  « . ■  i\    a>|.So    ,_£iâ    ^)K.3o  .  v.1,-3    t^o^U» 

o>;âo  |j6)   )  ^giSx   .  t«  -I   '_»joj.^)o  w^jonq/o   ^..^0-.   |IS^L  |.^om   |L^^a.30  .  |IS.^(i<    (.^^^ï/o  ^<;ffiv 

.  1. 1  ^OuOpO   ^OJ  / 
(1)  ^U(o   iMs. 

(i)  Nous  rattaclions  ce  mot  au  noo-syriaquo  Pv^û^.  Ce  sons  n'est  pas  coinplè- 
ternent  satisfaisant.  Nous  traduisions  jadis,  d'après  rassouauce,  par  "  roi  des 
émirs  ". 

(.3)  Nous  lirions  volontiers  li^/»  ■•  la  caverne  de  la  vente  ■■  ou  ..  l'antn^  des  mar- 
chands (d'esclaves)  -. 


318  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Ajoutons  pour  terminer  que  Mélek  Attalier  et  même  son  vizir 
ne  sont  pas  pour  nous  des  inconnus,  car  Noé,  patriarche  jacobite, 
qui  écrivait  vers  1496,  nous  apprend  que  quatre-vingt-dix  ans 
avant  lui  (vers  1406)  (1),  lY^mir  Othman  battit  l'armée  de  Gia- 
kan  près  d'Amida  et  qu'alors  périt  Mélek  Attaher,  maître  de 
Mardin,  avec  son  vizir  Pliiad  (2). 

F.  Nau. 


11 


LES  BIENS  DE  L'ÉGLISE  ARMÉNIENNE, 

LE  DIVORCE  ET  LE  REPOS  DOMINICAL  EN  RUSSIE, 

LES  MASSACRES  DU  CAUCASE. 

I.  Les  biens  d'Église  qui  proviennent  des  dots  et  du  travail 
personnel  des  religieux  ainsi  que  des  héritages  qui  peuvent 
leur  échoir,  aussi  bien  que  des  libres  donations  des  séculiers 
ont  donc,  senible-t-il,  la  source  la  plus  pure  et  ne  devraient 
être  atteints  qu'en  dernier  lieu  par  les  spoliations  légales.  En 
réalité  ils  sont  périodiquement  confisqués  par  les  souverains 
ou  les  gouvernants  en  mal  d'argent.  La  raison  en  est  que 
leurs  détenteurs,  ne  pouvant  les  défendre  par  les  armes,  en  sont 
réduits  à  se  contenter  de  platoniques  protestations  dont  n'ont 
cure  les  peu   scrupuleux  gouvernants  (3),   qu'ils  s'appellent 


(Ij  Nous  croyons  cette  date  un  peu  forte.  Il  y  a  quelques  incertitudes  dans 
la  chronologie  de  Noé.  Il  nous  apprend  encore  qu'en  96  (1400),  Tamerlan  avait 
détruit  Mardin. 

(i)  Assémani.  Bibl.  Or..  Il,  471. 

(3). Les  particuliers  et  les  Sociétés  sont  tous  exposés  aux  mêmes  confiscations 
lorsque  la  moralité  des  gouvernants  laisse  trop  à  désirer.  C'est  ce  que  nous 
apprend  l'histoire  de  la  République  romaine  en  décadence,  au  temps  de  Sylla 
et  de  l'empire  romain  sous  Tibère  et  Domitien.  De  même  les  Jacobins  de  la  fin 
du  xviH«  siècle  prirent  vraiment  tout  ce  qu'il  leur  était  possible  de  prendre  : 
biens  d'Église,  biens  des  nobles,  biens  des  particuliers  dénommés  suspects,  aug- 
mentation des  impôts,  réquisitions  sous  prétextes  quelconques,  perquisitions  et 
vols  â  domicile,  levée  de  tous  les  hommes  valides  que  l'on  appelait  par  euphé- 
misme «  des  volontaires  »,  confiscation  des  biens  ou  des  revenus  destinés  aux 
indigents  :  •'  La  nation,  disait-on,  nourrira  désormais  les  indigents  »,  et,  lorsque 
les  communes  réclamaient,  elles  ne  recevaient  «  ni  réponses  ni  fonds  »,  enfin 


MÉLANGES.  319 

Philippe  le  Bel,  la  Constituante,  les  Combistes  ou  Nicolas  II. 

La  spoliation  s'opère  en  deux  temps  :  1°  Les  biens  du  clergé 
sont  mis  à  la  disposition  de  la  nation  ou  du  gouvernement  à 
charge  pour  celui-ci  de  pourvoir  à  l'entretien  du  culte  et  du 
clergé.  C'est  ce  qu'on  appelle  «  régime  de  concordat  ».  2"  Le 
gouvernement  supprime  complètement  les  pensions  qu'il  avait 
promises  en  échange  des  biens  confisqués.  C'est  ce  qu'on 
appelle  «  séparer  l'Église  de  l'État  »  ou  encore  «  rendre  la 
liberté  à  l'Église  ».  Nous  en  sommes  en  France  au  second  acte, 
l'autocnite  de  toutes  les  Russies  n'en  était  qu'au  premier. 

Par  une  ordonnance  du  29  juin  (12  juillet)  1903,  Nicolas  II 
décrétait  en  effet  : 

Toutes  les  propriétés  immobilières  appartenant  aux  églises,  monastères, 
institutions  et  écoles  ecclésiastiques  de  l'Eglise  arménienne-grégorienne 
doivent  être,  d'après  Tordre  que  déterminent  des  règlements  spéciaux, 
enlevées  à  la  direction  du  clergé  et  des  institutions  ecclésiastiques  de 
cette  confession  pour  être  confiées  à  l'administration  du  ministre  de 
l'Agriculture  et  des  domaines  de  l'Etat,  et  les  capitaux  qui  appartiennent 
aux  institutions  indiquées  ci-dessus  doivent  être  remis  à  l'administration 
du  ministère  de  l'Intérieur,  mais  tout  en  maintenant  cependant  à  l'Église 
arménienne-grégorienne  le  droit  de  propriété  sur  ces  biens  et  ces  capi- 
taux... Le  ministre  de  l'Intérieur  transmet  les  revenus  des  biens,  en 
même  temps  que  les  sommes  provenant  des  intérêts  des  capitaux  soumis 
à  son  administration,  sauf  les  retenues  indiquées  plus  bas,  aux  mêmes 
institutions  ecclésiastiques  qui  ont  fourni  ces  biens  et  ces  capitaux  (1)... 

Là-dessus  les  journaux  officieux  russes  célébraient  la  néces- 
sité et  la  modération  de  cette  réforme  :  Nicolas  II  imitait, 
disaient-ils,  le  gouvernement  français  et  ils  n'avaient  pas  de 
peine  à  montrer  que  la  mesure  adoptée  par  l'autocrate  de  toutes 
les  Russies  était  «  plus  équitable,  plus  juste  et  plus  inoffen- 
sive »  que  la  loi  votée  en  France,  au  pays  des  droits  de 
l'homme.  Les  Arméniens,   il  faut  le  dire  à   leur  louange,  ne 

.supj)ression  de  toutes  les  libertés  communales.  —  On  no  trouve  la  vérité  sur  la 
Révolution  que  dans  les  iconographies  et  non  dans  les  ouvrages  oratoires,  nous 
recommandons  VHisloire  d'un  village  pendant  la  Révolution,  par  T.  Campenon. 
Cette  histoire  du  village  deCroissy,  près  de  Versailles,  a  paru  dans  le  Corr-espun- 
danl  en  1873  et  nous  a  inspiré  la  plus  grande  partie  de  cette  note. 

(1)  Cf.  Échos  d'Orient,  yànvm'  1901,  p.  8.  On  trouvera  au  même  endroit,  p.  13-17, 
le  mémoire  remis  àrambassadeur  de  Russie,  à  Constantlnople,  par  le  patriarche 
arménien  et  un  peu  plus  loin  (p.  129-139)  le  mémoire  officiel  rédigé  par  la  chan- 
cellerie de  l'Église  arménienne. 


320  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

s'y  trompèrent  pas  et  furent  unanimes  dans  leurs  protesta- 
tions. Ils  virent  clairement  que  s'ils  abandonnaient  au  gou- 
vernement l'administration  de  leurs  biens  d'Église  estimés 
à  300  millions  de  francs,  ils  en  arriveraient  bientôt  à  la  se- 
conde étape  qui  est  celle  de  la  confiscation.  Ils  protestèrent, 
se  firent  tuer  dans  certaines  villes  et  écrivirent  :  «  si  la  Russie 
persiste  dans  son  attitude,  la  victoire  définitive  restera  à  la 
force  et  à  la  loi,  mais  ces  mesures  de  rigueur  ne  serviront 
qu'à  désaffectionner  davantage  les  Arméniens  d'un  régime 
despotique  et  à  diriger  ailleurs  leurs  espérances...  On  peut 
s'attendre  à  tout  de  la  part  d'un  gouvernement  qui  a  déclaré 
cyniquement  que,  à  son  grand  regret,  la  Russie  était  obligée 
de  ne  pas  remplir  le  traité  signé  avec  la  Chine  (1)  ». 

Ce  qu'on  ne  prévoyait  pas  en  1903,  ce  sont  les  défaites  suc- 
cessives et  continuelles  des  armes  russes,  ainsi  que  la  faiblesse 
d'un  gouvernement  ruiné  par  les  sociétés  secrètes,  et  la  pleu- 
trerie, à  Port- Arthur,  du  prince  Ouchtomski,  auteur  responsable 
de  la  déclaration  qui  termine  notre  citation  précédente;  aussi, 
en  vertu  d'un  axiome  qui  devient  courant  :  <'  lorsque  la  Russie 
est  battue,  les  sujets  russes  triomphent  »,  les  défaites  amenè- 
rent le  tsar  Nicolas  à  abroger  son  ukaze  du  12  juillet  1903 
et  les  choses  viennent  d'être  remises  en  l'état  comme  nous 
l'apprend  la  note  suivante  insérée  dans  nos  journaux  : 

Par  ukaze  impérial  en  date  du  14  août  1005,  tous  les  immeubles  et 
capitaux  appartenant  au\  églises,  couvents,  écoles  et  institutions  reli- 
gieuses arméniennes  sont  replacés  sous  la  gestion  des  institutions  de 
l'Église  arménienne.  Le  vice-roi  du  Caucase  a  informé  le  catholicos  armé- 
nien de  l'ukaze  impérial  décidant  que  les  biens  de  l'Eglise  arménienne 
lui  seraient  rendus  et  que  des  écoles  arméniennes  pourraient  être  ou- 
vertes. 

Nous  conseillons  aux  Arméniens  de  regarder  cette  mesure 
comme  une  simple  trêve,  car  les  biens  mal  défendus  —  et  les 
biens  d'Église  sont  nécessairement  de  ce  nombre  —  excitent 
trop  la  convoitise  des  malfaiteurs  pour  être  respectés  bien  long- 
temps (2).  Faute  de  pouvoir  dire  aux  Arméniens  comment  ils 


(1)  La  Gazette  russe  de  Saint-Pétersbourg,  1°'  septembre  1902,  par  la  plume  du 
prince  Ouchtomski,  ami  personnel  du  tsar  {Échos  d'Orient,  Joe.  cit.,  p.  17). 

(2)  Il  en  a  été  ainsi,  d'après  certains  journaux,  pour  une  partie  des  fonds  de 


MÉLANGES.  321 

devront  se  prémunir  contre  ce  danger,  nous  dirons  du  moins 
aux  Français  quelle  forme  ils  doivent  donner  aux  fondations 
qu'ils  feront  désormais  en  faveur  des  hospices,  orphelinats, 
écoles  ou  couvents  :  après  avoir  bien  spécifié  leurs  intentions, 
ils  ajouteront  qu'à  l'avenir  si  Une  seule  des  conditions  posées 
par  eux  vient  à  n'être  pas  observée,  tout  le  montant  de  leur 
donation  reviendra  à  tel  hospice  ou  à  tel  orpheli7iat  de  telle 
ville  d' Alsace- Lorraine.  Il  est  certain  que  la  crainte  de  voir 
Guillaume  II  intervenir  pour  réclamer  la  fondation,  au  nom  par 
exemple  de  la  ville  de  Metz,  amènera  nos  gouvernants  à  res- 
pecter scrupuleusement  les  volontés  du  donateur  (1),  car  nous 
avons  pu  constater  que  la  majorité  hétéroclite  du  ministère 
Combes,  après  avoir  mobilisé  l'infanterie  et  la  cavalerie  pour 
expulser  de  leur  demeure  quelques  institutrices  françaises 
et  après  être  tombée  dans  le  ridicule  de  crier  chaque  jour  au 
Parlement  et  dans  tous  les  journaux  qu'elle  ne  craignait  pas 
le  goupillon  —  comme  si  elle  cherchait  là  un  brevet  de  bra- 
voure —  est  devenue  muette  comme  une  collection  de  carpes 
lorsque  les  soldats  allemands  ont  tué  cinq  soldats  français  à 
Missoum,  en  territoire  au  moins  contesté,  et  lorsque  l'empe- 
reur Guillaume  l'a  empêchée  de  prendre  livraison  des  avan- 
tages qu'elle  avait  cependant  payés  bien  cher  au  Maroc. 

II.  Par  un  ukaze  du  28  mai  1904,  Nicolas  II  permet  de 
contracter  un  nouveau  mariage  aux  conjoints  qui  se  sont 
séparés  pour  cause  d'adultère.  Toutefois  le  conjoint  coupable 
d'adultère,  avant  de  contracter  une  nouvelle  union,  doit  se 
soumettre  à  une  punition  ecclésiastique  qui  peut  durer  de 
deux  à  sept  ans  ;  s'il  tombe  une  seconde  fois  dans  l'adultère, 
il  est  de  nouveau  soumis  à  la  pénitence  mais  ne  peut  con- 
tracter un  troisième  mariage,  ce  qui  semble  un  peu  illogique. 
L'Église  Russe   interprète   donc   désormais  au   sens   le  plus 

la  Croix-Rouge  qui  sont  restes  clans  les  poches  de  quelques  personnages  russes 
de  haut  vol,  au  lieu  de  prendre  le  chemin  de  la  ftlandchourie. 

(1)  Cette  volonté  n'est  nullement  respectée  aujourd'hui  et  les  intentions  des 
donateurs  sont  modifK'es  arbitrairement  par  les  juges  et  par  le  Conseil  d'État 
qui  attribuent  à  l'assistance  publique  ce  qui  a  été  donné  à  telle  maison  reli- 
.  gieuse,  qui  mettent  des  instituteurs  laïques  dans  telle  école  fondée  en  laveur  de 
congréganistes  et  qui  confis(iuent  ou  ■<  li(iuident  ■>  sans  plus  de  façons  le  produit 
des  donations. 

ORIENT    CHKÉTIEN.  21 


322  lŒVUE  L)i<:  l'oriknt  ciirétiion. 

large  le  texte  de  S.  Matthieu,  v.  32.  On  trouvera  la  traduction 
de  l'ukaze  avec  le  commentaire  du  Saint  Synode  dans  les  Échos 
cVOrient,  1905,  p.  25-27. 

III.  La  même  revue  (1904,  p.  276)  donne  la  traduction  d'un 
ukaze  qui  modifie  la  législation  russe  au  sujet  du  travail  domi- 
nical : 

Les  travaux  volontaires,  les  dimanclies  et  jours  de  fêtes  religieuses  et 
civiles,  sont  laissés  au  gré  de  chacun  et  aucune  autorité  ne  doit  apporter 
d'empêchement  sur  ce  point...  Sa  Majesté  Impériale,  le  10  mai  de  l'an 
1904,  a  daigné  confirmer  souverainement  et  ordonné  de  mettre  à  exécu- 
tion l'avis  sus-exprimé  du  Conseil  d'État. 

11  nous  manque  encore  ici  l'approbation  du  Saint  Synode, 
mais  il  semble  bien  que  l'on  pourra  s'en  passer,  car  la  phrase  : 
c<  aucune  autorité  ne  doit  apporter  d'empêchement  sur  ce 
point  »  a  sans  doute  été  ajoutée  pour  fermer  la  bouche  aux 
autorités  ecclésiastiques.  Désormais  donc  en  Russie  un  homme 
ne  pourra  être  contraint  à  travailler  le  dimanche  mais  «  aucune 
autorité  »  ne  l'empêchera  de  travailler  s'il  veut  le  faire. 

IV.  Le  journal  YHellénisme  (Direction  à  Paris,  42,  rue  de 
Grenelle)  nous  donne  à  la  date  du  P'' août  1905  d'intéressants 
détails  sur  les  massacres  dans  l'Arménie  Russe.  Ces  massacres 
sont  devenus  plus  rares  parce  que  les  Arméniens,  comme  le 
leur  conseillait  M.  Nau  dans  la  présente  revue  {supra,  p.  102, 
1.  11-31),  se  sont  décidés  à  repousser  par  les  armes  les  bandits 
qui  les  massacraient  et  les  pillaient.  Voici  les  plus  importants 
passages  de  l'article  écrit  par  M.  Minas  Tchéraz,  directeur  de 
VArménie  : 

On  en  veut  surtout  aux  Arméniens  parce  qu'ils  sont  sans  défense... 
A  Bakou,  des  musulmans  fanatisés  ont  montré  qu'ils  ont  encore  dans  les 
veines  le  sang  des  hordes  de  Gengis-Khan  et  de  Tamerlan  :  ils  ont  brûlé 
vifs  des  vieillards,  des  femmes  et  des  enfants,  et  éventré  des  Arméniennes 
enceintes  à  l'hôpital  de  la  Maternité.  A  Nakhitchévan  et  à  Erivan,  ils  ont 
juré  aux  Arméniens  qu'ils  ne  les  molesteraient  pas,  et  les  ont  dépouillés 
et  massacrés  dès  que,  rassurés,  ils  ont  rouvert  leurs  boutiques.  A  Djagrakh, 
ils  ont  enlevé  les  jeunes  filles,  violé  les  femmes  sous  les  yeux  de  leurs 
maris  et  de  leurs  fils,  et  décapité  trente-sept  Arméniens  en  présence  de 


MÉLANGES.  323 

leurs  femmes  et  de  leurs  enfants.  A  Hadjivar,  ils  ont  renversé  l'autel  de 
réfi,-liso  et  tué  un  prêtre.  Au  village  de  Badamlou,  ils  ont  islamisé  de  force 
huit  cents  chrétiens  etun  prêtre,  dépecé  onze  Arméniens  qui  refusaient  de 
se  convertir,  et  transformé  l'église  en  mosquée.  Des  conversions  forcées 
ont  également  eu  lieu  dans  les  villages  de  Nors,  de  Mazra  et  de  Marvanis, 
où.  les  musulmans  ont  rasé  les  prêtres  et  circoncis  plusieurs  Arméniens. 
Des  milliers  de  Kurdes  sont  accourus  de  l'Arménie  persane  et  de  l'Arménie 
turque  pour  participer  aux  exploits  de  leurs  coreligionnaires  de  l'Arménie 
russe. 

Les  Arméniens  de  la  Caucasie,  mal  soutenus  par  les  autorités  russes 
qui  poussèrent  parfois  l'imprévoyance  jusqu'à  désarmer  les  chrétiens  pour 
armer  les  mahométans,  décidèrent  de  se  défendre...  Contrairement  à 
l'opinion  de  M.  Claude  Anet,  le  correspondant  du  Temps,  ils  se  servirent 
très  rarement  de  bombes.  Ils  opposèrent  aux  armes  perfectionnées  de 
leurs  agresseurs  les  quelques  sabres,  revolvers  et  fusils  qu'ils  possédaient. 
Déjà,  dans  la  dernière  période  des  boucheries  de  Bakou,  ils  avaient 
infligé  des  pertes  sensibles  à  la  horde  des  assaillants.  A  Nakhitchévan,  où 
les  y^rméniens  étaient  sans  armes  et  en  minorité,  ils  ne  purent  résister  à 
l'attaque  impétueuse  des  mahométans.  Mais  à  Erivan,  capitale  de  l'Ar- 
ménie russe,  ils  prirent  une  revanche  éclatante.  Les  Turcs  eurent  plus 
de  cent  tués  et  des  centaines  de  blessés.  Trois  bombes,  lancées  par  les 
Hentchakistes  et  les  Droschakistes,  firent  trembler  les  plus  féroces  parmi 
les  musulmans.  Ceux-ci  n'osèrent  plus  sortir  de  leurs  maisons  et  deman- 
dèrent l'aman.  Les  Arméniens  n'avaient  eu  que  treize  morts  et  une  tren- 
taine de  blessés. 

La  Ijravoure  déployée  par  les  Arméniens  d'Erivan  frappa  de  terreur  les 
mahométans,  en  même  temps  qu'elle  électrisait  le  cœur  des  populations 
rurales  de  l'Arménie  russe.  Les  villageois  arméniens  d'Abaran  et  d'Asclita- 
rak  refoulèrent  les  bandes  kurdes  et  turcomanes,  en  leur  infligeant  de 
grosses  pertes.  Des  Arméniens  armés  de  sabres  taillèrent  en  pièces  les 
Turcs  du  village  de  Ghotour.  Les  Arméniens  d'Alexandropol  envoyèrent 
des  volontaires  contre  les  Turcs  et  les  Kurdes  qui  menaçaient  plusieurs 
villages,  et  les  assaillants  durent  rebrousser  chemin.  Les  paysans  armé- 
niens de  Daschbouroun  reprirent  le  bétail  enlevé  par  les  Turcs  et  les 
Kurdes,  et  leur  infligèrent  des  pertes  sensibles.  Les  Arméniens  de  Gha- 
marlou  et  de  Navrouzlou  chassèrent  les  musulmans  avec  le  concours  de 
quelques  Cosaques  —  car  les  Russes  finirent  par  comprendre  que  le  mou- 
vement n'était  pas  moins  antichrétien  qu'antiarménien,  puisque  les  re- 
belles tiraientparfois  sur  les  troupes  elles-mêmes.  —  Les  villageois  arméniens 
de  Guiomri  n'eurent  qu'un  tué  et  un  blessé  dans  leur  combat  avec  les 
musulmans,  qui  durent  battre  en  retraite.  Ceux  de  Binalou  et  de  Kéchisch- 
viran  repoussèrent  l'attaque  des  Tatars  et  des  Kurdes  avec  l'appui  des 
dragons  russes  ;  l'ennemi  laissa  sur  le  champ  de  bataille  quarante-deux 
tués  et  deux  blessés;  les  Arméniens  n'avaient  perdu  que  deux  hommes. 
Une  bande  arménienne  attaqua  le  village  turc  d'Ouchi,  dont  les  habitants 
avaient  assassiné  deux  Arméniens;  elle  tua  une  vingtaine  de  Turcs  et  mit 
en  fuite  le  reste.  Les  Arméniens  tuèrent  une  quarantaine  de  Tatars  aux 


324  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

environs  de  Ghamarlou  ;  leurs  pertes  furent  insignifiantes.  Les  paysans 
arméniens  d'Oulia-Norachen  repoussèrent  l'attaque  des  musulmans,  leur 
tuant  une  centaine  d'hommes.  Ceux  de  la  région  de  Daralaguiaz  se  réuni- 
rent dans  les  villages  de  Mardiros  et  de  Malitchka  et  organisèrent  une 
bande,  sous  la  conduite  d'Avak  et  de  Mkrtitch  ;  cette  bande  dispersa  les 
Turcs  qui  assiégeaient  les  villages  d'AImalou  et  de  Pachalou,  attaqua  le 
village  turc  d'Itghran,  qui  servait  de  quartier  général  aux  bandes  musul- 
manes, et  y  tua  cent  cinquante  Turcs  ;  les  survivants  prirent  la  fuite, 
abandonnant  leur  village  aux  Arméniens,  qui  y  découvrirent  les  objets 
enlevés  aux  paysans  arméniens  de  la  région.  Les  Arméniens  de  Ghazandji 
résistèrent  victorieusement,  pendant  neuf  jours,  aux  assauts  réitérés  des 
Turcs,  qui  durent  enfin  battre  en  retraite,  en  laissant  sur  le  terrain  des 
centaines  de  cadavres.  Dans  la  région  de  Charour,  les  Arméniens  du 
village  de  Khanghlar,  qui  avaient  reçu  un  renfort  de  Cosaques,  tuèrent 
trois  cents  Turcs. 

Ces  coups  répétés  paraissent  avoir  refroidi  l'ardeur  des  fanatiques  de 
l'Islam.  Ceux-ci  ont  empoché  l'étendard  d'Ali,  et  cherchent  actuellement 
à  faire  la  paix  avec  leurs  compatriotes  arméniens. 


Ce  récit  nous  semble  très  instructif,  il  apprendra  aux 
opprimés  de  tous  pays  que,  s'ils  ne  peuvent  résister  aux  troupes 
régulières,  ils  peuvent  toujours  du  moins  en  imposer  par  leur 
vaillance  aux  bandits  qui  veulent  les  dévaliser.  Il  leur  est  plus 
glorieux  d'ailleurs  de  mourir  en  combattant  que  de  se  laisser 
égorger  devant  leur  foyer  ou  de  monter  sans  résistance  sur 
un  échafaud. 

D'après  les  dernières  nouvelles,  les  Tartares  et  les  Armé- 
niens ont  enfin  trouvé  le  moyen  d'intéresser  l'Europe  à  leurs 
querelles  en  incendiant  les  puits  et  les  dépôts  de  pétrole  à 
Bakou.  L'Angleterre  a  déjà  prié  l'incapable  vice-roi  du  Cau- 
case de  protéger  la  vie  et  les  biens  des  sujets  anglais.  On 
signale  toujours  de  nombreux  massacres  d'Arméniens,  mais 
les  choses  vont  peut-être  changer  d'après  l'extraordinaire 
télégrannne  suivant  adressé  de  Tiflis  à  lA'gence  Havas,  le 
9  septembre  :  «  L'ordre  a  été  donné  de  fusiller  sans  pitié  tous 
les  incendiaires  et  tous  les  voleurs  pris  sur  le  fait,  qu'Us  soient 
Tartares  ou  non.  »  Il  semble  en  résulter  que  jusqu'ici  les 
incendiaires  et  les  voleurs,  lorsqu'ils  étaient  Tartares,  jouis- 
saient d'un  traitement  de  faveur,  mais  désormais,  «  qu'ils 
soient  Tartares  ou  non  »,  ils  seront  fusillés.  C'est  un  progrès. 
—  Devant  ces  massacres  d'Arméniens  qui  durent  depuis  huit 


MÉLANGES.  325 

mois,  on  peut  se  demander  si  la  Russie  n  a  pas  jadis  em- 
pêché toute  intervention  en  faveur  des  Arméniens  de  Turquie 
de  crainte  de  créer  un  précédent  qui  autorisât  les  nations 
civilisées  à  intervenir  en  faveur  des  Arméniens  de  Russie. 

N.    LONGUEVILLE. 


BIBLIOGRAPHIE 


Le  p.  Henpj  Lammens,  S.  J.  —  Le  Pèlerinage  de  La  Mecque  en  1902. 

Journal  d'un  pèlerin  égyptien  (extrait  des  Missions  /ieh/cs  de  la  Compa- 
gnie (le  Jésus).  Bruxelles,  Cli.  Biilens;  1904. 

Les  villes  saintes  de  l'islam  sont  des  villes  fermées  et  l'on  compterait 
sans  trop  ds  peine  les  incroi/anis  qui  ont  pu  à  la  dérobée  se  faufiler  dans 
l'enceinte  de  l'une  d'elles.  Un  chrétien  qui  se  hasarde  à  prendre  part  à 
quelqu'un  des  pèlerinages  de  la  Mecque  «  l'honorée  »,  s'accule  dans  une 
impasse  où  de  tous  côtés  la  mort  l'attend.  Un  remède  à  ce  sort  peu  digne 
d'envie  est  offert  par  le  R.  P.  Lammens  aux  lecteurs  qu'animerait  une 
curiosité,  légitime  d'ailleurs,  de  voir  de  près  et  surplace  les  mystères  mu- 
sulmans. C'est  le  journal  d'un  pèlerin  égyptien,  dont  la  traduction  a  paru 
dans  les  Missions  Belges  de  la  Compjagnie  de  Jésus. 

A  la  suite  de  cet  haggi  expansif  et  par  ses  lettres  de  correspondant 
journalier  du  journal  arabe  Al-Ahrâm  du  Caire,  un  chrétien  convaincu 
pourra  faire  un  excellent  pèlerinage  dans  les  «  provinces  bénies  »  du 
Hidjâz,  sans  s'exposer  à  être  égorgé,  ou  tout  le  moins  à  finir  tristement 
au  bord  des  chemins  en  feu,  faute  d'eau,  par  manque  de  pain  mangeable 
et  par  surabondance  continue  d'endémies.  Les  nombreux  inconvénients, 
en  un  mot,  qui  causent  annuellement  des  victimes  par  centaines,  lui 
sont  évités  tous.  Pas  de  bédouins  à  craindre  ;  ceux  qu'intercale  dans  le 
texte  le  R.  P.  peuvent  paraître  superbes  en  photographie,  —  les  clichés 
sont  parfaits  et  les  illustrations  toutes  fort  bien  réussies  — ,  ils  n'en  gar- 
dent pas  moins,  avec  la  mine,  les  mœurs  de  brigands.  Il  se  trouve  éga- 
lement à  l'abri  des  fournisseurs  turcs,  qui  même  sur  les  chemins  de  la 
ville  sainte,  spéculent  à  l'orientale  sur  les  achats  des  dévots  et  des  affa- 
més. Enfin  la  traduction  du  Jino-mil  d'un  pèlerin  égyptien,  garnie  des  notes 
concises  mais  multipliées  du  P.  Lammens,  constitue  un  guide  sur,  qui 
dispensera  d'avoir  recours  aux  «  motawwif  »,  ces  indigènes  cumulant  assez 

bien  les  deux  rôles  de  eiceroni  et  de  jrichpockels. 

P.  Daubv. 

Albert  Dufourcq.  —  Saint  Irénée  (Collection  «  les  Saints  »).  Paris,  Le- 
coffre;  1904.  In-P?  de  ii-202  pages.  Prix  :  2  francs. 

M.  Dufourcq  a  fait  la  preuve,  ces  temps  derniers,  que  saint  Irénée  de 
Lyon  est  au  nombre  des  plus  intéressantes  personnalités  chrétiennes,  au 


BIBLIOGRAPHIE.  327 

second  siècle.  Déjà  et  depuis  peu,  nous  lui  étions  redevables  d'un  Saint 
Irnirr,  paru  chez  Bloud.  En  voici  un  autre,  de  même  mérite,  quoique 
d'un  format  moins  épais. 

Les  détails  biographiques  y  sont  très  peu  de  chose.  Comment  s'étonner 
d'une  lacune  obligée?  En  histoire,  on  se  heurte  à  des  insuffisances  que 
ni  la  bonne  volonté  ni  le  talent  ne  suffisent  à  combler.  Des  rares  élé- 
ments, épars  en  différents  ouvrages  ou  sauvés  par  la  tradition,  dont 
coûte  que  coûte  il  fallait  se  contenter,  il  était  donc  malaisé  de  faire  une 
vie.  L'action,  par  contre,  de  l'évèque  de  Lyon,  très  réelle  et  très  grande, 
présentait  moins  d'obstacles  à  être  reconstituée,  les  écrits  du  saint  qui 
nous  sont  restés,  nous  en  donnant  eux-mêmes  la  portée  et  la  direction. 
L'époque  oii  elle  s'est  développée,  les  circonstances  qui  l'ont  provoquée, 
les  adversaires  et  les  erreurs  notamment  qu'il  fallut  combattre,  ont  par 
ailleurs  singulièrement  contribué  à  perpétuer,  à  grandir  même  cette  ac- 
tion d'Irénée.  Il  figure  dans  l'histoire  comme  tenant  du  christianisme 
vis-à-vis  de  la  gnose.  Et  ceci  explique  pourquoi  M.  Dufourcq  insiste  très 
justement  sur  la  doctrine  de  saint  Irénée  et  ses  luttes  antignostiques. 
Trois  chapitres  extrêmement  importants  et  d'une  incontestable  originalité 
résument  ses  théories  du  mystère,  de  l'Écriture,  de  la  Tradition.  Ses 
grandioses  conceptions  du  Dieu-Homme  et  les  relations  qu'il  précise  avec 
éloquence  entre  Dieu  et  sa  créature,  nous  forcent  à  conclure  avec  l'au- 
teur que  saint  Irénée  a  fondé  la  théologie  chrétienne.  » 

A  noter  comme  petit  clief-d'œuvre  de  concision  et  de  vivacité  dans  l'ex- 
position et  dans  le  style  l'introduction,  mise  en  scène  tout  indiquée  de 
ce  volume  :  le  monde  romain  et  le  monde  chrétien  au  second  siècle  de 
notre  ère.  Dans  l'ensemble,  la  précipitation  haletante  du. récit  serait  plu- 
tôt de  nature  à  dérouter  l'esprit  de  lecteurs  qui  n'auraient  pas  la  con- 
naissance que  leur  suppose  l'auteur,  de  certains  systèmes  de  philosophie 
plutôt  obscurs. 

P.  Daubv. 


C.  Tbrlixden.  —  Le  pape  Clément  IX  et  la  guerre  de  Candie  (1667- 
1669),  d'après  les  archives  secrètes  du  Saint-Siège  (13''  fa.scieule  du  re- 
cueil de  travaux  publiés  par  l'Université  de  Louvain),  in-S"  de  xxxii  et 
364  pages,  Paris,  Fontemoing,  1904.  —  5  francs. 

Cet  ouvrage  vient  bien  à  son  heure.  Il  raconte  la  conquête  de  l'ile  de 
Crète  par  les  Turcs  au  moment  où  les  Cretois,  grâce  à  l'appui  des  puis- 
sances chrétiennes,  viennent  d'échapper  au  joug  turc  et,  las  déjà  de  leur 
quasi-indépendance,  semblent  vouloir  s'inféoder  au  royaume  de  Grèce. 
L'auteur  esquisse  dans  son  introduction  les  louables  efforts  tentés  par  la 
papauté  de  1431  à  1669 -pour  opposer  une  barrière  solide  aux  invasions 
des  Turcs,  il  raconte  ensuite,  p.  1-45,  le  commencement  de  la  guerre  qui 
devait  se  terminer  à  la  prise  de  Candie  et  consacre  le  reste  de  l'ouvrage 
à  exposer  les  longues  et  difficiles  négociations  menées  avec  courage  et 
abnégation  par  Clément  IX  durant  tout  son  court  pontificat  jjour  procurer 
des  secours  aux  Vénitiens. 


328  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Il  plaidait  une  très  mauvaise  cause,  car  l'égoïsme  et  l'orgueil  des  mar- 
chands vénitiens  (p.  189)  n'étaient  pas  faits  pour  leur  concilier  la  sympa- 
thie et  il  n'était  pas  facile,  au  nom  seul  de  la  croix,  de  leur  trouver  des 
secours.  Presque  tout  le  livre  repose  sur  cette  question  :  «  La  France  in- 
terviendra-t-elle  ou  n'interviendra-t-elle  pas  avec  ses  flottes,  ses  armées, 
et  son  argent,  au  détriment  de  son  commerce  et  de  sa  sûreté  continentale, 
avec  complet  désintéressement,  pour  conserver  l'île  de  Candie  à  la  Répu- 
blique de  Venise?  d  L'auteur  croit  qu'elle  devait  intervenir,  c'est  son  droit, 
il  est  toujours  facile,  surtout  dans  un  écrit,  d'imposer  des  devoirs  au  voisin, 
mais  il  a  tort  de  laisser  croire  qu'à  ses  yeux  le  titre  de  Roi  très  chrétien 
ou  de  Majesté  catholique  oblige  le  porteur  à  courir  sus  à  l'infidèle,  chaque 
fois  qu'on  daigne  l'en  requérir.  La  politique  doit  heureusement  être  distin- 
guée de  la  religion,  c'est  le  seul  moyen  pour  celle-ci  d'échapper  aux  crimes 
que  la  première  a  voulu  souvent  mettre  sous  son  couvert.  L'auteur  aurait 
pu  aussi  ne  pas  écrire  que  quelques  induits,  un  chapeau  rouge  «  sans 
compter  d'autres  menues  faveurs  compensaient  largement  les  secours  que 
la  France  allait  envoyer  à  Candie  »  (p.  169);  car  ces  secours  comprenaient 
58  navires  et  plus  de  17.000  hommes  (p.  197)  dont  un  bon  nombre  (p.  222 
et  230)  devaient  trouver  la  mort  sous  les  murs  de  Candie  ;  il  ne  serait  pas 
flatteur  de  voir  évaluer  à  ce  tarif  le  prix  de  la  vie  de  Fauteur  et  la 
mienne.  En  d'autres  termes  il  aurait  pu  être  plus  impersonnel,  serrer 
davantage  les  faits,  rejeter  en  note  certains  détails  oiseux  (p.  100-101).  Mais 
nous  pouvons  louer  sans  réserve  les  tableaux  des  compétitions  entre  les 
chefs  et  des  rivalités  entre  les  diverses  nations  qui  caractérisaient  déjà  ce 
premier  «  concert  Européen  ».  Par-dessus  tout  se  détache  la  grande  figure 
de  Clément  IX  qui  met  toutes  ses  ressources  au  service  des  Vénitiens  peu 
reconnaissants  (p.  79-81)  et  peut  enfin,  par  une  diplomatie  habile  et  per- 
sévérante, amener  les  princes  chrétiens  à  conclure  une  trêve  pour  tourner 
leurs  communs  efforts  contre  l'islam.  —  L'ouvrage  est  orné  de  deux  por- 
traits et  d'un  plan  de  Candie,  il  se  termine  par  la  reproduction  de  24  docu- 
ments inédits  ou  pièces  justificatives  et  par  une  table  alphabétique  des 
noms  de  personnes. 

F.  Nau. 


G.  M.\spERO,  membre  de  l'Institut.  —  Histoire  ancienne  des  peuples  de 
V Orient,  sixième  édition  entièrement  refondue;  petit  8",  912  pages;  Ha- 
chette, Paris,  1904. 

Cet  ouvrage  est  divisé  en  cinq  livres  :  1,  L'Egypte  jusqu'à  l'invasion 
des  pasteurs.  2,  L'Asie  antérieure  avant  et  pendant  le  temps  de  la  domi- 
nation égyptienne.  3,  L'empire  assyrien  et  le  monde  oriental  jusqu'à 
l'avènement  des  Sargonides.  4,  Les  Sargonides  et  le  monde  oriental  jus- 
qu'à l'avènement  de  Cyrus.  5,  L'enfpire  perse  (jusqu'à  la  conquête  ma- 
cédonienne). Viennent  ensuite  :  un  appendice  fort  intéressant  sur  les 


BIBLIOGRAPHIE.  329 

écritures  du  monde  oriental,  une  table  des  noms  propres  et  trois  cartes 
hors  texte;  cent  soixante-quinze  gravures  ornent  le  texte  (1). 

M.  Maspero  a  condense  dans  cet  ouvrage  les  faits  consignés  par  lui  dans 
sa  belle  mais  coûteuse  Histoire  ancienne  des  peuples  de  VOrienl  classi- 
que (2).  Nul  n'était  plus  qualifié  que  lui  pour  mener  à  bien  ce  difficile 
travail  et  pour -nous  guider  dans  le  dédale  des  dynasties  et  des  rois  dont 
il  nous  reproduit  tous  les  noms.  Les  documents  semblent  passablement 
hétéroclites.  Après  quelques  pages  d'Hérodote,  de  Plutarque,  de  Strabon 
et  surtout  après  les  fragments  de  Manéthon  conservés  par  Flavius  Josèplie, 
Eusèbe  de  Césarée  et  le  Syncelle,  on  ne  trouve  guère  que  quelques  pa- 
pyrus et  de  nombreuses  inscriptions  où  manque  toute  perspective  comme 
dans  les  dessins  qui  les  accompagnent.  Nous  ne  savons  pas  si  le  temps 
viendra  jamais  où  l'on  pourra  reconstituer  cette  histoire  à  la  manière  de 
Tillemont,  en  soudant  bout  à  bout  les  documents  qui  nous  en  restent. 
L'imagination  ou,  pour  employer  une  locution  moins  désobligeante,  la 
divination  tiendra  encore  longtemps  le  principal  rôle  dans  la  reconstitu- 
tion de  certaines  parties  de  l'histoire  ancienne  de  l'Egypte.  Les  faux  commis 
dans  les  attributions  de  monuments  et  même  dans  les  rédactions  des  stèles 
(cf.  p.  338,  n.  1),  ne  sont  pas  pour  faciliter  la  tâche  des  historiens.  Les 
Égyptiens  contemporains  de  Psammétique  n'avaient  trouvé  qu'un  moyen 
assez  ridicule  et  nullement  probant  de  promer  contre  les  Phrygiens, 
l'antiquité  de  leur  race  (Hérod.,  II,  2-3).  Au  temps  d'Hécatée  de  Milet, 
voisin  des  Phrygiens,  qui  se  contentait  de  seize  ancêtres,  ils  avaient 
trouvé  un  moyen  fort  ingénieux  de  prouver  leur  propre  antiquité  : 
c'était  de  montrer  trois  cent  quarante-cinq  statues  affublées  chacune  d'un 
état  civil  et  qui  étaient  censées  représenter  les  rois  ou  les  grands  prêtres 
dans  leur  ordre  de  succession.  Ils  arrivaient  ainsi  sans  trop  de  peine  à 
remonter  jusqu'à  douze  mille  ans  plus  haut.  «  Dans  cette  longue  suite 
d'années,  ajoutaient-ils,  le  soleil  s'était  levé  quatre  fois  hors  de  son  lieu 
ordinaire  et  entre  autres  deux  fois  où  il  se  couche  maintenant  »  (Hérod., 
II,  142-143).  Ajoutons  encore  que  le  mirage,  si  désagréable  pour  notre 
armée  d'Egypte,  semble  ne  l'avoir  pas  moins  été  pour  les  historiens  :  Hé- 
rodote raconte  avoir  vu  le  lac  Mœris  destiné  à  régulariser  les  crues  du  Nil, 
il  en  donne  les  dimensions  ,  il  a  même  demandé  où  l'on  avait  mis  la  terre 
recueillie  en  creusant  ce  lac  (II,  149-150);  or,  d'après  M.  Maspero,  ce  lac 
n'a  jamais  existé  ni  Mœris  non  plus  (p.  131).  Quant  au  fameux  labyrinthe 
dont  Hérodote  a  visité  la  partie  supérieure  (II,  148),  c'était  tout  prosaïque- 
ment une  ville  (Maspero,  p.  131-132)  (3). 

Nous  ne  rappelons  pas  seulement  ces   faits  à  l'occasion  de  l'ouvrage 
actuel,  mais  nous  avons  remarqué  qu'il  semble  souvent  de  bon  ton  de 


(1)  La  troisième  édition  que  iiuus  pobscdons  (1878)  a  mêmes  divisions  générales,  mais 
seulement  ti58  pages  et  aucune  gravure  dans  le  texte. 

(2)  Trois  vol.  gr.  8°,  brochés,  90  francs. 

(.•?)  Rappelons  encore  la  colossale  lic\ue  de  Pupuis  qui  attribuait  de  l."i  à  Ki.OOO  ans 
<rautiquilé  à  un  zodiaque  du  commencement  de  noire  ère  et  y  trouvait  matière  à  longues 
dissertations  et  considérations. 


330  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

traiter  de  légendes  ou  de  mythes  les  récits  fort  clairs  et  fort  bien  ordonnés 
de  la  Bible  dont  un  bon  nombre  ont  été  confirmés  par  des  découvertes 
récentes  et  forment  encore  le  seul  cadre  dont  on  dispose  pour  grouper 
bien  des  faits  voisins,  tandis  que  le  même  bon  ton  ordonne  de  s'incliner 
devant  l'ordonnance  donnée  à  quelques  noms  d'authenticité  parfois  sus- 
pecte (cf.  p.  338)  que  l'on  trouve  sans  date  ni  clironologie  sur  quelques 
monuments.  Nous  ne  voulons  pas  suivre  cette  mode  et  nous  nous  deman- 
dons parfois  si  les  prêtres  égyptiens  et  à  leur  suite  les  égyptologues  ne 
mettraient  pas  à  la  suite  les  uns  des  autres  des  séries  de  rois  contempo- 
rains. Si  les  rois  d'Aquitaine,  de  Provence,  de  Bourgogne,  etc.,  ne  nous 
étaient  connus  que  par  quelques  noms  jetés  sans  date  sur  des  Epitaphes, 
il  serait  facile  à  un  Français,  aussi  soucieux  que  les  égyptiens  de  l'anti- 
quité de  son  pays,  de  trouver  une  trentaine  de  dynasties  de  rois  de 
France. 

Ces  remarques,  nous  l'avons  déjà  dit,  ne  visent  pas  particulièrement 
cet  ouvrage  dont  nous  sommes  heureux  de  louer  encore  la  science  et  même 
souvent  l'intérêt,  car  l'auteur  a  eu  l'heureuse  idée  d'emprunter  largement 
aux  sources  qu'il  utilise  et  de  donner  par  ces  traductions  grande  saveur  et 
couleur  locale  à  son  livre. 

F.  Nau. 


Livres  nouveaux.  —  I.  Delaville  le  Roulx.  Les  hospitaliers  en  Terre 
Sainte  et  à  Chypres  (1100-1310),  gr.  in-8",  xui  et  440  pages;  Paris, 
Leroux,  1904. 

Les  nombreuses  éditions  et  publications  récentes  indiquées  par  l'auteur 
p.  v-.xui  permettent  d'apporter  à  l'histoire  des  chevaliers  de  l'Hôpital,  ou  de 
Rhodes,  ou  de  Malte,  une  rigueur  et  une  précision  auxquelles  ne  pouvait 
prétendre  l'abbé  Vertot  au  commencement  du  .xviii'^  siècle. 

L'abondance  des  matières  est  telle  que  l'auteur  a  dû  se  borner  à  la  pre- 
mière période  de  cet  ordre  fameux.  11  a  utilisé  surtout,  avec  les  histoires 
générales,  le  cartulaire  général  de  l'ordre  des  Hospitaliers  de  Saint-Jean 
de  Jérusalem  dont  il  a  publié  trois  volumes  de  18'J4  à  1899.  Cette  publi- 
cation et  quelques  autres  du  même  ordre  (cf.  p.  vu)  avaient  préparé  l'au- 
teur au  présent  travail  qu'il  a  conduit  avec  maîtrise.  Dans  une  première 
partie  il  étudie  les  origines  de  l'ordre  et  nous  fait  connaître  les  grands 
maîtres  qui  se  sont  succédé  de  1100  à  1310,  époque  de  la  conquête  de 
l'île  de  Rhodes  par  le  grand  maître  Foulques  de  Villaret.  Les  autres 
livres  nous  exposent  la  Constitution  de  l'ordre  (chevaliers,  sergents,  cha- 
pelains, confrères  et  donats,  etc.),  et  nous  font  connaître  l'administration 
centrale  (chapitre  général,  grand  maître,  grands  officiers,  etc.)  et  l'ad- 
ministration régionale  dans  les  divers  pays  d'Europe  et  d'Orient.  Un  ap- 
pendice nous  donne  la  liste  des  dignitaires  de  l'ordre. 

L'auteur  ne  nous  a  pas  convaincu  que  les  Hospitaliers  aient  eu  pour  an- 
cêtres les  Bénédictins  (p.  7-8),  car  même  en  lui  concédant  que  les  hospita- 
liers de  la  «  Latinie  »  étaient  les  mêmes  que  les  moines  «  francs  du  mont 


BIBLIOGRAPHIE.  331 

dos  Oliviers  »,  ce  qui  n'est  pas  évident,  on  ne  pourrait  pas  encore  conclure 
que  ceux-ci  étaient  des  Bénédictins.  Ils  écrivent  en  effet  au  pape  en  809  : 
«  Régula  Sancti  Benedicti,  quam  nobis  dédit  filius  vester  dominus  Karolus 
(Charlemagne)  »  ;  mais  si  Ton  remarque  que  les  conciles  de  Germanie 
du  21  avril  742  et  de  Francfort  en  794  enjoignaient  aux  moines  et  aux  re- 
ligieuses de  suivre  la  règle  de  saint  Benoît,  on  conclura  simplement  que 
Charlemagne  ne  fit  qu'appliquer  les  canons  de  ces  conciles  en  priant  les 
moines,  d'ailleurs  quelconques,  de  la  «  Latinie  »  de  suivre  la  règle  de 
saint  Benoît,  fait  qui  ne  suppose  pas  nécessairement  une  affiliation  à  l'ordre 
des  Bénédictins.  Cette  question  d'origine  est  d'ailleurs  secondaire  et  nous 
ne  pouvons  que  louer  la  science  de  l'auteur  qui  lui  a  permis  de  coordonner 
un  grand  nombre  de  faits,  nouveaux  ou  connus,  et  d'en  faire  un  ouvrage 
intéressant  et  utile. 

II.  KAEOriA^i    KOIKVAIiiOV.    lUoç    y.ct.\    7:oXtis(a    toj    oat'ou   jraTpb;    rjij.ôjv    wà66a. 
1  vol.  8°,  iv-lOO  pages;  Jérusalem,  couvent  grec,  1905.  —  2  fr. 

La  «  Nouvelle  Sion  »,  revue  ecclésiastique  bimensuelle  fondée  à  Jérusalem 
en  1904,  a  eu  l'heureuse  idée  de  publier  un  recueil  de  textes  grecs  et  de 
commencer  ce  recueil  par  la  vie  de  saint  Sabbas,  moine  et  archimandrite 
orthodoxe  du  v<^  au  vi*^  siècle  qui  joue  en  Palestine  le  rôle  que  les  Antoine 
et  les  Pacôme  avaient  rempli  en  Egypte.  M.  Kléopas  K.,  archidiacre  et  bi- 
bliothécaire du  patriarcat  grec  de  Jérusalem,  a  jugé  avec  raison  qu'an  lieu 
de  rééditer  la  vie  écrite  par  Cyrille  de  Scythopolis  et  publiée  par  Cotelier 
en  16G8,  il  valait  mieux  nous  donner  un  texte  inédit  qui  aurait  été  écrit  du 
vi^"  au  viu"  siècle  par  un  moine  de  Saint-Sabbas.  L'auteur  a  pris  pour  base 
la  vie  écrite  par  Cyrille  et  ne  pouvait  mieux  faire.  Son  récit,  qui  est  aussi 
bourré  de  noms  propres  et  de  faits  (I),  corrobore  et  illustre,  pouvons-nous 
dire,  le  récit  de  son  devancier.  Ajoutons  que  la  modicité  du  format  et  du 
prix  rend  cet  ouvrage  accessible  à  toutes  les  bibliothèques  qui  ne  peuvent 
se  procurer  l'excellent  ouvrage  de  Cotelier  devenu  très  rare.  Cette  édition 
«  manuelle  »  rend  donc  un  vrai  service  aux  études  ecclésiastiques. 

III.  Placide  de  Meester,  0.  S.  B.  A^wv  6  lY  "''■«''  ^  àvaT&Xf/.rj  ly.-/,'kr,'j'ix.  In-8", 
42  page;  Collège  grec  de  Saint-Athanase,  Rome,  1905. 

IV.  P.  Raymond  IHetzuammer,  0.  S.  B.  Das  f/riechische  Kolleg  in  Rom.  8", 
53  pages;  Salzburg,  1905. 

Dom  Placide  de  Meester,  bien  connu  des  lecteurs  de  la  HOC,  a  reproduit 
avec  quelques  modifications  des  articles  publiés  par  lui  en  1903  dans  le 
périodique  grec  6  Iv6cj[jlo;.  Il  se  propose  de  retracer  les  bienfaits  de  Sa  Sain- 
teté Léon  XIII  à  l'égard  de  l'Église  grecque  ou  slave.  Il  rappelle  sa  sollici- 
tude pour  l'Église  grecque,  ses  efforts  pour  la  réunir  à  l'Église  Romaine, 
le  congrès  Eucharistique  de  Jérusalem,  les  conférences  tenues  en  1894 
pour  l'union  des  I']glises,  l'encyclique  Orientaliiiin  dignilaa,  les  missions 
en  Orient  et  en  Bulgarie  des  Pères  de  l'Assomption  ou  des  Pères  Blancs  du 

(1)  La  lal)lo  (les  mmis  i)ri>i)rL'.s  cnnticiit  i>lus  de  i'iO  ni>tns. 


332  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

cardinal  Lavigerie,  la  fondation  d'un  lycée  grec-catholique  à  Athènes,  d'une 
église  à  Naupacte,  de  séminaires  ruthène  et  grec  à  Rome  et  la  création 
des  nombreux  périodiques  destinés  à  faire  connaître  l'Orient  et  à  préparer 
la  réunion  des  Eglises. 

C'est  encore  Sa  Sainteté  Léon  XIII  qui  donna  aux  Bénédictins  le  collège 
grec  de  Saint-Athanase  à  Rome.  Le  Père  Netzhammer  nous  retrace  son  his- 
toire dans  la  brochure  dont  nous  avons  donné  le  titre  qui  est  un  tirage  à  part 
de  la  KathoJ.  Kirchenzeiliing.  On  trouve  l'histoire  de  la  fondation  du  collège 
par  Grégoire  XIII,  en  1577,  des  services  qu'il  put  rendre  sous  les  diverses 
administrations  (Jésuites,  Dominicains,  Résurrectionnistes,  prêtres  sécu- 
liers) qui  s'y  succédèrent  et  de  son  organisation  actuelle  sous  la  direction 
des  Bénédictins.  Cette  intéressante  monographie  est  basée  surtout,  nous 
dit  l'auteur,  sur  les  archives  du  collège,  car  il  n'a  pu  trouver  aucun  ou- 
vrage antérieur  qui  traitât  ce  sujet  ex  professa. 


V.  J.-J.  Clamageran.  Philosophie  morale  et  religieuse,  art  et  voyages 

(extraits  de  ses  ouvrages  et  de  sa  correspondance  inédite).  8°,  xxv  et 
312  pages  ;  chez  Félix  Alcan,  Paris,  1905.  —  Prix,  3  fr.  50. 

Cet  ouvrage  a  été  compilé  pieusement  par  M™''  J.-J.  Clamageran  pour 
mettre  en  relief  certaines  idées  morales  et  religieuses  de  son  mari,  M.  le 
sénateur  J.-J.  Clamageran,  mort  le  4  juin  1903.  Dans  une  courte  préface, 
M.  J.-E.  Roberty  nous  apprend  que  les  idées  religieuses  de  Clamageran 
étaient  celles  du  protestantisme  libéral  :  «  j'ai  consacré  ma  vie,  disait-il 
souvent,  à  la  défense  de  trois  grandes  causes  :  la  République,  le  protes- 
tantisme libéral  et  le  libre  échange  »  (p.  vi).  Cette  phrase  a  dû  paraître 
très  claire  à  M.  Roberty,  elle  nous  le  paraît  beaucoup  moins,  car  nous 
lisons,  p.  97  :  «  au  sein  de  l'Église  protestante,  le  christianisme  est  défini, 
expliqué  et  mis  en  lumière  par  voie  de  liberté  ;  chaque  fidèle  se  fait  à 
lui-même  spontanément  son  propre  christianisme,  et  il  le  répand  librement 
autour  de  lui  ».  Nous  craignons  donc  que  la  préface  ne  doive  être  modifiée 
dans  le  sens  suivant  :  «  j'ai  consacré  ma  vie  à  trois  grandes  causes  :  mon 
protestantisme  libéral,  ma  république  et  le  libre  échange  »,  car  nous 
constatons  que  les  protestants  s'anathéniatisent  mutuellement  au  nom  du 
protestantisme  (cf.  p.  100-103)  et  les  républicains  au  nom  de  la  République. 
C'est  dire  que  nous  sommes  partisans  des  dogmes  que  condamne  M.  Cla- 
mageran parce  que  nous  les  considérons  comme  nécessaires  pour  l'union 
des  esprits  (1).  Nous  demandons  de  même  une  définition  de  la  République 

(4)  On  croit  à  tort  que  le  dogme  catholique  est  fort  étendu  et  peut  opposer  des  entraves 
aux  recherches  scientifiques.  Le  dogme  catholique  peut  tenir  en  quelques  pages,  il  est 
condensé  dans  le  Credo  qui  ne  peut  gtiier  aucun  savant  dans  ses  recherches.  Les 
entraves  ne  sont  venues  et  ne  viennent  que  de  certains  théologiens  malfaisants  qui 
ont  voulu  ériger  sinon  en  dogme  du  moins  en  lègle  leurs  conceptions  personnelles. 
Alliganl  cnera  gravia  et  imiJorlabUiael  iwponunl  in  Jiumtrcshovumcmin&nh.  xxni,4). 
Ce  sont  eux  seuls  qui  ont  donné  prise  aux  ohjeclions,  qui  ont  fatigué  les  hommes  et  qui 
ont  tr(  p  déperplc  les  Églifes;  nais  le  ("oimc  i;e  i(ut  cUe  rciulu  rci^iuEsaMe  de  leur 
zèle  exagéré. 


BIBLIOGRAPHIE.  333 

et  un  dogme  républicain  qui  puisse  nous  servir  de  pierre  de  touche  pour 
séparer  les  républicains  des  saltimbanques  qui  se  parent  de  ce  nom  et  le 
refusent  aux  autres  afin  d'attirer  la  foule  autour  de  leurs  tréteaux. 

C'est  dire  que  cet  ouvrage  et  surtout  la  préface,  ouvrent  le  champ  à  des 
polémiques  qui  ne  sont  pas  de  notre  ressort.  Disons  qu'il  contient  un  rap- 
port sur  le  matérialisme  contemporain,  lu  à  la  SG''  session  des  conférences 
pastorales  fraternelles  de  Paris  le  16  avril  18G9  (p.  43-48),  des  extraits  de 
l'ouvrage  :  La  lutte  contre  le  mal,  publié  chez  Alcan  en  1897  (p.  49-97), 
quatre  fragments  de  lettres  dont  le  plus  long  était  adressé  au  pasteur 
Leblois  de  Strasbourg  en  1857  (p.  89-93)  ;  un  rapport  sur  le  Protestantisme 
libéral  lu  à  ï Union  protestante  libérale  en  1866-67  (p.  95-103),  une  étude 
sur  La  critique  religieuse  publiée  (à  propos  des  Essais  de  critique  religieuse 
d'Albert  Réville,  pasteur  de  l'Église  Wallonne  de  Rotterdam)  dans  le  Dis- 
ciple de  Jésus-Christ  en  1860  (p.  MSb-Yb^);  Des  pensées  diverses  (p.  161-181), 
enfin  quelques  études  réunies  sous  le  titre  Art  et  voyages  (p.  185-310).  Vingt 
pages  (p.  271-290)  sur  Athènes,  Constantinople,  Damas  et  le  Caire  ratta- 
chent seules  cet  ouvrage  à  l'objet  de  nos  études. 


VI.  DOM  SuiTBERT  BÂUMER,  bénédictin  de  l'abbaye  de  Beuron.  Histoire 
du  bréviaire,  traduction  française  mise  au  courant  des  derniers  travaux 
sur  la  question  par  Dom  Réginald  Biron,  bénédictin  de  l'abbaye  de  Farn- 
borough.  2  vol.  in-8°,  viii-440  et  532  p.;  Letouzey  et  Ané,  Paris,  1905. 

L'ouvrage  de  Dom  Baumer,  publié  en  Allemagne  en  1895,  a  déjà  pu  pro- 
fiter des  leçons  des  critiques  et  du  temps,  d'ailleurs,  comme  l'écrit  le  tra- 
ducteur (p.  vu),  «  l'œuvre  de  Dom  B.  est  si  complète  et  si  sérieuse  qu'il 
n'est  guère  possible  de  la  refaire  pour  le  moment  sans  tomber  presque 
inévitablement  dans  la  contrefaçon  ».  11  ne  restait  donc,  comme  l'a  fait  le 
traducteur,  qu'à  y  apporter  diverses  améliorations  de  détail.  L'ouvrage, 
qui  est  en  somme  l'histoire  de  la  prière  publique  dans  l'Eglise,  est  divisé 
en  trois  livres.  I.  Période  des  Pères,  formation  du  psautier  de  la  semaine 
et  de  l'office  du  temps,  p.  45-281.- On  y  trouve  relevées  toutes  les  mentions 
de  prières  publiques  durant  la  période  apostolique  et  chez  les  Pères  de 
l'Église  grecque  et  de  l'Église  latine  et  un  aperçu  sur  le  développement 
des  fêtes  chrétiennes  durant  cette  période.  II.  Le  Moyen-Age,  de  saint 
Grégoire  le  Grand  au  concile  de  Trente  (p.  283-433,  1-149).  Le  chapitre  iv 
est  tout  particulièrement  intéressant  par  l'histoire  du  développement  in- 
terne de  l'office  et  de  la  formation  du  Bréviaire  romain.  III.  Époque  mo- 
derne, depuis  le  concile  de  Trente  jusqu'à  nos  jours  (151-424).  L'auteur, 
qui  avait  étudié  dans  le  livre  précédent  la  grande  efflorescence  des  rites, 
des  liturgies  et  des  bréviaires  dans  le  monde  catholique,  montre  comment, 
après  bien  des  réformes,  des  revisions  et  des  modifications,  on  en  est  ar- 
rivé à  l'usage  presque  exclusif  du  bréviaire  Romain.  L'ouvrage  se  termine 
par  cinq  appendices  et  une  table  analytique  des  matières  des  deux  vo- 
lumes; il  semble  bien  renfermer  —  et  au.  delà  —  tout  ce  qu'on  peut  faire 


334  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

rentrer  sous  son  titre.  —  Notons  que  la  préface  et  la  notice  biographique 
annoncées  à  la  table  manquent  dans  notre  exemplaire. 

VII.  J.  Labourt.  De  Timotheo  1  Neslorianorum  pnlriarcJia  (728-823)  et 
Christianorum  orienlaUinn  condiciune  sub  Chaliphis  AObasiilis.  8",  xv- 
89  pages;  Lecoffre,  Paris,  1904. 

Cette  thèse  a  eu  le  mérite  d'introduire  à  la  Faculté  des  lettres  de  Paris 
une  foule  de  noms  orientaux  qui  ont  dû  s'y  trouver  bien  dépaysés.  Heu- 
reusement l'auteur,  par  égard  sans  doute  pour  ses  examinateurs,  ne  leur 
a  pas  imposé  en  plus  l'examen  de  textes  syriaques  comme  M .  Amélineau 
leur  a  jadis  imposé  des  textes  coptes  (J)e  historia  lansiaca,  Paris,  1887). 
Après  un  index  des  ouvrages  de  Timotliée,  l'auteur  résume  tout  ce  que 
l'on  connaît  sur  la  vie  de  ce  patriarche  et  la  manière  dont  il  gouverna 
l'Église  nestorienne.  Il  ajoute  un  chapitre  sur  les  missions  des  Nestoriens 
et  termine  en  tradviisant  99  canons  de  Timotliée  (sur  les  ordres  ecclésias- 
tiques, le  mariage  et  les  héritages)  dont  le  texte  est  conservé  dans  un  ma- 
nuscrit de  Rome.  C'est  là  une  excellente  monographie  pour  vulgariser  un 
auteur  jusqu'ici  peu  connu.  Par  exemple,  nous  ne  savons  pas  au  juste 
pourquoi  les  orthodoxes  sont  appelés  Melkites  (p.  17),  car  les  Melkites, 
d'après  leur  nom,  sont  les  fidèles  de  l'empereur  de  Constantinople  et  ces 
empereurs,  du  viii*  au  ix<=  siècle,  sont  loin,  d'être  orthodoxes  (Romains). 
Il  nous  semble  donc  que  les  fidèles  orthodoxes  persécutés  par  les  empe- 
reurs avaient  peu  de  chance  d'être  appelés  en  Syrie  Melkites,  c'est-à-dire 
Impériaux,  mais  plutôt  Manlaïtes,  c'est-à-dire  rebelles. 

VIII.  C.  CiiARON,  prêtre  du  rite  grec.  Les  saintes  et  divines  Liturgies 
de  nos  saints  Pères  Jean  Chrysostome,  Basile  le  Grand  et  Gré- 
goire le  Grand  {Liturgie  des  Présanclifiés)  en  usage  dans  lÉglise  grec- 
que catholique  orientale,  traduction  française.  In-I8  de  x-300  pages;  Pi- 
card, Paris,  1904.  —  3  fr.  50. 

L'auteur  se  propose  de  faire  connaître  en  Occident  les  anciennes  et  vé- 
nérables liturgies  «  suivies  aujourd'hui  par  plus  de  cent  millions  de  chré- 
tiens ».  Il  a  fait  sa  traduction  sur  les  textes  publiés  à  Rome  par  la  Propa- 
gande. Il  traduit  fidèlement  «  le  texte  très  complet  des  prières  »,  en  déve- 
loppant les  rubriques  (mises  en  italiques)  autant  qu'il  est  nécessaire 
pour  la  parfaite  intelligence  du  texte.  La  liturgie  de  saint  Jean  Chrysos- 
tome (p.  1-77)  comporte  seule  au  bas  des  pages  quelques  courtes  notes 
pour  comparer  les  rites  latin  et  grec.  —  Suivent  (p.  78-102)  les  parties 
propres  de  la  liturgie  de  S.  Basile  qui  «  ne  se  dit  qu'aux  jours  suivants  . 
les  dimanches  du  grand  Carême,  sauf  le  dimanche  des  Rameaux;  le 
jeudi  saint;  le  samedi  saint;  la  vigile  de  Noël;  le  1""  janvier,  la  fête  de 
saint  Basile  et  la  vigile  de  l'Epiphanie  ».  Cette  liturgie,  autant  que  nous 
avons  pu  en  juger  par  un  examen  rapide,  n'a  rien  de  commun  avec  la  U- 
Luryie  Copie  alexandrine  dite  de  saint  Basile  le  Grand,  traduite  par  M^""  Ma- 


BIBLIOGRAPHIE.  335 

Caire  et  Dom  Paul  Renaudin  dans  BOC,  t.  IV  (1899),  pp.  13-43.  Nous  avons 
constaté  que  cette  dernière,  hors  quelques  additions  et  quelques  suppres- 
sions, n'est  autre  que  la  liturgie  traduite  du  copte  en  latin  par  Renaudot, 
Liturgiarum  Orienlalium  colleciio,  Paris,  1710,  t.  I,  pp.  1-20. 

Le  Père  Charon  donne  ensuite  (pp.  103-152)  la  traduction  de  la  liturgie 
de  saint  Grégoire  le  Grand,  ou  des  Présanctifiés,  qui  se  célèbre  pendant  le 
grand  Carême,  aux  jours  de  jeune  (c'est-à-dire  tous  les  jours,  sauf  le  sa- 
medi et  le  dimanche)  et  le  25  mars,  puis  vient  la  Liturgie  Pontificale  cé- 
lébrée en  présence  de  l'évéque  ou  bien  par  l'évèque  lui-même,  sans  ou 
avec  solennité  (pp.  153-198);  de  la  Concélébration  (pp.  199-204);  prières 
pour  la  communion  (pp.  205-237)  ;  un  lexique  des  termes  techniques 
(pp.  238-250).  Enfin  l'auteur  a  ajouté  en  caractères  latins  les  réponses 
ordinaires  de  la  liturgie  en  grec  puis  en  slave  (pp.  251-282)  afin  que  ces 
quelques  pages  forment  comme  un  manuel  du  servant  de  messe. 

Ce  petit  volume  non  seulement  fera  connaître  ces  liturgies  mais  per- 
mettra aussi  aux  Occidentaux  d'assister  avec  fruit  aux  offices  grecs  et 
slaves  qui  n'étaient  guère  jusqu'ici  qu'un  objet  de  curiosité. 

IX.  Le  Père  J.  Hobeïka,  religieux  maronite  libanais,  avec  la  collaboration 
de  l'éditeur, son  frère,  le  Père  Pierre  Hobeïka,  curé  à  Basconta  (Liban). 
Étymologie  arabo-syriaque  (sic),  mots  et  locutions  syriaques  dans 
l'idiome  vulgaire  du  Liban  et  de  la  Syrie,  ln-18  de  100  pages; 
chez  l'auteur  à  Basconta  (Liban).  —  2  francs. 

Lorsque  deux  langues  de  même  souche  se  succèdent  l'une  à  l'autre,  il 
est  assez  difficile,  semble-t-il,  de  découvrir  l'influence  de  la  première  sur 
la  seconde,  car  la  plupart  des  racines  sont  communes.  Le  P.  Hobeïka  énu- 
mère  près  de  deux  cents  mots  usités  au  Liban  et  en  Syrie  qu'il  rattache 
au  .syriaque,  à  commencer  par  |lqj/  jusqu'à  v'^-""-  La  dépendance  paraît 
certaine  pour  des  mots  techniques  comme  ^i»QXio  (signes  du  zodiaque)  et 
pour  quelques  mots  grecs  syriacisés,  puis  passés  tels  quels  dans  l'idiome 
arabe  vulgaire  comme  )-uiaa  (tunique).  Dans  les  autres  cas,  nous  laisse- 
rons à  de  plus  compétents  le  soin  de  se  prononcer.  On  trouve  (p.  70-71) 
les  étymologies  de  quelques  noms  propres  d'origine  syriaque,  signalons 
holjxs^aa  que  l'auteur  croit  devoir  changer  aux  errata  en  |.^,..,«.v>;°>-)  ce  qui 
est  sans  doute  inexact,  car  Caparasima  (près  de  Ptolémaïs  en  Phénicie) 
figure  déjà  dans  le  Pré  spirituel  de  Mosclius  (ch.  lvi).  —  Enfin  le  P.  Ho- 
beïka se  met  à  la  disposition  des  Orientalistes  qui  voudraient  correspondre 
avec  lui  en  arabe  ou  en  syriaque. 

X.  M.  B.  d'Eyragues.  Les  Psaumes  traduits  de  l'hébreu  avec  notes  et 
commentaires;  préface  du  cardinal  Mathieu,  ln-12  de  lxiv-427  pages; 
Lecoffre,  Paris,  1904.  —  4  francs. 

M.  Vigouroux,  chargé  de  l'examen  de  cet  ouvrage,  a  écrit  à  Son  Émi 
nence  le  cardinal  Richard  ;  «  Le  nouveau  traducteur  a  mis  à  profit  tous 


336  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

les  progrès  de  l'exégèse;  sa  version  est  exacte  en  même  temps  qu'élé- 
gante ;  elle  est  claire  et  limpide  et  elle  permet  ainsi  de  suivre  aisément 
la  pensée  et  le  développement  des  idéçs  de  l'auteur  sacré.  Elle  conserve, 
de  plus,  dans  la  mesure  du  possible,  la  forme  même  des  Psaumes,  en 
marquant  le  parallélisme,  ce  trait  caractéristique  de  la  poésie  hébraïque, 
et  en  distinguant  les  strophes...  M.  d'Eyragues  place  en  tête  de  chaque 
Psaume  une  introduction  qui  en  fait  connaître  le  sujet  et  l'occasion,  lors- 
qu'on peut  la  déterminer,  et,  au  bas  des  pages,  quelques  notes  indis- 
pensables pour  expliquer  les  termes  hébreux  ou  des  allusions  difficiles  à 
saisir  pour  des  lecteurs  modernes.  » 

Dans  sa  préface  (pp.  iii-xni)  —  qui  se  défend  d'être  une  préface  —  le  cardinal 
Mathieu,  après  quelques  généralités  sur  les  Psaumes,  cite  quelques-unes 
des  heureuses  corrections  apportées  à  la  Vulgate.  Car  la  Vulgate,  comme 
l'a  écrit  M.  Vigoureux,  n'est  pas  une  traduction  de  l'hébreu,  mais  seulement 
du  grec  qui  n'était  déjà  par  endroits  qu'une  traduction  infidèle.  Saint  Jérôme 
a  dû  se  borner  à  retoucher  légèrement  la  traduction  sans  la  refondre  afin 
de  ne  pas  trop  changer  les  habitudes  des  nombreux  chrétiens  qui  possé- 
daient par  cœur  l'ancienne  version. 

L'ouvrage  de  M.  d'Eyragues  permettra  aussi  aux  fidèles  de  mieux  com- 
prendre les  chants  liturgiques  des  Vêpres  et  des  Compiles  et  de  prendre 
aux  offices  une  part  plus  personnelle  qu'ils  ne  pouvaient  bien  souvent  le 
faire.  Car  l'idéal  ne  nous  semble  plus  être  de  se  borner  à  écouter  des 
chants  latins  ni  même  d'aller  jusqu'à  chanter  dans  une  langue  inconnue, 
il  faut  en  arriver  à  prendre  une  part  active  à  toutes  les  prières  comme 
cela  avait  lieu  jadis  oîi  l'on  n'avait  garde  de  faire  chanter  les  psaumes  en 
grec  par  les  Latins  ni  en  hébreu  par  les  Grecs. 

SOMMAIRE  DES   REVUES 

\.  Analecta  Bollandiana.  T.  XXIV,  fascicule  3.  —  Dom  H.  Quentin 
0.  S.  B.Passio  S.  Dioscori.  —  A.  Poncelet.  La  date  de  l  ■  fêle  des  SS.  Fé- 
lix et  Régula.  —  P.  Peeters.  Historia  S.  Abramii  ex  apographo  arahico. 
—  E.  HocEDEZ  S.  J.  Lettre  de  Pierre  Ranzano  au  pape  Pie  II  surle  martyre 
duR.  Antuine  de  Rivoli.  —  Bulletin  des  publications  hagiographiques.  — 
Appendix.  A.  Poncelet.  Catalogus  cod.  hag.  lat.  bibl.  Rom.  praeterquam 
Vaticanae.  1.  Codices  archivi  capituli  sancti  Pétri  in  Vaticano.  —  IL  Co- 
dices  archivi  capituli  sancti  lohannis  in  Laterano. 

2.  Revue  biblique.  Juillet  1905.  Communications  de  la  commission 
pontificale  pour  les  études  bibliques.  —  M.-J.  Weiirlé.  De  la  nature  du 
dogme.  —  iM.  E.  CuQ.  Le  mariage  à  Rabylone.  —  V.  Scheil.  Documents 
archiiiques  en  écriture  proto-élamile.  —  Mélanges,  chronique,  recensions, 
bulletin. 


Le  Directeur-Gérant 

F.    ClIAKMETANT. 


TYPOGRAPHIE  FIRMIN-DIDOT   ET  C''^.  —  MESNIL   (EURE). 


SIVAS 

HUIT  SIÈCLES  D'HISTOIRE  <• 


%  4.  —  Les  princes  empêchent  une  tentative  d'union 
religieuse. 

L'union  et  Tabsorption  sont  choses  fort  différentes.  L'union  a 
lieu  entre  choses  qui  sont  distinctes  et  qui  le  restent,  tandis  que 
dans  l'absorption  toute  distinction  disparait.  Matthieu  d'Édesse 
et  en  général  tous  les  auteurs  arméniens  reprochent  aux  Grecs 
de  cette  époque  d'avoir  voulu  les  absorber  non  seulement  comme 
nation,  mais  encore  comme  Église  distincte. 

Voici  à  ce  sujet  ce  que  raconte  Matthieu  d'Édesse  (n"  93). 
«  L'empereur  Constantin  Ducas,  le  Patriarche  [Jean  Xiphilin 
dont  Lebeau  place  Télcvation  au  patriarcat  en  1064,  alors  que 
la  plupart  des  historiens  la  reculent  jusqu'en  1066],  tout  le 
clergé  et  la  corporation  des  eunuques  se  réunirent  dans  une 
pensée  satanique  conçue  par  l'empereur,  celle  de  nous  enlever 
notre  croyance  et  de  nous  forcer  à  adopter  la  leur.  Dans  ce  but 
Ducas  manda  à  Constantinople  Adom  et  Abousahl,  princes  de 
Sébaste.  Ceux-ci,  qui  soupçonnaient  les  projets  impériaux,  em- 
menèrent avec  eux  le  docteur  Jacques  Karapnétzi,  religieux  du 
monastère  de  Sanahin,  homme  très  versé  dans  la  connaissance 
de  l'Écriture  Sainte. 

«  D'abord  ils  furent  tous  fort  bien  reçus;  mais  au  bout  de  quel- 
ques jours,  l'empereur  leur  ordonna  de  se  laisser  baptiser  sui- 


(1)  Voy.  1905,  79,  169,  283. 

OKIENT   CnRÉTIEN.  22 


338  REVUE  DE  L  ORIENT  CHRETIEN. 

vant  le  rit  grec.  Les  princes  s'en  excusèrent,  prétendant  qu'ils 
ne  pouvaient  rien  faire  sans  l'assentiment  de  Kakig,  fils  d'A- 
chod  et  ancien  roi  d'Ani,  homme  très  instruit  (1)  qui  de  plus 
était  leur  souverain  et  leur  beau-fils  (2).  Ils  demandèrent  donc  à 
l'empereur  de  le  faire  venir,  sans  quoi,  ajoutaient-ils,  il  nous 
fera  brûler  vifs  (3)  à  notre  retour  chez  nous. 

«  L'empereur  Ducas,  redoutant  la  logique  de  Kakig,  ne  voulut 
pas  y  consentir,  et  il  fit  commencer  la  controverse  en  sa  pré- 
sence. Le  docteur  Jacques  Karapnétzi  souleva  de  nombreuses 
difficultés  contre  tous  les  points  de  la  doctrine  des  Grecs  et  ne 
leur  céda  un  peu  que  sur  la  question  des  deux  natures  en  Jésus- 
Christ.  Malgré  cela,  continue  l'auteur,  Constantin  Ducas, 
agréant  toutes  ses  conclusions,  lui  ordonna  de  rédiger  l'acte  d'u- 
nion entre  les  deux  Églises  (4).  Son  travail  reçut  l'approbation 
impériale  et  fut  placé  à  Sainte-Sophie.  » 

Sur  ces  entrefaites  Kakig  d'Ani,  que  les  princes  de  Sébaste 
avaient  secrètement  fait  prévenir,  arrive  «  rapide  comme  l'ai- 
jyle  »  de  sa  résidence  de  Kaghonbaghad  (Kalon  Palatium).  L'au- 
teur, quelques  lignes  plus  haut,  avait  écrit  que  l'empereur  re- 
doutait la  venue  de  ce  prince,  mais  il  ne  craint  pas  de  se  contre- 
dire en  affirmant  ici  qu'elle  lui  causa  le  plus  grand  plaisir. 

Kakig,  introduit  au  palais,  demande  à  voir  le  formulaire 
de  foi  dressé  par  le  docteur  arménien.  Il  en  prend  connaissance 
et,  en  présence  de  l'empereur,  lacère  la  pièce  dont  il  jette  les 
morceaux  à  terre.  «  Le  docteur  Jacques,  déclare-t-il,  n'est  qu'un 
moine.  Une  multitude  de  moines  arméniens  refuseraient  de 
souscrire  une  pareille  déclaration  et  de  s'y  conformer.  Pour  ce 


(1)  Samuel  d'Ani  dit  de  ce  prince  qu'il  avait  été  élevé  dès  l'enfance  dans  la  lec- 
ture des  livres.  Pour  cet  auteur,  l'amour  que  ce  prince  aurait  conservé  pour  l'é- 
tude après  son  élévation  au  trône,  serait  une  des  causes  de  la  perte  de  la  natio- 
nalité arménienne. 

(2)  Il  avait  épousé  Marie,  fille  de  leur  frère  David,  leur  nièce  par  conséquent. 
Il  est  fort  vraisemblable  qu'ils  en  avaient  été  les  tuteurs,  peut-être  même  les  pères 
adoptifs. 

(3)  Matthieu  d'Édesse  représente  partout  ce  prince  comme  un  liomme  d'un  ca- 
ractère extrêmement  violent. 

(4)  M^"^  Somal,  dans  son  «  Tableau  historique  de  la  littérature  arménienne  » 
(Venise,  1829,  p.  75),  parle  de  cet  auteur  et  raconte  la  chose  d'une  manière  assez 
différente.  Il  ne  semble  pas  avoir  consulté  directement  Matthieu  d'Édesse  qui 
pourtant  paraît  avoir  été  le  seul  à  mentionner  ces  faits,  du  moins  parmi  les  an- 
ciens historiens. 


SI  VAS.  339 

qui  me  regarde,  je  la  rejette  avec  tous  les  docteurs  arméniens 
qui  font  autorité.  »  Il  fait  ensuite  des  reproches  à  Jacques  Ka- 
rapnétzi,  puis  termine  en  disant  à  Constantin  Ducas  :  «  Moi,  je 
suis  souverain,  et  fils  des  souverains  d'Arménie,  tout  ce  royaume 
est  sous  mes  ordres  (?).  Tout  mon  pays  rendra  témoignage  que 
je  suis  versé  dans  la  science  de  l'ancien  Testament  et  du  nou- 
veau, et  proclam.era  qu'il  me  regarde  comme  l'égal  des  docteurs. 
Aujourd'hui  donc  je  donnerai  aux  Grecs  un  exposé  de  notre 
croyance  nationale.  » 

«  Il  tint  parole.  Son  travail  »  (qui  remplit  plus  de  quinze  pa- 
ges de  la  traduction  de  M.  Dulaurier)  «  remporta  tous  les  suffra- 
ges et  la  bonne  harmonie  fut  rétablie  entre  tous  les  Arméniens. 
Les  brouillons  qui  tenaient  parmi  eux  les  opinions  du  concile  de 
Chalcédoine,  couverts  de  confusion,  se  virent  par  le  fait  obligés 
de  renoncer  à  leurs  bavardages.  »  Kakig  composa  encore  d'au- 
tres traités  qui  furent  eux  aussi  examinés  et  hautement  approu- 
vés par  l'empereur  comme  ne  renfermant  que  des  propositions 
orthodoxes  et  la  véritable  doctrine  chrétienne. 

Ce  récit  de  Matthieu  d'Édesse,  si  on  l'acceptait  pour  authen- 
tique, soulèverait  deux  questions.  D'abord,  dans  quel  but, 
dépassant  de  beaucoup  les  prétentions  ordinaires  des  légistes 
byzantins,  fait-il  trancher  les  questions  dogmatiques  par  les 
seuls  potentats?  Ensuite,  pourquoi  tient-il  tant  à  présenter  le 
dogme  arménien  comme  sanctionné  par  l'autorité  impériale? 
Est-ce  que,  au  commencement  du  xii"  siècle,  cette  autorité 
exerçait  encore  au  point  de  vue  religieux  une  telle  fascination 
sur  les  Arméniens  que  pour  leur  faire  admettre  un  dogme  on 
avait  besoin  de  le  présenter  comme  approuvé  par  elle?  Était-ce 
pour  fournir  une  réponse  péremptoire  dans  les  controverses 
avec  les  Grecs?  Il  est  bien  difficile  de  le  conjecturer. 

On  a  d'ailleurs  le  droit  de  mettre  en  doute  l'authenticité  du 
récit  tel  qu'il  est  donné  par  l'auteur.  Non  seulement  il  renferme 
des  détails  invraisemblables,  mais  peut-on  admettre  que  le 
moine  Jacques  Karapnétzi  d'abord,  puis  le  roi  Kakig  ensuite, 
grâce  à  l'appui  de  Constantin  Ducas,  aient  imposé  à  l'Église 
grecque  des  sentiments  contraires  aux  définitions  du  concile 
de  Chalcédoine? 

On  peut  toutefois  admettre  que  le  récit  défiguré  par  Matthieu 
d'Édesse,  repose  sur  un  fait  historique.  M^""  Somal  {Tableau 


340  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

historique  etc.,  p.  60)  cite  un  prince  Kakig  auteur  de  deux 
lettres  dogmatiques  adressées  l'une  à  l'empereur  Romain  (?), 
l'autre  au  Patriarche  grec  de  Constantinople.  Il  est  vrai  qu'il  le 
fait  vivre  un  siècle  plus  tôt,  ce  qui  l'amène  à  l'identifier  avec 
Kakig  P',  prince  Ardzérouni  du  A'aspouragan.  Cela  confirme 
ce  qui  a  déjà  été  remarqué  dans  une  note,  que  lAF'  Soinal  n'a  pas 
eu  recours  directement  au  texte  de  Matthieu  d'Édesse. 

Ce  dernier  auteur  affirme  qu'à  la  suite  de  cet  accord  l'em- 
pereur se  montra  plein  de  bienveillance  pour  les  princes 
Arméniens,  les  traita  fort  honorablement  et  leur  fit  des  présents 
considérables  ainsi  qu'aux  principaux  personnages  de  cette 
nation.  Bien  qu'il  ne  donne  pas  d'nne  manière  précise  la  date 
de  ces  événements,  la  façon  dont  il  parle  «  des  savants  et  doc- 
teurs grecs  réunis  en  présence  de  l'empereur  »,  pourrait  faire 
croire  que  ce  fut  à  l'occasion  du  concile  tenu  à  Constantinople, 
en  1066. 


CHAPITRE  VI 

FIN    DU   ROYAUME  ARMÉNIEN   DE  SÉBASTE. 


l»  Premiers  passages  de  Romain  Diogène  à  Sébaste. . —  2°  Les  Persans  saccagent 
(le  nouveau  Sébaste.  —  3"  Derniers  passages  de  Romain  Diogène.  —  4°  Les 
princes  de  Sébaste  clierchent  à  venger  le  meurtre  de  Kaiiig  d'Ani. 


§  1.  —  Pîxmiiers  passages  de  Romain  Diogène  à  Sébaste. 

Les  Turcs  Seldjoucides,  qui  n'avaient  d'abord  été  que  des 
hordes  de  pillards  sanguinaires,  s'étaient  peu  à  peu  plies  à  une 
certaine  discipline.  Dans  le  principe  ils  n'avaient  osé  faire  que 
de  courtes  incursions  sur  les  terres  des  vassaux  de  l'Empire. 
Plus  tard  ils  s'en  étaient  emparés.  Puis  ils  avaient  fini  par 
s'enhardir  jusqu'à  porter  la  dévastation  dans  le  pays  grec  lui- 
même.  Là,  leurs  premiers  succès  avaient  augmenté  leur  audace 
encore  plus  que  découragé  les  troupes  impériales. 

Chaque  gouverneur  de  province  avait  sous  ses  ordres  une 
armée  destinée  surtout  à  lui  former  une  garde  et  à  réprimer 
le  brigandage  local.  ]\Iais  ces  forces,  ordinairement  peu  nom- 
breuses et  forcément  isolées  les  unes  des  autres,  étaient  abso- 
lument incapables  d'arrêter  une  invasion  et  de  s'opposer  aux 
déprédations  d'une  armée  ennemie.  Il  fallut  presque  attendre 
l'avènement  de  Romain  Diogène  pour  essayer  de  le  faire. 

Proclamé,,  le  P'' janvier  1068,  le  nouvel  empereur,  après 
avoir  remédié  aux  vices  les  plus  criants  de  l'administration 
intérieure  de  l'Empire,  partit  dès  le  mois  de  mars,  à  la  tête 
d'une  armée  improvisée,  pour  aller  arrêter  les  progrès  qu'Alp 
Arslan  faisait  en  Syrie.  Il  s'avançait  lentement  à  travers  la 
Cappadoce,  sa  patrie,  de  façon  à  n'entrer  en  campagne  qu'a- 
près les  grosses  chaleurs  de  l'été. 

Il  approchait  de  Lycande,  lorsqu'il  apprend  qu'une  armée 
seldjoucide  avait  surpris  et  pillé  Néocésarée,  dans  le  Pont.   Il 


342  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

prend  aussitôt  la  direction  du  Nord,  arrive  à  Sébaste,  y  laisse 
ses  bagages  et  sa  grosse  infanterie  sous  les  ordres  d'Andronic, 
le  neveu  de  son  prédécesseur,  puis  en  toute  hâte,  avec  ses 
meilleures  troupes,  il  va  à  travers  les  montagnes  se  poster  à 
Téphrique,  —  que  l'on  croit  être  Divrighi.  —  Il  y  attend  le 
passage  de  l'armée  qui  venait  de  dévaster  le  Pont  et  sa  capitale. 
Il  la  charge  à  l'improviste,  la  disperse,  lui  fait  un  grand  nombre 
de  prisonniers,  qui  sont  mis  à  mort,  et  lui  enlève  tout  le  butin 
qu'elle  avait  fait. 

De  retour  à  Sébaste,  il  donne  à  ses  troupes  trois  jours  de 
repos,  puis  reprend  la  route  de  la  Syrie,  en  passant  par  Gueuse 
et  Marache. 

L'année  suivante,  1069,  Romain  Diogène,  dans  une  nouvelle 
campagne,  se  rend  directement  de  Césarée  de  Cappadoce  à 
Mélitène;  il  y  laisse,  sous  les  ordres  de  Philarète,  un  fort  con- 
tingent de  troupes  destinées  à  arrêter  l'ennemi.  L'empereur 
avec  le  reste  de  son  armée  gagne  l'Akilisène  par  la  vallée  de 
l'Euphrate.  Là,  il  apprend  qu'une  armée  seldjoucide,  culbutant 
Philarète,  a  envahi  la  Cappadoce.  Il  se  porte  au  secours  de 
cette  province,  traverse  Sébaste  sans  s'y  arrêter,  apprend  à 
Cômopolis  (1)  le  pillage  d'Iconium  et  prend  d'excellentes  dis- 
positions pour  cerner  les  envahisseurs,  qui  ne  lui  échappent 
qu'à  grand'peine,  à  travers  la  Cilicie,  et  perdent  tout  leur 
butin. 

•  Les  auteurs  arméniens  —  le  manuscrit  de  Sivas  avec  eux  — 
se  taisent  sur  ces  deux  campagnes.  Leur  silence  est  d'autant 
plus  étrange  que  les  armées  impériales  parcourent  en  tous  sens 
les  états  attribués  aux  fils  de  Sènèkèrim,  à  Kakig  d'Ani  et  à 
Kakig  de  Kars.  L'empereur  Romain  Diogène  en  personne  passe 
trois  fois  à  Sébaste;  en  1068,  il  y  laisse  même  une  partie  de 
son  armée.  L'année  suivante,  il  suit  la  voie  romaine  qui,  d'a- 
près les  Tables  de  Peutinger,  passait  à  Larissa  de  Cappadoce, 
à  47  milles  de  Césarée,  localité  donnée,  en  1064,  à  Kakig  de 
Kars.  Comment  se  fait-il  donc  que  nulle  part  il  n'ait  rencontré 
les  rois  arméniens?  Ce  silence  se  comprendrait  encore  de  la 
part  des  auteurs  grecs  :  les  rois  déchus  de  l'Arménie  n'étaient 
plus  probablement   à  leurs  yeux  que   de  gros  propriétaires 

(1)  On  ne  connaît  aucune  ville  de  ce  nom.  II  est  probable  que  c'est  un  nom 
commun  et  qu'il  faut  traduire  :  «  il  apprend  dans  une  bourgade  ». 


SI  VAS.  343 

fonciers  chez  qui  l'empereur  pouvait  prendre  l'hospitalité  sans 
qu'il  fût  besoin  de  le  consigner  dans  l'histoire.  Mais  cette  expli- 
cation, bonne  pour  eux,  ne  vaut  rien  pour  les  auteurs  armé- 
niens. 


%  2.  —  Les  Persans  saccagent  de  nouveau  Sébaste. 

L'empereur,  qui  avait  personnellement  dirigé  les  deux  précé- 
dentes campagnes,  confia  à  Manuel  Comnène  la  conduite  de 
celle  de  1070.  Ce  général,  qui  avait  le  titre  de  Curopalate, 
concentra  ses  troupes  à  Césarée  de  Cappadoce.  Il  réussit  à  faire 
régner  la  discipline  parmi  ses  soldats,  ce  qui  lui  valut  de  rem- 
porter d'abord  de  brillants  succès;  mais  ensuite  l'empereur, 
jaloux,  dit-on,  de  sa  gloire,  le  priva  de  ses  meilleures  troupes 
sous  prétexte  de  renforcer  l'armée  de  Syrie. 

Ainsi  réduit  à  l'impuissance,  Comnène  établit  son  camp  aux 
environs  de  Sébaste,  menacée  par  une  armée  ennemie.  Kroudj, 
prince  de  la  famille  de  Togrul  bey  et  prétendant  au  trône  de 
Perse,  venait  en  effet  de  franchir  les  frontières  de  l'Arménie  et 
s'avançait  contre  la  ville,  en  semant  partout  la  dévastation  et 
la  mort. 

Un  corps  de  cavalerie  musulmane  vint  un  jour  jusqu'à  la 
porte  de  son  camp  insulter  le  Curopalate.  Celui-ci,  en  faisant 
une  sortie,  ne  crut  pas  manquer  à  sa  résolution  de  ne  rien 
hasarder;  mais  il  se  laissa  emporter  trop  loin,  tomba  dans  une 
embuscade  et  fut  fait  prisonnier  avec  ses  deux  beaux-frères. 
Privés  de  leurs  chefs,  les  soldats  rentrèrent  en  désordre  dans 
le  camp,  qui  fut  enlevé  par  l'ennemi.  Ce  jour-là,  sans  la  proxi- 
mité de  la  ville  où  les  vaincus  trouvèrent  un  refuge,  l'armée 
grecque  était  exterminée  tout  entière. 

C'est  d'une  manière  bien  différente  que  le  manuscrit  de 
Si  vas  raconte  les  mêmes  faits.  «  Kroudj,  dit-il,  après  s'être  ré- 
volté contre  AlpArslan,  s'avança  vers  les  frontières  de  l'Armé- 
nie, où  le  général  grec  Manuel  Comnène,  qui  s'était  porté  à 
sa  rencontre,  fut  vaincu  et  fait  prisonnier.  Les  troupes  per- 
sanes purent  ensuite  dévaster  tout  le  pays  sans  être  inquiétées 
par  personne.  Elles  pillèrent  de  nouveau  Sébaste  et  toute  la 
contrée  voisine,  où  elles  firent  beaucoup  de  mal.  » 


344  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Matthieu  d'Édesse  est  loin  d'être  aussi  explicite  sur  ce  se- 
cond pillage  de  la  ville.  Il  se  contente  de  dire  (n°  101)  sans 
rien  préciser  :  «  Le  passage  de  Kroudj  fut  l'occasion  delà  ruine 
que  subit  de  nouveau  notre  pays  de  la  part  de  la  race  per- 
verse des  Turcs  Seldjoucides.  »  Le  manuscrit  s'avance  donc 
beaucoup  en  interprétant  les  mots  «  notre  pays  »  par  «  la 
ville  de  Sébaste  »,  rien  dans  le  texte  n'autorise  à  le  faire. 

11  est  plus  sûr  d'adopter  la  version  des  historiens  grecs. 

Ils  assurent  qu'après  sa  victoire  sur  Manuel  Comnène,  Kroudj, 
méprisant  Sébaste  et  les  débris  de  l'armée  grecque  qui  s'y  était 
réfugiée,  traversa  à  grandes  journées  toute  la  Cappadoce  et  la 
Phrygie  pour  aller  piller  la  ville  ouverte  de  Colosse,  qui  alors 
était  immensément  riche. 

Cependant  Kroudj  se  laissa  persuader  par  son  prisonnier 
le  curopalate  Manuel  Comnène,  qu'une  alliance  avec  l'empe- 
reur lui  serait  très  avantageuse  pour  réussir  dans  ses  projets 
et  monter  sur  le  trône  de  Perse.  Kroudj  se  décida  donc  à  aller  à 
Constantinople.  Il  fut  le  premier  Mongol  qui  parut  dans  cette 
ville  où  les  Byzantins,  frappés  de  son  teint  et  de  son  aspect  si 
peu  en  rapport  avec  l'idéal  qu'ils  se  faisaient  de  la  beauté, 
le  désignèrent  par  le  sobriquet  de  Chrysoskullos  »  (le  jaune 
difforme).  Les  Arméniens,  eux,  ont  transformé  son  nom  de 
«  Kroudj  »  en  celui  de  «  Gdridj  »  qui  signifie  «  le  coupeur,  le 
massacreur  ». 


%  3.  —  Derniers  passages  de  Romain  Diogène 

L'empereur  Romain  Diogène  consentit  à  entrer  dans  les 
vues  de  Kroudj  et,  dès  le  13  mars  1071,  il  quitta  sa  capitale  à 
la  tête  d'une  nombreuse  armée.  Il  emmenait  avec  lui  le  gé- 
néral persan  et  le  curopalate  Manuel  Comnène;  mais  ce  dernier 
mourut  en  Plirygie  dès  le  début  de  l'expédition. 

Matthieu  d'Édesse  (n°  103)  représente  l'empereur  «  rugis- 
sant comme  un  lion  ».  «  Il  réunit,  dit-il,  des  forces  immenses, 
parmi  les  Goths,  les  Bulgares,  les  habitants  des  îles  éloignées  (1), 


(I)  Peut-être  les  îles  de  l'Archipel,  par  opposition  aux  iles  des  Princes  qui  sont 
en  vue  de  Constantinople. 


sivAS.  ~  345 

ceux  de  la  Cappadoce,  de  la  Bithynie,  de  la  Cilicie,  d'Antioche, 
de  Trébizonde,  et  convoque  dans  toute  l'Arménie  les  débris  des 
braves  phalanges  de  ce  royaume.  Il  fait  aussi  venir  des  renforts 
de  chez  les  barbares  (I).  A  la  tête  de  cette  armée  aussi  nom- 
breuse que  le  sable  de  la  mer,  l'empereur,  terrible  comme  un 
nuage  au  sein  duquel  gronde  le  tonnerre  et  qui  est  chargé  de 
grêle,  s'avance  à  travers  l'Asie  Mineure  et  atteint  Sébaste.  » 

Le  manuscrit,  qui  modifie  sur  plus  d'un  point  la  narration  de 
Matthieu  d'Édesse,  dit  «  qu'en  apprenant  l'approche  de  l'em- 
pereur, Adom  et  Abousahl  s'empressèrent  d'aller  à  sa  rencontre 
et  lui  flrent  de  grands  présents  ;  mais  que  leurs  ennemis,  les 
princes  grecs  restés  dans  le  pays,  se  plaignirent  amèrement 
d'eux  et  de  la  population  arménienne.  Ils  les  accusaient  de 
leur  avoir  fait  plus  de  mal  que  les  troupes  de  Kroudj  et 
d'avoir  excité  ce  dernier  contre  eux  ».  Sur  ces  accusations  et 
sans  rien  examiner,  Romain  Diogène  aurait  livré  la  ville  au 
pillage.  «  En  douze  ans,  c'était  la  troisième  fois  que  Sébaste  était 
ruinée.  Mais  enfin  les  princes  et  seigneurs  tant  grecs  qu'ar- 
méniens qui  étaient  à  la  suite  de  l'empereur  —  Matthieu  d'É- 
desse  cite  entre  autres  Kakig  d'Ani  (2)  et  Kroudj  —  finirent  par 
obtenir  grâce  pour  la  ville.  » 

.«  Néanmoins  Adom  et  son  frère  Abousahl  furent  détrônés.  » 
Matthieu  d'Édesse  dit  simplement  que  l'empereur  les  chassa 
de  sa  présence  en  les  menaçant  de  les  faire  grecs  ainsi  que  tous 
les  Arméniens  à  son  retour  de  Perse.  Les  moines  arméniens, 
avertis  des  menaces  impériales,  proférèrent  contre  leur  auteur 
de  terribles  imprécations  et  firent  des  vœux  pour  qu'il  ne 
revînt  pas  de  cette  guerre.  «  Seigneur,  disaient-ils  dans  leurs 
prières,  faites  qu'il  périsse  comme  l'infâme  Julien,  maudit  par 
saint  Basile.  » 

Les  auteurs  grecs  n'ont  soupçonné  ni  la  présence  des  fils  de 
Sènèkèrim  à  Sébaste,  ni  rien  de  ce  qui  aurait  été  fait  contre 
ces  princes  et  leurs  sujets.  D'après  leur  récit,  le  séjour  de 
l'armée  à  Sébaste  ne  fut  marqué  que  par  un  conseil  de  guerre 


(!)  L'auteur  désigne  ainsi  les  troupes  franques  qu'il  ne  peut  passer  complète- 
ment sous  silence. 

(2)  On  peut  s'étonner  de  trouver  ici  (n"  103)  parmi  les  princes  de  la  suite  im- 
périale ce  Kakig  que  le  môme  auteur  a  représenté  (n"  94J  comme  s'étant  révolté 
et  livré,  cinq  ans  plus  tôt,  à  toute  une  série  de  crimes  abominaliles. 


346  REVUE   DE   l'orient   CHRÉTIEN. 

OÙ  les  officiers  les  plus  expérimentés  firent  remarquer  «  que  Ton 
ne  pouvait  sans  péril  s'engager  dans  les  montagnes  de  l'Ar- 
ménie et  de  la  Médie  pour  courir  au-devant  de  l'ennemi;  qu'il 
valait  mieux  l'attirer  en  deçà  du  Tigre,  mettre  en  état  de 
défense  les  villes  d'alentour  et  dévaster  les  campagnes  pour  lui 
ôter  les  moyens  de  subsister;  que  le  meilleur  parti  à  prendre 
serait  de  rester  à  Sébaste,  que  cependant,  si  l'empereur  voulait 
aller  plus  loin,  on  pourrait  pousser  jusqu'à  Théodosiopolis 
(Erzeroum),  place  qui  avait  été  fortifiée  et  pourvue  de  muni- 
tions depuis  la  perte  d'Ardzè  (1)  ».  Mais  les  courtisans  qui  con- 
naissaient l'orgueil  de  l'empereur  et  l'impétuosité  de  son  ca- 
ractère, furent  d'un  avis  différent  et  n'eurent  pas  de  peine  à  le 
faire  prévaloir. 

Le  manuscrit  de  Sivas  raconte  l'expédition  de  l'empereur, 
en  abrégeant  considérablement  le  récit  de  Matthieu  d'Édesse. 
Toutefois,  ce  qui  est  singulier,  il  ne  fait  aucune  mention  du  re- 
tour par  Sébaste  de  Romain  Diogène.  C'est  cependant  dans  cette 
ville  que  Matthieu  d'Édesse  prétend  qu'il  apprit  la  nouvelle  de 
sa  déchéance  et  qu'il  aurait  été  abandonné  par  son  armée.  Cette 
omission  du  manuscrit  est  d'autant  plus  étrange  que  son  com- 
pilateur, poète  à  ses  heures,  aurait  pu  tirer  un  excellent  parti 
de  cette  circonstance  pour  dramatiser  la  fin  de  sa  narration.  Il  la 
termine  par  ces  mots  :  «  De  même  que  l'immonde  Julien  est  mort 
misérablement  en  Perse,  frappé  par  saint  Mercure,  ainsi  Romain 
Diogène  échoua  dans  son  entreprise  contre  la  Perse  et  mourut 
dans  la  plus  extrême  misère,  après  avoir  menacé  notre  nation 
et  l'avoir  traitée  avec  la  dernière   rigueur.   » 

Ce  récit  est  tout  différent  de  celui  des  auteurs  grecs  contem- 
porains, qui  paraissent  mieux  renseignés  et  plus  exacts.  D'abord 
Romain  Diogène  n'avait  plus  d'armée.  Alp  Arslan  lui  avait 
bien  remis  tous  les  prisonniers  dont  il  avait  demandé  nom- 
mément la  délivrance  :  mais  cela  constituait  si  peu  une  armée 
que  le  Sultan  crut  devoir  lui  donner  une  escorte  pour  sa  sû- 
reté. Ensuite  l'empereur  qui  devait  avoir  la  plus  grande  hâte 
de  regagner  sa  capitale,  ne  dut  pas  prendre  sa  route  par  Sé- 
baste, mais  par  la  voie  la  plus  courte,  celle  indiquée  par  les 
historiens  grecs    :   Erzeroum,  Colonea,  Amasia.    C'est  avant 

(1) Ce  texte  rend  improbable  l'identificatiou  d'Ardzè  avec  Erzeroum,  adoptée 
cependant  par  Saint-Martin  (;l/e/«oires  sur  V Arménie,  t.  I,  p.  68). 


SI  VAS.  347 

d'arriver  à   cette    ville  que,  apprenant  qu'on   vient  de    lui 
donner  un  successeur,  il  lève  de  l'argent  et  des  hommes. 

Il  entre  à  Amasia  à  la  tête  d'une  armée;  mais,  peu  après, 
vaincu  par  le  prince  Constantin,  il  est  obligé  de  chercher 
un  refuge  dans  la  forteresse  de  Tyropée  (1).  Le  fidèle  Kha- 
tchadour,  gouverneur  d'Antioche,  vint  l'y  réjoindre  ;  il  le  con- 
duisit en  Cilicie,  où  il  lui  procura  le  moyen  de  lever  une  nou- 
velle armée.  Cependant,  après  avoir  été  vaincu  encore  une 
fois,  Romain  Diogène  renonça  définitivement  à  la  lutte  et  fit 
sa  soumission. 


^4.  —  Les  princes  de  Sébaste  cherchent  à  venger 
le  meurtre  de  Kakig  d'Ani. 

David,  fils  cadet  de  Kakig,  ancien  roi  d'Ani,  avait  épousé  une 
fille  d'Abelgharib,  prince  arménien  de  la  famille  des  Ardze- 
rouni,  à  qui  Michel  Parapinace  avait  confié,  en  1072,  le  gouver- 
nement de  Tarse.  La  brouille  s'étant  mise  entre  le  beau-père 
et  son  gendre,  Abelgharib  fit  arrêter  David  et  le  fit  enfermer  au 
château  dePapéron  (Babaron)  (2).  Matthieu  d'Édesse,  qui  paraît 
ignorer  les  liens  de  parenté  qui  unissaient  les  deux  familles,  dit 
(n°  119)  que  Kakig  était  allé,  sur  l'invitation  d'Abelgharib,  lui 
faire  une  visite  d'amitié  et  qu'un  motif  quelconque  détruisit  la 
bonne  entente  qui  régnait  entre  eux. 

Samuel  d'Ani  semble  plus  au  courant.  «  Kakig,  dit-il,  appre- 
nant la  captivité  de  son  fils,  se  rend  à  Tarse  auprès  de  son  pa- 
rent, lien  obtient  sa  mise  en  liberté;  mais,  peu  satisfait  de  ce 
résultat,  ce  prince  violent  et  vindicatif  est  représenté  par  Mat- 
thieu d'Édesse  «  rugissant  comme  un  lion  et  s'emparant  des 

(1)  Si  clans  la  transcription  on  a  respocté  l'orthographe  grecque  de  ce  mot,  il 
paraît  signifier  «  fabrication  de  fromages  ».  Or  une  légende  locale  parle  d'une 
forteresse  située  au  sommet  d'une  montagne  d'où  un  conduit  souterrain  ame- 
nait le  lait  des  troupeaux  à  un  village  bâti  dans  la  plaine.  La  légende  n'a  peut- 
être  d'autre  fondement  que  l'interprétation  du  mot  grec.  Elle  se  raconte  aussi 
bien  dans  la  plaine  de  Marsivan,  que  dans  celle  d'Artova  et  aux  environs  de  Cé- 
saréede  Cappadoce  :  comme  s'il  y  avait  eu  plusieurs  Tyropée. 

(2)  On  a  indiqué  cette  forteresse  en  même  temps  «  dans  le  voisinage  de  Mop- 
sueste  et  non  loin  de  Lampron  ••  sans  remarquer  que  Mopsueste  (Missis)  est  à 
6  h.  à  l'Est  d'Adana,  et  Lampron,  à  vol  d'oiseau,  à  plus  du  double  de  distance 
au  Xord-Ouest  de  la  mémo  ville. 


348    •  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

<f  principaux  du  pays  qu'il  emmène  chargés  de  fer  ».  Il  aurait 
été  accompagné  d'une  troupe  d'un  millier  dliommes,  au  mo- 
ment où  il  débouche  dans  la  plaine  d'Ardzias  ou  Ardzèn.  L'édi- 
tion de  Samuel  d'Ani,  imprimée  en  1818  par  Zohrab  et  Mai,  place 
cette  localité  en  Phrygie,  ce  qui  est  une  erreur.  La  phonétique 
semble  indiquer  TArgée  et  par  conséquent  la  plaine  au  sud  de 
cette  montagne.  Cela  n'est  pourtant  pas  certain;  car  pour  ren- 
trer dans  ses  possessions,  à  proximité  de  Mélitène,  il  n'était 
pas  obligé  de  suivre  cette  route. 

11  y  avait  là  une  forteresse  appartenant  aux  trois  fils  de  Pan- 
taléon  (Mandalè).  Matthieu  d'Édesse  appelle  ce  château  Guizis- 
dara(l)  et  affirme  qu'arrivé  dans  ces  parages,  Kakig,  sans  ren- 
voyer sa  troupe,  s'en  sépara  et  se  rendit  à  la  forteresse  avec  trois 
personnes,  dont  Roupen,  son  parent,  celui  qui  devait  fonder  en 
Cilicie  la  dynastie  des  Roupéniens.  A  leur  arrivée,  les  trois  fils 
de  Pantaléon  sortirent  à  leur  rencontre  et  les  saluèrent  en  se 
prosternant.  Kakig  les  invita  à  l'embrasser.  Eux,  le  saisissent 
alors  et  le  jettent  à  bas  de  sa  monture,  à  ce  moment  arrive  une 
troupe  de  gens  qu'ils  avaient  apostée  :  elle  s'empare  du  roi 
et  l'entraîne  dans  la  forteresse.  Les  compagnons  de  Kakig 
effrayés  prennent  la  fuite  et  les  mille  hommes  qui  formaient 
sa  suite  se  dispersent. 

Samuel  d'Ani  raconte  tout  autrement  ce  fait.  Après  avoir 
dit  qu'à  son  retour  de  Tarse,  Kakig  d'Ani  fut  pris  et  étranglé 
par  des  Grecs,  il  ajoute  :  «  D'autres  rapportent  qu'étant  à  la 
chasse,  les  fils  de  Pantaléon  le  surprirent  durant  son  sommeil 
et  que,  l'ayant  conduit  dans  leur  forteresse,  ils  l'y  massacrè- 
rent. »  Stépan  Orbélian,  évêque  de  Siouni,  mort  en  1287,  dit 
qu'il  fut  étranglé  par  un  pope  grec. 

A  quelle  date  faut-il  placer  ces  événements?  On  les  place 
ordinairement  en  1080,  parce  que  Matthieu  d'Édesse  en  met 


(1)  Ce  mot,  que  d'autres  écrivent  Kizystra,  pourrait  signifier  «  mont  qui  brûle  ». 
M.  Saint-JIartin  y  a  vu  la  corruption  du  mot  Cybistra,  sans  peut-être  remarquer 
que  cette  antique  cité,  qui  vit  son  évèché  devenir  archevêché  au  .\ni'=  siècle, 
devait  être  plus  que  la  simple  forteresse  dont  parle  Matthieu  d'Édesse.  Les 
auteurs  arméniens  en  ont  fait  ailleurs  Guentros-goï.  Samuel  d'Ani  écrit  Can- 
drouscor,  ces  deux  dernières  appellations  signifieraient  ••  village  ou  localité 
centrale,  principale  ■>.  Matthieu  d'Édesse,  qui  en  parle  de  nouveau  (n"  207), 
l'appelle  Gentrosgavis,  ce  qui  n'est  fort  probablement  qu'une  autre  manière 
d'altérer  ce  mot. 


SI  VAS.  349 

le  récit  entre  ceux  qui  se  rapportent  aux  années  1079' et  1081. 
C'est  bien  là  un  indice;  mais  il  ne  vaut  pas  une  affirmation, 
encore  moins  une  preuve.  Kiragos,  auteur  du  xiii''  siècle,  donne  la 
même  date;  mais  Samuel  d'Ani  affirme  que  c'est  en  525  de  l'ère 
arménienne  (2  mars  1076  —  P'mars  1077),  queKakig  d'Ani  se 
rendit  auprès  d'Abelgharib  pour  réclamer  la  mise  en  liberté  de 
son  fils.  Ce  qui  reporterait  à  cette  époque  la  date  de  sa  mort. 

S'il  faut  en  croire  Matthieu  d'Édesse(n°  119),  au  bout  de  huit 
jours,  Kakig  de  Kars  (que  Samuel  d'Ani  fait  mourir  dès  1068), 
les  princes  de  Sébaste,  Adom  et  Abousahl,  ainsi  que  d'autres 
princes  arméniens,  vinrent  avec  leurs  troupes  faire  le  siège  de 
la  forteresse  où  Kakig  d'Ani  était  retenu  prisonnier.  Ce  ne  serait 
qu'alors  et  seulement  sur  l'avis  de  Philarète  Bracham  (1)  que 
l'ancien  roi  d'Ani  aurait  été  mis  à  mort,  et  son  cadavre  ex- 
posé toute  une  journée  sur  les  remparts.  Les  assiégeants  per- 
dant l'espoir  de  sauver  Kakig  et  ne  pensant  pas  pouvoir  forcer 
la  place  et  le  venger,  se  retirèrent  chacun  dans  ses  domaines. 
Les  Grecs  enterrèrent  alors,  hors  de  leur  forteresse,  le  cadavre 
du   roi,  qui  dans  la  suite  fut  transféré  au  monastère  de  Bizou. 

Quant  à  la  mort  des  autres  princes  arméniens,  on  n'en  connaît 
avec  certitude  aucune  des  circonstances  M.  Ed.  Dulaurier,  dans 
ses  notes  à  Matthieu  d'Édesse  (p.  375),  rapporte  Topinion  d'après 
laquelle  Adom  et  Abousahl  auraient  été  tués  par  des  Grecs, 
sous  le  règne  de  Nicéphore  Botoniate  (1078-81)  qui  aurait  réuni 
leurs  possessions  à  l'Empire;  M.  Brosset  [Histoire  de  Siouni, 
p.  173)  dit  qu'ils  s'éteignirent  sans  bruit  à  Sébaste. 

Leur  décès  à  tous,  comme  le  siège  de  Guizisdara,  sont  mar- 
qués en  1080,  date  approximative,  qui  doit  plutôt  être  considérée 
comme  la  dernière  limite  jusqu'où  l'on  puisse  retarder  ces 
événements. 

Plus  d'un  lecteur  eût  sans  doute  préféré  trouver  dans  ce 
travail  moins  de  discussions  et  plus  de  conclusions.  La  lecture 
en  aurait  été  plus  attrayante;  mais  cela  était-il  possible,  sans 
transformer  en  roman  l'histoire  du  royaume  arménien  de  Sé- 
baste? 

Constantinople. 

D.  M.  Girard. 

(1)  Ce  personnage  cherchait  alors  à  se  créer  une  principauté. 


TRAITÉS  LITURGIQUES 
DE  SAINT  MAXIME  ET  DE  SAINT  GERMAIN 

TRADUITS 

Par  ANASTASE  le  bibliothécaire 

Fin  (1) 


XVIII.  Lora  inlateribus  tunicae  ad  similitudinem  sanguinis 
sunt,  qui  fluxit  ex  latere  Christi  in  cruce. 

XVIIII.  SupercoIIare  est  faciale,  quod  ducebatur  Christus  ad 

pontificem  collo  uinctus  et  tractus  ante   se  in  passione  sua 

5      pergens. 

fol.  33  v     XX.  Superiuimerale  est  secundum  i  stolam  Aaron,  quod  et 

sacerdotes  ueterislegis  ferebant  sudariis  longis  sinistro  liumero 

imponentes.  Uel  iterum  superhumeraleepiscopi,  cum  ex  lana 

sit  et  non  lino,  ouis  pellem  significat,  quam,  cum  errasset,  do- 

10      minus  inuentam  super  iiumeros  eleuauit. 

XXI.  Monaciiicum  schéma  est  ad  imitationem  eremi  ciuis  et 
baptistae  loannis,  quia  erat  uestimentum  eius  de  pilis  cameli 
et  zona peUicea  circa  lunibos  eius;  deinde  et  ob  lugubrem  et 
tristem  et  moestum  et  labolriosum  et  mitem  et  liumilem  morem 

15  eorura,  qui  monasticam  uitam  arripiunt  :  omnes  enim  qui 
lugent  nigris  circumamiciuntur  expectantes  percipere  stolam 
candidam  et  diuinam  caelestis  ciaritatis  et  consolationis  in 
Christo  lesu  domino  nostro. 

XXII.  Tondent  autem  ex  toto  caput  ad  imitationem  sancti 

(1)  Voy.  1905,  289. 

2,  cruce  :  cf.  loan.,  xix,  34.  —  4,  in  collo  P.  — 6,  Aaron  :  cf.  Exod.,  xxviii,  4.  — 
8,  UpI  iterum  :  en  rouge  C.  —  10,  eleuauit  :  cf.  Luc,  xv,  4,  5.  — 11  scema  P.  — 
11,  heremi  CF.  —  12,  lohannis  C;  P  avait  d'abord  écrit  loannas  corrigé  après 
coup  en  loannis;  eius  :  Mat.,  ni,  4.  —  14,  mestum  CP.  —  16,  opperientes  C,  ope- 
rientes  P,  expectantes  en  marge  C.  ^  19,  toncUint  C  P;  caput    |    ad  :  fol. 51  v°  P. 


fol.  34 


TRAITÉS    LITURGIQUES.  351 

apostoli  lacobi  fratris  domini  sanctique  Pauli  aeque  apostoli  ac 
reliquorum. 

XXIII.  Porro  amictus  sunt  secunduiu  amictus  et  uestimenta, 
quae  portabant  sacratissimi  apostoli. 

XXIIII.  CucLiUae  uero  sunt  secundum  I  apostolum,  quidicit  :  f«''^'»v" 
mihi  mundus  crucifixus  est  et  ego  mundo,  propter  qiiod  et 
purpureis  et  albis  lorulis  et  cruciculis  adornantur  propter  san- 
guinem,  qui  de  latere  domini  fluxit  simul  etaqua,  significantes 
per  pallioli  dimissam  expansionem  pennatam  angelorum  imi- 
tationem,  unde  et  angelicum  schéma  dicitur.  lo 

XXV.  Sane  analabus  significat  eum,  qui  suscipit  crucem  et 
fide  adornatus  conualescit  circumferens   scutum  fidei,  in  quo 
possit  omuia  tela  nequissimi  I  ignita  extiiiguere  et  galeam  salu-   foi.  35 
taris  assumere,  quod  est  uerbum  Dei. 

XXVI.  Praetcreazonacingitur,  quiamortificationem  corporis      15 
et  pudicitiam  circumfert,  circumcinctus  scilicet  lumbos  sucs 
uirtute  ueritatis. 

XXVII.  Ceterum  sandalia  ascendere  illum  uiam  salutis  osten- 
dunt,  quo  terribilis  aduersariis  fiat  et  fortis  hostibus  calceatus 
pedes  in  praeparationem  euangelii  pacis.  20 

XXVIII.  Panis  propositionis,  id  est  qui  comminuitur,  signifi- 
cat I  abundantiam  diuitiarum  gratiae  Dei,  quia  filius  Dei  homo  fol.  35  v» 
factus  est  et  seipsum  proposuit  et  obtulit  sacrificium  et  oblatio- 
nem,  id  est  corpus  suum  et  redemptionem  et  expiationem  pro 
mundi  uita,  suscipiens  quidera  totam  massam  humanae  naturae  25 
absque  peccato,  oblatus  autem  tanquam  primitiae  et  praeci- 
puum  holocaustum  Deo  et  patripro  humano  génère,  utipse  ait  : 

ego  sum  panis  quide  caelo  descendi,  et,  qui  manducat  hune 
panem  uiuet  in  aefernwn.  De  quo  Hieremias  propheta  dicit  : 
uenite  et  mit\tamus  lignum  in  panem  ezws,  ostendens  lignum   ^^\^^ 
crucis  in  corpore  fixum. 


3,  sunt  :  om.  \\  —  6,  mundo  .••Galat.,  vi,  14.  —  8,  latere  de  domini  P  ;  aqua  : 
loan.,  xix,  34.  —9,  palioli...  expassionem  C.  —  10,  scaema  P.—  I  sanae  P; 
analabus  :  P  avait  d'abord  t'cn7  analibus;  en  marge  C  :  qui  e.\'  filis  est  contex- 
tus,  quae  in  modum  crucis  ante  pectus  supra  cucuUam  portantur.  —  13,  possitis 
P,  avec  un  s  surajoute.  —18, scandalia  P.  —19,  adversariis  :  d  surajouté  C;  fiet  :  P 

avait  d' abord  écrit  WaX  ;  calciatusCP,  avec  \  surajouté  C. — 20,  praeparatione  P. 

22,  habundantiam  P;  filius  |  Dei  :  fol.52P.— 23,optulit  CP.—  28, descendi  :  loan., 
VI,  50.  —  29,  acternum  :  ibid.,  57.   —  30,  eius  :  lercm.,  xi,  19. 


352  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

XXVIIII.  Quia  et  in  lancea  inciditur,  significat  illud,  quod 
scriptum  est  :  ut  ouis  ad  occisionem  ductus  est  et  sicut  agniis 
coram  tondente  se  sine  uoce. 

XXX.  Panis  rursus  et  calix  est  proprie  ac  ueraciter  ad  imi- 
^      tationem  mysticae  illiiis  mensae,  in  qua  Christus,  accepte  pane 

et  calice,  dixit  :  accipite,  comedite  et  bibite  omnes,  hoc  est 
corpus  meuin  et  sanguis  meus,  ostendens  quod  communica- 
ioi.3f;v°  tores  nos  fecerit  morjtis  et  resurrectionis  et  claritatis  siiae. 

XXXI.  Uinum  uero  et  aqua  sunt  sanguis  et  aqua,  quae  de 
^^      latere  ipsius  egressa  sunt,  sicut  propheta  dicit  :  panis  ei  da- 

bitut^  et  aqua  eius  fidelis.  Pro  lancea  enim  quae  pupugit 
Cliristum  in  cruce  est  etiam  haec  lancea.  Quo  circa  suscipiens 
sacerdos  in  disco  a  diacono  uel  subdiacono  oblationem  sumens- 
que  lanceam  et  purgans  eam  deindeque  in  speciem  crucis  de- 

^■^     signans  eam  dicit  :  tanquam  ouis  ad  occisionem  ductus  est  et 

fol.  37  sicut  agnus  coram  tondente  se  sine  uoce.  Quo  dicto  positaque 

iam  oblatione  in  disco  sancto,  digito  extenso  super  eam,  Iianc 

demonstrans  affatur  :  sic  non  aperuit  os  suicm,  in  huniilitate 

ipsius  iudiciuni  eius  sublatum  est,  genenationem  auteni  eius 

"^^     guis  enarrabit  P  quia.  toUetur  a  terra  uita  eius.  Et  ideo  post- 

quam  hoc  dicit,  accepte  sancto  calice,  fundente  in  euni  diacono 

uinum  et  aquam,  iterum  dicit  sacerdos  :  exiuit  de  latere  lesu 

sanguis  et  aqua,  et  qui  uidit  testimonium  perhibuit  et  uerum 

fol.  37  v   I  est  testimonium  eius.  Deinde  post  hoc,  posito  sancto  calice  in 

25  diuina  mensa,  digito  ostendit  intendens  in  occisum  agnum  per 
panem  et  in  effusum  sanguinem  per  uinum,  iterum  dicens,  quia 
très  sunt  qui  testimonium  dant,  spiritus,  aqua  et  sanguis,  et 
très  unum  sunt,  nunc  et  semper  et  in  saecula  saeculorum. 
Dehinc  accipiens  turibulum  et  adolens  incensum  facit  orationem 

30     propositionis. 

XXXII.  Antiphonae  sanctae  missae  uaticinia  sunt  propheta- 
foi.  38  rum,  quae  praenuntiarunt  aduentum  filii  Dei  ex  uirgine  super 

2,  Is.,  LUI,  7.  —  4,  propriae  P.  —  5,  imitatione  mystice  P.  —  7,  meus  :  Mat., 
.vxvi,  27,  28.  —  9,  aquam  P  ;  sunt  :  cf.  loan.,  xix,  34.  —  11,  fidelis  :  Is.,  xxxiii,  16; 
pupugi  C  ;  est  |  etiam  :  fol.  52  v°  P.  —  14,  purgans  :  pugnans  P.  —  16,  uoce  : 
Is.,  Lui,  7;  quo  dicto  :  en  marge  C  :  nota  decentom  ordincm  sacrificii  quod  per 
oblationem  panis  eflicitur  in  propositione. —  20,  eius  :  Is.,  un,  7,8;  postquam  : 
t  surajouté  C;  hoc  dicit  C  :  occidit  P.  —  22,  exiuit  :  t  surajouté  C.  —  24,  eius  : 
loan.,  XIX,  34,  35.  —  27-28  très...  sunt,  I  loan.,  v,  7;  sunt  :  om.  P.  —  32,  uir- 
gine   I   super  :  fol.  53  P. 


TRAITÉS    LITURGIQUES.  353 

terram  futurum,  ut  illud  :  Deus  noster  in  terris  uisus  est  et 
cum  homimbiis  conuersatus  est,  et  :  décorent  induit,  incarna- 
tionem  uidelicet  eius  denuntiantes,  quam  nos  recipientes  et 
cognoscentes  per  ministros  et  inspectores  quondam  uerbi  et 
apostolos  dicimus  :  unigenitus  fllius  et  uerbuni  Dei  inimorta-  5 
lis  existens  et  dignatiis  propter  satuteni  nostrani,  et  cetera. 

XXXIII.  Iiitroitus  uero  euangelii   significat  praesentiam  et 
ingressLim  filii  Dei  in  mundum,  ut  ait  apostolus,  |  quia  c;^/>i  foi.  ssv 
introducit  liaud  dubiiun  quin  Deus  et  pater  prinwgenitum  in 
orbem  terrarum  dicit  :  et  adorent  eum  omnes  angeli  Dei.      10 
Deindeque  ostendit  pontifex  per  stolam  suam   carnis  Christi 
stolam  rubram  atque  sanguinolentam,  qua  uestitus  est  is  qui 
immaterialis  est,  distinctam  quasi  purpuram  de  inteineratis 
semper  uirginis  Dei  genetricis  sanguinibus  et  resumpsit  ouem 
quae  errauerat  in  montibus  et  antiquam  pellem  conspersionis      is 
Adae  pastor  magnus  ouium,  qui  rejgit  nouum  Israël  in  uirga  f»'- =^9 
crucis  suae  :  cunabulis  quidem  inuolutus  et  positus  non  iam  in 
praesepio  irrationabilium  animalium,  sed  in  mensa  rationabi- 
lium  liominum,  quemlaudaueruntangelorum  militiae  dicentes  : 
gloria  in  excelsis  Deo  et  in  terra  pax  honiinibus  bonae  uo-      ^o 
luntatis,  et  :  otnitis  terra  adorent  eum ,  et,  omnibus  audien- 
tibus  :  ueniie,  adoreinus  et  procidanius  ei;  saluos  nos  fac, 
fili  Dei,  et  praidicamus  aduentum  eius  qui  apparuit  nobis  in  j   foi.sov» 
gratia  lesu  Christi  domini  nostri. 

XXXIIII.  Trisagius  hymnus  est  ita  :  ibi  quidem  angeli  dixe-  25 
runt  :  gloria  in  excelsis  Deo,  hic  uero  sicut  magi  munera  nos 
offerentes  Christo  fidem,  spem  et  caritatem  tanquam  aurum  et 
tus  et  myrrham  incorporalium  angelorum  canticum  clamemus 
fideliter  :  sanctus  Deus,  id  est  pater  :  sanctus  fortis,  filius  et  uer- 
bum,  pro  eo  quod  diabolum,  qui  aduersus  nos  fortis  habebatur,  3o 
alligans  destruxit  per  crucem,  qui  habebat  mortis  imperium  et 

1,  Deus...  est  :  Bar.,  m,  37.  —2,  induit  :  Ps.  xcii,  '1.  —  5,  unigenitus  :  en 
marge  G  :  haoc  pars  antiphonae  est  a  Justiniano  imperatore  inecclesia  traditae. 
Cf.  Tliéophane,  Chronogr.,  ad  an.  6028;  on  sait  qu'Anastase  a  traduit  cet  ou- 
vrage. —  6,  ceteram  P;  texte  complet  dan<i  Bkightman,  op.  cit.,  p.  365.  —  10,  et 
om.  C;Dei  :  Hebr.,  i,  6;  cf.  Ps.  .xcvi,  7.  —  18,  inrationabilium  P. —  20-21,  uolun- 
tatis  :  Luc,  H,  14;  terra  |  adorent  :  fol.  53  V  P.  —  21,  eum  :  Ps.  lxv,  4.  —  22, 
ei  :  Ps  xciv,  6.  —  23,  Dei  :  Brightman,  op.  cit.,  p.  365.  —  25,  hymnus  :  h  sura- 
jouté 6.  —  26,  Deo  :  Luc,  u,  14.  —  28,  thus  P;  myrram  OP.—  29,  sanctus 
Deus...  sanctus  fortis  :  Brightman,  op.  cit.,  p.  35.  —  31,  alligans...  habebat  : 
renvoyé  dans  C  au  bas  de  la  page;  le  copiste  avait  d'abord  omis  ces  mots. 
OKIENT  cnRÉTn-.iN.  23 


'  354  REVUE   DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

uictoriam  nobis  dédit  super  eiiin  calcandi;  sanctus  immortalis, 

fol.  40     I  spiritus  sanctus,  qui  uiuificat,  per  quem  omnis  spiritus  et 

creatura  uiuificatur  et  permanet  et  exclamât  :  miserere  nostri. 

XXXV.  Exclamare  autem  unum  de  cantoribus  ab  ambone 
5       attendentem  ad  altare  :  gloria,  dicturum  post  triplicationem 

trisagii  atque  dicturum  :  benedicite,  domine;  gloria,  pluraliter 

et  singulariter,  aut  :  benedic,  domne;  gloria,  singuiariter,  si- 

gnificat  hanc  trium  personarum  unam  diuinitatem,  ut  ex  per- 

foi.  ^ov"  sona  totius  ecclesiae  deprecari,  quod  |  benedicatur  ab  ea,  qua- 

10  tenus  quantum  sibi  possibile  est,  cum  et  ipsa  homo  sit,  digna 
efficiatur  cum  incorporabilibus  diuinis  uirtutibus  cherubicum  et 
trisagion  hyronum  ipsi  sanctae  canere  trinitati;  etenim  in  eo 
quod  dixit  :  benedicite,  très  subsistentias  patris  et  filii  et  spi- 
ritus sancti  significavit,  per  id  uero  quod   additur  :  domne, 

15      unam  naturam  diuinitatis  expressit. 

XXXVI.  Porro  ascendere  pontificem  ad  consessorium  et  si^ 
fol.  41   gnare  populum  est,  quia  filius  Dei  adimpJeturus  pro  nobis  | 

secundum  carnem  dispensationem,  eleuatis  manibus,  benedixit 
sanctis  discipulis  suis  dicens  illis  :  paceni  relinquo  uobis,  de- 
20     monslrans,  quod  eandem  pacem  Christus  [etj  benedictionem 
dederit  mundo  per  apostolos  suos. 

XXXVII.  Id  sane  quod  a  populo  respondetur  :  cum  spirihc 
tuo,  signiticat  hoc,  quia  pacem  quidem  praestitisti,  domine, 
alternam  concordiam,  pacem  uero  da  nobis  iiidiuiduam  ad  te 

^^''2^^  ^^  unionem,  ut  spiritu  tuo  pacem  habentes,  quod  no'.bis  in  prin- 
cipio  conditionis  imposuisti  a  caritate  tua  simus  inseparabi-les. 

XXXVIII.  Sedere  est,  quia  filius  Dei  carnem,  qua  uestitus 
est  et  ouem,  quam  suscepit  super  humeros,  per  quod  signifi- 
catur   superhumerale    quodque  est  Adami  ea  massa,  sustulit 

30      supra  omncm  principatum  et  potestatem  et  dominationem  su- 

1,  sanctus  :  om.  P.  —  4,  ammone  C;  gloria  =  ô6|a,  premier  mot  de  la  pelUe 
doxologie  qui  suit  la  triple  répétition  du  trisagion,  cf.  EùxoXôyiov,  ibid.  — 6-7,  be- 
nedicite (bonedic),  domne  =  EÙXÔYriaov,  oianoxct,  formule  liturgique  bien  connue,  mais 
qui  n'est  plus  employée  à  cette  place.  —  8,  hiiuc  P.  —  9,  quatinus  C  P.  —  II,  uirtu- 
I  tibus  :  fol.  51  P.  —  14,  significauit  :  om.  C.  —  16,  consesorium  P.  —  17,  adim- 
pleturos  P  ;  nobis:  loan.,  xiv,  27.  — 20,  et  om.  C  P.  —  22-23, /es  anciens  euchologes 
placent,  entre  le  trisagion  et  l'épitre,  la  formule  de  bénédiction  eîf>-/ivyj  -jràai  et  la 
réponse  du  peuple  xal  1(0  :;v£Û(iaTt  ffou;  les  simples  prêtres  ne  pratiquent  plus  ce 
rite,  conservé  dans  l'Église  russe;  quant  aux  évêques,  ils  bénissent  avec  les  deux 
candélabres  â  deux  et  trois  branches  en  disant  Ps.  lxxix,  15.  —  26,  condicionis 
P;  inseparabiles  :  cf.  Rom.,  viii,  39.  —28,  humeros  :  cf.  Luc,  xv,  5. 


TRAITÉS    LITURGIQUES.  355 

periorum  uirtutum  et  obtulit  eam  Deo  et  patri  :  quoniam  alte- 
rum  quidem  deificauit,  altei'um  uero  deificatuoi  est,  id  est 
assuinptio  quam  propter  |  dignitatem  offerentis  et  ob  mimdi-  foi.  4i 
tiaiii  eius  qui  oblatiis  est  suscepit  Deus  et  pater  ut  sacrificium 
et  oblationem  beneplacentem  pro  humano  génère.  Hinc  est  ^ 
iliud  :  dixit  dominas  domino  meo,  id  est  pater  filio,  sede  a 
dextîHs  meis,  qui  et  sedit  in  dextra  sedis  maiestatis  in  excel- 
sis;  liic  est  lesus  Nazaracus  et  pontifex  futurorum  bonorum. 

XXXVIIII.  Responsorium  rursus  indicat  prophetarum  uati- 
cinium  et  praenuntiationem  praesentiae  régis  Christi  ac  siini-      lo 
liter  praelcurrentes  atque  clamantes  :  qui  sedes  super  clieru-  foi. 42 v» 
bim,  appare  et  ueni,  utsaluos  facias  nos,  et  :  Deus  sedet  supra 
sedem  sanctam  suam. 

XL.  Apostolus  et  inspecter  atque  minister  Cliristi  clamât 
praedicans  regnum  eius  et  dicit  :  Christus  aduenit  pontifex  ^^ 
futurorum  bonorum,  quem  et  habentes  pontiftcem  inagnum, 
qui  penetrauit  caelos,  teneamus  confessionem  eius.  Cum 
quo  clamât  et  loannes  baptista  :  qui  post  me  uenit  est  agnus 
Dei,  qui  tollit  peccatum  mundi,  ipse  nos  sanctifica\uit  in  foi- ''3 
spiritu  sancto  et  igné  et  médius  uestri  steiit.  20 

XLI.  Alléluia  clamât  Dauid  et  dicit  :  Deus  noster  manife- 
stus  ueniet  et  ignis  in  conspectu  eius  ardebit,  et  :  illuxerunt 
coruscationes  tuae  orbi  terrae.  Hebraica  enim  lingua  al  est 
uenit  uel  apparuit,  hel  uero  Deus,  uia  autem  laudate,  hymnizate 
uere  existentem  Deum.  25 

XLII.  Etenim  statim  thymiamaterium  subostendit  humani- 
tateni  Christi,  ignis  diuinitatem  et  odorifer  fumus  praenuntiat 
sancti  spiritus  suauitatem  odoris  |  praecedentem  :  thymia-  foi.43  v" 
materium  enim  interpretatur  suauissima  laetitia.  Uel  rursus 
uentriculus  turibuli  intellegendus  est  utérus  uirginis,  qui  diui-  3û 
num  portauit  carbonem,  uidelicet  Christum,  in  quo  habitat  om- 
nis  plenitudo  diuinitatis  corporaliter  :  unde  et  odorem  sua- 

I,  optulit  C  P.  —  3,  assumptio  |  quam  :  fol.  51  v  P.  —7,  meis  :  Ps.  cix,  1.  —7-8, 
excelsis  :  Hebr.,  i,  3;  Nazarcus  C.  —  8,  bonorum  :  Hebr.,  ix,  11.  —  10,  et  :  om. 
P;  similiter  C  P.  —  12,  nos  :  Ps.  lxxix,  1,  2.  —  13,  suam  :  ibid.,  xlvi,  8.  —  IG, 
bonorum  :  Hebr.,  ix,  11;  pontifexem  P.  —  17,  eius  :  Hebr.,  iv,  14;  lohannes 
C.  —  20,  stetit  :  cf.  Mat.,  m,  11;  Marc,  i,  8;  Luc,  m,  16;  loan.,  i,  26.  —  22, 
ardebit  :  Ps.  xlix,  3.  —23,  terrae  :  ibid.,  lxxvi,  18;  hebraicae  P.  —  25,  existen- 
tem I  Deum  :  fol.  55  P.  —  26,  en  marge  C  :  nota  très  solutiones  turibuli;  timia- 
Iherium  P.  —  28,  timiatherium  P.  —31,  carbonem  :  Is.,  vi,  6.  —  32,  corporaliter  : 
Col.,  Il,  9. 


356  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

uitatis  ex  se  reddit  odore  bono  replens  uniuersa.  Uel  iteriim 
uentriculus  turibuli  iiidicat  lauacrum  sacri  baptismatis  in  car- 
bone ignis  diuini  cooperationem  sanoti  spiritus  suauissimam 
loi.  44  jiuinae  |  gratiae  adoptionem  per  fidem  in  se  admittens  et  a  se 
^      odorem  bonum  diffundens. 

XLIII.  Sanctura  euangeKum  est  praesentia  filii  Dei,  secun- 

(lum  quain  uisus  est  nobis  non  iam  per  nubes  et  aenigmata 

loquens  nobis  ut  quondam  Moysi  per  uoces  et  coriiscationes  in 

sonitu  et  turbine  et  igné  supra  montem,  uel  sicut  priscis  pro- 

10     plietis  per  somnia,  sed  manifeste  ut  liomo  uerus  apparuit  et 

uisus  est  nobis,  mansuetus  et  quietus  rex,  qui  et  sine  strepitu 

loi. 44  v'^  sicut  pluuia  descen^dit  in  uellus,  et  uidimus  gloriam  eius 

gloriam  quasi  unigeniti  a  paire pleni  gratiae  et  ueritatis,  per 

quein  locutus  est  nobis  Deus  et  pater  os  ad  os  et  non  per  aenig- 

15     mata,  de  quo  pater  testatur  et  dicit  :  hic  est  filins  meus  dilec- 

tiis,  sapientia  et  uerbum  et  uirtus,  qui  in  prophetis  quidem 

praedicatus  est  nobis,  in  euan^eliis  uero  manifestatur,  ut  quot- 

quot  receperint  eum  et  crediderint  in  nomine  ipsius  accipiant- 

fol.  45  potestatem  filios   Dei  fieri,  et  quia  audiuimus  et  uidimus 


20 


oculis  nostris  sapientiam  et  uerbum  hune  esse,  omnes  clama- 
raus  :  gloria  tibi,  domine.  Deinde  rursus  spiritus  sanctus  cla- 
mât; qui  in  nube  lucidaobumbrabat,  nunc  perhominem  cla- 
mât :  ipsiim  audite. 
XLIIII.  Quattuor  uero  sunt  euangelia,  quoniam  quattuor  sunt 

25      uniuersales  spiritus,  secundum  quadriformia  animalia,  in  qui- 

bus  sedet  omnium  Deus  et  ex  quibus  apparet  quia,  qui  sedet. 

super  cherubim  Deus  et  continet  omnia  manifestatus  quadri- 

foi.45v«'  forme  nobis  |  dédit  euangelium  in  uno  tamen  spiritu  copula- 

tum.  Etenim  quattuor  facierum  sunt  et  faciès  eorum  unam 

30  imaginantur  operationem  fil ii  Dei,  siquidem  primum  simile 
leonis  efficaciam  eius  et  principale  ac  regale  characterizans; 
secundum  uero  simile  uituli  sacram  operationem  et  hieraticum 
ordinem  manifestans;  tertium  autem  habens  faciem  hominis 


9,  ignem  C.  —  11,  rex  :  cf.  Mat.,  xxi,  5.  —  12,  uellus  :  cf.  Ps.  lxxi,  6.  — 
13,  ueritatis  :  loan.,  i,  14.  —  14-15,  aenigmata,  |  de  :  fol.  55  v°  P.  —  15,  dilectus  : 
Mat.,  III,  17;  Luc,  i.x,  35.  —  16,  qui  :  quae  P;  in  :  i  surajouté  C.  —  19,  fiori  :  loan., 
I,  12.  — 21,  domine  :  Eij-/oX6yiov,  p.  51.  —  23,  audite  :  Luc,  ix,  35.  —  26,  Deus  : 
cf.  Ezech.,  1,5  seq.  —  29,  unam  :  om.  P.  —  30,  filii  :  fii  C.  —  31,  ac  :  hac  P  ; 
characterizans  :  characturizans  C  P. 


TRAITÉS    LITURGIQUES.  357 

praesentiam  eius  secundum  hominem  euidenterdescribit;  pnrro 
quartum  simile   aquilae   uolantis  sancti  spiritus  pedibiis  |  uo-  foi.  /,6 
lanteia  praedicationem  edisserens.  Et  euangelia  conformia  sunt 
his,  in  quibus  residet  Christus.  Denique  euangelium  secundum 
loannem  principalem  eius  a  pâtre  et  actualem  ac  gloriosam      s 
natiuitatem  enarrat  dicens  :  in  principio  erat  uerbum.  Secun- 
dum Lucam  uero   utpote  sacerdotalis  characteris  existens  a 
Zacharia  summo  sacerdote,  qui   ponebat   incensum,  incipit. 
Matthaeus  aut'îm  generationem  eius  secundum  hominem  refert 
dicens   :   liber  generationis  ;  |  liominis  ergo  formam   habet  *^°^-^^^'^" 
euangelium  istud.  Porro  Marcus  a  prophetico  spiritu  de  exceiso 
properante  hominibus  initium  fecit  dicens  :  initium  euangelii 
lesu  Chn'sti,  sicut  scriptum  est  in  prophefis  :  ecce  mitto  ego 
angeluni  metim  ante  faciem  tuam,  pennatam  euangelii  per 
liaec  ostendens  imaginem.  '  i^ 

XLV.  Quod  summus  sacerdos  populum  signât,  uenturum 
Christi  secundum  demonstrat  aduentum,  in  sex  millésime 
quingentesimo  anno  futurum,  per  computuin  digitorum  osten- 
dens  I    sex  millenarium  quingentenarium  numerum.  M  47 

XLVI.  Catechuineni  exeunt  tanquam  diuino  minus  imbuti      20 
baptismate  Cliristique  mysteriis,    de    quibus   dominus  dicit, 
quia  eé  alias  oues  haheo  et  illas  oportet  me  adducere  et  uocem 
meani  audient  et  fiet  unum  oiiile  etunuspastor. 

XLVII.  Uelamen  significat  sindonem,  in  qua  inuolutum  est 
corpus  Christi  a  loseph  et  Nicodemo  de  cruce  depositum  et  in      25 
monumento  positum. 

XLVIII.  Praeparatio  sacrae  oblatio|nis,  quae  fit  in  uasorum  foi.47v'' 
custodiario,  significat  Caluariae  locum,  in  quo  crucifixus  est 
Christus,  ostendentis  quia  prope  erat  monumentum,  ubi  cruci- 
fixus est.  Praefigurata  autem  est  et  Caluaria  haec  etiam  in      3o 
Abraham,  quando  supra  unum  montiumillorum,  iubente  Deo, 

3,  euangelia  [  conformia  :  fol.  56  P.  —  5,  lohannem  C.  —  6,  uerbum  :  loan.,  i, 
1.  —  8,  incipit  :  Luc,  i,  5  seq.  —  9,  Matthaeus  :  Matheus  C.  —  10,  generationis  : 
Mat.,  I,  I;  hominis  :  nis  surajouté  C.  —  14,  tuam  :  Marc,  i,  1,  2;  pennatam  ico- 
nameuangelii  P;  imaginem  :  om.P. —  18,  computum  :  corapotum  C. — 23,  fiet  : 
fiât  P;  pastbr  :  loan.,  xi.x,  38  seq.  —  24,  fol.  56  v°  P.  —  25,  Nicodimo  C.  —  26, 
monumentum  P.  —  29,  Christus  :  Mat.,  xxvn,  33  seq.  ;  crucifixus  est  :  cf. 
loan.,  XIX,  41;  est  om.  P.  —  31,  Habraham  P;  en  marge  C  :  notandum  quia  typus 
supercaclcstis  patris  Abrahami  est,  Isaac  vero  Christi,  aries  autem  immolatae 
carnis  eius,  porro  ligna  crucis. 


358  REVUE   DE   l'orient   CHRÉTIEN. 

altare  fecit  et  congessit  ligna  et  iniposuit  filium  et  obtulit  arie- 

tem  in  holocaustum  :  ita  Deus  ac  pater,  qui  est  sine  principioet 

uetus  aeternorum   dierum  coaeuum   filiiim    suum   uoluit   in 

fol.  48  nouissimis  temporibus  incarnari  ex  intejmerata  et  uirgine  Dei 

5  genetrice  de  lumbis  Abrahae  secundum  repromissionem  iura- 
menti  quod  liabuit  ad  ipsum,  ita  ut  pro  génère  liumano  nec  filio 
suo  dilecto  et  unigenito  parceret,  sed  pro  nobis  omnibus  traderet. 
Et  passus  quidem  est  utliomo  in  carne,  sed  mansitimpassibilis 
deitate.  Etenim  Christus  ascensurus  crucem  crucem  suam  ipse 

10     sibi  portauit  et  pro  ariete  immolatum  est  corpus  eius  immacu- 

latum  et  ut  agnus  occisus  est  in  latere  lanceatus  et  summus 

fol.  48v"  sacerldos  effectus   ut  fdius  hominis   semetipsum    obtulit   et 

ol)latus  est  ad  portanda  peccata  multorurii  et  mortuus  quidem 

est  ut  homo,  resurrexituero  ut  Deus,  claritate  quam  habuitapud 

15     Deuin  et  patrem,  priusquam  mundus  fieret. 

XLVIIII.  Cherubiin  hymnus  indicat  per  diaconorum  praece- 

dentiuin    uiamque   facicntium    flabellorumque    seraphicarum 

imaginationum  contemplationem  introitum  sanctorum  et  iu- 

M.  40   storum  omnium  qui  intraturi  et  mansuri  sunt    [    cum  sancto 

20  sanctorum  pariter  incedentibus  et  praecedentibus  et  ante  cheru- 
bicas  uirtutes  etiam  angelicis  militiisetincorporalibus  choris  et 
immaterialibus  ordinibus  uisibiliter  quodammodo  praecurren- 
tibus  et  hymnizantibus  et  obsequentibus  ante  magnum  regem 
omnium  Christum  procedentem    ad   mysticum  sacrificium  a 

25     manibus  materialium  baiulatum.  Cum  quibus  spiritus  sanctus 

antecedit  in   incruenta  et  rationali  immolatione    intelligibi- 

foi.  49^  lliter  contemplatus  igné  et  thymiamate  ac  uapore  odoriferi 

fumi,  igné  quidem  ostendens  diuinitatem,  uapore uero  odoriferi 

fumi  aduentumsuum  qui  super  nos  inuisibiliter  fit  et  suauitate 

30     nos  replet  per  mysticam  et  uiuam  hostiam  et  incruentum  obse- 

quium  et  holocaustum,  quod  in  dispensatione  crucis  et  mortis 

elTectum  et  consummatum  est  Cliristi.  Ceterum  et  factam  contra 

mortem  in  infernum  descensionem  et  ascensionem  eius  et  resur- 

foi.  50  rectionem  post  tri|duum  uidentes  spirituales  uirtutes  et  ange- 

1,  optulit  G  P.  —  2,  holocaustum  :  cf.  Gen.,  xxii,  1  seq.  ;  ita  et  Deus  P.  —  7, 
traderet  :  Rom.,  viii,  32.  —  9,  daiis  P  le  premier  crucem  a  été  effacé.  —  11, 
agiium  C.  —  12,  optulit  CP.  —  13,  morltuus  :    fol.  57  P.  —   14, quam.  :  quem  P. 

—  17,  llavellorumque  C  P.  —  21,  miliciis  P.  —  27,  thymiamate  C,  timiamate  P. 

—  30,  hostiam  uiuam  C  P;  uiuam:  i  surajoulé  C  — 32,  effecta  et  consummata  P. 

—  33-34,  resurrectilonem  :  fol.  57  v"  P;  spiritales  P. 


TRAITÉS    LITURGIQUES.  359 

lorum  chori  nobiscum  inuisibiliter  clamant  hymnum  alléluia. 

L.  Est  autem  et  secundum  imitationem  sepulturae  Christi, 
quia  loseph  deponens  corpus  de  cruce  inuoluit  in  sindone  et 
aromatibus  et  unguentis  inunctum  portauit  cum  Nicodemo  et 
sepeliuit  illud  in  monumento  nouo  quod  exciderat  in  petra,  .s 
quod  est  exemplar  illi  us  sancti  monumenti  altare  et  repositorium, 
in  quo  positum  est  sanctum  et  intemeratum  corpus  in  sancta 
mensa. 

LI.  Disci  cooperimentum  est  pro  sudario,  quod  erat  super  f»'- ^o  v 
caput  et  faciem,  cooperiens  eum  tanquam  in  sepulcro.  lo 

LU.  Discusest  pro  manibus  loseph  etNicodemi,  qui  Christum 
sepelierunt.  Item  discus  interpretatur,  ubi  portatur  Christus, 
circulum  caeli  significans  in  modica  circumscriptione  spiri- 
tualem  solem  capiens  Christum  in  pane  uisum. 

LUI.  Calix  est  pro  uasculo,  quod  suscepit  sanctae  diligentiae 
susceptionem,  quae  de  cruentato  et  intemerando  latere  mani-      ^^ 
|busque  acpedibus  Christi  effluxit.  Calix  iterum  est  secundum   foi.  51 
craterem  ubi,  secundum  quod  scriptum  est,  sapientia,  id  est 
filius  Dei,  miscuit  sanguinem  suum  pro  uino.  Illic  etiam  addidit 
in  sancta  mensa  sua  onmibus  dicens  :  bibite  sanguinem  meum      20 
pro  uino  mixtum  uobis  in  remissionem  pecccUormn  et  uitani 
aeternam. 

LIIII.  Uelum  siue  aer  est  et  dicitur  pro  lapide,  quo  loseph 
muniuit  sepulcrum,  quod  et  signauit  Pilati  custodia.  Rursus- 
que  uelum  dicitur  propter  apostolum,  qui  ait  :  habenius  \  fidu-  "25 
ciam  in  introitum  sanctoruni  in  sanguine  lesu  Christi,  quant 
initiauit  nobis  uiani  nouani  et  uiuentem per  uelamen,  id  est 
per  carneni  suam,  et  sace?^doteîn  magnuîn  super  domum 
Dei. 

LV.  Osculum  uero  spirituale,  quod  omnibus  pronuntiatur,      3o 

1,  inuisibiliter  :  le  second  i  surajouté  C.  —  2,  en  marge  C  :  quia  sacer- 
dotes  et  diaconi  portantes  sanctum  discum  et  sacrum  calicem  habentem  pa- 
nem  et  uinum  operta  significant  se  esse  loseph  et  Nicodimum  et  ferentes  occi- 
sum  Christum  ingrediuntur  quasi  sepulturi  eum  in  sancta  mensa,  id  est  in 
sepulcro,  processionem  facientes  per  thymiama  boni  odoris  sancti  spiritus 
uaporem  dantis.  —  4,  inunctum  :  le  second  n  surajouté  C.  —  5,  petra  :  cf.  Mat., 
xxvn,  57-60.  —  6,  et:  ac  P.  —  II,  Nicodimi  C,  Nichodimi  P.—  13-14,  spiritalem 
P.  —  14,  panae  P.  —  17,  Christi  dans  l'interligne  C.  —  21,  uino  :  cf  Prov.,  ix,  5; 
7  relmissionem  :  fol.  58  P.  —  22,  œternam  :  cf.  Mat.,  xxvr,  27  seq.,  etc.  — 
24,  custodia  :  cf.  ibid.,  xxvii,  60,  6<o.  —  28,  per  carnem  :  per  om.  P.  — 29,  Dei  : 
Hebr.,  x,  19-21.  —  30,  spiritale  P. 


fol.  52 


360  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

futuram  omnium  ad  alterutros  in  tempore  futurorum  bonorum 
reuelationis  unanimitatem  et  concordiam  atque  rationabilem 
identitatem,  quae  per  fidem  efficiuntur,  et  caritatem,  per  quae 
familiaritatem  apud  uerbum  |  et   Deum,   qui  digni  fuerint, 

5  consequentur,  praefigurat  atque  praescribit  :  uerbi  quippe  indi- 
cium  os.  Que  maxime  in  omnibus  omnes,  qui  participes  sunt 
sermonis  tanquam  rationabiles,  etiam  primo  et  soli  uerbo  et 
totius  auctori  uerbi  cohaerent. 

LVI.  Obseratio  autem  quae  fit  ostiorum  sanctae  Dei  ecclesiae 

10     tam  materialium  innuit  transitum  quam  futuruin  post  terribi- 

lem  illam  segregationem  et  terribiJiorem  sententiam  in  spiri- 

foi.s^v»  tualem  mundum,  id  est  thalamum  Christi,  iustorum  injgres- 

sum  atque  perfectam  abiectionem  et  abnegationem  operationis, 

quae  est  in  sensibus,  deceptionis, 

15  LVII.  Porro  diuini  symboli  fidei,  quae  fit  ab  uniuersis,  con- 
fessio  in  admirabilibus  uerbis  et  moribus,  quibus  salui  effecti 
sumus,  sapientissimae  Dei  circa  nos  prouidentiae  mysticam 
gratiarum  actionem  in  futuro  saeculo  efficiendam  praesignat, 
qua  se  deuotos  superdiuino  beneficio  exhibent  iusti  praeter  hanc 
nimirum  pro  tam  immensis  diuinisque  circa  ]  se  praestitis 
bonis  aliud  quod  rependant  quodaminodo  non  habentes. 

LVIII.  Ecce  crucifixus  est  Cliristus,  sepultaest  uita,  munitum 
est  sepulcrum,  signatus  est  lapis,  accedit  sacerdos,  conuenit 
cum  angelicis  uirtutibus,  non  iam  sicut  in  terrestri  loco  stans, 

25     sed  et  tanquam  supercaelesti  altari  ante  terribilem  Dei  thronum 

assistens,  contemplatur  magnum  etinexplicabiie  acinscrutabile 

Christi  mysterium,  confitetur  gratiam,  praedicat  resurreclio- 

foi.ssv-' nem.  signât  fidem  sanctae  trinitatis,   accedit     |     candidatus 

angélus  ad  lapidem  sepulcri,  reuoluit  manu,  ostendit  habitu, 

so  damans  uoce  perterritus  per  diaconum,  triduanam  praedicans 
resurrectionem,  exaltât  uelum  et  dicit  :  stemus  bene,  stemiis 
cum  timoré  :  ecce  prima  dies  :  attendamus  sanctam  oblcUio- 


6,  maximae  P.  —  9,  obsecratio  P.  —  13,  fol.  58  v"  P-.  —  20,  diuinisque  :  que  om. 
P.  — 21,  les  lettres...  pendant  quod...  dans  la  marge  C;  le  copiste  avait  sauté  d'a- 
bord plusieurs  mots.  —  23,  sepulchrumP  :  h  surajouté;  signât uin  P;  sacerdos 
non  conuenit  P.  —26,  inexplicabile  :  in  surajoutée.  —29,  reuoluit  :  en  marge  C  : 
notandum  quod  sicut  angélus  reuoluit  inuisibilitcM"  lapidem  monumenti,  ita 
diaconus  praedicat  per  exaltatioiiem  ueli  resurrectionem  Cliristi.  —  31,  resur- 
rectio  P.  —  31-32,  stemus...  cum  timoré  :  bene  stemus  cum  timoré  P.  —  32,  die  P. 


fol.  53 

20 


TRAITÉS    LITURGIQUES.  361 

nem  :  ecce  secunda  dies  :  in  pace  o fferendam : ecce  tertia  dies. 
Populus  clamât  resurrectionis  Christi  gratiam,  miscricordiam, 
paceiii,  sacrificium  laudis;  sacerdos  docet  populum  trinain  Dei 
cogiii|tioneiii,  quam  per  Christi  gratiam  didicit  :  gratia  sanckw   m.  54 
e(  consubstantiaiis   trinitatis  cion  omnibus  uobis;  populus      0 
pariter  confitetur  et  simul  orat  ac  dicit  :  et  cum  spiritu  tuo. 
Deiiide  sacerdos  omnibus  assumptis  in  caelestem  Hierusalem,  in 
qua  stantes  erant  pedes  nostri  in  atriis  Dei  Hierusalem  in  mon- 
temsanctum  e;us,  exclamât  :  aidete,  sursum  habeamus  corda. 
Omnes  protestantur  dicentes   :  habemus  ad  dominum.  Dein      10 
sacerdos:  graiias  agamus  domino.  Populus  pollicetur  dicens  : 
I    dignum  et  iustuni  est  gratificos  hymnos  referentes  sanctae  foi. 54  v 
trinitati  sursum  habere  oculum  mentis,  quaerentes  habitatio- 
nem  caelestis  Hierusalem. 

LVniI.  Deinde  post  haec  accedit  sacerdos  cum  fiducia  throno      *^ 
gratiae  Dei,  cum  uero  corde  in  abundantia  fidei  annuntians  Deo 
et  colloquens  non  iam  per  nubem,  ut  quondam  Moysi  in  taber- 
naculo  testimonii,  sed  reuelata  facie  gloriam  Domini  speculans 
imbuitur  sanctae  trinitatis  diuina  cognitione  et  fide  et  solus   |     foi.  55 
solum  alloqucns  Deum,  inysteria  praedicans  in  mysterio  abs-      ^^ 
condita  ante  saecula  et  a  generationibus,  nunc  autem  manife- 
stata  nobisper  apparitionem  filii  Dei,  quae  nobis  enarrauit  uni- 
genitus  filius,  qui  est  in  sinu  patris.  Sicut  enim  loquebatur  Deus 
inuisibiliter  Moysi  et  Moyses  ad  Deum,  ita  et  sacerdos  médius 
interduoscherubimstans  in  propitiatorioetdeorsum  prospiciens      25 
propter  importabilem  et  inuisibilem  deitatis  gratiam  et  clari- 
tatem  caeleste    ]   obsequium  intelligibiliter  intuetur  et  insti- foi-ssv 
tuitur  atque  uiuificae  et  supersubstantialis  trinitatis  splendo- 
rem  contemplans  quod  Deus  et  pater  sine  initio  et  ingenitus 
filius  uero  quod  et  uerbum  simul  cum  pâtre  sine  initio  et  con-      3o 
substantialis  ac  genitus,  spintus  autem  sanctus  consempiternus 
et  connaturalis  atque  procédons  existât,  trinitas  uidelicet  sancta 

1,  dies  :  om.  P.;  orfcrondam  :  EOxoXôyiov,  p.  61.  —  2,  resurrecltionis  :  fol.  59 
P;  misericortiam  C.  —  5  uobis  :  EùxoXdyiov,  p.  61.  —  6  tuo  :  ibid.  —  7,  celc- 
stem  P;  in  qua  stantes  erant  pedes  nostri  in  atriis  Dei  :  om.  P.  —  9,  corda  :  Eùxo- 
Xôytov,  p.  61.  —  10,  dominum  :  ibid.  —  11,  domino  :  ibid.  —  12,  est  :  ibid.  — 
16,  habundantia  P.  —  17,  alloquens  P;  quondam  :  n  surajouté  P.  —  20,  allo- 
quens  :  n  surajoute  C.  —  21-22,  manifestata  :  les  copistes  avaient  d'abord  écrii 
manifesta.  —  24,  Jloyses  |  ad  :  fol.  59  v  P.  —  2ii,  duo  P.  —  26,  gratiam  C  : 
gloriam  P.  — 27,  obsequium  :  i  surajoutée.  —  29—  30,  et  ingoaitus...  initie  :  au 
bas  de  la  p%g3  C;  le  copiste  avait  passé  ces  mots,  —  3  )-31  cumsubstaatialis  P. 


362  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

secunduin  subsistentiarum,   id   est  personarum,   inconfusain 

proprietatein,  at  uero  secundum  naturae  unitatem  indiuiduain 

et  inseparabileiii  diuinitatem  et  regnum  et  i^loriam,  et  intelli- 

foi.  56  gibiliter  uidet  et  clalmat  seraphicarum  uirtutum  trisagii  glo- 

^  rificationem,  clierubiin  obumbrantes  et  seraphim  clamantes, 
cum  quibus  clamant  trimnphalem  hymniim  canentes.  Deinde 
populiis  pro  cherubicalibus  et  quadriformibiis  animalibus  cla- 
mât :  sanctus,  sanctus,  sanctus  dominus  sabaoth,  id  est  trisa- 
gius  et  unus  Deus  uirtutum,  hosanna  in  excelsis,  benedictus 

10      qui  uenit  in  nomine  Domini. 

LX.  Rhipidiaueroetdiacones  sex  alarum  insinuant  seraphim 
fol. 56  v  et  multorum  oculorum  ambitus  cherubim;  etenim  secundum  | 
caelestium  et  supremoruin  sacrum  ordinem  ita  et  terrestria  imi- 
tantur.  Etenim  quadriformia  animalia  uoce  reciproca  inuicem 

15  respondentia  clamant  :  primum  quideni  animal,  quod  est  in 
similitudinem  leonis,  clamât  :  sanctus;  secundum  uero,  quod 
est  in  similitudinem  uituli,  clamât  :  sanctus;  tertium  autem, 
quod  est  in  similitudinem  aquilae,  clamât  :  sanctus;  porro 
quartum,  quod  est  in  similitudinem  hominis,  clamât  :  dominus 

20     sabaoth  :  in  tribus  sanctification! bus  in  unam  concurrentem 

fol.  57  dominatiojnem ,    uirtutem    et    diuinitatem,     quemadmodum 

Esaias  propheta  conspexit,  quando  uidit  dominum  super  solium 

excelsum  et  eleuatum  et  seraphicas  uirtutes  in  circuitu  stantes 

et  a  uoce  repleta  est  domus  fumo.  Illud  uero  quod  missus  est 

^^     unus  de  seraphim  et  accepit  carbonem  in  manu,  quem  forcipe 

tulerat  de  altari,  significat  sacerdotem  et  ipsum  tenentem  intel- 

ligibilem  carbonem  Christum   forcipe  manus  suae  in  sancto 

altari  et  sanctificantem  atque  purgantem  eos,  qui  accipiunt  et 

^"'••^"^"' commulnicant.    Etenim   caelestia   et    non  manufacta    sancta 

^*^      ingressus  est  Christus  et  apparuit  in  gloria  Dei  et  patris  pro 


7-8,  clamât  :  en  manje  C  :  notaiiduni  quia  fil  lus  Dei  [ut  liomo]  quidem  incar- 
natusest,  ut  uitulus  [uero]  immolatus,  utleo  [cadens]  dormiuit,  ut  autem  aqui[la 
as]sumptus  est  et  est  in  dexte[ra  tliro]ni  maiestatis  in  e.xcelsiscu[ni  assump]ta 
carne  sua  non  decidens  [a  propria]  deitate,  sed  cum  pâtre  sancto  [que  spirituj- 
adoratur  atque  laudat[ur  a  sanctis]  seraphim;  quelques  mots  rognés  par  le  re- 
lieur. P  (f  inlroduil  celle  noie  dans  son  texte;  il  supprime  noiandum,  et  il  écrit 
equila,  serqj)hym;  lau  |datur  :  fol.  60  P.  —  9,  osànna  C;  ossanna  P.  —  10,  do- 
mini :  EÙ)(o)v6yiov,  p  6"2.  —  11,  ripidia  C  P;  diaconos  P;  sex  :  s  surajoutée.  -=-  22, 
Aesaias  C;  cf.  Is.,  vi,  1  seq.  —  26,  altari  :  ibid.,  vi,  6;  significit  P.  —  29,  etenim 
in  I  celestia,  fol.  50  v°P.  —  30,  Christus:  cf.  Hebr.,  ix,  11,  24. 


TRAITÉS   LITURGIQUES.  363 

nobis  factus  pontifex  magnus,  qui  penetrauit  caelos,  et  habe- 
mus  euin  aduocatuin  apud  patrem  et  propitiatorium  pro  peccatis 
nostris,  qui  perfecit  nobis  proprium  suum  et  sanctuin  corpus 
redemptionem  pro  omnibus  nobis,  sicut  ipse  dicit  ipater,  sanc- 
tifica  eos  in  nomme  tuo,  quos  dedisti  mihi,  ut  sint  et  ipsi 
sanctificati,  et  :  uolo,  ut  sint  ubi  ego  sum  et  uideant  clarita-  5 
tem  meam,  quia  dilexistieos,  \  sicut.me  dilexisti  ante  con-  foi.  58 
stitutionem  )nundi. 

LXI.  Praeterea  sancta  et  uenerabilis  inagniet  beati  Dei  inuo- 
catio  adoptionis  est  symboluni,  quae  danda  est  substantiani  et  lo 
essentiam  habens  secundum  donationem  et  gratiam  sancti  spi- 
ritus,  per  quam,  omni  superata  et  operta  huinana  proprietate, 
ortu  gratiae  omnes  sancti  filii  Dei  uocabuntur  et  erunt,  qui  uide- 
licetiam  se  hincdiuinac  bonitatis  specie  clareet  gloriose  splen- 
didos  reddiderunt.  ^^ 

LXII.  Confessioautem,  quae  circa  finem  |  mysticae  ac  sacrae  foi.  58v" 
operationis  ab  omni  populo  fit,  cum  dicunt  :  unus  sanctus  et 
cetera,  congregationem  ac  unitatem  indicat,  quae  incorruptibiii 
spiritualium  saeculo  super  omnem  sensum  et  rationem  ad  unum 
diuinae  simplicitatis  arcanum  est  efficienda  et  ad  ea  quae  my-      20 
stice  ac  sapienter  et  secundum  Deuin  aguntur,  in  quo  uidelicet 
saeculo  inuisibilis  et  superineffabilis  gloriae  lucem  aspicientes 
beata  una  cum  supernis  uirtutibus  et  ipsi  digni  efficientur 
munditia.  Postlquain  utpote  finis  omnium  sacramenti  distri-  ^"'-  ^'-^ 
butio  fit  traiciens  in  se  et  similes  ei  qui  causa  est  bonus  per      25 
gratiam  et  participationem  exhibens  eos,  qui  digne  percipiunt, 
in  nullo  eos  minorâtes  secundum  quod  hominibus  est  possibile, 
ita  ut  et  ipsi  ualeant  esse  ac  uocari  adoptione  per  gratiam  dii 
propter  Deuin  totum,  qui  eos  totos  suos  perfecit  quique  nihil 
praesentiae  suae  mane  reliquit.  30 

LXIII.   Porro  communio  uocatur  diuinorum  sacramentorum 
1   perceptio,  eo  quod  nobis  donet  unitatem  ad  Christum  et  ipsius  foi.  59  v° 
nos  faciat  regiii  cominunicatores. 

I,  qui  :  quae  P.  —  2,  aput  P.  —  3,  nostris  :  cf.  I  loan.,  n,  1.  —  8,  mundi  :  cf. 
loan.,  .XVII,  11  scq.  —  9,  raagni  :  P  avait  d'abord  écrit  mâgna.  —  9-10,  inuocacio 
P,  avec  ca  surajouté.  —  1 1,  spetie  P.  —  17,  sanctus  :  spiritus  C  P;  voir  Ei/olôyioyi,' 
p.  71.  —  20,  ad  cm.  P.  —  20-21  mystice  |  ac    :    fol.  Gl  P.  —  29,  quacque  nichil 
P.  —  32,  eo  :  et  P. 


364  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 


Finit  historia  mystica.  Deo  gratias. 

Epistola  sancti  Nili  monachi  ad  Nemertium  scholasticum. 

Quaedam  ecclesiae  symbola  interpretari  tibi  rogasti,  propter 

quod  scribo,  quialuteresquideinindicant  purgationem  animae; 

5      columnae  autem  diuina  significant  dogmata;  porta  uero,  quae 

illucescit  ad  orientem,  glorificationem  characterizat  sanctae  et 

fol.  60   consub|stantialis  et  adorandae  trinitatis;  at  uero  lapides  bene 

stabilitai'um  etproficientium  animarum  protestanturcollegiurn; 

porro  throni  et  gradus  atque  sedilia  diuersas  animas  désignant, 

10      in  qui  bus  sancti  spiritus  donationes  insident,  sicuti  et  prius  in 

his,  qui  circa  beatos  erant  apostolos,  super  quos  linguae  sede- 

runt  tanquam  ig-nis;  ceteruni  episcopalis  tlironus,  qui  in  medio 

cunctorum  presbyterorum  est,  cathedram  insinuât  magni  ponti- 

foi.eovo  ficis  clomini  nostri  lesu    Christi.  Usque  ad  |  haec  consuluisti 

15     et  usque  ad  haec  et  ego  conipendiose  rescripsi. 

Constantinople. 

S.    PÉTRIDÈS, 
des  A«gustins  de  l'Assomption. 


historia  G;  Deo  gratias  :  om.  P.  —  2,  epistola...  scholasticum  :  en  rouge  C; 
tout  ce  qui  suit  manque  dans  P.  — 12,  ignis  :  Act.,  ii,  3.  —  15,  copediose  C. 


HISTOIRE  POLITIQUE  ET  RELIGIEUSE 

DE  UÀRMÉNIE 

{Suite)  (1) 


Les  disposilions  du  roi  Héthoum  I  pour  l'union  religieuse  et 
sa  soumission  au  pape  semblent  avoir  été  plus  fermes  que  celles 
du  catholicos.  S'il  en  eût  été  autrement,  on  ne  s'expliquerait  ni 
les  attaques  de  Vartan  contre  Héthoum,  ni  les  bonnes  relations 
de  ce  dernier  avec  le  pape  Clément  IV. 

§  34.  Le  pape  recommande  à  Héthoum  les  chevaliers  de 
Saint-Jean;  lettre  de  consolation;  appel  en  faveur  du  roi;  le 
frère  Macaire;  pourcjuoi  C Arménie  ne  fut  pas  représentée  au 
concile  de  Lyon.  —  Clément  IV,  ayant  appris  que  le  sultan 
d'Ég7pte  Bibars  venait  de  ravager  la  Syrie,  pria  Héthoum  de 
secourir  les  chevaliers  de  Saint-Jean  de  Jérusalem  et  les  autres 
chrétiens  de  Palestine,  dont  un  grand  nombre  avait  été  mas- 
sacré. Il  basait  son  appel  sur  les  services  que  ces  chevaliers 
avaient  rendus  au  roi  d'Arménie  et  sur  les  intérêts  de  la  foi 
catholique,  qui  unissait  Héthoum  à  ces  infortunés  (2).  Héthoum 
sollicita  l'appui  d'Abaka-Khan;  mais,  d'abord  des  guerres 
intestines,  puis  la  crainte  qu'inspirait  Bibars  empêchèrent  le 
prince  tartare  de  prêter  à  l'Arménie  un  secours  vraiment  effi- 
cace :  l'armée  des  Mamlouks  écrasa  le  faible  détachement  com- 
mandé par  les  deux  fils  du  roi,  Théodore  et  Léon,  tua  le  premier, 
captura  le  second.  A  la  nouvelle  de  ces  désastres,  Clément  IV 


(1)  Voy.  vol.  VII,  1902,  p.  -26,  2/7,  508;  vol.  VIII,  1903,  p.  206,  577;  vol.  IX,  1904, 
p.  107,  212,  393;  vol.  X,  1905,  p.  15,  135. 

(2)  A  quibus  in  catholictK  lidei  prolossioue  non  discordas;  epist.  Quanto  te 
Dominus,  Pérouse,  VII  Kalend.  Aug.  (25  juillet),  ann.  1;  Raynaldi,  ann.  1265, 
n.40. 


366  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

écrivit  aussitôt  au  malheureux  père  une  lettre  fort  touchante  : 
il  pleure  avec  lui  ;  il  essaye  de  ranimer  son  espoir;  il  le  félicite 
de  son  constant  respect  pour  les  prescriptions  du  Saint-Siège  ; 
de  l'aide  qu'il  a  prêtée  à  la  cité  d'Antioche  réduite  aux  abois; 
enfin,  de  sa  fidélité  à  la  cause  des  Francs  et  du  Saint-Siège. 

Le  pape  ne  se  bornait  pas  à  s'apitoyer  sur  les  malheurs  de 
l'Arménie.  Il  lui  cherchait  partout  des  défenseurs  :  il  encoura- 
geait saint  Louis  partant  avec  ses  trois  fils  pour  une  nouvelle 
croisade;  et  surtout  il  pressait  l'empereur  grec  Michel  Paléo- 
logue,  le  patriarche  de  Jérusalem,  les  princes  de  Palestine,  les 
Templiers,  les  Hospitaliers  et  les  Teutoniques  d'envoyer  à  «  son 
très  cher  fils  »,  le  roi  d'Arménie,  des  secours  si  bien  mérités. 
Le  pape  s'efforçait  d'entraîner  Michel  Paléologue  en  lui  propo- 
sant l'exemple  de  Louis  IX,  si  prompt  à  obéir  au  Saint-Siège  (1). 
Ce  ne  fut  pas  la  faute  du  pontife  romain,  si  Héthoum,  pour  déli- 
vrer son  fris  Léon,  fut  obligé  de  conclure  une  paix  onéreuse  avec 
le  sultan  d'Egypte. 

Cette  sympathie  de  Clément  IV  fut  jusqu'à  la  fin  un  appui  pour 
la  piété  du  roi,  alors  si  éprouvé.  Aussi,  ce  dernier  s'attacha-t-il 
de  plus  en  plus  à  Rome.  Il  donna  un  témoignage  bien  signifi- 
catif de  son  filial  dévouement  à  l'Église  romaine,  en  revêtant, 
peu  avant  sa  mort,  sous  le  nom  de  frère  Macaire,  l'habit  de 
franciscain  :  le  pieux  roi  se  montrait  ainsi  le  digne  émule  de 
ces  nombreux  religieux,  établis  depuis  le  septième  siècle  dans 
la  Ville  éternelle,  près  du  tombeau  des  Apôtres  (2)  et  dont 
quelques  représentants  avaient  figuré  au  concile  de  Latran 
(649). 

Le  fils  du  pieux  roi  Héthoum,  Léon  III,  que  sa  douceur  fit  sur- 
nommer le  Bien-aimé,  et  le  patriarche  Jacques  I"  Kidnagan  (le 
savant)  (1267-1286)  restèrent  également,  semble-t-il,  unis  avec 
le  Siège  romain.  Il  est  vrai  qu'ils  ne  se  rendirent  pas  au  concile 


(1)  Viterbii,  XVI  Kal.  Jun.  (17  mai),  ann.  III  :  epist.  Injunctai  nos  excitât; 
Sanuto,  1.  III,  pars  XII,  c.  8;  Raynaldi,  ann.  1266,  n.  47;  —  Viterbii,  XVI  Kal. 
Julii  (16  juin),  ann.  Ill;Hayton,  Hist.  orient.,  part.  II,  c.  xvi-xx;  démentis  IV 
epist.,  t.  II,  ep.  326-328;  Gajanus,  Hist.  Arm.,  c.  xxv,  p.  370;  Rayn.,  ann.  1267, 
n.  66-70. 

(2)  Balgy,  op.  cit.,  p.  59  et  suiv.  —  A  diverses  époques,  plusieurs  couvents 
arméniens  furent  fondés  en  Italie.  Ainsi,  Martyre  de  la  Montagne  Noire  fondera 
à  Gênes  un  couvent  arménien  (1305).  Deux  ans  plus  tard,  l'abbé  David  en  fondera 
un  autre  à  Padoue. 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'ARMÉNIE.  367 

de  Lyon,  auquel  les  invitait  le  pape  Grégoire  X  (1).  Mais  ceux 
qui  voient  dans  cette  abstention  des  chefs  do  l'Arménie  un  signe 
de  mauvais  vouloir  à  Tégard  de  l'Église  catliulique,  oublient 
qu'à  cette  époque  (1273),  la  Petite-Arménie  était  au  dedans 
déchirée  par  les  factions,  et  pressée  au  dehors  par  l'implacable 
Bibars-Bondokdar. 

§  35.  Héthoum  II  reçoit  la  profession  de  foi  catholique.  Dé- 
position de  Constantin  IL  —  Le  fils  de  Léon  III,  Héthoum  II, 
dès  qu'il  fut  monté  sur  le  trône,  envoya  le  frère  mineur  Jean 
de  Montecorvino  vers  Nicolas  IV,  récemment  élu,  pour  l'assurer 
de  sa  parfaite  soumission  (1289).  Le  pape  le  -félicita  de  son 
filial  hommage  et  lui  fit  remettre  la  profession  de  foi  catholique, 
jadis  présentée  à  Michel  Paléologue  par  Clément  IV.'  C'était 
l'énoncé  succinct  des  dogmes  touchant  la  Trinité,  la  procession 
du  Saint-Esprit  du  Père  et  du  Fils,  la  dualité  d^s  natures  en 
N.-S.,  l'existence  du  purgatoire,  le  nombre  et  la  nature  des 
sacrements,  l'admission  immédiate  des  saints  à  voir  Dieu  face  à 
face,  et  enfin  la  primauté  du  pape  (2). 

D'autres  lettres  adressées  par  Nicolas  à  la  pieuse  princesse 
Marie,  à  Thoros,  frère  du  roi,  à  quelques  autres  seigneurs  et  au 
peuple  arménien,  les  exhortaient  à  favoriser  la  pleine  adhésion 
de  la  nation  entière  à  la  foi  catholique.  Que  les  papes,  avant 
d'intervenir  en  faveur  des  Arméniens,  aient  ainsi  souvent  exigé 
leur  réunion  au  centre  de  la  chrétienté,  nous  n'avons  pas  le  droit 
d'en  être  choqués  :  Est-ce  que  tout  pouvoir,  avant  de  prodiguer 
ses  ressources  et  de  venir  en  aide  à  une  autre  puissance,  n'exige 
pas  de  celle-ci  un  accord  préalable,  une  sincère  amitié?  On 
aurait  tort  de  dire  que  les  papes  sollicitèrent  la  conscience  de 
leurs  clients  :  ils  les  rappelaient  seulement  à  la  concorde  qui 
avait  existé  autrefois  et  que  les  chefs  religieux  et  politiques 
avaient  souvent  reconnue  comme  un  devoir  et  une  nécessité. 
Les  Arméniens  savaient,  d'ailleurs,  que,  l'accord  religieux 
une  fois  réalisé,  les  papes  s'employaient,  sans  compter,  à  les 
défendre. 

Ému  par  leurs  cris  de  détresse,  le  pape  Nicolas  IV  essaya 
d'intéresser  à  leur  cause  la  chrétienté  (3).  Il  fit  appel  au  roi  d& 

(1)  Greg.  X,  lib.  II,  ep.  1  et  2. 

(2)  Nicol.  IV,  lib.  II.  ep.  50-53,  59;  Raynaldi,  ann.  1289,  n.  57. 

(3)  Nicol.  IV,  ep.  84-87;  Sanuto,!;  III,  p.  xiii,  c.  1.,  Raynaldi,  ann.  1292,  n.  1-3. 


368  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

France,  Philippe;  il  ordonna  aux  Templiers  et  aux  Hospitaliers 
de  courir  au  secours  de  Héthouin  II  ;  il  proclama  que  tous  ceux 
qui  prendraient  les  armes  obtiendraient  les  indulgences  et  les 
grâces  accordées  aux  anciens  croisés  (1291).  liéthoum  fut  re- 
connaissant de  tant  de  sollicitude. 

Quelque  temps  auparavant,  avaient  surgi  certains  démêlés 
entre  lui  et  le  patriarche  Constantin  II  surnommé  Bronakordzi 
(faiseur  de  charpie).  Héthouin  ayant  réuni  le  clergé  demanda  et 
obtint  la  déposition  du  catholicos.  Ce  fait  est  hors  de  doute; 
mais  les  causes  en  sont  moins  connues.  D'après  le  continuateur 
de  Samuel  d'Ani,  Constantin  II  aurait  été  déposé,  l'an  737 
(9  janvier  1288-7  janvier  1289),  à  cause  de  son  attachement  à  la 
foi  et  à  la  liturgie  romaine.  Un  tel  grief  de  la  part  d'un  prince 
très  uni  au  Siège  romain  nous  parait  invraisemblable.  Nous 
admettons  comme  plus  probable  le  récit  du  continuateur  de  la 
chronique  de  Sempad.  L'an  1289,  raconte  ce  chroniqueur,  Cons- 
tantin fut  accusé  par  de  faux  témoins,  et  sa  déposition  fut  l'œuvre 
de  la  jalousie. 

§  36.  Etienne  IV;  célébration  des  Pâques;  usurpation  de 
pouvoirs;  captivité  et  mort;  tes  catholicos  à  Hromgla.  —  Le 
catholicos  Etienne  IV  Hromglayétzi  (1290-1293)  présida  un 
synode,  où  il  fut  décidé  que,  désormais  les  Arméniens  célébre- 
raient la  fête  de  Pâques  au  jour  fixé  dans  l'Église  catholique. 
Cet  acte  était  une  marque  des  bonnes  dispositions  du  patriarche 
et  du  haut  clergé  â  l'égard  de  la  papauté.  Il  est  permis  d'en  con- 
clure que  si  Etienne,  dans  une  circonstance  que  nous  allons 
rappeler,  empiéta  sur  les  droits  de  l'autorité  suprême  de  l'Église, 
cela  s'explique  par  un  moment  d'oubli,  d'entraînement,  sans 
qu'on  soit  autorisé  à  y  voir  un  acte  positif  de  révolte.  Le  prince 
arménien  Sempad  ayant  demandé  en  mariage  Isabelle,  fille  de 
Guy  comte  de  Jaffa,  sa  parente  au  3'  degré  de  consanguinité,  le 
catholicos,  au  lieu  de  recourir  au  pape,  s'arrogea  le  droit  de  dis- 
pense. Ce  fut  une  faute,  mais  une  faute  que  ladifticulté  des  com- 
munications avec  Rome  atténuait  et  que,  d'ailleurs,  le  catholicos 
allait  expier  dans  une  captivité,  comparable  par  sa  rigueur  au 
martyre  :  nous  avons  dit  ailleurs  qu'après  avoir  vu  démanteler 
et  ruiner  sa  résidence  de  Hromgla,  il  fut  traîné  à  Damas  par 
Salah-al-dîn  Khalil  et  mourut  bientôt  de  chagrin  (1293). 

Le  successeur  d'Etienne  IV,  Grégoire  VII  d'Anazarbe  (1293- 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'aRMÉNIE.  369 

1307),  établit  son  siège  à  Sis,  capitale  du  royaume  de  la  Cilicie. 
En  se  portant  ainsi  vers  l'Arménie  occidentale,  après  la  prise  de 
Hroaiglapar  les  Mainlouks,  les  catholicos  arméniens  entraient 
plus  avant  dans  la  sphère  d'influence  de  la  papauté  :  les  rela- 
tions avec  le  pape  devenaient  plus  faciles;  si  quelque  malen- 
tendu surgissait,  les  conditions  d'un  nouvel  accord  pouvaient 
être  plus  nettement  posées,  débattues  et  acceptées. 

D'autre  part,  cependant,  un  parti  d'Arméniens  orientaux,  tou- 
jours prévenus  contre  les  Grecs  et  même  contre  les  Latins,  ne 
voyait  pas  sans  dépit  cet  éloignement  du  trône  patriarcal. 

§  37.  Les  khans  tatars  d'abord  bien  disposés  envers  le 
christianisme,  pourquoi;  princesses  converties;  les  chefs  se 
tournent  vers  l'islamisme,  causes,  résultats  funestes  pour 
V indépendance  politique  et  l'union  religieuse  des  Arméniens. 
—  Les  transformations  politiques  qui  s'opéraient  en  Arménie, 
et  dont  les  dissidents  subissaient  l'influence,  n'étaient  pas  faites 
pour  dissiper  leurs  préjugés  à  l'endroit  du  catholicisme. 

De  plus,  ils  ne  pouvaient  guère  l'embrasser  qu'en  s'exposant 
à  des  sacrifices  continus,  et  parfois  héroïques.  L'Arménie  orien- 
tale, en  effet,  avait  passé  sous  la  domination  des  Mongols;  et 
l'histoire  de  ce  peuple,  après  son  contact  avec  le  monde  occiden- 
tal, présente,  du  douzième  au  quatorzième  siècle,  deux  mouve- 
ments de  sens  opposé,  à  l'égard  du  christianisme. 

Les  chefs  mongols  ont  d'abord  ressenti  un  attrait  secret  pour 
la  religion  du  Christ,  dont  la  pure  morale  les  déconcertait 
sans  doute,  mais  forçait  leur  admiration.  L'intérêt  politique, 
dont  ils  comprenaient  et  écoutaient  mieux  la  voix,  était  encore 
venu  fortifier  cette  inclination.  Les  ennemis  du  Christ  étaient 
aussi  leurs  ennemis;  et,  comme  les  papes  étaient  les  chefs 
reconnus  de  la  chrétienté,  c'est  par  leur  intermédiaire  qu'ils 
sollicitèrent  une  alliance  avec  les  soldats  de  la  Croix.  Bientôt, 
des  esprits  avisés  qui  suivaient  de  près  l'évolution  des  Mongols 
crurent  qu'une  partie  de  ce  peuple  barbare  allait  passer  du 
boudhisme  au  christianisme.  Le  moine  Hayton  raconte  (I,  c.  32) 
que  le  grand  khan  Houlagou  reçut  le  baptême.  Ce  fait  nous 
parait  inexact  ;  mais  il  est  certain  que  les  premiers  princes  de 
la  dynastie  Houlagide  des  Ilkhans  de  Perse  inclinèrent  forte- 
ment vers  la  religion  chrétienne.  Le  fondateur  de  cette  dynas- 
tie, Houlagou,  subit  l'influence  de  la  première  de  ses  femmes, 

ORIENT    CHRÉTIEN.  24 


370  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Dokouz-Katoun;  cette  princesse,  comme  plus  tard  Erméni, 
l'une  des  épouses  de  Ahmed,  appartenait  à  la  tribu  en  partie 
chrétienne  des  Konkurat.  Dokouz-Katoun  éleva  dans  sa  religion 
plusieurs  princesses  tartares,  mariées  plus  tard  à  des  seigneurs 
de  leur  nation.  Elle  protégea  efficacement  ses  coreligionnaires; 
et,  si  Ton  en  croit  le  Vartabed  Vartan,  c'est  sur  les  conseils 
de  cet  auteur  qu'elle  mit  sur  le  trône  Abaka,  après  la 
mort  d'Houlagou. 

Abaka-Khan  avait  d'ailleurs  épousé  Marie  (Despina-Katoun), 
fille  naturelle  de  Michel  Paléologue;  et  cette  princesse  mit  son 
influence  au  service  des  chrétiens.  Il  est  vrai  que  le  frère  et 
successeur  d'Abaka,  Ahmed  (Tagoudar),  après  avoir  passé  au 
mahométisme,  les  persécuta;  mais  il  fut  détrôné  au  bout  de 
deux  ans  (1284)  par  Argoun,  qui  se  montra  fort  bienveillant 
pour  les  chrétiens.  Dans  l'espoir  de  provoquer  une  nouvelle 
croisade  contre  les  Sarrasins,  Argoun  fit  partir  successivement 
quatre  ambassades  pour  Rome.  Son  premier  ambassadeur,  le 
moine  nestorien  Rabban  Çauma,  envoyé  au  pape  Honorius, 
fut  reçu  par  le  successeur  de  ce  dernier,  Nicolas  IV  (1288-1292). 
Si,  malgré  les  instances  du  pape,  Argoun  différa  toujours  de 
recevoir  le  baptême,  il  fit  du  moins  baptiser,  sous  le  nom  de 
Nicolas,  son  fils  cadet  Khodabendeh  (appelé  aussi  Oljaïtou, 
fortuné)  :  et  nous  avons  d'Argoun,  comme  de  son  père  Abaka 
et  de  son  fils  Oljaïtou,  des  monnaies  bilingues  qui  sont  mar- 
quées de  la  croix,  entourée  de  ces  mots  :  au  nom  du  Père,  du 
Fils  et  du  Saint-Esprit,  Le  frère  d'Argoun,  Kaïkhatou ,  qui 
occupait  le  trône  de  Perse,  au  moment  de  la  ruine  de  Hromgia, 
était  très  tolérant  envers  tous  les  cultes;  et  il  donna  20.000  di- 
nars au  catholicos  nestorien  Jabalaha  III  résidant  à  Maragha. 
Mais,  sans  talents  politiques,  sans  élévation  morale,  il  était 
d'ailleurs  assis  sur  un  trône  trop  ébranlé,  pour  donner  suite 
au  plan  de  ses  prédécesseurs  :  le  christianisme  lui  paraissait 
trop  élevé,  et  il  se  sentait  impuissant  à  secourir  les  Arméniens. 

Héthoum  II  parti  pour  implorer  le  secours  de  Baïdou,  suc- 
cesseur de  Kaïkhatou,  et  bien  disposé  pour  les  chrétiens, 
l'avait  trouvé  aux  prises  avec  son  cousin  Kazan,  fils  aîné 
d'Argoun  (Hayton,  I,  40;  Sanuto,  III,  xii,  8).  Quelques  semaines 
après,  le  roi  arménien  dut  offrir  ses  hommages  à  Kazan,  qui 
venait  d'enlever  à  Baïdou  le  trône  avec  la  vie  (1295). 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'ARMÉNIE.  371 

Kazan  semblait  avoir  toutes  les  qualités  voulues  pour  re- 
prendre l'œuvre  de  ses  plus  fameux  prédécesseurs  et  chasser 
les  musulmans  de  toute  l'Asie  Antérieure.  Bien  qu'il  fût  petit 
et  chétif  de  corps,  d'un  extérieur  disgracieux,  écrit  le  moine 
Hayton,  il  était  fort  courageux  et  possédait  au  plus  haut  degré 
les  qualités  intérieures  qui  font  les  grands  hommes  :  sagacité, 
générosité,  probité  à  toute  épreuve.  —  Par  malheur,  au  mo- 
ment où  il  s'emparait  du  trône,  il  venait  de  faire  une  démarche 
décisive  pour  l'avenir  religieux  de  sa  nation;  cette  démarche 
devait,  d'autre  part,  gêner  son  accord  avec  les  chrétiens  et 
paralyser  son  ardeur  guerrière  contre  les  Mamlouks  d'Egypte  : 
un  musulman  fanatique,  l'émir  Naurouz  qui,  par  son  concours 
sans  scrupule,  avait  assuré  le  triomphe  de  Kazan,  l'avait 
ensuite  décidé  à  quitter  le  boudhisme  pour  l'islamisme  :  grave 
événement,  qui  devait  avoir  le  plus  fâcheux  contrecoup  sur 
toute  la  chrétienté. 

Désormais,  les  khans  tartares  de  Perse  vont  se  laisser  péné- 
trer par  l'air  ambiant  tout  saturé  d'islamisme.  L'effort  pour 
se  hausser  jusqu'à  la  morale  du  Christ  leur  parut-il  trop 
grand  pour  eux  et  leur  peuple?  Le  christianisme  affadi  et 
altéré  des  monophysites  et  des  nestoriens  qui  les  entouraient 
avait-il  gâté  leur  première  impression?  Ou,  devant  les  lenteurs 
de  l'Occident  à  répondre  à  leur  appel,  avaient-ils  modifié  leur 
ancien  dessein  de  s'uair  aux  chrétiens  pour  chasser  de  l'Asie 
Centrale  et  Antérieure  ses  possesseurs  musulmans?  —  Il  est 
vraisemblable  que  tous  ces  motifs  agirent  simultanément  sur 
eux  et  déterminèrent  leur  conduite.  Ils  savaient  que  les  chré- 
tiens d'outre-mer  étaient  désunis;  ils  n'avaient  plus  sous  les 
yeux  que  de  petites  Églises,  sans  prestige  et  quelquefois  sans 
dignité.  D'autre  part,  la  transition  du  boudhisme  au  mahomé- 
tisme  n'offrait  rien  de  brusque  et  n'exigeait  presque  aucun 
sacrifice  :  d'un  culte  plein  de  superstitions  qui  ne  leur  inter- 
•disait  ni  la  fornication,  ni  la  polygamie  et  permettait  d'im- 
moler des  esclaves  sur  la  tombe  de  leur  maître,  ils  passaient 
à  une  religion  plus  rationnelle  qui  leur  imposait  l'adoration 
d'un  seul  Dieu,  diminuait  les  observances  superstitieuses  ou 
inhumaines,  et  qui,  en  même  temps,  laissait  libre  cours  aux 
instincts  sensuels  surtout  des  riches  et  des  grands,  en  autori- 
sant la  polygamie  et  le  divorce. 


372  REVUE   DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Aussi,  contre  ces  forces  coalisées  les  efforts  de  très  zélés 
missionnaires,  la  plupart  franciscains,  furent-ils  insuffisants; 
et  le  christianisme  qui  n'avait  pu  jeter  chez  les  Mongols  des 
racines  ni  assez  profondes,  ni  assez  étendues,  fut  étouffé  sous 
les  progrès  de  l'islamisme,  ou  cessa  de  se  développer.  —  Il 
y  aura  encore,  pendant  plus  d'un  siècle,  bien  des  princes 
tatars  qui  feront  appel  aux  chrétiens,  surtout  au  pape;  mais 
ces  démarches  seront  trop  isolées,  trop  inspirées  par  l'intérêt 
purement  politique,  et,  d'ailleurs,  accueillies  avec  trop  d'indif- 
férence par  les  chrétientés  occidentales,  pour  aboutir  à  un 
résultat  religieux  général  et  durable  :  un  peuple  remonte  bien 
difficilement  la  pente  abrupte  qui  sépare  la  civilisation  chré- 
tienne de  la  civilisation  musulmane! 

Le  sort  de  l'Arménie,  comme  celui  de  la  Palestine,  était  lié 
plus  ou  moins  étroitement  à  cette  transformation  religieuse. 
On  aime  à  se  figurer  que  les  Tatars,  devenus  chrétiens,  eussent, 
avec  l'appui  de  leurs  coreligionnaires,  sauvé  le  royaume  d'Ar- 
ménie, leur  tributaire.  Si,  à  la  fin  du  treizième  siècle,  la  prin- 
cipauté de  Cilicie  survivait  encore  aux  petits  royaumes  chré- 
tiens de  l'Asie,  ne  devait-elle  pas  en  partie  ce  privilège  aux 
khans  de  Perse"?  On  n"a  pas  oublié  l'intime  accord  d'Héthoum  P'" 
avec  Houlagou,  dont  il  avait  partagé  les  exploits  et  le  butin.  — 
Mais  les  graves  év^énements  de  la  fin  du  treizième  siècle  que 
nous  venons  de  signaler  modifient,  sans  la  rompre  encore, 
cette  alliance  politique,  jusque-là  facilitée,  sinon  fortifiée  par 
une  certaine  sympathie  religieuse.  A  l'avenir,  la  religion  des 
Arméniens  excitera  la  défiance,  parfois  l'inimitié  des  princes 
tatars.  Si  quelques-uns  de  ces  derniers  protègent  encore  telle 
ou  telle  Église  chrétienne,  ce  sera,  d'ordinaire,  parce  que  cette 
Église  demeurera  ainsi  plus  isolée  du  reste  de  la  chrétienté,  et, 
vis-à-vis  d'eux,  dans  une  plus  étroite  dépendance.  Dans  ce  but, 
les  khans  infidèles  fomenteront  les  divisions  entre  Arméniens 
orientaux  et  occidentaux  :  un  Basile  d'Ani,  par  exemple,  sera 
sûr  d'être  soutenu  dans  sa  rébellion  contre  le  catholicos  de 
Cilicie  (1195-1206).  Ainsi,  la  maxime  d'une  politique  sans 
scrupule  se  vérifie  dans  tous  les  temps  :  diviser  pour  dominer. 
Les  princes  tatars,  sans  le  savoir,  imiteront  la  tactique  de 
leurs  devanciers.  Ils  s'opposeront  aux  tendances  catholiques 
des  Arméniens  de  leur  royaume,  comme  jadis  Chosroès  II, 


IIISTOIRK    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'aRMÉNIE.  373 

par  exemple,  forçait  les  chrétiens  d'Édesse  à  devenir  tantôt 
Jacobites,  tantôt  Nestoriens  (1). 

Cette  transformation  cependant  ne  sera  pas  Toeuvre  d'un 
jour,  elle  se  produira  graduellement.  Pour  le  moment,  un 
regard  peu  clairvoyant  n'observe  guère  de  changement  dans 
les  relations  des  khans  tatars  avec  les  Arméniens.  L'intelli- 
gence politique  de  Kazan,  son  élévation  de  caractère  Tempê- 
chent  de  persécuter  les  chrétiens,  et  il  reste  l'allié  des  Armé- 
niens. Héthoum  II  obtient  auprès  de  lui  le  même  crédit 
qu'auprès  de  ses  prédécesseurs  :  il  fait  révoquer  en  faveur  des 
chrétiens  un  édit  de  l'émir  Naurouz,  lieutenant  général  du 
royaume,  qui  ordonnait  de  maltraiter  les  chrétiens,  les  juifs  et 
les  idolâtres  et  de  transformer  les  églises,  les  synagogues  et 
les  temples  en  mosquées;  il  sauve  aussi  par  ses  présents  l'église 
nestorienne  de  Maragha  et  arrache  le  patriarche  Jabalaha  III 
des  mains  de  Naurouz  (2). 


(1)  Hubschmanu  :  zur  Gesch.  Arméniens...  ans  dem  Armenischen  des  Sebêos, 
p.  28. 

(2)  Outre  les  sources  indiquées  dans  notre  Histoire  politique,  voir  sur  les  Jlon- 
gols  Howorth,  History  of  lire  Mongols  (London,  1876-1888);  A.  Rémusat,  Relations 
des  princes  chrétiens  avec  les  Mongols  (Acad.  des  Inscr.,  V^  p.,  t.  VI,  396-469).  — 
Sur  les  dispositions  des  Tatars  à  l'égard  du  Christianisme,  Vinc.  Bellovac, 
Spéculum  hist.,  c.  31-33.  Innocent  IV  leur  envoie  des  Franciscains  (1244-1245)  et 
nomme  le  frère  Laurent  son  légat  apostolique  pour  l'Arménie,  la  Tartarie,  etc. 
(Raynaldi,  an.  1247,  n.  30-44;  an.  1248,  n.  34  et  suiv.  ;  an.  1254,  n.  1  et  suiv.). 
—  Sur  Houlagou  et  Dokouz-Katoun  (Hayton,  1.  I,  ch.  27  et  suiv.  ;  Villani,  L  VI, 
ch.  61;  Sanuto,  1.  III,  part.  XIII,  ch.  7);  une  lettre  pontificale  sans  nom  d'au- 
teur (Rayn.,  an.  1260,  n.  29);  elle  montre  qu'à  Rome  on  crut  qu'il  se  converti- 
rait. Par  contre,  la  conversion  de  Sartach  ou  Sattach  est  hors  de  doute  :  outre 
Guiragos,  cité  ailleurs,  A'oir  Innoc.  IV,  Epist.,  1.  XIII,  ep.  cur.  X;  Rayn.,  an. 
1254,  n.  1.  — -  Guiragos  dit  qu'Abaka  fut  baptisé  (S  LXVI,  p.  194);  pourtant 
Hayton,  qui  parait  mieux  renseigné,  le  nie  (ch.  32);  le  pape  Clément  IV  lui  écrit 
comme  s'il  était  chrétien  (Rayn.,  an.  1267,  n.  70-71);  mais  ce  christianisme 
consiste  simplement  en  bons  procédés  fondés  sur  la  sympathie  et  l'intérêt  poli- 
tique; probablement,  Abaka  ne  veut  rien  dire  déplus,  quand  il  écrit  à  Jean  XXI 
que  son  aïeul  Koubelaï-khan  a  été  chrétien  (Nicolai,  III,  1.  1,  ep.  cur.,  ep.  XIV; 
Rayn.,  an.  1278,  n.  21).  11  est  vrai  que  de  ces  sentiments  à  l'acceptation  du  bap- 
tême, il  n'y  avait  souvent  qu'un  pas  :  un  mandataii-e  d'Abaka  au  concile  do 
Lyon  fut  baptisé  avec  deux  autres  seigneurs  tatars  (Rayn.,  an.  1574,  n.  22).  — 
Sur  Ahmed  (ou  Tagoudar)  voir  Hayton,  ch.  37;  Sanuto,  1.  III,  part.  XIII,  ch.  8; 
Rayn.,  an.  1284,  n.  30-31.  —  Sur  Argoun  (Reg.  Honorii,  1.  I,  p.  128;  Nicol.,  IV, 
1.  I,  ep.  cur.  XVII;  1.  IV,  ep.  cur.  21  et  66;  Rayn.,  an.  1285,  n.  78-80,  an.  1291, 
n.  32).  Sur  toute  cette  époque  (Hist.  de  Mar  Jabalaha  III,  trad.  du  syriaque  par 
J.-B.  Chabot,  Paris,  Leroux,  1895,  Extrait  de  l'Orient  Latin,  avec  pièces  en 
append.);  un  résumé  de  cette  histoire  avait  été  fait  par  R.  Duval,  d'après  le 


374  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

S  38.  Grégoire  VII  d'Anazarbe  (1293-1307);  il  lève  l'ex- 
communication contre  le  pontife  d'Aghtamar  ;  son  catholi- 
cisme intégral;  opposition  d'Etienne  Orbélian.  —  Livrés  par 
leur  isolement  même  à  d'anciens  préjugés,  surveillés  de  près 
par  leurs  maîtres  devenus  musulmans,  les  Arméniens  orien- 
taux furent  encore  plus  portés  à  témoigner  leurs  dissentiments 
à  l'égard  du  catholicos,  après  que  celui-ci  eut  transféré  son 
siège  à  Sis.  Grégoire  'VII,  pourtant,  ne  négligea  rien  pour  dis- 
siper leurs  préventions  :  comme  Sis  était  beaucoup  plus  éloigné 
que  Hromgla  d'Aghtamar,  et  que,  par  conséquent,  la  supré- 
matie du  premier  siège  recevait  maintenant  une  moindre 
atteinte  des  prétentions  du  siège  rival  établi  dans  le  lac  de 
Van,  Grégoire  cessa  de  traiter  en  schismatique  le  titulaire 
d'Aghtamar*  et  de  lui  dénier  toute  juridiction.  Mais  il  ne  lui 
suffisait  pas  de  travailler  à  éteindre  les  dissensions  entre  Ar- 
méniens; il  se  préoccupait  aussi  de  raffermir  les  liens  de  son 
Église  avec  le  pape  qu'il  considérait  comme  «  sa  tète  »,  «  son 
chef  »,  qu'il  proclamait  le  chef  de  rÉglisc  universelle  ortho- 
doxe, le  successeur  de  Pierre,  le  vicaire  de  Jésus-Christ. 

Les  extraits  de  ses  lettres,  que  nous  a  conservés  la  corres- 
pondance de  Boniface  VIII,  attestent  que,  sur  toutes  les  ques- 
tions dogmatiques,  il  fut  en  parfait  accord  avec  lui  et  que, 
même  sur  certains  points  de  discipline,  il  se  plut  à  penser 
comme  les  Latins.  Il  ne  se  borna  pas  à  reconnaître  que  son  pré- 
décesseur n'avait  pas  eu  le  droit  d'accorder  à  Sempad  et  à 
Isabelle  la  dispense  pour  se  marier  (I).  Dans  son  mémoire 

texte  de  Bedjan  (Journ.  AsiaL,  avril,  mai,  juin  1889).  —  Sur  les  mœurs  et  les 
superstitions  des  Mongols,  par  où  s'expliquent  en  partie  leurs  préférences  pour 
le  mahométisme  (Ilayton,  ch.  48;  Marco  Polo,  ch.  *J4).  —  Sur  Kazan  (Sanuto, 
1.  III,  p.  XIII,  ch.  9-10;  Villani,  1.  VIII,  ch.  33;  Hayton,  ch.  41  et  suiv.).  Darras, 
Hist.  eccl.,  XXX,  109,  a  admis  la  conversion  de  Kazan.  —  Karbendeh,  d'après 
Hayton  (ch.  45),  persévéra  dans  la  foi  chrétienne,  tant  que  vécut  sa  mère,  Ou- 
rouk,  de  la  tribu  des  Turcs  Kéraïtes,  convertis  au  christianisme  vers  1007  par 
l'évèque  de  Merv.  Sur  Karbendeh,  voir  Notices  sur  les  monnaies  mongoles, 
(Journ.  AsiaL,  mai-juin  1896);  Hisf.  de  Siounie  d'Orbelian,  ch.  71,  p.  :265  (trad. 
Brosset,  S.-Pétersb.,  1864);  Bar  Hebr.,  Chron.  écoles.,  II,  279. 

(1)  Epist.  Bonifat.  ad  Sempad  et  Isabellan,  quibus  dispens.  concedit;  epist. 
Sancta  Romana  Ecclosia  (IV  id.  octob.,  ann.  IV,  li  oct.  1298);  Bonifat.  epist., 
1.  IV,  ep.  261,  au  roi  Sempad  :  Regiae  serenitatis;  ep.  268:  On  voit  que  le  roi 
arménien  Sempad  dans  son  ambassade  au  pape,  s'était  déclaré  fils  dévoué  de  l'Église 
romaine.  —  Cf.  epist.  :  Ex  Litterarum  tuarum  ad  Greg.  (Vil  Kalend.  nov. ; 
an.  IV,  26  oct.  1298;  Rayn.,  an.  1298,  n.    16-2U.    Les  anciens  canons  arméniens 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'ARMÉNIE.  375 

adressé  à  Héthoiim  et  à  Léon,  il  montra  que,  pour  se  conformer 
à  Tancienne  tradition  arménienne  et  à  l'autorité  de  l'Église 
romaine,  il  fallait  mêler  un  peu  d'eau  avec  le  vin  du  Sacrifice, 
supprimer  l'addition  faite  au  Trisaglon  et  célébrer  les  fêtes  de 
l'Annonciation  et  de  la  Nativité  à  la  même  date  que  les  Latins. 
Cette  déclaration  révélait  chez  son  auteur  beaucoup  de  fran- 
chise, de  courage  et  un  grand  désir  de  consolider  l'union  avec 
Rome.  Elle  fut  cependant  vivement  attaquée  :  on  devait  s'y 
attendre.  Plusieurs  évêques  de  l'Arménie  septentrionale,  ayant 
appris  l'élection  et  la  profession  de  foi  catholique  de  Gré- 
goire VII,  s'étaient  aussitôt  réunis  en  conciliabule,  dans  la 
province  de  Siounik.  Là,  ils  avaient  rédigé  contre  Grégoire 
une  lettre  pleine  de  reproches,  dans  laquelle  ils  le  sommaient 
de  se  rétracter.  Cette  protestation,  à  laquelle  le  catholicos  ne 
répondit  pas,  avait  pour  auteur  le  chef  du  conciliabule,  le  tur- 
bulent métropolitain  de  Siounik,  Etienne,  de  la  célèbre  famille 
Orbélian.  Jadis  sacré  par  le  catholicos  Constantin  II,  puis  con- 
current de  Grégoire  VII  au  trône  patriarcal,  il  en  avait  été 
écarté  à  cause  de  son  arrogance  et  aussi,  selon  toute  vraisem- 
blance, à  cause  de  ses  tendances  schismatiques.  A  la  suite  de 
cet  échec,  pour  satisfaire  à  la  fois  ses  rancunes  et  son  zèle  mo- 
nophysite,  il  lança  contre  Grégoire  un  écrit  injurieux  sous  le 
titre  de  Tserragan  (Manuel).  Ce  libelle,  quoique  fort  vanté  par 
les  monophysites,  leur  gagna  peu  de  partisans.  Même  dans 
l'Arménie  orientale,  maints  vartabeds  approuvaient  Grégoire  : 
le  célèbre  moine  Jean  d'Erzenga  l'appelait  «  le  père  de  l'ortho- 
doxie, le  gardien  de  la  foi  et  le  vaillant  champion  de  la  sainte 
Église  ».  Ce  qui  prouve  bien  que,  dans  toute  l'Arménie,  la 
majorité  soit  du  peuple  et  de  la  noblesse,  soit  du  clergé  était 
bien  gagnée  à  la  cause  de  l'union  religieuse,  ce  sont  les  aveux 
pleins  de  dépit  que  cette  constatation  arrachait  à  Etienne  Orbé- 
lian. Du  fond  du  monastère  de  Dathève  où  il  résidait,  le  mé- 
tropolitain de  la  Siounie  s'écriait  en  gémissant  :  «  La  Cilicie 
entière  est  tombée,  elle  qui  était  le  centre  de  la  gloire  armé- 
nienne »  ;  les  grandes  villes  au  pouvoir  des  Romains    (des 

n'interdisaient  pas  seulenitnit  le  mariage  en  deçà  du  sixième  degré  de  consan- 
guinité; ils  imposaient  une  pénitence  de  trois  ans  à  ceux  qui  contractaient  un 
second  mariage;  les  troisic  nés  noces  étaient  absolument  interdites  (Voir  Sebeôs, 
Hisl.  d'Héraclius,  III,  x.xxiu,  trad.  Macler  (Paris,  1904),  p.  126. 


376  REVUE   DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Grecs)  sont  aussi,  selon  lui,  dans  Terreur.  Bien  plus,  continue- 
t-il,  l'erreur  s'étend  jusque  parmi  nous  ;  on  la  prêche  publique- 
ment dans  la  ville  royale  de  Tiflis,  dans  Ani,  l'antique  rési- 
dence des  Pagratides,  au  pays  de  Schirag  ;  elle  a  pénétré  dans 
Tauris  et  beaucoup  d'autres  endroits...  Et  l'ardent  monophy- 
site  résume  ses  doléances  par  cette  plainte,  hommage  invo- 
lontaire au  progrès  réahsé  par  la  cause  de  l'union  religieuse  : 
«  Qui,  parmi  les  Arméniens,  est  resté  attaché  à  la  foi  de  ses 
pères?  Il  n'y  en  a  qu'un  petit  nombre;  encore  sont-ils  cachés 
dans  quelques  coins  obscurs  (1).  » 

§  39.  Concile  de  Sis  (1307);  accord  sur  les  dogmes;  ré- 
formes disciplinaires;  les  dissidents  compromis  dans  le 
massacre  des  princes;  patriarcat  de  Jérusalem.  —  Gré- 
goire VII  mourut  au  moment  où  il  venait  de  convoquer  un 
concile  pour  régler  tous  les  points  en  litige.  La  réunion  qu'il 
avait  projetée  et  dont  il  avait  élaboré  le  programme  se  tinta 
Sis,  dans  la  cathédrale  de  Sainte-Sophie  (1307).  Elle  s'ouvrit 
durant  la  vacance  du  siège  patriarcal,  sur  lequel  Léon,  Héthoum 
et  les  Pères  de  Sis  allaient  appeler  Constantin  III  de  Césarée 
(19  mai  1302-1322).  Le  19  mars,  dimanche  des  Rameaux, 
on  lut  publiquement  le  mémoire  de  Grégoire  VII  d'Anazarbe; 
et  les  Pères  adoptèrent  les  réformes  qu'il  préconisait  (2). 

L'esprit  catholique  était  si  ardent  chez  la  plupart  d'entre 
eux,  les  politiciens  avaient  une  si  claire  intuition  et  un  senti- 
ment si  vif  de  la  nécessité  d'un  complet  accord  avec  les  Latins, 
que  non  seulement  ils  acceptèrent  les  décisions  des  sept  pre- 
miers conciles  œcuméniques  et  souscrivirent  notamment  aux 
dogmes  définis  de  la  dualité  des  natures,  des  volontés  et  des 


(1)  Liber  H  cotiira  Diophys.,  cap.  ult.  ;  dans  Galanus,  t.  II,  p.  G7-68.  Ter-- 
Mikélian,  op.  cil.,  p.  119-121  résume  la  lettre  d'Orbélian  à  Grégoire. 

(2)  Epist.  Clemenlis  F  ad  Greg.  VII;  Burdigahï,  Nonis  .Jiilii  (7  juillet),  an.  1306; 
Wading,  Ann.  min.,  ann  1306,  n.  26.  Sur  les  événements  qui  précèdent  et  ceux 
qui  vont  suivre,  voir  encore  Hayton,  comte  de  Goriglios,  de  la  famille  princière 
Héthoum  de  Lampron  (il  figure  dans  les  Hisl.  des  Crois.,  t.  II  des  Documenis 
armén.,  dont  31.  Kohler  vient  d'achever  la  publication).  Vers  l'an  1305,  Hayton 
prit,  sous  le  nom  d'Antoine,  l'habit  des  Prémontrés  dans  le  couvent  de  l'Epi- 
phanie à  Chypre.  11  se  rendit  plus  tard  auprès  du  pape  Clément  V  à  Avignon, 
puis  se  retira  dans  un  couvent  de  son  ordre  à  Poitiers.  Outre  une  tablg  chrono- 
logique (Doc.  armén.,  I),  il  écrivit  ['Histoire  que  nous  signalons  sur  les  Tartares 
et  le  Soudan  d'Egypte  (voir  t.  II  des  Doc.  armén.). 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'aRMÉNIE.  377 

opérations  en  la  personne  du  Christ,  mais,  Taccord  dogmatique 
une  fois  établi,  ils  voulurent  réformer  quelques-uns  de  leurs 
usages  liturgiques  sur  le  modèle  «  de  la  grande  et  sainte  Église 
catholique  romaine  «;  ils  étaient  d'ailleurs  persuadés  que  cette 
uniformité  avait  existé  au  temps  de  saint  Grégoire  l'Illumi- 
nateur  (1). 

On  prescrivit  de  mêler  un  peu  d'eau  avec  le  vin  au  Saint 
Sacrifice.  La  célébration  de  la  fête  de  l'Annonciation  fut  fixée 
au  25  mars,  celle  de  la  Nativité  au  25  décembre,  celle  de  la 
Purification  au  2  février,  celle  de  l'Assomption  au  15  août, 
celle  de  l'Exaltation  de  la  Sainte  Croix  au  14  septembre,  etc.. 
On  ordonna  d'ajouter  le  nom  du  Christ  aux  invocations  qui  ne 
pouvaient  convenir  à  la  deuxième  personne  de  la  Sainte  Trinité 
qu'en  raison  de  l'Incarnation;  on  décréta  enfin  que  le  jeûne  de 
la  Nativité  commencerait  le  19  décembre. 

L'adhésion  de  vingt-cinq  évêques,  de  dix-sept  vartabeds,  de 
plusieurs  abbés  ou  supérieurs  de  couvents,  qui  formaient  la 
très  grande  majorité  des  membres  du  concile,  ne  suffit  pour- 
tant pas  pour  faire  taire  les  opposants.  Plusieurs,  surtout  parmi 
les  Arméniens  orientaux,  protestèrent  vivement,  comme  nous 
l'avons  raconté  au  dernier  article  résumant  les  événements 
politiques  de  cette  époque.  Il  semble  même  que  certains 
adversaires,  aveuglés  par  la  passion,  portèrent  à  son  paroxysme 
par  leurs  rapports  envenimés  la  haine  du  général  mongol 
Bilarghou  contre  Héthoum  et  Léon,  et  furent  en  partie  respon- 
sables de  leur  assassinat  (17  nov.  1308;  voir  art.  I,  |  32). 
L'irritation  de  la  minorité  dissidente  ne  se  calma  pas  pendant 

(1)    UL    hu^     lujé-d      CfiuiF luèkui jù^     piunblftuntLnLphiUtu    II.     'A    moliu^ 
uncpp  II.    nLqiiiUifiiun.   tfk^fi    b^bq^kgLnjii    ^nnilirujj  ;   Et    IIOUS    SOmmes   à 

présent  d'accord  (même)  pour  la  discipline  et  la  célébration  des  fêtes  avec  la 
sainte  et  orthodoxe  grande  Église  romaine,  up.  cil.,  t.  1,  p.  468.  —  Et  cet  accord 
dans  la  foi,  cette  étroite  union  furent  pleinement  confirmés  par  les  Pères  et  les 
docteurs  réunis  à  Adana  :  bc  iTb^p  utum  dnq^nif^buji  builtubnuinuD^ 
ilujpq-iumbtn^p^  II.  ^uijpp  l^tuUn'libir  _p  C,piiitr  lu  jb/nif^  qiuju.  qh 
^punruÂM^pU    uin-tuÇ^îi    J  nqnilnjii    upuutnLbunbij    bnpbi.    quiLbuiuipuAt- 

utl^iuii  II.  qtunuL^pbpMjl^nAi  C^piuiFutU  :  —  II  va  sans  dire  que  les  Pères  de 
Sis  et  d'Adana  expriment  par  les  termes  arméniens  techniques  l'union  sans 
confusion  des  deux  natures  en  la  personne  du  Christ.  D'un  accord  unanime 
ils  prescrivent  de  dire   :  ff  iPfi  uAtShuLLnpnLp^fniJh  ^pbutnnuh   hbi  Lhl 

pJtnLp-ftLb'b    ifiuuU    uih^tfinp    J  fiiuunpnLpbiuhii^  op.  cit.,  p.  501. 


378  REVUE    DE    l'orient  CHRÉTIEN. 

les  années  qui  suivirent.  Elle  se  manifesta  par  un  autre  événe- 
ment, grave  aussi,  quoique  d'un  caractère  différent  :  l'an  1311, 
l'évêque  de  Jérusalem,  Sarkis,  rejeta  les  décrets  de  Sis.  Encou- 
ragé par  les  moines  du  couvent  Saint-Jacques,  et  soutenu  par 
le  sultan  d'Egypte,  Nasser  Mohammed,  qui  était  le  maître  de 
Jérusalem  et  le  bourreau  de  la  Cilicie,  Sarkis  érigea  son  évèché 
en  patriarcat.  Ce  catholicat  purement  nominal  subsiste  encore 
aujourd'hui. 

I  40.  Le  concile  (TAdana  (1316)  confirme  celui  de  Sis. 
Minorité  des  opposants;  arguments  de  ces  derniei^s  pour 
maintenir  leur  Eglise  isolée;  leur  obstination.  Zèle  des  papes 
pour  Vunion  et  pour  la  défense  de  l'Arménie.  —  Oschïn 
suivit  la  politique  religieuse  de  son  prédécesseur  et  seconda  les 
efforts  du  pape  Clément  V.  Persuadé  que  l'autorité  d'un  nou- 
veau synode  ferait  taire  les  récalcitrants,  il  encouragea  Cons- 
tantin m  à  le  réunir.  Dix-huit  évoques,  cinq  vartabeds  et  deux 
abbés  de  couvent  s'assemblèrent  à  Adana,  dans  l'église  du 
palais  royal  (1316).  Ils  confirmèrent  toutes  les  décisions  du 
concile  précédent  et  les  complétèrent  (1).  Comme  il  avait  été 
convenu,  on  corrigea  ainsi  l'addition  au  Trisagion  :  «  Dieu 
saint,  saint  et  fort,  saint  et  immortel,  ô  Christ,  qui  avez  été 
crucifié  pour  nous,  ayez  pitié  de  nous.  »  Ces  corrections  avaient 
été  faites  avec  l'approbation  de  la  plupart  des  évêques,  à  la 
grande  satisfaction  du  roi  Léon  et  d'Héthoum  son  père 
qui  avaient  assisté  au  synode  de  Sis.  Il  semble  aussi  qu'elles 
furent  acceptées  sans  murmure  par  la  plupart  des  clercs  et  des 
seigneurs  et  même  par  la  majeure  partie  du  peuple  arménien. 
Les  mécontents  ne  formaient  qu'une  m.inorité,  mais  une  mino- 
rité très  remuante.  Ouvertement  en  révolte  contre  l'autorité 
des  deux  derniers  synodes  nationaux,  ils  continuèrent  d'attri- 
buer au  Christ  une  seule  nature  après  l'union;  ils  ne  firent 
pas  précéder  du  nom  du  Christ  l'addition  au  Trisagion;  ils 
persistèrent  à  unir  dans  une  même  fête,  au  5  janvier,  la  Nati- 


(1)  Voir  le  Mémoire  de  Grégoire  VII  dans  Galanus  (in-l",  Rome,  1690),  c. 
xxvii,  p.  435  et  suiv.;  les  actes  du  concile  de  Sis  reproduits  par  Galanus  sont 
plus  corrects  chez  Balgy  (Append.  YIII),  Héfélc,  Conciliengesch.,  V  éd.,  t.  VII, 
p.  4-25;  Mansi,  t.  XXV,  p.  133-148.  —  Pour  le  concile  d'Adana,  Mansi,  XXV, 
559  et  suiv.,  655-670;  Héfélé,  VII,  504;  Galanus,  471-507;  Ba'gy  donne  le  texte  de 
Galanus  corrigé  (Append.  IX). 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'ARMÉNIE.  379 

vite  et  rÉpiphanie.  Ils  n'accusaient  pas  seulement  le  roi  et  le 
patriarche  de  modifier  les  usages  religieux  et  disciplinaires  de 
l'Église  arménienne  :  à  leurs  yeux,  c'était  encore  un  crime 
d'adopter  soit  la  langue,  soit  quelque  coutume  civile  ou  poli- 
tique des  Latins,  comme  de  s'habiller  à  la  franque,  de  rédiger 
les  actes  de  la  chancellerie  royale  en  trois  langues  :  arménienne, 
latine  et  franque  (1). 


(I)  Quelques  auteurs  grégoriens  de  nos  jours  ont  voulu  faire  remonter  jusqu'à 
Tiridate  et  surtout  à  Grégoire  l'Illuminateur  ce  particularisme  étroit  qui  inféode, 
enlace  l'Église  à  la  nationalité,  la  solidarise  avec  ses  sympathies  et  ses  des- 
tinées, l'isole  ainsi  de  l'Église  catholique  (Ter-Mikélian,  ouv.  cité,  p.  10,  29,  etc.)- 
On  affirme  même  que  Grégoire  ne  connut  d'autre  autorité  que  celles  des  Écri- 
tui'es  (ibid.,  p.  29).  —'  C'est  là  un  point  de  vue  sj'stématique,  en  désaccord  avec 
les  faits.  Il  est  vrai  que  Tiridate  dote  richement  les  églises  fondées  par  Grégoire 
et  consacre  au  culte  chrétien  la  plupart  des  établissements  affectés  au  culte 
païen;  il  est  vi-ai  encore  que  Grégoire  recrute  les  prêtres,  surtout  dans  les 
anciennes  familles  sacerdotales  converties  du  paganisme.  Mais,  tout  cela,  quoi 
qu'on  dise,  n'entraîne  pas  foixément  la  nationalisation  ou  la  Imcisalion  d'une 
Église.  L'abus  même  jadis  en  usage  chez  les  Arméniens  (et  qui  a  parfois  existé 
dans  toute  la  chrétienté),  l'abus  de  réserver  les  suprêmes  dignités  ecclésiastiques 
aux  membres  de  certaines  familles  n'emporte  pas  davantage  avec  lui  la  nationa- 
lisation d'une  Église.  — Un  coup  d'œil  jeté  sur  l'histoire  de  l'Arménie  du  iv"  au 
vi"  siècle  prouve  bien  que  Grégoire  et  ses  premiers  successeurs  furent  au  con- 
traire animés  d'un  esprit  catholique.  Sans  doute,  nous  ne  soutenons  pas  que 
Grégoire  était  grec  (V.  Rj^ssel,  Georgs  des  Araberbishofs  Gedichle  wid  Br'iefe, 
Leipzig,  p.  54,  où  il  est  dit  :  «  Gregor,  der  die  Armenier  bekehrte...  war,  wie  aus 
den  Angaben  Geschichtsberichts  iiber  ihn  hervorgeht,  seinem  geschlechte  nach, 
ein  Riimer  »).  Ce  qui  est  vrai,  c'est  qu'élevé  à  Césarée,  il  reçut  une  éducation 
profane  et  ecclésiastique  toute  grecque.  Plus  tard,  l'apôtre  modela  l'Église 
arménienne  sur  l'Église  grecque,  alors  unie  à  l'Église  romaine.  Loin  d'être 
exclusif,  il  emprunta  une  partie  de  la  liturgie  à  l'Église  syrienne,  également 
catholique.  Surtout  dans  l'Arménie  méridionale,  toute  pénétrée  de  l'influence 
syrienne,  il  approuva  l'usage  de  la  version  syrienne  de  la  Bible  et  l'emploi  de 
l'alphabet  syrien;  il  choisit  parmi  les  Syriens  plusieurs  de  ses  principaux  colla- 
borateurs, entre  autres  Daniel,  qu'il  consacra  chorévêque  du  pays  de  Daron 
(Faustus  Byz.,III,  14).  —  Sur  les  noms  liturgiques  d'origine  grecque,  voir  Broc- 
kelmann,  Die  ijriechischen  Freindioôrter  in  armenischen,  ZDMG.,  XLVII,  p.  1-42; 
sur  les  noms  liturgiques  d'origine  syriaque,  llubschmann,  ZDMG.,  p.  226: 
Armenische  Grammatik,  I,  p.  299. 

Non  seulement  Grégoire,  mais  aussi  presque  tous  ses.  premiers  successeurs 
allèrent  demander  leur  consécration  archiépiscopale  à  l'e.xarque  de  Césarée 
jusque  vers  l'an  '367 ;  vers  cette  époque,  le  roi  Arsace  II  ayant  exilé  le  catholicos 
Nersès  le  Grand,  mit  à  sa  place  Kounak  (Faustus,  IV,  5).  Le  roi  Bab  poursuivit 
cette  organisation  ébauchée  d'une  église  strictement  nationale;  il  détruisit  les 
institutions  florissantes  :  écoles,  hôpitaux,  couvents  que  Nersès  avait  imitées  des 
Grecs  (Faustus,  V,  31).  Pour  opérer  cette  révolution,  la  royauté  s'appuya  sur  la 
famille  Aghbianos,  probablement  syrienne  d'origine;  plusieurs  des  m-^mbres  de 
cette  famille  furent  substitués  dans  la  charge  de  catholicos  aux  descendants  de 


380  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Quant  aux  arguments  dont  les  séparatistes  étayaient  leurs 
thèses,  ils  n'étaient  guère  convaincants  sans  doute,  mais  ils 

Grégoire,  dont  les  sympathies  gréco-romaines  étaient  bien  connues.  De  leur 
côté,  les  Aghbianos,  espérant  sans  doute  fixer  dans  leur  famille  le  pontificat 
suprême  des  Arméniens,  secondèrent  ces  vues  d'une  Église  nationale,  ou  plutnt 
d'une  Église  indépendante  des  Grecs. 

A  ces  causes  de  schisme,  il  faut  en  ajouter  d'autres  d'ordre  politico-religieux  : 
au  moment  où  Arsace  rompait  avec  Nersès  le  Grand  et  l'exarque  de  Césarée,  le 
sentiment  national  arménien  avait  quelque  sujet  d'être  mis  en  émoi  par  les 
empiétements  du  patriarche  de  Constantinople.  Celui-ci  prétendait  posséder 
■  dans  sa  ville,  depuis  l'an  357  les  restes  de  saint  André;  de  ce  chef,  il  prit  le 
titre  de  patriarche,  s'arrogea  la  prééminence  sur  les  sièges  de  Césarée  et 
d'Éphèse,  et  prétendit  étendre  sa  juridiction  sur  les  diocèses  du  Pont  et  de 
l'Asie.  —  Dès  cette  époque,  les  Arméniens  ne  se  plaignirent  pas  moins  des 
Grecs,  au  point  de  vue  politique  :  placée  entre  Byzance  et  la  Perse,  et  comme 
le  raconte  Faustus  (V,  33),  ne  pouvant  vivre  sans  l'appui  de  l'une  ou  de  l'autre, 
l'Arménie  se  vit  abandonnée  par  la  première  sous  Valens,  qui  céda  à  Sapor 
Medzbin  (Nisibe)  dans  l'Arévastan,  Aghtznik  ou  la  Mésopotamie  arménienne  et 
une  partie  de  l'Arménie  proprement  dite  (Faustus,  IV,  21);  les  Arméniens  ren- 
dirent également  Byzance  responsable  du  partage  de  l'Arménie  entre  les  Arsa- 
cides,  après  la  mort  de  Varaztad. 

Les  adversaires  de  l'influence  grecque  lui  opposèrent  naturellement  l'influence 
et  la  culture  syrienne,  qui  avait  joué  un  rôle  très  important  lors  de  la  conver- 
sion et  de  la  première  organisation  religieuse  de  l'Arménie,  surtout  dans  les 
provinces  méridionales.  Le  parti  arméno-syrien  ou  soi-disant  national,  pour 
résister  à  l'empereur,  chercha  l'appui  du  roi  de  Perse;  et  celui-ci  à  son  tour 
s'efforça  d'exploiter  à  son  profit  toutes  ces  influences  et  de  les  tourner  contre 
son  rival.  —  Tandis  que  les  Grecs  proscrivaient  l'alphabet  et  les  écrits  syriens, 
en  usage  pour  la  liturgie  arménienne,  un  parti  nationaliste  arménien,  allié  au 
roi  de  Perse  et  ayant  à  sa  tête  Méroujan  Ardzrouni,  brûlait  tous  les  écrits  en 
grec.  Vers  la  fin  du  iv^  siècle,  la  septième  année  du  règne  de  Bahram  Schapour, 
Mesrob  était  parvenu  à  compléter  l'alphabet  ai'ménien  à  Samosate,  en  Syrie. 

Sahag  voulut  introduire  ces  réformes  dans  les  provinces  arméniennes  sou- 
mises à  Byzance  ;  le  gouverneur  grec  s'y  opposa.  Sahag  ayant  fait  parvenir  ses 
doléances  à  Théodose  le  Jeune,  celui-ci,  dans  sa  réponse,  se  plaignit  d'abord 
que  Sahag  l'eût  dédaigné  pour  s'attacher  à  un  roi  païen  (le  roi  de  Perse)  et  que 
Mesrob  eût  cherché  conseil  auprès  des  Syriens  au  lieu  de  consulter  les  savants 
grecs;  mais,  ajouta  l'empereur,  Mesrob  ayant  expliqué  que  son  invention  était 
due  à  la  grâce  divine,  il  a,  lui  Théodose,  donné  l'ordre  à  tous  ses  sujets  armé- 
niens d'accepter  l'enseignement  de  Sahag  et  de  Mesrob;  et  il  leur  décerne  à 
l'un  et  à  l'autre  le  titre  de  docteur  (voir  Ciorioun;  Mo'ise  de  Kh.,  III,  53,  57,58). 
A  partir  de  cette  époque,  il  y  eut  chez  les  Arméniens  les  plus  éclairés  une 
sympathie  plus  marquée  pour  les  Grecs  et  pour  le  maintien  de  l'union  religieuse. 
La  génération  des  écrivains  qui  constitua  l'âge  d'or  de  la  littérature  reçut  une 
culture  grecque.  C'est  la  génération  qui  sera  témoin  et  partie  dans  la  lutte 
héroïque,  résumée  par  le  grand  nom  du  patriarche  Joseph,  ancien  disciple  de 
Sahag  et  de  Mesrob.  Pourtant  le  parti  arméno-syrien  n'a  pas  désarmé  entière- 
ment; il  obtient  du  roi  de  Perse  l'exil  de  Sahag  et  son  remplacement  par  des 
patriarches  d'origine  syrienne.  Ce  même  parti,  qui  poursuivra  de  ses  jalousies 
la  brillante  école  des  traducteurs,  va  frayer  la  voie  à  ceux  qui  pour  la  première 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    L'ARMÉNIE.  381 

suffisaient  à  des  volontés  déjà  conquises  avant  examen.  A  les 
entendre,  ils  n'employaient  pas  d'eau  dans  le  saint  sacrifice, 
parce  qu'elle  se  corrompt  aisément,  puis  parce  que  Jésus-Christ 
n'aurait  employé  que  du  vin  pur  en  instituant  la  sainte  Eucha- 
ristie, enfin  parce  que  saint  Jean  Chrysostome  aurait  condamné 
comme  hérétique  l'usage  de  l'eau.  Les  catholiques,  il  est  vrai, 
n'avaient  point  de  peine  à  réfuter  ces  pauvres  raisons.  Ils  répli- 
quaient justement  :  est-ce  que  le  vin  aussi  n'est  pas  corrup- 
tible? Quelques  gouttes  d'eau  en  changent-elles  la  nature?  Ils 
montraient  que,  d'après  les  Pères  de  l'Église,  les  Atlianase,  les 
Basile,  les  Irénée,  les  Grégoire  de  Nazianze,  les  Jérôme  dési- 
gnent le  vin  du  Sacrifice  sous  le  nom  de  calix  mixtus;  termes 
qui  indiquent  un  vin  coupé  de  quelques  gouttes  d'eau.  Quant 
à  saint  Jean  Chrysostome,  on  faisait  voir,  conmie  nous  l'avons 
dit,  qu'il  condamnait  seulement  certains  hérétiques  successeurs 
des  Ébionites,  dont  la  principale  erreur  consistait  à  ne  recon- 
naître en  Jésus-Christ  que  la  nature  humaine  et  à  symboliser 
leur  fausse  croyance  dans  leur  liturgie,  en  employant  l'eau 
seule,  à  l'exclusion  de  vin  (Épiphane,  Hœres.,  XLVlet  XLVIl)- 
Les  dissidents  prétendaient  que  ceux  qui  célébraient  à  quel- 
ques jours  d'intervalle  la  Nativité  de  Notre-Seigneur  et  l'Epipha- 
nie (baptême),  scindaient  Jésus-Christ  en  deux  personnes  comme 
les  Nestoriens.  Leurs  adversaires  ne  rejetaient  pas  seulement 
cette  prétendue  conséquence  de  la  coutume  religieuse  qu'ils 
rétablissaient;  ils  prétendaient  en  outre  qu'avant  les  conciles 
d'Éphèse  et  de  Chalcédoine,  toutes  les  Églises  étaient  unanimes 
à  célébrer  la  Nativité  le  25  décembre  et  l'Epiphanie  le  6  jan- 

fois  consommeront  le  schisme  arménien  (voir  sur  ces  rivalités  Lazare  de  Pharbe, 
c.  10,  11,  15,  65,  et  la  lettre  de  cet  auteur  imprimée  à  la  suite  de  son  Histoire, 
Venise,  1891,  p.  641-691,  surtout  p.  686). 

Si  Byzance  n'avait  pas  craint  d'appuyer  la  résistance  admirable  des  Armé- 
niens contre  le  mazdéisme  imposé  par  les  Perses,  le  schisme  arménien  aurait 
été,  à  tout  le  moins,  longtemps  ajourné;  les  évêques  arméniens  du  vi"  siècle 
auraient  vraisemblablement  repoussé  les  avances  des  monophysites  julianistes 
comme  Sahag,  Mesrob  et  leurs  disciples  avaient  repoussé  les  Messaliensau  synode 
de  Schahapivan,  et  comme,  sur  l'invitation  de  Proclus  et  d'Acace  de  JMélitène, 
ils  avaient  condamné  Théodore  de  Mopsueste  et  Ncstorius.  (Ailleurs,  nous  avons 
renvoyé  à  la  lettre  de  Proclus  en  latin  dans  Mansi,  V,  421-438;  on  la  trouve  en 
syriaque  dans  VHist.  ecclés.,  dite  de  Zacharias  le  rhéteur,  dans  Land  :  Anecdola 
syriaca,  III,  2'',  p.  103-115,  trad.  allem.  par  Ahrens-Kriiger,  Leipzig,  1899, 
p.  27*-41*;en  arménien  dans  le  livre  des  Épîtres  :  q/'i'.fi  PlP"!Ji  Oirk  teghlotz, 
Tiflis,  1901,  p.  1-8). 


382  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

vier;  puis,  présentant  tout  le  débat  sous  le  jour  qui  réclairait 
le  mieux  et  pouvait  plus  aisément  dissiper  de  regrettables 
malentendus,  ils  montraient  que  les  déchirements  politiques  de 
l'Arménie,  la  pression  des  Perses  —  et  ils  auraient  pu  ajouter 
certaines  préventions  plus  ou  moins  fondées  contre  les  Grecs  — 
avaient  empêché  les  Arméniens  soumis  à  la  Perse  d'assister  au 
concile  de  Chalcédoine,  d'en  connaître  et  d'en  bien  apprécier  les 
décrets. 

Mais  ces  réponses,  qui  avaient  persuadé  Nersès  Schnorhali 
et  d'autres  personnages  les  plus  éminents  de  l'Arménie,  fran- 
chissaient à  grand'peine  l'Euphrate,  ou  du  moins  TAraxe,  qui 
protégeait  les  principales  forteresses  du  schisme;  et  si  elles  ar- 
rivaient jusque-là,  avant  d'être  prises  en  considération  par  l'in- 
telligence elles  se  heurtaient  à  des  volontés  rebelles.  —  Toutes 
ces  récriminations,  cependant,  ne  paraissent  pas  avoir  ébranlé 
la  ferme  résolution  de  Constantin  III  et  d'Oschïn.  A  peine  monté 
sur  le  trône,  ce  dernier  s'était  tourné  vers  le  pape  Clément  V 
et  l'avait  pris  pour  arbitre  dans  ses  démêlés  avec  Henri,  roi 
de  Chypre.  Il  avait  également  sollicité  l'autorisation  de  gardera 
sa  cour  six  franciscains,  à  l'exemple  de  son  prédécesseur  (1312). 
Clément  V  lui  avait  accordé  cette  dernière  faveur,  et  s'il  n'avait 
pu  terminer  le  différend  entre  le  roi  d'Arménie  et  celui  de 
Chypre,  il  l'avait  du  moins  assoupi  pour  un  temps. 

De  sa  résidence  d'Avignon,  le  successeur  de  Clément  V, 
Jean  XXII,  entretint  avec  Constantin  III  et  surtout  avec  Oschïn 
des  relations  tout  aussi  intimes,  ayant  toujours  le  même  objet 
de  la  part  du  pape  :  souci  de  ranimer  chez  les  Arméniens  la  foi 
catholique  dans  toute  son  intégrité,  et,  moyennant  cette  condi- 
tion, préoccupation  constante  de  leur  susciter  de  puissants 
protecteurs,  afm  de  les  sauver.  En  1317,  Jacques,  évêque  de 
Gaban,  fut  envoyé  vers  Jean  XXII  par  Oschïn  et  fit  une  profes- 
sion de  foi  catholique. 

Jean  XXII  en  fut  satisfait.  Il  manifesta  seulement  le  désir 
que  l'administration  de  la  confirmation  et  la  consécration  de 


(1)  Relations  avec  Clément  V,  lib.  VI,  epist.  773,  774,  787;  Raynaldi,  an. 
1311,  n.  77.  —  Relations  avec  Jean  XXII,  ep.  782;  t.  I,  ep.  secret.  371,  etc.; 
Raynaldi,  an.  1418,  n.  8-17;  an.  1319,  n.  16  et  suiv.;  an.  1.321,  n.  5-14,  surtout  8, 
11,  13;  an.  1322,  n.  32-41;  an.  1323,  n.  4-14,  35,  41;  an.  1331,  n.  30;  1332,  n.  1; 
1333,  n.  12,  31-13. 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'aRMÉNIE.  383 

l'huile,  dont  on  se  sert  pour  l'extrème-onction,  au  lieu  d'être 
accomplies  par  un  simple  prêtre,  fussent  réservées  aux  évê- 
ques,  Jacques,  au  nom  du  roi  et  du  patriarche,  souscrivit  à  ses 
vœux. 

Le  meilleur  moyen  de  raffermir  et  d'étendre  l'union  reli- 
gieuse ainsi  établie,  c'était  sans  doute  d'avoir  une  langue  com- 
mune, qui  put  servir  aux  rapports  d'ordre  ecclésiastique  et  fa- 
ciliter aux  Arméniens  la  connaissance  de  la  tradition  et  des 
enseignements  de  l'Église  romaine  :  c'est  pourquoi  le  pape 
pria  Oschïn  de  céder  aux  Frères  prêcheurs,  dans  Aïas,  la  place 
suffisante  pour  un  collège,  où  ils  enseigneraient  aux  jeunes 
Arméniens  les  lettres  latines  (1318).  De  semblables  établisse- 
ments existaient  déjà  en  Cilicie;  mais  la  ville  d'Aïas,  la  plus 
commerçante  de  la  côte,  offrait  à  cet  égard  de  particuliers 
avantages,  à  cause  du  grand  nombre  d'étrangers,  qui  y  af- 
fluaient. 

Persuadé  que  ces  petites  concessions  étaient  pleinement  con- 
senties parles  chefs  politiques  et  religieux  de  la  Cilicie,  Jean  XXII 
mit  tout  en  œuvre  pour  secourir  les  Arméniens;  il  envoya  un 
délégué  pour  arranger  le  différend  qui  venait  de  renaître  entre 
Oschïn  et  Henri  II  de  Chypre  (1318);  il  empêcha  les  Génois  d'at- 
taciuer  Chypre  et  les  Cypriotes  d'attaquer  les  Arméniens.  Oschïn 
de  son  côté  fut  si  pénétré  de  reconnaissance  et  de  respect  pour 
le  pape  qu'on  le  vit,  l'année  même  de  sa  mort  (1320),  lui  de- 
mander d'être  dispensé  du  jeûne  et  de  l'abstinence,  en  raison 
de  ses  infirmités. 

Pendant  la  minorité  de  Léon  V,  fils  d'Oschïn,  le  pape  mit 
enfin  un  terme  aux  longs  démêlés  de  Chypre  avec  la  Cilicie.  Il 
fit  si  bien  que  le  roi  Henri  II,  oubliant  ses  griefs  contre  les 
Arméniens,  marcha  à  leur  secours  et  attira  même  sur  son  île 
les  armes  victorieuses  des  Égyptiens  (1322-1323;  Raynaldi, 
an.  1323,  n.  9).  Le  pape  ne  se  contenta  pas  de  faire  remettre 
30.000  pièces  d'or  aux  Arméniens,  dont  il  célébrait  la  constance 
dans  la  foi;  il  parvint  aussi  à  leur  assurer  pour  un  temps  la 
protection  du  Khan  Abousaïd,  après  l'avoir  détaché  des  Égyp- 
tiens. 

§  41.  Obstacles  à  V union  en  Occident  et  en  Orient,  vio- 
lences des  dissidents;  instructions  du  pape;  la  Cilicie  et 
quelques  régions  de  la  Grande- Arménie  restent  catholiques. 


384  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

—  Malheureusement,  les  efforts  du  pape  étaient  mal  secondés, 
soit  par  les  chrétiens  d'Occident,  soit  par  ceux  d'Orient.  Ses 
appels  aune  croisade  n'étaient  pas  entendus;  la  défense  qu'il 
avait  faite  aux  commerçants  chrétiens  de  trafiquer  avec  les 
Sarrasins  n'était  pas  généralement  respectée.  Les  Génois  lui  re- 
présentèrent comme  imminente  la  ruine  de  leur  commerce,  et, 
si  l'on  excepte  les  armes,  le  fer  et  le  bois  pour  les  constructions 
navales,  ils  obtinrent  de  porter  leurs  marchandises  à  Laodicée, 
accessible  au  sultan  d'Egypte,  et  où  ils  entraient  en  relations 
avec  les  Perses,  les  Tatars,  les  Indiens  (132G). 

Les  chrétiens  orientaux  n'étaient  d'ailleurs  pas  plus  empres- 
sés à  s'unir  contre  les  musulmans  que  les  occidentaux.  Même 
en  Arménie,  la  guerre  des  schismatiques  contre  les  catholiques 
persistait,  tantôt  en  paroles,  tantôt  en  actes  et  à  main  armée. 

Comme  la  pratique  de  mêler  un  peu  d'eau  avec  le  vin  du 
Sacrifice  était  l'un  des  usages  par  lesquels  se  trahissait  le  plus 
clairement  aux  yeux  de  tous  la  foi  des  prêtres  catholiques, 
plusieurs  de  ceux-ci  furent  chassés  de  leur  église  par  des  gens 
que  les  meneurs  schismatiques  avaient  fanatisés.  L'évèque 
Grégoire  de  Garin  fut  tué  pour  cette  même  raison,  si  l'on  en 
croit  le  continuateur  de  la  chronique  de  Samuel  d'Ani  {Brosset, 
p.  479).  Les  préjugés  schismatiques  étaient  si  enracinés  au 
cœur  d'une  partie  de  la  population,  et  surtout  chez  certains 
moines,  que  les  rigueurs  d'Oschïn  et  de  Léon  V  contribuèrent 
à  aigrir  les  esprits,  à  exaspérer  les  résistances  bien  plus  qu'à 
les  apaiser.  La  lettre  de  Jean  XXII  «  à  ses  vénérables  frères  » 
les  archevêques  et  évêques  de  la  Grande-Arménie,  l'archevêque 
d'Aghtamar,  l'évèque  Zacharie  d'Arjisch,  Zacharie  de  Nakhi- 
tchévan,  Thaddée  de  Paca  van  et  aune  dizaine  d'autres  évêques  de 
la  partie  de  l'Arménie  soumise  aux  Tatars,  leur  montre  la  né- 
cessité deresserrer  les  liens  de  leurs  églises  avec  le  siège  patriar- 
cal de  Sis  et  avec  Rome,  centre  de  la  catholicité.  Il  leur  rappelle 
que  le  baptême  ne  se  réitère  pas;  il  résume  la  doctrine  catho- 
lique sur  le  purgatoire,  l'efficacité  du  saint  sacrifice  en  faveur 
des  fidèles  défunts,  sur  le  bonheur  des  saints,  qui  dès  mainte- 
nant contemplent  Dieu  face  à  face,  enfin  sur  le  nombre  et  la 
nature  des  sacrements.  Les  légats  pontificaux  Pierre  et  Jacques, 
de  l'ordre  de  Saint-François,  étaient  chargés  de  compléter  ces 
instructions.  —    Le  même  pontife,  dans  deux  autres  lettres, 


HISTOIRE    POLITIQUE    ET    RELIGIEUSE    DE    l'ARMÉNIE.  385 

écrites  aussi  d'Avignon  et  dont  Tune  est  datée  du  X  des  Kalendes 
de  décembre  (22  novembre)  1321,  exhortait  au  repentir  les  dis- 
sidents qui,  s'unissant  aux  musulmans,  avaient  chassé  de  leur 
siège  Etienne,  évêque  de  Sarai,  au  nord  de  la  mer  d'Azof,  et 
Arachiel,  archevêque  des  Arméniens  en  Crimée  (Armenorum  in 
Gazaria  archiepiscopum).  Malgré  la  pression  que  subit  le  clergé 
dans  ces  contrées,  il  persiste  à  recommander  de  mélanger  un 
peu  d'eau  avec  le  vin  du  Sacrifice  :  à  ses  yeux,  ceux  qui  n'em- 
ploient que  du  vin  pur  entendent,  par  cet  usage,  exprimer  leur 
foi  monoph3^site. 

Mais  il  serait  injuste  de  rendre  la  Cilicie  solidaire  des  ten- 
dances schismatiques  qui  s'affirmaient  nettement  dans  quel- 
ques parties  de  la  Grande-Arménie.  On  voit  par  la  correspon- 
dance de  Jean  XXII  que  ce  pape  regarde  le  roi  Léon,  le  comte  de 
Gorighos,  Osclïin,  les  barons  et  en  général  les  fidèles  de  la 
Cilicie  «  comme  des  athlètes  invincibles  de  la  foi  catholique  »... 
dont  la  constance  est,  depuis  des  siècles,  connue  dans  le  monde 
entier.  Il  invite,  il  est  vrai,  les  prélats  à  réformer  par  leurs 
exemples  et  leurs  instructions  les  mœurs  de  leur  peuple,  afin 
d'attirer  sur  le  royaume  la  protection  divine;  mais,  de  schisme 
ou  même  d'erreur  doctrinale,  il  n'en  est  pas  question. 

L'orthodoxie  du  catholicos  Constantin  IV  Lampronatzi  (1322- 
1326)  et  des  Arméniens  en  deçà  de  l'Euphrate,  ressort  aussi, du 
moins  indirectement,  d'une  autre  lettre  de  Jean  XXII  datée  des 
Kalendes  de  janvier  (I"""  janvier)  1323  et  adressée  au  patriarche 
arménien,  à  la  requête  de  députés  arméniens  orientaux.  Le  pape 
vient  de  nommer  Guillaume  à  l'archevêché  de  Sultanieh  (sur 
la  front,  occid.  du  Khorassan)  afin  de  donner  une  direction  et 
un  appui  au  mouvement  de  retour  vers  l'Église  catholique,  qui 
se  propage  parmi  les  Arméniens  de  Perse.  Or,  le  pape  recom- 
mande à  «  son  vénérable  frère,  le  patriarche  Constantin  »  de 
faire  ce  qui  convient  à  un  Tprélat  catholique ,  tel  que  lui,  dont 
la  dignité  est  hors  de  pair  dans  cette  partie  de  l'Orient  ;  en 
d'autres  termes,  il  prie  le  catholicos  de  faciliter  par  ses  lettres 
et  ses  messagers  la  tâche  si  importante  contiée  à  son  légat,  l'ar- 
chevêque de  Sultanieh.  —  Des  lettres  du  même  pape  au  roi 
Léon  et  au  catholicos  Jacques  II  leur  recommanderont  avec 
non  moins  de  confiance  certains  missionnaires  franciscains 
envoyés  en  Tartarie.  —  Rapprochons  de  ces  témoignages  les 

ORIE.NT    CHBÉTIE.X.  25 


386  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

appels  de  Benoît  XII  aux  Siciliens,  auxRhodiens,  aux  Cypriotes, 
aux  Anglais  et  surtout  aux  Français,  en  faveur  de  l'Arménie, 
ou,  dit-il,  «  règne  la  foi  catholique  »,  et  «  qui  reste  le  seul  point 
d'appui  pour  la  délivrance  des  Lieux  Saints  ».  Rappelons-nous 
les  paroles  émues  par  lesquelles  Benoit  XII  relève  le  courage  de 
la  reine  Constance  (16  avril  1336),  la  décision  enfin,  par  laquelle 
en  qualité  de  chef  de  l'Église,  il  déclare  nul,  comme  extorqué 
par  une  injuste  violence,  le  serment  de  Léon  V  nu  sultan 
Nasser,  de  n'avoir  plus  aucune  relation  avec  le  pontife  romain 
{V  mai  1337)  ;  et,  en  présence  de  tous  ces  faits,  nous  aurons  le 
droit  de  conclure  que,  dans  le  premier  tiers  du  xiv"  siècle,  la 
Petite  Arménie  restait,  dans  son  ensemble,  unie  à  l'Église  ro- 
maine. 

Toute  autre  était  la  situation  de  l'Arménie  orientale  :  nous 
avons  essayé  de  dire  pourquoi.  —  Même  là,  cependant,  les 
partisans  de  l'union,  les  catholiques  n'étaient  pas  rares;  tels 
étaient,  en  général,  semble-t-il.  les  religieux  du  couvent  de 
Zorzor  :  L'archevêque  de  Saint  Thaddée  ou  d'Ardaz  (au  delà  de 
l'Araxe  et  au  pied  de  l'Ararat),  Zacharie  surnommé  Zorzorein, 
et  le  moine  Jean  d'Ezenga,  célèbre  vartabed  plus  connu  sous  le 
nom  de  Jean  de  Zorzor,  avaient  pris  part  au  dernier  concile,  au 
dire  d'un  contemporain,  Jean  de  Kerna.  L'orthodoxie  de  Zacharie 
avait  même  été  mise  en  relief  par  ses  disputes  avec  Etienne 
Orbélian.  Il  est  vrai  que  le  nom  de  Zacharie  ne  figure  point 
parmi  les  signataires  des  conciles  de  Sis  et  d'Adana.  Mais, 
qu'importe?  ce  qu'il  faut  remarquer,  c'est  que,  parmi  ceux  qui 
signèrent  les  actes  de  l'un  et  de  l'autre  de  ces  conciles  se  trou- 
vent plusieurs  évêques  ou  vartabeds,  non  seulement  étrangers  à 
la  Cilicie,  comme  l'évêque  Vartan  d'Eudocias  (Tokat),  mais  ap- 
partenant à  la  Grande-Arménie  :  ainsi,  Vartan  évêque  d'Ani, 
Jean,  évêque  de  Marantounik  dans  leVasbourgan,  avaient  signé 
les  actes  de  Sis;  Jean  archevêque  de  Daron,  Marc  évêque  de 
Cars,  Jacques  évêque  de  Salamasd,  Constantin,  évêque  de  Ma- 
rantounik avaient  signé  les  actes  d'Adana. 

Beyrout. 

F.   TOURNEBIZE. 


LE  CHAPITRE  HEPI  ANAXaPHTON  AFION 

ET  LES  SOURCES  DE  LA  VIE  DE  SAINT  PAUL  DE  THÈBES  (1) 


Les  traductions  latine  (2),  copte  (3)  et  syriaque  (4)  de  ce  cha- 
pitre ont  été  publiées  ;  il  a  été  remanié  et  interpolé  dans  la  Vie 
d'Onuphrius  qui  a  aussi  été  publiée  (5)  ainsi  que  ses  traduc- 
tions latine  ((3),  éthiopienne  (1)  et  copte  (7).  Il  nous  semble  donc 
opportun  de  couronner  la  publication  de  tant  de  textes  par  celle 
du  texte  original  dont  ils  dérivent  (8).  Nous  reconnaîtrons  là 
un  des  premiers  écrits  ascétiques  de  FÉgypte,  étroitement  ap- 
parenté avec  la  Vie  de  S.  Paul  de  Thèbes. 

(l)'Ce  travail  est  rédigé  depuis  1902.  —  M.  Péreira  a  publié  depuis  la  version 
éthiopienne  de  la  Vie  de  saint  Paul  de  Thèbes  et  celle  de  la  Vie  d'Onuphrius;  cf. 
infra,  page  415,  appendice. 

(2)  L'ancienne  version  latine  a  été  publiée  par  Rosweyde,  De  vilù  Palrum, 
1.  VI,  lib.  tertius,  et  reproduite  par  Migne,  P.  L.,  t.  LXXIII,col.  1Û04-1014.  Nous 
publierons  le  texte  grec  des  anecdotes  9  à  12. 

(3)  ]\Iingarelli,  ^■Egyptiorum  eodicum  reliquae  Venetiis  in  Bibl.  Naniana  asser- 
vatae,  Bononiae,  1785,  pp.  337-343.  —  Les  fragments  qui  nous  intéressent  ont 
été  traduits  par  Amélineau,  Voyage  d'un  moine  égyptien  dans  le  désert,  tirage 
à  part  du  Recueil  de  travaux  relalifs  à  la  philol.  cl  Varchéol.  cg.  cl  assyr.^ 
l"  année,  pp.  28-30. 

(4)  Bedjan.  Acla  inarlyrum  et  sanclorum,  t.  VII  (Paradisus  Palrum),  Paris, 
1897,  pp.  252-260. 

(5)  Acla  .S'N.  jun.,  Anvers,  1698,  II,  p.  519-533  et  (nouvelle  éd.)  t.  111,  p.  16- 
24.  Le  texte  grec  de  la  Vie  d'Onuphrius  figure  p.  24-30. 

(6)  Migne,  P.  L.,  t.  LXXIII,  col.  211-222. 

(7)  Amélineau,  dans  l'ouvrage  cité  plus  haut. 

(8)  Cf.  Acla  S  S.  junii,  t.  III, 'p.  21  où  il  est  écrit  de  notre  second  l'écit  : 
Anonymi  peregrinalio  ejusque  de  anonymo  narratio  persimilii;  Paphnulianae  et 
peregrinationi  et  de  Onuphriu  narralioni,  estque  horuin  veluli  fundamenlu/n. 


388  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN, 


I.  —  Époque  de  la  rédaction  des  premiers 
Apophthegmata  Patrum. 

Il  nous  faut  traiter  d'abord  des  Apoplithegiiiata  Patrum, 
dont  le  chapitre  irspl  ho)a.yii^ç,r~^Z^^)  àytwv  fait  partie.  Ce  recueil  a 
été  jusqu'ici  l'objet  de  deux  publications  principales  :  1°  Une 
traduction  latine  de  diverses  collections  (ï Apophthegmata  par 
ordre  de  matières  a  été  publiée  par  Rosweyde  et  rééditée  par 
Migne  (1)  sous  le  titre  Verba  seniorum;  2"  Un  texte  grec  d'A- 
pophthegmes  rangés  par  ordre  alphabétique  d'auteurs  a  été 
publié  par  Cotelier  et  réédité  par  Migne  (2).  Ces  deux  publica- 
tions ne  sont  pas  indépendantes  Tune  de  l'autre,  il  n'y  a  même 
pas  indépendance  entre  les  diverses  parties  de  la  première;  de 
nombreux  récits  leur  sont  communs  à  toutes  (3). 

Il  semble  vraisemblable  que  bien  des  auteurs  en  bien  des 
endroits  ont  dû  rédiger  des  'A-osOsvtj.aTa  twv  ayioiv  ITa-Épwv  (4) 
dont  l'ensemble,  bien  que  dispersé  dans  de  nombreux  fasci- 
cules, formait  comme  un  BiSXisv  rspov-r/iv  (5)  ou  une  grande 
prairie  (AstiJ.svâpis;"  \iti7.q)  (6j  où  les  auteurs  postérieurs  de- 
vaient trouver  matière  à  de  nombreux  bouquets  dans  lesquels 
ils  inséraient  toutefois  des  fleurs  empruntées  à  leurs  propres 
serres  (7).  On  peut  même  se  demander  si,  à  une  certaine  épo- 
que, vu  la  vogue  de  ce  genre  de  littérature,  il  n'y  eut  pas  dans 
certains  centres  monastiques,  des  rédacteurs  attitrés  d'/lpo- 
phthegmata  comme  on  avait  eu,  durant  les  dernières  persécu- 
tions, des  rédacteurs  attitrés  des  actes  des  martyrs.  On  lit  en 

(1)  p.  Z,.,  t.  LXXIII,  col.  739-1062. 

(2)  P.  G.,  t.  LXV,  col.  71-446. 

(3)  Voir  aussi  l'excellente  étude' consacrée  aux  Apophlhef/mala  Palrum  par 
Dom  Butler,  The  historla  Lausiaca  uf  Palladius,  Cambridge,  1898,  p.  208-215.  — 
Nous  ne  faisons  pas  ici  une  étude  approfondie  des  Apophthegmata,  nous  nous 
proposons  seulement  d'exposer  brièvement  les  idées  que  nous  a"  suggérées  la 
lecture  rapide  de  plusieurs  manuscrits  et  qui  nous  seront  utiles  pour  la  suite 
de  ce  travail. 

(4)  Signalés  par  Jean  Moschos,  Pralum  spirUuale,  chap.  112. 

(5)  Signalé  par  Moschos,  ch.  55,  56. 

(6)  Photius,  Bibl.,  cod.  198. 

(7)  Les  mss.  que  nous  avons  vus  diffèrent  les  uns  des  autres  et  ne  semblent 
renfermer  que  des  collections  relativement  récentes.  La  plupart  mélangent  aux 
récits  des  an«iens  pères  égyptiens  des  récits  de  Daniel  de  Scété  (vi"  siècle),  du 
moine  Anastase  et  de  Moschos  (vn^  siècle). 


LES  ANACHORÈTES  ET  S.  PAUL  DE  THÈBES.        389 

effet  dans  le  ms.  159G  (p.  652),  après  le  récit  de  raccoEûplisse- 
ment  d'une  prédiction  que  fit  l'abbé  Daniel  à  l'abbé  Palladios  (1)  : 

Kal  o\.r,yriGX'^:r,'f  AaOpa  tw  r,-{Z'j[j.ivo)  -à  ùtto  ~o^  ^[épov'oq  spaOsvTa 
y.ai  XaXr^OsvTa  7:plq  [J.i.  oCo  xy.\  ùtq  à'^ta  y?^'?'^?»  èzsTpsd^sv  5  ocièxq 
'lïaày.  (2)  Yp«?'^''2ct  y.al  TsO'^vai  èv  ty)  (j'ISaw  twv  GTi[j.zi.oobpijy/  r.x-.i- 
p(ov  (3),  "pb^;  C'.7.iGc;j/J;v  -/.ai  ov^sXsiav  tojv  £VT'JY"/aviv-(ov. 

En  somme,  nous  croyons  donc  qu'il  faut  soigneusement  dis- 
tinguer entre  la  date  des  compilations  imprimées  jusqu'ici,  la 
date  des  compilations  encore  manuscrites,  et  enfin  la  date  de 
la  composition  des  premiers  Apopht/iegmata.  —  Il  nous  sem- 
ble a  priori  que  la  rédaction  de  ces  petites  historiettes,  de  ces 
courts  récits,  ou  de  ces  mots  édifiants  de  tel  ou  tel  moine,  ne 
présentait  aucune  difficulté  et  en  présentait  encore  moins  en 
Egypte  que  partout  ailleurs,  car  de  nombreuses  écoles  chré- 
tiennes, élevées  en  face  des  écoles  païennes,  y  formaient,  dès 
le  111°  siècle,  des  rhéteurs  et  des  sophistes  fort  aptes  à  ces 
petites  compositions.il  nous  semble  donc  à  priori  que  la  rédac- 
tion des  Apopht/iegmata  doit  être  considérée  comme  une  suite 
naturelle  de  la  rédaction  des  actes  des  martyrs  et  qu'elle  a  dû 
commencer  durant  la  première  moitié  du  iv"  siècle  (4).  — 
D'ailleurs,  a  posteriori,  certaine  collection  était  traduite  en 
latin  par  le  diacre  Paschasius  vers  l'an  500  (5).  Nous  croyons 
aussi  (6)  que  les  vitae  Patrum  mentionnées  dans  le  décret  at- 
tribué au  pape  Gélase  et  par  Gennadius  au  v*"  siècle,  renfer- 
maient surtout  des  historiettes  extraites  des  Apopht/iegmata  ; 
d'ailleurs  nombre  de  celles-ci  figurent  dans  des  mss.  syriaques 
écrits  en  Mésopotamie  et  datés  de  532  et  534  (7),  qui  supposent 
donc   une  très   ancienne  diffusion  et  célébrité  de  ces  écrits 


(1)  Nous  avons  publié  ce  passage  ROC.  1903,  p.  99. 

(2)  Le  même  récit  nous  apprend  qu'Isaac  était  ■<  Thégoumène  de  Scété  •• 
d'alors.  Cf.  Migne,  P.  L.,  t.  LXXIII,  col.  7Ô-2. 

(3)  Ce  livre  plus  ou  moins  modifié  formait  le  chap.  xviii  du  manuscrit  décrit 
par  Photius  {Bibl.,  cod.  198).  Son  titre  figure  encore  dans  bien  des  mss.  d'.-l- 
pophlhegmata. 

(4)  Les  collections  imprimées,  seules  étudiées  jusqu'ici,  sont  nK'langées  d'élé- 
ments beaucoup  plus  récents.  —  Dom  Butler  plaçait  dans  la  seconde  moitié  du 
v°  siècle  la  rédaction  des  Apophl.  isolés,  loc.  cU.,  p.  213.  De  même  M.  Preu- 

schen,  Palladius  und  Hufinus,  Giessen,  1897,  p.  180,  1.  3-7. 
(;»)  Butler,  loc.  cit.,  p.  211. 

(6)  Cf.  Migne,  P.  L.,  t.  LXXlll,  col.  13-1 1. 

(7)  Butler,  loc.  cil.,  p.  212. 


390  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEX. 

Égyptiens.  Nous  sommes  ainsi  reportés,  sans  cloute  possible, 
au  v''  siècle,  mais  il  est  facile  de  se  convaincre  que  certains 
Apophthegmata  ont  été  rédigés  au  plus  tcn^d  vers  le  milieu  du 
iv*"  siècle.  Peu  de  temps  après  cette  époque  en  effet,  vers  Tan 
lîTl,  nous  constatons  un  exode  de  la  jeunesse  pieuse  et  instruite 
de  l'Italie  vers  l'Egypte  :  Rufm  s'y  rendait  avec  Mélanie  (1), 
Jérôme  y  allait  de  son  côté  avec  d'autres  jeunes  gens.  Nous  ne 
croyons  pas  que  la  seule  Vie  de  S.  Antoine  ait  pu  créer  ce 
mouvement;  pour  s'en  convaincre  il  suffit  de  lire  la  lettre 
écrite  à  Rufin  en  374  par  saint  Jérôme  tombé  malade  à  Antioche 
avant  d'avoir  pu  aller  en  Egypte  (2)  :  Audio  te,  .Egyptisexreta 
penetrctre,  monachorum  i}wiserechoros,  et  cœlestem  in  terris 
circumire  familiam...  Tamdem  plénum  veritatis  pundus  eru- 
pit.  Ruffinum  eiiini  Nitriœ  esse;  et  ad  beatum  perrexisse  Ma- 
carium,  crebra  commeantium  multitudo  referebat.  Hic  vero 
tota  credulitatis  frena  laxavi,  et  tune  vere,  a^grotiuu   me 

esse  dolui Cet  enthousiasme  pour  les  chœurs  des  moines,  et 

surtout  la  mention  de  Nitrie  et  de  Macaire  l'Égyptien  supposent 
que  l'Egypte  n'était  pas  connue  des  occidentaux  par  la  seule 
Vie  d'Antoine;  d'ailleurs,  si  on  lit  attentivement  la  seule  table 
de  cette  Vie  (3),  on  se  convaincra,  croyons-nous,  qu'elle  ne 
repose  pas  seulement  sur  des  récits  oraux,  mais  encore  sur 
des  écrits  que  saint  Athanase  n'a  fait  qu'insérer  dans  sa  rédac- 
tion (4);  enlin,  et  c'est  la  dernière  raison  qu'il  nous  plaît  de 
donner  parce  qu'elle  nous  semble  péremptoire,  saint  Athanase 
écrivait  en  357  ou  en  365  (5)  :  n66sv  vàp  dq  xà?  S^aviaç  y.yX  elc 

~7.z  FaXAr'aç,  TTwç  c'.ç  T"r;v  'Poji^.'/jv  y.ai  t'J]v  'A9p'.y,"};v  àv  c^ti  7.£/,pu[j.- 
[j.ivc^  xal  7.a6-r,;j.£vcç   r,'/,oùi%rt  £'.   \i:r^   z   Ôsbç  Y;v   b  Tzav-y.yoXi  'zo'jq  âauTCu 

YvojpiÇwv  àvOpto-ou;  (6).  Même  en  faisant  la  part  de  l'exagération 

(1)  Cf.  Migne,  P.  L.,  t.  LXXIII,  col.  707-713. 

(2)  Cf.  Migne,  P.  L.,  t.  XXII,  col.  332. 

(3)  P.  a.,  t.  XXVI. 

(4)  Citons  en  particulier  le  discours  d'Antoine  aux  moines  traduit  de  l'égyp- 
tien en  grec  (col.  865-908)  et  les  colloques  d'Antoine  avec  les  philosophes.  —  Ce 
sujet  mériterait  d'ailleurs  une  étude  particulière  (si  toutefois  elle  n'est  pas 
faite)  sous  le  titre  :  les  sources  de  la  Vie  de  saint  Antoine.  Nous  ne  croyons  pas 
qu'on  puisse  se  passer  de  sources  écrites. 

(5)  Ce  sont  les  deux  dates  attribuées  à  la  composition  de  la  Vie  de  saint  An- 
toine d'où  ce  texte  est  tiré.  Cf.  Bidez,  Deux  versions  grecques  inédites  de  la  Vie 
de  Paul  de  Thèbes,  Gand,  1900,  p.  xi.n. 

(6)  Vie  de  saint  Antoine,  P.  (V.,  t.  XXVI,  col.  971. 


LES   ANACHORÈTES    ET    S.    PAUL    DE    TIIÈBES.  391 

possible,  il  s'ensuit  rigoureusement  de  ce  texte  qu'avant  la 
rédaction  de  la  Vie  de  S.  Antoine,  ce  saint  était  connu  en  Oc- 
cident par  d'autres  récits;  ces  récils  sont,  à  notre  avis,  des 
anecdotes  et  des  sentences  que  nous  avons  chance  de  retrouver 
dans  les  Apophthegmata.  Nous  croyons  avoir  ainsi  montré 
par  ces  textes  de  S.  Jérôme  et  de  S.  Athanasc  que  des  récits, 
sans  doute  des  Apophiliegmata,  relatifs  aux  moines  Égyp- 
tiens, à  Macaire  et  à  Antoine,  avaient  cours  même  en  Occident 
vers  le  milieu  du  iv°  siècle  (1). 

Des  compilateurs  rangèrent  ces  Apophthegmata  par  ordi'e  de 
matières,  il  en  existe  en  manuscrit  plusieurs  collections,  d'ail- 
leurs le  contenu  des  chapitres  diffère  lors  même  que  le  titre 
est  identique;  enfin,  plus  tard  encore,  un  compilateur  disposa 
par  ordre  alphabétique  d'auteurs,  un  choix  des  apophthegmes 
qui  avaient  cours  de  son  temps. 

II.   —  Le   CHAPITRE  7:£pl  àvayo)p-^TWV  àyio^v. 

1°  Les  MANUSCRITS.  —  Ce  chapitre  est  représenté  dans  les 
Mtae  Patrum  par  le  libellus  tertius  du  livre  VI  (2);  mais  le 
titre  et  l'étendue  de  ce  chapitre  varient  avec  les  divers  manus- 
crits grecs.  On  trouve  :  a)  llsp',  zzK'.~ziy.ç  àvapé-rou  oiaoipo^v  ira-Épojv 
dans  Coishn  282  (fol.  93^)  (8);  grec  914  (fol.  135^);  grec  917 
(fol.  80^');  grec  1600  (fol.  1)  (4).  Cette  famille  demss.  ressemble 
le  plus  au  latin  imprimé  dans  Migne.  Le  titre  latin  est  d'ail- 
leurs le   même  :  De  conversatione  optima  diversorum  sanc- 

(1)  Nous  comparerions  volontiers  la  Vie  de  saint  Antoine  écrite  par  saint 
Athanase  à  l'ouvrage  écrit  sur  Lourdes  par  M.  Lasserre.  Avant  cet  ouvrage,  il 
existait  déjà  de  nombreux  écrits  sur  Lourdes,  mais  il  les  fit  tous  oublier  —  au 
lieu  de  dire  que  saint  Athanase  occupe  la  première  place  dans  la  littérature 
grecque  hagiographique  (Bidez,  p.  xui),  nous  lui  appliquerons  plutôt  la  phrase 
de  saint  Jérôme  :  \on  lam  ipse  ante  omnes  fuit,  quam  ab  eo  omnium  incilala 
sunt  sludia.  —  Rappelons  encore  que  saint  Athanase  demandait  d'interroger 
tous  ceux  qui  venaient  d'Egypte,  ou  du  pays  d'Antoine,  afin  d'avoir  peu  à  peu 
une  histoire  plus  complète  sur  son  compte  :  -ûfisï;  ôà  {i.}]  T:aû(jr,(î6£  toù;  èvÔévSs 
7r)iovTa;  ÈpwTâv.  "Iffo);  Y^tp,  IxàuTou  XeyovTo;  oTrep  oISe,  (xoYtç  £7ta|îw;  tj  Tispi  Èxetvovi 
yévriTat  ùinynaii  (col.  808;  cf.  Anal.  Bail.,  t.  XX,  p.  149).  Il  provoquait  ainsi  à  la 
rédaction  d' Apophthegmata . 

(2)  Migne,  P.  L.,  t.  LXXIII,  col.  1004-1014. 

(3)  On  trouve  dans  ce  ms.  les  anecdotes  1  à  10  qui  figurent  dans  Migne,  P.  L., 
t.  LXXIII,  col.  lOÛl-1008. 

(4)  Le  commencement  du  ms.  IGOO,  et  par  suite  le  titre,  manque. 


392  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

torum  (col.  1004).  —  b)  Ihpl  r.oXi-dxç  àvapsTcu  dans  Coislinl27 
(fol.  295)  où  il  a  plus  de  matières  que  dans  Migne  (1).  —  c)  llcpl 
TioKi-sioLç  oiaçispojv  à-(ib)y  dans  Ic  ms.  grec  2474  (fol.  139').  On 
trouve  ici  des  anecdotes  empruntées  à  d'autres  chapitres,  par 
exemple  l'histoire  deSérapion  et  de  la  courtisane  (2).  —  d)  Ilepl 
àva-/o)p-/;Trov  dans  Coislin  126  (fol.  185);  Coislin  232  (fol.  182); 
grec  890  (fol.  154).  —  Nous  nous  proposons,  non  pas  de  publier 
toutes  le's  anecdotes  que  comprend  ce  chapitre  dans  les  divers 
manuscrits,  car  celles  qui  renferment  un  nom  d'auteur  l'ont 
déjà  été  par  Cotelier  (3)  et  d'autres  ne  présentent  pas  d'intérêt, 
mais  de  publier  le  texte  grec  inédit  de  quatre  de  ces  anecdotes 
qici  se  trouvent  dans  tous  ces  manuscrits  (4)  comme  dans 
les  traductions  latine,  copte  et  syriaque,  qui  ont  été  remaniées 
et  introduites  dans  la  Vie  d'Onuphrius,  et  enfin  qui  sont  visées, 
croyons-nous,  par  S.  Jérôme  dans  la  Vie  de  S.  Paul  de  Thèbes 
avec  laquelle  elles  sont  étroitement  apparentées.  La  traduc- 
tion latine  de  ces  quatre  anecdotes  figure  dans  ÎMigne,  P.  L., 
t.  LXXIII,  col.  1008-1012  sous  les  n°^  9  à  12;  nous  les  publions 
d'après  le  ms.  grec  1596,  p.  310-314. 

2°  Contenu  de  ce  chapitre.  — a)  Un  anachorète  (5)  raconte 
aux  frères  à  Raïthou  qu'il  songea  un  jour  à  aller  dans  le  désert 
intérieur  (6)  pour  voir  s'il  y  trouverait  quelqu'un  plus  avancé 
que  lui.  Au  quatrième  jour,  il  vit  une  caverne  (7),  y  entra  et 
aperçut  un  homme  assis.  //  frappa  à  la  manière  des  moines 
pour  qu'il  vînt  lui  donner  la  paix,  mais  il  était  mort;  il  le  tou- 

(1)  Ce  ms.  nous  a  d'ailleurs  semblé  le  plus  complet. 

(2)  Cf.  Migiie,  P.  G.,  t.  LXV,  sous  la  lettre  S. 

(3)  Dans  les  apophthegmes  alphabétiques,  P.  G.,  t.  LXV. 

(4)  Excepté  dans  le  ms.  Coislin  282  où  le  scribe  n'a  pas  transcrit  au  delà  de 
la  dixième  anecdote  (cf.  supra).  Ce  ms.  n'en  renferme  donc  que  deux  ;  par 
contre,  elles  se  trouvent  encore  toutes  quatre  sans  titre  pai'ticulier  dans  le  ms. 
Coislin  283,  fol.  79-82. 

(5)  M.  Brooks  a  trouve  ce  récit  en  particulier  dans  le  ms.  syriaque  de  Londres 
aclcl.  14648  du  vi"^  siècle,  fol.  Iti''. 

(6)  Nous  mettons  en  italiques  les  passages  qui  offrent  quelque  analogie  avec 
la  Vie  de  saint  Paul  de  Thèbes,  ou  qui  peuvent  être  visés  par  saint  Jérôme, 
comme  nous  le  dirons  plus  bas. 

(7)  Amélineau,  Voyage  d'un  moine  égyptien...  Tirage  à  part  du  Recueil  de  Ira- 
xmux  relatifs  à  la  p/iilol.  et  à  Varchéol.  ég.  et  ass.  {■{"  année),  p.  4-9,  15  et  29-30. 
—  Dans  les  Acla  SS.  jun.  III,  p.  19-20,  on  trouvera  sur  deux  colonnes  paral- 
lèles la  Vie  d'Onuphrius  et  la  traduction  latine  de  ce  premier  récit. 


LES   ANACHORÈTES    ET    S.    PAUL    DE    TIIÈBES.  393 

cha  et  il  tomba  en  poussière.  —  Plus  loin,  il  vit  une  caverne  et 
des  traces  de  pas.  Il  frappa  encore  et  personne  ne  lui  répondit, 
la  caverne  était  vide.  Au  soir  il  vit  venir  des  buf/les  et  avec 
eux  le  serviteur  de  Dieu{\)  qui  était  nu;  ses  cheveux  cou- 
vraient sa  nudité. 

Celui-ci,  effrayé,  voulut  s'enfuir,  puis  il  se  rassura  et  raconta 
son  histoire  :  Il  avait  commis  une  faute  et  il.  était  venu  Texpier 
au  désert.  Il  avait  trouvé  cette  caverne^  cette  source  et  un  pal- 
mier qui  lui  portait  douze  spathes  par  année.  Ses  elieveux 
avaient  poussé  pour  remplacer  ses  habits.  Il  avait  souffert  du 
foie  et  avait  été  guéri  de  façon  miraculeuse.  L'auteur  demande 
à  rester  dans  la  première  caverne,  mais  le  serviteur  de  Dieu  lui 
dit  qu'il  ne  pourrait  supporter  les  aiguillons  du  démon,  il  prie 
donc  sur  lui  et  le  renvoie. 

b)  Un  autre  vieillard  (2),  qui  devint  évêque  d'Oxyrinque,  ra- 
conte qu'il  alla  dans  le  désert  intérieur  vers  l'oasis,  au  pays 
des  Maa-z.si  (3),  pour  voir  s'il  n'y  trouverait  pas  un  serviteur  du 
Christ.  Il  fut  réconforté  miraculeusement  durant  sa  traversée 
du  désert,  et,  après  dix-sept  jours,  iltrouva  une  cabane,  un  pal- 
mier, de  l'eau  et  un  homme  qui  n'avait  encore  que  ses  cheveux 
pour  tout  vêtement.  Celui-ci  se  mit  d'abord  en  prières,  puis  lui 
demanda  :  «  Comment  es-tu  venu  \c,\''l  Est-ce  que  toutes  les 
choses  qui  sont  dans  le  inonde  subsistent  encore?  Les  persécu- 
tions sévissent-elles  toujours?-»  L'autre  lui  répond  qu'il  parcourt 
le  désert  pour  y  chercher  des  serviteurs  du  Christ  et  que  les 
persécutions  ont  cessé,  puis  il  lui  demande  son  histoire.  C'était 
un  évêque  Cjui  avait  sacrifié  durant  la  persécution  (  1)  et  Cjui 
s'était  ensuite  enfui  au  désert  pour  faire  pénitence.  Il  y  était 
depuis  quarante-neuf  ans  et  n'avait  été  pardonné  que  l'année 
précédente. — Il  se  mit  alors  en  prière,  son  visage  devint  bril- 
lant comme  le  feu  et  il  dit  à  son  serviteur  :  «  Ne  crains  pas, 
car  le  Seigneur  fa  envoijé  pour  prendre  soin  de  mon  corps  et 
Venterrer  »,  puis  il  étendit  les  mains  et  les  pieds  et  mourut. 


(1)  La  Vie  d'Onuphrius  l'appelle  Timothéc.  Cf.  Acla  SS.  juii.  111,  p.  21. 

("2)  M.  Brooks  a  trouvé  ce  récit  dans  le  ms.  add.  14648  du  vi<^  siècle,  loi.  IH''. 

(3)  Cf.  Amélineau,  lue.  cil.,  p.  9-10.  —  Dans  les  Acla  SS.  jun.  111,  \).  21-24, 
on  trouve  d'abord  la  trad.  latine  du  présent  récit,  puis  le  passage  correspondant 
de  la  Vie  d'Onuphrius. 

(4)  De  Dèce  (?)  comme  dans  la  vie  de  S.  Paul  do  Tliébes. 


394  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Le  palmier  se  dessécha  et  la  hutte  tomba  (1).  —  Son  visiteur 
déchira  sa  propre  tunique  en  deux  pour  V enterrer  avec  une 
moitié;  il  aurait  désiré  rester  en  ce  lieu,  mais  il  reconnut  que 
telle  n'était  pas  la  volonté  divine  et  il  revint  à  la  terre  habitée. 

c)  Deux  illustres  vieillards  marchaient  dans  le  désert  de 
Scété  quand  ils  entendirent  un  murmure  souterrain.  Ils  cher- 
chèrent l'entrée  de  la  caverne,  entrèrent  et  trouvèrent  une 
vieille  femme  qui  n'avait  pas  vu  d'être  humain  depuis  trente- 
huit  ans  (2).  Elle  vivait  d'herbes  dans  cette  caverne  en  servant 
le  Christ.  Elle  leur  apprit  aussi  que  Dieu  les  avait  envoyés 
pour  r enterrer.  Elle  mourut,  ils  l'enterrèrent  et  s'en  allèrent. 

d)  Un  anachorète  (3)  revêtu  seulement  d'un  ascv^tiov  (1),  voya- 
geait dans  le  désert.  Au  bout  de  trois  jours,  il  monta  sur  un  ro- 
cher et  vit  au-dessous  de  lui  un  homme  nu  qui  paissait  comme 
les  animaux  et  qui  s'enfuit  aussitôt.  Il  le  poursuivit  en  l'adju- 
rant au  nom  de  Dieu  de  l'attendre,  mais  l'autre  lui  répondit 
que  c'était  aussi  au  nom  de  Dieu  qu'il  fuyait.  L'anachorète, 
sans  doute  pour  mieux  courir,  eut  l'idée  de  jeter  son  vêtement, 
et  aussitôt  le  fuyard  s'arrêta  parce  que  l'anachorète  avait  rejet('' 
«  la  matière  du  monde  »,  il  lui  donna  un  bon  conseil  et  lui  dit  : 
«  Fuis  les  hommes,  garde  le  silence  et  tu  vivras.  » 

e)  Dans  le  même  chapitre  (5)  se  trouve  l'histoire,  déjà  pu- 
bliée par  Cotelier  (6),  de  Macaire  se  rendant  à  la  montagne  de 
Nitrie  pour  l'oblation  d'abba  Pambo.  Il  dit  aux  frères  :  «  Je  ne 
suis  pas  encore  devenu  moine,  mais  fai  vu  des  moines. 
Car  lorsque  j'étais  assis  un  jour  dans  ma  cellule  à  Scété,  les 
pensées  me  tourmentèrent,  disant  :  Va  dans  le  désert  et  vois  ce 
que  tu  y  verras...  je  partis  pour  le  désert  et  j'y  trouvai  un  lac 
d'eau,  et  au  milieu  une  île  et  les  animaux  du  désert  vinrent 
y  boire.  Et  je  vis  au  milieu  d'eux  deux  hommes  nus...  Et 
ils  dirent...  nous  sommes  venus  ici,  voici  quarante  ans...  Et 


(1)  Amélinoau,  loc.  cit.,  p.  19. 

(2)  Cf.  Aniélineau.  loc.  cit.,  p.  28--29. 

(3)  M.  Brooks  a  trouvé  ce  récit  dans  le  ms.  add.  14048  du  vi''  siècle,  fol.  72^ 

(4)  Cf.  Amélineau,  loc.  cit.,  p.  2!). 

(5j  Migne.  P.  L.,  t.  LXXIII,  col.  1006,  n»  4. 

(6)  Cf.  Migne,  P.  G.,  t.  LXV,  col.  260  et  t.  XXXIV,  col.  237-240.  Ce  texte  a 
été  reproduit  et  traduit  par  Amélineau  :  Annales  du  Musée  Guimet,  t.  XXV, 
p.  xLvi-xLvii.  JI.  Brooks  a  trouvé  ce  chapitre  dans  le  ms.  add.  12175,  daté  de 
534,  fol.  55''  et  dans  le  ms.  17177  du  vi"  siècle,  fol.  45^ 


LES    ANACHORÈTES    ET    S.    PAUL    DE    TIIÈBES.  395 

ils  m'interrogèrent  aussi  disant  :  Comment  va  le  monde? 
Et  Veau  vient-elle  en  son  tempa?  Le  monde  a-t-il  son  abon- 
dance? Et  je  leur  dis  oui,  et  je  les  interrogeai  :  Comment 
puis-je  devenir  un  moine?  —  Et  ils  me  dirent  :  Si  quelqu'un 
ne  renonce  pas  à  toutes  les  choses  du  monde  il  ne  peut  pas 

devenir  moine C'est  pourquoi  je  vous  dis  que  je  ne   suis 

pas  encore  devenu  moine,  mais  que  j'ai  vu  des  moines.  Par- 
donnez-moi, frères.  » 

f)  Cotelier  a  aussi  publié  (1)  l'histoire  de  Sisoés  mourant  : 
Son  visage  resplendit  comme  le  soleil  et  il  dit  aux  Pères  : 
«  Voilà  que  abba  Antoine  vient.  »  Peu  après  il  dit  :  «  Voilà  que 
le  chœur  des  Frophètes  vient.  »  Son  visage  resplendit  encore 
davantage  et  il  dit  :  «  Voilà  que  le  chœur  des  apôtres  vient.  » 

III.  —  Les  SOURCES  de  la  'V^ie  de  S.  Paul  de  Thèbes. 

V  S.    JÉIROME    A    CONNU    UNE    RÉDACTION    DU    CHAPITRE    r.tÇil  à^'X- 

•/wpYjTwv  à-'jMv.  —  S.  Jérôme,  après  avoir  écrit  que  Paul  de 
Thèbes  aurait  été  le  premier  ermite,  ajoute  :  Nonnulli  et  haec, 
ET  ALiA,  prout  voluntas  tulit  jactitant  :  suhterraneo  specu 
crinitum  calcaneo  tenus  hominem  fuisse;  et  multa,  quae 
persequi  otiosum  est,  incredibilia  fingentes.  Quorum  quia 
impudens  mendacium  fuit,  ne  i^efellenda  quidem  sententia 
videtur  (2).  On  s'est  demandé  quels  sont  ces  écrits  fabuleux  re- 
latifs aux  anachorètes  que  S.  Jérôme  déclare  avoir  déjà  lus  avant 
376  ou  même  avant  374  (3).  Rosweyde  et  les  Acta  SS.  ont 
supposé  qu'il  pourrait  s'agir  de  Macaire  le  Romain  ou  d'O- 
nuphrius,  si  toutefois  ces  écrits  n'étaient  pas  trop  récents  (4). 
Nous  tenons  que  la  Vie  de  Macaire  le  Romain  (5)  a  été  rédigée 

(1)  Cf.  p.  G.,  t.  LXV,  col.  396  et  P.  L.,  t.  LXXIII,  coL  1007,  no  5. 
l2)  P.  L.,  t.  XXIII,  col.  17. 

(3)  Date  do  la  composition  de  la  Vie  de  saint  Paul.  Cf.  Bidoz,  p.  vi. 

(4)  Roswej'de  écrit  :  Talis  describilur  sanctus  iMacarius  Romanus...  sed  ille 
sanclo  Paulo  Thebaeo  poslerior;  quia  vixil  pont  imperium  Julinni,  ut  habelur  in 
cjus  vita...  Tali  capillilio  el  sanctus  Onuphrius...  Hic  eliam  sanclo  Paulo  fuit 
poslerior.  Cujus  et  prubala  irita.  Quare  ad  aliam  aliquam  de  fictitlo  eremila 
fabulam  divus  Ilieronymus  hic  respexeril.  Cf.  Migne,  P.  L.,  t.  LXXIII,  col.  108 
et  211-212  et  Acta  SS.  jun.  111,  p.  10  etc.  et  oct.  X,  p.  b(jl. 

(5)  Publiée  par  Rosweyde;  rééditée  par  Migne,  P.  L.,  t.  LXXIII,  col.  415-42H 
et  dans  les  Acta  SS.  cet.,  t.  X,  p.  563-574. 


396  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

après  la  Vie  de  Paul,  car  il  y  est  question  par  deux  fois  (1).  non 
seulement  de  la  mort  de  Julien  l'apostat  arrivée  en  3(33,  mais 
encore  d'une  légende  particulière  relative  à  cette  mort  : 
Venimus  in  campum  magnu7n  et  pJanitiosmn  vocabulo 
Assia,  in  quo  martyr  Christi  Mercurius  apostatam  Julianiim 
peremisse  legitur.  Il  nous  semble  difficile  que  cette  légende  ait 
pu,  de  363  à  374,  se  former,  être  mise  par  écrit,  et  populariser 
Assia  au  point  d'en  faire  une  station  obligée  d'un  prétendu 
voyage  en  Perse.  D'ailleurs  la  rédaction  de  ce  prétendu  voyage 
de  Théophile,  Sergius  et  Hygin  est  trop  savante  pour  être  le 
plus  ancien  des  itinéraires  chrétiens,  et  loin  de  précéder  les 
itinéraires  de  Paule,  Sylvie,  Mélanie,  nous  croyons  qu'il  les  a 
suivis  (2).  Il  a  ainsi  utilisé  la  Vie  de  Paul,  loin  de  l'avoir  pré- 
cédée (3).  Il  reste  donc  que  S.  Jérôme  ait  connu  la  Vie  d'Onu- 
phrius  ou  plutôt  —  car  c'est  encore  là  un  ouvrage  qui  a  chance 
d'être  un  remaniement  postérieur  à  la  Vie  de  Paul  —  les 
anecdotes  relatives  aux  saints  anachorètes  que  nous  allons 
publier  et  qui  ont  servi  à  constituer  la  vie  actuelle  d'Onu- 
phriîis.  On  ne  trouve  d'ailleurs  dans  ces  quatre  récits  que  des 
anachorètes  nus  et  vêtus  de  leurs  cheveux,  habitant  des  ca- 
vernes. On  remarquera  surtout  le  premier  et  le  troisième  récit. 
Dans  ce  dernier  deux  pères  de  Scété  entendent  un  murmure 
souterrain  et  cherchent  l'entrée  de  la  caverne.  Il  n'est  pas 
question  du  vêtement  de  cette  vieille  femme  qui  n'avait  pas  vu 
d'être  humain  depuis  trente-huit  ans,  mais  il  est  probable  qu'il 
ne  devait  aussi  lui  rester  que  ses  cheveux  comme  aux  ana- 
chorètes des  récits  a)  b)  et  d).  Ainsi  dans  les  quatre  récits  nous 
avons  crinitum  calcaneo  tenus  hominem  et  dans  deux  récits 
cet  être  humain  demeure  in  subterraneo  specu,  les  détails  sont 


(1)  Migne,  P.  L.,  t.  LXXIII,  col.  416  et  426. 

(2)  Citons  par  exemple  (col.  415-416)  :  Pust  linec  vcro  decem  et  seplem  ilies  am- 
bulantes conjunximus  Jérusalem  et  sanctam  Resurrectionem  Jesu  Christi  et  crucem 
adoravimus,  deinde  exeuntes  in  Bethlehem  vidlmus  et  salutavimus  sanctum  prae- 
sepe...  in  montem  quoque  Oliveti  ascendimus. 

(3)  JMacaire  demande  aussi  :  Fratres  mei  benedidi  iinde  estis?  vel  mule  hue 
advenistis?  dicite  nobis  qualiter  se  habeat  genus  humanum,  vel  quomodo  fides 
christianorum  et  si  Sarraceni  vel  ethnici  hactenus  Christi  populo  persecutlonem 
ingerunt.  A  noter  cette  persécution  des  Sarrasins  (col.  421).  Ailleurs  (col.  423), 
un  àne  sauvage  indique  le  chemin  à  Macaire  comme  Thippocentaure  l'indiquait 
à  Antoine. 


LES   ANACHORÈTES    ET    S.    PAUL    DE   TIIÈBES.  397 

d'ailleurs  incroyables  {incrcdibilia  fingentes)  comme  l'écrit 
S.  Jérôme. 

Sulpice  Sévère  avait  lu  aussi  non  seulement  des  récits  rela- 
tifs à  Antoine  et  la  Vie  de  Paul,  mais  encore  des  apophthegmes 
comme  les  nôtres  relatifs  aux  anachorètes  nus  ffuand  il  écri- 
vait vers  Tan  400  (1)  : 

Duo  beati  Antonii  monasteria  adii  quae  hodieque  ab  ejus 
discipulis  incoluntur.  Ad  eiim  etiam  locuin,  in  quo  beatis- 
simus  Pendus  primus  eremita  est  diversatus,  accessi,  Ru- 
brum  mare  vidi;  jugiim  Sina  montis  ascendi,  cujus  sum- 
mum cacumen  cœlo  paene  contiguum,  nequaquam,  adiri  pot- 
est.  Inter  hujus  recessus  Anachoi^eta  esse  aliquis  ferebatur, 
quem  diu  multumque  quaesitum  videre  non  potui,  qui  fere 
jam  ante  quinquaginta  annos  a  convet^satione  humana  re- 
motus,  nullo  vestis  usu,  setis  corporis  sui  tectus,  niiditatem. 
suam  divino  munet^e  vestiebat.  Hic  quoties  eum  religiosi  viri 
adiri  voluerunt,  cursu  avia  petens,  congressus  vitabat  hu- 
tnanos.  Uni  tantumniodo  ferebatur  se  ante  quinquennium 
praebuisse  qui,  credo,  potenti  fide  ici  obtinere  promeruit, 
cui  inter  multa  colloquia  percunctanti,  cur  honiines  tanto- 
pere  vitaret,  respondisse  perhibetur.  Eum  qui  ab  hominibus 
frequentaretur  non  posse  ab  angelis  frequentari.  Unde  non 
immerito  recepta  opinio)w  niultorum  fama  vulgaverat,  sanc- 
tum  illurn  ab  Angelis  visitari.  —  Cet  anachorète  ressemble 
beaucoup  au  premier  ci-dessus  dont  on  racontait  l'histoire  à 
Raïthou  près  du  Sinaï.  Il  fuit  les  hommes  comme  tous  nos 
anachorètes  et  conseille  aussi  de  les  fuir. 

2"  Le  texte  grec  original  de  la  Vie  de  S.  Paul  de  Thèbes. 
—  Avant  de  faire  quelques  rapprochements  entre  le  chapitre 
«  des  saints  anachorètes  »  et  la  Vie  de  Paul,  il  nous  faut  indi- 
quer les  faits  nouveaux  ou  non  signalés  qui  militent  en  faveur 
de  notre  précédent  travail  (2)  auquel  nous  n'avons  pas  encore 
trouvé  d'objections  sérieuses  (3). 

(1)  Dial.  I,  ch.  XI.  Ces  paroles  sont  placées  dans  la  bouche  de  Posthumianus. 

(2)  Anal.  BolL,  t.  XX  (1901),  pp.  121-157. 

(3)  Nous  avons  en  vue  la  note  de  M.  Van  den  Yen  dans  Saint  Jérôme  et  la  Vie 
du  moine  Malchus,  Louvain,  1901,  p.  102-103,  et  le  compte  rendu  fait  par  M.  Cu- 
mont  du  savant  travail  de  jM.  Bidez  dans  la  Revue  de  Vinstr.  publ.  en  Belgique, 
t.  XLIV,  1901,  p.  310-311. 


398  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Il  nous  fallait  classer  un  texte  latin  (H)  et  deux  textes  grecs 
composés  souvent  des  mêmes  mots,  dont  l'un  a  était  une  tra- 
duction fidèle  du  latin  tandis  que  l'autre  b  s'en  éloignait  sou- 
vent (1).  Nous  avons  écrit  :  P  que  le  texte  b  était  antérieur  au 
texte  a  et  que  ce  dernier  texte  a  n'était  qu'une  révision  de  b  des- 
tinée à  le  rapprocher  du  latin,  et  2"  que  b  était  le  texte  original 
traduit  par  S,  Jérôme  comme  celui-ci  traduisait  toujours  (2), 
c'est-à-dire  paraphrasé  et  interpolé. 

Or,  M.  \'an  den  Yen  vient  de  comparer  trois  textes  de  la  Vie 
d'Hilarion  :  le  texte  latin  de  S.  Jérôme,  un  texte  a  qui  est  une 
traduction  fidèle  et  un  texte  b  qui  s'éloigne  souvent  du  latin. 
Grâce  à  ce  que  le  réviseur  a  s'est  fatigué  ici  de  ce  travail  de 
révision  et  ne  l'a  pas  poussé  jusqu'à  la  fin  de  la  Vie  d'Hilarion 
(tandis  qu'il  l'a  poussé  jusqu'à  la  fin  dans  la  Vie  de  Paul) 
M.  Van  den  Ven  a  pu  montrer,  avec  raison,  croyons-nous,  que 
la  version  fidèle  a  n'est  qu'une  révision  de  b  (3 1.  C'est  là  préci- 
sément ce  que  nous  avions  écrit  des  textes  analogues  de  la  Vie 
de  Paul.  Voici  son  raisonnement  (4)  : 

Si  a  est  une  traduction  littérale  du  latin  (de  la  Vie  d'Hilarion),  b  en  est 
une  version  libre,  caractérisée  par  des  remaniements...  (5);  b  et  la  se- 
conde partie  de  la  version  .grecque  de  la  Vie  d'Hilarion  forment  un  travail 
d'un  seul  jet,  tandis  que  a  est  une  pièce  de  rapport,  conçue  d'une  tout 
autre  manière  et  dont  on  voit  aisément  le  point  de  suture  avec  le  reste  de 
l'opuscule.  Le  passage  d'une  partie  à  l'autre  se  fait  d'une  façon  brusque 
au  milieu  d'une  phrase,  dont  par  là  même  la  construction  est  devenue 
assez  irréiiulière.  De  plus  il  est  à  remarquer  que  le  traducteur  de  la  Vie 

(1)  Ces  deux  textes  ont  été  publiés  pour  la  première  fois  par  M.  Bidez.  CI'. 
Deux  versions  grecques  inédites  de  la  Vie  de  Paul  de  Thèbes,  Gand,  I9U0. 

(2)  Saint  Jérôme  écrivait  en  effet  en  395  :  Ego  enim  non  solurn  f'aleor,  sed 
libéra  voce  profileor,  me  in  inlerpretalione  graecorum,  absque  Scripturis  Sanciis, 
ubi  et  verborum  ordo  mysterium  est,  non  verbum  e  verbo,  sed  sensum  exprimere 
e  sensu...  Quanquam'hoc  lanlum  probare  voluerim  me  semper  ab  adulescentia 
non  verba  sed  sentenlias  translulisse.  P.  L.,  t.  XXII,  col.  571.  —  Nous  avons  déjà 
cité  ce  texte,  qui  explique  à  lui  seul  les  différences  de  b  et  du  latin,  dans  notre 
précédent  travail  (.4.  B.,  XX,  p.  125),  nous  le  reproduisons,  à  cause  de  son  impoi'- 
tance,  pour  les  lecteurs  qui  ne  l'ont  pas  encore  vu. 

(3)  Ce  texte  b  de  la  Vie  d'Hilarion  n'est  signalé  jusqu'ici  que  dans  le  ms.  de 
Paris  n»  1540,  fol.  88.  IM.  Van  den  Ven  l'a  publié,  loc.  cil.,  p.  15U-I55. 

(4)  Saint  Jérôme  el  la  Vie  du  moine  Malchus  le  captif,  par  Paul  Van  don  Ven, 
Louvain,  1901,  p.  143  et  145-146. 

(5)  b  présente  aussi  des  additions  parce  qu'il  n'est,  d'après  M.  Van  den  Ven, 
qu'une  traduction  libre  du  latin.  Ainsi,  dans  la  Vie  de  Paul,  saint  Jérôme,  qui 
ne  faisait  qu'une  traduction  libre,  a  introduit  aussi  de  nombreuses  additions. 


LES    ANACHORÈTES    ET    S.    PAUL    DE    TIIÈBES.  399 

d'Hilarion,  suivant  une  liàbitude  qui  lui  est  familière,  rappelle  dans  la  par- 
tie traduite  librement  certains  faits  énoncés  dans  les  cinq  premiers  para- 
iiraphes  (1):  or  les  termes  dont  il  se  sert  à  cet  effet  sont  ceux  de  6,  et  non  de 
(I,  preuve  que  la  première  partie  de  son  travail  était  b  et  non  pas  a.  Est-ce 
à  dire  que  a  est  un  travail  postérieur,  dû  à  quelque  écrivain  qui  avait  sous 
les  yeux  le  texte  latin  (2)  et  voulut  en  traduire  les  premiers  paragraphes 
plus  fidèlement  que  son  devancier?  Cette  solution  paraît  la  plus  naturelle  (3;. 

Maintenant  donc  que  notre  théorie  pour  expliquer  les  rela- 
tions des  textes  a  et  b  de  la  Vie  de  Paul  a  été  appliquée  avec 
succès  par  un  «  philologue  »  (4)  aux  textes  analogues  a  et  6  de  la 
Vie  d'Hilarion,  nous  espérons  qu'on  ne  la  trouvera  plus  «  invrai- 
semblable »  (Cumont)  ni  même  «  compliquée  »  (Van  den  Ven). 

Puisque  b  est  antérieur  à  a,  il  ne  nous  reste  plus  qu'à  clas- 
ser b  et  le  latin  H.  Nous  avons  montré  a  priori  que  S.  Jérôme 
a  dû  utiliser  des  sources  écrites.  Nous  aurions  pu  ajouter  que 
S.  Jérôme  nous  le  dit  lui-même  dans  le  texte  cité  plus  haut  : 

(1)  M.  Van  den  Veii  insiste  beaucoup  sur  ce  l'ait  que  le  réviseur  a  n'a  révisé 
que  le  cummencemenl  de  la  Vie  d'Hilarion,  il  tient  à  nous  bien  montrer  l'unique 
motif  de  sa  conviction.  Il  nous  semble,  en  effet,  que  si  le  réviseur  a  avait  poussé 
sa  révision  jusqu'au  bout  comme  il  l'a  fait  pour  Paul  de  Thèbes,  ]\L  Van  den 
Yen  n'aurail  pas  reconnu  le  caractère  de  ces  deux  textes  et  aurait  écrit  :  «  le 
premier  texte  a  est  une  traduction  du  latin,  peut-être  contemporaine  de  saint 
.T<''rôme.  Le  deuxième  b  est  un  remaniement  très  libre  de  cette  traduction  :  le 
style  est  simplifié,  la  langue  vulgarisée  pour  rendre  cette  œuvre  d'édilication 
plus  accessible  au  public  d'humbles  moines  auquel  elle  était  avant  tout  des- 
tinée •'.  Cf.  F.  Cumont.  Revue  de  Vlnstr.  publ.  en  Belg.,  t.  XLIX,  1901,  p.  340. 
Ce  raisonnement  est  certainement  inexact  pour  les  Vies  d'Hilarion;  nous  le 
croyons  inexact  pour  les  Vies  de  saint  Paul. 

(2)  Il  avait  aussi  le  texte  b  sous  les  yeux  et  pouvait  donc  en  conserver  les 
mots  et  les  expressions. 

(3)  IM.  Van  den  Ven  constate  quelques  ressemblances  entre  les  textes  a  et  b 
et  il  se  croit  obligé,  pour  les  expliquer,  de  conclure  à  l'unité  d'auteur.  Ce  n'est 
pas  nécessaire.  Car  le  traducteur  a  qui  révisait  b  avait  lu  b,  Vavail  sans  doute 
sous  les  yeux,  et  pouvait  lui  emprunter  des  mots  et  des  locutions,  même  à  plu- 
sieurs siècles  de  distance. 

(4)  M.  Cumont  n'avait  sans  doute  pas  eu  le  temps  de  parcourir  les  dernières 
pages  du  travail  de  M.  Van  den  Ven,  car  il  écrivait  :  «  Nous  avons  reçu...  un 
excellent  travail  de  M.  Van  den  Ven  sur  saint  Jérôme  el  la  Vie  du  moine  Malchus 
le  captif  »  [Revue  Inslr.  publ.  Belg.,  1901,  p.  341).  S'il  croit  aussi  que  la  version 
fidèle  a  de  la  Vie  d'Hilarion  est  postérieure  à  la  traduction  libre  b,  nous  serions 
curieux  de  savoir  s'il  est  toujours  persuadé  qu'  «  aucun  philologue  »  ne  i)eut 
accepter  que  la  traduction  plus  fidèle  a  de  la  Vie  de  Paul  soit  postérieure  au 
texte  plus  libre  b  et  n'en  soit  qu'une  révision.  Qu'il  lise  les  premières  phrases 
des  deux  textes  et  qu'il  explique  pai-  le  menu ,  s'il  le  peut,  leurs  ressemblances 
et  leurs  différences  dans  une  autre  hypothèse,  comme  nous  pouvons  les  expli- 
({uer  en  supposant  que  a  révise  le  texte  b  pour  le  rapprocher  du  latin. 


400  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

NonnuUi  et  iiaec  et  alia  prout  voluntas  tulit,  jactitant.  Ces 
choses-là  [et  haec)  sont  celles  dont  vient  de  parler  S.  Jérôme, 
c'est-à-dire  l'antériorité  de  Paul  sur  Antoine;  les  autres  choses 
{et  alia)  sont  les  récits  relatifs  aux  anachorètes  nus.  S.  Jérôme 
nous  apprend  qu'il  avait  plusieurs  récits  égyptiens  sous  les 
yeux  et  ne  s'attachait  qu'au  récit  de  la  Vie  de  Paul  [et haec);  il 
rejetait  les  autres  {et  alia  )  comme  de  purs  mensonges.  Nous 
avons  rappelé  que  S.  Jérôme,  d'après  sa  confession,  ne  tradui- 
sait jamais  rcrô^/w?  e  verbo,  mais  seulement  sensinn  e  sensu, 
nous  avons  montré  que  tel  est  le  caractère  de  sa  traduction 
H  par  rapport  à  b.  D'ailleurs  b  a  bien  les  caractères  d'un  texte 
original  écrit  pour  compléter  et  rectifier  la  Vie  de  S.  Antoine 
que  son  auteur  connaissait  bien,  il  ne  renferme  pas  les  pas- 
sages personnels  à  S.  Jérôme  tandis  que  S.  Jérôme  a  conservé, 
en  les  modifiant  honnêtement,  les  passages  personnels  à  l'au- 
teur de  b:  enfin  nous  avons  ajouté,  entre  autres,  dix  critiques 
intrinsèques  du  latin  (p.  145)  (1)  auxquelles  on  a  cru  répondre 
suffisamment  en  écrivant  que  le  texte  latin  était  mal  établi  (2). 
La  pierre  avec  laquelle  S.  Antoine  frappe  à  la  porte  {b)  ou 
sur  laquelle  il  glisse  (H)  nous  a  toujours  été  opposée.  On  a  tou- 
jours voulu  voir  dans  a  un  texte  intermédiaire  entre  H  et  b, 
ce  qui  est  devenu  moins  probable  maintenant  que  la  rédac- 
tion b  a  toute  chance  d'être  antérieure  à  la  rédaction  a.  Mais 
nous  ferons  encore  remarquer  que  b  est  d'accord  avec  les  usages 
égyptiens  où  l'on  frappe  toujours  avant  d'entrer,  on  en  trou- 
vera deux  exemples  dans  les  récits  «  sur  les  saints  anachorètes  » 
et  il  sera  facile  d'en  trouver  d'autres  (3),  tandis  que  le  latin  pré- 


(1)  Au  4"  {Anal.  BolL,  t.  XX,  p.  145),  il  faut  lire  vexpo;  qui  est  le  texte  de  b 
au  lieu  de  0v7it6ç.  —  Nous  ne  comprenons  pas  que  M.  Van  den  Yen  puisse 
interpréter  ce  passage  en  faveur  du  latin  :  car  c'est  saint  Jérôme  qui  a  commis 
ici  la  faute  de  remplacer  vsxpôç  (mortuus)  par  murtalis  et  d'écrire  plus  bas  sans 
modifier  b  :  gaudcbat...  de  interitu  Sataniae. 

(-2)  II  ne  faut  pas  oublier  qu'un  ms.  utilisé  par  ûligne  est  daté  de  517  {P.  L., 
t.  XXIII,  col.  15).  D'ailleurs  nous  avons  parcouru  une  dizaine  de  mss.  latins  et 
n'avons  pas  trouvé  de  grandes  divergences.  Deux  de  ces  mss.  présentaient  des 
sortes  de  révisions  littéraires,  certains  mots  étaient  barrés  et  remplacés  par 
des  synonymes. 

(3)  Par  exemple,  P.  G.,  t.  LXV,  col.  t'64.  Macaire  frappe  aussi  à  la  porte 
d'Antoine  qui  le  fait  attendre  avant  d'ouvrir.  —  'Hpax>£toïiç  raconte  aussi  qu'un 
frère  ayant  eu  le  tort  de  quitter  sa  cellule,  y  trouva  quand  il  revint  «  un 
Éthiopien  qui  grinçait  des  dents  >>.  11  courut  le  conter  à  l'abbé  Héraclide  et, 


LES  ANACHORÈTES  ET  S.  PAUL  DE  THÈBES.        401 

sente  une  paraphrase  ampoulée  et  un  récit  peu  vraisemblable 
(cf.  Anal.  BolL,  t.  XX,  p.  131,  note  1). 

Le  nom  d'Amatas,  qui  semble  une  création  de  S.  Jérôme,  nous 
a  donné  occasion  jadis  de  montrer  que  le  latin  semblait  n'être 
qu'une  traduction  d'un  texte  grec  (1).  Nous  avons  montré  que 
Amatas  se  trouve  aussi  écrit  Amatus  et  en  grec  "A;j.;j.aTo-:,  nous 
avons  alors  rapproché  les  deux  textes  suivants  : 

AIKipcVniVIITAII  |-A(>  (nilllAOlITIIC  IITe  niLIAKApiOO 
ABBA    AlITtOIIIOC     fîTO   lilH    IIO     (3TAY0()I  IG(|   (2) 

ei:  Amatas  vero  et  Macarius  discipuli  Antonii,  quorum  su- 
perior  magistri  corpus  sepelivit  etiam  mine  affirmant... 

Nous  nous  sommes  ensuite  demandé  comment  nous  pourrions 
déduire  l'un  de  l'autre  et  il  nous  a  semblé  que  le  copte,  formé 
d'ailleurs  entièrement  de  mots  grecs,  pouvait  donner  naissance 
au  latin  en  supposant  que  les  deux  mots  uakapioc  et  abba 
avaient  donné  les  deux  noms  propres  Macaire  et  Amatas  (3). 
un  critique  a  trouvé  cette  conjecture  «  étrange  ».  Nous  sommes 
heureux  de  pouvoir  lui  apprendre  que  «[j-i^.a  a  donné  Amata, 
il  ne  trouvera  donc  plus  si  «  étrange  »  que  à6£a,  vu  la  per- 
mutation paléographique  fréquente  du  6  et  ;j.,  ait  pu  être  lu 
o.\j.\i.x  et  donner  Amatus.  On  lit  en  effet  P.  L.,  t.  LXXIV,  col. 
331  :Y\i^.  Amatae...,  in  quibus  Amatam  quamdam  nomine 
ancillam  Christi  senem  vidi,  tandis  que  la  traduction  exacte 
du  grec  (P.  L.,  t.  LXXIll,  col.  1206)  porte  :  Vita  Animae 
Talida...,  in  quibus  conveni  etiam  Ammam  Talida,  quae  (4)... 

De  même,  Amma  Heraei  a  donné  le  nom  Emerayes  (5). 

malgré  sa  frayeur,  n'oublia  pas  de  frapper,  xai  opofAO)  xal  966(0  izotlq»  r;Ms  Tipôç 
TÔv  YspovTa,  y.al  y.poûffa;  tyjv  9ûpav  ).£Y£i-  'EXéricôv  [A£  àêêà,  xai  àvoi^ov  (xoi  ■^a.yitùi, 
m.  247 1,  fol.  225'  ot  ms.  1596,  p.   136. 

(1)  Cf.  Amatas,  disciple  d'Antoine,  Journal  Asiatique,  juillet-août  1900,  pp.  23-30. 

(2)  Vie  de  saint  Paul,  Annales  du  Musée  Guimel,  t.  XXV,  p.  2,  lignes  3-4. 

(3)  Nous  avons  montré  d'ailleurs  que  le  copte  provenait  d'un  texte  grec.  C'est 
donc  le  texte  grec  archétype  du  copte  qui  aurait  conduit  à  introduire  les  deux 
noms  propres  IMacaire  et  Amatas.  Nous  l'avons  reconstitué  ainsi  :  'HvT^<7a[xev 
yàp  Twv  [iaOriTÔiv  toù  (Aaxapîou  àoêà  (toO)  'Avxwvtoy,  oE  xal  eôai^^av  aùxov.  Nous  rap- 
pelons ces  textes  afin  que  les  philologues  auxquels  le  journal  Aslalique  est  inac- 
cessible ne  nous  accusent  plus  cV introduire  arbitrairement  les  mots  (laxâpioç  et 
àggà.  Ces  mots,  on  le  voit,  figurent  dans  la  version  copte  de  la  vie  de  Paul. 

(4)  On  trouve  dans  le  grec  p(o;  àtxii.à  TaXt'Sa;...  Su vxetû /;/)>'«  à[A[JL(x  Ta),i'oa,  ms.  grec 
de  Paris  1626,  fol.  13-4'';  puis  :  nepl  'AfiaTaXtôo;,  grec  853,  fol.  138  etc. 

(.5)  Cf.  F.  5L  E.  Péreira,  Marlyrio  de  Santa  Emerayes  {Jima.  Heraei),  Lisboa, 
1902  (Lithogi-aphie). 

OHIENT    CIIUÉTIEN.  26 


402  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Enfin,  dans  le  ms.  T  de  la  Vie  de  Paul  (Bidez,  p.  xxxv  ou  2) 
'A[j,aTiç  s'est  changé  en  "A[xa  et  MocvÂpicc  en  cl  \j.a-Aàpioi.  Il  n'est 
donc  pas  impossible  que  la  transformation  inverse  ait  eu  lieu  à 
l'origine. 

Notons  encore,  comme  faits  «  étranges  »,  que  le  nom  Amatas 
est  devenu  Hacutïvoç  dans  la  Vie  de  Paul  non  signalée  jusqu'ici 
conservée  dans  le  ms.  grec  de  Paris  n°  919  (fol.  1-3)  (ij  et  Ma- 
To'ucç  dans  le  chapitre  xxv  de  riiistoire  lausiaque  d'après  le  ms. 
grec  de  Paris 853,  fol.  92\  Voici  ce  dernier  texte:  "EvOa  cl  [/.oiH-qTai 

ajTOU  èy.aôc^cvTO  sic  to  'Ke^[ô\).evcv  IKcrtp,  May.âpic?  y.al  MaToVtcç,  c'.  xaî 

â'Oa'l/av  Tbv  [xay.xpiov  'Avtwviov  v.cv^.rfiév-y..  Ces  noms  propres  man- 
quent dans  ce  chapitre  de  l'histoire  lausiaque  tel  qu'il  figure 
dans  le  ms.  de  Paris  919,  fol.  5^  — Il  ne  faut  donc  pas  croire 
que  le  seul  processus  suivi  dans  les  modifications  de  textes  soit 
un  processus  de  suppressions  et  de  simplifications.  11  peut  aussi 
y  avoir  des  additions  et  des  modifications  du  tout  au  tout  :  a;j.;j,a 


(1)  Ce  ms.  du  xiv°  siècle  est,  sinon  plus  important,  du  moins  plus  curieux  que 
le  ms.  do  Turin  n'  116  du  xvi"  siècle  (T)  (cC.  Anal.  BolL,  t.  XX,  p.  153-155). 
L'auteur  a  voulu  faire  une  nouvelle  'collection  alphabétique  d'Apophthegmata 
en  commençant,  comme  toujours,  par  Antoine.  11  a  donc  mis  dans  la  bouche 
d'Antoine  et  de  ses  disciples  l'histoire  de  Paul  de  Thèbes,  de  Paul  le  simple  et 
d'Eulogius  (fol.  l-ij).  Viennent  ensuite,  d'après  les  apophl/iegmala  existants, 
Vhistorla  monachorum  et  l'histoire  lausiaque  :  Apollo  (7-10],  Amnoun  (10),  Bé- 
sarion  (10''-ll'>''i,  Gérasime  (11^-12''),  Daniel  le  Sc(''tiote  (ll''-22'');  Daniel  de  Pharan, 
Doula  (23"),  David  (25^),  Euplirosynos  (26),  .losepli  (27")  ;  Jean  de  Lycopolis  (2!)"); 
Macaire  l'Égj-ptien  (32'');  Macaire  d'Alexandrie  (35);  Paplinuce  (37);  Pachome  (42), 
Sérapion  (44).  —  Voici  le  commencement  (fol.  1)  :  Toù  àyioy  'Avxwvtou  ônfjyYien; 
Ttspi   ToO   à6êà  riaOXou  toù  ©rjêato-j. 

AtrjyyicavTo  ufiiv  ol  [xaôriTal  loO  àêêà  'Avtwvîcu,  Maxtypio;  xat  ID.o-jTtvoç  ol  ÛâiLavTEi; 
aÙTÔv,  oTt  itepl  TÔ  £V£vr,xoG-TÔv  êxoç  toù  yépovTOç  ^Xâev  aÙTw  £7rt6ûjJ.io;  elaeXOcïv  et?  Ty)v 
èctoTÉpav  £pv]|xov  xal  Iôeïv  el  evipr)  8oy)>ov  Ôsoù  Ttva  irpo  aÙToù  r/iv  lpif)(xov  sxeîvyiv  oîxrj- 
ffavxa.  Il  reçoit  une  révélation,  part,  trouve  l'iiippocentaure,  le  satyre;  enfin  une 
louve  (XOxEva)  lui  indique  la  caverne  de  Paul.  6  oï  ■^içui't  to  <snr),aiov  OsaffdcjjiEvoç 
yapà;  xal  6u[iriotaç  IjiTtXeoç  ysytovs,  xat  TtooffeXQtov  sxpoudsv.  '£î;  ôè  tôv  xpoTov  vîxoy(7£v 
ô  Êv5ov  oîxwv  àvEwyjiÉVYiv  ouaav  Tr;V  6-jpav  toO  any\^.cdo\>  àva<7Tà;  £xX£ta£.  Enfin  Paul 
ouvre  et,  après  des  compliments  mutuels,  il  raconte  sou  histoire  :  il  est  né  en 
Thébaïde,  il  avait  une  sœur  mariée;  sous  Valérien  et  Dèce  le  mari  de  sa  sœur 
veut  le  livrer  etc.  Voici  la  fin  : 

Kai  Xaêwv  tô  oTixâpiov  aÙTOù  EÙXoyîaç  X°'f'^5  ^''^P  ayTÔ;  6  àyto;  IlaùXo;  èx  patMv 
aOxw  xaTEffXEÛaTEv,  ôtiécttpeiJ/e  ôà  Ttpô;  tôv  iauToO  (lovaffxripiov  xat  TiâvTa  yîjjiïv  àxptSwç 
ûiriyyiffaTO  xal  oùtw;  t\yjy  èxeïvo  to  (jTtyocpiov  «o;  a-jTÔv  llaùXov  Èv  aùxio  pXÉnwv.  'Eçrfpsi 
Se  aÙTo  Ta;  jjLEyàXa;  éopTa;  toù  XpicrToù,  (Lv  Taîç  Ttp£«jê£catç  tÛ-/oi[xev  xal  yi(1£Î<;  yEvÉsôat 
TOÙ  àyioy  llaùXoy  xal  toù  âyioy  'AvTwvtoy  xoivuvol...  £v  t^  'ôt^Épa  Tyjç  xpiaEWç.  —  Nous 
croyons  en  somme  que  ce  texte  du  ms.  919  est  un  remaniement  de  la  révi- 
sion a.  —  Sic  M.  de  Decker,  cf.  Infra,  p.  415. 


LES   ANACIIORÈrES    KT    S.    PAUL    DE    TIIÈBES.  403 

donne  a[j.a  etAmatn;  Amatos  donne  IIXout^^c?  et  Ma-rono^.  Il  est 
donc  possible  aussi  que  a65a  ou  un  mot  analogue  ait  donné 
x[j.\m  et  oc,ai;,aToç,  ce  qui  concilierait  ^ouv  ce  passage  les  divers 
textes  de  la  Vie  de  Paul,  montrerait  d'où  provient  ce  nom 
<r  Amatas  »,  connu  seulement  par  S.  Jérôme  et  par  un  texte  de 
Pallade  qui  en  dérive,  et  prouverait  que  le  latin  n'est  pas  le 
texte  original. 

La  lettre  de  S.  Jérôme  à  Paul  de  Concordia  s'explique  mieux 
d'ailleurs  dans  cette  dernière  hypothèse.  En  voici  la  lin  (1)  : 
Et  ne  putes  modicum  esse  qiiae  deprecor...  scilicet  cornmen- 
tarios  Fortunatiani,  et,propter  notitiampersecutionum,  Au- 
relii  victoris  historiam  siniulque  epistolas  Novatiani,ut,  cluni 
schismatici  hominis  venena  cognoscimus,  libentius  sancti 
niartyris  Cypriani  Jnbamus  antidotum.  Misirnus  intérim 
te  tibi,  id  est  Paulo  seni  Paulum  seniorem  :  in  quo  propter 
simpliciores  quosque  multum  in  dejiciendo  sermone  labora- 
vimus,  sed  nescio  quo  modo  etiam  si  aqua  plena  sit  tqmen 
eunidem  odoreni  lagena  servat,  quo,  dum  rudis  esset,  imbuta 
est.  Si  hoc  munusculum  placuerit,  habemus  etiam  a  lia  con- 
dita,  quae  cum  plurimis  orientalibiis  mercibus  ad  te,  si  Spi- 
ritus  sanctus  afflaverit,  navigabunt.  —  On  écrit  d'ordinaire 
que  S.  Jérôme  demande  les  commentaires  de  Fortunatien,  l'his- 
toire d'Aurelius  Victor,  les  lettres  de  Novatien  et  qu'é'^^  retour 
il  adresse  une  petite  composition  littéraire,  la  Vie  de  Paul,  sans 
garanties  d'authenticité,  car  il  l'a  écrite  avant  qu'il  ait  été  en 
Egypte,  loin  de  l'Egypte  et  sans  sources  écrites,  dit-on.  On 
écrit  ensuite  que  S.  Jérôme  a  pris  un  style  simple  à  l'usage  des 
humbles,  mais  on  doit  ajouter  aussitôt  qud  n'y  parait  pas 
dans  Vouvrage,  car  S.  Jérôme  n'a  jamais  dépensé  plus  de  rhé- 
torique et  de  citations.  On  lui  rapporte  ensuite  l'allusion  qui 
suit  :  La  cruche,  dit-on,  c'est  S.  Jérôme,  cette  cruche  en  374 
était  pleine  puisqu'il  le  dit,  et  elle  conservait  l'odeur  du  temps 
où  elle  était  neuve  (?).  Enfin  il  annonce  que  si  ce  petit  présent 

(1)  p.  L.,  t.  XXII,  col.  341.  —  L'interprétation  donnée  d'ordinaire  présente 
quelques  difficultés,  mais  peut  se  recommander  de  textes  parallèles  et  n'est  pas 
absurde.  Elle  n'est  pas  d'ailleurs  contraire  à  notre  thèse.  L'interprétation  que 
nous  donnons  semble  plus  logique  et,  si  on  l'admet  pour  elle-même,  elle  suffit 
encore  à  prouver  que  saint  Jérôme  a  utilisé  un  texte  préexistant  qu'il  a  modifié, 
mais  dont  on  sent  encore  l'influence  dans  sa  paraphrase. 


404  REVUE  DE  l'orient  CHRÉTIEN. 

'  plaît,  il  en  a  d'autres  tout  prêts  qu'il  enverra  avec  des  marchan- 
dises orientales. 

Dans  notre  hypothèse,  S.  Jérôme,  en  retour  d'ouvrages  im- 
portants, envoie  un  petit  ouvrage  historique,  compilé  et  tra- 
duit librement  de  sources  égyptiennes.  Il  a  beaucoup  travaillé, 
en  traduisant,  à  baisser  le  ton  (1)  de  l'ouvrage  à  cause  des  fai- 
bles d'esprit  (2)  qui  auraient  pu  s'en  offusquer,  mais,  malgré 
les  développements  et  les  tours  oratoires,  la  cruche  (c'est-à-dire 
la  Vie  de  Paul  et  non  pas  S.  Jérôme)  a  encore  le  même  goût  de 
terroir  égyptien  (3)  qu'elle  avait  dans  le  petit  écrit  original. 
Si  Paul  de  Concordia  prise  ce  genre  d'écrits,  on  lui  en  adressera 
d'autres,  car  on  a  encore  des  apophthegmata  et  d'autres  écrits 
égyptiens  (ou  orientaux)  sous  la  main. 

(1)  Pour  le  sens  de  dejicere,  rappelons  que  l'on  trouve  les  locutions  :  Dejecit 
vultldn  et  demissa  voce  locula  est,  Virgile,  /En.,  III,  320;  Dejecit  oculos  in  terram. 
Quint.,  Inst.,  I,  xi,  9;  Dejeclus  vultum,  Stat.,  Theh.,  III,  367.  —  Nous  donnons  ci- 
dessous,  note  3,  quelques  exemples  de  ces  modifications>  que  saint  Jérôme  a  fait 
subir  au  texte  primitif. 

(2)  Freund  traduitei?  effet  simplex  par  simple  au  moral,  ingénu,  naïf,  etc. 

(3)  Nous  pouvons  citer  quelques  endroits  où  saint  Jérôme  a  travaillé  tout  spé- 
cialement à  dejicere  sermunem. 

rvwiTÔjjiEÔx  oTt  oùvt  £(7Tiv  'AvTwvto;  Tïpw-  Quod  ex  parte  verum  est.  Non  enim 

To;  ô  TrpoeÀÔàw  xarà  xriv  'ép-i)\iov    a>l'  à       tam  ipse  ante  omnes  fuit,  quam  ab  eo 
(xaxâpto;  IlaOÀo;.  omnium  incitata  sunt  studia. 

Kal  Yijxst;  ôè  [làW.ov  èv  toûtm  ImaTÛÔ-/]-  Quod   non   tam   nomine  (juam   opi- 

[A£v.  nione  nos  quoque  comprobamus. 

Saint  Jérôme,  comme  un  bon  secrétaire  de  rédaction,  dejicit  sermonem  en 
modifiant  et  adoucissant  les  passages  moins  agréables  pour  saint  Athanase  et 
saint  Antoine. 

OuTw  S;  £(JXYiu.âTia£v  éa-jTÔv  ô  ètiooÀo;  Verum  haec  utrum  diabolus  ad  ter- 

xa6'  ÛKÔxpKTtv.  rendum  simulaverit,  an,  ut  solet,  ere- 

mus  monstruosorum  animalium  ferax 
istam  quoque  gignit  bestiam,  incertum 
habemus. 

L'auteur  égyptien  inti-oduit  immédiatement  le  diable  comme  dans  tant  de 
récits  ascétiques.  Saint  Jérôme  dejicil  sermonem  à  l'usage  des  Latins  et  leur 
fournit  une  seconde  hypothèse  plus  naturaliste.  De  même  après  l'histoire  du 
Satyre,  il  juge  encore  bon  d'aller  au-devant  de  l'incrédulité  des  lecteurs  et  de 
dejicere  sermonem  en  racontant  que  sous  le  roi  Constantin,  universo  mundo 
teste,  on  a  porté  un  satyre  salé  d'Alexandrie  à  Antioche,  etc. 

En  dépit  de  ces  modifications,  saint  Jérôme  n'a  pas  démarqué  beaucoup 
l'histoire  primitive  et  la  cruche  pleine,  c'est-à-dire  la  pai-aphrase  latine,  a  tou- 
jours le  tour  particulier  à  l'original  égyptien,  tour  que  l'on  ne  retrouve  dans 
aucun  autre  écrit  du  saint  docteur. 


LES  ANACHORÈTES  ET  S.  PAUL  DE  THÈBES.        405 

D'ailleurs  scribere  pour  S.  Jérôme  n'a  que  le  sens  matériel 
d'écrire,  car  s'il  dit  :  Ilacc  scripsi  :  Vitam  PauH  monaclii,\\ 
dit  encore  quelques  lignes  plus  bas  :  Haec  scripsi...  Chroni- 
coii  omnimodae  historiae.  Il  s'agit  là  de  sa  traduction  de  la 
Chronique  d'Eusèbe  qu'il  continua,  il  pouvait  donc  s'agir  de 
même  quelques  lignes  plus  haut  de  sa  traduction  libre  de  la 
Vie  de  Paul  qu'il  remania  et  augmenta.  Il  y  a  là  un  fait  dont  il 
faut  tenir  compte  quand  on  veut  nous  opposer  le  sens  du  mot 
scribere.  —  Dans  le  même  ordre  d'idées  M.  Preuschen  a 
noté  (1)  que  Rufm,  contemporain  de  S,  Jérôme,  s'est  attribué 
des  commentaires  {Rufini  in  epistolam  ad  Romanos  expla- 
natiomim.  libri)  qui  sont  en  réalité  une  traduction  d'Origène, 
parce  que  cette  traduction  est  très  libre  et  lui  est  devenue 
comme  personnelle.  C'est  encore  là  un  fait  qui  explique  très 
bien  comment  S.  Jérôme  a  pu  s'attribuer  là  Vie  de  Paul,  car 
il  y  a  beaucoup  travaillé  à  dejicere  sermoneni  et  il  y  a  fait  de 
nombreuses  additions  (2).  Il  est  d'ailleurs  le  premier  qui  ait 
mis  en  latin  et  vulgarisé  cette  Vie. 

3"  Les  sources  de  la  Vie  de  S.  Paul  de  Thèbes.  —  S.  Jé- 
rôme a  donc  connu  le  chapitre  T.ip\  àvy.yi^pr,-Sy^  àvuov  (cf.  1°)  et 
il  a  utilisé  le  texte  grec  b  pour  composer  sa  Vie  de  Paul  (cf.  2°)  ; 
nous  pouvons  maintenant  rapprocher  ces  deux  ouvrages  qui  se 
trouvent  ainsi  être  tous  deux  antérieurs  à  374. 

Nous  avons  remarqué  qu'un  anachorète  fuit  durant  la  persé- 
cution et  se  retire  au  désert  (cf.  supra,  récit  b)  (3),  il  trouve 
une  caverne  avec  une  source  et  vit  des  fruits  d'un  palmier  (4) 

(1)  Palladius  und  Ruflnus,  Gicssen,  1S97,  p.  191. 

Ci)  Avant  d'accorder  tant  d'importance  à  la  finale  de  la  Vie  de  saint  Paul, 
M.  Van  tien  Ven  devrait  expliquer  les  finales  nombreuses  favorables  aussi  à 
saint  Jérôme  que  l'on  sait  d'ailleurs  être  inexactes,  car  s'il  laisse  dix  fautes  sans 
explication,  nous  aurions  le  droit  aussi  de  no  pas  expliquer  la  finale  de  la  Vie 
de  Paul  et  de  dire  simplement  qu'il  y  a  là  une  fois  de  plus  une  de  ces  fausses 
attributions  dont  saint  Jérôme  est  coutumier.  —  Nous  avons  cependant  fait  re- 
marquer que  si  les  finales  des  mss.  a  sont  identiques,  celles  des  mss.  b  sont  dif- 
férentes. M.  Van  den  Ven  trouve  entre  ces  dernières  «  un  accord  presque  par- 
fait ».  C'est  ine.xact,  qu'il  les  dispose  sur  des  colonnes  parallèles  il  trouvera  trois 
tj^pes  différents.  Cf.  Anal.  BolL.  t.  XX,  p.  110-142.  {Le  fait  signalé  p.  142  a  été 
développé  Revue  de  l'Orient  chrétien,  1900,  p.  054-050.) 

(3)  Item  Paul,  cf.  Bidez,  p.  9,  l,  3-5  et  13-15. 

(4)  Item  Paul,  p.  9,  l.  16-17;  p.  11,  1.  3-4;  p.  23,  1.  t  (variante  du  copte  :  pi-ès 
de  la  source). 


406  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

(cf.  a).  Un  autre  songe  à  aller  dans  le  désert  intérieur  (a  et 
b)  pour  voir  s'il  trouvera  un  homme  plus  avancé  que  lui  (1). 
Il  voit  une  caverne,  entre,  aperçoit  un  homme  assis  et  frappe 
à  la  manière  des  moines  (a)  (2);  on  lui  demande  comment 
il  est  venu,  s'il  n'y  a  rien  de  changé  dans  le  monde  et  si  les 
persécutions  sévissent  toujours  (b  ete)  (3);  on  lui  apprend  qu'il 
a  été  envoyé  par  Dieu  pour  enterrer  l'anachorète  qui  va  mou- 
rir (b  et  c)  (4);  il  l'enterre  dans  la  moitié  de  sa  tunique  (b)  (5)  ; 
enfin  il  raconte  après  son  retour  qu'il  n'est  pas  encore  devenu 
moine,  mais  qu'il  a  vu  des  moines  (a)  (6).  Il  est  aussi  question 
de  l'éclat  que  prend  le  visage  des  saints  à  leur  mort  (b  et  f  )  et 
du  chœur  des  prophètes  et  des  apôtres  (f)  (7). 

Ces  analogies  s'expliquent  si  l'on  suppose  que  l'auteur  de  b, 
comme  S.  Jérôme,  a  lu  les  récits  relatifs  aux  saints  anacho- 
rètes. Il  leur  a  donc  emprunté,  peut-être  à  son  insu,  les  traits 
que  nous  venons  de  signaler  et  qui  suffisent  pour  apparenter 
étroitement  les  deux  ouvrages  (8).  Nous  ne  pouvons  songer  à 
les  attribuer  à  un  seul  auteur,  car  l'auteur  de  la  vie  de  Paul 
est  plus  savant  (il  connaît  et  utilise  la  Vie  d'Antoine  et  cite  l'É- 
criture de  mémoire)  et  plus  humain  (Paul  se  fait  un  habit  et 
reste,  somme  toute,  un  être  civilisé)  que  l'auteur  du  chapitre 
étudié  ici. 

En  résumé,  le  chapitre  des  saints  anachorètes,  écrit  sans 
doute  vers  le  milieu  du  iv^  siècle,  a  été  lu  par  l'auteur  de  la 
rédaction  b  de  la  Vie  de  Paul  qui  écrivait  aussi  en  Egypte 
avant  374  dans  le  même  milieu.  Ces  deux  ouvrages  Égyp- 
tiens, et   sans  doute  d'autres,  sont  tombés  à  Antioche  entre 


(t)  'EXoyiffàaYjv  Tioxè  EtffcXGsïv  eU  t^Îv  £pyi[Aov  t/]v  èutoTÉpav.  EÎirwç  supw  Ttvà  èvoéte- 
pôv  [L0\)  oiaYovxa.  Cf.  Bidez,  p.  11,  1.  13-14  :  'E).oYK7â[iYiv  èv  Éaurw  oti  oOSeï;  âp« 
T(ov  [xovaxûv  WXY15EV  ÈvûÔTEpôv  [iou  iv  ifi  içi-r\[k<jù  xaûx^  (texte  et  variantes). 

{2)  Cf.  Bidez,  p.  19,  1.  1-3  et  5-G. 

(3)  Cf.  Bidez,  p.  21,  1.  5-6  et  1.  8-12. 

(4)  Cf.  Bidez,  p.  23,  1.  1617. 

(5)  Cf.  Bidez,  p.  25,  1.  4-6  et  p.  29,  1.  10. 

(6)  Cf.  Bidez,  p.  27,  1.  1-4. 

(7)  Cf.  Bidez,  p.  27,  1.  15-18. 

(8)  Nous  ne  pouvons  dire  que  c'est  au  contraire  le  chapitre  des  saints  ana- 
chorètes qui  dépend  de  la  Vie  de  Paul,  car  les  analogies  sont  trop  peu  nom- 
breuses, trop  dispersées  dans  divers  récits  et  trop  peu  textuelles.  Pour  voir  ce 
que  pouvait  faire  un  auteur  postérieur  qui  avait  lu  la  Vie  de  Paul,  il  faut 
parcourir  la  Vie  de  Marc  VAlhénien,  Acla  SS.  mart.  111,  p.  776-778  et  *33-*35. 


LES   ANACHORÈTES    ET    SAINT    PAUL    DE   TIIÈBES.  407 

les  mains  de  S.  Jérôme.  Il  rejeta  le  chapitre  des  saints  ana- 
chorètes comme  rempli  de  choses  impossibles  et  incroyables, 
mais  il  retint  la  Vie  de  Paul  (1).  Il  trouva  cependant  que  cette 
Vie  ne  manquait  pas  non  plus  de  choses  contraires  aux  idées 
reeues  ou  incroyables,  choses  que  bien  des  Latins  d'esprit  peu 
ouvert  [siinpJiciores  quosque)  auraient  pu  lui  reprocher.  Il 
travailla  donc  à  clejicere  sermonem,  modifia  et  surtout  ajouta, 
puis  adressa  son  opuscule  à  Paul  de  Concordia  en  l'avertissant 
que,  pour  allongé  et  mitigé  qu'il  fût  {etia))(si  aqua  plena  s/i), 
il  conservait  cependant  encore  sa  saveur  exotique  initiale  {qiia, 
dum.  rudis  esset,  imbuta  est),  si  cependant  cet  opuscule,  si 
différent  des  écrits  ordinaires  de  S.  Jérôme,  plaît  à  Paul  de 
Concordia  {si  hoc  inuiiusculuin  placuerit),  on  pourra  lui  adres- 
ser encore  d'autres  écrits  de  même  provenance  {cuni  plurùtus 
orientalibus  mercibus). 


Ajoutons  que  la  Vie  de  Paul  a  été  à  son  tour  imitée,  sans  par- 
ler du  chapitre  des  anachorètes  et  de  la  Vie  d'Onuphrius,  dans 
les  histoires  de  Macaire  le  Romain  (2)  et  de  Marc  l'Athénien  (3). 

(1)  Nous  avons  déjà  cité  sa  plirase  :  Nonnulli  et  haec  (la  vie  de  Paul)  el  alla 
prout  voluntas  lulil  (le  chapitre  des  saints  anachorètes)  jaclUanl. 

(2)  Cf.  Migne,  P.  L.,  t.  LXXIII,  col.  415-427. 

(3)  Cf.  Acta  SS.  niart.  III,  p.  '33-*35.  L'abbé  Sérapion  èv  t-T)  ÈTotEpa  ipriiioi  xr^z 
AlyûnTo-j  raconte  qu'il  reçut,  en  songe,  l'ordre  d'aller  trouver  Marc  l'Athénien 
sur  la  montagne  de  Thrace  (le  syriaque  porte  Tarmaqa)  en  Ethiopie.  Blarc  a 
130  ans  et  n'a  pas  vu  d'hommes  depuis  95  ans.  Sérapion  traverse  le  désert  où 
il  est  miraculeusement  réconforté  connne  nos  anachorètes.  Il  trouve  Marc  vêtu 
aussi  de  ses  cheveux  (ÔEaffâjAsvoi;  tô  aSi\>.a.  aOtoù  ôt'  oXov  xexaÀufijj-évov  xatî  ÔptÇiv  wç 
ÔYipoç).  Marc  lui  demande  si  le  monde  existe  toujours  {'lata.-coLi.  6  x6(7(ao;  xaî  âàXXci 

xarà  TO   àp'/aïov  eôo; Kal   7tâ>>iv  XÉyei  (AOf   'EttIv  'EXXYiVKr[Aàç  xaî  Siwyjxoç  sw;   toù 

vùv).  iMarc  invite  Sérapion  à  manger  et  une  table  se  trouve  servie  miraculeuse- 
ment, il  y  a  aussi  discussion  pour  savoir  qui  ne  la  bénira  pas.  Dieu  qui  n'en- 
voyait d'ordinaire  qu'un  poisson  en  a  envoyé  deux  ce  jour-là  (ElSs;  ttôitov  àyaTtà 
àôeXçE,  ô  ôeô;  toùç  SoûXo^jç  aùtoù,  xa6'  vjfjiÉpav  yàp  elç;  lyj^hz  èTtÉjjiTtsTÔ  [loi,  xal  cy|(J.£pov  ô 
6£o;  8tà  aï  àurKiTsiXe  Suo).  Paul  de  ïhèbes  ne  recevait  que  du  pain,  Sérapion 
reçoit  un  poisson,  le  menu  des  anachorètes  devient  donc  plus  satisfaisant. 
C'est  sans  dout(>  une  histoire  analogue  relative  aussi  à  Sérapion,  mais  dont 
nous  n'avons  pas  encore  trouvé  l'original  grec,  qui  forme  la  seconde  partie  de 
Vfmtuire  de  Sérapion  le  Sindonile  éditée  en  syriaque  par  le  R.  P.  Bedjan,  Acta 
Mart.  et  Sancl.,  t.  V,  Paris,  18!)5,  pp.  315-341.  Dans  cette  seconde  partie,  Séra- 
j)ion  parcourt  aussi  le  désert  et  y  trouve  un  anachorète  qu'il  di'livre  de  visions 
impures  (p.  315),  puis  deux  saints  (p.  318)  qui  lui  racontent  leur  liistoire: 
Poiycarpe  (p.  322),  qu'il  y  irouve  à  trois  jours  de  distance,  lui  conte  aussi  deux 


408  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Il  resterait  sans  doute  beaucoup  à  dire  sur  cette  littérature  de 
voyages  et  de  découvertes  dans  le  désert  qui  est  de  nature  et 
d'origine  si  franchement  Égyptienne,  car  nous  ne  prétendons 
pas  avoir  épuisé  la  question  en  étudiant  ou  en  citant  le  cha- 
pitre des  saints  anachorètes,  et  les  Vies  de  Paul,  d'Onuphrius, 
de  Macaire  le  Romain,  de  Sérapion  le  Sindonite  et  de  Marc  TA- 
thénien.  Il  existe  sans  doute  encore  d'autres  écrits  composés 
par  la  même  école  ou  du  moins  avec  les  mêmes  idées,  et  quel- 
que philologue  classera  un  jour  ces  écrits  PauUnistes  d'un 
nouveau  genre,  qui  ont  précédé,  accompagné  et  suivi  la  rédac-, 
tion  b  de  la  Vie  de  Paul,  et  qui  nous  semblent  former  en 
Egypte  un  cycle  (1)  que  l'on  comparera  peut-être  aux  cycles 
formés  par  certaines  de  nos  chansons  de  geste. 

F.   Nau. 

histoires  dont  la  première  au  moins  figure  dans  les  apophthegmata  etc.  Enfin  le 
récit  syriaque  est  relié  à  la  Vie  de  Marc  l'Athénien  par  deux  mentions  de 
îMarc  l'anachorète  que  l'on  trouve  p.  318  (dern.  ligne)  et  p.  319  (1.  8). 

(1)  Les  écrits  de  ce  cycle  seront  caractérisés  par  leur  cadre  commun  (un 
voyage  au  désert  pour  y  découvrir  des  ascètes)  et  par  leurs  idées  communes 
(celles  de  la  Vie  de  Paul  et  du  chapitre  des  saints  anachorètes).  —  Peut-être 
pourrait-on  leur  rattacher  la  Vie  de  sainte  Marie  Égyptienne,  par  Sophrone,  le 
compagnon  de  Bloschos,  qui  avait  collectionné  tant  de  récits  égyptiens.  Ce  cycle 
irait  donc  du  iv°  au  vn^'  siècle.  —  La  légende  des  Réchabites  et  de  Zozime  n'en 
fait  pas  partie,  car  si  le  cadre  est  le  même,  les  idées,  toutes  de  bonheur  tem- 
porel et  d'oisiveté,  sont  difïérentes.  Cf.  Les  fils  de  Jonadab  fils  de  Réchab  et  les 
lies  Fortunées  (Histoire  de  Zozime),  Paris,  1890.  —  On  pourrait  par  contre  leur 
rattacher  quelques  passages  de  Sulpice  Sévère.  Cf.  supra,  p.  397. 


"Eti  àyiwv  TTaTsptov  (1)   p-zi^ara  S:aodpo);  t'/;v 

/.aTz  Xp'.GTOv   o^ôv   s/.ot.^à'j/.ovTa. 

risol  àvxywpviTcov   àyicov. 


a)  Af/iy/i'cxTO  (2)  Tiç  Tôiv  àvaywpviTûv  toTç  à^sT^^oï;;  toî^  £v  TyiOoG- 
ÔTTOu  Ta  £ê^o[j/r,/.ovTa  axtXiyn  tûv  cpoiviz-wv  k'vOx  TrapevéêaT^s  (3) 
MwOcYi;    [X£Tà    Tou    'Xaou    0T£    è^TiT^ôov   (4)    £■/.    yl^ç    AiyÛTCTOu.    xal 

£X£y£V    OUTWÇ*    £>.0yl(7a(XYlV  (5)  TCOT£  £'-'j£X6£Î'v    £1?  T'flV    £'p-/l[;.OV  T'/IV   £<>0)T£- 

pa.v(6).  £itc(jdç  £{>p(o  Tivà  iv^dxspov  [/.ou  ^idcyovxa.  x.al(7)  ^ou>.£uovTa 
TÔ  ^£'77vdT'/)  Xp'.(jTÇ)(8).  xocl  ô^£u<7aç  vuy__0'/][7.£pa  Tficcapa.  £'jpOV 
<7X"/iXa.tov.  y-xl  7:poG£yyi(7aç,  Tz^oaiy^M  ïaui.  xal  O£wpco  (9)  (7uy/,y.Ô'/i'- 
[A£vov  avOpco-ov.  xa-.  y.poucaç(lO)  xxtx  to  è'Ôo;  twv  [/.ovxj^oJv  xpo;  tô 
£Ç£lOdvTa  (xÙtov  àaizi-axa^yJ.  ]J.t.  6  rîà  où/.  £x,iv£rTO.  T|V  yàp  iy.vxT:i- 
TzctuyAvoc,.  ijoi  f^£  où^èv  [/.fiV/îcra?  (H)-  £^cr£p5(_0[/.oci  xxl  /.paTÔi  aùrov 
TO'j   co[j!.ou  aÙTOu  (12).  xal  eùÔewç   sluBvi  (13)   y-xl  £y£V£TO  xdvtç.   ît^ 

^£    XpO'7£'7-/_71)(.(î)Ç   ÔpÔi  (14)     y-O^^dêlOV  y-£XpX[/,£VOV  (15).   ô)Ç    f)£   Xaî    TOUTO 

Êy.oàTvica..  §i£"Xû6ti  /.xl  iyévtxo  dç  où^sv.  wç  i-^à  ^v/iTCopouv  £C/i^Oov 
£y.£ï9£v  y,al  ^ivipy6[xr,v  t-/iv  £pyi[/,ov  (16).  y-xl  £'jpov  £T£pov  ctïyÎXxiov 
y.xl    l'yvvi  àvf^pdç.   £u()'j[J'.o;    ^à  (17)    ysvo'afivo;    Tupo'rriyyt^ov    tw    g-t,- 

Xailù.     cbç     ^£     TCzXtV     â'y.pOUGX    Xxl    oÙciE-'ç     [i.01    ÛTTfly-OUGeV    £ÎG£)^Oà)V     O'J- 

^£vx   euûov.  cTxç  ^è   £Çto(18)    ToO  aT:-/]kxio'j  £"X£yov  £[;-xutw'    oti  ^sl 

A  =  grec  1596.  —  B  =  «  2474.  —  C  =  Coislin  126.  _  D  =  «  127. 

(1)  ms.  1590,  p.  310.  —  (2)  Af/iyei-ro  A.  —  (3)  7tapé6a).Ev  B.  —  (4)  è?y,X9£v  B. 
—  (5)  ÈXoyi(Tà(i£v  A.  —  (C)  si;  tyiv  ètwt.  ip.  CD.  —  (7)  D  om.  ôiây.  xal.  —  1.8)  tw 
eeti)  CD.  —  (9)  ôpw  B.  —  (10)  xpoûwv  B.  xpoûw  CD.  —  (II)  [AiQÔev  (aï  XaX-/)<7a;  B.  [xy)0£v 
(A£/.^(7a;  D.  —  (12)  CD  oiu.  aÙToO.  —  (13)  oiîXuôev  B.  —  (14)  Ôewptô  B.  —  (15)  xpr,[ji- 
[lajjLEvov  B.  —  (16)  CD  oui.  xal  oir.p.  t.  Êp.  —  (17)  ouv  CD.  —  (18)   èHwOev  CD. 


410  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Tov  oouT^ov  TO'j  0£O'j  éT^ôstv.  oTTouo'  àv  el'r,.  ôiç,  oï  yi  (t)  'i^fxspa 
"XoiTirov  ^v^pyzro.  ôpû   pouêà>.ouç  £p^O[/.£vouç  /.où  tov  ^oO'Xov    toû  0£oS 

yufXVOV.    TXlÇ    Opi^lV    a.ÙTOO    (>/.£7rOVTX    (2)   TO.  àcyj/lJXOVOC     |7.£X71    tou    cw- 

[j.aTOç.  wç  ^£  Tz^ocTiyyiGi  [xoi,  vo[Ai(jaç  [j.e  tcveîjjj'.x  £ivai.  ecrvi  £Îç 
7rpoc£U)(^7]'v .  '/iv  yàp  oj;  è'Xeyev  uGTspov  TTo'X^.à  TCS'.pacOElç  cctcô  twv 
xveujxaTCov .  èyco  oà  vo"/i<7aç  touto,  £X£yov  x'jtôj'  àvÔpwxoç  £i{J!.i  ooGXe 
ToO  0£oii.  opa  Ta  lyv-zi  [i-ou  xal  ^''''^^'''f'î'^^''  ^-^  °'^''  '^^P^  '''"''^''  ^ '[■'••* 
£i[xi.  tbç  8l  [j.ezx  TO  'A[;/^v  -K^oaiGyt  [xoi  xxpE/Avi'ôvi.  xal  )^aêwv 
(AS  £v  T(o  cTT'/i'Xaiw ,  rjpwTa*  TTwç  ÈvTaOOa  xocpEysvou;  syw  oè  eitcov 
^àpiv  TO'J  £7ïi^r,T7icai  toÙ;  ôouXouç  toD  GsoO  '/l'XOov  £Îç  tyiv  £pvi|7.ov 
TotuTViv.  /.al  oùx-  £GT£pvip,ai  (3)  T7ÎÇ  iTTiÔujjixç  [7-ou.  (p.  3H)  Ràyw  (4) 
YiptoTTiTa  aÙTOV  XÉytoV  évTaOOa  oùv  xa.1  aÙTO^  7:à)i;  Tûapsyivo'j  ;  x,al 
irdaov  X_povov  £/£i;  /.al  ttôç  Tps'çrj  (5)  ;  /.xl  tcùç  yufJLVQÇ  wv  où  oév] 
£v^u[xaTO(;  (6); 

'O  ^£  e<py)'  èyw  £v  /.oivoêtw  ttïç  ©viêaii^oç  r,[/.viv.  â'pyov  sytov  to 
>.tvoiJ(pi/.o'v  (7).  ÙTZtiarfkHt  ^é  [/.oi  \uyiGij.oq  'Xsywv  "Eçfi'XOE  /.al  y.aTx 
ceauTov  xaOé^ou  xoù  ^uvacat  vîcuya'Cs-.v  /.xl  'pO.o^evEiv  /.al  [xicrBov 
7r>.e''ova  /.TViGacôai  (8)  aTiô  toO  xopou  too  â'pyou  aou.  wç  oï  <7uv£- 
6£{/.r,v  TÛ  >.oyi(7[xco.  xal  ovi  to  spyov  or/ivuov.  oi/.ooo[7//icraç  yàp  [j-ova- 
(jTy)'pi.ov.  £lyov  Toù;  iTTiTaccrovTaç.  ';ro7;}.à.  oà  7riipi(^o)v  Ta  Guvay(6fx£va 
viy(ovi"Cofj'-V]v  TïTojyoîç  /.al  ^ivoiç  ^iav£[J.£iv.   ô  ^à   £/Opôç  7Î[xûv   oiaêoXoç 

CpGoVTiCaç   COÇ  à£l     /.al    t6t£  T-^'     [/.£'XX0U'7ï1     àvTaTC0^0(7£l   y£V£cOai    £IÇ    £[J.3. 

ÙTcèp  cov  £G7U£L>(^ov  Toùç  /.Q-oi»;  TO  6£a)  àvaTiO£vai  (9),  eISov  (10) 
[Xtav  7rapO£V£Ûou'7av  i—'.TX^uaxv  [aoi  £i^vi.  /.al  TauTz  [aou  7C0i"/i'crav- 
Toç(ll)  /.al  (^£^a)/.oToç  ù— oêa>."X£'.  aÙTY]  'rzdXvi  ïiznx^ai  ^j.oi  obCkcc.  wç 
^£  T^oiTcov  owTi^i'.y.  èyÉvsTo  /.al  (12)  T:(x.^prtciy.  Tcepi^coTEpa.  té^^oç  /.al 
àcpv)  y£ip(ov.  /.al  yé'Aoiç  xal  (7uva'Xi(7[J!.oç  w^iv/îcavTEç  £T£XO[j.£v  t'/iv 
àvoy^iav.  cbç  Se  £[j!.£iva  tx£T'  aÙTT,ç  £v  TCO  XTa)[xaTi  (13)  [/.Yivaç  1^, 
£>.oyi(7à[/,yiv  oti  /.av  Gv{[J.£pov  /.àv  aupiov.  xàv  [;.£Tà  TzoXkx  £Tïi  (14) 
6avaTcù  Û7:oêX'/iG£l;  tviv  aùovtov  è'^w  /.o'Xafjiv.  £t  yàp  yi>vat/.a  ri; 
àv6p(oTC0'j  ^la'^Osîpaç.  y.o'kix.Ga  alcovia  uxo  to'j  vdj/.ou  (15)  ÛTCoêàXXfiTau 


(I)  CD  om.  Y).  —  (2)  ÉayTov  usptSsê^rijjLÉvov  B.  —  (3)  oOx  taxéçriGz  (le  BCD.  et  CD 
aj.  6  ôecSç.  —  (4)  B  aj.  o^v;  CD  aj.  oà.  —  (5)  TpsœsdE  A.  —  (6)  wv  èvSu[jiàxwv  B.  — 
(7)  Xtvusixôv  BC.  —  (8)  £X£iv  B.  —  (9)  àvaTÎ6£(T6at  D.  —  (10)  iSwv  BCD.  —  (11)  TtsTtoiYj- 
xÔToç  B.  —  (12)  CD  aj.  yj.  —  (13)  k'ji.  èv  tw  tut.  [ASTà  -ra-jTa  D.  —  (14)  CD  om.  xàv  (a. 
TT.  à'xy).  —  (15)  xo^âffEt  xai  Tijxwpca.  C. 


LES  ANACHORÈTES  ET  S.  PAUL  DE  THÈBES.        411 

TioGWV  Ttatoptàiv  àl^io;  à  T-/iv  vu[J,(priV  Tou  XpiCTToO  (1)  0 ia(pO£ipai;. 
v.<xi  o'JTco;  SIC  ty)V  £pv)|;-ov  xauTriV  ^^aOpscoç  (2)  7;xpsSp7.[^-ov  (3)  £Z(7aç 
TuàvTO.  Tfi  Yuvaix''.  x,7.l  slBcbv  £VTau6a  £Opov  TO  (77rvi>>a.iov  TO'jTO  -/.ai 
T71V  X71Y71V  TocuTïiv.  /.al  Tov  çoiviza  ©Épovxa  [y-ot  à(6o£x,a  CTiocOia.  (4) 
(poiviKwv.  -/.sera  [j.'^va  c^à  cpÉpet  £v  <T-n:a6iov  (5)  ÔTvsp  £7uap/.£t  (6)  [J.oi 
TOLC,  TptaxovTa  -/][J!.£paç.  y.al  j/,£Tà  (7)  touto  àzy.zCEi  to  £T£pov(8). 
[X£Tà  ^è  ypovov  7ïO*Xùv  r,uC'/l<>av  aï  Tpiy(^£;  [J-ou  xal  cpOapÉVTcov  [j,ou  tôv 
îp!,aTi(j)v,  £v  aùxaiç  6  7:p£ir£i  tou  (7W|j,aTo;  Trspt.o'a'XVjy.ac  [j.£poç.  (wç 
^è  Tzxki^  vipcoTwv  a'jTOV  £1  £V  TaT;  ol^joXç  iàuGji^y.vtv  iy.îiai.  â'^vi' 
£V  TaTç  àoycdq  Tràvu  éOT^iêviv  (9j.  cotte  (10)  yy-^cà  '/.iiabcci  àxo  toO 
(p.  312)  vi-TiraToç.  /.al  p/i  ^ùvxaHcci  [y.£  (11)  ÉcrTÔÏTa  cuva^tv  £7:iT£);£Îv. 
àT^là  /.£i[X£Vov  x_a[j.al  (12)  poav  xpoç  tov  "T<];ictov.  Iv  àl  tco  gtûvi- 
Xauo  ovtoç  [aou  £v  ù^ijat:  tûoIV^  5cal  tto'vw.  wcïte  [j.£  "Xoitcov  [j-t, 
£^i,£vai(13).  0£wpû  av^pa  £Î(T£7^66vTa  /al  Tzl-f\ciov  jaou  dTavra  /al 
X£'yovTx  (j.of  Ti  'KTicyeiç',  syô)  Se  xapaÙTa  (14)  £VfWap!,co6£lç  [j.i/pov, 
£l7iov  (loV  TO  Tj-ap  "KOLayui.  y,al  £Î7V£  [xor  tioiI  7tà'j^£iç  (16)  ;  w;  oè 
£^£i^a  aÙTcp  (17).  Toùç  rW.Tulou;  T-^ç  ;(^£ipos(18)  aÙToO  £1?  ôpOôv(19) 
<7i»^£U^a<;.  ^tYOToy.£Î'  tov  to'tttov  (0(j7r£p  ^icpsu  /al  i/GTra'aaç  to  vÎTrap. 
£^£i^£  [j.oi  Ta  Tpau[AaTa.  /ai  v^  X^'P'  ^£<jaç.  èv  pàj(_£i(20)  raç  ^^yy-- 
paç(21}  £6a'X£.  /al  tcxT^iv  £vO£lç  (22)  tô  viTCap,  ttj  ;)(_£ipl  tov  to'-ov 
à7r/i'X£i4'£>  ''-3^1  2'^'^^'  P'Q'-'  '^0^  '^y^"/iç  yÉyovaç.  oouXeue  tw  o£(7iroV/i  Xpt- 
CTw  xa6coç  xpÉTTE'..  /al  £/  tot£  y£yova  ûyiviç.  /al  7.ot7rov  à/.o'7ï(i)ç 
^laTpiêœ  èvTauOa.  ttoIV/  ^è  •7ïap£/.àX£Ga  aÙTOV  coctte  [j.£  ôiaTpi<];ai 
£v  TÛ  GTCviXawo  TOJ  TTpoTspw  (23),  /al  £Itc£  (24)  [J.vj  f^uvaGOat  (2o)  Ox£- 
v£y/C£Î'v  Tùv  ^ai[7/jvcov  Taç  6p[Aa;  (26).  /ocyto  oà  aÙTCi  (27)  toOto 
§ia/p'.6elç,  7vap£/à7^ouv  £ij^à[X£Vov  a-olOaai  jj.e.  /al  EÙçay.Evoç  àTr£'- 
\\iQt  (28).  Rai  TaùTa  ^iviyvicra{j!,Yiv  (29)  ûp.ïv  (30)  (î)Ç£}^£iaç  xapiv. 

b)  "Eley£  TraT^iv  aXloç  yÉpwv,  ôç  -/i^uoÔTi  (31)  t-^ç  lirtaxoTrTÏç  (32) 

(1)  ôoOXyiv  to-j  ÔcOÛ  CD.  —  (2)  XaÔpaÎMÇ  D.  —  (3)  5pa[j.à)V  C.  —  (4)  airaôeia  B,  et  C 
aj.  ToO  IviauToû.  —  (5)  crTraOtv  B.  —  (G)  àpxst  CD.  —  (7)  (/.età  Se  D.  —  (8)  ôeytspov  C. 
(9)  ÈÔXtgwiJiriv  B.  —  (10)  CD  aj.  ixe.  —  (11)  CD  oin.  [xe.  —  (12j  x£{(a.  (xe  BCD.  — 
(13)  [j.-ii  û£  enlevât  Sjvaiôat  D.  —  (14)  aùxû  A.  —  (15)  ecpriv  CD.  —  (10)  CD  om.  xal 
el.  [A.  t:.  7c.  —  (17)  CD  aj.  tov  tôtiov.  —  (18)  D  om.  tïjç  x^'pô;-  —  (!■')  «p^i  f*-  — 
(20)  èv  paîxet  B.  pâx-/;  C.  pâxxei  D.  —  (21)  c/.xpaç  D.  —  (22)  ôeî;  D.  —  (23)  tw  upoT. 
ffrt.  D.  —  (24)  D  aj.  (xot.  —  (25)  D  aj.  (le.  —  (26)  xàç  twv  S.  ôp.  D.  —  (27)  àTrà  A. 
—  (28)  D  aj.  tj.£.  —  (29)  D  om.  Ofxïv.  —  (30)  B  aj.  èyw.  —  (31)  xaTYiliobÔY)  B.  — 
(32)  CD  aj.  Tiôkw;. 


412  REVUE    DE    l'orient   CHRETIEN. 

'O^uûûyyou  (!)•  wç  (2)  éTÉpou  Tivô;  aÙTo>  ^iviY7i(7a|;.£vo'j.  r,v  ^è  aÙTOÇ 

0   TOÙTO     TÎSTCOiri/.COÇ.    8(^0^£    [XOL    ^TiGlV  (3)    siç    T/jV     £pVlf/,OV    TTjV  £(7C0T£p7.V 

T-/1V  y.aT'  "Oaaav  (4)  è'XGsîv  (5).  svOx  to  tc5v  Ma'Ct/.(ov  y£vo;;(6),  î^£îv 
£t  TTOu  £uû(i)  Tivà  tÇ)  XpiTTco  ôou'XeuovTa  (7).  7.al  àvi  >v7.€iov  oliyy. 
TraHatxy.Tia  (8).  /.al  w;  (9)  ■/î[/.£pôv  TSGGapwv  ûrWp  T'/)v  izo^tixv  Èttoioo" 
tj//iv,  (ôç  ^è  ^lYjlOov  al  T£C'7ap£;  r,p!.£pa!..  twv  Tpocpwv  àvalwÔEiccov* 
^iTiTTwpouv  Tt  xpx^^-  ''''C'.  OappYi'aai;,  £;c'rWy.a  £[7,auT0v.  xal  ^loovj- 
axç  (\0)  ôiXkot.q  xéccx^y-q  -/laépa;  [/.{ï^ocç  aaiTo;.  t*^;  oà  ccciriocç  '/.sa 
Toûi  -/.OTTOU  Tvi;  ô^oO  T'/jv  TaGiv  Tou  GwiJ.aTOi;  [7//iy-îTt.  (pspovTo;.  £'!; 
7;£i7ro()u[jia.v  (11)  yiX6ov  /.al  ^-/i  Èjceijxviv  yx\JM.  èXÔwv  (12)  Ss  ti;.  tw 
^a/.TuT^to  aÙTOu  vi«|;aTo  twv  yeikéoi'i  [xou.  /.aOz-nrcp  txTpoç  ttï  p//iV(]  tov 
ôçQaT^pv  (13)  7rapaTp£y^£i  (1-4).  (p.  313)  £ÙOù;  i^à  (lo)  £V£^uva[7.(j;)()r,v. 
ôiore  [A£  (16)  vo[>.t(7ai.  |j//iT£  ô^£u/.£vai(17)  {Jt.-/iT£  T^iixw^au  w;  O'jv  sloov 
Ty;v  f^'Jvaaiv  zccù-ry  îT:eiGz)Jio<jcxv  (18)  [Jt-oi.  âvacràç  Siw^euov  t'/iv 
l'pviaov.  ib;  8i  ^iTi'XÔov  âWx'.  T£<7Gap£;  -/;[j-£3ai.  ttzIiv  •ÀTOV/ica.  /.al 
^^STSiva  £iç  tÔv  oùpavov  Ta;  y}l^é.c,  ;xou(19).  /.al  i^où  àv/jp  (20)  6  /.al 
';rooT£pov  sv^uvajxtocaç  (;.£•  xal  7ra>.iv  tÇ»  ^a/-TijA(p  (21)  j^piGaç(22)  Ta 
y£i'X-/l  (xou,  èi7T£p£to(j£  |X£ .  ^  ^iviT^Oov  §£  -/ijj-spat  ^£/.a£';iTà,  xal  ;7.£T3c 
TauTa  £'jpi(7/.fe)  /.a"X'jêriV  /.al  cpoivt/.a  /.al  uSwp  (23)'  /.al  av^pa  gtv]- 
/.ovTa.  ou  al  Tpiyat  (24)  ttïç  /.scpaV/iç  r,cav  £v^u[xa  aÙToj.  -£zo7;iw- 
[/.Évai.  TTTzcai  {)7r7ip)(_ov.  -/iv  ^è  /.al  ipooEpôç  (2o)  ty,  ot];£t,.  cb;  ôk  £Ô£a'- 
craTO  a£.  k'TTVi  £i<;  xpoGEu/'/fv.  /.al  "cikiaxc,  tÔ  AfAriV.  syvw  Eivat  [7-£ 
avGpcoTVOv,  /.al  /.paT'/iaaç  [7,£  ttjÇ  X^tpàç  (26),  vipûTa  Isywv  tcoç  Iv- 
Ta'jOa  yiyova;  (2~)>  ''-^'^  ^-  ^''^''  'j'J''£'j~'0/.£  TcâvTa  Ta  sv  tw  /.d(7[;.c;), 
/.al   £i    iTCi/.paTO'jTtv    ÏTi   o-.   ^icoyjj'-oi;   'Eyo)  ^i  £Ï7rov   yàptv  oy^ôiv  tcov 

a£Tà   àl-/lÔ£taç  (28)    SoU>>£l»o'vTtOV   TÔJ   S£Cr7rOT'/l  XpiGT(0.(29),  TaUTVlV  T71V 

î'pviy.ov  ^i£pYOu,ai..  to  (30)  ^ï   too   oiwyj^.oij.  TOTTauTai,   ^là  t*1^;  ouvà- 
[XEw;  (31)  ajTou  (32).  (ppaGGOv  (33)    ^s    [7.oi  xal  aÙTo;  titwç  ivTaoGa 


(I)  '0;ypiV/ou  A.  —  (2)  uspl  D.  —  (3)  [loi  ttotè  D.  —  (4)  'Odcfftv  A.  —  (5)  eîffsXâeïv 
CD.  —  (6)  D  aj.  xaî.  —  (7)  xiva  TtTwxôv  3ouX.  tw  ôew  CD.  —  (8)  7va?rj[i3c6ta  B.  — 
(9)  ëwc  B.  —  (10)  ôiû5£U(ja  BD.  —  (11)  XiTcoôuiJiîav  D.  —  (1^'  'HWe  B.  —  (13)  twv 
ô?9a>^(jLwv  BD.  —  (14)  •rtapaTpéywv  D.  —  (15)  xal  eùâÉw;  D.  —  (16)  D  om.  (is.  — 
(17)  wÔ£o/..  D.  —  (1<S)  èTîeXeoûo-av  CD.  —  (19)  e^îTeiva  t.  -/•  (J^-  eU  '•  o.  D.  —  (20)  ô 
àvrip  D-  —  (21)  D  aj-  aÙTOû.  —  (22)  yipiifsoL:,  B.  ^  (23)  xal  05.  -/..  ?.  D.  —  (24)  Tpr/s; 
I).  —  (25)  xal  çpoê.  ôè  r^v.  D.  —  (26)  xpaT.  o-jv  ■zft^  x-  V-^'-^  D.  —  (27)  TrapayèYova;  !*• 

—  (28)  èv  àXriÔsta  D.  —  (29)  Ôeôi  B.  tÔ)  Oew    C.  —   (30)    Ta  D.  —  (31)  yâ-oiioi;  CD- 

—  (32)  To-j  XpiffToO  BCD.  —  (33)  cppàsov  D. 


LES  ANACH0RÈTF:S  et  s.  PAUL  DE  THÈBES.        413 

TTxpaysyovaç ;  6  §£  à7ro§upo[;.£voç  xal  vSky.uov  (\) .  -/îp^aro  ^.syeiv  (2)* 
syw  £7iri<j>co7roç  £TÛyy(_avov,  y.al  mtoyjxoO  ysvoaévou  TzoXkdv  Ti[/.copuov 
7;po(7£Vsy6£VTcov  (3)  [Aoi,  /.al  [;//]  fWviO£lç  u— £V£'yx.ai(i)  toùç  a.i/<.ic|j/jùç, 
{><7T£pov  (5)  â'OïKjX,  wç  o£  £[7-a,"jToij  (6)  £y£v6p!,'/iv  (7) ,  STCsyvcov  T71V  âvo- 
pLtav  jjLou,  /.xl  £owx,2C  (8)  £p-auTov  àiroÔavEiv  £v  t/j  £pr|i7xo  TauTr,.  y,7.l 
£i[X'.  IvTaOOx  â'ixytov  sV/;  T£crc7ap(zx,ovT(X  Ivvia  £ÇO[xo}\.oyou[7.£vo;  /.al 
7rapxx,a>.wv  t6v  6£0V  ,  £17i:cl)ç  xa^i^-riaercci  [jloi  vî   à[/,apTÎa  [j.ou,   /al   tt^v 

JJ.èv     (^W/lV     (9)     'TCXp£G/_£TO    [XOl    ô    XÙpiOÇ    £)C     TOO     ÇpoîVtX.OÇ     TO'JTOU.      TTa^ 

pd/SkTiOiv  Sk  Tvjç  <7i»yj^(j)pyic£coç  où/.  £>.aêov,  à'wç  £T(I)V  T£(7Gapa/.ov- 
Tao"/.T(ô.  £V  ^è  Toi  IviauTcp  TouTw  ■7rap£/.>//j'B-/iv.  ojç  ^è  raOra  £}^£y£v, 
â'çpvto  àvacràç  r^po'xatwç  à'^oj  (10)  â'cTTvi  eîç  xpo(j£i)/_viv  £tcI  TColXàç  oioxi;. 

cbç  ^£     £T£7^£CT£    7t:pOG£Uy__6(;-£VOÇ    (ll),7l7^0£    TCpOÇ    [A£.     Oecop'^Wç     ^£    (12) 

t6  TtpoccoTCOV  aÙTOu,  eiç  ïxttV/i^iv  -/ilOov  xal  ^eikicc^.  riv  yàp  (p.  314) 
y£v6[ASVoç  cb;  -TTup.  £t77£  o£  |7,ot,*  |/,vi  çoêo'j.  Ci  yàp  /.'jpioç  (13)  aTTs'- 
GZoCkyJ  <jt  'i-ij.  /.•/i§£ijcrr;ç  aoi»  To  cùp-a  xxl  Gà^|>7iç(14).  wç  ôè  £T£'X£<7£ 
'Xsywv,  £Ù6ùç  £/.T£{vaç  Taç  ytï^aç,  /.al  toÙç  Trooa;  T£};oç  é'ay^s  to'j 
(3io'j.  Trapa'Xucaç  ^£  lyw  tov  'XôêviTovâ  (13)  |xou.  to  v][7.'.<7u  Èjj.auToj 
Ézcxç.  /.al  tÔ  'fi[J.iG\>  ::£pi7rTuçaç  (16).  tô  <7à)[/a  aÙToO'  to  ayiov. 
àTO/.puJ;a(17)  Trjy/i.  coç  Vi  £GxJ;a  aÙTOV  (18).  £ÙÔ£wçô  «poivi^  i^yipâvÔY). 
/.al  •/)  /.a'Xuêvi  £X£C£V.  lyco  r^è  xo}^^^  'éySkxuay.  o£djjt,£voç  toO  Osou  eI'tcw; 
Ty.^a.G-jrri  (19)    [xoi    t6v    <polvi/-a.    3cal    ^iaT£l£<7(o    £v  tw  to'tcco  £X£Îvco 

TOV     ÈTTtlo'.TCo'v     J/.0U      ^pOVOV.     côç      ^è      01»/,      £y£V£TO      TOUTO.      eItcOV    /.x6' 

£[Aa'jTÔv  (20)  [XYi  filvxt  Oél-fi^x  Tou  (21)  Ôeoo.  /.al  £ij^a[A£V0(;.  top- 
(AtùV  (22)  TzdXiv  iizX  TV)v  oi)cou7.£v*/iv,  xxl  î^O'j  ô.  avôpwTro;  ô  j^^iGxq 
Ta  yêiV/)  [xoo  v)X6£.  /.xl  £V£Suvàjj(,to(7£  [/.£  6^0£l(;  [/.oi.  /.al  £(p9x(7a  (23) 
Tïpoç  Toùç  à^£}^(poùç  xal  ^iyiy7i<7a(/.Viv  (24)  aÙTOîç.  /.xl  uapfixàlouv  (25) 
[7/^  à(p£7.7ul^£iv  (26)    âauToiv.  ccXky.  tyi  ÙTro[Aovln   £Opic/.eiv   tov  6£ov. 

c)  Aûo  TiV£ç    yfpovTS;  [X£yàXot  (27)  wS£uov  elç  Triv  â'prify.ov  (28)  T'^; 

(1)  CD  om.  y.al  -/cXaîwv.  —  (2)  v^pÇaTo  xXaîetv  xat  ^éy^'  oyTto;  B.  —  (3)  èv£)(8r)(Tcov 
B.  itpoff£V£'/8yi(7(ï)V  C.  upoaevsxQs'ffwv  D.  —  (4)  •JTzt'^tyAtX'j  D.  —  (5)  CD  om,  ùgt.  — 
(6)  èv  èixaviTôJ  CD.  —  (7)  D  aj.  xai.  —  (8)  [xou  Héôtoxa  D.  —  (9)  xpocpriv  D.  —  (10)  D 
om.  £^0).  —  (11)  £Ù)^6[jL£V0(;  B.  tïiv  Tzpoa ev/irty  D.  —  (12)  èyà)  ôè  6e.  D.  —  (13)  v.cà  yàp 
ô  xOpio;  C.  —  (14)  CD  om.  xal  6â']/r];.  —  (15)  ItSl^ut'jâ.  D.  —  (IG)  uepiiuX^ai;  D. 
—  (17)  D  aj.  aÙTÔ.  —  (18)  aÙTo  D.  —  (19)  irapàaxEt  D.  —  (20)  èv  £[AauT(o  D.  — 
(21)  D.  om.  ToO.  —  (22)  0£oO.  vJl.  o-jv  ajpjj.Yiaa  D.  —  (23)  èveo.  [ae.  xal  oijtw;  EcpOaaa 
ÈXÔEÏv  D.  —  (24)  D  aj.  TcàvTa.  —  (25)  7tapExâ),£<7a  D.  —  (20)  i.'KÛ.r:.  D.  —  (27)  [/.Ey. 
ysp.  D.  —  (28)  Ei;  ttiv  ip.  wô.  D. 


414  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Sxvi'tscoç.  y.y.\  àzoucavTsç  tivoç  yoyyû'CovTOç  va  tv;ç  yviç.  iQ/]X-riaca 
T71V  £Ï(70dov  Toû  <77r*/ilaiou.  /.y,!  £WS^OovT£ç.  sOpov  Tivà  ypai^a  (1) 
TTocpÔsvov  âytav  •/.£t|x£vr,v  /.al  'Xsyouct.v  aÙTrj*  t^ots  ti'XÔsç  co^e  ypau  ; 
/.al  Ti;  ac-tv  6  oia/.ovwv  coi  5  oùoev  yàp  sûpov  sv  tw  GTZ'riXixioi.  v. 
u.Yt  aÙTviv  [j-ôv/iv  X£i|7-£vr,v  /.al  àTOsvoOcav.  vî  r^à  sItts*  cptaxocTov 
oycioov  £To;  é'yw  év  tco  (jTTYi'Àauo  touto),  ^oxavatç  àpxoit[/,£vvi  /.ai  àoi>- 
l£U0U(7a  tÇ)  Xpi(7T(p.  /.al  oùx,  £ioov(2)  avOpwTTOV.  £1  [XYi  '7"/îf/.£pov.  àxe- 
(jTei);e  yàp  ujj.aç  6  Oao;  l'va  6âc{;7iT£  to  'X£L(];avov  (j,ou(3)-  /-al  £iTCoij(7a 
toDto  VAOi[j.-r\b-ri .  ot  ^è  y£'povT£ç  eSo^acav  (4)  tov  Geov.  /.al  GavJ/avT£; 
TÔ    cwjj'.a    aÙT'^ç  (5)   (XV£y^(dp7i(Tav. 

d)  AiT/yviTavTO  TTEpt  Tivo;  àva/_wp'/iToij.  oti  s^rjXôav  sic  tviv  â'p'/ify.ov 
â'y^wv  T^fiê-^'rovx  (6)  ^.ovov.  /.al  7:£pi7vaT'/i'7aç  rpEÏç  •iîj/.Épa;,  àvaêvi 
£i;  x£Tpav  /.al  £i^£v  ÛTCO/.aTO)  aÙT'l^;  X,^^''^^  C^)?  '^5'-'-  avÔpwxov  ,80- 
T/tow-Evov  (o;  Ta  Ôvipia.  /.al  /.axÉê"/)  èv  /.puçfi  /.al  ÈTCiacEv  aùxov'  6 
5a  y£'pti)v  yufjLvôç  -^iv.  /.al  oTv'.ywpTicaç (8)  {/.'/)  5uvâ[/,£Voç  (iacTaçai  t'/jv 
6(7[j!,7iV  Ttov  àvôpcoTrwv.  r,^uv/]6vi  à^aiV/îcai  (9)  àic'  aÙTOo  /.al  cpuy£rv(10). 
/.al  à^vjXOév  6  y.8ek(i^o^  roéyjà-^  ôxicrco  aÙTOu  /.al  £xpa^£(ll)*  Sià  tov 
6£6v  (p.  315)  5iG)/.to  cre.  [Jt,£Îvo'v  (/.e.  6  5e  crTpaosl^  sixEv  atjTw- 
/.àyw  5ià  TOV  Oaov  o£uy<o  àxo  goîÏ.  GcT£pov  £ppn|;£  (12)  tov  "ke&r,- 
T0va(13)  xal  (14)  i^uo^zv  (lo)  oiziaù  aOroO,  w;  5a  alSsv  ôti  ep3td;£v 
octt'  a'jTou  (16)  TO  tpLaTiQv  (17)  e^E^a^aTO  (18)  aÙTÔv,  /.al  ots  vîyy.cTE 
aÙTÇ)(19)  eItïsv  ô'tl  é'ppt'j/aç  t-/jV  uV/iv  tou  /.o'g'j.ou  àxo  (toO.  /.àyoS  ce 
TcapEyeiva  (20).  IlapsxxT^îi  èï  aÙTOv  (21)  T^eywv  TCaT£p.  eIto  [j.oi  prijj.a 
Ttwç  cwôcô.  'O  5è  eItcsv  aÙToJ*  ©£ijy£  Toùç  àv6pw7uouç,  /.ai  auoTra. 
/.al  ccS^T;  (22). 

(1)  Ypaw  H.  —  (2)  'ioov  B.  —  (o)  6.  [xou  16  '>.d<\i.  D.  —  (4)  ôoÇàoavxei;  D.  —  (5)  D 
om.  aÙT^;.  —  (G)  XsêtTtova  D.  — •  (7)  y_)>(î)Yiv  B.  —  (8)  o),tYwpiT7£  CD.  — ■  (9)  ôè  IÇeiXîoiai 
D.  —  (10)  xai  opuy.  an'  aÙToù  D.  —  (11)  xpâÇtov  C.  ô  ôè  àô.  xaTeStw^sv  ÔTtîffO)  aOtoû 
xpâîîwv  D.  —  (12)  xal  pi-Laç  CD.  —  (13)  XeêÎTWva  D.  —  (14)  Izê.  aÙToO  CD.  — 
(15)  îisTspov  ôiavcviQsU  ëppn|/îv  àir'  aOxoO  xov  XôêÎTwva,  xaî  yu[ivÔç  Èotwxev  B.  —  (IG)  as' 
éauToù  B.  —  (17)  Ëpp.  TÔ  l[JL.  à;:'  aÙToO  CD.  —  (18)  èSi^axo.  —  (19)  CD  om.  ote  >îy- 
aÙTd).  —  (211)  xàYw  7t£pi£[j.£tva  CD.  —  (^l)  D  aj.  àSeXsô;.  —  (22)  L'anecdote  suivante 
qui  fait  partie  de  notre  chapitre  dans  le  ms.  Coislin  127,  fol.  290,  est  conçue 
dans  un  esprit  tout  différent.  Elle  accorde  plus  de  mérites  aux  moines  qui 
vivent  ensemble  qu'aux  anachorètes  et  semble  une  première  édition  du  mol 
célèbre  :  Mea  maxima  pœnilentia,  vila  communis  : 

^Hv  Ttc  àvaxa)p»]Triç  Po(tx6(Xsvoî  (XîTà  iwv  poyêdt),wv,  xal  suSaxo  Toi  ôew  Xsywv' 
Kûpis,  TÎ  û(7T£pà)  5tôa?6v  [jLs;  Kal  r,),6£v  aOxû  çtovri    Asyo-jtra'  'TîtayE  £1;  xd5£  xo  xoivo- 


LES    ANACHORÈTES    ET    S.    PAUL    DE    TIIÈBES.  415 

Appendices.  —  I.  M.  F.  M.  E.  Péreira  ;i  publié  deux  fasci- 
cules sous  le  titre  A  vida  de  Santo  Paulo  de  Tliebas.  Le  pre- 
mier (Lisboa,  1903)  renferme  la  version  éthiopienne  d'après  le 
manuscrit  60  de  la  collection  d'Abbadie.  Le  second  (Coïmbre, 
1001)  renferme  après  une  introduction  (p.  1-48),  la  traduction 
portugaise  de  la  version  éthiopienne  (p.  49-05)  et  de  la  notice 
consacrée  à  saint  Paul  par  le  synaxaire  arabe  jacobite  au 
2  Amxir  (p.  66-68).  La  version  éthiopienne,  peut-être  par  Tin- 
termédiaire  d'une  version  arabe,  dérive  encore  du  texte  b 
que  M.  Péreira  regarde  aussi  comme  le  texte  original.  Elle 
ne  porte  pas  cà  la  fin  le  nom  de  saint  .Jérôme. 

Le  même  infatigable  auteur  vient  de  publier  encore  Vida  de 
Santo  Abunafre  (santo  Onuphrio),  Lisboa,  1905,  version  éthio- 
pienne sans  traduction.  Dans  la  version  copte  'Ovcj^pio;  est 
appelé  Bénofer,  nom  que  l'on  peut  faire  dériver  directement  de 
Ojvs^pioç,  car  û'j  se  permute  fréquemment  avec  v  et  b. 

II.  M.-J.  de  Decker  vient  de  publier  un  consciencieux  travail 
[Contribution  à  Vètude  des  Vies  de  Paul  de  TJièbes,  Gand, 
1905,  87  pages)  renfermant  une  étude  textuelle  et  des  colla- 
tions de  trois  nouveaux  manuscrits  grecs.  Pour  confirmer  les 
conclusions  de  M.  Bidez,  il  reproduit  la  note  de  M.  Van  den 
Ven  à  laquelle  nous  avons  répondu  et  un  argument  de  M.  Ku- 
gener  auquel  nous  répondrons  plus  bas.  Les  raisons  qu'il 
ajoute  sont  basées  le  plus  souvent  sur  une  différence  de  point 
de  vue.  Lorsque  j'écris  :  «  S.  Jérôme  (H)  paraphrase  le  texte 
préexistant  b  »,  on  me  répond  :  «  b  réduit  le  texte  latin  H 
préexistant  ».  — Lorsque  nous  affirmons  que  le  latin  H  n'est 
pas  le  texte  original,  il  faut  remarquer  du  moins  que  nous 
nous  appuyons  :  1"  sur  l'historicité  que  S.  Jérôme  attribue 
dans  ses  écrits  à  la  Vie  de  S.  Paul  et  qui  ne  peut  s'expliquer 
à  l'époque  et  dans  les  conditions  où  il  écrivait  que  par  l'em- 
ploi de  sources  écrites;  2°  sur  le  témoignage  de  S.  Jérôme 
qui  écrit  (supra,  p.  399-400)  avoir  lu  les  récits  relatifs   à 


oyx.  viôei  T/iv  -JTrripeffîav  tûv  àSôXipwv,  xal  D.syov  aÙTw'  Hoî/iirov  to-jTO,  lo'.ùfza:,  xai 
TTOÎYitrov  èxetvo,  caXà  ylpwv.  Kai  6Xiê6[X£vo;  eu^axo  noà;  -6v  6eôv  XÉytov'  KOpic,  oùx 
otoa  trjv  -jirvipefftav  twv  àvOpwTtwv,  TtÉpl/ov  [X£  TïâXiv  upôî  xoù;  pouêâXouç.  xal  à;teX06r) 
à-Q  Toy  OâoO  TtàXiv  àTieXôîîv  et;  -/MÇ/iov  poaxriô-^vai  aeiàc  tûv  po'joâXwv. 


416  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

S.  Paul  et  aux  anachorètes  et  qui  nous  apprend  {supra,  p.  398, 
note  2)  ne  jamais  traduire  mais  parapliraser;  3°  sur  le  carac- 
tère tout  égyptien  de  l'ouvrage,  différent  du  caractère  des 
écrits  personnels  à  S.  Jérôme;  4"  sur  un  grand  nombre  de 
passages  du  latin  qui  ne  s'expliquent  facilement  que  dans 
l'hypothèse  d'un  original  grec  (Amathas,  passages  personnels 
à  S.  Jérôme  omis  en  b,  passages  personnels  à  l'auteur  de  b 
modifiés  par  S.  Jérôme  et  dix  critiques  intrinsèques).  (Cf.  Anal. 
BolL,  XX,  p.  134-142  et  144-147).  —  Par  contre  lorsqu'on  écrit 
que  b  est  une  réduction  du  latin,  c'est  une  de  ces  pures  hypo- 
thèses dont  on  dit  :  Quod  gratis  asseritur,  gratis  negatur. 
En  effet,  d'après  cette  opinion  opposée  à  la  nôtre,  l'auteur 
de  b  avait  sous  les  yeux  le  texte  grec  a,  et  n'avait  donc 
qu'à  le  transcrire,  mais,  pour  expliquer  les  différences  de 
a  et  de  b,  on  imagine  ensuite  que  b,  au  lieu  de  transcrire 
«,  en  a  donné  une  réduction;  c'est  une  pure  hypothèse  qui, 
à  notre  avis,  n'explique  même  pas  tous  les  résultats. 

M.  Kugener  (J.  de  Decker,  p.  10-11)  a  écrit  que  S.  Jérôme 
s'est  inspiré  de  la  traduction  latine  de  la  Vie  de  S.  Antoine 
par  Evagrius;  nous  le  savions  a  priori,  c2lY  il  la  connaissait 
et  il  paraphrase,  il  peut  donc  citer  cette  Vie  comme  il  cite 
Virgile  (1).  Dans  un  passage  cependant  il  y  aurait  accord  entre 
la  traduction  d'Evagrius,  S.  Jérôme  et  b  contre  le  texte  actuel 
de  la  Vie  de  S.  Antoine  et  il  semble  —  si  ce  n'est  un  pur  hasard 
—  que  b  provient  de  S.  Jérôme.  Or  nous  venons  de  constater 
qu'il  y  a  un  certain  accord  entre  la  version  d'Evagrius  et  la 
version  syriaque  de  la  Vie  de  S.  Antoine  contre  le  texte  grec 
actuel  (2).  Il  s'ensuit  donc  simplement,  sinon  que  b  est  d'ac- 
cord avec  «  l'archétype  »  grec  —  pure  hypothèse,  —  du  moins 
que  cet  auteur  a  rendu  de  mémoire,  de  manière  très  suffisante, 
un  passage  obscur  de  la  Vie  de  S.  Antoine  (Bedjan,  p.  65), 


(1)  Cette  imitation  toute  naturelle  chez  un  traducteur  çi<i /)«ra/)Ar«se  (c'est 
certainement  le  cas  de  S.  Jérôme)  ne  se  comprend  pas  chez  tin  copiste.  C'est 
donc  encore  faire  une  pure  hypothèse  que  d'écrire  dans  la  théorie  adverse, 
que  le  copiste  grec  b  qui  avait  le  texte  grec  a  sous  les  yeux  et  n'avait  qu'à 
le  transcrire,  a  jugé  à  propos  de  le  réduire  et  d'y  introduire  des  réminiscences 
personnelles.  Ce  n'est  pas  impossible,  mais,  nous  le  répétons,  c'est  une  pure 
hypothèse. 

(2)  Evagrius  :  Ilunc  Antonius  locum    |      Syriaque  :  (mot  à  mot)  Beatus  ergo 


LES    ANxVCIIORÈTES    ET    S.    PAUL    DE    TIIÈBES.  417 

mais  il  ne  s'est  inspiré  ni  d'Évagrius  ni  de  S.  Jérôme.  Par  contre, 
si  la  parenthèse  de  S.  Jérôme  peut  provenir  d'Évagrius,  comme 
les  trois  mots  extrêmes  proviennent  de  b  (-/.al  àyaTr-z^c-a;  ==  Igi- 
tur  adamato  et  y.y-zvKr-.qç^iz^t  =  habitaculo),  nous  aurions  ainsi  la 
genèse  complète  de  son  texte.  —  Nous  voudrions  voir  expliquer 
ainsi  par  le  menu  dans  l'autre  hypothèse  pourquoi  a  (1)  qui  de- 
vait traduire  S.  Jérôme  lui  a  ajouté  deux  mots  (tbv  -rs-rrcv)  et 
pourquoi  b  qui  devait  transcrire  a,  Fa  tant  modifié  et  a  ajouté 
£oo^a7£v.  Pour  nous  -bv  TÔTTov  est  un  résidu  de  b  conservé  par  le 
réviseur  a. 

En  résumé  nous  regardons  toujours  comme  certain  que 
S.  Jérôme  a  utilisé  des  sources  écrites  et  comme  extrêmement 
vraisemblable  que  a  n'est  qu'une  révision  de  b,  faite  sur  le 
latin.  Enfin  il  nous  semble  toujours  que  la  rédaction  b  offre  de 
nombreux  caractères  qui  la  désignent  comme  «  l'archétype  » , 
à  peu  de  chose  près,  des  textes  et  versions  (2).  Nous  croyons, 
bien  entendu,  à  l'existence  de  S.  Paul  de  Thèbes.  Les  légendes 
qui  ont  accompagné  et  suivi  la  rédaction  de  son  histoire  légen- 
daire ne  font  que  mettre  sa  personnalité  en  relief,  comme  les 
légendes  des  chansons  de  geste  ne  font  que  mettre  en  relief  l'em- 
pereur Charlemagne  et  les  prouesses  des  siens,  et  nous  sont  un 
témoignage  de  leur  rôle  historique  loin  d'en  être  une  négation. 

F.  Nau. 


quasi  a  Doo  sibi  ollorrotur.  amplexus 
est. 


Antonius,  placuit  illi  locus  et  amavit 
illum  plene  et  amavit  illum  pra?sertim 
quia  Deus  erat  illi  conductor  et  ad- 
venire  faciens  ad  locum  illum. 

Traduction  libre  de  S.  Jérôme :lgitur 
adamato  (quasi  quod  a  Dco  sibi  of- 
ferretur)  habitaculo. 


Texte  b  or'ujinal  :  Kat  àyaTti^Ta;  tov 
TOTtov  èSôEaasv  tov  6£Ôv  w;  /apiaocpievov 
aÙTÔ)  xaToixïjxyiptov. 

(1)  Itcvision  a  :  Toiyapoûv  ÈTrtTtob/iffa;  xôv  tôttov  wç  Otiô  6ïoù  SESopivov  aÙTôi  upo? 
y.aToixy)(7iv. 

(•2)  Tels  sont  les  (rois  points  sur  lesquels  porte  la  discussion.  II  y  a  avantage 
à  les  séparer.  Nous  concevons  seulement  que  l'on  puisse  reconstituer  «  l'ar- 
chétype »  de  manière  un  peu  diirérente. 


ORIENT   CHRETIEN.  27 


LES  VERSIONS  ARABES 

DU  «  TESTAMENTUM  DOxMINI  NOSTRI  JESU  GHRISTI  » 


Sa  Béatitude  Ignace  Ephrem  II  Rahmani,  Patriarche  syrien 
d'Antioche,  a  traduit  en  latin  et  publié  (I)  la  version  syriaque 
jusqu'alors  inédite  du  Testament  de  Notre-Seigneur  Jésus- 
Christ,  qui  avait  été  faite  Tan  687  par  le  célèbre  Jacques 
d'Édesse  (2). 

Dans  ses  savants  prolégomènes,  Sa  Béatitude  nous  fait  con- 
naître une  traduction  arabe  du  Testament  de  Notre-Seigneur 
■Jésus-Christ,  faite  sur  le  copte  par  Abou  Isliaq  ben  Fadl  Allah. 
Une  copie  de  cette  traduction  se  trouve  dans  les  archives  du  Pa- 
triarcat syrien.  M^'  Rahmani  en  fait  souvent  mention  dans  ses 
notes  et  parfois  en  cite  quelques  passages. 

D'autre  part,  M.  l'abbé  Nau  nous  a  remis,  il  y  a  quelque 
temps,  des  reproductions  de  trois  manuscrits  arabes  pour 
préparer  une  édition  avec  traduction  française  de  la  version 
arabe  du  Testament  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ.  Deux  de 
ces  manuscrits  se  trouvent  à  la  Bibliothèque  nationale  de  Paris 
sous  les  numéros  251  et  252;  le  troisième  est  à  la  Bibliothèque 
vaticane  sous  le  numéro  150  (3).  Ces  trois  manuscrits  sont 
d'origine  égyptienne  et  contiennent  la  collection  des  canons 
réunis  du  xii''  au  xiii''  siècle  par  Maqàrah,  prêtre  attaché  au 
monastère  de  saint  Jean  le  Nain  (Jean  Kolobos),  dans  le  désert 
de  Scété. 

Pendant  la  préparation  de  notre  édition  et  de  la  traduction 
française  nous  avons  eu  constamment  sous  les  yeux  la  version 

(1)  Mayence.  1899. 

(2)  Cf.  Proleg-.,  ch.  ii. 

(3)  Le  ms.  251  est  daté  de  1353,  et  le  ms.  150  l'est  de  1372.  Li^  manuscrit  252 
a  été  copié  au  Caire  en  1GG4  pour  Vansleb.  11  existe  encore  d'autres  manuscrits 
de  la  collection  de  Jlaqàrah  à  Rome  (Bibl.  Barberini,  de  1350);  à  Oxford  [Hunt, 
31,  32,  de  1680);  au  British  Muséum  (catal.  Kieu  n"  XIX.  de  1682) 


LES  VERSIONS  ARABES  DU  TESTAMENTUM.         419 

syriaque  publiée  par  M^  Rahmani,  ainsi  que  les  fragments  de 
la  version  arabe  qu'il  a  cités.  De  même  nous  avons  apporté 
grande  attention  aux  divergences  qu'il  a  signalées  entre  cette 
même  version  arabe  et  le  texte  syriaque. 

Après  avoir  lu  et  comparé  le  tout  avec  les  trois  manuscrits 
dont  nous  disposions,  nous  sommes  arrivés  aux  conclusions 
suivantes  : 

P  Les  trois  manuscrits  251,  252  et  150  représentent,  à  quel- 
ques divergences  près,  une  même  version  arabe. 

2^"  Cette  version  arabe,  que  nous  désignerons  désormais  par 
la  lettre  M,  insérée  par  Maqârah  dans  sa  collection,  est  différente 
de  la  version  arabe  (R)  découverte  par  M^""  Rahmani. 

3°  La  version  M  a  été  traduite  sur  le  syriaque  tandis  que  la 
version  R  a  été  faite  sur  le  copte. 

Le  premier  point  résulte  de  la  collation  que  nous  avons  faite 
des  trois  manuscrits. 

Le  second  résulte  de  la  comparaison  de  la  version  M  avec  ce 
que  nous  connaissons  de  la  version  R.  En  effet  une  étude 
attentive  nous  a  conduits  à  constater  les  faits  suivants  : 

A.  11  y  a  dans  la  version  R  de  longs  passages  omis  et  des 
phrases  retranchées,  passages  et  phrases  qui  se  trouvent  pour- 
tant dans  la  version  syriaque  et  dans  la  version  arabe  M. 

B.  Au  contraire,  il  y  a  dans  cette  version  R  des  passages  qui 
n'existent  ni  dans  la  version  syriaque  ni  dans  la  version  M. 

C.  11  y  a  dans  la  traduction  R  quelques  interpolations  ré- 
centes, qui  n'existent  ni  dans  la  version  syriaque  ni  dans  la 
version  M. 

Or  ces  nombreuses  différences  qui  existent  entre  les  deux 
versions  arabes  en  question  ne  peuvent  pas  être  simplement  des 
erreurs  ou  des  distractions  de  copiste.  Un  copiste,  en  effet, 
aurait  pu  oublier  de  transcrire  tel  ou  tel  mot,  ou  même  telle  ou 
telle  phrase,  interpoler  tel  ou  tel  passage,  altérer  le  sens  de 
telle  ou  telle  idée  et  la  remplacer  par  telle  autre.  Mais  il  manque 
dans  la  version  R  des  phrases  nombreuses  et  même  des  pas- 
•  sages  assez  longs.  Et  en  effet,  en  dehors  de  nombreux  petits 
passages  (1),  la  version  R  omet  cinq  chapitres  et  cette  omis- 

(1)  Par  ex.  édition  Rahmani,  lib.  I,  cli.  xxii  ot  ms.  251,  f"  -204   ij-*^   -^^V.  X? 
...^^   J^,y_j  J-.^.sr-'^   ^liO!    tJj>  "^1   'i\^\j 


420  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

sion  (1)  ne  peut  s'expliquer  par  une  simple  erreur  de  copiste. 
Ces  passages  et  ces  chapitres  existent  clans  notre  version  arabe 
M  aussi  bien  que  datis  la  version  syriaque.  Par  ailleurs,  dans 
cette  même  version  R,  il  existe  des  additions  qui  manquent 
dans  le  syriaque  et  dans  la  version  M  (2).  Ces  additions  sont 
assez  nombreuses  et  parfois  longues  et  importantes.  Elles  aussi 
s'expliquent  difficilement  par  le  fait  des  copistes  seuls  et  nous 
sommes  conduits  de  nouveau  à  admettre  que  la  version  M  est 
différente  de  la  version  R.  Les  interpolations  que  nous  avons 
indiquées  nous  conduisent,  elles  aussi,  à  la  même  conclusion  (3). 

Quant  aux  ressemblances,  en  petit  nombre  d'ailleurs,  que 
l'on  relève  entre  ces  deux  versions  arabes  M  et  R,  elles  ne 
pourraient  suffire  seules  pour  établir  l'unité  de  traduction. 

Cependant  nous  ne  prétendons  pas  trancher  définitivement  la 
question.  Nous  connaissons,  en  effet,  la  version  R  uniquement 
par  les  citations  qu'en  a  faites  M^'  Rahmani  dans  son  «  Testa- 
meutum  D.  N.  J.  C.  ^.  Par  suite  on  ne  doit  pas  regarder  cette 
étude  comme  définitive,  et  l'on  doit  attendre  qu'une  compa- 
raison complète  des  deux  versions  permette  d'établir  d'une 


et   ch.  .\xxix,   P    272  ^Mr    -<^  S:     S^}^    ^y^  ^j^   ~».iJ!   î3-2>  JXj  "^j 

et  lib.  II,  ch.  11.  f"  271  S:^.    ^    "^'j    iàkLJ!    ^^  ^!    ^-^J^'   fj-'   ^^À5ÇJi 

(1)  Les  chapitres  xvi,  xxxv,  xxxvii,  xlvii  du  livre  1  et  le  chapitre  iv  du  livre  II 
qui  figurent  dans  le  ms.  251  aux  folios  202";  270%  271';  273'';  274^ 

(2)  Par  ex.  lib.  1,  ch.  xxi,  p.  -31,  f  261;  ch.  xxii,  f"  264;  ch.  xxxi,  f"  269  v»; 
ch.  XL,  f"  272,  ch.  xlv,  f»  273,  etc.. 

(3)  Par  ex.  1,  cli.  xliv,   f"   273.  La   version    M.    porte   :   (**^^=^'  ^^^^  w^lj 

...    ,  ..     ,..  ^^^^^ 

Dans  la  version  R  l'Évèque  commence  ainsi  cette  exhortation  :  «  Dico  tibi  N., 
considéra  timoré  Dei  te  ministrare  infra  presbytères  et  diaconos,  et  exequi  in 
justitia  evangelii  prœcepta  etc.  »  Ces  mots,  comme  le  fait  remarquer  M^''  Rah- 
mani, semblent  être  ajoutés  après  coup. 

Ch.  XXXI,  ch.  XXXIV,  ch.  xlv,  etc. 


LES    VERSIONS    ARABES    DU   TESTAMENTUM.  421 

façon  parfaite  si  elles  sont  complètement  indépendantes  l'une 
de  Tautre,  ou  si  l'une  d'entre  elles  n'est  qu'un  remaniement 
considérable  de  l'autre. 

D'ailleurs  l'origine  des  deux  versions  nous  pousse,  elle  aussi, 
à  les  regarder  comme  indépendantes.  La  version  R,  en  effet,  a 
été  faite  sur  le  copte.  Une  note  du  manuscrit  nous  en  avertit  (I). 
La  version  M  ne  nous  donne  aucun  renseignement  explicite  sur 
son  origine.  Mais  l'accord  constaté  à  plusieurs  reprises  entre 
le  texte  syriaque  et  la  version  arabe  M  insinue  déjà  que  cette 
version  M  a  été  faite  sur  le  texte  syriaque. 

De  plus,  on  peut  relever  dans  cette  version  arabe  M  ce  que 
l'on  pourrait  appeler  des  «  syriacismes  »  qui  montrent  que  la 
version  M  a  été  faite  sur  le  texte  syriaque.  En  effet,  on  voit 
souvent  les  noms  dépourvus  de  l'article  là  où  ils  devraient 
l'avoir  (2).  Or,  en  copte,  il  y  a  un  article,  tandis  qu'il  n'y  en  a 
point  en  syriaque.  Cette  omission  de  l'article  dans  notre 
version  semble  donc  s'expliquer  par  ce  fait  que  le  traducteur 
suivait  sans  doute  de  près  le  texte  syriaque.  Cette  conclusion 
ne  s'impose  pas,  il  est  vrai,  d'une  manière  absolue.  Elle  a 
pourtant  sa  valeur  si  l'on  veut  bien  remarquer  qu'on  ne 
connaît  pas  un  autre  /texte  ayant  pu  servir  de  base  à  la  traduc- 
tion arabe  M  ;  car  il  est  très  peu  probable  qu'elle  ait  été  faite 
directement  sur  le  texte  grec  de  l'octateuque,  connu  encore  de 
Sévère  d'Antioche  et  de  Jacques  d'Édesse.  Ajoutons  aussi  que 
le  traducteur  suit  le  texte  syriaque  d'une  manière  méticuleuse. 


(1)  Prolegom.,  ch.  ii.  Voici  sa  traduction  :  •<  Absolutum  est  Testamontum 
Dornini  Nostri  Jesu  Christi,  quod  oretenus  tradidit  nobis  apostolis  post  rosiir- 
rectionem  a  mortiiis...  Vertit  illud  iuimillimus  Abu  Ishaq  ben-Fadlallah  ex 
lingua  coptica  in  arabicam  ad  fidem  codicis  Patris  Cosmae  Patriarchae  Alexan 
driae  exarati  anno  643  martynim,  qui  annus  concordat  cuni  anno  313  Hegirae.  >> 
—  Il  reste  à  déterminer  si  la  version  d'Abù  Ishaq  est  celle  qui  a  dû  figurer  en 
parallèle  du  copte  (comme  sur  le  manuscrit  copte  édité  par  Tattam  et  par  Paul 
de  Lagarde)  ou  si  elle  en  est  encore  différente.  Dans  cette  dernière  hypothèse,  il 
existerait  trois  versions  arabes  du  Testauientum  dont  deux  traduites  sur  le  copte. 

(2)  Par  ex.  f»  271  \"  <1^^)   v.oUy-  h^^^j,  ^y_   ^~*^_j  Js,.   .JU-^    *^l-M 
f"  277  v°   '-"'5  >    iAJ-^»*    ^    ^^r^"***    ,  a  a«j    y^      >*»,\w    .  iJ   x'ms.»».    ^    ^o  lai 


422  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

jusque  dans  des  points  de  détails.  Il  est  esclave  de  son  texte 
et  pousse  parfois  le  scrupule  jusqu'à  transcrire  simplement  les 
mots  syriaques  en  termes  arabes,  sans  rien  modifier  dans  la 
construction  de  la  phrase  (1).  Souvent  aussi  il  garde  à  la  pensée 
sa  tournure  syriaque  et  la  rend  ainsi  obscure  (2).  D'autres  fois, 
lorsqu'il  se  trouA'e  en  face  de  termes  ayant  plusieurs  sens  en 
syriaque,  il  en  prend  le  sens  littéral,  bien  que  ce  sens  ne 
s'accorde  pas  avec  l'enchaînement  des  idées.  Ainsi  le  mot 
«  icoodu  »  signifie  en  syriaque  «  stature,  taille  »  et  par  extension 
«  âge  ».  Le  traducteur  prend  la  première  signification  alors 
qu'il  devrait  prendre  la  seconde.  Autre  exemple  de  servilité  : 
il  y  a  dans  le  texte  syriaque  une  phrase  où  le  copiste  avait  sans 
doute  oublié  la  particule  de  négation,  bien  qu'elle  fût  néces- 
saire au  sens.  Notre  traducteur,  suivant  en  cela  le  syriaque, 
omet  lui  aussi  la  négation  (3). 


(1)  Par   ex.    lib.   I,   ch.   xxx,  f°   im  >-r--»^    ^Âjl    >j^  j^^_   ^\   w^xj^j 

|LQi>j    vJjii.  ).^\«    pj    )l.^v->    jJ  |.^,>j»ao   loi.  ^|tJ  |oO);    ^t   iKs>  ^    •  )  J'"^  Jl.'^.     ^Jr^^      5iJ>-sS 

c'est-à-diro  -  Postquam  (prosbytei-)  ordinatus  fiiorit  otc.  ». 
Lib.  I,  ch.  XXXV,  f°  271   ^mn^    ^^^1    .*^-?.   ^i^    iJ-^J^J^^   J^^   '^-r^-^J^ 

^ooNju;  yooti.  ^60   l-po;    k^/   -ajoto  1-L.I.VLtoo  ^Ji.^^io    .  v^-^-2j    if^.^^    i*^^J  r'I^ 

Lib.  II,  cil.  II,  f'  274      ."^  ^,'    ....  ^^  'U\sr^    JULl    J^  J.^!   ^^  ^,1 

oofj/    |..^aN   ^   |joa..ov^o   o/     |jl.LUIïoo   jjl^^ojls   o{    ^oioI^,-./    )..A.£»   ^xj/    y/    ]ts.  «»ao\\ 

Ch.  IX,  f"  276   ^j^.    ^rrr*"*-''j   J^-'    ^~'   ^    ^'^^    -r^-^f   Isr-*-^    x^Cst^-^M 

Ch.  X,  f°  276  V  .|JL— »-o  v^;.o  p  p  1 1  «  .>n  «  v>  .  i  ^  ^y^  -^-v*rr  iT^  j^'^-^  JrA'   /   w^^ 
Lib.  II,  ch.  XI.  f.  276  v°   ^.^-.«-iJi    ?2.ik_Jj  Ix*   'i33\y   ïjbbj  j^\y^^    U^Luî 

•  lu    pof«    oOi«    ^r^    ).3>a.3    ^n  «m  I    .juj    Po    .[.vin  oi^    plxJ   p.o  L^o    La^oju»  |«-.*3l 

(2)  Parex.  II,ch.xi,f''27Gv°  ^^-^   d...;^'!   ^^":.-^^    ^^'   ix.^^  ^y^    >JjLJ 

■  |m-)0   |.aa.i.>\    ^o;.£Nj    |  -o  ->   |-«.aQ-,.j    |Tmg<;    )(,^V^I    )Ni«  i    ./    r'^ ^ 

(3)  Lib.  I,  ch.  XXXVII,  f-  271  v,  ligne  iJ. 


LES    VERSIONS    ARABES    DU   TESTAMENTUM-  423 

Enfin  dans  le  texte  syriaque  on  rencontre  des  phrases  dont 
le  sens  est  difficile  à  comprendre.  Traduites  littéralement  sur 
le  syriaque,  elles  se  trouvent  par  là  même  obscures  dans  la 
version  M.  Par  contre  ces  mêmes  phrases  sont  assez  claires 
dans  la  version  copto-arabe  R  (1). 

Ces  raisons  nous  permettent  de  conclure  avec  très  grande 
probabilité  que  la  version  M  a  été  faite  sur  le  syriaque. 

Il  semble  même  fort  probable  que  Toctateuque  arabe  tout 
entier  tel  qu'il  figure  dans  la  compilation  de  Maqârah  a  été 
traduit  sur  l'octateuque  syriaque,  car  M.  l'abbé  Nau  a  déjà 
noté  (2)  que  le  dernier  livre  formé  des  canons  des  apôtres 
semblait  identique  au  dernier  de  l'octateuque  syriaque  édité 
par  Paul  de  Lagarde,  et  nous  venons  de  montrer  qu'il  en  est  de 
même  du  premier. 


Terminons  par  une  courte  appréciation  de  la  version  M.  — 
C'est  une  traduction  servile,  au  style  aussi  peu  châtié  que 
possible,  confus,  obscur  et  parfois  saccadé.  Les  phrases  ne  sont 
pas  bien  liées  entre  elles  et  sont  très  souvent  incomplètes. 
Quant  aux  règles  de  la  grammaire,  elles  y  sont  méconnues 
presque  à  chaque  ligne.  Aussi  a-t-on  beaucoup  de  peine  à 
comprendre  cette  traduction,  si  l'on  ne  se  trouve  pas  aidé  par 
un  autre  texte  et  surtout  par  celui  de  la  version  syriaque  dont 
dérive  sans  doute,  d'après  ce  qui  précède,  la  version  M. 

Ces  quelques  lignes  n'ont  point  la  prétention,  comme  on  l'a 
déjà  dit,  de  donner  une  conclusion  définitive  et  absolue;  mais 
d'annoncer  aux  lecteurs  de  Y  Orient  c/irétien  les  résultats  de 
notre  première  étude  de  la  version  arabe  (M)  du  Testament  de 
N.-S.  J.-C.  La  conclusion  définitive  figurera  dans  la  publication 
queferalaP^Y^>'oto(//<"  orientale  des  deux  versions  arabes  M  et  R. 

S.  D.  DiB. 

Paris. 


(1)  Par  ex.  lib.  II,  ch.  xi,  f"  270  v,  ligne  5. 

(2)  Dictionnaire  de  théologie  catholique,  Vacant-RIangenot,  articlo   Canons  des 
Apôtres,  col.  161G. 


LE  PASTEUR  D'HERMAS 

FRAGMENTS  DE  LA  VERSION  COPTE-SAHIDIQUE 


Nous  ne  connaissons  rien  de  certain  sur  l'auteur  de  cette 
œuvre  si  célèbre  durant  les  premiers  siècles  (1).  D'aucuns  ad- 
mettent que  les  quelques  renseignements  épars  dans  le  livre  se 
rapportent  réellement  à  lui;  les  autres  considèrent  l'ouvrage 
comme  une  pure  fiction  (2). 

Le  seul  point  qui  paraisse  vraiment  établi,  c'est  que  le  A/.s- 
teur  n'a  pas  été  composé  par  l'Hermas  de  l'Épître  aux  Romains, 
comme  le  supposait  Origène(3),  et  vraisemblablement  les  doc- 
teurs de  l'Église  d'Alexandrie  avec  lui. 

Après  Clément  d'Alexandrie,  Origène  et  S.  Athanase  qui  cite 
quelquefois  le  Pasteur  comme  un  livre  très  utile  (4),  Didyme 
d'Alexandrie  s'appuie  sur  le  texte  de  la  troisième  Vision  pour 
commenter  le  verset  17  du  VHP  chapitre  de  Job  (5). 


(1)  Nous  n'avons  pas  l'intention  d'exposer  et  do  discuter  les  diverses  opinions 
sur  l'auteur  du  Pasteur,  le  temps  où  il  fut  composé,  les  théories  qu'il  développe. 
On  les  trouvera  résumées  dans  Gebhardt  et  llarnack,  Patr.  Ap.  op.,  III.  p. 
Lxxxni.  On  y  trouve  p.  xl  et  suiv.  la  nomenclature  des  éditions  et  commentaires 
antérieurs  h,  1877;  de  plus  récentes  publications  sont  indiquées  par  G.  Uhlhorn 
en  tête  de  l'article  consacré  à  Ilermas  dans  le  Realencyclopudie  fur  proteslan- 
tische  Théologie,  t.  VII,  p.  714  et  suiv.  (Leipzig,  1899). 

(2)  Funk,  PP.  aposl.  Op.,  t.  I,  p.  cxiv  et  suiv. 

(3)  Comm.  de  VÉpHre  aux  Romains,  Mign..  /'.  C,  Xl\,  col.  1282. 

(4)  ôtà  8è  Tri;  wçeXijiwTaTviî  P'g),o-j  toù  not[A£vo;.  Orat.  de  Incarnat.  Verbi,  Blig., 
P.  G.,  XXV,  col.  101.  -  Cf.  de  Décréta  Nicenee  Synodi.  Mig.,  P.  G.,  XXV,  429 
(Mand.ix);  et  456  :  In  Pastore  scriptum  est  (quando  quidem  librum  hune  citant, 
quamvis  non  sit  ex  canone  et  c.  (Mand.  i).  —  Epistola  ad  Afros  episcopos,Uig., 
P.  G.,  XXVI,  col.  1037.  —  Episf.  fesl  ,  11,  Mig.,  P.  G.  XXVI,  col.  1400.  —  Epist. 
fesl.,  39,  P.  G.,  XXVI,  col.  117  (le  Pasteur  est  cité  parmi  les  ouvrages  que  nous 
appelons  deutérocanoniques). 

(5)  Mign.,  P.  G.,  XXXIX,  col.  1141. 


FHAG.MIvNTS    COPTES    d'HERMAS.  425 

Vienne  le  v''  siècle,  Hermas  tombe  clans  l'oubli;  du  moins 
n'avons-nous  plus  de  documents  provenant  de  l'Église  d'A- 
lexandrie; dans  les  autres  Églises  d'Orient,  il  semble  avoir 
perdu  toute  autorité  :  Nicéphore  Callixte,  au  xiv°  siècle,  n'en 
connaît  que  ce  qui  se  lit  dans  VHistoire  ecclésiastique  d'Eu- 
sèbe  (1)  et  le  range  parmi  les  livres  apocryphes  (2).  Cependant, 
par  Antoine  d'Abbadie,  fut  trouvée,  en  1847,  une  version  éthio- 
pienne (3)  qui  porte  comme  date  :  anno  CXCI  misericordiaï. 
Quelle  est  cette  année  191  de  la  miséricorde?  Dillmann  a 
proposé  l'année  1539  (4),  puis  plus  tard  543,  1075  ou  1607 
de  l'ère  chrétienne  (5).  Nous  sommes  donc  dans  une  complète 
incertitude  sur  l'origine  de  cette  version. 

Il  en  est  de  même  pour  les  deux  fragments  coptes-sahidiques 
que  nous  nous  proposons  d'étudier. 

Le  premier  fait  partie  des  collections  de  la  Bibliothèque 
nationale  de  Paris  (Ms.  Copt.  130',  feuil.  120).  C'est  une  feuille 
de  parchemin  presque  entière  mesurant  265  mill.  sur  200  mill.  ; 
l'écriture  est  très  bien  conservée  au  recto;  chacune  des  deux 
colonnes  de  la  page  comprend  31  lignes  de  texte,  d'une  largeur 
de  60  à  64  mill.  sur  une  hauteur  de  5  mill.  Le  titre  de  chaque 
Similitude  est  encadré  de  traits  ;  la  première  leitre  du  texte, 
de  même  grandeur  que  les  autres,  est  au  commencement  de 
la  ligne.  Le  recto  porte  en  haut  à  droite  gii  ;  le  verso  est  nu- 
méroté go,  en  haut,  à  gauche.  En  face  de  chaque  titre,  se 
trouve  un  ornement  accompagné  d'un  oiseau.  Le  texte  com- 
mence au  verset  7  de  la  Similitude  II  (suivant  la  division  com- 
mune) et  se  termine  par  le  titre  de  la  Similitude  IV  (en 
copte,  V). 

(1)  Hisl.  eccl.  lib.  II,  c.  46.  Mig.,  P.  G.,  CXLV,  col.  887. 

(2)  Funk,  Op.  cit.,  p.  cxi. 

(3)  Publiée  avec  traduction  latine  en  1860  dans  le  vol.  II,  n»  1  des  Abhand- 
lunrjen  fin-  die  Kunde  des  Morgenlandes.  Le  Pasteur  existe  aussi  dans  l'original 
grec  (2  manusc.)  et  dans  deux  versions  latines,  l'une  dite  Vulgate,  mainte  fois 
rcMmpriniée  depuis  que  .lacques  Lefèvre  d'Étaples  l'édita  en  1513;  l'autre  ap- 
pelée Palatine  (manus.  du  xiv"  siècle).  Des  éditions  critiques  du  texte  grec  et 
des  traductions  latines  ont  été  faites  par  :  F.  X.  Funk  [PP.  op.  Opcra,  tome  I, 
Fribourg-en-Hrisgau.  1878  ;  2"  édit.  1887),  de  Gebliai-dt,  Ilarnack  et  Zahn  [PP.  op. 
Opéra,  Fasc.  3,  Leipzig,  1877).  Ililgenfeld  illermae  Pastor,  Leipzig,  1866;  2"  édit. 
1881  ;  3"  (-dit.  1887).  etc. 

(4)  ZDMG.  t.  X\\  [i.  ir.>.  (Dillmann,  Bemcrkungen  zu  dem  tilhiopisr/ien  Pastor 
Ilermse). 

(ô)  Gebhardt  et  Ilarnack,  Op.  cit.,  p.  xxvu,  note  b. 


426  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

Le  second  porte  le  n"  9997  du  Musée  du  Louvre,  où  il  nous 
a  été  permis  de  l'étudier  à  loisir,  grâce  à  l'affabilité  de  M.  le 
D""  Révillout  qui  nous  l'avait  signalé.  C'est  un  feuillet  de  par- 
chemin, en  mauvais  état,  dont  l'écriture  est  cependant  bien 
conservée;  il  mesure  actuellement  218  mill.  sur  210  mill. , 
les  lignes  d'écriture  ont  une  largeur  de  60  à  66  mill.  sur  une 
hauteur  de  .5  mill.  Le  titre  de  chaque  Similitude  est  encadré 
de  traits;  la  première  lettre  du  texte,  un  peu  plus  grande  que 
les  autres  et  placée  dans  la  marge,  est  accompagnée  d'un 
ornement  analogue  à  ceux  du  feuillet  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale, mais  sans  l'oiseau.  La  première  ligne  du  recto,  marqué 
Oh,  à  droite,  contient  les  derniers  mots  de  la  quatrième  Simili- 
tude, de  la  cinquième  selon  ce  feuillet  dont  le  texte  s'arrête 
dans  le  second  chapitre  de  la  cinquième  (ou  premier  de  la 
septième)  Similitude. 

En  dehors  de  quelques  différences  secondaires,  les  deux 
feuillets  présentent  les  mêmes  caractères  paléographiques  : 
même  calligraphie,  même  largeur  des  lignes  de  chaque  colonne. 
La  pagination  suppose  entre  les  deux  un  seul  feuillet,  espace 
suffisant  pour  contenir  la  quatrième  Similitude.  Ce  sont  deux 
feuillets  d'un  même  manuscrit. 

Les  fragments  coptes-sahidiques  que  nous  possédons  font 
partie  du  troisième  livre  du  Pasteur,  si  nous  adoptons  la 
division  communément  admise  en  trois  livres  comprenant 
respectivement  les  Visions,  les  Mandata  et  les  Simili- 
tudes (1). 

La  thèse  générale  du  livre  est  celle-ci  :  Hermas  et  sa  maison 
ont  péché;  ils  peuvent  être  sauvés,  s'ils  se  repentent  sans  délai, 
car  le  jugement  est  proche.  La  révélation  en  est  faite  par  une 
femme  et  par  l'Ange  de  la  repentance  qui  apparaît  sous  la 
forme  d'un  Pasteur. 

Dans  la  première  Vision,  une  vieille  femme  recommande  à 
Hermas  d'amener  sa  maison  à  la  repentance  et  lui  donne  lec- 
ture d'un  livre  qu'elle  lui  remet  dans  la  Vision  suivante.  Il 
ne  comprend  pas  d'abord  le  sens  des  mots  qu'il  lit.  Après 

(1)  Cette  division  n'est  pas  celle  de  l'auteur,  qui,  d'après  le  contexte,  forme  le 
premier  livre  des  quatre  premières  Visions;  le  second  livre^  de  la  Vision  V, 
des  Mandata  et  des  neuf  premières  Similitudes.  La  Similitude  X  constitue  à 
elle  seule  la  troisième  partie  ou  épilogue.  Cf.  Harnack.  Op.  cit. 


FRAGMENTS    COPTES    d'iIERMAS.  427 

quinze  jours  de  jeûne,  ce  sens  lui  est  révélé  :  ses  fils  et  sa 
femme  ont  péché  ;  s'ils  font  pénitence,  ils  obtiendront  le  par- 
don; pour  les  fidèles,  le  temps  de  la  pénitence  va  finir.  Un 
jeune  homme  apprend  à  Hermas  que  la  vieille  femme  qui  lui 
apparaît,  c'est  l'Église. 

Dans  la  troisième  Vision,  l'Église  lui  montre  une  tour  dont 
les  pierres  sont  les  fidèles.  Dès  que  la  tour  sera  achevée,  ce 
sera  la  fin  du  monde. 

Vingt  jours  plus  tard,  Hermas  voit  une  horrible  bête  qui 
représente  la  grande  persécution  prochaine.  Il  est  chargé  par 
l'Église  d'annoncer  aux  élus  de  Dieu  qu'ils  pourront  l'éviter 
en  faisant  pénitence  et  en  servant  Dieu. 

L'Église  n'apparaîtra  plus  à  Hermas.  Voici  que  l'ange  de  la 
repentance  {Vis.  V)  se  présente  sous  la  forme  d'un  Pasteur 
pour  lui  communiquer  les  Mandata  et  les  Similitudes.  Il  lui 
ordonne  de  croire  fermement  en  Dieu  [Mand.  I),  faire  l'au- 
mône à  tous  les  indigents  (II),  toujours  dire  la  vérité  (III), 
garder  la  chasteté  (IV),  éviter  la  colère  (V),  fuir  l'iniquité  (VI), 
craindre  Dieu  et  ne  pas  craindre  le  démon  (IX),  être  gai  (X), 
éviter  les  faux  prophètes  (XI)  et  exhorter  les  autres  à  la  péni- 
tence. L'ange  de  la  repentance  est  envoyé  pour  fortifier  les 
hommes  dans  la  foi  et  les  amener  à  craindre  Dieu  qui  peut  tout  : 
Sauver  et  perch'e  (XI). 

Dans  la  première  Similitude,  le  Pasteur  démontre  que  Dieu 
a  donné  les  richesses  aux  hommes  pour  subvenir  aux  besoins 
des  indigents. 

II  compare  alors  {Sim.  H)  (I)  le  riche  à  l'ormeau,  qui,  de  lui- 
même,  ne  porte  pas  de  fruits,  mais  quand  il  sert  de  soutien  à 
la  vigne,  celle-ci  produit  un  fruit  plus  abondant  et  meilleur, 
tandis  que  si  elle  rampe  à  terre  son  fruit  est  mauvais  et  peu 
abondant.  L'ormeau,  c'est  le  riche  qui  possède  beaucoup  de 
biens,  dont  il  s'occupe  au  détriment  du  service  de  Dieu  qu'il 
néglige.  Qu'il  vienne  au  secours  du  pauvre  et  lui  procure  le 
nécessaire,  il  trouvera  sa  récompense  près  de  Dieu,  parce  que 
le  pauvre  a  un  grand  pouvoir  auprès  de  Dieu;  le  pauvre, 
secouru  par  le  riche,  intercède  pour  lui... 


(1)  Dans  la  dixième  Homélie  in  librum  Jesu  Xave  (Blig.,  /■•.  G.,  XII,  col.  880), 
Origène  cite  et  loue  cette  Similitude. 


428  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIExX. 

Nous  voici  parvenus  au  passage  que  contient  le  fragment 
de  la  Bibliothèque  nationale.  Pour  permettre  au  lecteur  de 
comparer  le  copte  avec  les  versions  latines,  nous  suivrons 
aussi  fidèlement  que  possible  le  texte  latin  que  F'unk  a  com- 
posé à  l'aide  de  la  Vidgate  et  de  la  Palatine  (1).  Les  mots 
entre  [  ]  n'existent  que  dans  le  latin  de  Funk;  ceux  entre  (  ), 
dans  le  copte  seul.  Les  variantes  qui  ne  peuvent  être  insérées 
dans  le  texte  sont  indiquées  en  notes.  Les  mots  en  italiques  et 
entre  [  ]  correspondent  aux  lacunes  des  fragments  coptes. 

A]vtO   I   L 2U)]b   Un|[2HK6  e]BOA2ll    |    IITA6l]o   un3:() 

|[eiG].  Avtu  cvq|[a:]eK  toiaiakoIiiicV  gbo.v  z\\  \  ovco- 
ovTii"  I  epe  ijpcuue  tre  ueeve  :x€i  |  THirreAOA  iibctatg 
KAp|n()c  GBOA*  Av|co  iiceeiLin  au  |  ovAe  iiceiioi  |  an 
Xii  epe  TU  I  Tne  etoov  ]  eviiTe  reriTelAeA  iioov  :l^jao| 
CAii^  iiTBa)|ije\ooAe'  TB(o|iieA()()A(3  eio|u)(;  eActniie  | 
iiovuoov  e|iiA."ja)q  iyACjI'h  KApiux;  (îiiav  1  2Apoc  un  Te 
InTeACA*  TAi  I  T(;  oe  iiiieHJKe  ev^AMA  I  (b)  z\  lipUllAO 
ekpAi  en3:oeio*  |  ce:^toK  iiTev|unTpmiAo  |  eBOA" 
iipiiuA|()  ecoov  evf  ii|iietiKe  iineJTovAyjtj  evrtoi" 
iineveiiT*  ee[o  cre  iikoiikuIiioc  iiiieGiiAv|  ec|)toB  iiaikai 
loir  iieTeilpe  cre  huai  u|niiovT(3  iiAJKAAq  iictuq  | 
AU  .  AAAA  qiiA|,"j(()iie  eqceuTT  eiijvcnltoue  iiiieTo|ue" 
iiAiATov  I  iiiieTec)vii|TAV  e veille  xg  \  ijtavaav  iipu 
|uA()  ïiT(){)TC|  I  uiiA'oeie  ■  iielriiAeiiie  l'Ap  |  eiiAi'(|iiAAi 
[akoiii    uua|i-a()()ii  : 

7 [Et  clives  simili  ter  divitias,  quas  accepit  a  Douiino, 

sine  hœsitatione  prœstat  pauperi.  Et  hoc  opus  magnum  et 
acceptimi  apud  Deum,  quia  intellexit  de  divitiis  suis]  et  ex 
Domini  donis  opus  fecit  in  pauperem  et  recte  impie  vit  (hoc) 
ministerium  TDominil. 


(1)  Funk,  op.  cit.,  p.  445  et  siiiv.  Nous  n'avons  pu  nous  procurer  l'ouvrage  de 
Drcssel  {PP.  aposi.  Opéra,  Leipzig,  1897]  qui  contient  le  texte  de  la  version  Pala- 
tine. Le  latin  de  l'édition  de  Funk  ressemble  davantage  au  copte  que  celui  de 
l'édition  de  Gebhardt  et  Harnack,  c'est  pourquoi  nous  le  suivons  de  préférence. 


FRAGMENTS    COPTES    d'iIERMAS.  429 

8.  Homines  igitur  cogitant  qiiod  ulmus  non  spargit 
frucéum  (1),  nesciunt  neque  intellegunt  qiiod,  cian  cœlmn  non 
pluerit  (2),  ulmus  solct  nutrire  aqua  (3)  vitem  [et]  vitis  (etiam 
ipsa)  niultam  (4)  liabens  aquam  cluplum  solet  dare  (5)  fruc- 
tum,  [etj  pro  se  et  pro  ulmo.  Sic  [et]  pauperes  orantes  68.  b. 
ad  Dominum  pro  divitibus  augent  divitias  eorum,  [et]  iterum] 
divitis  (ipsi  etiam)  pauperibus  clantes  quœ  cupiunt  (6)  replent 
corda  sua  (7). 

Fiunt  igitur  (8)  ambo  consortes  operis  justi.  HiPC  igitur  qui 
facit  (Deo),  non  derelinquct  (9)  (eum),  sed  erit  inscriptus  in 
libro  (10)  viventium. 

10.  Beati,  qui  habent,  scientes  quod  a  Domino  divites 
facti  sunt  (11);  qui  enim  hoc  scierit(12),  niinistrabit  bo- 
nuni  (13). 


M  A  pA  BOA  H  :  A      |     (vei'SO,   a)  Jgo|  aqTOVOI   eeCiix'^JHII  eilA^LU 
\o'r     6UII      (FtUliG    I         II2HTOT    '     AAAA    |  eVO       liée      1111(3x1 

^ovojov  IIIIA2PAI  ne  '  eiievleiiie  l'Ap  ik;  |  iiiie'repHV 
I  Tupov  '  iie3^A(|  I  MAI  ::ve  kiiav  eliiei;'jnii  *  iiel^^Ai  iiAq 
XG  +|iiAV  epoov  ii|3:oeie  eveiiie  |  imeveqHV  ]  Avto 
er^ovlcooV  AqoTCjul^iB  eqxco  ij|uoc  mai  y.G  iie| 
i^Hii  eTKiiAV  I  epoov  ne  iierlovH?  THpov  j  eu 
neiAKoii  '  1  riexAi  iiac|  :\e  |  ii:2ïoeic  '  eTJBe  ov  eeo 
iioe  I  iiiieT^ovcolor      Avto      eeeilne      iiiieveqHV"  |  se 


(I)  Apud  homines  igitur  iihaus  non  videtur  l'ructum  forro.  L. 
[i)  Cuiii  siccitas  fuerit.  L. 

(3)  Nutrit.  L. 

(4)  Perennem.  L. 

(5)  Dat.  L. 

(6)  Necossaria  porrigentes.  L. 

(7)  Animas  suas.  L. 

(8)  Ergo.  L. 

(9j  Derelinquetur  a  Deo.  L.  Dans  le  copte,  le  sujet  de  dcreUnquel  est  certaine- 
ment Deus  sous-entendu. 
(10)  Libris.  L. 

(II)  Et  inteliigunt...  se  locupletari.  L. 

(12)  Hœc  sentit.  L. 

(13)  Poterit  aliquid  boni  operari.  L. 


430  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

ijAiKdioc  I  (b)  n6[xAqovoii2]  I  eBo[\  au  ottg]  [  iipeq 
[piJOB6']  I  c\\\c\  C6[6iiie]  I  iiii6TepH[v]  |  neiiVicoii  r[Ap] 
I  Tenpto  ijiiiv[i]|KAioc  Te  avco  |  iiceoToiie  |  6bo\  au 
evov|H2  un  iipeqlpiioBe  '  iioe  |  iiTenpo  e^ape  |  iix'Jhii 
TiijpoT      KAlnevToIoBeq|iic66i|iie       iiiievHpuv     |     iice- 

TUOTOJIie      6BOA       XG       A^    |    116        II6T()II2       H       IIGT^MOTCO 

|ov  TAi  Te  oe  eu  nei|KeAiUJu  uceovo|u2  eBOA  au  utri  uai 
|kaioo  ovTe   upeqIpuoBe  .   aaaa  [     ceeiue   uuerlepuv  : 
riApABOAu  :   K 

SIMILITUDO    IV    (1) 

69.  a.  Ostendit  mihi  arbores  multas  qua?  folia  non  habebant, 
sed  velut  arida?  esse  mihi  videbantur;  omnes  enim  similes  (ad 
invicem)  erant.  [Et]  dixit  (2)  mihi  :  Videsne  has  arbores? 
Di.ri  ei  (3)  :  Video,  domine,  similes  (ad  invicem)  eas  [esse]  et 
aridas.  Respondit,  dicens  (4)  mihi  :  ^œ  arbores,  qiias  vi- 
des, ii  sunt  qui  in  hoc  saîculo  degent.  2.  Dixi  ei  :  Domine, 
quare  [igitur]  (5)  velut  arida?  sunt  et  (ad  invicem)  similes 
(sunt)?  Quoniam,  inquit,  neque  justi  69  b.  manifestantur  neque 
peccatores  [in  hoc  sœculo],  sed  similes  sunt  (ad  invicem);  hoc 
enim  saîculum  justis  hiems  est,  neque  manifestantur  cum  pec- 
catoribus  habitantes.  3.  Sicut  [enim]  hieme  arbores  (omnes) 
soient  deponere  folia  sua  (6)  similes  sunt  (ad  invicem)  ne- 
que  apparent  (7)  qua3  vivœ  (8)  sint  aut  [quaî]  aridœ  (9), 
ita  in  hoc  saîculo  non  manifestantur  [nec]  justi  nec  peccatores, 
sed  [omnes]  similes  sunt  (ad  invicem). 


(1)  III.  L.  Origène  cite  cette  Similitude  et  la  suivante.  In  Mallli.  xxiv,  Migne, 
P.  G.,  XIII,  col.  1683.  Cf.  ci-dessus. 

(2)  Dicit.  L. 

(3)  Video,  inquam.  L. 

(4)  Respondens,  ait.  L. 

(5)  Quare  igitur,  inquam.  L. 

(6)  Abjectis  foliis.  L. 

(7)  Apparet.  L. 

(8)  Aridœ.  L. 

(9)  Vivœ.  L. 


FRAGMENTS   COPTES    D'hERMAS.  431 


SIMILITUDO  V 


La  cinquième  Similitude  (suivant  la  version  copte)  présente 
comme  figure  des  arbres  verdoyants  et  des  arbres  secs.  Les 
premiers  représentent  les  justes  qui  au  siècle  à  venir  donneront 
leur  fruit,  comme  les  bons  arbres  le  donnent  en  été  ;  les  autres 
sont  les  Gentils  et  les  pécheurs  qui  seront  brûlés  comme  du 
bois,  ceux-ci  parce  qu'ayant  péché,  ils  n'auront  pas  fait  péni- 
tence; ceux-là,  pour  n'avoir  pas  connu  leur  créateur.  Le  Pas- 
teur indique  à  Hermas  ce  qu'il  faut  faire  pour  porter  du  fruit 
et  termine  en  disant  : 


|[ob]I  ...[ii]ap  iiai  iiaf-  |  KApnoc  : 

72.  a.  [Quicumque]  haec  fecerit,  fructum  feret. 


napABOAH   :  fC     [      eiiiHcreve    Av|to     eieuooo     eilxii 

OTTOOV        ei^JlieilOT         I         IITU       H^kOeiO        I        6TBe        eojB 

liiu  I  6iiTAC|AAV  MAI'  1  AiiiAV  ennoiIuHii  6q2iioloo 
eiTovtoi  eqxui  mai  iimai  [  xe  a2p[o[k  akIgi  6ne[iu]A 
ij|^cop[ii  *  njexAi    I    xo  n[3:oeiG   xg]   ovItai    ii[otgt]ati 

[ton]    1     oc*     I    V    I    Il    I   G    I    c  I     il 

manque  6  lignes  (b)  xe-  nxoeic  eiliiHCTere  ii|TA2e 
e^AïAAG"   1   iiGXAq    XG    iiTelriicoovii    AU   I   iiiiHCTeve  | 

UnilOVTG      AvlcO      II     TAI      Ail     TG      |     TIIHCTIA      e[T]IllOqp6 

eTeTiiIiiHCTere  u|uoc  iia(|*  nej^JAi  xg  riacoic.  |  exBe 
or  KXiii  I  UHAi  •  nexAq  |  :xe  fxtu  uuoc  |  iiak  xg  ii  tai 

Ali  T6  TIIHCT||a  eT6TII  II  H|cT6Ve  LlliOO*  |  AAAA  AIIOK 
-flIAlTAUOK       XG     A^J     |      T6      TIIHCTIA     |       fîT^HII      AV«)      | 

GTXHK    eBOA  |     un3:[o6ic    neJIxAi    [luvq    iixoJleic   k[iiap 

uuoi]  1      ovua[kapioc  ]  I  e |     il  manque  une   seule 

ligne  1  (verso,  a)  eT^ynii    urix[o]eic  *  iiea^Aq   x[g]  \  cujtu 
uniioTJTe    ove>y     iihc|tia    ah    iitgi26    |    ec^oveiT   "    | 
eKiiHCTere  1     ivvp  irreiee  |  [ujniiovre   iir|HAp  aaav   ah 

IlIzUUB  llAIKAIo|cTIIH*    IIHCT6vIe    A6    UIIIIOVT(;    |    IIOVHHC- 

TiA   I   iiTetuiiiCi*     I  unpp    iieeoov   iiaaat   eu    ueKitoiie' 


432  REVUE  DE  l'orient  ciirétiex. 

AAAA     Api    I       2U2AA     lin:Xo|6IC     ?ll      ()V2IIT    |    eqTBBHV      lll"l 

eApee    niieiie|TOAH   kliooI^g  eu  ii6qov|62CA[2iJ(i  ii]tvq  1 

IITCî      AAAV      lll[6niOv]uiA     GC    [    [? ]     G     62    1    IIGIv?] 

[ht......     I  (b)   xe   eK^AiiIp    haï  iirp2o|T(3    '2utc|    iii-c3p  | 

KpATere    u|uok    e2ct)B  |    mu    eeoov*    |     kii Atone    i:ii    ] 

nilOVTG  *  IIAI  I  1  eK^AIIAAT.  ]  KIIAp  OVIIOCr  |  llllllOTIA 
ecl^HH  LilIXOlC"  I  ClOTU  6TGl|ri ApABO AH  nj-f H A3i:00(i 
HAK     I     eT[Hll]  620VII      |    eT[llH]oTIA  :    | 

[hapab]()ah  :  ï.  I    e tg  1  — o...  ]  ^g il  man- 


que plusieurs  lignes. 


SIMILITUDO    VI    (1) 

I.  Jejunans  et  sedens  in  monte  quodam  [et]  Domino  gratias 
agens  pro  omnibus  (rébus),  qua3  fecit  mihi,  vidi  (2)  pastorem 
sedentem  juxta  me  [et]  dicentem  (IkTc  mihi)  :  Cur  tu  (3)  [tam] 
mane  hue  venisti?  Quia,  inquam,  domine,  stationem  habeo. 

2.  [Quid  est,  inquit,  statio?  Jejiino,  inquam,  domine].  Jeju- 
niwn  auteni,  inquit,  quid  est  hoc,  quod  jejunatis?]  72.  b. 
Sicut  soleo  (4)   id   facere,    [inquam,]  domine,    [sic]   jejuno. 

3.  Nescitis,  inquit,  jejunare  Domino,  neque  hoc  est  jejeunium 
utile  (5),  quod  jejunatis  ei.  Quare,  inquam.  Domine,  hoc  di- 
cis?  Dico  tibi,  inquit,  hoc  non  est  (6)  jejunium,  quod  [vos] 
jejunatis  (7);  sed  ego  te  docebo,  quid  sit  jejunium  acceptum 
et  plénum  (8)  Domino.  Et  (9)  dixi  ei  :  Felicem  me  faciès, 
domine,  si  sciero  quod  jejunium]  73.  a.  acceptum  [sit]  Do- 


(1)  Y.  L. 
■  (2)  Vidoo.  L. 

(3)  Quid.  L. 

(4)  Solebam.  L. 

(5)  Neque  jejunium  est  hoc  inutile.  L. 

(6)  Esse.  L. 

(7)  Putatis  jejunare.  L. 

(8)  Plénum  et  acceptum.  L. 

(9)  Et  dixi  ei...  acceptum  Domino  se  lit  dans  le  copte  et  dans  la  version  pala- 
tine; ces  mots  se  trouvaient  donc  dans  le  texte  original  et  ont  disparu  de  la 
plupart  des  copies  pour  des  raisons  d'homothétie. 


FRAGMENTS    COPTES    d'HERMAS.  433 

mino.  Audi,  inquit.  4.  Deus  non  vult  ejusmodi  jejunium 
inane;  sic  enim  jejunans  Deo  nihil  operaris  (1)  justitia'. 
Jejuna  autem  Deo  jejunium  hujusmodi  :  5.  nihil  mali  agas  in 
vita  tua  sed  (2)  servi  Domino  in  numdo  corde;  serva  ejus  man- 
data ambulans  in  pra^ceptis  ejus  [et]  nihil  concupiscentia' 
)nalœ  ascenclat  in  corde  tuo;  [crede  autem  Deo\.  73.  b. 
quod,  si  haîc  feceris  et  eum  timueris  abstinuerisque  ab  omni 
malo  negotio,  vives  Deo  ;  [et]  si  ha^c  feceris,  magnum  faciès 
jejunium  acccptuin  (3)  Deo. 

II.  Audi   similitudinem  (hanc),  quam  tibi  dicturus   sum, 
spectantem  ad  jejunium. 

SLMILITUDO  VII 


C'est  à  tort  que  le  copte  introduit  une  division  en  cet  en- 
droit; ce  qu'il  présente  comme  formant  la  Similitude  VI  n'est 
que  l'introduction  à  la  parabole,  où  le  Pasteur  met  en  scène 
un  riche  père  de  famille  qui  ayant  planté  une  vigne  promet 
l'affranchissement  à  un  esclave  fidèle,  s'il  la  cultive  bien.  Les 
résultats  sont  excellents.  Le  maître  fait  alors  venir  son  fils  et 
ses  amis,  leur  raconte  ce  qui  s'est  passé  et,  du  consentement 
de  son  fils,  attribue  une  part  de  son  héritage  à  son  ancien  es- 
clave. Après  cette  parabole  seulement,  viennent  encore  trois 
autres  Similitudes  et  enfin  la  dixième  et  dernière  qui  sert 
d'épilogue. 

Arrivé  à  la  fin  de  ce  court  travail  sur  la  traduction  copte- 
sahidique  du  Pasteur  d'Hermas  :  nous  espérons  qu'il  fournira 
une  contribution  nouvelle  à  l'histoire  de  la  diffusion  de  cette 
œuvre  célèbre  du  premier  siècle  de  l'ère  chrétienne.  Nous  avons 
placé  nos  courts  fragments  dans  leur  cadre  en  donnant  une 
brève  analyse  de  l'ouvrage  afin  de  mettre  notre  article  à  la  por- 
tée de  tous  les  lecteurs. 

Paris,  novembre  1905. 

L.  Delaporte. 

(1)  M.  à  m.  :  faciès  operis. 

(2)  Et.  L. 

(3)  Acceptumque.  L. 

OillENT   CnRÉTlEN.  28 


MÉLANGES 


I 

XpjffavOc;  5  a5-opt(ô--/]ç  {HOC  1904,  p.  456) 
=  CHRYSANTHE  LOPAREV 

M.  Grégoire,  dans  la  Bévue  de  rOrient  Chrétien  (1904, 
p.  456),  a  consacré  une  demi-page  à  une  note  qu'il  était  le 
premier  à  relever  sur  le  ms.  de  Gênes  n°  33,  du  x'  siècle. 

Cette  note  :  «  Chrysanthe  le  Sibériote,  au  mois  d'août  (902)  » 
l'amenait  à  se  demander  si  ce  Chrysanthe  n'aurait  pas  été 
de  Sévérias  en  Cappadoce  et  n'aurait  pas  possédé  ce  ms.  au 
IX'  siècle.  Il  s'ensuivait  que  le  ms.  devait  être  vieilli  d'un  siècle 
et  reporté  au  ix". 

Le  Père  Aurélio  Palmieri  a  résolu  cette  difficulté  avec 
grande  verve  dans  le  numéro  du  lundi  24  juillet  1905  du 
journal  de  Gènes  //  Cittadino.  L'auteur  de  Finscription  est 
Chrysanthe  Loparev,  attaché  à  la  Bibliothèque  de  Saint-Péters- 
bourg et  membre  de  la  Société  d'ancienne  littérature  slave  de 
la  même  ville.  La  bibliothèque  de  Gènes  lui  a  confié  le  ms.  33, 
vers  l'an  1900,  et  il  a  eu  la  déplorable  idée  de  mettre  son  nom 
en  termes  énigmatiques  à  la  fin  d'un  manuscrit  qui  ne  lui 
appartenait  pas. 

Nous  publions  cette  note  pour  ne  pas  laisser  croire  aux  lecteurs 
de  VOrient  Chrétien  que  le  point  d'interrogation  posé  par 
M.  Grégoire  subsiste  toujours  et  pour  leur  épargner  en  con- 
séquence les  efforts  d'imagination  qu'ils  pourraient  faire  pour 
résoudre,  eux  aussi,  ce  problème;  mais,  à  un  point  de  vue  plus 
général,  nous  voulons  surtout  montrer  combien  l'interpréta- 


MÉLANGES.  435 

tion  des  notes  ajoutées  sui-  les  manuscrits  offre  de  difficultés 
si  ces  manuscrits  ont  passé  par  les  mains  de  lecteurs  facétieux 
ou  peu  respectueux   de  la  propriété  d'autrui. 

X. 


II 

LETTRE  DE  S.   B.   W'  RAHMANI   AU  SUJET  DE   LA 
PUBLICATION  DE   LA  CHRONIQUE   DE  MICHEL 

Dans  le  Journal  Asiatique  (mars-avril  1905,  p.  260),  M.  Tabbé 
Chabot  écrit  «  qu'on  ne  possède  plus  (à  Mossoul)  de  traduction 
arabe  de  Michel  depuis  que  le  ms.  Orient.  4402  a  été  apporté 
au  British  Muséum  »  et  ajoute  la  note  suivante  : 

«  C'est  du  moins  ce  qui  m'a  été  assuré  pai*  divers  correspondants  intelli- 
gents et  instruits,  et  notamment  par  feu M^"  Khayyath,  patriarche  des  Chal- 
déens,  qui  a  bien  voulu  faire  rechercher  pour  moi,  pendant  plusieurs  an- 
nées, soit  le  texte,  soit  la  traduction  de  Michel,  à  partir  du  moment  où 
W  Rahmani  s'abstint  de  répondre  aux  lettres  qui  lui  furent  adressées  par 
la  Société  Asiatique  pour  lui  rappeler  ses  engagements  relativement  à  la 
publication  de  la  Chronique.  Comme  j'avais  été  l'intermédiaire  des  négocia- 
tions entre  ce  prélat  et  la  Société,  je  me  crus  obligé  de  réparer  la  décep- 
tion causée  parle  manque  de  parole  d'un  évêque  dont  j'avais  fait  les  plus 
grands  éloges;  et,  lorsque  je  fus  enfin  en  possession  d'une  copie  de  la  Chro- 
nique de  Michel,  je  m"empressai  de  l'offrir  à  la  Société,  qui  n'a  pas  cru  à 
ce  moment  pouvoir  se  charger  de  sa  publication.   » 

Cette  note,  à  côté  de  la  grave  imputation  d'avoir  «  manqué 
de  parole  »,  renferme  quelques  passages  plutôt  gais  pour  qui 
connaît  les  acteurs.  Pour  apprécier  la  phrase  :  «  un  évêque 
dont  j'avais  fait  les  plus  grands  éloges  »,  il  faut  savoir  que 
M.  l'abbé  Chabot,  arrivé  depuis  peu  du  diocèse  de  Tours  à 
Paris  ou  aux  environs,  y  avait  une  situation  assez  précaire, 
tandis  que  M°'"  Rahmani,  qui  écrit  également  bien  en  français, 
en  arabe,  en  latin,  en  syriaque  et  en  italien,  était  évêque  d'Alep 
et  en  passe  de  devenir  patriarche.  Le  protectorat^  on  le  devine 
déjà,  était  donc  en  ordre  inverse.  «  Je  m'empressai  de  l'offrir 
à  la  Société  »  ;  il  faut  lire  :  «  je  m'empressai  de  demander  de 
l'argent  pour  que  je  pusse  faire  photolithographier  le  texte  ». 


436  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

La  Société  Asiatique  récusa  cette  charge  et  ce  fut  l'Institut  qui 
l'assuma.  Enfin  «  j'avais  été  l'intermédiaire  entre  ce  prélat  et  la 
Société  >■>,  signifie  que  M.  fabbé  Chabot,  membre,  comme  bien 
d'autres,  de  la  Société,  s'imposa  comme  intermédiaire  ainsi 
qu'on  va  le  voir  et —  d'après  les  résultats  —  sembla  dire  :  «  Ou 
vous  accepterez  mes  conditions,  ou  je  commencerai  par  vous 
déconsidérer  en  disant  que  vous  ne  faites  rien  et  ne  pouvez 
rien  faire  (nous-même  avons  été  jadis  trompé  ainsi),  et  en- 
suite je  vous  supplanterai  ». 

Cette  note  a  eu  le  grand  avantage  de  décider  M"^  Rahmani  à 
intervenir  et  à  mettre  par  écrit  une  partie  de  ce  qu'il  nous  avait 
dit  à  l'un  de  ses  passages  à  Paris.  Nous  sommes  heureux  de 
donner  à  nos  lecteurs  la  primeur  de  cette  lettre  adressée  à  M.  le 
Présidentdela  Société  Asiatique  (cf  Journal  Asiatique,  X"  série, 
t.  VI,  p.  384),  pour  fixer  un  point  d'histoire  et  compléter  ce  que 
nous  avons  esquissé  l'an  dernier  {ROC.  1904,  p.  287-288). 

F.  N. 


_.,.*,        •     '     .1    r  Bcvroutli,  le  -22  août  1905. 

Patriarcat  sjrien  catholique 

d'Antioche. 


Monsieur  le  Président  de  la  Société  Asiatique, 

Je  viens  de  prendre  connaissance  de  la  note  insérée  par  M.  fabbé  Cha- 
bot dans  le  numéro  du  Journal  asiatique  mars-avril  1905,  page  2G0,  note  2, 
où  il  est  question  de  mon  nom  au  sujet  de  la  Chronique  de  Michel,  le  célèbre 
patriarche  jacobite. 

Il  importe  de  ne  pas  laisser  M.  Chabot  me  calomnier  publiquement  après 
avoir  abusé  de  mon  amitié  pour  m'enlever  par  des  moyens  peu  loyaux 
rhonneur  de  la  publication  de  ladite  Chronique  que  j'avais  découverte.  Il 
faut  rétablir  les  choses  dans  leur  véritable  état  : 

M.  Chabot  persiste  à  nier  l'existence  à  Mossoul  d'un  exemplaire  de  la 
version  arabe  de  la  Chronique  de  Michel  :  or  le  contraire  est  certain,  étant 
donné  que  l'exemplaire  dont  il  est  question  se  trouve  jusqu'aujourd'hui  en 
possession  de  son  propriétaire,  la  famille  Abdounnour  (.jÀJl  J-^^).  J'ai 
transcrit  de  ma  main  le  susdit  manuscrit  il  y  a  déjà  fort  longtemps  (1). 

(1)  Nous  croyons  savoir  que  cette  transcription  laite  de  la  main  de  M*^''  Rah- 
mani se  trouve  à  la  Bibliothèque  Vaticane,  à  la  disposition  de  tous  les  savants. 
Nous  signalons  en  passant  ce  service  rendu  à  la  science  par  l'ëminent  prélat. 

[F.  N.]  , 


MÉLANGES.  437 

Plus  tard,  précisément  en  1888,  j'ai  découvert  à  Kdesse  le  texte  syriaque 
de  la  même  Chronique  et  m'en  suis  procuré  une  bonne  copie  que  l'an- 
née suivante  j'ai  prêtée  à  M.  le  professeur  Ignace  Guidi,  de  Rome,  qui  l'a 
eue  chez  lui  pendant  presque  un  an.  On  ne  peut  donc  pas  m'accuser  d'a- 
voir voulu  cacher  un  si  important  document.  Peu  de  savants,  je  crois,  ont 
montré  autant  de  désintéressement  que  moi  en  cette  occasion.  J'entendais 
seulement  me  réserver  r/tonnenr  de  publier  moi-même  le  Icxie  syriaque. 

A  mon  passage  à  Piiris,  pendant  l'été  de  1893,  j'ai  été  accablé  par  les  assi- 
duités de  M.  l'abbé  Chabot;  je  n'ai  pas  vu  de  suite  qu'il  en  voulait  seule- 
ment à  ma  Chronique.  Ayant  eu  l'occasion,  quelques  semaines  auparavant, 
de  voir  pour  la  première  fois  M.  Chabot  à  Jérusalem  où  je  me  suis  trouvé 
pour  le  Congrès  eucharistique,  et  ayant  lu  depuis  lors  ses  travaux  sur 
Mar  Isaac  de  Ninive  et  Mar  Bassus  qui  laissent  tant  à  désirer,  je  ne  pou- 
vais pas,  ainsi  qu'il  le  convoitait,  me  l'associer  pour  la  publication  de  la 
Chronique  de  Michel. 

Afin  de  favoriser  cependant  M.  Chabot  dans  ses  études  du  syriaque,  je 
n'ai  pas  omis,  selon  sa  prière,  de  le  recommander  chaleureusement  à  l'ar- 
chevêché de  Paris.  11  m'a  même  supplié  d'aller  avec  lui  à  Tours  pour  lui 
obtenir  les  grâces  de  son  évoque  ordinaire.  Il  est  étonnant  et  fâcheux  à  la 
fois  de  voir  M.  Chabot  me  récompenser  de  ces  faveurs  en  m'accusant 
d'avoir  manqué  de  parole  envers  la  Société  Asiatique  au  sujet  de  la  pu- 
blication du  texte  syriaque  de  la  Chronique  de  Michel. 

La  vérité  est  que  M.  Chabot  m'a  développé  divers  plans  de  publica- 
tions et,  tant  que  j'ai  cru  qu'il  agissait  en  ami,  je  l'ai  laissé  parler  et  agir. 
Mais  je  n'ai  pris  d'engagement  avec  personne.  Le  jour  oîij'ai  vu  claire- 
ment que  M.  Chabot  voulait  me  priver  de  l'honneur  de  la  publication  que 
je  m'étais  réservée  et  qui  devait  paraître  en  mon  nom  seul,  j'ai  cessé  de 
lui  répondre. 

J'étais  à  la  veille  d'achever  la  revision  de  presque  la  moitié  du  texte  de 
la  Chronique,  espérant  le  publier  à  l'Imprimerie  que  je  comptais  fonder  — 
et  que  j'ai  fondée  depuis  —  grâce  à  la  générosité  du  gouvernement  fran- 
çais, quand,  à  l'improviste,  M.  Chabot  arriva  à  Alep,  dans  le  dessein  d'ac- 
caparer la  Chronique  bien  qu'il  indiquât  un  tout  autre  but  de  son  voyage 
en  Orient.  Pendant  son  court  séjour  à  Alep,  il  a  même  été  mon  hôte,  m'a 
baisé  la  main  et  m'a  demandé  des  lettres  de  recommandation  pour  mes 
amis  d'Edesse. 

Il  s'est  procuré  a  grand  prix  d'argent  une  copie  du  manuscrit  dont  j'avais 
moi-même  la  copie  et  a  commencé  sa  publication  grâce  au  concours  de 
l'Institut,  pendant  qu'avec  mes  seules  ressources  j'en  préparais  pénible- 
ment la  publication  de  mon  côté. 

J'ai  depuis  publié  d'autres  ouvrages  inédits,  car  il  en  restera  longtemps 
encore  pour  occuper  les  forces  de  tous  les  savants  honnêtes  sans  qu'ils 
risquent  de  se  gêner.  J'ai  publié  le  texte  syriaque  du  Testamentum  D.  N. 
J.  C.  (I),  les  Actes  de  Gurya  et  Schamona  (2),  un  volume  de  Sludia  sy- 

(1)  Avec  traduction  latine  et  prolégomènes,  Mayence,  1809. 
{i)  Rome,  1899. 


438  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

rkica  (1),  un  volume  û!Une  chronique  inédile  (2);  deux  autres  ouvrages 
également  inédits  sont  sous  presse. 

Ces  publications  suffisent  à  montrer  que  j'aurais  pu  aussi  publier  la 
Chronique  de  Michel  si  M.  Chabot,  par  les  moyens  peu  convenables  dont 
il  s'est  servi,  ne  m'en  avait  empêché. 

J'ai  conservé  le  meilleur  souvenir  des  savants  italiens  et  français  que 
j'ai  rencontrés  dans  mes  voyages  et  de  la  Société  Asiatique  en  particulier 
qui  a  bien  voulu  m'offrir  ses  bons  offices.  J'ai  eu  le  regret  de  ne  pouvoir 
les  accepter  dans  les  conditions  où  M.  Chabot  me  les  faisait  offrir  :  mais 
je  n'ai  pas  maïKiué  à  ma  parole  puisque  je  ne  l'ai  pas  donnée,  bien  que 
M.  Chabot  ait  voulu  me  l'extorquer. 

Je  vous  prie  donc,  Monsieur  le  Président,  ainsi  que  toute  la  Société 
Asiatique,  d'agréer  Tassurance  de  ma  considération  la  plus  distinguée. 

Ignace  Ephrem  Rahmani, 

Patriarche  des  Syriens  calliolii|ues. 

(1)  Cf.  ROC.  1904,  p.  -281,  etc. 

(2)  Cf.  infra,  p.  439-440. 


BIBLIOGRAPHIE 


M^''  Rahmani.  —  Chronicon  civile  et  ecclesiasticum  anonymi  auctoris 
quod  ex  unico  codice  Edesseno  primo  edidit...  typis  patriarchalibus  Sy- 
rorum  in  seminario  Scharfensi,  in  monte  Libano  1904,  4",  vii-144  pages 
(texte  syriaque). 

Mg""  Rahmani,  patinarche  des  Syriens  catholiques,  nous  apprend  dans  sa 
courte  introduction  qu'il  a  découvert  la  présente  chronique  à  Constanti- 
nople  en  1899. 

Le  manuscrit,  d'origine  édessénienne,  semble  être  du  xiv  siècle.  11  est 
incomplet,  mais  quelques  feuillets  ont  été  rétablis  de  seconde  main.  — 
L'auteur  est  originaire  de  la  Mésopotamie,  et  peut-être  d'Edesse  même; 
il  était  à  Jérusalem  en  1137,  au  moment  où  Saladin  vint  d'Ascalon  pour 
attaquer  cette  ville,  et  vécut  sans  doute  jusqu'au  commencement  du 
xiii"  siècle.  C'est  donc  un  contemporain  de  Michel  le  Syrien.  Les  deux 
Chroniques  ont  souvent  des  sources  communes,  mais  sont  cependant  indé- 
pendantes l'une  de  l'autre,  car  non  seulement  les  rédactions  sont  diffé 
rentes,  mais  presque  toujours  l'une  complète  l'autre  en  ajoutant  des 
détails  particuliers.  Cette  chronique  complétera  donc  celle  de  Michel  et 
sera  d'un  grand  secours  pour  la  recherche  de  ses  sources.  Dès  maintenant 
on  peut  affirmer  que  les  parties  imprimées  en  gros  caractères  dans  la 
traduction  de  Michel  ne  sont  pas  une  rédaction  personnelle  à  l'auteur,  mais 
ont  été  transcrites  par  lui  sur  un  auteur  antérieur  aussi  bien  que  les  par- 
ties imprimées  en  petits  caractères,  car  des  fragments  des  unes  et  des 
autres  se  retrouvent  dans  la  chronique  anonyme. 

Au  point  de  vue  matériel  on  peut  relever  quelques  petites  fautes  d'im- 
pression :  quelques  lomads  écourtés  sont  devenus  des  aïns,  p.  3,  der- 
nière ligne,  p.  126,  avant-dernière  ligne,  p.  132,  ligne  13.  On  trouve,  p.  136 
jx>  pour  f>,  p.  VII  w^  pour  ^,  et  surtout,  au  commencement  de  l'ouvrage, 
les  typographes  ont  employé  la  lettre  double  i>^  au  lieu  de^,  etc. 

Ces  petites  fautes,  qui  ne  nuisent  pas  d'ailleurs  à  la  lecture  de  l'ouvrage, 
sont  inévitables,  si  l'on  songe  que  l'imprimerie  a  été  créée  par  Ms""  Rahmani 
lui-même  et  que  la  composition  de  l'ouvrage  ])ar  des  typographes  impro- 
visés a  dû  aussi  être  quelque  peu  hâtive,  car  nous  avons  eu  occasion,  en 
1903,  d'écrire  à  M-''  Ralimani  que  l'on  commençait  à  connaître  la  prove- 


440  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

nance  de  sa  seconde  Chronique  et  à  savoir  que  le  manuscrit  original  était 
à  Constantinople.  Nous  l'engagions  donc  à  en  publier  vite  une  portion, 
sinon,  lui  disions-nous,  certain  orientaliste  apprendra  où  se  trouvées  ma- 
nuscrit comme  il  a  appris  jadis  où  se  trouvait  le  manuscrit  de  Michel  (1), 
et  il  sera  tenté  de  nous  donner  une  troisième  édition  de  sa  trilogie  : 
«  1"  Ms''  Rahmani  n'a  rien  fait,  ne  fait  rien;  2^  M^'-  Ralimani  est  incapable 
de  faire  quelque  chose;  3"  Moi,  par  contre,  avec  les  subsides  d'une  société 
savante  ou  d'une  personne  charitable,  je  vais...  prendre  sa  place  »  (2). 
M^""  Rahmani  n'est  donc  hâté  de  publier  un  premier  volume.  Nous  tradui- 
sons pour  qu'on  puisse  le  comparer  à  Michel  (11,  i;i,  350),  le  récit  de  l'ar- 
restation de  Mondar,  roi  des  Arabes  : 

5Iagnus  lo  Sj'rien,  curateiii',  qui  était  ami  do  Mondar,  promit  à  l'empereur 
de  l'arrêter.  Comme  Magnus  liabitait  à  Édesse,  il  prit  le  ciiemin  de  la  Syrie. 
Quand  il  fut  arrivé,  soi-disant  pour  prendre  des  bains,  aux  (eaux)  chaudes  qui 
sont  près  d'Émesse  et  quand  il  fut  descendu  au  village,  après  (quelques)  jours, 
il  fit  dire  à  Mondar  :  <•  .Je  suis  malade;  je  veux  te  voir.  J'admire  ton  amitié! 
Voilà  longtemps  que  je  suis  ici  et  tu  n'es  pas  venu  me  voir!  »  —  A  la  lecture  de  sa 
lettre,  Mondar  se  dirigea  vers  lui  et  lui  porta  de  gi'ands  présents.  Il  vint  avec 
peu 'd'hommes  parce  que  tous  étaient  éloignés  les  uns  des  autres.  Quand  Magnus 
apprit  qu'il  était  en  route  pour  venir  le  trouver,  il  quitta  le  village  et  alla  de- 
meurer à  Émesse.  Mondar  arriva  au  village,  et  ne  le  trouvant  pas,  alla  à  la  ville. 
(Magnus)  sortit  au-devant  lui,  le  reçut  avec  joie  et  honneur,  lui  donna  un  hôtel  et 
dispersa  par  la  ville  les  hommes  qui  l'accompagnaient.  Quand  Mondar  vint  au 
dîner,  Magnus  plaça  des  hommes  qui  le  saisirent,  le  chargèrent  de  chaînes  et  le 
livrèrent  au  duc  de  la  ville  pour  (ju'il  l'envoyât  à  l'empereur  à  la  ville  impé- 
riale. 

Nombreux  sont  les  passages  où  cette  Clironique  anonyme  complète 
ainsi  celle  de  Michel.  L'une  semble  donc  le  complément  nécessaire  de 
l'autre. 

F.  Nau. 


Dom   CUTHBERT    BuTLER.    —   The  Lausiac  history   of  Palladius,    II 

(t.  V,  n"  2,  des  Texls  and  Studies  de  i.  Armitage  Robinson),  Cambridge, 
1904;  8",  civ-278,  pages.  —  10  sh.  6  net. 

De  D'"  Ehrard,  dans  la  Byzantin ische  Lilleratur  de  M.  Krumbacher,  ré- 
clamait surtout,  dans  le  domaine  de  l'hagiographie,  une  édition  critique 
de  l'histoire  Lausiaque  de  Palladius.  Dom  Butler,  depuis  de  longues  an- 
nées, s'est  appliqué  à  ce  travail  dont  la  première  partie  (Cambridge,  1898) 
a  été  annoncée  en  son  temps  dans  la  ROC. 

La  seconde  partie  que  nous  annonçons  aujourd'hui  comprend  une  lon- 
gue introduction  consacrée  aux  manuscrits  et  aux  versions  de  Pallade,  à 

(1)  La  première  chronique  découverte  par  M="  R.  et  celle  deiMiclicl  le  Syrien.  Cf.  supra. 

(■2)  La  première  édition  de  celte  trilogie  est  l'iiistoire  de  la  publication  de  la  Chronique  de 
Michel  (supra,  p.  435)  et  la  seconde  (revue  etaugmeiuée)  est  l'histoire  de  la  fondation  du 
Corpus,  comme  nous  espérons  trouver  l'occasion  de  le  raconter  un  jour. 


BIBLIOGRAPHIK.  141 

leur  classification  et  à  la  description  plus  détaillée  des  manuscrits  em- 
ployés dans  l'apparat  critique.  Vient  ensuite  le  texte  grec  tel  ([ue  Dom 
Butler  a  été  amené  à  le  reconstituer,  puis  des  notes  critiques  et  histori- 
ques, des  appendices  sur  la  chronologie  de  la  vie  de  Pallade  et  les  sour- 
ces de  ses  écrits  ;  et  cinq  tables  des  choses,  des  citations  de  r]']criture,  des 
noms  de  personnes,  des  noms  géograpliiques  et  des  mots  grecs  intéres- 
sants au  point  de  vue  de  l'usage  monastique  ou  ecclésiastique,  de  leur  dé- 
rivation du  latin,  ou  de  la  linguistique. 

La  grande  difficulté  de  ce  travail  provenait  de  Timmense  diffusion 
qu'eut  en  tout  temps  Thistoire  Lausiaque.  Les  innombrables  copistes  qui 
durent  la  reproduire,  entassèrent  donc,  suivant  leur  habitude,  les  fautes 
sur  les  fautes  et  de  plus,  lorsque  le  manuscrit  leur  appartenait,  ajoutèrent 
des  histoires  analogues  provenant  par  exemple  de  Rufin  ou  de  Moschos 
ou  supprimèrent  des  anecdotes  ou  même  donnèrent  une  rédaction  diffé- 
rente en  intercalant  des  explications  ou  même  en  fondant  ensemble  plu- 
sieurs récits  analogues. 

Il  fallait  d'abord  coUationner  les  manuscrits  pour  les  partager  en  fa- 
milles, puis  reconnaître  quelle  famille  avait  le  plus  de  chance  de  reproduire 
le  texte  primitif. 

Dom  Butler  a  collationné  quarante-sept  manuscrits  qu'il  a  partagés  en- 
trois  groupes  principaux  dont  l'un  (G)  est  plus  simple,  moins  chargé  de 
rhétorique  et  par  suite  plus  court,  le  second  (B)  est  plus  long  et  figure 
dans  toutes  les  éditions  précédentes,  enfin  le  troisième  (A)  est  une  combi- 
naison en  proportion  variable  des  deux  premiers.  Il  était  donc  tout  désigné 
de  reproduire  le  texte  G  (1)  et  de  donner  dans  l'apparat  critique  les  va- 
riantes du  groupe  B.  L'auteur  a  cité  aussi  les  passages  parallèles  de  So- 
zomène  et  a  tenu  compte  de  toutes  les  versions.  Son  travail  s'annonce 
donc  bien  comme  devant  répondre  à  toutes  les  exigences  (2). 

F.  N\u. 


A.  M ALLON  S.  J.    —   Grammaire  copte,    avec  bibliographie,   chres- 

tomathie  et  vocabulaire,  8",  .\iii-233  et   148  pages,  4  planches;  Bey- 
routh, imprimerie  catholique,  1904  (Paris,  Picard). 

La  présente  grammaire  est  nécessaire  et  suffisante  pour  tout  élève  qui 
commence  le  copte.  Je  ne  dirai  pas  qu'elle  est  seule  écrite  en  français,  car 
un  étudiant  doit  pouvoir  utiliser  une  langue  étrangère,  mais  je  puis  dire 
qu'en  dehors  de  grammaires  trop  vieilles,  elle  est  la' seule  consacrée,  sous 
forme  accessible  aux  commençants,  à  l'important  dialecte  de  la  Basse- 
Egypte.  D'autres  en  effet  sont  plutôt  consacrées  au  sahidique  ou  —  comme 
la  grammaire  de  Stern  que  nous  possédons  —  ne  peuvent  être  mises 
entre  les  mains  des  commençants  dont  la  naissante  ardeur  se  brise  devant 
les  pages  massives  hérissées  de  trop  de  science. 

L'addition  d'une   chrestomatie  et  d'un   lexique  fait  de  cet  ouvrage  un 

(I)  D'après  un  manuscrit  de  Paris  et  un  manuscrit  d'OxIorcl. 

("2)  .'^u  lieu  de  Sarapion  etZacharie(p.  -î")  il  laut  lire  Carion  cl  Zacharie.  Cf.  nu/jra  p. -209. 


442  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

tout  complet  ou,  comme  récrivent  les  Allemands,  un  manuel  pour  le 
selbststudium,  où  chaque  élève  peut,  à  peu  de  frais,  mesurer  ses  forces  et 
voir  s'il  peut  continuer  ses  études  dans  cette  direction. 

F.  Nau. 


Le  P.  Constantin  Bâcha.  —  I.  L'ancienne  version  arabe  du  traité 
du  sacerdoce  de  saint  Jean  Chrysostome,  207  pages.  —  II.  Le 
texte  arabe  de  neuf  traités  de  Théodore  Abou-Kurra,  évêque  de 
Harran,  8",  200  pages,  Beyrouth,  1904.  —  III.  Un  traité  des  œuvres 
arabes  de  Théodore  Abou-Kurra,  publié  et  traduit  en  français  pour  la 
première  fois,  8",  47  et  33  pages,  1  fr.  50.  —  Chez  l'auteur,  à  l'évêché 
grec  catholique  de  Tripoli  de  Syrie  ou  à  la  librairie  Leroux,  à  Paris. 

Le  P.  C.  Bâcha  qui  est  —  on  le  voit  par  ses  derniers  ouvrages  —  un 
des  auteurs  orientaux  les  plus  féconds,  a  édité  l'ancienne  version  arabe 
du  traité  du  sacerdoce,  faite  parle  prêtre  moine  Jean  surnommé  Joanikios. 
Il  a  utilisé  un  manuscrit  daté  de  1558  qu'il  a  corrigé,  d'après  la  traduc- 
tion française  de  l'abbé  Bareille,  et  a  ajouté  en  appendice  la  version  arabe 
de  deux  autres  liomélies  de  saint  Jean  Chrysostome,  l'une  sur  ceux  qui  ne 
viennent  pas  aux  saints  mystères  et  ne  s'approchent  pas  de  la  sainte 
table,  la  seconde  sur  la  sainte  Cène,  la  communion  pascale  et  le  lave- 
ment des  pieds  des  apôtres. 

Le  P.  C.  B.  a  édité  aussi  pour  la  première  fois  neuf  traités  et  une 
lettre  dogmatique  de  Théodore  Abou-Kurra,  Cet  ouvrage  tout  en  arabe  est 
accessible  à  peu  d'Occidentaux,  mais  le  P.  C.  B.  leur  a  rendu  le  ser- 
vice de  rééditer  à  part  l'un  de  ces  traités  en  raccompagnant  d'une  traduc- 
tion et  d'une  introduction  sur  la  vie  et  les  œuvres  de  Théodore  qui  com- 
prend en  particulier  l'analyse  des  neuf  traités  et  de  la  lettre  publiés  en 
arabe,  dans  l'ouvrage  susmentionné.  Nous  avions  demandé  à  l'auteur 
de  rédiger  cette  notice  sur  la  vie  et  les  œuvres  de  Théodore  pour  les 
lecteurs  de  la  Revue  de  rOrienI  Clirétien  et  nous  avions  donc  toute  permis- 
sion de  la  publiera  nouveau,  mais  le  prix  modique  (I  fr.  50)  de  l'ouvrage 
qui  la  contient  décidera  sans  doute  nos  lecteurs  à  l'acheter,   il  est  donc 

inutile  d'en  donner  ici  un  extrait . 

F.  Nau. 


Livres  nouveaux. 

I.  Le  P.  Barnabe  Meistermann  0.  F.    M.   La  ville  de  David,  8*^,  xxvi- 
248  pages.  Picard,  Paris,  1905,  5  francs.' 

Disons  immédiatement  pour  montrer  l'importance  de  cet  ouvrage,  que 
les  diverses  destructions  et  reconstructions  de  Jérusalem  ont  rendu  diffi- 
cile la  localisation  des  diverses  parties  de  l'ancienne  ville.  Il  n'y  a  pas 
moins  de  neuf  théories  topographiques  sur  l'emplacement  de  «  la  ville  de 
David  »,  c'est-à-dire  de  la  cité  jébuséenne  de  Sion  dont  David  fît  sa  capî- 


BIBLIOGRAPHIE.  443 

taie  et  de  dix-neuf  au  sujet  du  site  de  Mille  ou  de  la  ville  basse.  Cette 
diversité,  dit  le  P.  Barnabe,  n'a  pas  de  quoi  nous  surprendre  :  «e  Qui  entre- 
prend des  fouilles  dans  un  endroit  quelconque  de  la  ville  obéit,  parfois, 
à  une  préoccupation.  Ses  études  l'ont  amené  à  un  résultat  qu'il  veut 
contrôler.  Aussitôt  il  creuse  et  il  cherche  là  où,  selon  la  lecture  des  textes, 
doit  se  trouver  un  mur,  un  canal,  un  escalier,  etc.  Quelle  tentation  dès 
lors  à  avoir  dans  la  moindre  trouvaille  la  confirmation  de  son  hypo- 
thèse!   C'est  pourquoi  les  découvertes  archéologiques  soulèvent  sou- 
vent plus  de  problèmes  qu'elles  n'en  résolvent  ».  Le  P.  Barnabe  tient 
pour  l'opinion  traditionnelle  qui  place  <(  la  cité  de  David  »  sur  le  plateau 
actuel  de  Sion;  à  l'aide  de  la  Bible,  de  Flavius  Josèphe  et  des  témoignages 
plus  récents  il  passe  en  revue  les  arguments  bibliques  et  archéologiques 
mis  en  avant  pour  localiser  ailleurs  la  ville  de  David  et  montre  que  le 
site  traditionnel  satisfait  mieux  que  tout  autre  aux  données  du  problème. 

II.  Rev.  G.  U.  Pope,  M.  A.  A   catechism   of  Tamil  grammar,  S'\  76 

pages,  Clarendon  Press,  Oxford,  1905.  —  2  sh.  net. 

M.  G.  U.  Pope  qui  a  déjà  publiés  The  first  catechism  of  Tamil  grammar  ; 
with  an  English  translation  by.  D.  S.  Herrick,  8",  3  sh.  »,  vient  d'y  ajouter 
une  seconde  grammaire  telle  qu'elle  est  en  usage  dans  les  écoles  Tamou- 
les.  Les  titres  seuls  sont  en  anglais.  Ce  petit  ouvrage  contient,  dit  l'auteur, 
tous  les  éléments  essentiels  du  Tamoul,  tant  vulgaire  que  classique.  Il  pro- 
cède par  demandes  et  réponses  (d'où  son  titre)  et  traite  en  quatre  parties 
de  l'orthographe,  de  Fétymologie,  de  la  syntaxe  et  de  la  Prosodie. 

111.  P.  Bedj AN,  cong.  miss.   Lazarista.  Homiliae  selectae  Mar  Jacobi 
sarugensis,  t.  I,  8"^,  xvii-840  pages,  Paris,  1905. 

Jacques,  évéque  du  diocèse  de  Saroug,  né  en  451  et  mort  en  521,  a  laissé 
surtout  des  homélies  écrites  en  vers  de  douze  syllabes.  Bar  Hébraeus,  au 
xin<'  siècle,  en  comptait  763.  Il  en  reste  près  de  la  moitié  dans  les  biblio- 
thèques syriaques  de  l'Europe.  Le  P.  Bedjan  emprunte  à  Jacques  de  Sa- 
roug l'épigraphe  :  «  Seigneur,  je  ne  cesserai  pas  de  louer  ta  Divinité,  de 
crainte  que  les  pierres  ne  prennent  ma  place  si  je  cessais  »,  et  publie  en- 
suite 32  homélies  choisies  dont  il  traduit  les  titres  (p.  ix-.\ii).  Jacques  était 
un  adversaire  du  concile  de  Chalcédoine,  mais  le  monophysisme  n'appa- 
raît pas  du  moins  dans  ses  homélies,  au  point  qu'on  a  pu  longtemps  le 
regarder  comme  un  des  rares  écrivains  syriens  restés  orthodoxes.  En  par- 
ticulier, dans  trois  homélies  sur  saint  Pierre  publiées  par  le  P.  Bedjan,  il 
énumère  avec  force  et  abondance  les  prérogatives  du  chef  des  apôtres  : 

Élève  ta  dcmouro  sur  ce  fondement  si  tu  es  sage; 

Qui,  en  effet,  supportera  le  poids  de  la  maison,  si  ce  n'est  Simon. 

Si  tu  ne  disposes  pas  sur  cette  pierre  l'édifice  de  ta  tente, 

Tu  es  en  dehors  de  la  maison,  et  où  le  maître  te  chercliora-t-il? 

Le  volume  se  termine  par  quelques  extraits  de  la  Théophanic  d'Eusèbe 
conservée  seulement  dans  une  traduction  syriaque  et  par  le  récit  de  la 


444  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

ruine  de  Jérusalem,  d'après  une  traduction  syriaque  de  Flavius  Josèphe 
{De  Bello  judriico,  VII,  l-IS^i  conservée  dans  un  manuscrit  de  Milan  du. 
vi*'  siècle. 

La  plupart  des  homélies  de  Jacques  de  Saroug  sont  publiées  d'après  les 
nombreuses  reproductions  des  manuscrits  de  Londres  et  de  Rome  réunies 
à  grands  frais  depuis  plusieurs  années  par  M=''  Graffin.  C'est  un  nouveau 
service  que  le  distingué  professeur  a  rendu  aux  lettres  orientales  et  aux 
savants;  ceux  auxquels  il  a  rendu  service  ne  lui  en  ont  pas  toujours  con- 
servé grande  gratitude,  mais  du  moins,  dans  le  cas  présent,  comme  l'écrit 
le  R.  P.  Bedjan,  «  la  participation  à  une  œuvre  éminemment  apostolique 
sera  la  récompense  des  peines  qu'il  s'est  données  pour  recueillir  ce  tré- 
sor *. 

Les  textes  édités  par  le  R.  P.  Bedjan  ne  sont  accessibles  qu'aux  orienta- 
listes, mais  nous  savons  que  M^""  Graffin,  à  l'aide  de  ses  seules  ressources, 
les  a  tous  traduits  ou  fait  traduire  et  compte  les  mettre  à  la  portée  de  tous 
les  lecteurs.  Si  quelques-uns  trouvent  que  son  œuvre  n'avance  pas  assez 
vite,  au  gré  de  leurs  désirs, il  me  sera  du  moins  permis  de  leur  demander 
leur  concours. 

IV.  A.  Gartner.  Théodore  of  studium.   His  life  and  times,  8".  reliure 
toile,  .\iv-284  pages.  Ed.  Arnold.  Londres,  1905.  —  10  sli.  G  net. 

M.  A.  Gartner  vient  de  consacrer  un  beau  volume  à  saint  Théodore  Stu- 
dite  (759-826)  dont  une  partie  des  œuvres  (lettres,  instructions,  hymnes, 
controverses  contre  les  Iconoclastes),  forment  un  volume  de  la  Patrologie 
grecque  de  Migne  (Paris,  1860),  tandis  qu'une  autre  partie  a  été  éditée  de- 
puis par  Mai  et  Pitra.  L'auteur  a  su  éclairer  son  sujet  par  l'étude  de  la 
topographie  et  de  l'histoire  générale.  Il  nous  fait  connaître  le  monastère 
du  Studion  qui  a  donné  à  Théodore  le  surnom  de  Studite.  Il  nous  fait  con- 
naître son  emplacement  et  nous  donne  plusieurs  photographies  des  cons- 
tructions qui  en  subsistent  encore;  il  place  de  même  son  héros  dans  son 
cadre  naturel  en  nous  esquissant  l'histoire  de  l'Orient  (et  même  de  l'Occi- 
dent) au  vni'-  siècle.  Ce  volume,  comme  l'indique  le  sous-titre,  est  donc 
bien  l'iiistoire  «  de  la  vie  de  Théodore  et  de  son  époque  ». 

L'ouvrage  est  rempli  des  luttes  de  saint  Théodore  Studite  en  faveur  du 
culte  des  images  et  aussi  en  faveur  de  l'union  des  Eglises  sous  l'autorité 
spirituelle  de  Rome.  Autour  de  ces  sujets  principaux  roule  toute  l'histoire 
politique  et  ecclésiastique  du  vni^  siècle.  L'invasion  arabe  qui  enserre  Cons- 
tantinople  de  plus  en  plus  semble  préoccuper  les  Byzantins  beaucoup 
moins  que  les  controverses  théologiques.  —  En  somme,  le  présent  ouvrage, 
en  mettant  en  relief  les  préoccupations  et  les  luttes  qui  avaient  cours  au 
vme  siècle  autour  de  saint  Théodore  Studite,  apporte  une  importante  con- 
tribution à  l'histoire  et  à  la  littérature  byzantines. 


r.IBLIOGRAIMIIK.  445 

y.  M=''  Addai  Sciier,  archevêque  chaldéen  de  Séert.  —  Catalogue  des 
manuscrits  syriaques  et  arabes  conservés  dans  la  biblio- 
thèque épiscopale  de  Séert  (Kurdistan),  avec  notes  bibliogra- 
phiques, in-8",  100  pages,  Mossoul,  1005. 

Dans  cette  brochure,  M^''  Addaï  Schernous  fait  connaître  13G  manuscrits 
(123  syriaques  et  13  arabes)  qui  proviennent  du  monastère  de  Saint-Jacques 
le  Reclus,  situé  à  une  heure  au  sud  de  Séert.  Ce  monastère,  où  résidèrent 
les  évêques  de  Séert  et  deux  patriarches  (\vi"  siècle)  compta  beaucoup  de 
manuscrits,  un  moine  jacobite  témoigne  dans  le  manuscrit  56,  qu'il  y  relia 
plus  de  deux  cents  volumes  les  années  1606  et  1608,  mais  la  plupart  ont 
été  dispersés.  Il  reste  encore  20  manuscrits  de  la  Bible  ;  1 1  de  commen- 
taires sur  l'Écriture;  27  sur  sujets  liturgiques;  G  de  vies  de  saints,  7  de 
canons  ecclésiastiques;  10  de  sujets  ascétiques,  plus  quelques  ouvrages 
de  théologie,  de  philosophie  et  de  grammaire. 

Deux  de  ces  manuscrits  (82  et  109)  ont  donné  l'occasion  à  My  Addaï 
Scher  de  publier  un  ouvrage  arabe  sur  VÉcole  de  Nisibe,  son  origine,  ses 
règlements  et  ses  hommes  célèbres  (8",  64  pages,  Beyrouth,  1905). 

\l.  D''  Stepu.an    ScniwiETZ.  —   Das  morgenlândische  Monchtum,    1. 

8",  vni-352  pages,  chez  Kirchheim,  Mayence,  1904. 

Dans  ce  premier  volume,  le  D''  Schiwietz  expose  l'histoire  de  l'ascétisme 
durant  les  trois  premiers  siècles  de  notre  ère  et  du  monachisme  égyptien 
au  IV'-  siècle.  Les  deux  premières  parties  du  volume  (p.  1-225)  ont  paru  de 
1898  à  1903  dans  Archiv  fiir  kat.  Kircheurecht,  il  ne  faut  donc  pas  s'étonner 
si  quelques  parties  ne  paraissent  plus  au  courant  en  1904.  Le  mal,  il  est 
vrai,  n'est  pas  grand,  car  l'auteur  pourra  toujours  ajouter  quelques  appen- 
dices au  volume  suivant  pour  mettre  le  premier  à  jour. 

L'ouvrage  dénote  une  grande  érudition  et  l'auteur  semble  bien  avoir 
pris  à  tâche  de  parcourir  toutes  les  sources  et  toutes  les  dissertations  simi- 
laires à  la  sienne  qui  lui  étaient  accessibles.  11  n'est  pas  tombé  dans  le 
travers  assez  répandu  aujourd'hui  qui  cherche  à  vieillir  le  monachisme 
par  delà  notre  ère.  Car  nos  moines  se  distinguent  nettement  des  ascètes 
qui  ont  pu  exister  ou  qui  existent  dans  d'autres  religions  par  leur  but  qui 
est  de  réaliser  l'idéal  proposé  aux  hommes  dans  l'Evangile.  L'Evangile  en 
effet  est  nécessaire  et  suffisant  pour  nous  expliquer  la  naissance  et  le  dé- 
veloppement de  l'ascétisme  puis  du  monachisme  chrétien.  Chaque  pays 
le  réalisa  d'ailleurs  selon  ses  goûts,  son  tempérament  et  son  climat.  L'ou- 
vrage est  précédé  d'un  imprimatur  du  doyen  de  la  cathédrale  de  Mayence. 
Il  traite  même  de  toutes  les  questions  connexes  à  la  vie  monacale,  comme 
l'organisation  des  couvents  et  leur  influence  sur  le  développement  de  l'i- 
déal chrétien  et  sur  les  querelles  dogmatiques,  des  relations  des  moines 
avec  le  clergé,  etc.  En  somme,  cet  ouvrage  rendra  donc  grand  service  à 
qui  étudie  d'après  les  documents,  les  débuts  de  l'ascétisme  et  de  la  vie 
monacale  chez  les  chrétiens. 
VII.  Jules  Gay.  —  L'Italie  méridionale  et  Tempire  byzantin  depuis 

l'avènement  de  Basile  I"  jusqu'à  la  prise  de  Barl  par  les  Nor- 


446  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

mands  (867-1071),  8",  xxvi-636   pages,  Paris,  Fontemoing,  1904  (Biblio- 
thèque des  écoles  françaises  d'Atliènes  et  de  Rome,  fasc.  90). 

C'est  encore  à  l'histoire  byzantine  qu'est  consacré  le  présent  ouvrage. 
Les  historiens  jusqu'ici  avaient  gravité  autour  de  Byzance  et  de  ses  em- 
pereurs et  avaient  un  peu  négligé  ce  prolongement  de  l'empire  grec  que 
fut  l'Italie  méridionale.  M.  Jules  Gay,  avec  grande  érudition  et  sûreté  de 
critique  (l'index  de  ses  sources  occupe  les  pages  xui-xxvi),  s'est  appliqué 
à  combler  cette  lacune.  Il  consacre  un  premier  livre  à  une  étude  d'en- 
semble sur  l'Italie  méridionale  avant  le  règne  de  Basile  I""  et  encadre 
ensuite  l'intrusion  des  Byzantins  dans  l'Italie  méridionale,  le  développe- 
ment, l'apogée  et  le  déclin  de  leur  puissance  dans  ces  régions  entre  la 
prise  de  Bari  par  les  Francs  sur  les  Sarrasins  en  871  et  la  seconde  prise 
de  Bari  par  les  Normands  sur  les  Byzantins  en  1071.  Ces  matières  sont 
réparties,  en  vingt-six  chapitres  qui  forment  quatre  livres  :  Livre  II  :  La 
politique  et  la  conquête  byzantine  dans  l'Italie  méridionale  depuis  l'avè- 
nement de  Basile  I'''"  jusqu'à  la  victoire  du  Garigliano  (867-915).  Livre  III  : 
de  Léon  Yl  à  Nicéphore  PJiocas  (886-963).  Livre  IV  :  de  Nicéphore  Phocas 
à  la  mort  de  Constantin  VIII  (963-1028).  Livre  V  :  Le  déclin  de  la  domina- 
tion byzantine  (1028-1071).  Une  table  des  noms  propres  et  deux  cartes  com- 
plètent cet  excellent  ouvrage. 

VIII.  F.C.  CONVBF,.\RK  et  A.  J.  M.VCLE.VN.  —  Rituale  Armenorum  being  the 
administration  of  the  sacraments  and  the  breviary  rites  of  the  armenian 
church  together  with  the  greek  rites  of  baptism  and  Epiphany  edited 
from  the  oldest  mss and  the  East  syrian  epiphany  Rites 8°  re- 
liure toile,  xxx-536  pages,  Oxford,  Clarendon  Press,  1905.  —  21  sh.  net. 

Ce  volume  contient  la  traduction,  faite  par  M.  Conybeare,  sur  d'anciens 
Mss.,  des  livres  d'office  de  l'Église  arménienne  en  dehors  de  ce  qui  con- 
cerne la  liturgie  de  la  Messe,  car  si  le  titre  nous  indique  comme  principal 
sujet  :  le  Rituel  Arménien,  c'est-à-dire  l'administration  des  sacrements  et 
les  diverses  bénédictions,  dédicaces  et  consécrations,  deux  appendices 
nous  donnent  la  traduction  du  bréviaire,  du  lectionnaire  et  de  l'ancien 
calendrier  arméniens.  Faute  de  pouvoir  faire  imprimer  le  texte,  M.  Cony- 
beare a  donné  à  la  Bibliothèque  Bodléenne  ses  copies  et  photographies  de 
Mss.  pour  qu'on  puisse  contrôler  sa  traduction.  Le  Rév.  A.  J.  Maclean  a 
ajouté  la  traduction  des  rites  du  jour  de  l'Epiphanie  (6  janvier)  chez  les 
Nestoriens  d'après  un  Ms.  de  la  Propagande.  Les  anciens  textes  grecs 
occupent  les  pages  389  à  442.  Enfin  des  glossaires,  deux  reproductions  de 
Mss.  et  des  traductions  de  pièces  complémentaires  destinées  à  illustrer  la 
liturgie  complètent  ce  volume.  La  notoriété  de  ses  auteurs  lui  est  un  sur 
gage  de  succès. 

IX.  Dom  H.  LeCLERCQ.  —  L'Espagne  chrétienne,  8°,  xxxv-396  pages, 
Paris,  Lecoffre,  1906,  3  fr.  50  (Bibliothèque  de  l'enseignement  de  l'his- 
toire ecclésiastique). 

Le  favorable  accueil  fait  par  le  public  à  l'ouvrage  sur  Y  Afrique  chré- 


I51RLI0GRAPIIIE.  147 

a'en»e  publié  l'année  dernière  parDomH.  Leclercq  a  encouragé  l'auteur  et 
l'éditeur  à  nous  donner  un  volume  sur  V Espagne  chrétienne  depuis  l'intro- 
duction du  christianisme  jusqu'à  la  conquête  de  la  Péninsule  par  les  Mu- 
sulmans. 

Dom  Leclercq  nous  présente  un  tableau  polititiue  et  religieux  de  l'Es- 
pagne sur  lequel  se  détachent  des  martyrs,  quelques  hommes  remarquables 
comme  Osius  de  Cordoue,  Prudence,  Priscillien,  saint  Isidore  de  Séville  et 
les  invasions  germaniques.  Les  conquérants  se  convertissent  au  christia- 
nisme en  587  pour  finir  moins  d'un  siècle  et  demi  plus  tard  sous  les  coups 
des  Arabes.  Dégagée  de  tout  appareil  d'érudition,  écrite  avec  rapidité  et 
clarté,  cette  histoire  de  l'Espagne  chrétienne  se  lit  avec  plaisir  (>t  profit. 

X.  Lie.  D"^  Edgar  Hennecke.  —  L  Handbuch    zu  den  Neutestamentli- 

chen  Apocryphen,  8°,  xvi-604  pages,  Tubingen.  .1.  C.  B.  Mohr,  1004. — 
12  marks.  —  II.  Neutestamentliche  Apokryphen,  8°,  .\li-28*  et  558 
pages,  même  librairie.  —  6  marks. 

Ces  deux  ouvrages  sont  en  réalité  l'œuvre  d'une  quinzaine  d'auteurs. 
Ils  contiennent,  le  premier,  des  notices  sur  tous  les  apocryphes  ou  frag- 
ments d'apocryplies  du  Nouveau  Testament  avec  des  remarques  critiques 
sur  le  texte  des  éditions  que  l'on  va  .traduire  dans  le  second  volume.  Ce- 
lui-ci renferme  la  traduction  allemande  des  évangiles  apocryphes;  des 
lettres  aux  Laodicéens,  de  Clément,  d'Ignace,  de  Polycarpe,  de  Barnabas; 
de  la  Didaché,  d'une  partie  des  vers  sibyllins,  des  apocalypses  et  des  actes 
apocryphes  et  une  notice  sur  la  Didascalie. 

XI.  Le  R.  P.  J.  Pargoire.  —  L'Église  Byzantine  de  527  à  847,  8% 
xx-405  pages,  Paris,  Lecoffre,  1904,  .3  fr.  50  (Bibl.  de  l'enseignement 
ecclésiastique). 

Les  Augustins  de  l'Assomption,  pour  répondre  aux  désirs  de  Sa  Sainteté 
Léon  XllI,  ont  fondé  à  Constantinople  un  centre  d'études  où  quelques  reli- 
gieux s'adonnent  avec  grand  succès  à  l'étude  de  l'Orient  et  surtout  du 
Byzantinisme.  Leur  revue  :  les  Échos  (VOriott,  n'absorbe  que  la  moindre 
partie  de  leur  activité,  leurs  travaux  se  rencontrent  dans  toute  revue 
savante  et  les  lecteurs  de  la  Revue  de  POrient  chrétien  en  particulier  con- 
naissent depuis  longtemps  les  PP.  Palmiéri,  Pargoire,  Petit,  Petridès, 
Vailhé.  C'est  de  ce  centre  d'études  que  nous  vient  le  présent  ouvrage  du 
P,  Pargoire.  C'est  dire  que  l'on  peut  en  général  avoir  toute  confiance 
dans  l'érudition  de  l'auteur  ;  la  forme  elle-même,  pressée  et  alerte,  sou- 
tient l'attention  du  lecteur  et  lui  rend  très  attachante  la  lecture  de  cette 
partie  si  importante  de  l'histoire  de  l'Eglise  grecque. 

XII.  D"'  Edu.\rd  Likowski.  —  Die  Ruthenisch-romische  Kirchenve- 
reinigung  genannt  Union  zu  Brest,  traduit  du  polonais  en  allemand 
par  le  D'"  Paul  Jedzink,  8",  xxvni-384  pages,  librairie  B.  Helder,  à  Fri- 
bourg-en-Brisgau  (Allemagne).  —  6  marks  (7  fr.  50). 

Cet  ouvrage  a  paru  en  langue  polonaise  à  Posen  en  1890.  pour  le  troi- 


148  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

sième  centenaire  de  l'union  —  appelée  union  de  Brest  —  de  l'Église  Ru- 
thône  avec  l'Eglise  Romaine.  L'auteur  a  passé  onze  ans  à  réunir  les 
matériaux  de  son  travail  aux  Archives  de  la  Propagande,  du  Vatican,  de 
Lemberg,  de  Posen,  etc.  En  montrant  comment  s'est  effectuée  l'union  de 
l'Eglise  ruthène,  il  souhaite  poser  une  première  pierre  pour  l'union  de 
l'Eglise  russe  avec  l'Eglise  catholique.  Son  ouvrage  si  consciencieux  a 
trouvé  de  nombreuses  et  flatteuses  approbations  et  le  D'"  Paul  Jedzink  a 
voulu  le  rendre  accessible  à  tous  les  Allemands  et  en  général  aux  savants 
en  nous  en  donnant  une  traduction  allemande. 

L'auteur  commence  par  esquisser  l'histoire  de  l'Église  Ruthène  depuis 
sa  constitution  (x"^  siècle)  et  durant  sa  dépendance  de  Constantinople 
jusqu'à  la  seconde  moitié  du  xvr  siècle.  Il  décrit  son  état  à  l'époque  de 
l'union  de  Brest,  les  intrigues  qui  ont  précédé  et  accompagné  ce  grand 
acte  et  enfin  cite  en  appendice  la  profession  de  foi  des  évoques  Ruthènes 
et  la  constitution  de  Clément  VI II  sur  l'union  de  l'Église  Ruthène  avec 
l'Eglise  Romaine.  L'auteur  semble  avoir  écrit  de  manière  définitive  l'his- 
toire de  cette  époque  et  nous  souhaitons  comme  lui  que  l'exemple  des 
Ruthènes  soit  suivi  par  la  nation  russe. 


Sommaire  des  revues. 

1.  Byzantinische  Zeitschrift,  t.  XIV,  cahiers  3  et  4,  22  août  1905,  I 
(p.  409-619).  —  C.  DE  BooR,  Weiteres  zur  chronik  des  Skililzes.  —  Kons- 
TANTiN  HoHNA,  Melvische  und  textkritische  Bemerkiingen  zu  den  Gedichten 
des  Eufjenios  von  Palermo.  —  Karl  Praeciiter,  Zu  Thomas  Magistros.  — 

A.  na-aoo::ou)vOi;  K;paaE'j;,  AiopOtia/jç  £t;  x'o  «    'Avay.âXr]!J.a  "9;;  KtovaTavTiv6;;oXriç   ». 

— ■  Peter  Vogt,  Zivei  Homilien  des  hl.  Chrysostomus  mit  Unrccht  unler  die 
Zweifelhaffenverwiesen.  —  Georg  Graf,  Die  Arabische  Vita  des  M.'Abra- 
inios.  —  A.  naj:aôoj:ouXo;  Ktpoi^tûç  'AvIzootov  àaixa  tou  ixsXwBou  Koa[i3c.  — 
J.  Haury,  ijbe)'  die  slàrke  dev  Vandalen  in  Afrika.  —  J.  Haurv,  Petros 
Patrikios  Magisler  und  Petros  Patrikios  Barsymos.  —  Herm.  Buk,  Zur 
àllesten  Christlichen  Chronographie  des  Islam.  —  Adolf  Struck,  Die 
Eroberung  Thessalonikes  ditrch  die  Sarazenen  im  Jahre  90i.  —  A.  IlaTia- 
oÔTiouXo;  KspajiEÛç.  Ei-jiXtvc;...  ;  Auppdty^rjva.  —  ANTONIO  MuNOZ,  Vn  avorio  bi- 
zantino  già  ne!  mnseo  di  S.  Maria  Antiqua.  —  n.  N.  nar:aY£ia)pYioç.  'E;i:t- 
ypotoixa.  —  J.  Draseke,  Zu  den  «  Inschriften  ans  Syrien  »  usic.  B.  Z.  XR', 
21-26.  —  G.  Mercati,  Contributo  aile  «  Inschriften  ans  Syrien  ».  —  B.  K. 
^Tsoâviooç,  Ol  xwBi/.E?  TTJ;  'Aôpixvou7:ôX£w?.  — J.  B.  BuRV,  An  unnoticed  Ms.  of 
Theophanes.  —  Paul  Marc,  Fine  neue  Handschrift  des  Donner  und  Erd- 
bebenbuchs.  —  \.  Gardtiiausen,  Zur  byzaniinischen  Kryptographiè.  — 
ir  (p.  620-657),  Comptes  rendus.  —  JII  (p.  658-760),  Bibliographische  No- 
lizen  und  Kleinere  Mitleilungen.  (Indication  et  souvent  analyse  des  publi- 
cations récentes  disposées  par  lieux  communs.) 

Le  Directeur-gérant  : 
F.  Charmetant. 


TABLES 

DE  LA  PREMIÈRE  SÉRIE 

DE  LÀ  REVUE  DE  L'ORIENT  CHRÉTIEN 

Tomes  I  à  X 

1896-1905 


ORIKNT   CHRETIEN.  29 


I 

TABLE  DES   MATIÈRES 

DE    CHAQUE    FASCICULE    (1) 


I'"  AI\i\ÉE  (1896)   (épuisée;  hors  le  n"  1) 

N"  1.  —  I.  Avertissement,  1.  —  II.  Notre  programme,  3.  —  III.  La  Ser- 
bie chrétienne,  I.  par  M.  le  b""  d'Avril,  7.  —  IV.  Une  page  de  l'histoire 
de  l'Église  de  Mardin  au  commencement  du  XVII I^  siècle,  pai-  \o 
R.  P.  ScuEii.,  13.  —  V.  Les  missions  latines  en  Orient,  I,  par  le  K.  P. 
Michel,  88.  —  VI.  Mélanges  :  I.  La  lettre  d'Anastase  le  Bibliothécaire,  par 
M.  le  b""  d'Avril,  121  ;  -2.  LaRélorme  du  calendrier,  par  M.  P.  Pisaxi  130;  3.  Notice 
sur  les  Kurdes,  par  M.  le  b""  C.\rra  de  Vaux,  133.  —VII.  Bibliographie,  112. 

N°  2.  (On  remarquera  que,  pour  ce  fascicule/on  a  reconnnenci'  la  i)agination.) 
—  1.  Ordination  dans  le  rite  Jacobite,  par  W  Oraifin,  1.  —  II.  La 
Serbie  chrétienne  (suite),  par  .Al.  le  b""  d'Avril,  37.  —  III.  Vie  de  Mar 
Joseph  1er,  éditée  par  M.  l'abbé  Chabot,  6G.  —  IV.  Les  mission  latines 
en  Orient,  II,  par  le  R.  P.  Michel,  91.  —  V.  Mélanges  :  I.  Doctrine  de 
l'Église  chaldéonne  sur  la  primauté  de  saint  Pierre,  par  le  P.  Emmanuel,  0.  S. 
B.,  137;  2.  JI.  Gladstone  et  la  question  des  Ordinations  anglicanes.  149.  —VI. 
Bibliographie,  157. 

N"  3.  —  1.  Actes  du  concile  de  Florence  pour  la  réunion  des  Églises, 
305.  —  II.  L'Arménie,  par  M.  V.  Ermom,  315.  —  III.  La  Serbie  chré- 
tienne, III,  par  M.  le  b""  d'Avril,  335.  —  IV.  Les  missions  latines  en 
Orient,  III,  par  le  R.  P.  AIkhel,  379.  —  V.  Fragments  d'une  chronique 
syriaque  inédite,  par  M.  l'abbé  Nau,  396.  —  VI.  Mélanges  :  1.  Les  Chré- 
tiens du  .Alalabar,  par  .M.  .I.-B.  Chabot,  406  ;  2.  Autonomies  (M-clésiastiques,  par 
;\I.  le  b""  d'Avril,  411  ;  3.  La  Qu(>stion  serbe  dans  l'Empire  ottoman,  par  M.  P. 

PiSAM,  420. 

K°  4.  —  I.  État  religieux  des  diocèses  formant  le  patriarcat  chal- 
déen  de  Babylone,  jiarM.  .1.-1'..  Chabot,  433.  —  II.  Le  syllogue  littéraire 
grec  de  Constantinople,  par  L.  P.,  454.  —  111.  Marcion  dans  la  litté- 
rature arménienne,  ])ar  M.  V.  Eriiom,  461.  —  IV.  La  Serbie  chré- 
tienne, IV,  par  M.  le  b""  d'Avril,  181.  —  V.  Mélanges  :  L'Islam,  par 
M.  J.-B.  Chabot,  498.  —  VI.  Bibliographie,  503. 

(1)  Les  fascicules  qui   ne  sont  pas  épuisés    sont  verulus  3  fr.  50  cliaciue  et  le  volume 
13  francs. 


452  REVUE    DE    l'orient  CHRÉTIEN,    1"    SÉRIE. 


2e  Ai\i\EE  (1897)  (épuisée) 

N°  1.  —  1.  Notre  programme,  1.  —  II.  La  Bulgarie  chrétienne,  I,  par 
M.  le  Y)""  d'Avril,  5.  —  III.  Les  parties  inédites  de  la  Chronique  attri- 
buée à  Denys  de  Tellmahré,  par  M.  F.  Nal,  41.  —  IV.  Les  souvenirs 
du  concile  de  Florence,  par  M.  le  b°"  Carra  de  Vaux,  69.  —  V.  Les  mis- 
sions latines  en  Orient,  IV,  par.  le  R.  P.  Michel,  91.  —  VI.  Bibliogra- 
phie, 1-20. 

N"  2.  —  I.  La  prise  de  Jérusalem  par  les  Perses  en  614,  par  M.  le 
c'""  CoiKET,  1-25.  —  II.  La  Bulgarie  chrétienne,  X,  par  M.  le  b""  d"Avril,  105. 

—  III.  Les  missions  latines  en  Orient,  XI,  par  le  R.  P.  Michel,  176." — 
IV.  Note  sur  une  lettre  du  sultan  Bajazet  II  au  roi  de  France 
Charles  VIII,  par  M.  Blochet,  219.  —  V.  Mélanges  :  Deux  publications 
nouvelles  sur  Tlslam,  par  M.  le  b""  d'Avril,  228.  —  VI.  Bibliographie,  238. 

N"  3  —  I.  La  vie  de  Mar  Benjamin,  traduite  du  syriaiiue,  par  V.  Scheil, 
0.  P.,21.j.  —  II.  Bulgarie  chrétienne,  par  le  b""  A.  d'Avril,  271.  —  III. 
Une  lettre  d'Ibrahim  pacha  à  Charles-Quint,  par  E.  Blochet,  302.  — 
IV.  Calendrier  de  l'Église  copte  d'Alexandrie,  traduit  par  L.  Cllgnet, 
307.  —  V.  Mélanges  :  Les  n'iations  de  rLj,4ise  et  de  l'État  dans  le  Bas-Em- 
pire d'après  un  ouvrage  récmit,  par  P.  1'isani,310. 

X°  4.  —  I.  Vie  du  moine  Rabban  Youssef  Bousnaya,  traduite  du  syria- 
que et  annotée  par  M.  J.-B.  Charot,  '.ibl.  —  IL  Bulgarie  chrétienne,  IV, 
par  M.  le  b™  d'Avril,  406.  —  III.  La  légende  de  Bahira,  ou  un  moine  chré- 
tien auteur  du  Coran,  par  M.  le  b""  Carra  de  Vaux,  439.  —  IV.  L'Histoire 
ecclésiastique  de  Jean  d'Asie,  par  M.  Tabbé  F.  Nau,  455.  —  V.  Mélan- 
ges :  I.  Le  XP  congrès  des  Orientalistes,  494  ;  2.  Quelques  mots  de  politique 
chrétienne,  à  propos  d'un  livre   russe  récent,  par  M.  le  b°"  C.  de  Vaux,  498. 

—  VI.  Bibliographie,  507. 


S''  AÎVIVÉE  (1898)    (épuisée) 

N"  1.  —  I.  Les  Grecs  melkites,  par  .M.  le  b""  A.  d'Avril,  1.  —  IL  L'ordi- 
nal copte,  par  V.  Ermom,  P.  M.,  31.  —  III.  La  version  syriaque  iné- 
dite des  martyres  de  S.  Pierre,  S.  Paul  et  S.  Luc  d'après  un 
ms.  du  Xe  siècle,  par  F.  Nau,  39.  —  IV.  Le  monastère  de  saint  Théoc- 
tiste  (411)  et  l'Évêché  de  Paremboles  (  125),  par  S.  Vailhé,  A.  A.,  58.  — 
V.  Vie  du  moine  Rabban  Youssef  Bousnaya  {suite),  par  J.-B.  Chabot, 
77.  —  VI.  Bibliographie,  122. 

N°  2.  —  I.  Un  bref  de  Benoît  XIV  sur  les  rites  orientaux,  par  A.  A., 
125.  —  IL  Les  offices  et  les  dignités  ecclésiastiques  dans  l'Église 
grecque,  parL.  Clugnet,  142.  —  III.  Martyre  de  S.  Luc  (siiik'),^^-  F.  Nau. 
151.  _  ly.  Vie  du  moine  Rabban  Youssef  Bousnaya  (sinle),  par  .J.-B. 
Chabot,  168.  —  V.  L'ordinal  copte  {niile),  par  V^  Er.mom,  191.  —  VI.  Mélan- 
ges :  Relation  de  l'évèque  de  Sidon  sur  les  Jacobites  (1587),  par  le  b""  A. 
d'Avril,  200.  —    \U.  Bibliographie. 

jS»  3.  —  I.  Essai  sur  le  chant  liturgique  des  Églises  orientales,  par 
M.  Parisot,  221.  —  IL  Les  plérophories  de  Jean.évêque  de  Mayouma, 
par  M.  l'abbé  F.  Nau,  232.  —  III.  Les  offices  et  les  dignités  ecclésias- 
tiques dans  l'Église  grecque,  jiar  31.  L.  Clucnet,  260.  —  IV.  Les  Grecs 


TAIJLK    DES    .MATIÈRES.  453 

Melkites,  par  M.  le  b""  i/Avrii.,  2{\:>.  —  V.  L'ordinal  copte,  i)ai-M.  le  ï)'  E\\- 
.MONi,  2Si.—  VI.  Vie  du  mqine  Rabban  Youssef  Bousnaya,  par  JVl.J.-l!. 
Chabot  (suite),  292.  —  Vil.  Mélanges  :  Relation  de  l'r'vrrpic  do  Sidon  (suilr), 
par  M.  le  b°"  A.  d'Avkii.,  :J:.',S'.  ~  ^  III.  Bibliographie,  '■'<:'<:<. 
N'  1.  —  I.  Les  plérophories  de  Jean,  évêque  de  Mayouma  (s»/7r),  jiar 
M.  rabb(''  F.  Nai  ,  olJT.  —  II.  Règlements  généraux  de  l'Église  ortho- 
doxe en  Turquie,  par  le  R.  P.  L.  I'f.tit,  3'.»:;.  —  III.  L'ordinal  copte  {suiii'), 
par  M.  le  D'  Ekmom,  lit.  —  1\  .  Une  homélie  de  Sévère  d'Antioche 
attribuée  à  Grégoire  de  Nysse  et  à  Hésychius  de  Jérusalem,  par 
M.  M. -A.  KuGENER.  135.  —  V.  Les  offices  et  les  dignités  ecclésiastiques 
dans  l'Église  grecque  {sidlc),  par  M.  L.  Cluhnet,  4:y*.  —  VI.  Vie  du 
moine  Rabban  Youssef  Bousnaya  [suite),  par  M.  J.-B.  Chaiîot,  458.  — 
VII.  Mélanges  :  L'avenir  du  catholicisme  en  Pologne,  481.  —  VIII.  Biblio- 
graphie, 4110. 


4e  A^V^ÉE  (1899) 

N"  1.  —  I.  Le  Glagol  et  la  congrégation  des  rites,  par  M.  le  b""  d'Avrii,, 
ministre  plénipotentiaire,  I.  —  II.  La  messe  copte  (traduction  de  M="  Ma- 
caire),  par  le  R.  P.  Dom  Paul  Renaudin,  0.  S.  B.,  12.  —  III.  L'érection  du 
patriarcat  de  Jérusalem,  451,  par  le  R.  P.  S.  Vau.iié,  des  Augustins  de 
l'Assomption,  44.  —  lY.  Lettre  inédite  du  R.  P.  Jean  de  Camillis  de 
Chio  sur  la  mission  de  la  «Chimère  »,  par  JI.  Ému.e  Le^rand,  professeur  à 
l'École  des  Langues  Orientales  vivantes,  58.  —  V.  Frère  Gryphon  et  le  Li- 
ban au  XVe  siècle,  par  le  R.  P.  II.  Lammens,  S.  J.,  G8.  —  \'l.  L'ordinal 
copte  (suite),  par  51.  V.  Ermoni,  de  la  congrégation  de  la  Mission,  104.  — 
VIL  Les  offices  et  les  dignités  ecclésiastiques  dans  l'Église  grec- 
que (fin),  par  M.  L.  Clugnet,  IIG.  —  VIII.  Mélanges  :  1.  Un  saint  évoque  de 
France  honoré  en  Russie,  par  le  R.  P.  Dom  Paul  Renaudin,  0.  S.  B.,  129; 
2.  Sur  un  abrégé  arménien  des  plérophories,  par  iM.  Fabbé  F.  Nau,  profes- 
seur à  rinstitut  catholique,  134.  —  IX.  Bibliographie,  490. 

N°  2.  —  L  Lettre  autographe  de  S.  S.  Léon  XIII  adressée  au  direc- 
teur de  la  «  Revue  de  l'Orient  chrétien  »,  141.  —  II.  Les  hiérarchies 
en  Orient,  par  M.  le  IV"'  d'Avril,  145.  —  III.  La  bibliothèque  du  sémi- 
naire syrien  de  Charfé,  par  le  R.  P.  Dom  Parisot,  0.  S.  B.,  150.  —  IV. 
Opuscules  maronites,  par  M.  l'abbé  F.  Nau,  professeur  à  l'Institut  catho- 
lique, 175.  —  V.  Règlements  généraux  de  l'Église  orthodoxe  en  Tur- 
quie (suite),  par  le  R.  P.  Petit,  des  Augustins  de  l'Assomption,  227.  —  VI.  Le 
synode  de  Mar  Jésuyab,  par  W  Graffin,  prolesseur  à  l'Institut  catholi" 
•jue,  247.  —  VII.  Fragment  d'une  version  copte  de  l'Apocalypse  de 
saint  Jean,  par  M.  Jean  Clédat,  2G3.  —  VIII.  La  Grande  Doxologie, 
étude  critique,  par  M.  Amédée  Gastoué,  professeur  à  l'École  de  chant  litur- 
gique de  Paris,  280.  —  IX.  Bibliographie,  291. 

N"  3.  —  I.  Règlements  généraux  des  Arméniens  catholiques,  parle  R. 
P.  Petit,  des  Augustins  de  l'Assomption,  305.  —  II.  Opuscules  maronites 
(suite),  par  M.  l'abbé  F.  Xau,  318.  —  III.  La  bénédiction  liturgique  des 
raisins,  par  le  R.  P.  Dom  Parisot,  0.  S.  B.,351.  —  IV.  Neuf  chapitres  du 
((  Songe  du  viel  pèlerin  »  de  Philippe  de  Mézières,  relatifs  à  l'O- 
rient, par  M.  Ed.  I'.lociiet,  304.  —  V.  La  vie  du  moine  Rabban  Youssef 
Bousnaya  (suite),  ])i\r  M.  l'abbé  J.-B.  Chabot,  380.  —  VI.  L'ordinal  copte 
(suite),  par  M.  V.  Eiuioni,  de  la  congrégation  de  la  Mission,  4IG.  —  Vil.  Prêtes- 


451  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN,   1'"    SÉRIE. 

tantisme  et  catholicisme  chez  le  peuple  nestorien.  Une  revue  néo- 
syriaque à  Ourmiah,  par  iM.  .1.  Barakiian,  d'Ourmiah,  officiel- d'Acad('mio, 
42S.  —  \  III.  Les  évêques  Jacobites  du  Ville  au  XlIIe  siècle  d'après 
la  chronique  de  Michel  le  Syrien,  par  M.  l'abbé  J.-B.  Chabot,  444.  — 
IX.  Mélanges  :  Lo  culte  de  S.  .hdien  du  Mans  dans  l'Église  russe,  par  le  K. 
r.  Doni  Renaldin.  0.  S.  iC.  I."j3.  —  X.  Bibliographie,  4.Y). 
N"  1.  —  I.  Les  règles  monastiques  orientales  antérieures  au  concile 
de  Chalcédoine,  par  l>oni  .1.  31.  Besse,  0.  S.  B.,  465.  —  11.  Les  Évêques 
Jacobites  du  'VIII'  au  XlIIe  siècle  {t^uile),  par  JM.  l'abbé  .J.-B.  CiiAnor.  195. 
—  111.  Répertoire  alphabétique  des  monastères  de  Palestine,  par  lo 
R.  P.  S.  Vah-iié,  des  Augustins  de  l'Assomption,  51:.*.  —  IV.  Opuscules  ma- 
ronites. Histoire  do  Sévère,  patriarche  d'Antiocho  (suite),  par  M.  l'abbé  F.  Nau, 
prolesseur  à  l'Institut  catholique,  543.  —  V.  Voyage  au  pays  des  No- 
sairis,  i)ar  le  R.  P.  H.  Lammens,  S.  J.,  572.  —  Yl.  L'ordinal  copte  (suite), 
]iar  M.  V.  Ermom,  de  la  congrégation  de  la  Mission,  ij'.U.  —  VII.  Neuf 
chapitres  du  «  Songe  du  viel  pèlerin  »  de  Philippe  de  Mézières, 
relatifs  à  l'Orient  (suite),  par  M.  Ed.  Bi.ochet,  605.  —  VIII.  Mélanges  : 
Benoit  XIV  et  l'Église  copte,  par  Dom  P.  Renaldin,  0.  S.  B.,  615.  —  IX.  Bi- 
bliographie, 626. 


5^  AIVÎVEE  (IÎMM>) 

X"  1.  —  1.  Entre  Grecs  et  Russes,  j)ar  Tu.  ;\liciiAii,oviTCn,  1.  —  II.  Réper- 
toire alphabétique  des  monastères  de  Palestine  (suite),  \ràv  lo  R.  P. 
Vau.iu';,  dos  Augustins  de  rAssoniption,  19.  —  111.  Vie  et  récits  de  l'abbé 
Daniel  de  Scété.  Texte  grec,  publié  par  M.  Léon  Clugnet,  49.  —  IV.  Opus- 
cules maronites.  Histoire  de  Sévère,  patriarche  d'Antiocho  (suite),  par 
M.  l'abbé  F.  Nau,  professeur  à  l'Institut  catholique,  74.  —  V.  Voyage  au 
pays  des  Nosairis  (suite),  par  le  R.  P.  H.  Lammens,  S.  J.,  99.  —  VI.  Vie  du 
moine  Rabban  Youssef  Bousnaya  (suite),  par  M.  l'abbé  Chabot,  118.  — 
VII.  Neuf  chapitres  du  «  Songe  du  viel  pèlerin  »  de  Philippe  de 
Mézières,  relatifs  à  l'Orient  (suite  et  /in),  par  M.  E.  Bi.ochet,  144.  —  VIII. 
Mélanges  :  Remarques  sur  les  traductions  syriaques  des  formules  grecques 
'0  T?);  EÙcreêo'j;  Xr;Ë£«i);  et  ô  Tyj;  ôaîaç  [j(,vr,(jiy]ç,  par  !\I.  M. -A.  Kl'GENer,  155.  —  IX. 
Bibliographie.  161. 

X  ■-'.  —  I.  Sur  les  couvents  dédiés  de  Roumanie,  par  M.  lo  b""  d'Avkii., 
iiiinistio  plénipotentiaire,  169.  —  II.  Vie  du  moine  Rabban  Youssef 
Bousnaya  (fin),  par  M.  l'abbé  J.-B.  Chabot.  182.  —  III.  La  compilation 
historique  de  pseudo-Zacharie  le  Rhéteur,  par  M.  M.-A.  Kugener,  201. 
—  IV.  Christodule,  Higoumène  de  Saint-Jean,  à  Patmos  (1020-1101), 
par  lo  R.  P.  Dom  Paui.  Renaudin,  0.  S.  B.,  215.  —  V.  L'ordinal  copte  (fin), 
]tar  M.  V.  Ekmom,  de  la  Congrégation  de  la  Mission,  247.  —  VI.  Vie  et  ré- 
cits de  l'abbé  Daniel  de  Scété  (suite).  Texte  grec,  publié  par  M.  Léon 
CiACNET,  254.  —  VII.  Répertoire  alphabétique  des  monastères  de  Pa- 
lestine (fin),  par  le  R.  P.  Vailiié,  des  Augustins  do  l'Assomption,  272.  — 
YIIl.  Opuscules  maronites  {fin),  Vie  de  Sévère,  patriarche  d'Antiocho.  par 
M.  rabb('  F.  Xai,  professeur  à  l'Institut  catholique,  293.  —  IX.  Au  pays  des 
Nosairis  {suite),  par  le  R.  P.  H.  Lammens,  S.  J.,  303.  —  X.  Mélanges  :  Le 
monastoj'e  do  Sainte-Catherine  au  Sina'i,  par  le  R.  P.  Dom  Paît.  Renaudin,  O. 
S.  B.,  319.  —  XI.  Bibliographie.  322. 

X°  3.   —  I.  Les  Ordinations  «  Per  Saltum  »,  par  le  R.  P.  Dom  .J.  Pakisot, 


TAHI.I':    DKS    MATIKRKS.  155 

0.  S.  B.,  33.').  —  II.  Vie  et  récits  de  l'àbbé  Daniel  de  Scété.  I.  To.Ntc 
iii'oc,  publié  par  M.  Léon  CLUiiNEi  {.suite).  II.  Texte  syrlaiinc,  |uil)li(''  |>:u- 
M.  l'abbé  F.  Nau,  pi-ofosseur  à  l'Institut  catholique,  370.  —  III.  Le  vénérable 
Jean  André  Carga,  évêque  latin  de  Syra  (1560-1G17),  par  le  lî.  I'.  So- 
l'MKONE  PÉTHiiiKs,  ilcs  Au,i;ustiiis  (11'  l'Assomption,  407.  —  IV.  Au  pays  des 
Nosairis  {suite  et  /in),  par  le  R.  I'.  II.  Lam.mens,  S.  .1.,  l",'o.  —  V.  Rituel 
copte  du  baptême  et  du  mariage,  par  le  R.  P.  V.  Ekmoni,  de  la  Congi'i'- 
gation  de  la  Mission,  115.  —  VI.  La  compilation  historique  de  pseudo- 
Zacharie  le  Rhéteur  (suilc  el  fin).  \>av  'SI.  M. -A.  Kugener,  docteur  ('.s  let- 
tres, 461.  —  Vil.  Deux  lettres  d'Élie  XI,  patriarche  de  Babylone,  par 
iM.  J.  Babakhan,  481.  —  VlII.  Mélanges  :  A  propos  du  couvent  du  mont  Si- 
naï,  par  M.  Tabbi'  J.-B.  C-habot,  U>2.  —  IX.  Bibliographie,  499. 

X"  1.  —  I.  Le  chemin  de  fer  de  Damas  à  La  Mecque,  par  H.  Slehmax, 
.")07.  —  II.  Vie  et  récits  de  l'abbé  Daniel  de  Scété,  III.  Te.xte  copte, 
publi('  par  Si.  InN.  Glii:i,  professeur  à  l'Universitc'  de  Konie,  ,53.5.  —  III.  Les 
Églises  orientales  «  orthodoxes  »  et  le  protestantisme,  par  le  R.  P. 
l>om  Henaliu.n,  ().  S.  B.,  .565.  —  IV.  Lettre  de  Jacques  d'Édesse  à  Jean 
le  Stylite  sur  la  chronologie  biblique  et  la  date  de  la  naissance  du 
Messie,  par  l'ablH'  V.  Xai  ,  professeur  à  l'Institut  catholique  de  Pai'is,  .581. 
—  V.  Une  formule  magique  byzantine,  par  le  R.  P.  S.  Pétridès,  des 
Augustins  de  l'Assomption,  .597.  —  VI.  Les  évêques  Jacobites  du  Ville 
au  XlIIe  siècle,  d'après  la  chronique  de  Michel  le  Syrien,  par 
l'abbé  J.-B.  Chabot,  605.  —  VII.  Les  évêchés  de  l'Egypte  chrétienne,  par 
M.   V.  Ermoni,  de  la  Congrégation    de  la  Mission,  637.  —  VIII.  Mélanges  : 

1.  Lettre  pastorale  de  Sa  Béatitude  Me'  Joseph  Emmanuel  II,  patriarche  de 
Babylone,  traduite  du  syriaque  par  l'abbé  J.-B.  Chabot,  642;  2.  Histoire  de 
Béder-Khan,  par  le  b°"  d'Avril,  ministre  plénipotentiaire,  649.  —  IX.  Biblio- 
graphie, 654. 


6«  AINIVKE  (1901) 

N"  1.  —  1.  Griefs  de  l'hellénisme  contre  la  Russie,  par  X...,  1.  —  II.  Les 
Nosairis  furent-ils   chrétiens  ?  A  propos   d'un  livre  récent,  par  le 

R.  P.  Lammens,  s.  J.,  33.  —  III.  Vie  et  récits  de  l'abbé  Daniel,  III.  Texte 
copte  {fin),  et  IV,  Corrections  du  texte  éthiopien,  par  M.  Ion.  Guidi,  profes- 
seur à  l'Université  de  Rome.  —  Introduction  par  M.  Léon  Clucxet,  51.  —  IV. 
L'ancienne  et  la  nouvelle  théologie  russe,  par  le  R.  P.  Alrelio  Pal- 
MiERi,  des  Augustins  de  l'Assompkion,  88.  —  V.  Lettre  de  Jacques  d'É- 
desse au  diacre  George,  par  l'abbé  F.  Nau,  professeur  à  l'Institut  catho- 
Ii(pie  de  Paris,  115.  —VI.  Une  découverte!  Succession  apostolique 
des  patriarches  d'Arménie,  par  le  R.  P.  Giraru,  S.  J.,  13â.  —  VII.  Mé- 
langes :  Où  en  est  le  cliemin  de  fer  de  la  Mecque,  par  H.  Si.e.mmax,  145.  — 
VlII.  Bibliographie.  153. 
X"  2.  —  I.  Les  Chorévêques,  par  le  R.  P.  Pom  J.  Parisot,  0.  .'^.  1'..,  157.  — 
II.  Griefs  de  l'hellénisme  contre  la  Russie  {mite),  par  X...,  172.  —  III. 
Les  évêques  Jacobites  du  Ville  au  XlIIe  siècle  d'après  la  chro- 
nique de  Michel  le  Syrien  {suite  et  fin).  i>ar  l'abbé  J.-H.  ('haikit,  IN'.I.  — 
IV.  L'Islam  en  Chine,  par  II.  Levantin,  221.  —  V.  L'ancienne  et  la 
nouvelle  théologie  russe  {suite  et  fin),  pai-  le  R.  P.  ArREi.in  P\i.mu;ki.  des 
Augustins  de  l'Assomption,  254.  —  VI.  Histoire  de  sainte  Marine.  I.  Texte 
syi-iaque.  publié  pai'  l'abbé  F.  Nau,  professeur  à  l'Iastitut  catholiiiue  de  Paris, 


456  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN,    1'"  SÉRIE. 

283.  -  VII.  Eni0KliPH2li:  THi:  TOY  K.  AlOMHAOYi:  KÏPIAKOÏ 

0PHi:Ki<:rnKH2  EriieKîîPHSEti:!:  oepi  to  nNEVMâ  tôt  10' 

AI12N02,  OTTO  M.  F.,  291.  —  VIII.  Mélanges  :  Le  Califat  ottoman,  par  le 
h°"  d'Avril,  ministre  plénipotentiaire,  303.  —  IX.  Bibliographie,  309. 
N°  3.  —  I.  SaintMichel  le  Syncelle  elles  deux  frères  Grapti,  saint  Théo, 
dore  et  saint  Théophane,  par  le  R.  P.  S.  Vailhé,  des  Augustins  de  l'As- 
.soMPTioN,  313.  —  II.  Griefs  de  l'hellénisme  contre  la  Russie  {mile),  par 
X.,  333.  —  III.  Vie  de  sainte  Marine.  II.  Texte  latin,  jiublif'  par  Liîon  Clu- 
GNET  (suite),  357.  —  IV.  Autobiographie  du  patriarche  Ignace-Michel- 
Djaroué,  par  le  R.  P.  L.  Cheïkiio,  S.  J.,  379.  —  ^ .  Les  Églises  orientales 
et  «  orthodoxes  »  et  le  protestantisme,  par  le  R.  P.  Dom  P.  Renaudin, 

0.  S.  B.  {suite),  402.  —  VI.  Les  Chorévêques,  par  le  R.  P.  Dom  J.  Pabisot 
(suite  et  fin),  119.  —  VII.  Les  deux  mélodes  du  nom  d'Anastase,  par  le 
R.  P.  S.  Pétridès,  des  Augustins  de  TAssomption,  411.  —  VIII.  Rituel  copte 
du  baptême  et  du  mariage,  par  leR.  P.  N .'Emio\\(snile),  453.  —  IX.  Mé- 
langes :  1.  La  patrice  Césaria,  correspondante  de  Sévère  d'Antioclie,  par 
M.  l'abbé  F.  Nau,  professeur  à  l'Institut  catholique  de  Paris,  470;  2.  Un  projet 
de  croisade  française,  par  le  R.  P.  H.  Lammens,  S.  J.,  473.  —  X.  Bibliogra- 
phie, 475. 

N»  4.  —  I.  Les  études  islamiques  en  Russie  et  une  apologie  russe  de 
l'Islam,  par  le  R.  P.  Avuemo  Palmieri,  des  Augustins  de  l'Assomption,  485. 

—  II.  Lettre  de  Jacques  d'Édesse  sur  la  généalogie  de  la  sainte 
Vierge,  par  M.  l'abbi'  F.  Xau,  professeur  à  l'Institut  catiiolique  de  Paris,  ;')12. 

—  III.  Griefs  de  l'hellénisme  contre  la  Russie,  par  X.  (/m),  532.  — IV. 
Vie  de  sainte  Marine.  III.  Texte  grec,  publi(''  par  M.  Léon  Clugnet  (suite), 
572.  —  V.  Traités  de  musique  byzantine,  parle  R.  P.  .].  Thibaut,  des  Au- 
gustins de  l'Assomption,  593.  —  VI.  Saint  Michel  le'  Syncelle  et  les 
deux  frères  Grapti,  saint  Théodore  et  saint  Théophane,  par  le 
R.  P.  S.  Vailhé,  des  Augu.stins  de  l'Assomption  (fin),  GIO.  —  VII.  Mélanges  : 

1.  La  Prise  de  .Jérusalem  par  les  Perses,  par  le  R.  P.  S.  Vailhé,  des  Augus- 
tins de  l'Assomption,  042;  2.  La  Titulature  des  patriarches  grecs-catholiques- 
melkites,  par  H.  de  Saint-Guliez,  649.  —  VIII.  Bibliographie,  651. 

7^  ANNÉE  (1902) 

N"  1.  —  I.  La  Russie  et  l'Orient  chrétien  durant  ces  derniers  mois, 
par  X.,  I.  —  II.  Histoire  politique  et  religieuse  de  l'Arménie,  par  Fr. 
Tolrnebize,  26.  —  III.  Les  "  projets  "  de  Joachim  III,  par  le  R.  P.  H. 
Lammens,  S.  J.,  59.  —  IV.  Les  études  islamiques  en  Russie,  par  le  R.  P. 
Alrelio  P.\lmieri,  A.  a.,  71.  —  V.  Histoire  de  Jean  bar  Aphtonia,  par 
M.  l'abbé  F.  Nau,  professeur  à  l'Institut  catholique  de  Paris,  97.  —  VI.  Vie  de 
sainte  Marine  IV.  Texte  copte  publié  et  traduit  par  M.  l'abbé  II.  Hy\t:r- 
nat,  professeur  à  l'Université  catholique  d'Amérique,  136.  —  VII.  Mélanges  : 

1.  Le  pèlerinage  de  la  Mecque  en  1901,  par  le  R.  P.    H.   Lammens,  S.  J-,  153; 

2.  L'Immigration  musulmane  en  Turquie,  par  le  R.  P.  II.  Lammens,  S. .!.,  157; 

—  3.  L'Allemagne  en  Turquie,  158.  —  VIII.  Bibliographie,  161. 

N"  2.  —  I.  Le  "  Moutasarrifat  "  ou  Gouvernement  autonome  du  Li- 
ban, par  H.  Levantin,  171.  —  II.  Récit  de  Mar  Cyriaque  racontant 
comment  le  corps  de  Jacques  Baradée  fut  enlevé  du  couvent  de 
Casion  et  transporté  au  couvent  de  Phesiltha,  par  M.  A.  Kugener,  190. 


TABLE    DES    MATIÈRES.  457 

—  III.  Cassia,  par  le  K.  P.  Soimikonk  Pi-;TRini:s,  A.  A.,  i!lS.  —  IV.  Vie  de 
sainte  Marine  (suite).  Y.  Texte  arabe»  piiljlif-  jKir  ^LM.  I.  (icini  cl  E.  Hi.o- 
ciiET,  '21.").  —  V.  Histoire  politique  et  religieuse  de  l'Arménie  {suite), 
par  Fr.  Touhnebize,  277.  —  VI.  Rituel  copte  du  baptême  et  du  mariage 
(suite),  par  M.  V.  Ekmoni,  303.  —  VII.  Histoire  de  saint  Nicolas,  soldat 
et  moine.  —  Texte  gi-ec,  publié  par  Léon  Clugnet,  31!).  —  VIII.  Mélanges  : 

I.  La  (luestion  gréco-arabe  eu  Egypte,  par  II.  Lammens,  S.  .1.,  331;  2.  Un  nou- 
veau diocèse  grec-orthodoxe  en  Syrie,  pai'  II.  Lammens,  S.  .1.,  332;  3.  Le 
Sionisme  et  la  Turquie,  par  IL  L.,  33  1.  —  IX.  Bibliographie,  336. 

N"  3.  —  I.  L'Eucharistie  et  les  repas  communs  des  fidèles  dans  la  Di- 
dachè.  par  l'abbé'  V.  Ladei  ze,  330.  —  II.  Sophrone  le  Sophiste  et  Sophrone 
le  Patriarche,  par  le  R.  P.  S.  Vau.iié,  A.  A.,  3()0.  —  III.  L'inscription  sy- 
riaque de  Krad  ad-Dasiniya,  dans  l'Émésène,  jiar  le  It.  P.  S.  Ronze- 
vai.le,  s.  J.,  oOG.  —  IV.  Les  «  Madag  »  ou  sacrifices  arméniens,  par 
le  R.  P.  D.  (ÙHAKu.  S.  J.,  110.  -  V.  H  OAniKH  ErKÏKAIO:S  K.4I  H 
ABHNAlAKAnnÙ/VElOSXHN,  par  XAPAAAMDOl  XHNOIKOnOl, 
423.  —  VI.  Les  Nosairis  dans  le  Liban,  par  le  R.  P.  Lammens,  S.  J.,  142. 

—  VII.  Vie  de  sainte  Marine.  VI.  Texte  haut-allemand,  et  VIL  Texte 
bas-allemand,  publié  par  Léon  Clugnet,  478.  —  VIII.  Mélanges  :  1.  Le  couvent 
du  mont  Sinaï,  par  H.  Lammens,  S.  J.,  501;  2.  Le  séminaire  oriental  de  Bey- 
routh, par  II.  Lammens,  S.  J.,  504.  —  IX.  Bibliographie,  500. 

N°  4.  —  I.  Histoire  politique  et  religieuse  de  l'Arménie,  par  Fu.  Toiu- 
NEBIZE  {suite),  509.  —  IL  Vie  et  office  de  saint  Michel  Maléinos,  suivis 
d'un  traité  ascétique  de  Basile  Maléinos.  Texte  grec  publii'  par  le  IL  p. 
Louis  Petit,  A.  A.,  543.  —  111.  Vies  et  récits  d'anachorètes  (IV -VII' 
siècles).  I.  Analyse  du  ms.  grec  de   Paris   1596,   par  Fabbé  F.    Nau. 

II.  Textes  gi'(>cs  inédits  extraits  du  mèm(^  ms.  et  publiés  par  Léon  Clugnet,  604. 

—  IV.  La  rebaptisation  des  Latins  chez  les  Grecs,  par  A.  P.,  618.  — 
V.  Vie  de  sainte  Marine.  VIL  Texte  français,  publié  par  Léon  Clugnet, 
617.  —  yi.  Mélanges  :  Les  formules  épigraphiques  :  Christus  hic  est  et 
XPirrOi  EN0AAli  KATOIKEN,  par  le  R.  P.  H.  Lammens, S.  J.,  668.  -  VIL 
Bibliographie,  671. 


8«  AIVINÉE  (1903) 

N"  I.  —  I.  1.  Vie  de  saint  Auxence.  Texte  grec  publié  par  Léon  Clugnet. 
2.  Mont  saint  Auxence.  Étudi-  historique  et  topographique  par  Jules  Pak- 
GOiKE,  A.  A.,  I.  —  IL  Sophrone  le  Sophiste  et  Sophrone  le  Patriar- 
che {suite),  par  Siméon  Vailiié,  A.  A.,  32.  —  III.  Nicéphore  Méiissène, 
évêque  de  Naxos  et  de  Cotrone,  par  Emile  Legrand,  70.  —  IV.  Vies  et 
récits  d'anachorètes  (IV^-VII"  siècles).  I.  Analyse  du  Ms.  grec  de  Paris 
1596  (suite),  pai-  31.  l'abbé  F.  Nau,  91.  —  V.  Relations  officielles  entre  la 
cour  romaine  et  les  sultans  mamlouks  d'Egypte,  par  IL  Lammens, 
S.  .L,  101.  —  VI.  La  rebaptisation  des  Latins  chez  les  Grecs  [suite), 
par  A.  P.,  III.  —  VIL  Le  patriarcat  maronite  d'Antioche,  par  P.  Che- 
BLi,  133.  —  VIII.  Mélanges  :  I.  Déposition  du  patriarche  Marc  Xylocarvi, 
par  Louis  Petit,  A.  A.,  III;  2.  Russes  et  Nosairis,  par  P.  Lammens,  S.  .L,  149. 
—  IX.  Bibliographie,  150. 

N"  2.  —  I.  Vie  et  office  de  saint  Euthyme  le  Jeune.  Fixic  grec  public  par 
Louis  Petit,  A.  A.,  155.  —  11.  Histoire  politique  et  religieuse  de    l'Ar- 


458  REVUE    DE   l'orient    CIIUÉTIEN,    V    SÉRIE. 

ménie  (suile),  par  Fk.  Tolkneuize,  S.  J.,  206.  —  III.  Mont  Saint-Auxence, 
par  Jli.es  P.\kgoire,  A.  A.  (suite),  240.  —  IV.  Le  patriarcat  maronite  d'An- 
tioche,  par  S.  Vailhé,  A.  A.,  281.  —  V.  Vie  de  sainte  Marine  {suite).  VII. 
Te.xte  français  publié  par  Léon  Clugnet,  288.  —  Mélanges  :  Notes  de  gc'oj^'-ra- 
phie  ecclésiastique  sj-rienne,  par  II.  Lammens,  S.  J.,  ;5I:}.  —  VII.  Bibliogra- 
phie, :320. 

N"  3.  —  I.  Un  poète  royal  à  la  cour  des  Omiades  de  Damas,  par 
II.  Lammens,  S.  J.,  325.  —  II.  Sophrone  le  Sophiste  et  Sophrone  le  Pa- 
triarche, par  S.  Vailiik,  A.  A.  i/in).  :!,[»(;.  III.  Lettre  de  Paul,  évêque 
de  Saïda,  moine  d'Antioche,  à  un  musulman  de  ses  amis.  Texte 
aralie  pulilii'  et  traduit  par  L.  1>lki-at,  S.  J.,  M88.  —  IV.  Mont  Saint- 
Auxence.  Étude  historique  et  topographique  (suite),  par  .1.  l'AunouiE.  A.  A., 
420.  —  V.  La  forme  consécratoire  de  l'Eucharistie  d'après  quelques 
manuscrits  grecs,  i)ar  ]■].  Hataheh^ii,  pi'étre  grec-nielchite,  1.Ô9.  —  VI. 
Mélanges  :  I.  Une  bagarre  au  Saint-St'pulcrc  en  1098,  par  L.  Petit,  A.  A., 
171  ;  2.  I/antiiiuité  de  la  formule  ■•  Onmia  ad  niajorem  Dei  gloriam  •■,  pai- 
H.  Lammens,  S.  J.,  177  :  M  Anciens  couvents  de  l'Auranitide,  par  II.  Lammens, 
S.  J.,  478.  —  VII.  BibUographie,  1S2. 

N"  4.  — I.  Le  mémorandum  du  patriarche  grec  orthodoxe  deConstan- 
tinople  au  Sultan  sur  les  affaires  de  Macédoine,  par  X.,  iN."».  —  II. 
Vie  et  office  de  saint  Euthyme  le  Jeune.  Texte  giec  publié  par  Louis 
Petit,  A.  A.  (^«),ij03.  —  III.  Nahadag-Martyrs,  rites  et  usages,  par  I).- 
31.  Girard,  S.  J.,  537.  —  IV.  Mont  Saint-Auxence.  Étude  historl(|ue  ettoiio- 
grapliique  (/?«),  par  J.  Pakgoike,  A.  A.,  550. —  V.  Histoire  politique  et  reli- 
gieuse de  l'Arménie  (suite),  par  Fu.  Tolrnebize,  577.  —  VI.  Vie  de  sainte 
Marine  [suite].  VIII.  Texte  éthiopien  publié  par  F.-M.  Esteves  Pereira, 
014.  —  VU.  Mélanges  :  I.  La  letti-e  de  Philoxène  de  Mabboug  à  Abou-Niphir, 
par  J.  TixEKONT,  023;  2.  Noto  inédite  sur  Philoxène,  évèque  de  Maboug,  par 
F.  Nau,  030;  3.  Coptes  asiatiques?  par  H.  Lammens,  S.  J.,  633;  4.  Un  document 
palestinien  à  retrouver,  par  II.  Lammens,  S.  .L,  637.  —  YIII.  Bibliographie, 
639. 


9-^  .\\\Fi:  (liM)4) 

N"  I.  —  I.  Le  dogme  de  l'Immaculée  Conception  et  la  doctrine  de 
l'Église  grecque,  par  D.  PLACinr.  de  Mkester,  0.  S.  B.,  I.  —  IL  Les  théo- 
tokies  ou  office  de  la  sainte  Vierge  dans  le  rite  copte,  ]iar  A.  .Maij.on, 
S.  J.,  17.  —  111.  Un  poète  royal  à  la  cour  des  Omiades  de  Damas 
(///(),  par  IL  Lammens,  S.  J.,  32.  —  IV.  La  forme  consécratoire  du  sacre- 
ment de  l'ordre  dans  l'Église  grecque,  d'après  un  ms.  du  XII'  siè- 
cle, par  Éi.iK  Patareikk,  prêtre  gri'c  nielkitc,  05.  —  V.  Textes  orientaux 
inédits  du  martyre  de  Judas  Cyriaque,  évêque  de  Jérusalem,  par 
I.  Glidi.  1.  Texte  sjriaque,  79.  —  VI.  Les  colonies  d'Orientaux  en  Occi- 
dent, du  Ve  au  Vile  siècle,  par  L.  .Ialabert,  S.  ,].,  90.  —  VIL  Histoire 
politique  et  religieuse  de  l'Arménie  (suite),  par  Fr.  Tournebize,  S.  J., 
107.  —  VIII.  Mélanges  :  1.  Bulle  du  patriarche  Métrophane  sur  le  mariage, 
par  L.  Petit,  A.  A.,  139;  2.  Un  commentaire  inédit  sur  la  bagarre  du  Saint- 
Sépulchre  en  1698,  par  H.  Lammens,  S.  .L,  LU.  —  IX.  Bibliographie,  146. 

X"  2.  —  I.  Correspondances  diplomatiques  entre  les  sultans  mam- 
luks  d'Egypte  et  les  puissances  chrétiennes,  par  IL  Lammens,  S.  J., 
151.  —  11.  Le  dogme  de  l'Immaculée  Conception  et  la  doctrine  de 


TAIU.I<:    DES    .MAÏIKRKS.  459 

l'Église  grecque  (sitilc).  par  D.  Pi.aciok  de  SIkestkh,  0.  S.  R.,  IHN.  —  III. 
Histoire  politique  et  religieuse  de  l'Arménie  (fotilc),  par  Fr.  TouuMaiizE, 
•21-2.  —  IV.  Office  de  sainte  Marine,  t('.\t<'syiia(iue,  parL.  Clugnet,  240.  — 
V.  Mélanges  :  1.  Un  pati'iarchc  sorcier  à  Constaritinople,  i)ar  L.  Bkéiiieu, 
261  ;  2.  .Alai'onites,  Mazonitos  cl  Maranitcs,  par  F.  X.\u,  2fi8  ;  3.  Denuaba  de. 
sainte  Sylvie  l't   Diinip  des  monuments  égyptiens,  par  II.  Lammens,  S.  .1.,  27G. 

—  YI.  Bibliographie,  2SI. 

X"  3.  —  I.  Quelques  mss.  de  musique  byzantine,  par  .l.-lî.  FiEmoirs,  des 
Pères  Blancs,  209.  —  II.  Textes  orientaux  inédits  du  martyre  de 
Judas  Gyriaque,  évêque  de  Jérusalem.  II.  Ti^xtc  copt(>  par  I.  (iiun,  3I(t. 

—  III.  Saint  Jean  le  Paléolaurite,  précédé  d'une  notice  sur  la  vieille 
Laure,  par  ,^.  Vaii.iié  et  S.  l'ÉTtaoÈs,  A.  A.,  333.  —  l\ .  Correspondances 
diplomatiques  entre  les  sultans  mamlucks  d'Egypte  et  les  puis- 
sances chrétiennes  (/in),  par  II.  Lammens,  S.  .].,  359.  —  V.  Histoire  po- 
litique et  religieuse  de   l'Arménie  {suite),  par  Fr.  Tournebize,  S.  .1.,  393. 

—  VI.  Office  de  sainte  Marine,  par  L.  Clugnet,  texte  syriaque  (suile),  400. 

—  VII.  Mélanges  :  Note  sur  la  localité  palestinienne  dite  Maouza  ou  Maoza- 
de  Tamnia,  par  M. -A.  Kugener,  442.  —  VIII.  Bibliographie,   14G. 

N°  4.  —  I.  Saints  jumeaux  et  dieux  cavaliers,  par  H.  Grégou^e,  153.  —  II. 
Saint  Jean  le  Paléolaurite  (fin),  par  S,  Vau^hé  et  S.  l'ÉTRinÈs,  A.  A.,  491. 

—  m.  Le  Dogme  de  l'Immaculée  Conception  et  la  doctrine  de  l'É- 
glise grecque  (suilr),  \);\v  D.  Placide  de  Meester,  O.  S.  l!.,  512.  —  IV.  Ri- 
tuel copte  du  baptême  et  du  mariage  {suHr),  par  V.  Er.mom,  P.  AI., 
526.  —  V.  Histoire  politique  et  religieuse  de  l'Arménie  (sitile),  par 
I'r.  Tournebize,  537.  —  VI.  Vie  de  sainte  Marine  {suUe),  par  L.  Cixgnet, 
560.  —  VII.  Bibliographie,  ti()9. 


N"  I.  —  I.  Quelques  mss.  de  musique  byzantine  (//"),  par  .I.-H.  Kerouks, 
1.  —  II.  Histoire  politique  et  religieuse  de  l'Arménie  (suilc),  par  Fr. 
Tournerize,  15.  —  III.  Vies  et  récits  d'anachorètes,  par  L.  Clugnet,  o[).  — 
IV.  Le  dogme  de  l'Immaculée  Conception  et  la  doctrine  de  l'Église 
grecque  (snilc),  pai-  D.  Placide  de  Meester,  0.  S.  H.,  57.  —  V.  Sivas,  huit 
siècles  d'histoire,  par  P.  Girard,  S.  .L,  79.  —  VI.  Mélanges  :  I.  Cliry- 
sippe,  prêtre  d<>  .h'rusalem,  pjir  S.  Vailiié,  A.  A.,  90.  —  2.  Le  congrès  intei'- 
national  des  Orientalistes  (10-26  a\ril  1005),  par  F.  Nau,  100.  —  VU.  Biblio- 
graphie, PJ5. 

X"  2.  —  I.  Dans  quelle  mesure  les  Jacobites  sont-ils  monophysites? 
par  F.  Nau,  113.  —  11.  Histoire  politique  et  religieuse  de  l'Arménie 
{suile),  par  Fr.  Tournerize,  135.  —  111.  Le  dogme  de  l'Immaculée  Con- 
ception et  la  doctrine  de  l'Église  grecque  (//«).  par  I».  Pi.ai  ide  de  Mees- 
ter, 0.  S.  B.,  1.j4.  —  IV.  Les  constructions  palestiniennes  dues  à 
sainte  Hélène,  d'après  une  rédaction  du  X^  siècle,  source  de  Ni- 
céphore  Calliste.  Vlll,  2'.t.  .3n.  :î2.  par  F.  Xau,  102.  —  V.  Sivas,  huit  siècles 
d'histoire  {suitr).  par  !'.  Gn{ARD,S.  .L,  160.  —  VI.  Documents  de  source 
copte  sur  la  sainte  Vierge,  pai-  .\.  Mallon,  S.  .L,  p.  1N2.  ~  VIL  Traduc" 
tion  des  lettres  XII  et  XIII  de  Jacques  d'Édesse  (exégèse  biblique), 
par  F.  Xau,  107.  —  \'lll.  Mélanges  :  l'aiiDii  et  Zacdiai'ie  moines  de  Scété, 
(commencement  du  iv'  siècle),  par  F.  Xau,  2tlO.  —  L\.  Bibliographie.  213. 


460  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN,    l'*'    SÉRIE. 

N"  3.  —  I.  L'Orient  latin  censitaire  du  Saint-Siège,  par  C.  Daux,  2ib.  — 
II.  Documents  de  source  copte  sur  la  sainte  Vierge  [fm),  par  A.  Mal- 
LON.  S.  J.,  251.  —  III.  Traduction  des  lettres  XII  et  XIII  de  Jacques 
d'Édesse  (exégèse  biblique)  (fin),  par  F.Nau,  "258.  —  IV.  Sivas,  huit  siècles 
d'histoire  {sidle),  par  D.  P.i.  Girard,  S.  J.,  283.  —  V.  Traités  liturgiques 
de  S.  Maxime  et  de  S.  Germain  traduits  par  Anastase  le  bibliothé- 
caire, par  S.  PÉïRiDKS,  A.  A.,  289.  —  VI.  Mélanges  :  I.  Rabban  Daniel  de 
Mardin,  auteur  syro-arabe  du  xiv°  siècle,  par  F.  Nau,  314;  2.  Les  biens  de 
l'Église  arménienne,  le  divorce  et  le  repos  dominical  en  Russie,  les  massacres 
du  Caucase,  par  N.  Lo.nguevili.e,  319.  —  Ribliographie,  320.  Livres  nouveaux. 
Sommaire  des  Revues,  330. 

N"  4.  —  1.  Sivas,  huit  siècles  d'histoire,  jiar  D.  M.  (Jirahd,  S.  ,1.,  337.  — 
II.  Traités  liturgiques  de  S.  Maxime  et  de  S.  Germain,  traduits 
par  Anastase  le  Bibliothécaire,  i)ar  S.  Pétridès,  A.  A.,  350.  —  III.  His- 
toire politique  et  religieuse  de  l'Arménie  (suite),  par  Fr.  Tolrnebize, 
365.  —  IV.  Le  chapitre  llspî  àvaxwpyiTwv  àvîwv  et  les  sources  de  la  vie 
de  S.  Paul  de  Thèbes,  par  F.  Nau.  387.  —  V.  Les  versions  arabes 
du  «  Testamentum  Domini  nostri  Jesu  Christi  »,  par  P.  Dib,  418.  — 
VI.  Le  pasteur  d'Hermas,  fragments  de  la  version  copte-sahidi- 
que  jusqu'à  ce  jour  inconnue,  par  L.  Delaporte,  424.  —  VII.  Mélanges. 
I.  Xo-jCTav6o<;  ô  (riêriptwTr);  {ROC.  1901,  p.  456)  =  Chrysanthe  Loparev,  par  X., 
432;  2.  Lettre  relative  à  la  Chronique  de  Michel  le  Syrien,  par  S.  B.  Me'  Rah- 
.mani,  435.  —  VII.  Bibliographie,  439;  Livres  nouveaux;  sommaire  de  la  B.Z., 
442. 


II 

TABLE  DES  MATIÈRES  (^ 

PAR  ORDRE  ALPHABÉTIQUE 


Acta  mylhologica  apostolorum,  IX,  62i. 

Alexis  !"■■  Commène  (essai  sur  le  règne  d'), 
VI,  154. 

Algazel,  VU,  161. 

Anachorètes  (Vies  et  récils  d'),  VII,  604; 
VIII,  91  ;  X,  39.  —  Cf.  X,  S87. 

Anastase  (les  deux  mélodcs  du  nom  d'), 
VI,  UUlt. 

Anastase  le  Bibliothécaire  (la  lettre  d'),  I, 
124  (pr.). 

Apocalypse  (fragment  d'une  version  copte 
de  1')  de  saint  Jean,  IV,  263;  Apocalypse 
d'Élie  et  de  Soplionie,  V,  161. 

Apocryphes  (fragments  d'),  leur  origine,  IX, 
613.  —  Cf.  X,  446. 

Archéologie  chrétienne  (éléments  d'),  V,  439. 

Arménie  (T),  I,  315.  —  Arménien  und  Europn, 
II,  120.  —  Succession  apostolique  des  pa- 
triarches d'Arménie,  VI,  132.  —  Histoire 
politique  et  religieuse  de  l'Arménie,  Vil, 
26,  277,509;  Vlll,206,  577;  1\,107,  212,  393; 
X,  15, 135, 365.  —  V. Nahadag.  —  Cf.  VIII, .320. 

Arménienne  (Église),  III,  328.  —  Règle- 
ments généraux  des  Arméniens  catholiques, 
1\ ,  305.  —  Le^  €  madag  «  ou  sacriliccs 
arméniens,  Ml, 410.  —Les  biens  de  l'Kglise 
arménienne,  X,  319. 

Athanase  (les  canons  de  S.)  d'Alexandrie,  X, 
215. 

Auranitide.  —  \  .  Géographie. 

Autonomies  ecclésiastiques,  églises  sépa- 
rées, 1,  411. 

Autriche  (les  Serbes  en),  I,  335. 

Auxence.  —  Vie  de  saint  Auxence,  Mil,  1. 
—  Mont  Saint-Auxence,  Mil,  15,  240,  426, 
550. 


Bahira  (la  légende  de)  ou  un  moine  chré- 
tien auteur  du  Coran,  II,  439. 

Bajazet  II  (lettre  du  sultan)  au  roi  de  France 
Charles  Mil,  11,219. 

Bardesane,  X,  278. 

Bas-Empire  (les  relations  de  l'Église  et  de 
l'Ktat  dans  le),  H,  340. 

Basile  le  Grand.  —  V.  Liturgie. 

Bider-Khan  (histoire  de),  V,  649. 

Bêhémoth  ou  la  Sauterelle,  X,  262,  279. 

Bénédiction  (la)  liturgique  des  raisins,  IV, 
354. 

Benjamin  (la  vie  de  Mar),  traduite  du  syria- 
que, II,  245. 

Benoît  XIV  (le  bref  de)  Ai/aïae  SM«i, 111,126. 
—  Benoit  XIV  et  l'Église  copte,  IV,  615. 

Beyrouth,  IV,  556;  VII,  504. 

Bible  Polyglotte  (la  sainte),  V,  331.  —  Cf.  X, 
197,  258.  —  Les  psaumes  traduits  de  l'Hé- 
breu, X,  335.  — Les  apocryphes  du  Nouveau 
Testament,  X,  446. 

Bosnie-Herzégovine  (les  Serbes  de  la),  1, 
37  (sec). 

Bulgarie  (la)  chrétienne.  H,  5,  165,  271,  406. 

Byzantin  (l'empire),  IX.  615. 

Calendrier  (la  n'forme  du),  I,  130  (pr.).  — 
Kalendarium  manuale  utriusque  Ecclesiae, 
I,  143  (pr.).  —  Calendrier  de  l'Église  copte 
d'Alexandrie,  11,  307. 

Califat  ottoman  (le),  M,  .303. 

Canons  des  apôtres,  IX,  290.  —  De  saint 
Athanase,  X,  215. 

Carion  et  Zacharie,  moines  de  Scété  (eom- 
mencenient  du  iv''  siècle),  X,  209. 

Garthage  romaine,  X,  105. 


(1)  Nous  renvoyons  au  tome  et  à  la  page.  Par  suite  d'une  erreur  dans  la  mise  en  pages,  le 
tome  1»"  renferme  deux  fois  la  pagination  1  à  144.  Nous  la  distinguons  en  la  faisant  suivre  de 
(pr.)  ou  de  (sec.).  ^p_  ^^^,_^ 


462 


REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN,    P"    SÉRIE. 


Cassia,  Ml,  218. 

Césaria  (la  pairice),  correspondante  de  Sé- 
vèru  d'Anlioche,  VI,  'iTO. 

Chaldéen  (les  origines  du  patriarcal),  1,  66 
(sec).  —  Doctrine  de  l'Église  chaldéenne 
sur  la  primauté  de  saint  Pierre.  1,  137  (sec). 
—  État  religieux  des  diocèses  formant 
le  pairiarchat    chaldéen    de    Babylone,    I. 

Chant.  —  Essai  sur  le  chant  liturgique  dans 
les  Églises  orientales,  111,  221.  —  Chants  li- 
turgiques des  coptes,  V,  16^i.  —  Vil,  169. 

Charfé  (la  Bibliothèque  du  séminaire  syrien 
de),  IV,  150. 

Charles  VIII  (noie  sur  une  lettre'dil  sultan 
Bajazet  11  au  roi  de  France),  11.  219. 

Charles-Quint  (une  lettre  d'Ibrahim  pacha 
à).  Il,  .'502. 

Chimère   (mission  de  la)  en  Albanie,  1\ ,  58. 

Chorévêques  (les),  VI,  157,  ?il9. 

Christodule,  higoumène  de  Saint-Jean  à 
Patmos,  V,  '215. 

Chronique  (fragments  d'une)  syriaque  iné- 
dite, I,  396.  —  Chronique  du  pseudo-Denys 
de  Tellmahré,  II,  ^il.  —  Fragments  d'une 
chronique  syriaque  maronite,  IV,  318.  — 
Cf.  X,  ïi39. 

Chrysippe,  prêtre  de  Jérusalem  (\»  siècle), 
X,  96. 

Clément  "VI  (le  pape)  et  les  affaires  d'Orient, 
I\,  621. 

Clément  IX  et  la  guerre  de  Candie.  \,  327. 

Concile  de  Florence,  I,  305;  11.  69. 

Congrégation  des  rites.  —  \ .  Glacol. 

Congrès  international  des  orientalistes,  XI" 
congrès,  11,  ii9'i;  \l\^  congrès,  X,  100. 

Copte  (calendrier  de  l'Église)  d'Alexandrie, 
II,  307.  —  L'ordinal  copte,  III,  31,  191,  282, 
^25,  fi30;  IV,  loa,  /il6.  591:  V,  247.  —  La 
messe  copte,  IV,  12.  —  Église  copte,  cf. 
Benoit  XIV.  —Cf. Rituel.  —  Coptes  asiali- 
(lues,  VIII.  633. 

Coran.  —  \  .  Bahira. 

Cyriaque  (récit  de  Mar)  racontant  comment 
le  corps  de  Jacques  Baradce  fut  enlevé  du 
couvent  de  Casion  et  transporté  au  couvent 
Phesiltha,  \  II,  196. 

Cyrille  et  Méthode  (SS.).  Cf.  Lettre  d'Anas- 
tase. 

Damas  (le  chemin  de  fer  de)  à  la  Mecque. 
V.  507.  —  V.  Omiades. 

Daniel  (Vie  de)  du  monastère  de  Scété,  IV, 
Itbb.  Fie  et  récits,  texte  grec,  V,  49,  254, 
370;  texte  syriaque,  V,  391;  texte  copte, 
535;  VI,  51. 

Daniel  de  Mardin,  IV,  335;  X,  314. 

David  est-il  l'auteur  de  tous  les  psaumes  ? 
X,  272. 

Dennaba  de  S'' -Sylvie  et  Dunip  des  monu- 
ments Egyptiens,  IX,  276. 

Denys  de  Tellmahré  (les  parties  inédites 
de  la  Chronique  du  pseudo-).  II,  41. 

Dictionnaire  grec  français  des  noms  litur- 
giques. I,  142  (pr.). 

Didaché.  —  Cf.   Eucharistie. 

Didascalie   des  apôtres.  —  Cf.  Vlll,  639. 


Divorce  (le)  et  le  repos  dominical  en  Rus- 
sie, X,  319. 

Documents  de  source  copte  sur  la  sainte 
\  ierge,  X,  182,  251. 

Dominical  (le  divorce  et  le  repos)  en  Russie. 
X,  389. 

Doxologie  (la  grande),  étude  critique,  IV,  240. 

Dunip.    —   V.  Dennaba. 

Église.  —  V.  Mardin.  —  Les  relations  de  l'É- 
glise et  de  l'État  dans  le  Bas-Empire,  II, 
340.  —  V.  Jacobites;  orthodoxe:  Egypte. 

Egypte  (Histoire  de  l'Église  d'),  IV,  626.  - 
Les  évêchés  de  l'Egypte  chrétienne,  V,  637. 
—  La  question  gréco-arabe  en  Egypte,  Vil, 
331, 

Elle  XI  (Deux  lettres  d),  patriarche  de  Ba- 
bylone, \',  481. 

Ephrem  (S.),  VI,  116. 

Ethiopie.  ~  Cf.  Vil,  165,  \,  213. 

Eucharistie  (1')  et  les  repas  communs  des 
fidèles  dans  la  Didaché,  Vil,  339.  —  La 
forme  consécratoire  de  l'Eucharistie  d'.i- 
près  (|uelques  mss.  grecs,  VIII,  459. 

Euthyme  le  jeune  (vie  et  office  de  saint), 
Vlll,  155,   .503. 

Évangiles  (les)  des  douze  apôtres  et  de 
saint  Barthélémy.  IX,  612. 

Évêques  (les)  jacobites  du  viiie  au  xiii" 
siècle  d'après  la  Chronique  de  Michel  le 
Syrien,  IV,  444,  495:  V,  605;  VI,  189, 

Florence   (actes  du    saint    et    œcuménique 

concile  de  Florence),  I,  305;.  Souvenir   du 

concile  de  Florence,  II.  69. 
Formule  «  omuiaad  majorem  Dei  gloriam  >, 

son  antiquité,  Vlll,  477. 
Franciscains.    —   Histoire    des    missions 

franciscaines,    IV,  136.    —   In   projet    de 

croisade  franciscaine,  VI,  473. 

Géographie  (notes  de)  ecclésiastique  sy- 
rienne, VIII,  313.  —  Anciens  couvents  de 
l'Auranitide,  Vlll,  478.  —  V.  Dennaba; 
Maouza.  —  Maronites,  Mazonitesel  Marani- 
les,  IX, 268.  -  Cf.  X,  222. 

Glacol  (le)  et  la  congrégation  des  rites,  I\  , 
1. 

Gladstone  et  la  question  des  ordinations 
anglicanes,  I,  149. 

Grapti.  —  V.  Michel  leSyneelle. 

Grèce.  —  Le  syllogue  littéraire  grec  de 
Conslantinople,  I,  454. 

Grecque  (Église).  —  Les  offices  et  les  di- 
gnités ecclésiastiques  dans  l'Église  grec- 
que, 111,142,  260,  452:  IV,  116.  —  Entre 
Grecs  et  Russes,  \,  1.  —  Cf.  Marc  Xilo- 
carvi. 

Grecs  (les)  melkites,  111,  1,  265. 

Grégoire  de  Nysse.      Cf.  Sévère  d'Antioche. 

Gryphon  (frères)  et  le  Liban  au  XV«  siècle, 
IV.  (iî. 

Hébreu  (1')  est-il  la  première  des  langues, 
X,  273. 

Hélène  (sainte;.  —  Les  constructions  pales- 
tiniennes dues  à  sainte  Hélène,  d'après  une 


TABLE    DES    MATIERES. 


463 


rt'daclion    du    v    siècle,  source    de  Nicé- 

phore  Calliste,  X,162. 
Hellénisme  (griefs  de  l')  contre    la  Russie, 

\l,  1,  172,  333,  532. 
Hermas  (fragments  coiJtes),  X,  42'i. 
Hésychius    de    Jérusalem.    —    Cf.    Sévère 

d'Antiiiche. 
Hiérarchies  (les)  en  Orient,  IV,  l'iri. 
Histoire  de  l'Église    de  Mardin,  I,  Ui   (pr.). 

—  Histoire  ecch'siastique  d(^  Jean  d'Asie, 
11,  Ubb.  -  Histoire  de  Daniel  de  Mardin,  IV, 
335.  —  Histoire  d'un  bienheureux  (|ui  de- 
meurait sur  un  arbre,  1\ ,  337.  —  Histoire 
de  Béder-Kbau,  V,  6'i9.  —  Histoire  de  Jean 
bar  Aphtonia,  Vil,  97.  —  Histoire  ancienne 
des  peuples  de  l'Orient,  \,  328. 

Hospitaliers  (les)  en  Terre  Sainte  et  à 
Chypre,  X,  330. 

Ibrahim  pacha  (une  lettre  d)  à  Charles - 
Quint,  H,  302. 

Ignace  Michel  Djaroué  (autobiographie 
du  patriarche),  M,  379. 

Immaculée  Conception  (le  dogme  de  1')  et 
la  docirine  de  l'Église  grecciue,  IX,  1,  iH-<, 
512  ;  X,  .">7,  154. 

Inscription  syriaque  de  Krad  ad-Dasinya, 
dans  l'Eméséne,  Vil,  386.  —  Formules  épi- 
graphiques.  Vil,  668. 

Irénée  (S.),  X,  326. 

Islam  (1'),  I,  499.—  Deux  publications  nou- 
velles sur  l'islam,  11,  228.  —  Les  éludes  is- 
lamiques en  Russie  et  une  apologie  de 
l'Islam,  VI,  485  ;  Vil,  71. 

Jacobites  (ordination  du  prêtre  dans  le 
rite),  I,  1,  (sec.)  Église  jacobite.  Cf.  Plé- 
rophories;    Sidon;   Évêques.    Cf.    1\,    201. 

—  Dans  quelle  mesure  les  jacobites  sont- 
ils  nionophysites  ?  X,  113. 

Jacques  Baradée.  —  Cf.  Cyria(|ue. 

Jacques  d'Édesse.  —  Lettre  à  Jean  le  sty- 
lite  sur  la  chronologie  bibli(|ue  et  la  date 
de  la  naissance  du  Messie,  V,  581.  —  Let- 
tre au  diacre  Georges,  VI,  115.  —  Lettre 
sur  la _  généalogie  de  la  sainte  Vierge,  \l, 
512.  —  Traduction  des  lettres  XII  et  Xlll 
de  Jacques  d'Édesse  (exégèse  biblique),  X, 
197,  258. 

Jean  (saint),  X,  110. 

Jean  d'Asie  (l'histoire  ecclésiastique  de), 
II,  455. 

Jean  bar  Aphtonia  (histoire  de),  VU,  97. 

Jean  de  Camillis  de  Chio  sur  la  mission 
de  la  Chimère  (lettre  inédite  du  R.  P.),  IV, 
58. 

Jean  Hylilas,  patriarche  de  Constauliuople, 
IX,  261. 

Jean  Maron  (S.),  patriarche  d'Autioche.  Ses 
œuvres  traduites  du  syria(|ue,  IV,  18s  ; 
Cf.  VI,  117. 

Jean  (évr-que  de  Mayouma).  —  Cf.  Pléroiiho- 
ries. 

Jean  le  Paléolaurite  (saint),  procédé  d'une 
notice   sur  la  vieille  laure,  l\,  333,  491. 

Jean  le  Stylite.  —  V.  Jac(|ues  d'Édesse. 

Jérôme  (saint),  hagiographe,  V,  654. 


Jérusalem  (la  prise  de)  par  les  Perses  en 
614  ;  II,  125  ;  VI,  643.  —  L'érection  du  pa- 
triarcat de  Jérusalem  en  451,  IV,  44.  — 
Cf.  Judas  (lyriaque. 

Jésuyab  (le  synode  de  Mar),  IV,  247. 

Joachim  III  (les  projets  de),  VII,  59. 

Job  (interprétation  de  divers  passages  du 
livre  de),  X,  260. 

Joseph  Emmanuel  II  (lettre  pastorale  de 
S.  B.),  patriarche  de  Babylone,  V,  642. 

Judas  Cyriaque,  évèque  de  Jérusalem 
(textes  orientaux  inédits  du  martyre  de), 
texte  syriaque,  IX,  7,  9;  texte  copte,  l\, 
310. 

Julien  (S.),  évèque  du  Mans.  —  In  saint 
évéque  de  France  honoré  en  Russie,  IV, 
129.  -  Le  culte  de  S.  Julien  du  Mans  dans 
l'Église  russe,  IV,  453. 

Justin  (S.),  Apologies,  X,  216. 

Kurdes  (Notice  sur  les),  I,  133  (pr.). 

La  Mecque.  —  V.  Damas.  —  Où  en  est  le  che- 
min de  fer  de  la  Mecque'?  VI,  145.  —  Le 
pèlerinage  de  la  Mecque  en  1901,  VII,  153  ; 
en  1902,  X,  326. 

Latines  (l<!s  missions  latines)  en  Orient,  I, 
88  (pr.),  91  (sec),  379;  11,  94,  176. 

Léon  XIII  (Lettre  autographe  de  S.  S.),  IV, 
141.  —  Léon  Xlll  et  l'Église  d'Orient,  X, 
331. 

Lettre  d'Anastase  le  Bibliothécaire,  I,  124 
(pr.).  -  De  Bajazet  II  à  Charles  VIII,  II,  219  ; 
d'Ibrahim  pacha  à  Charles-Quint,  II,  302.  — 
V.  Jean  de  Camillis.  —  S.  S.  Léon  Xlll.  — 
Elie  XI.  -  Jacques  d'Édesse.  -  Joseph  Em- 
manuel H. 

Léviathan,  ou  le  grand  serpent  de  mer,  X, 
262. 

Liban.  —  V.  Gryphon  ;  Moutasarrifat. 

Liturgie  copte  alexandrine  dite  de  S.  Ba- 
sile le  Grand,  IV,  15.  —  V.  Doxologie.  — 
V.  Bénédiction.  —  Anciens  morceaux  litur- 
giques de  l'Eglise  d'Egypte,  IV, 293.  —Litur- 
gies orientales  et  occidentales,  IV,  295.  — 
Cf.  VIII,  150.  —  Les  saintes  et  divines  Litur- 
gies de  nos  saints  Pères,  Jean  Chrjsostome, 
Basile  le  Grand  et  Grégoire  le  Grand,  X, 
334.  —  Traités  liturgiques,  X,  289,  350. 

Luc  (la  version  syriaque  inédite  du  martyre 
de  S  ),  111,151. 

Macédoine.  Le  mémorandum  du  patriarche 
grec  orthodo.xe  de  Constautinople  au  sul- 
tan sur  les  affaires  de  Macédoine,  VIII, 
485. 

Maçoudi,  il,  228. 

Magique  (une  formule)  byzantine,  V,  597. 

Malabar  (les  chrétiens  du),  I,  406. 

Maléinos.  Vie  et  office  de  saint  Michel  Ma- 
léinos  suivis  d'un  traité  ascétique  de  Ba- 
sile Maléinos,  VII,  543. 

Mamlouks  d'Egypte.  —  V.  Rome, 

Mandaïtes  (Inscriptions)  des  coupes  de 
Khouabir,  V,  329. 

Manuscrits,  de  Cliarfé.  IV,  150.  —  De  Ber- 
lin VI,  475. Fac-similé  de  niss,  grecs.  VIII, 
'i61:  IX,  301. 


464 


REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN,    V    SÉRIE. 


Maouza,  ou  Maôza  de  lamnia,  IX,'iù2, 

Maranites.  —  Cf.  IX,  268. 

Marc  Xilocarvi  (déposition  du  patriarche), 
le  15  janvier  1467,  VIII,  IttU. 

Marcion,  dans  la  littérature  arménienne,  I, 
461. 

Mardin.  Une  page  de  Thistoire  de  l'Église  de 
Mardin  au  xviii^  siècle,  I,  43  (pr.). 

Mariage.  —  \  .  Métrophane. 

Marine  (Vie  de  sainte)  ;  texte  syriaque,  VI, 
283;  textelalin,  357;  texte  grec,  572:  texte 
copte,  VII,  136;  texte  arabe,  245  ;  textes 
haut  et  bas  allemand.  478  ;  texte  fran- 
çais, 647  et  VIII,  288  ;  texte  éthiopien,  Vlll, 
614.  —  Office  de  sainte  Marine,  texte 
syriaque,  IX,  240,  409,  560. 

Maronites  (opuscules),  IV,  175,  318,  543: 
V,  74,  293.  —  V.  Moutasarrifat,  Vil,  171.  — 
Le  patriarcat  maronite  d'Antioche,  VIII- 
133,  28L  —  Maronites,  Mazoniles  et  Mara- 
nites, IX,  268. 

Massacres  (les)  du  Caucase,  X,  101. 

Mazonites.  —  Maronites,  mazonites,  marani- 
tes, IX,  268. 

Melkites  (les  Grecs),  III,  1,  265.  —  La  titula- 
ture  des  patriarches  grecs-catholiques, 
melldtes,  VI,  649. 

Métrophane,  sur  le  mariage  (bulle  du  pa- 
triarche), IN,  139. 

Michel  le  Syncelle  (saint),  et  les  deux 
frères  Grapti,  saint  Théodore  et  saint  Théo- 
phane,  VI,  313,  610. 

Michel  le  Syrien,  chronique,  IV,  444,  495: 
V,  322,  605,  660  ;  VI,  189:  IX,  287  :  X,  435. 

Missions  (les),  latines  en  Orient,  1,  88  (pr.): 
91  (sec);  379;  11,94,176. 

Monachisme.  Les  règles  monastiques  orien- 
tales antérieures  au  concile  de  Chalcédoine, 
IV,  466.  —  Cf.  Palestine  (monastères  de): 
Roumanie;  Sinai  :  Anachorètes  ;  Jérôme  (S.). 

Monophysites,  X,  113. 

Monténégro  (les  Serbes  du),  I,  42  (sec). 

Moutasarrifat  (le),  ou  gouvernement  auto- 
nome du  Liban,  Ml,  171. 

Moyse,  X,  25S.  11  est  l'auteur  du  livre  de 
Job,  X,  261. 

Musique  (Traité  de)  byzantine,  VI,  594.  — 
Le  système  musical  de  l'Église  grecque 
d'après  la  tradition,  VI,  654.  —  Quelques 
manuscrits  de  musique  byzantine,  IX,  299: 
X,  1. 

Musulmans.  L'émigration  musulmane  en 
Turquie,  Vil,  157.  —  Le  messianisme  dans 
l'hétérodoxie  musulmane,  IX,  292. 

Nahadag-Martyrs,  rites  et  usages  armé- 
niens, Vlll,  537. 

Nazareth,  X,  163,  220. 

Nestoriens.  Leur  croyance  à  l'autorité  de 
saint  Pierre,  1,  141.  —  Protestantisme  et 
catholicisme  chez  le  peuple  nestorien.  — 
Une  revue  néo-syriaque  à  Ourmiah,  IV,  428. 

Nicéphor  Calliste,  X,  162. 

Nicéphore  Mélissène,  évoque  de  Naxos  et 
de  Cotrone,  VIII,  70. 

Nicolas  (Histoire  de  saint),  soldat  et  moine. 
Vil,  319. 


Nosaïris  (Voyage  au  pays  des),  IV,  572:  V, 
99,  303,  423.  —  Les  Nosaïris  furent-ils  chré- 
tiens ?  VI,  33.—  Les  Nosaïris  dans  le  Liban, 
VII,  452.  —  Russes  et  Nosaïris,  Vlll,  149. 

Omiades  (un  poète  royal  à  la  cour  des)  de 
Damas,  Vlll,  325;  IX,  32. 

Ordinal  (I')  copte,  111,  31,  191,  282,  425;  IV, 
104,  416,  591  ;  V,  247. 

Ordination  du  prêtre  dans  le  rite  jacobite, 
1, 1  (sec).  —  M.  Gladstone  et  la  question  des 
ordinations  anglicanes,  I,  149.  —  Les  ordi- 
nations «  per  saltum  »,  V,  .335. 

Ordre.  La  forme  consécratoire  du  sacrement 
de  l'Ordre  dans  l'Église  grecque,  d'après 
un  ms.  du  xii*  siècle,  IX,  65. 

Orient  (1')  latin  censitaire  du  Saint-Siège,  X, 
225. 

Orientaux  (les  colonies  d')  en  Occident,  du 
v«  au  viii«  siècle,  IX,  96. 

Orthodoxe  (Règlements  généraux  de  l'Église) 
en  Turquie,  III,  393  ;  IV,  227.  —  Les  églises 
orientales  orthodoxes  et  le  protestantisme, 
V,  565  :  VI,  402.  —  Un  nouveau  diocèse  grec- 
orthodoxe  en  Syrie,  VII,  3.32.  —  V.  Macé- 
doine. 
,  Ourmiah   (une   revue    néo-syriaque   à),   IV, 

\^  440. 

Pakhôme.  Étude  sur  le  cénobitisme  pakho- 
mien,  IV,  459. 

Palestine  (Répertoire  alphabétique  des  mo- 
nastères de),  IV,  512;  V,  19,272.  —  Un  do- 
cument palestinien  h  retrouver,  Vlll,  637.  — 
Les  constructions  palestiniennes  dues  à 
sainte  Hélène,  X,  162. 

Patmos.  —  V.  Christodule. 

Patriarche  sorcier  à  Constantinople  (un) 
(Jean  llylilas,  8.34-843),  IX,  261. 

Patrologia  orientalis.  Cf.  Vlll,  154,  642  ;  IX, 
284,  612;  X,  108. 

Paul  (S.).  —  Cf.  Pierre  (S.). 

Paul,  évèque  de  Saïda,  moine  d'Antioche, 
lettre  à  un  musulman  de  ses  amis,  V,  III, 
388. 

Philippe  de  Mézières  (neuf  chapitres  du 
«  songe  du  viel  pèlerin  »  de)  relatifs  à  l'O- 
rient, IV,   364,  605  ;  V,  144. 

Phlloxène  de  Mabboug.  —  Sa  lettre  à 
Abou-Niphir,  VIII,  623.  -  Note  inédite  sur 
Philoxèue,  630.  — Trois  lettres  de  Philoxène, 
640. 

Pierre  (S.).  Doctrine  de  l'Église  chaldéenne 
sur  la  primauté  de  S.  Pierre,  1, 137  (sec).  — 
La  Russie  et  le  Saint-Siège,  I,  157.  —  Frag- 
ments d'une  chronique  syriaque  inédite  re- 
latifs surtout  à  saint  Pierre  et  à  saint  Paul, 
I,  396.  —  La  version  syriaque  inédite  des 
martyres  de  saint  Pierre  et  saint  Paul,  111, 
39. 

Plérophories  (  les  )  de  Jean,  évèque  de 
Mayouma,  III,  232,  337.  —  Sur  un  abrégé 
arménien  des  Plérophories,  IV,  134. 

Pologne  (l'avenir  du  catholicisme  en  Po- 
logne), III,  481. 

Prêtre  (ordination  du)  dans  le  rite  jacobite, 
I,  1  (sec). 


TABLE    DES    MATIERES. 


465 


Programme  de  la  Revue,  I,  3  (pr.);  H,  1. 
Protestantisme.  —  V.  Orthodoxe. 

Rahmani  (MR).  IX,  285;  \,  UM. 
Rebaptisation  (la)  des  Latins,  chez  les  Grecs, 

Vit,  (118;  VUL  111. 
Rituel  copte  du  baptême  et  du  mariage,  V, 

^l'iâ;  VI,  a53;  VU,  30.'?;  IX,  526. 
Rome  (Rapports  des  Serbes  avec),  1,  'iSl.  — 

Relations  officielles  entre  la  cour   romaine 

et  les  sultans  mamiouks  d'Ksypte,  VllI,  101. 

—  Correspondances  diplomaticiues  entre  les 
sultans  mamiouks  d'Kgypte  et  les  |>uissances 
chrétiennes,  IX,  151,  359.  —  CL  IX,  Vi8.  — 
L'Orient  latin  censitaire  du  Saint-Siège,  X, 
223. 

Roumanie  (sur  les  couvents  dédiés  de),  V, 

169. 
Russe  (Église).  —  V.   Julien  (S.).  —   Entre 

Grecs  et  Russes,  V,  1.  —  L'ancienne  et  la 

nouvelle  théologie  russe,  VI,  88.  —  Russes 

et  Nosoïris,  VIII,  IU9. 
Russie  (la)  et  le  Saint-Siège,  I,  157;  II,  238. 

—  Quelques  mots  de  politique  chrétienne 
à  propos  d'un  livre  russe  récent.  II,  'i98. — 
Griefs  de  l'hellénisme  contre  la  Russie,  VI, 
1,  172,  333,  532.  —  La  Russie  et  l'Orient 
chrétien  durant   les  derniers  mois,  VII,  1. 

—  Les  études  islamiques  en  Russie,  VI,  'i85; 
Vil,  71.  —  La  Russie  en  Palestine,  VI,  657. 

—  Le  divorce  et  le  repos  duminlcal  en  Rus- 
sie, X.  319. 

Sabba  (Vie  de  saint),  X,  331. 

Sabbatiens  (Hérésie  des),  X,  277. 

Saints  jumeaux  el  dieux  cavaliers,  IX,  ?i53. 

Salomon,  ses  écrits,  X,  274. 

Sépulchre  (Saint-).  Une  bagarre  au  Saint- 
Sépulchre  en  1698,  VllI,  ^i71.  —  Un  commen- 
taire inédit  sur  la  bagarre  du  Saint-Sépul- 
chre  en  1698,  IX,  14'4. 

Serbie  (la)  chrétienne,  I,  7  (pr.);  37  (sec), 
3.35,  481.  —La  question  serbe  dans  l'empire 
ottoman,  I,  'i20. 

Sévère  d'Antioche.  —  Une  homélie  de  Sé- 
vère d'Antioche  attribuée  à  Grégoire  de 
Nysse  et  à  Hésychius  de  Jérusalem,  III,  435. 

—  Histoire  de  Mar  Sévère  patriarche  d'An- 
tioche, lV,3'i3,.'i43;  V,  7'i,  293.  —  V.  Césaria: 
cf.  IX,  289,  609. 

Sidon  (Relation  de  l'év('M(ue  de)  sur  les  jaco. 
bites  et  les  Arméniens,  III,  200,  328. 

Sinaï(ln  the  shodowof),  III,  'i90.  -Le  monas- 
tère de  Sainte-Catherine  au  Sinai,  V,  319.  — 
A  propos  du  couvent  du  mont  Sinaï,  V,  492. 

—  Le  couvent  du  mont  Sinaï,  VII,  501.  —  Cf. 
IX,  295. 

Sionisme  (le)  el  la  Turi|uie,  VII,  334. 

Sivas,  huit  siècles  d'histoire,  X,  79,  169,  "283, 
337. 

Sophrone  le  Sophiste  el  Sophrone  le  Pa- 
triarche, VII,  360;  Vm,  32,  .356. 

Synode  (le)  de  Mar  Jésuyab,  IV,  247. 

Syriaque  (la  littérature),  l\  ,  291;  V,  330.  — 
Remarques  sur   les  traductions  syriaques 
de  deux  formules  grecques,  V,1.55. 


Syrienne  (Église).  —  V.  Charfé.  —  Géogra- 
phie syrienne,  VllI,  .313.  —  CL  VllI,  643. 

Takla  Haymanot  (Vie  de),  V,  lt)5. 
Testamentum  l).-N.  J.-C.  IX,  289;  X,  418. 
Textes.  —  Arabes  :  II,  147;  VI,  290;  VII,  247, 
267;  Mil,  412;  IX,  373,  596.  —  Arméniens  : 

I,  328,  466.  —  Coptes  :  II,  310;  III,  33,  191, 
•282,425;  IV,  104,  269,  416,  591  ;  V,  2'47,  445, 
5.35;  VI,  453;  VII,  139,  303;  l\,  25,  320,  526  ; 
X,183,251,424.— Éthiopiens:  VI, 54;  VllI, 615. 

—  Grecs  :  I,  309;  II,  85,  1.33,  139;  IV,  281  ; 
V,  49,  254,  370,  597;  VI,  291.  575,  596;  VII, 
323,  423,  549,  570,  598,  606;  VllI,  3,  79,  91, 
147,  168,  467,  475,  503;  IX,  141,  304,  462;  X, 
8,39,.387.  — Latins:  VI, 360;  VllI,  76;  IX, 463. 

—  Syriaques  :  1,4  (sec),  398;  II,  41,455;  III, 
158;  IV,  150,  255,  341,  359;  V,  391,  583  ;  VI, 
120,  283,  517;  VII,  113,  198;  VllI,  631;  IX, 
87,  '244,  409,  501  ;  X,  316.  —  Turcs  :  II,  225. 

Théoctiste  (le  monastère  de  S.),  III,  58. 
Théologie  monophysile,  X,  113. 
Théotokies    (les)    ou    office   de   la     sainte 

Vierge  dans  le  rite  copte,  IX,  17. 
Timothée  I,   patriarche  ncslorien  (728-823), 

X,  334. 
Traductions.  —  De  l'arabe  :  I,  43   (pr.),  66 

(sec);  II,  154,  439;  VII,  258,  273;  VllI,  388: 

IX,  151,  359;  \,  117.  —  De  l'arménien  :  I, 
328,  470;  IV,  134.  —  Du  copte  :  11,  307;  III, 
.37,196,  28S,  428,  433;  IV,  12,112,  -264,  423, 
599;  V,25l,  455,  553;  VII,  148,  312;  IX,  25, 
311,  532;  X,  183,  251.  —  De  l'éthiopien  : 
YIII,  619.  —  Du  grec  :  1,309;  II,  137;  X,  164. 

—  Du  syriaque  :  1, 19  (sec),  402;  II,  41,  245, 
357,  455:  III,  43,  77,151,  168,  232,  292,  .3.37, 
458:  IV,  175,  248,  318,  380,  444,  495,  543;  \  , 
74,  118,  182,  293,  401,  588,  605;  VI,  125,  189, 
286,  522;  VII,  121,  202;  MU,  62'i,  632;  IX, 
80,  242;  X,  197,  258,  316.  —  Du  turc  :  11, 
219,  302. 

Turquie.  —  La  question  serbe  dans  l'empire 
ottoman,  I,  420.  —  Le  syllogue  littéraire 
grec  de  Constantinople,  1,  454.  —  CL  Mu- 
sulmans. —  L'Allemagne  en  Turquie,  Ml. 
158.  —  CL  Sionisme. 

Vie  de  MarBenjamin,   traduite  du  syriaque, 

II,  245.  —  Du  moine  rabban  Youssef  Buus- 
naya,  II,  357;  III,  77,  168,  '292,  458;  IV,  380; 
V,  118, 182.  —  V.  Daniel  de  Scélé;  Anacho- 
rètes; Maléinos,  —  Vie  de  saint  Sabba,  X, 
331. 

Yézidis,  I,  139-141  (pr.).  —  V,  666. 
Youssef  I'^'  (Me  de  Mar),  premier  patriarche 

chaldéen  (1681-1693),  I,  66  (sec). 
Youssef  Bousnaya  (Vie  du  moine  Rabban), 

11,  337;  III,  77,  168,  292,  458:  IV,  380;  V,  118. 

182. 

Zacharie  le  rhéteur  (la    compilation  histo- 
rique du  pseudo-),  \,  201,  461. 
Zacharie.  —  Cf.  Carioii.  —  Fils  de   Barakia, 

X,  267. 


OlllENT   CHRETIKN. 


30 


m 


TABLE  ALPHABETIQUE  DES  AUTEURS 


Avril  (le  baron  d'),  1,  7  (pr.),  37  (sec.)),  111 
(sec),  12/i  (pr.),  143  (pr.),  3.S5,  513;  II.  5, 
165,  228,  271,  ?i06  ;  III,  1,  200,  265,  328;  IV, 
1,  l'l5;  V,  109,  ()W);V1,303. 

Babakhan  (J.),  IV,  428  ;V,  481. 

Basset  (Reiié),X,  213. 

Batareikh  (E.),  VIII,  459;  IX,  65. 

Besse  (Dom),  IV,  460,  465. 

Beurlier  (labbé),  I,  142  (pr.). 

Blochet  (K.),   Il,    219,  302;  IV,  364,  605;   V, 

l'i'i;  VII,  161,  265. 
Bréhier  (L.),  IX,  ■2«>1,  <'21  ;  X,  105. 
Buffat(leR.P.  L.),  VIII,   388. 

Carra  de  Vaux  (le  baron),   1,133  (pr.);  Il, 

69,  120,  439,  498;  IV,  297. 
Chabot    (l'abbé),    I,  66   (sec),  406,  465;   II, 

357  :  111,  77,  168,  292,  458;  IV,  380,  444,  495; 

V,    118,    182,  492,  605,    642  ;  VI,  189. 
.\apa)a(jL7ro;  yrci oèo/^v-oii,  VII,  423. 
Chébli  (P.),  \'lll,  133. 
Cheïkho  (le  P..  P.),  VI,  379. 
Clédat  (J.),  IV,  263. 
Clugnet  (L.),   Il,  307:  111,  142,  260,   452;  IV. 

116,  136,  295,  455:  V,  49,  162,  254,  325,  370. 

499,  502,664,  666;  VI,  51,  357,-572,  650;  VII, 

319,    336,    478,   647,  672;  VIII,  1,   150,   154, 

288,    321,  323,    484;  IX,   146,    240,   295.  296, 

409,  431,  560.  624:  X,  39. 
Couret  (le  comte),  II,  125. 

Dauby  (P.),  X,  326. 
Daux  (l'abbé  C),  X,  225. 
Delaporte  (L.),  X,  424. 
Dlb  (P.),  \,  418. 

Ermonl  (M.  V.),  I,  315,  493;  III,  31, 191,  282, 
425:  IV,  104,  416,  591;  V,  247,  445,637,  659; 
VI,  453;  VU,  303;  IX,  526. 

Gastoué  (A.),  IV,  280,628;  V,  164;  Vil,  169; 

1\,  294. 
Girard  (le  R.  P.),  VI,  132;  VII,  410;  VIII,  537: 

X.  79.  169,  283,  337. 
Graffin  (W),  I.   1  (sec);  111,  490;  IV,  247. 
Grégoire  (H.),  IX.  453. 
Guidi  (1.),  V,  5.35;  VII,  245;  IX,  79,  310. 
Guigard  (A.),  VIII,  483,  645. 


Hyvernat  (labbé  11.),  Vil,  136. 

Jalabert  (le  R.  P.  L.),  IX,  96,  446. 

Kugener  (M.  A.),  III,  435;  V,  155,  201,  461; 
VI,  Ù75;   VII,  166,  196;  IX,  442,  609. 

Ladeuze    l'abbé  P.),  VII,  339. 

Lammens  (le  R.  P.),  IV,  68,  572;  V,  99,  .303; 
423:  Vl,  33,  473;  VII,  59,  153,  157,  158,  331, 
.332,  452,  501,  504,  668;  VIII,  101,  149,  313, 
477,  478,  633,  637,643:  IX,  .32,  144,151,  276, 
292,  359. 

Laviornerie  (J.  de),  VI,  154  ;  VII,  3.37,  507, 
671;  VIII,  152,482,  640. 

Legrand  1  Emile),  IV,  58:   VUl,  70. 

Léon  XIII  (S.  S.),  IV,   141. 

Levantin  (II.),  Vil,  171. 

Longueville  (N.),  X,  319. 

M...  iF.),  VI,  291. 

Mallon  (le  R.  P.  A.),  IX,  17;  X,  182. 

Michaïlovitch   (Th.),  V,  I. 

Michel    (le  R.  P.),    1,  37  (sec),  88  (pr.),  91 

;sfc),  379:  11.94,  176. 
Monch  vllermami),  V,  662. 

Nau  (l'abbé  F.),  1,  396:  11,  41,  455;  III,  232, 
337;  IV,  134,  175,  318,  455,  543:  V,  74.  293, 
.327,  370,  581,  634;  VI,  115,  283,  470,  481, 
512  ;  VII,  97,  604  ;  VIII,  91,  630,  639,  640,  642  ; 
IX,  268,284,  612;  X,  100,  108,  110,  113,162, 
197,  209,  215,  216,  220,  258,  314,  327,  328, 
387,  4.39. 

Palmiéri  (leR.  P.),  VI,  88,  309,  485;  VII,  71, 

618:   VIII,  111. 
Pargoire  (le  R.  P.  J.),  VIII,  15,  240,  ^26,  550; 

1\.  615. 
Parisot  (le  R.  P.),  III,  221;  IV,  150,  291,  354; 

V,  322,  335,  500,  660;  VI,  157,  419. 
Péreira  (E.  ,  Vlll.  614. 
Perruchon  (F.),  V,  165. 
Petit  (le    R.  P.),  111,  393;    IV,  227,  305:    VII, 

543:  Vlll,  144,  155,  471,  503;  IX,  139, 
Pétridès  (le  R.  P.),  V,  407,  597;  VI,  444;  Vil, 

218;  IX,  491;  X,  289,  350. 


TAULE    AIJMIABETIQUE    DES    AUTEURS. 


167 


Pisani  (l'abbt-  P.),  1,  130  (pr.),  157,    'i2{),  oOS; 

II,  238,  a/iO. 
Placide  de  Meester  (le  R.  P.),  IX,  1,  18«, 

r»12;X,  57,  15/1. 

Rebours  (le  R.  P.   J.  B.l,  IX,  2()<);  X,  1. 
Renaudin   ^Dom),  IV,  14,  129,  203,  It'il,  UM, 

'i6n,  6lr>,  (i2(i,  027;  V,  161,  215,  310,  565,605; 

VI,  150,  310,   '|02;  Vil,  163,  105,  506,  50«. 
Ronzevalle  (le  1\.  P.),  Vil,  386. 

Saint-Guliez  (11.  de),  VI,  WX 
Scheil  (le  P..  P.),  1,  'i3  (pr.);  H,  2/i5. 
Slemman    II.),  V,  507;  VI,  Htb, 


Thibaut  (le  R.  P.),  VI,  593,  05f|. 

Tixeront  (.1.!,  Vlll,  623. 

Tournebize  (F.),  Vil,  26,277.  509;  Mil,  206, 

320,  577;    IX,  107,  212,  393,  ?i51,   537;  X,  1.5, 

135,  305. 
Tournier  (L.),  1,  159. 

Vailhéde  R.  P.),  III,  5S:  1\  .  Vi,512;  V,  19, 
272  ;  VI,  313,  610,  013  ;  Vil.  360  ;  VIII,  .32,  281. 
356;  IX,  333,  'lUH,  623;  X.   90. 

X...  VI,  1,  172,  333,  532;  Vll.l;  Vlll,  'l85;  X, 
434. 


I-7V.10 

Revue  De  L'Orient  Chrétien 

Princeton  Theological  Semmary-Speer  Library 


1    1012  00321   9732 


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